Le « Sommet des Premières Nations » à Gatineau signé Carney


Les chefs des Premières Nations participent à des réunions avec le gouvernement Carney au
Musée d'histoire, Gatineau, 17 juillet 2025.

L'un des objectifs que se sont fixés les derniers gouvernements du Canada est de trouver le moyen de dépouiller les peuples autochtones de ce qui leur appartient de droit, en commençant par l'obtention de leur consentement sur ce qu'ils veulent faire sur leurs territoires. Depuis la Confédération, cela se fait principalement par le l'entremise du système des conseils de bande et de la Loi sur les Indiens. Il s'agit d'instruments illégitimes imposés pour déposséder les peuples autochtones de tous leurs droits ancestraux, les soumettre à un génocide culturel et justifier ce qui ne peut être justifié. La domination des colonialistes britanniques, puis de l'oligarchie anglo-canadienne, a fait des peuples autochtones les pupilles d'un État étranger. Ayant échoué à maintes reprises à obtenir l'acquiescement des peuples autochtones, les gouvernements Harper puis Trudeau ont commencé à conclure des accords avec des intérêts commerciaux, les utilisant pour passer outre le consentement des peuples autochtones. Le gouvernement Trudeau a tenté de le faire subrepticement de diverses manières, en recourant aux interventions armées violentes de la GRC et de la police politique dans le cas des Wet'suwet'en en Colombie-Britannique. Le gouvernement Carney le fait ouvertement, sans aucune honte.

La réunion de deux jours convoquée par le gouvernement Carney les 16 et 17 juillet au Musée d'histoire de Gatineau a montré que M. Carney pense qu'il peut s'en tirer en attaquant la souveraineté autochtone, même ineffective soit-elle dans les conditions actuelles. Le premier ministre a appelé cette réunion le « sommet de consultation des Premiès Nations sur les grands projets ».

La deuxième journée a commencé par une allocution du premier ministre Mark Carney, suivie de celle de la cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse Nepinak.

Bien que le premier ministre ait insisté tout au long de son discours sur le fait qu'il était là pour « écouter », l'organisation de la rencontre a laissé peu ou pas d'espace pour un véritable échange ou pour que les participants puissent exprimer leurs points de vue. Beaucoup ont eu le sentiment qu'on leur parlait sans les écouter.

Mark Carney a qualifié l'événement de sommet sur les grands projets, invoquant dans son discours les ports, les corridors, les minéraux critiques et autres infrastructures. Il a cité comme modèle de partenariat avec les Premières Nations l'installation de traitement et le terminal d'exportation de Cedar Natural Liquid Gas en Colombie-Britannique. Malgré tout, il a affirmé à la fin de son allocution qu'il n'existait « aucune liste de ces projets », laissant entendre que ce seront les Premières Nations qui en décideront.

Le discours de Carney était un exemple flagrant de la manière dont les banquiers et les oligarques financiers parlent des questions que les peuples considèrent comme sacrées au nom de la logique économique, et si ceux-ci s'y opposent, ils n'auront qu'eux-mêmes à blâmer pour la situation désespérée dans laquelle ils se trouvent en raison des relations d'oppression et d'exploitation qui leur sont imposées.

Tel le loup déguisé en grand-mère pour mieux assujettir le Petit Chaperon rouge, Mark Carney a parlé  d'« un nouveau chapitre dans la relation entre le gouvernement du Canada et les Premières Nations ». Il a affirmé que la Loi C-5 était « la première législation fédérale à placer la croissance économique autochtone au coeur de son objectif ».

Comme si les mots avaient le sens que leur donne celui qui les prononce, M. Carney a déclaré que le respect des droits des peuples autochtones était un objectif fondamental de la Loi visant à bâtir le Canada. « La loi exige une consultation significative avec les peuples autochtones, tant dans le processus de détermination des projets d'intérêt collectif que dans l'élaboration des conditions entourant leur mise en oeuvre », a dit Mark Carney. « C'est une exigence légale qui respecte l'article 35 de notre Constitution, le devoir de consulter. Elle réaffirme l'engagement du gouvernement à mettre en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, y compris le consentement libre, préalable et éclairé. »

Comme les peuples autochtones l'ont clairement souligné, ce gouvernement insiste pour donner l'interprétation de l'État canadien en ce qui concerne l'obligation de consultation, à savoir qu'en fin de compte, c'est le pouvoir exécutif qui décide. C'est ainsi que l'État canadien interprète les traités autochtones depuis sa constitution en 1867. Le rôle des peuples autochtones est de s'y conformer avec le sourire ou de se faire damner. Dans ce pays, tout est un privilège, pas un droit.

Il n'est donc pas surprenant que M. Carney ait clairement indiqué que ce processus de consultation est soumis aux limites imposées par son nouveau « Conseil consultatif autochtone ».

