101e anniversaire de naissance de Malcolm X
19 mai 1925
Rencontre historique entre Malcolm X et Fidel Castro à Harlem

Rencontre entre Fidel Castro et Malcolm X à l’hôtel Theresa à Harlem en septembre 1960
Dans un article publié en septembre 2025 pour The Peoples’ Forum à New York, Manolo De Los Santos, directeur de la revue, évoque la rencontre historique qui a eu lieu en septembre 1960 entre Fidel Castro et Malcolm X à l’hôtel Theresa à Harlem. Il écrit : « La rencontre entre Fidel et Malcolm X à l’hôtel Theresa n’était pas une simple séance photo ; c’était le symbole puissant d’une époque de révolution et de luttes de libération nationale, cristallisée dans une rencontre entre deux jeunes révolutionnaires confrontés à la colère de l’empire étasunien et un message fort contre l’hégémonie et l’oppression raciale. »
Fidel Castro se trouvait à New York avec la délégation cubaine à la 15e session de l’Assemblée générale des Nations unies. La délégation fut accueillie avec hostilité par le gouvernement étasunien. La direction de l’hôtel où elle avait réservé des chambres exigea une caution de 20 000 dollars US, tandis que le département d’État restreignait ses déplacements. Malcolm X et d’autres leaders noirs intervinrent et invitèrent la délégation cubaine à l’hôtel Theresa à Harlem. L’auteur souligne que « Fidel a accepté, et fait d’un affront diplomatique une puissante déclaration politique contre la tentative de l’administration Eisenhower de le réduire au silence. En s’installant à Harlem, Fidel allait causer un casse-tête à Washington en mettant en évidence l’hypocrisie d’une nation qui se prétendait championne de la démocratie et de la liberté à l’étranger alors que ses citoyens noirs étaient confrontés à une ségrégation et une oppression systémiques chez eux. » Selon les mots de Malcolm X, évoquant les milliers de personnes qui sont sorties sous la pluie pour acclamer la délégation cubaine, Fidel « a réussi un coup psychologique contre le département d’État étasunien lorsque celui-ci l’a confiné à Manhattan, sans jamais imaginer qu’il resterait dans le quartier de Harlem et ferait une telle impression parmi les Noirs. »
Manolo De Los Santos rapporte :
« La réunion à l’hôtel Theresa a été un moment crucial dans l’histoire de l’internationalisme et de la solidarité anti-impérialiste. Elle a démontré une compréhension claire du fait que la lutte contre l’oppression raciale et pour les droits humains aux États-Unis était inextricablement liée à la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme à l’étranger », symbole d’une ère de décolonisation et de luttes pour les droits humains menées par les peuples noirs et colonisés à l’échelle mondiale, un rejet puissant du discours de la Guerre froide qui présentait ces mouvements comme isolés et illégitimes.
« La réunion a mis à nu l’hypocrisie des États-Unis, qui se prétendaient le phare de la liberté alors que leurs propres citoyens noirs étaient confrontés à une ségrégation et à une violence systémiques, non seulement dans le Sud sous le régime Jim Crow, mais même dans les centres urbains du Nord. La décision de Fidel de s’installer à Harlem et ses rencontres ultérieures avec des dirigeants mondiaux tels que Jawaharlal Nehru (Inde) et Gamal Abdel Nasser (Égypte) depuis son « nouveau quartier général » l’ont fait passer du statut de figure régionale à celui de figure mondiale. Comme l’écrit Simon Hall dans « Ten Days in Harlem », les actions de Fidel ont mis en évidence que « la tache de la ségrégation était bien vivante dans le nord urbain » et ont placé la politique de l’anti-impérialisme et de l’égalité raciale au coeur de la Guerre froide. »
Décrivant la rencontre entre Malcolm X et Fidel le 24 septembre, il écrit : « La rencontre fut un échange important, bien que bref, entre deux hommes qui reconnaissaient l’un dans l’autre le reflet de leurs luttes, un combat commun pour ce que Fidel appellerait plus tard, deux jours après, dans son discours historique de quatre heures à l’ONU, « la pleine dignité humaine » de tous les peuples opprimés. Seuls quelques journalistes noirs furent autorisés à entrer, où Fidel, s’exprimant en anglais, fit part de son admiration pour la résilience des Afro-Américains. « J’admire cette qualité, a-t-il dit. Votre peuple vit ici et est confronté à cette propagande en permanence, et pourtant, il comprend. C’est très intéressant. » La réponse de Malcolm X fut succincte et percutante : « Nous sommes vingt millions, et nous comprenons toujours. » En quittant l’hôtel, face à une foule de journalistes hostiles qui l’interrogeaient sur sa sympathie pour les Cubains, Malcolm X a répondu : « S’il vous plaît, ne nous dites pas qui doit être notre ami et qui doit être notre ennemi. »
Manolo De Los Santo poursuit : « Bien que Fidel et Malcolm X ne se soient plus jamais rencontrés en personne, leurs vies se sont entremêlées à travers un engagement commun envers l’internationalisme. Quelques années seulement après leur rencontre historique, Malcolm X se rendit à Gaza, où il rencontra l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) nouvellement formée et rédigea son important essai « La logique sioniste », dans lequel il décrit le sionisme comme « une nouvelle forme de colonialisme ». Cette solidarité reflétait celle de la Révolution cubaine ; des délégations cubaines antérieures, dont Raul Castro et Che Guevara, s’étaient également rendues à Gaza, et Cuba allait devenir l’un des premiers pays à reconnaître à la fois l’OLP et l’État palestinien. »

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Eduardo Rodríguez Parrilla, prend la parole à la Riverside Church lors d’une réunion marquant le 65e anniversaire de la visite de Fidel à Harlem et de sa rencontre avec Malcolm X. Cette réunion célèbre également le centenaire de la naissance de Fidel et de Malcolm X (Photo : Jaylen Strong)
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