Le Marxiste-Léniniste

Numéro 63 - 27 décembre 2015

Réflexions à l'occasion du Nouvel An

La tâche posée dans
un moment déterminant


Promotion de l'idéologie de la guerre froide
pour combattre l'affirmation des droits

Le monument anticommuniste est utilisé pour promouvoir
une définition intéressée des droits humains

- Pauline Easton -

Le Canada: un des quatre pays qui ont voté contre la résolution
des Nations unies condamnant la glorification du nazisme

- George Allen -

Accord à la Conférence de Paris sur le climat
Absence inquiétante de mécanisme juridique pour appliquer
les décisions préoccupe


Deuxième Conférence mondiale de l'Internet en Chine
Pourquoi la cybersouveraineté importe

Résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie
Une fausse solution politique ne mènera à rien

République populaire démocratique de Corée
Accusations frauduleuses de «violation des droits humains» portées
par les États-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU

Résolution provocatrice à la Troisième Commission de l'ONU
Marzuki Darusman et les violations alléguées des droits humains
en République populaire démocratique de Corée

- Philip Fernandez -

Les espions missionnaires du Pentagone
- Matthew Cole -


Réflexions à l'occasion du Nouvel An

La tâche posée dans un moment déterminant


Arrêtons-nous un instant sur la société actuelle. Quelle est son image ? Quelle est sa personnalité ? Sont-elles modernes ?

La société accepte-t-elle les réclamations que tous ses membres sont en droit de lui faire du fait qu'ils sont des êtres humains ? Sinon, comment peut-elle être une société humaine consciente ?

Comment se fait-il que la société soit constituée de tous les êtres humains qui la composent alors que sa personnalité est encore définie par les riches et les puissants ? Pourquoi tourne-t-elle le dos au sort des individus et de leurs collectifs et à ses propres intérêts en tant que société, comme en témoignent la désintégration et la décadence qui dominent tous les aspects de la vie, sans parler de la marginalisation des sections les plus vulnérables du peuple ?

Et quelles sont l'image et la personnalité de l'État, du gouvernement, des politiciens, des partis politiques, des écrivains, des acteurs, des travailleurs et de l'oligarchie financière elle-même ?

Le moment déterminant appelle la société à se regarder dans le miroir.

Nous devons décider du genre de société que nous voulons, du genre d'image et de personnalité que nous voulons. Le moment déterminant l'exige, que nous le voulions ou pas.

Qui, aujourd'hui, ne cherche pas à changer quelque chose dans sa vie d'une manière ou d'une autre ? Qui est satisfait de la direction et de la nature de la société dans laquelle nous vivons ?

Les gens sont tourmentés et rêvent de changement et même la bourgeoisie reconnaît qu'elle est à la croisée des chemins. Les moments déterminants ne signifient pas qu'il faille abandonner le meilleur de ce qui a été réalisé dans le passé. Les contributions de celles et ceux qui nous ont précédés sont trop nombreuses pour être énumérées et trop précieuses pour être abandonnées. En plus des ressources naturelles qui sont abondantes et de l'existence d'une population instruite partout dans le monde, des progrès scientifiques et techniques colossaux ont été réalisés et d'autres sont en voie de l'être.

En fait, si ce n'était précisément de cette croissance du positif, le négatif ne serait pas si criant. Dans une grande mesure, le négatif d'aujourd'hui est là pour bloquer le progrès, comme cela se produit à chaque fois que la société s'apprête à faire un pas de géant.

Aussi rempli de dangers de régression, d'anarchie, de chaos et de guerre que soit le moment déterminant d'une société, il demeure source de beaucoup d'optimisme car il offre à l'humanité une occasion de s'engager sur une grande voie en contribuant à faire avancer ce que les conditions réclament.

- Rapport au VIIe Congrès du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), mars 1998

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Promotion de l'idéologie de la guerre froide pour
combattre l'affirmation des droits

Le monument anticommuniste est
utilisé pour promouvoir une définition
intéressée des droits humains

Après beaucoup de battage au sujet de « délibérations », le gouvernement Trudeau a annoncé le 17 décembre sa décision officielle concernant l'abominable monument de Harper consacré aux soi-disant 100 millions de victimes du communisme.[1] Les « délibérations » en question n'ont pas été une occasion d'engager les Canadiens et les Canadiennes dans une discussion sur le véritable objectif et contenu du projet de monument, ou même sur la procédure à suivre. Au contraire, la ministre libérale du Patrimoine Mélanie Joly a tout simplement annoncé que le monument sera construit au Jardin des provinces et des territoires, sur le côté sud de la rue Wellington. Il s'agit de l'emplacement désigné à l'origine par la Commission de la Capitale nationale.[2] Puis elle a annoncé que le gouvernement lance un concours de design pour la conception d'un monument plus petit et que la contribution fédérale au projet est réduite à 1,5 million $, pour un budget total de 3 millions $ avec les dons privés.[3]


La Marche à la mémoire des victimes du harpérisme tenue à Ottawa a montré l'opposition populaire au monument anticommuniste

Les libéraux refusent donc de parler ouvertement de leurs raisons pour appuyer ce projet et se contentent d'annoncer que le monument sera plus petit et moins cher et sera situé à un emplacement différent de celui envisagé par les conservateurs. Cela laisse entendre que l'opposition au monument ne portait que sur la grandeur, le prix et l'emplacement, pas sur sa nature fondamentale et la conception du monde qu'il représente. Pourquoi ce monument et pourquoi le gouvernement fédéral devrait-il le financer ? Là-dessus la ministre n'a rien dit. Il demeure que les libéraux reprennent à leur compte la campagne méprisable du gouvernement Harper de faire de la lutte au communisme une préoccupation principale pour les Canadiens. La seule explication possible est qu'ils veulent utiliser le monument pour faire la promotion de la définition virulemment anticommuniste des droits créée par les services secrets anglo-américains pendant la guerre froide.