Des chefs ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'indépendance de ce conseil et ont fait valoir qu'ils voulaient participer à la nomination de ses membres. Ils s'inquiètent également du fait que le gouvernement pourrait considérer les avis de ce conseil comme l'équivalent d'une consultation avec les titulaires de droits, tout en contournant les communautés directement concernées.

La cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse Nepinak, s'adresse aux participants.

Après les déclarations du premier ministre, les médias ont été escortés hors de la salle, ce qui fait qu'ils n'ont pas entendu le discours de la cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak devant les centaines de chefs rassemblés.

L'APN a plaidé pour que toute la rencontre soit ouverte au public et Cindy Woodhouse Nepinak s'est excusée de devoir tenir une conférence de presse à l'extérieur du musée.

« Vous auriez dû être là, et vous auriez dû pouvoir entendre mon discours », a-t-elle dit. Elle a réitéré ce message plus tard dans la journée à un groupe de jeunes qui avaient fait un long voyage jusqu'à Ottawa pour manifester leur opposition à la nouvelle loi.

Exprimant son mécontentement, le grand chef Trevor Mercredi, du Traité 8 de l'Alberta, a déclaré :

« Nous sommes venus ici pour faire valoir nos droits. Nous ne sommes pas venus pour poser des questions. Nous ne sommes pas venus pour quémander. Nous sommes simplement venus affirmer nos droits et faire comprendre à tout un chacun ce qui les attend s'ils s'attaquent à nos ressources. »

Le chef Jeff Copenace des Ojibwés d'Onigaming a dit : « Si le Canada veut construire, nous aussi voulons construire, a-t-il expliqué. Nous voulons construire des infrastructures pour la jeunesse. Nous voulons construire des centres de crise pour les jeunes. Nous voulons construire des centres récréatifs pour les jeunes [...] Voilà les types de projets que les jeunes attendent, et pas nécessairement les grands projets dont on discute ici. »

Le jeune leader Jeronimo Kataquapit de la Première Nation d'Attawapiskat a dirigé un groupe de 20 jeunes des Premières Nations qui, avec d'autres, ont mené des actions à l'entrée de l'édifice où avait lieu la rencontre et sur la Colline du Parlement, où ils ont pris la parole avec défiance. Au Musée de l'histoire, des agents de la GRC leur ont interdit l'entrée.

« Quand des gens entrent chez vous, vous ne restez pas là à les regarder faire ce qu'ils veulent. Vous protégez votre maison », a déclaré Jeronimo aux journalistes à l'extérieur de la rencontre.

« Ces projets de loi actuels ne sont qu'une continuation de la doctrine de la découverte, un document qui ne nous reconnaît même pas comme êtres humains », a dit Cedar Aisipi de la Première Nation d'Attawapiskat à propos de la Loi C-5 du fédéral et du projet de loi 5 de l'Ontario. « Voilà ce que sont ces lois. En tant que détenteur de droits issus de traités, en tant que personne avec des droits inhérents, je rejette les projets de loi C-5 et 5. »

« Nous savons tous que nous ne pouvons pas rester silencieux, le silence ne nous a jamais rien apporté en tant que Premières Nations », a dit Cohen Chisel, de la Première Nation de Lac Seul. « Alors nous allons nous lever et nous battre pour la terre, pour nos droits et notre mode de vie, et nous allons nous faire entendre. »

Les jeunes manifestants représentaient plusieurs mouvements avec des jeunes à leur tête, dont Youth Rising Together, Urban Youth of Timmins, Mushkegowuk Youth Council et Assembly of 7 Generations.

Leur manifestation fait partie d'un mouvement plus large, qui comprend maintenant Mahmo Inninuwuk Wiibuseego-stamok, un groupe de jeunes marcheurs des Premières Nations ayant parcouru à pied les 700 kilomètres entre Timmins et Toronto pour protester contre les projets de loi 5 et C-5. Leur marche de 22 jours s'est terminée par un rassemblement le 8 août à Queen's Park, à Toronto.

Jeronimo Kataquapit mène depuis la mi-juin une action de protestation dans la forêt sur la rivière Attawapiskat avec son frère Jonathan et leurs parents James Kataquapit et Monique Edwards.

Il a lancé cette manifestation « Here We Stand » (nous sommes-là) contre le projet de loi 5 de l'Ontario et la Loi C-5 du Canada pour aider sa communauté à montrer au gouvernement et aux promoteurs que leur peuple continue d'occuper et d'utiliser activement le territoire et d'y vivre.

Ils ont parcouru 400 kilomètres sur la rivière Attawapiskat pour établir un campement permanent près du site où il est prévu de construire un pont dans le cadre du développement minier du Cercle de feu dans cette région.

(Avec des informations de l'APTN, Radio-Canada, la Presse Canadienne. Photos : Treaty 8 Alberta, APN)



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Volume 55 Numéro 7 - Juillet-août 2025

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