Nord de l'Ontario

Opposition à la pulvérisation aérienne d'herbicides à large spectre


Manifestation appelée par la Première Nation de Serpent River contre la pulvérisation aérienne de pesticides le long de la Transcanadienne, le 14 août 2025

Le 14 août, une manifestation appelée par les aînés des Connaissances écologiques traditionnelles (CET) de la Première Nation de Serpent River (PNSR) a eu lieu le long de la Transcanadienne près de Serpent River pour s'opposer à la pulvérisation aérienne de l'herbicide à large spectre glyphosate, également connu sous le nom de Roundup. Environ 300 personnes y ont participé. Dans leur appel, les aînés expliquent : « L'attaque du gouvernement de l'Ontario contre notre mode de vie anishinaabé le long de la rive nord des Grands Lacs se poursuit. La dernière attaque en date est celle du ministère des Ressources naturelles de l'Ontario, qui n'a donné qu'un préavis de quelques semaines pour une opération dévastatrice de pulvérisation aérienne d'herbicides qui aura lieu entre le 18 août et le 30 septembre sur les terres des Anishinaabés près d'Elliot Lake, de Blind River et d'Espanola. L'opération consistera à asperger plus de 4500 hectares d'un produit commercial contenant l'herbicide glyphosate. Cet herbicide a un impact sur la vie aquatique et tue les bleuets et d'autres aliments, médicaments et espèces d'arbres essentiels à la vie de la forêt. Une autre manifestation est prévue.

Isaac Murdoch de la PNSR, dans son appel à l'action, a partagé « quelques points clés issus d'études scientifiques et d'avis de professionnels préoccupés » :

Biologie : Charles Ramcharan, professeur de biologie à l'Université Laurentienne, a exprimé de vives inquiétudes quant aux effets écologiques de la pulvérisation de glyphosate dans la région de Sudbury.

Dans un article publié par CBC News de 2013, il souligne que le glyphosate, herbicide à large spectre, « tue pratiquement toute plante vivante ». Il s'est notamment inquiété de ses effets sur les amphibiens, tels que les grenouilles et les tritons, qui sont abondants. Le professeur Ramcharan souligne également les conséquences écologiques plus larges sur les animaux qui dépendent des plantes tuées par le glyphosate pour se nourrir et se cacher, ce qui perturbe les écosystèmes locaux. Bien qu'il ait reconnu que le glyphosate est considéré comme sûr pour l'humain aux doses recommandées, il s'inquiète surtout des répercussions environnementales, en particulier sur les espèces non ciblées.

Cancérogénicité : Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l'homme » (Groupe 2A) en 2015, sur la base de preuves liant cet herbicide au lymphome non hodgkinien chez l'humain et de preuves suffisantes de cancérogénicité chez l'animal. Une étude menée en 2025 par l'Institut Ramazzini a trouvé des tumeurs dans plusieurs organes et des leucémies précoces chez des rats exposés au glyphosate à des doses équivalentes aux niveaux considérés comme « sûrs » par l'Union européenne (0,5 mg/kg/jour), soulevant des inquiétudes sur la sécurité de son utilisation dans des zones peuplées.

Santé infantile : Une étude de l'Université de l'Oregon, publiée en 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, a révélé que l'exposition au glyphosate dans les communautés rurales des États-Unis était associée à une baisse du poids à la naissance (29,8 grammes en moyenne), à des périodes de gestation plus courtes (1,49 jour) et à une augmentation des risques de faible poids et de naissance prématurée, en particulier dans les populations défavorisées. L'étude a établi un lien entre ces effets et l'utilisation massive du glyphosate depuis l'introduction des cultures génétiquement modifiées.

Effets endocriniens et reproductifs : Des études ont montré que le glyphosate pourrait agir comme perturbateur endocrinien, affectant le système hormonal. Des recherches menées par Romano et al. (2012) et Thongprakaisang et al. (2013) ont lié le glyphosate à une toxicité reproductive chez les rats et à une activité oestrogénique dans des cellules cancéreuses du sein humain, ce qui pourrait nuire à la fertilité et au développement foetal. Une étude de 2025 a également indiqué que l'exposition au glyphosate pourrait contribuer à l'infertilité masculine.

Génotoxicité et autres effets : Des études récentes, y compris sur les personnes répandant le pesticide, ont révélé des effets génotoxiques potentiels du glyphosate, pouvant entraîner des dommages à l'ADN. Une exposition chronique à faibles doses a aussi été associée à des lésions hépatiques et rénales chez les animaux, ce qui est inquiétant pour les populations vivant près des zones traitées.

Impacts environnementaux et écologiques

Organismes non ciblés : Le glyphosate peut dériver des zones pulvérisées, affectant des plantes et écosystèmes non ciblés. Des études montrent qu'il nuit à des micro-organismes bénéfiques du sol, aux vers de terre et aux pollinisateurs comme les abeilles, altérant leur orientation, leur immunité et leur survie, ce qui peut perturber les écosystèmes locaux.

Contamination de l'eau et du sol : Le glyphosate et son métabolite, l'acide aminométhylphosphonique (AMPA), ont été détectés dans des sources d'eau (de 10 ng/L à 10 mg/L à l'échelle mondiale) et dans les sols (jusqu'à 2 mg/kg dans l'UE), posant des risques pour l'eau potable et les chaînes alimentaires. Des résidus ont été retrouvés dans l'urine humaine, le lait maternel et les produits alimentaires, indiquant une exposition généralisée.

Perte de biodiversité : La nature à large spectre du glyphosate peut réduire la diversité végétale, affectant les insectes et les chaînes alimentaires, ce qui perturbe l'équilibre écologique dans les zones urbaines et suburbaines où il est utilisé.

Exposition dans les zones habitées – dérivées et résidus : L'utilisation du glyphosate dans l'aménagement paysager urbain, l'entretien des routes et les environnements résidentiels accroît les risques d'exposition pour les résidents, notamment les enfants, les femmes enceintes et les applicateurs. Des études estiment que 21 % des échantillons de sol de l'UE contiennent du glyphosate, et celui-ci est détectable dans les fluides biologiques humains, avec des niveaux plus élevés chez les personnes vivant près des zones agricoles ou traitées.


Première Nation de Serpent River, 14 août 2025

Nipissing Ouest, 14 août 2025
(Photos: I. Murdoch)



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Volume 55 Numéro 7 - Juillet-août 2025

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