Il importe de rappeler que Justin Trudeau et d'autres libéraux, comme l'ancien député libéral Irwin Cotler et l'ancien chef du parti Bob Rae, ont soutenu le projet de monument dès le début. C'est qu'au fond l'idéologie libérale et la définition libérale des droits, comme celles des conservateurs, sont profondément ancrées dans l'anticommunisme de la guerre froide et les valeurs néolibérales de la Charte de Paris épousées par les impérialistes anglo-américains à l'issue de la division bipolaire du monde. Ces valeurs servent à justifier l'offensive antisociale néolibérale contre les travailleurs et la restructuration de l'État au service d'intérêts monopolistes privés. L'humanité progressiste a établi une définition moderne des droits selon laquelle tous ont des droits du seul fait qu'ils sont des êtres humains. La définition de la guerre froide des droits telle qu'enchâssée par la Charte de Paris à la fin de la division bipolaire du monde est une attaque en règle contre cette définition moderne et contre l'effort pour ouvrir la voie au progrès de la société. Cela ne doit pas passer !

LML a déjà souligné le danger que représente ce projet de monument : « ...le gouvernement a bafoué plusieurs institutions canadiennes pour faire place à un monument qui impose un point de vue privé et extrémiste du monde et en fait une politique officielle. Il le fait d'une manière à froisser ou blesser plusieurs secteurs de la société qui ne partagent pas cette vision du monde ou cette interprétation de l'histoire. Ce n'est pas de la gouvernance, c'est de l'extrémisme. Aucune société ne peut survivre si elle est dominée par des points de vue et des pratiques extrémistes. C'est une affaire très inquiétante. »[4]

Cela doit préoccuper tous les Canadiens et Canadiennes non seulement parce que le projet est basé sur la définition intéressée des droits issue de la guerre froide, mais aussi parce qu'il vire l'histoire à l'envers et attaque les grands sacrifices consentis par les peuples du Canada et du monde pour la liberté, la démocratie et la paix durant la Deuxième Guerre mondiale. Rappelons à cet égard que ce sont les peuples d'Union soviétique qui ont consenti les plus grands sacrifices.

Pourquoi cette volonté de reconnaître des nazis d'Ukraine, des États baltes et de différents pays d'Europe de l'Est comme des « combattants de la liberté » qui furent « victimes du communisme » ? On prétend qu'ils n'étaient pas vraiment des nazis parce qu'au fond leur but était de libérer leur pays de l'oppression communiste. Qui seront les victimes des nouvelles tentatives de promouvoir la définition des droits issue de la guerre froide ? Le but n'est-il pas de saper l'effort des peuples pour ouvrir la voie au progrès et pour affirmer les droits qui appartiennent à tous du fait qu'ils sont des êtres humains ?

Les causes sacrées pour lesquelles les Canadiens ont combattu quand ils ont contribué à la défaite du nazi-fascisme vivent aujourd'hui dans leur effort pour s'investir du pouvoir de décider et pour créer une société qui reconnaît les droits de tous, en opposition aux systèmes de privilèges pour ceux qui épousent les valeurs fondées sur l'intérêt privé des monopoles qui cherchent à dominer les marchés mondiaux.

Les travailleurs doivent faire échec à ces tentatives d'imposer la régression !

Non au monument anticommuniste !
Non aux définitions anticommunistes des droits humains !
Notre avenir est dans la lutte pour les droits de tous !

Notes

1. Les soi-disant victimes du communisme sont en fait les nazis et leurs collaborateurs. On tente aujourd'hui de réhabiliter ces nazis dans différents pays pour encore une fois criminaliser les luttes des travailleurs et discriminer les minorités et ceux que les cercles dominants considèrent comme « indésirables ». L'idée de ce monument provient du « Victims of Communism Memorial Project » aux États-Unis, inauguré en 2007, dont le président honoraire est le criminel de guerre George W. Bush et qui compte parmi ses donateurs des monopoles américains comme le monopole d'armement Lockheed Martin.

2. Stephen Harper et Jason Kenney sont intervenus pour changer l'emplacement original du monument et ont décidé de l'édifier sur un terrain de 5 000 mètres carrés situé en face de la Cour suprême, un emplacement contraire aux plans de développement de la Commission de la Capitale nationale pour ce secteur historique de la ville.

3. Ce monument devait ètre une initiative privée mais en sept ans ses promoteurs n'ont même pas réussi à recueillir suffisamment de fonds pour couvrir leurs propres dépenses. Le coût initial du projet était estimé à 1,5 million $ et l'organisation qui a lancé le projet, Tribute to Liberty, devait recueillir les deux tiers des fonds nécessaires. Les coûts ont ensuite grimpé à 5,5 millions $. Le gouvernement Harper s'était engagé à contribuer 3 millions $ de fonds publics. La valeur du terrain de l'emplacement décidé par Harper est estimée à 30 millions $.

