181e anniversaire de naissance de Louis Riel,
chef de la résistance métisse
22 octobre 1844
Apprendre de la résistance du peuple métis pour affirmer son droit d’être pour servir la lutte du présent

Le chef métis Louis Riel (au centre) avec des conseillers de l’Assemblée législative métisse d’Assiniboia
Aujourd’hui, 22 octobre est le 137e anniversaire de naissance de Louis Riel, né le 22 octobre 1844. Pour examiner sa signification dans le contexte d’aujourd’hui, nous considérons que l’histoire, la mémoire et l’intelligence d’un peuple traversent les âges, rafraichies, génération après génération, par sa résistance qui affirme son droit d’être.
Voici ce que Louis Riel a écrit en 1885 : « Quand la Puissance [le gouvernement du Canada] se présenta à nos portes, elle nous trouva donc dans le calme. Elle trouva dans le Nord-Ouest non seulement le peuple métis en bonne condition de vivre sans elle […], mais le peuple métis avec un gouvernement à lui, libre, en paix, fonctionnant et faisant à son compte l’oeuvre de la civilisation que la Compagnie de l’Angleterre n’eût pu faire sans des milliers d’hommes de troupe : un gouvernement de constitution définie et dont la juridiction était d’autant plus légitime et à respecter qu’elle s’exerçait sur un sol qui lui appartenait. »
Le 16 novembre 1885, le pouvoir colonial britannique a pendu le grand leader métis Louis Riel. Ce dernier a été accusé et trouvé coupable de haute trahison après la défaite des Métis à la bataille de Batoche en mai de la même année. L’exécution de Louis Riel était une façon de frapper la conscience de la nation métisse, mais le pouvoir colonial ne parvint pas à mettre fin à sa lutte pour ses droits et sa dignité en tant que nation. La lutte des Métis pour affirmer leur droit d’être et assumer la direction de leurs affaires politiques continue à ce jour.
Les deux grands soulèvements de la Rivière Rouge (1869-1870) et du Nord-Ouest (1885) n’étaient pas des éléments isolés. Ils ont eu lieu à une époque où les Premières Nations et la nation du Québec cherchaient à s’affirmer, au moment où régnait une effervescence révolutionnaire en Europe. Les soulèvements des Métis traduisaient une réponse au projet colonial britannique qui cherchait à reproduire l’État britannique en Amérique du Nord et à tenir en échec les aspirations légitimes des nations qui composaient le Canada.
L’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 et l’achat des Terres de Rupert de la Compagnie de la Baie d’Hudson par le gouvernement canadien en 1869-1870, juxtaposés au déclin de leur économie traditionnelle basée sur la chasse du bison, ont contraint les Métis à se doter d’un rapport de force avec les autorités coloniales et à négocier l’entrée dans la Confédération du Manitoba grâce à la mise sur pied d’une assemblée législative. L’esprit qui animait Riel et les membres du gouvernement provisoire à cette époque est contenu dans la Déclaration des habitants de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest qui affirme la souveraineté des Métis sur leurs terres. Ces derniers refusaient également de reconnaître l’autorité du Canada, « [ ] qui prétend avoir le droit de venir nous imposer une forme de gouvernement encore plus contraire à nos droits et à nos intérêts [ ] ».
La Gendarmerie royale du Canada, successeure de la Police à cheval du Nord-Ouest, commet encore des crimes contre les peuples autochtones aujourd’hui. |
La Loi du Manitoba, qui établissait le Manitoba en tant que province, a été votée au parlement fédéral en mai 1870. Le gouvernement n’a pas tardé à exercer son contrôle sur son nouveau territoire comme en font foi l’expédition militaire de Wolseley plus tard dans l’année — qui a contraint Riel à la fuite par crainte pour sa sécurité —, la création de la Police montée du Nord-Ouest (1873) et de la Loi sur les Indiens (1876). Le premier ministre John A. Macdonald s’est fait le champion de la colonisation de l’Ouest et du développement de l’agriculture avec la politique nationale qu’il a promue à partir de 1878. Avec l’aide des Oblats (les membres laïcs de l’Église catholique affiliés à une communauté monastique), les autorités ont cherché à sédentariser et à forcer les Métis à adopter le mode de vie agricole. Face à une existence marquée par ce cadre contraignant et sous la pression des spéculateurs fonciers, certains Métis vendirent les terres qui leur avaient été octroyées pour aller s’établir en Saskatchewan.
