Parti marxiste-léniniste du Canada

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107e anniversaire de la grève générale de Winnipeg
1er mai au 25 juin 1919

La lutte historique des travailleurs de Winnipeg pour faire valoir leurs droits et leurs réclamations à la société

Grand rassemblement au parc Victoria pendant la grève générale de Winnipeg

La grève générale de Winnipeg, qui s’est déroulée pendant 41 jours, du 1er mai au 25 juin 1919, est devenue la plus grande révolte sociale de l’histoire du Canada. La grève reste d’une grande importance pour le développement ultérieur du mouvement émancipateur de la classe ouvrière canadienne. Elle a fait l’objet de nombreuses études non seulement sur le rôle du gouvernement et des forces de police mais également celui joué par les syndicats, les communistes, les socialistes et les partis politiques traditionnels.

Au moment de la grève, la Première Guerre mondiale (1914-1918) avait pris fin, mais elle n’avait pas mis fin à la cupidité des hommes assoiffés de pouvoir qui l’avaient déclenchée en premier lieu. Au Canada, la guerre a été un prétexte pour réprimer la résistance à la guerre impérialiste et l’objection de conscience contre la participation à cette guerre, ainsi que pour attaquer les syndicats et la politique révolutionnaire. La Loi sur les mesures de guerre de 1914, qui a servi de 1914 à 1920 à l’internement massif de ce qu’on appelait alors les « étrangers ennemis », est restée en vigueur pendant plus d’une année après la fin de la guerre et a été utilisée contre les organisateurs de la grève générale de Winnipeg de 1919.

Après la guerre, l’armée canadienne et les armées de 14 autres pays, à l’instigation de la Grande-Bretagne et de la France, ont également été envoyées pour envahir la Russie soviétique dans une vaine tentative de maintenir les privilèges du régime tsariste renversé par la création du premier État socialiste du monde. En même temps, les soldats qui avaient survécu à la guerre des tranchées, dont beaucoup étaient revenus invalides, ayant été gazés par le gaz moutarde et souffrant des effets non reconnus du stress post-traumatique, étaient accablés par l’inflation et le chômage d’après-guerre. La grippe espagnole avait également causé des millions de morts suite à la guerre (1918-1920).

Dans cette conjoncture, les ouvriers de l’industrie de la construction et de la métallurgie de Winnipeg sont entrés en grève ; ils exigeaient des salaires plus élevés et la réduction des heures de travail. Ils ont été rejoints par les travailleurs du fer qui luttaient pour la reconnaissance de leur syndicat, le Conseil des métiers de la métallurgie. Le 15 mai, avec l’appui massif de ses 12 000 membres, le Conseil des métiers et du travail de Winnipeg déclenche la grève générale. Près de trente-cinq mille personnes y prennent part, y compris les travailleurs syndiqués et non syndiqués. Les téléphonistes de la ville ont été parmi les premières à débrayer. Des grèves de solidarité ont été organisées à Edmonton et à Calgary pour appuyer la grève générale de Winnipeg.

Les ouvrières ont eu un rôle important dans la grève. Plusieurs sont entrées en grève et ont appuyé les autres travailleurs en grève. Elles ont mis en place des cuisines populaires tout en prenant soin de leurs familles. Les téléphonistes en grève ont débranché les lignes téléphoniques, sont descendues dans la rue pendant les manifestations et ont affronté les briseurs de grève. Des femmes étaient membres du Comité central de grève ainsi que de la Ligue ouvrière des femmes. En fait, les femmes ont entamé la grève générale de solidarité en soutien aux travailleurs de la métallurgie et de la construction déjà en grève. Lorsque 500 téléphonistes, dont 90 % étaient des femmes, ont quitté le travail à la fin de leur quart de travail à 7 h, aucun autre travailleur n’est venu les remplacer. Winnipeg a été privé de service téléphonique pendant une semaine. Le 20 mai, le Western Labour News a annoncé une réunion d’organisation d’une journée pour toutes les travailleuses.

Le contexte de cette grève était la grave crise économique dans laquelle la Grande-Bretagne et, par extension, le Canada étaient plongés après la Première Guerre mondiale, ainsi que le traitement inadmissible des travailleurs à leur retour de la guerre des tranchées dans laquelle des milliers d’entre eux ont été utilisés comme chair à canon. La guerre avait rapidement mis fin à cette euphorie de l’empire qui a précédé la guerre et le Canada s’est retrouvé à la croisée des chemins, non seulement en proie aux affres d’une économie dont les anciennes bases avaient été brisées par la guerre, mais également sans but qui reposait sur l’ancienne édification d’empire. L’asservissement des gouvernements aux intérêts étrangers et au moloch du capital auquel les travailleurs ne s’identifiaient absolument pas pesait lourdement sur la capacité des gouvernements à maintenir la paix sociale.

Un des dirigeants de la grève, Roger Bray, s’adresse à un rassemblement de masse à Victoria Park pendant la grève.