4. « L'extrémisme du gouvernement Harper : Tentative méprisable de faire du communisme l'ennemi principal des Canadiens », LML, 11 février 2015

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Le Canada: un des quatre pays qui ont voté
contre la résolution des Nations unies
condamnant la glorification du nazisme

Le nouveau gouvernement libéral du Canada a voté avec les États-Unis, l'Ukraine et la petite Île de Palaos contre la résolution annuelle de l'Assemblée générale des Nations unies sur la lutte contre la glorification du nazisme le 18 décembre. Le projet de résolution a reçu l'appui de 133 pays et il y a eu 51 abstentions, des pays de l'Union européenne pour la plupart.

Le Canada, les États-Unis, l'Ukraine et l'Île de Palaos ont également été les seuls à voter contre la résolution annuelle de la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies contre le nazisme le 20 novembre. La commission, qui s'intéresse aux violations des droits humains, a adopté la résolution par un vote de 126 pour, 4 contre et 53 abstentions.

La résolution présentée par la Russie sur la lutte contre la glorification du nazisme condamne entre autres la glorification de l'idéologie nazie et la négation des crimes de guerre des nazis allemands, y compris l'Holocauste. Elle condamne le néonazisme et les autres pratiques qui alimentent les formes contemporaines du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance qui s'y rattache. La résolution prend note avec inquiétude de la multiplication des crimes racistes partout dans le monde et de l'influence grandissante de partis aux programmes extrémistes, comme par exemple le Front national en France. Elle met en garde contre la glorification du mouvement nazi et des anciens membres d'organisations qui ont collaboré avec ce mouvement et la Waffen SS et l'édification de monuments commémoratifs, notamment dans les républiques baltes. Elle dénonce également les tentatives d'exonérer des collaborateurs nazis en les présentant comme des combattants de mouvements de résistance nationale et en les honorant comme tels, comme cela se fait en Ukraine.

C'est la cinquième année consécutive que le Canada s'oppose à cette résolution contre le nazisme. Les États-Unis s'y opposent depuis sa première présentation en 2005. L'opposition des États-Unis n'est pas surprenante puisque que ce sont eux qui ont pris le relais de la quête de domination mondiale des hitlériens à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Justin Trudeau ne cesse de répéter que, contrairement à la bande à Harper, lui et son nouveau gouvernement sont pour la liberté et la démocratie réelles, mais alors pourquoi son gouvernement refuse-t-il de prendre position contre le nazisme ?

C'est un fait indéniable que les cercles dominants du Canada ont une longue histoire de collaboration avec le nazisme, comme cela a été démontré plus récemment par la bande à Harper. Ainsi :

- La bande à Harper a célébré chaque année le mythe de l'Holodomor, la pénurie alimentaire qui a eu lieu en Ukraine 1932-33 et que les réactionnaires prétendent avoir été « artificiellement » provoquée par l'Union soviétique. Les nazis d'Hitler ont créé le mythe de la famine de 1933 pour discréditer l'Union soviétique, l'ennemi qu'ils craignaient le plus. Les récits inventés des nazis dans la presse allemande ont été repris par la presse réactionnaire de Grande-Bretagne et le journalisme à sensation du millionnaire américain William Randolph Hearst, un fervent partisan du nazisme.

- La bande à Harper a célébré chaque année le Jour du ruban noir, une commémoration décrétée par les cercles dominants d'Europe en 2009 pour faire la promotion de l'anticommunisme par la calomnie et le mensonge et pour glorifier le nazisme. Le Jour du ruban noir soutient que les nazis hitlériens qui ont massacré les peuples d'Europe et de l'Union soviétique étaient des héros, tandis que les forces antifascistes qui les ont combattus jusqu'à la mort, surtout les communistes, doivent être rayées de l'histoire.

- La bande à Harper a fait la promotion active de la construction sur les terrains du gouvernement fédéral à Ottawa d'un monument pronazi officiellement appelé « Monument commémoratif dédié aux victimes du communisme totalitaire — le Canada, une terre de refuge ». Le projet s'inspire du monument commémoratif très similaire édifié en 2007 aux États-Unis aux victimes du communisme dont le président honoraire est le criminel de guerre George W. Bush.

- Harper a visité l'Ukraine à plusieurs reprises pour montrer son appui au coup d'État fasciste qui a renversé le président ukrainien élu et promouvoir le nouveau gouvernement ukrainien qui a dans ses rangs des néonazis connus et qui a interdit le parti communiste. Au cours de ses visites, Harper n'a jamais parlé des horribles massacres perpétrés pendant la guerre par les nazis et leurs collaborateurs ukrainiens qui ont servi dans la police auxiliaire et les bataillons Nachtigall et Roland de la Waffen SS. Beaucoup de ces collaborateurs ont été autorisés ensuite à entrer au Canada.

Les peuples du monde savent que les nazis hitlériens sont les plus grands criminels de guerre de tous les temps, qu'ils sont responsables de la mort de plus de 60 millions de personnes et que la résurgence de leur idéologie et politique constitue un très grave danger pour la liberté et la démocratie. Les Canadiens doivent s'interroger sur le pourquoi de la promotion de ces politiques par les cercles dominants au Canada aujourd'hui. Ils doivent voir à ce que le verdict rendu par les peuples du monde à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale soit défendu et que l'appui à la réaction soit éliminé de la politique étrangère du Canada et ne pas permettre qu'elle prenne racine ici.