C’était aussi une époque où les nationalismes s’exprimaient. L’épisode du Manitoba fit prendre conscience aux Québécois de la fragilité de la situation des Métis alors que l’abolition de l’enseignement en français au Nouveau-Brunswick en 1871 indiquait le besoin d’organisation. Les sociétés nationales à la défense des droits et des intérêts des francophones, telles que les sociétés Saint-Jean-Baptiste, se répandirent à travers le continent en raison des vagues migratoires partant de la vallée du Saint-Laurent. La Convention nationale de Montréal en 1874 et les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880 et à Windsor en 1883 ont rassemblé des délégations de toute l’Amérique française afin de démontrer avec force la vitalité de la « famille canadienne-française ». Les Acadiens ont tenu leur première Convention en 1881 où ils ont célébré et adopté une doctrine nationale.
Les chefs métis, sous l’influence du clergé, ne sont pas allés à contrecourant. Dès les lendemains de la Résistance de la Rivière-Rouge, fut fondée à Saint-Boniface l’Association Saint-Jean-Baptiste du Manitoba. Son vice-président n’était nul autre que Louis Riel. Cette association regroupait à ses débuts autant les Canadiens français que les Métis francophones.
Toutefois, conscients de leur identité distincte, les chefs métis voulaient façonner leur propre nationalisme. Riel en viendra à articuler un nationalisme proprement métis, doté d’une fête et de symboles nationaux propres. Ce processus culminera avec la création à Batoche en septembre 1884 de l’Association nationale des Métis afin de promouvoir le développement de leur conscience politique.
Les Métis ont pris les armes encore une fois pour affirmer leur nation et leur droit d’être lors de la Rébellion du Nord-Ouest de 1885. Pendant trois jours, du 9 au 12 mai 1885, 250 Métis ont affronté vaillamment 916 soldats des Forces canadiennes à Batoche, mais ont été vaincus et Riel s’est rendu.
Macdonald et son cabinet adoptèrent la ligne dure à l’endroit de Riel et de ses compagnons. Louis Riel fut jugé à Régina en juillet 1885. Le procès dura cinq jours. Le jury l’a reconnu coupable le 31 juillet, après seulement une demi-heure de délibérations, mais a demandé la clémence. Or, le juge Hugh Richardson, qui présidait au procès, l’a condamné à mort. De septembre 1885 à octobre 1886, plusieurs de ses camarades, tous autochtones, seront condamnés au même sort.
Si les temps ont changé, l’État canadien a hérité du pouvoir colonial et persiste à vouloir nier la nation métisse, les Premières Nations et la nation du Québec. La fière histoire de la lutte des Métis pour affirmer leurs droits en tant que nation n’est pas que pour les bouquins qui amassent la poussière, elle continue d’éclairer le présent. La lutte pour l’affirmation des droits qui appartiennent à tous du fait qu’ils sont humains est précisément la lutte pour des arrangements modernes centrés sur l’être humain. La vie de Louis Riel représente la lutte pour la reconnaissance des droits sur une base moderne.
La vie de Louis Riel est un legs important et toujours aussi pertinent aujourd’hui alors que l’État canadien fait tout ce qu’il peut pour nier les droits des Métis, des Premières Nations et de la nation du Québec, de même que les droits des travailleurs, des femmes, des jeunes, des minorités nationales et de tous les collectifs de la société, tout cela au nom de la sécurité, de l’équilibre, de l’austérité et d’autres faux idéaux.