Le gouvernement du Canada ainsi que le gouvernement provincial du Manitoba craignaient clairement une révolution semblable à celle qui venait d’avoir lieu en Russie. Ils ont répandu le mensonge que les « immigrants » étaient à l’origine de la grève. Le gouvernement du Canada a modifié la Loi sur l’immigration pour que même les immigrants nés en Grande-Bretagne qui, à l’époque, avaient automatiquement des droits de citoyenneté puissent être expulsés. Le gouvernement a mobilisé les forces de police contre les grévistes et a eu recours à la violence pour écraser la grève. La réaction du gouvernement à la situation intenable dans laquelle se trouvaient les travailleurs à cette époque et la répression des luttes des travailleurs qui avaient fait tant de sacrifices dans la guerre des tranchées de la Première Guerre mondiale a montré clairement le rôle de l’État.

En juin, les autorités fédérales ont officiellement recouru aux menaces d’expulsions pour réprimer la politique de la classe ouvrière, bien qu’elles aient tenté de tromper le public en évitant le mot « politique » dans leurs accusations. Les amendements à l’article 41 de la Loi sur l’immigration définissaient un « immigrant interdit » comme « toute personne intéressée à renverser un gouvernement organisé soit dans l’Empire (au niveau provincial également au Canada) ou en général, soit par la destruction de biens ou par la promotion d’émeute ou de désordre publics, ou qui est membre d’une organisation secrète qui tente de contrôler des personnes par la menace ou le chantage [1]. » Après près d’un mois de grève, le maire de Winnipeg a demandé l’intervention de gendarmes spéciaux dont la présence a attisé la résistance des grévistes. Les dirigeants de la grève ont été arrêtés. La Police à cheval du Nord-Ouest (qui est devenue la Gendarmerie royale du Canada en 1920) et les gendarmes spéciaux ont tiré sur les travailleurs, tuant deux hommes. Trente-quatre autres personnes ont été blessées et 80 arrêtées. Quelques jours plus tard, le 21 juin, la grève a pris fin avec une manifestation organisée par les anciens combattants.

L’expérience directe de la grève a enseigné aux travailleurs que le principal obstacle à ce que les travailleurs réalisent leurs objectifs était le pouvoir politique des capitalistes, qui à ce moment-là était exercé par le gouvernement du Parti conservateur. Tandis que le Congrès des métiers et du travail du Canada semblait craindre de reconnaître le lien inséparable entre la lutte économique et la lutte politique, les travailleurs, par leur lutte, ont saisi de plus en plus la question fondamentale qui est quelle classe détient le pouvoir politique et que l’État n’est pas neutre dans la lutte entre le capital et le travail. La grève a arraché le voile du pouvoir politique, montrant que celui-ci est indivisible et que la lutte des travailleurs doit viser ce pouvoir pour qu’ils puissent déployer la force de leur nombre et de leur organisation en leur faveur.

La conduite de la grève et son résultat ont montré aux travailleurs l’inaptitude de ces dirigeants syndicaux qui étaient infectés par des ambitions bourgeoises de richesse personnelle, de pouvoir et de privilège. La grève a démontré que ces dirigeants doivent être remplacés par des dirigeants révolutionnaires qui n’ont pas ces ambitions. La grève a aussi démontré aux travailleurs de Winnipeg et d’ailleurs au Canada à quel point il était vital que toute la classe ouvrière appuie les grèves individuelles afin de garantir leur succès. La grève a enseigné aux travailleurs à quel point cette leçon importante est vraie.

Enfin, et chose très importante, la grève a enseigné aux travailleurs, surtout aux moments les plus difficiles, que les partis existants n’étaient pas capables de soutenir de façon audacieuse et ferme les intérêts de la classe ouvrière et que celle-ci a besoin de son propre parti politique qui exprime sa politique, ses tactiques et ses revendications indépendantes. La formation, peu après, du Parti communiste du Canada en 1921 visait à fournir une solution à ce problème. Il l’a fait jusqu’à ce qu’il perde ses repères au début des années 1950, en pleine guerre froide, et se mette à entretenir des illusions sur la démocratie bourgeoise.

Depuis l’époque de la grève générale de Winnipeg, la question de savoir comment garantir que les luttes de la classe ouvrière et du peuple atteignent leurs objectifs et répondent au besoin d’empouvoirement général, demeure à l’ordre du jour. Pour sa part, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) – fondé le 31 mars 1970 sur la base des principes organisationnels léninistes pour mener à bien les tâches requises pour ouvrir la voie au progrès de la société – mène sans relâche un travail politique, idéologique et organisationnel pour faire avancer la cause d’investir le peuple du pouvoir. Cela implique notamment de tirer les leçons de l’importance de la grève générale de Winnipeg, afin d’honorer la mémoire, les contributions et les sacrifices de ceux et celles qui ont pris position, et de mettre l’expérience de toutes ces actions à la disposition de la classe ouvrière et du peuple, de manière à en faire un guide d’action pour le présent.

Manifestation de la Fête du travail de 1919 contre les procès des dirigeants de la grève de Winnipeg arrêtés en juin 1919

Note

1. Barbara Roberts, Whence They Came : Deportation from Canada (Ottawa : Presse de l’Université d’Ottawa, 1988), p. 84.


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