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Accord à la Conférence de Paris sur le climat

Absence inquiétante de mécanisme juridique pour appliquer les décisions


Une des actions de masse qui défient l'interdiction des manifestations lors de la COP21 à Paris, le 12 décembre 2015

Le 12 décembre, la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) en est arrivée à un certain nombre de mesures ayant comme objectif de limiter le réchauffement planétaire. L'Accord de Paris comprend deux documents distincts, l'Accord de Paris et la Décision de Paris. La différence entre l'accord et la décision est que cette dernière n'est pas juridiquement contraignante. On dit de l'Accord de Paris, qui a été signé par 196 pays, qu'il est le premier traité mondial complet à être conclu dans le but de combattre le changement climatique. Il va remplacer le Protocole de Kyoto lorsque celui-ci prend fin en 2020. Il n'entrera en vigueur que lorsqu'il sera ratifié par un minimum de 55 pays qui sont responsables d'au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale.

Le président du Centre pour le droit international sur l'environnement (CDIE), Carroll Muffett, s'est entretenu avec TeleSUR après à la conférence. Il a d'abord dressé une comparaison entre l'Accord de Paris et la conférence COP15 de 2009 à Copenhague, au Danemark.

La COP15 avait été une déception parce qu'elle n'avait pas réussi à conclure une entente juridiquement contraignante et parce que la démarche menant à l'entente n'avait été favorable qu'à « un nombre restreint de parties » et avait « subverti un effort multilatéral colossal ». Les négociations de la COP15 avaient été sabordées in extremis par les États-Unis.[1]

« Les résultats de Paris sont beaucoup plus solides », a dit Muffett. Il a dit que les négociations entre pays y ont été plus nombreuses et transparentes, mais qu'en dépit de cela la société civile a encore une fois été exclue des négociations qui se sont tenues à huis clos.

« Le message le plus important qui vient de Paris est l'accord lui-même qui a été conclu et en vertu duquel, pour la première fois, 196 pays ont présenté une vision commune visant à restreindre le réchauffement futur », a dit Muffett.

Cependant, en dépit du fait que la COP21 a été saluée comme une entente climatique historique et juridiquement contraignante, de grandes préoccupations subsistent face au manque de mécanismes pour mettre en oeuvre les décisions. Plusieurs des décisions clés de l'entente, y compris les cibles de réduction des émissions et le financement, demeurent volontaires. En outre, même les aspects juridiquement contraignants ne sont pas accompagnés de mesures de mise en oeuvre obligatoire.

Muffett dit de l'accord qu'il est « extrêmement déphasé par rapport à ce que la science nous commande de faire » et « tristement inadéquat en fait de cibles de réduction des émissions et de financement ».

À la COP15, près de 200 pays s'étaient entendus pour limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius, alors que l'Accord de Paris a fixé comme objectif de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celsius au-delà des niveaux pré-industriels et même, idéalement, à 1,5 degré Celsius, que plusieurs voient comme le seuil critique pouvant entraîner de sérieux changements climatiques mondiaux. Des niveaux de réchauffement climatique de 1 degré ont déjà été atteints et les données récentes ne démontrent aucune réduction des émissions mondiales qui sont le moteur du réchauffement.

Muffett a dit qu'« aucun des engagements importants n'est assujetti à un régime qui en oblige le respect ». Il a dit qu'un des facteurs qui a affecté les négociations sur le climat a été la préoccupation exprimée par le président Barack Obama à l'effet qu'une entente juridiquement contraignante comportant des engagements fermes passerait difficilement l'étape du Congrès américain. Selon Muffett, l'accord met l'accent sur la facilitation mais n'atteint pas le point important où l'action internationale sur le climat fait l'objet de mécanismes juridiquement contraignants.

Selon Muffett, dans l'accord final de la COP21, la question hautement controversée du financement climatique n'est pas juridiquement contraignante, la reconnaissance des droits humains dans le contexte du changement climatique n'est pas comprise dans les clauses juridiquement contraignantes du texte et les objectifs de réduction des émissions sont fixés par chaque pays sur une base volontaire.

Il a ajouté que bien que les engagements sur la réduction des émissions de chaque pays ont unifié les pays du monde autour d'un objectif qui va au-delà de l'objectif fixé par l'accord d'un réchauffement planétaire maximum de moins de 2 degrés Celsius, aucune mesure d'évaluation assurant l'atteinte des cibles n'est prévue. « Il n'existe pas de mécanisme juridique pour assurer qu'on va aller encore plus loin avec le temps », explique Muffett, qui ajoute que l'accord ne contient pas d' « engagement ferme » envers une augmentation du financement climatique.

Selon l'article 13 de l'accord, les pays seront sujets à un encadrement commun de transparence, et on tiendra compte du fait que les pays en voie de développement pourront avoir besoin d'aide supplémentaire pour atteindre leur objectif. Des bilans d'étape doivent être dressés à tous les deux ans. Ces bilans nationaux vont être examinés par des « experts techniques ». Cependant, aucune agence externe ne va surveiller ou forcer le respect des engagements afin de s'assurer que même les clauses contraignantes de l'accord sont respectées. Le financement destiné à aider les pays en voie de développement à s'adapter au changement climatique et à la transition à l'énergie propre a été un point de friction important pendant les négociations. Cette partie de l'accord a été inclue dans le « texte de décision » qui n'a pas force de loi.

La question de la « responsabilité différenciée » et de la compensation pour dommages encourus

Au début de la conférence, il était question d'établir une distinction entre pays ayant une « responsabilité historique » envers le changement climatique (par exemple, les pays industriels développés) et les pays moins développés. Cette terminologie ne fait pas partie de l'accord final. On y retrouve plutôt la notion de « responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux contextes nationaux différents ».