La lutte pour un projet d’édification nationale est toujours à l’ordre du jour. La lutte pour affirmer le droit d’être des peuples du monde et leur souveraineté et droit de décider de toutes les questions qui les concernent est le problème posé et à résoudre. Le peuple demeure dépourvu de ce pouvoir, usurpé par les élites du pays au service des grands oligarques et de la machine de guerre des États-Unis. Carney a des prétentions de défendre un projet d’édification nationale au nom de l’intérêt national pour un gouvernement de guerre, applaudis et suivis par les gouvernements provinciaux dont le gouvernement Legault. Au nom de l’économie, de la création d’emplois bien payés, etc., et de l’importance de diversifier notre économie pour réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis, c’est tout le contraire qui se passe. L’économie canadienne est liée à l’économie militaire des États-unis, l’armée canadienne est sous commandement des États-Unis et le Canada est un membre actif de l’OTAN.
Citons ici l’extrait de l’article « Comment les discours gratuits sur les valeurs et l’identité sont devenus la raison d’État du Canada » paru dans le LML mensuel d’octobre et signé par Pauline Easton. Parlant de l’important défi auquel sont actuellement confrontés la classe ouvrière et le peuple, elle écrit : « Il est important de discuter de la manière dont la définition de l’intérêt national donnée par le premier ministre est utilisée pour damer le pion à l’intérêt public. Il existe un processus sur la base duquel, par un tour de passe-passe, le discours sur les valeurs et l’identité devient un discours sur la raison d’État. Les discours sur les valeurs et l’identité sont utilisés pour établir une définition de l’intérêt national qui est antinational. Pour comprendre les actions du gouvernement Carney, il suffit d’examiner cette définition de l’intérêt national qui rejette les réclamations que la classe ouvrière et le peuple sont en droit de faire à la société. En créant toutes sortes de groupes consultatifs composés d’« intervenants », ce gouvernement nie le droit de conscience et le droit de parole du peuple, ce qui revient à nier l’existence même du droit à l’autodétermination. »
Nous avons une classe ouvrière éduquée, dans une économie industrialisée, qui se bat pour ses droits et a une riche expérience dans la bataille pour les affirmer dans la perspective de doter le pays et le Québec de son propre projet d’édification nationale. Tout cela est rejeté du revers de la main par les Carney et Legault de ce monde qui se considèrent comme une autorité supérieure à tous, qui savent ce qu’il faut faire au nom des valeurs, des identités. On a vu récemment Legault avec le dépôt du projet de loi « Une constitution de 2025 pour le Québec » qui est une tentative de légaliser l’usurpation des pouvoirs par l’Assemblée nationale au nom de grands idéaux.
L’article souligne également : « Ce que la situation exige, en particulier dans un contexte de menaces de guerre, de crises environnementales et d’appauvrissement de l’ensemble de la société, c’est une définition moderne de la démocratie. La définition a trait au fonctionnement réel et à la résolution des problèmes réels qui existent dans la société du fait que le peuple est dépourvu de pouvoir. La résolution consiste à harmoniser les intérêts individuels et collectifs qui sont en conflit les uns avec les autres, c’est-à-dire les intérêts des individus au sein de leurs collectifs et ceux des collectifs au sein de l’ensemble des intérêts généraux. Ce problème doit être débattu. En exerçant la liberté d’expression, c’est-à-dire en s’exprimant librement, les définitions modernes et les arguments qui les sous-tendent sont mis au premier plan.
« Il faut fournir une logique qui permette de régler les rapports qui existent et qui créent un conflit entre les conditions et l’autorité. Pour ce faire, le peuple doit avoir son propre ordre du jour, ses propres organisations, sa propre conception du monde, il doit rédiger sa propre constitution qui garantit ses droits afin qu’il puisse résoudre les problèmes et exprimer sa propre conscience contre toutes les attaques d’un pouvoir étatique dont la raison d’État est de le priver de pouvoir. Cela veut dire trouver les moyens de priver ceux qui occupent des positions de pouvoir et de privilège du pouvoir d’interdire la discussion en proclamant que ce sont eux, et non le peuple, qui représentent ce que le peuple veut. »
La lutte pour le renouveau démocratique au Canada pour une nouvelle constitution moderne sur la base de la reconnaissance de la nation du Québec, des droits hériditaires et de traités des Premières Nations, débarrassée de la monarchie britannique et de tous ses vestiges, pour l’affirmation et la reconnaissance des droits de tous sur une base égale, pour des relations entre pays sur la base d’avantage réciproque, pour le pouvoir souvereain du peuple est toujours à l’ordre du jour.
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