Les pays qui sont le plus affectés par la montée des niveaux des mers, les sécheresses, les températures extrêmes et les autres manifestations du changement climatique sont les moins responsables de cette situation et les moins aptes à lui faire face. En dépit de cela, l'accord nie spécifiquement la nécessité de compensation et toute responsabilité pour ces pays qui sont en fait les principaux responsables de cette situation. L'accord dit tout simplement que les pays développés devraient reconnaître l'importance de financer les pertes et dommages, sans avoir à verser des réparations pour les effets sur le changement climatique. Rachel Cleetus, économiste en chef et responsable des politiques climatiques de l'Union of Concerned Scientists explique que cette exception a été faite spécifiquement pour satisfaire les États-Unis. En d'autres mots, l'Accord et la Décision de Paris maintiennent le statu quo, favorisent les pays les plus riches et les plus développés et les dispensent de toute responsabilité pour l'état actuel des choses.

La ministre cubaine de la Science, de la Technologie et de Environnement, Elba Rosa Pérez, a fait écho aux points soulevés par Muffett, disant de l'accord qu'il constitue un « point de départ ».

« Tout ce que Cuba a soulevé à propos du texte, dès la tenue des sessions préparatoires - comme les questions d'adaptation, de financement, de transfert technologique, de l'utilisation des preuves scientifiques - est reflété dans l'accord et cela est un aspect positif », a-t-elle dit. Cependant, pour ce qui est des pays en voie de développement, en particulier les pays les plus vulnérables comme les petites îles, il reste beaucoup à faire. En ce sens, a dit Elba Rosa, l'Accord de Paris n'est pas le point final mais plutôt le début d'une nouvelle étape dans la lutte au changement climatique.

Certains pays moins développés doivent d'abord régler les questions de la pauvreté et des inégalités, un ensemble de problèmes qui sont des prémisses à la discussion sur le changement climatique. Alors, la route est longue et la solution exigera du temps, a-t-elle dit.

Par contre, a-t-elle ajouté, si les gouvernements et les États font preuve de volonté politique et si l'intérêt est maintenu, le progrès est possible. Mais il faut continuer de traiter de certaines questions sans relâche, et c'est pour cette raison qu'il a été convenu d'analyser la situation à chaque cinq ans pour évaluer le progrès ou l'absence de progrès relativement aux décisions de la COP21 de Paris, a-t-elle dit.

Elle est de l'opinion que l'Accord de Paris est une entente très importante pour l'avenir, qui crée de grandes attentes. Pour en arriver là, le sens de l'unité des différentes régions et des différents pays s'est consolidé. À cet égard, les petites îles et leurs États étaient très unis dans leurs prises de position, comme ce fut le cas pour le Groupe de 77 plus la Chine. Les négociateurs sud-africains ont joué un rôle extraordinaire au sein de cette diversité d'idées et d'opinions, selon Elba Rosa. Elle a expliqué que la position de la délégation cubaine était de chercher constamment un consensus et d'amener des opinions constructives à la discussion de Paris.


Des activistes tracent des « lignes rouges » symboliques pour limiter les changements climatiques, Paris, le 12 décembre 2015.

Note

1. « Le Sommet de Copenhague sur le changement climatique — La méthode de coups d'État est rejetée », le Marxiste-léniniste, 25 décembre 2009, numéro 228

(Sources : TeleSUR, Prensa Latina, Conversation, Guardian, Atlantic, International Business Times, NRDC. Photos : V. Verzat, 350.org)

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Deuxième Conférence mondiale de l'Internet en Chine

Pourquoi la cybersouveraineté importe


La deuxième Conférence mondiale de l'Internet s'est tenue du 16 au 18 décembre à Wuzhen dans la province de Zhejiang dans l'est de la Chine. La conférence comprenait des zones d'exposition pour les concepts de développement, l'« Internet + » et l'innovation et a attiré près de 260 firmes chinoises et étrangères.

Le président Chinois Xi Jinping, dans le discours principal de la conférence, a mis en lumière la question de la cybersouveraineté, le droit d'un pays de choisir son propre modèle de gouvernance de l'Internet. La position de la Chine à l'effet que l'Internet devrait être sujet aux lois nationales a été confirmée par le fait que le pays, qui possède 670 millions d'usagers Internet, est en train de transformer le paysage Internet, un franc succès selon le président.

S'adressant à un auditoire qui comprenait des premiers ministres et des chefs d'entreprises, Xi Jinping, qui dirige aussi le groupe dirigeant central sur la sécurité Internet et l'informatisation de la Chine, a réitéré que la nouvelle frontière d'Internet, bien que hautement mondiale, « n'est pas un domaine au-delà de l'État de droit », rapporte Xinhua. La cybersouveraineté dicte qu'aucune surveillance ou aucun piratage contre toute nation souveraine ne devraient être tolérés dans le cyberespace, a-t-il dit. Il a dit :

« Dans une ère où l'Internet est étroitement lié à tous les aspects de la société, la cybersouveraineté est cruciale pour la souveraineté nationale. La menace de cyberattaques est un défi nouveau pour la sécurité d'une nation.


Le président chinois Xi Jinping prononce son allocution à la cérémonie d'ouverture de la Conférence mondiale de l'Internet le 16 décembre 2015.

« Après les révélations au sujet du programme PRISM de l'Agence de sécurité nationale des États-Unis, plus de pays se sont éveillés au fait que la 'liberté absolue de l'Internet' vantée par les États-Unis ne finira que par la 'sécurité absolue' à Washington et l' 'insécurité absolue' pour les autres.

« L'égalité souveraine, une des normes fondamentales dans les relations internationales contemporaines enchâssée dans la Charte des Nations unies, devrait aussi être applicable au cyberespace.

« La cybersouveraineté est également cruciale à la réforme du système de gouvernance mondiale de l'Internet où les règles existantes 'ne reflètent guère les désirs et les intérêts de la majorité des pays '. »

Avec leurs avantages concurrentiels distincts en technologies de l'information, les États-Unis ont transformé son principe de « mondialisme unilatéral » en un hideux « unilatéralisme mondial » pour construire un système de gouvernance du cyberespace qui est loin d'être juste et équitable.

C'est pourquoi Xi a appelé à une réforme de la gouvernance internationale du cyberespace vers une gouvernance qui se caractérise par une approche multilatérale avec une participation multipartite au lieu « d'une partie qui décide de tout ».

C'est seulement en chérissant la souveraineté dans le cyberespace que chaque nation peut se voir accorder l'égalité des chances dans la formulation de meilleures règles mondiales de gouvernance de l'Internet, a déclaré Xi. Il a ajouté que « le cyberespace ne devrait pas devenir un champ de batailles entre pays et encore moins un foyer de crime ».

Le premier ministre Russe Dmitri Medvedev a dit lors de la cérémonie d'ouverture que « la Russie appelle constamment à l'égalité d'accès des pays à la gouvernance de l'Internet et à leur droit souverain de réglementer ses segments nationaux. » Il a souligné qu' « aucun pays aujourd'hui ne peut prétendre au rôle de régulateur universel du réseau mondial ».

« L'Internet devrait demeurer dans l'avenir une ressource ouverte, mondiale et partagée en même temps que des éléments de réglementation et de gouvernance d'État du réseau demeurent nécessaires », a-t-il dit.

Medvedev a dit que l'Internet est un sujet nouveau et complexe en ce qui concerne la réglementation et le cadre juridique ne réussit pas à garder le rythme avec le développement rapide des technologies. La tâche est de garantir le droit du peuple à la vie privée et le travail ininterrompu de l'infrastructure Internet, et de protéger les droits des auteurs de même que d'autres droits exclusifs.

Le premier ministre russe a appuyé les propositions du président Chinois Xi Jinping sur les règles de gouvernance du réseau mondial et sur les échanges d'information et de données entre les pays. Medvedev a dit que ces propositions devraient être minutieusement étudiées, comme les autres idées fructueuses proposées par les participants à la conférence.

Cybercrimes contre la Chine

Un commentaire connexe de Jiang Xi pour Xinhua explique que la Chine a été ces dernières années la plus grande victime du cybercrime.

Selon le dernier Global State of Information Security Survey de PricewaterhouseCoopers (PwC), le nombre moyen d'incidents de sécurité détectés en Chine et à Hong Kong a augmenté de 517 % pour atteindre 1245 durant les 12 derniers mois, comparé à une moyenne de 241 l'année précédente.

Dans la seule première moitié de 2014, environ 6,2 millions d'ordinateurs en Chine ont été détournés et contrôlés par des adresses IP étrangères, dont plus de 2,6 millions contrôlées par des adresses IP aux États-Unis et 2,4 millions par des adresses IP au Portugal, selon CNERT, le principal centre de coordination Internet en Chine.

En outre, environ 200 000 ordinateurs ont été infectés par des chevaux de Troie et les pirates pouvaient cacher ou même changer leurs adresses IP en raison du développement de la technologie informatique, ce qui rend plus difficile de les retracer.

Face à ces attaques sournoises, la Chine, en tant que plus grande victime du cybercrime, est vouée à une communauté de destinée commune dans le réseau virtuel, idéologiquement et technologiquement, écrit Jiang.

Lors des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi en 2014, le site Web des jeux a été malicieusement attaqué. Ensemble avec la Russie et quelques autres pays, la Chine a découvert que le pirate, qui était situé en France, avait téléchargé des outils pour cyberattaque en Lituanie et utilisé une adresse IP en Chine pour commettre les crimes. Avec la confiance mutuelle et la collaboration, le problème a été résolu en trois jours.

Jusqu'ici, la Chine a maintenu de bonnes relations avec 59 pays et 127 organisations pour lutter contre les cyberattaques. Le modèle de gouvernance du cyberespace international proposé par la Chine est aussi largement accepté et salué dans le monde entier.

Selon ce modèle, les pays dans le monde entier vont parvenir à un consensus sur la lutte commune contre le cybercrime et augmenter l'assistance d'enquête et le partage d'information sur les dossiers de cybercrime.

Le succès des affaires électroniques en Chine

Dans le domaine des affaires électroniques, la Chine a fait d'énormes progrès dans la dernière décennie, explique Jiang. Le groupe Alibaba est le géant du commerce électronique du pays et la deuxième plus grande compagnie Internet du monde en valeur de marché. Sur son marché en ligne Tmall, il a rapporté des ventes quotidiennes de 91,2 milliards de yuans (14,3 milliards $US) en cette Journée d'achats frénétique des célibataires, une augmentation de 60 % comparativement à 51,7 milliards de yuans l'année dernière.

Jiang a dit que ce succès est bâti sur un support technique solide, ce qui prouve que la Chine est devenue une puissance dans ce domaine. Il a dit que les accusations à l'effet que les politiques Internet de la Chine ne sont pas transparentes ou que le pays défend la censure sur Internet sont entièrement sans fondement, alors que le gouvernement chinois a travaillé à améliorer l'environnement du réseau.

Le président Xi a dit que la gouvernance internationale du cyberespace devrait comporter une approche multilatérale avec une participation multipartite, ajoutant que « tous les pays devraient augmenter la communication et les échanges, améliorer le dialogue et le mécanisme de consultation sur le cyberespace. »

« Avec tous ces efforts, la Chine vise à bâtir une plateforme pour un Internet mondial partagé et gouverné par tous. La conférence dans la ville riveraine de Wuzhen est un point de départ », a conclu Jiang.

(Xinhua)

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Résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie

Une fausse solution politique ne mènera à rien

Le 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2254 (2015), approuvant « une feuille de route pour un processus de paix en Syrie ». Celle-ci établit un calendrier au début de janvier pour des pourparlers que l'ONU va faciliter « entre le gouvernement syrien et les membres de l'opposition syrienne » ainsi que les « paramètres d'un cessez-le -feu à tout le territoire syrien » qui doit débuter dès que les parties concernées « auront pris les premières mesures sur la voie d'une transition politique ». La résolution appelle également à la formation d'un gouvernement « crédible, inclusif et non sectaire » dans un délai de six mois et à « des élections libres et régulières » supervisées par l'ONU dans un délai de 18 mois.

On rapporte que la résolution 2254 a entériné les décisions prises lors de la troisième réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) tenue le même jour à New-York. Selon une dépêche de l'ONU, la résolution a été adoptée à l'unanimité après que le secrétaire général Ban Ki-moon ait informé le Conseil de sécurité de sa rencontre tenue plus tôt dans la journée avec le GISS. Le GISS est formé des pays et organisations suivants : la Ligue arabe, la Chine, l'Égypte, l'Union européenne, la France, l'Allemagne, l'Iran, l'Irak, l'Italie, la Jordanie, le Liban, l'Oman, le Qatar, la Russie, l'Arabie Saoudite, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, les Nations unies et les États-Unis Le gouvernement syrien n'a pas fait partie des discussions de ce groupe.

Le 22 décembre, les agences de presse ont rapporté que le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Muallem a fait part de la volonté de la Syrie de participer à des négociations de paix à Genève. « La Syrie est prête à participer au dialogue intersyrien à Genève sans aucune ingérence étrangère », a déclaré al-Muallem. « Nous espérons que ce dialogue sera couronné de succès afin de nous aider à obtenir un gouvernement d'unité nationale », a-t-il dit.

Al-Muallem a déclaré que la délégation gouvernementale sera prête dès que Damas aura reçu une liste des délégués de l'opposition qui doivent participer aux pourparlers ainsi que celle des « organisations terroristes à exclure des négociations ».

Le ministre syrien des Affaires étrangères a également dit que Damas va former un comité constitutionnel pour demander une nouvelle constitution avec de nouvelles lois électorales. Les élections législatives, a dit al-Mouallem, auront lieu « dans un délai d'environ 18 mois ».

Cependant, alors que la Syrie a accepté les négociations et un règlement politique de la guerre terrible qui se déroule dans ce pays de même que la résolution 2254 stipulant que « le peuple syrien doit décider de l'avenir de la Syrie », les positions des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, du Canada et des puissances de l'OTAN qui ont instigué le conflit en premier lieu pour obtenir un changement de régime sont toujours suspectes. Si leur but est toujours d'imposer une solution à la Syrie sur la base d'ingérence extérieure dans les affaires internes de ce pays et de créer des prétextes pour éliminer le gouvernement Assad par la force des armes, cela ne mènera à rien.

Ce qui a été remarquablement absent des commentaires de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, de John Kerry, secrétaire d'État des États-Unis, du ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, et d'autres à propos de la résolution 2254, c'est le fait que les groupes terroristes financés et armés par les puissances de l'OTAN et des États-Unis ne forment pas une opposition légitime. Cela a été l'obstacle à la recherche d'une solution politique en Syrie et si les États-Unis et les puissances de l'OTAN continuent de s'ingérer dans les affaires internes de la Syrie et ne permettent pas une solution politique, ils continueront de porter le blâme pour la mort et la destruction causées au peuple syrien.

Ban Ki-Moon a déclaré que « le conflit syrien avait débuté par des manifestations populaires pacifiques demandant un changement politique, avant de se retrouver rapidement miné par les divisions internes, régionales et internationales — y compris au sein de ce Conseil. Presque cinq ans plus tard, nous voilà devant un pays en ruines, ses habitants dispersés par millions à travers le monde, emporté par un tourbillon de radicalisme et de sectarisme qui remet en question la sécurité régionale et internationale ».

Le secrétaire d'État américain, John Kerry a dit que la résolution « envoie un message clair que le moment est venu d'arrêter le massacre en Syrie ». Kerry a clairement indiqué que les États-Unis ne vont pas cesser de s'ingérer lorsqu'il a dit que l'un des objectifs du président Barack Obama est « de soutenir les pays amis afin qu'ils ne soient pas gagnés par la guerre civile syrienne ». Le président Assad « a perdu la capacité et la crédibilité d'unir le pays et, si la guerre doit se terminer, il sera essentiel que le peuple syrien se mette d'accord sur un gouvernement différent », a dit Kerry, déclarant une fois de plus que le résultat des élections syriennes doit convenir aux États-Unis.

Le 19 décembre, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, a émis une déclaration dans laquelle il est censé également approuver une solution politique. « Le Canada est ravi des progrès accomplis par le GISS qui continue de jeter des bases pour les négociations. Nous sommes convaincus qu'une solution politique est le seul moyen de mettre un terme à la crise syrienne », a déclaré Dion. Il n'a pas répété la récente déclaration du ministre de la Défense canadienne Harjit Singh Sajjan qui a dit: « Je suis d'avis que le président Assad doit partir, étant donné la complexité du problème et les horribles atrocités qui ont été commises contre son propre peuple ... Ce que nous avons à garder à l'esprit ici est de savoir comment tout ce problème a commencé ? Ce régime Assad a tué plus de gens de son propre peuple que le Daesh [EI]. »

Il reste donc à voir ce que le Canada entend par « une solution politique ». Le gouvernement doit respecter les principes de la Charte des Nations unies et rejeter toute tentative de parvenir à un changement de régime sans égard aux dommages causés au peuple syrien qui doit être libre de décider lui-même de son propre avenir.

Les peuples de la région ont une expérience amère des pourparlers sur « une feuille de route pour la paix » qui sont organisés pour échouer, comme cela a été le cas avec la Palestine. Le modus operandi est que la partie qui ne veut pas la paix et refuse de reconnaître les droits du peuple palestinien (Israël) accuse les Palestiniens d'obstruction à la paix, car ils ne se soumettent pas aux crimes de l'occupation. Si, une fois de plus, c'est seulement ce qui est acceptable pour les États-Unis, d'autres puissances de l'OTAN et leurs hommes de main, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, qui passe, cela ne mènera à rien.

LML en appelle à tous les Canadiens à évaluer attentivement ces développements et demander que le gouvernement du Canada appuie un véritable processus de paix en Syrie, qui défend la Charte des Nations unies et le droit du peuple syrien de tracer son propre avenir. Le Canada doit cesser de prendre part à des changements de régime et devenir un facteur de paix dans le monde.

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République populaire démocratique de Corée

Accusations frauduleuses de «violation des droits humains» portées par les États-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU

Le 10 décembre, Journée internationale des droits de l'homme, les États-Unis ont utilisé leur position à la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU (CSNU) de 15 membres pour inscrire à l'ordre du jour les soi-disant « violations des droits humains » en République populaire démocratique de Corée (RPDC) et inviter les membres à demander que la RPDC soit interpellée par la Cour pénale internationale (CPI). C'est la deuxième année d'affilée que les États-Unis se livrent à ces basses manoeuvres.

Suite aux pressions exercées sur la majorité des membres du Conseil de sécurité, les États-Unis ont réussi à imposer ce point à l'ordre du jour malgré les objections exprimées par la Russie et la Chine qui ont fait valoir que le CSNU n'est pas l'endroit approprié pour discuter du bilan en droits humains d'un pays membre de l'ONU et que ce rôle revient à l'Examen périodique universel du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le représentant de la Chine a aussi dit que la question des droits humains en RPDC n'a rien à voir avec les questions de paix et de sécurité internationales qui relèvent du mandat du CSNU.

Tous les gens épris de paix au Canada et dans le monde doivent condamner cette manoeuvre sinistre des États-Unis visant à accuser la RPDC pour son soi-disant bilan de « violations des droits humains ». Dans un ordre mondial juste, ce sont les États-Unis qui seraient passibles de sanctions et forcés d'offrir des réparations pour les crimes qu'ils ont commis depuis plus d'un siècle contre la paix et l'humanité et leurs crimes de guerre contre les peuples du monde. Les mains des impérialistes étasuniens sont rouges du sang des victimes de leurs violations des droits humains chez eux et dans le monde, et en particulier du peuple coréen qui a tant souffert de la Guerre de Corée instiguée par les États-Unis.


  Le massacre de Daejeon durant la guerre de Corée

La Guerre de Corée (1950-1953) a été une guerre d'agression criminelle perpétrée contre le peuple coréen par les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, sous le faux pavillon des Nations unies. Ce massacre a coûté la vie à plus de 4 millions de Coréens. Les États-Unis ont procédé au bombardement systématique du pays, détruisant les barrages, les lignes électriques et les voies navigables de la RPDC et n'épargnant aucune ville ou aucun village. L'armée étasunienne a massacré des civils et eu recours à la guerre chimique et biologique, entre autres crimes de guerre commis contre le peuple de la RPDC.

Les États-Unis n'ont jamais reconnu leur responsabilité pour le rôle criminel qu'ils ont joué en déclenchant cette guerre d'annihilation génocidaire contre le peuple coréen et refusent toujours de signer un traité de paix avec la RPDC pour remplacer officiellement l'Accord d'armistice de Corée conclu en 1953. Ces décennies de mesures hostiles et de menaces contre la RPDC démontrent que, pour les États-Unis, cet accord n'a été qu'une trêve temporaire leur permettant de se procurer des armes encore plus puissantes en préparation d'une nouvelle guerre dévastatrice pour la conquête de la péninsule coréenne.

Les exercices militaires conjoints États-Unis- Corée du Sud, qui ont lieu annuellement avec la participation de plus en plus importante du Japon, continuent de menacer la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans la région du nord-est de l'Asie. Ces exercices militaires simulent fréquemment une attaque nucléaire et visent ouvertement à provoquer un changement de régime en RPDC, en violation du principe suprême enchâssé dans la loi internationale de respect de la souveraineté de tous les pays et du droit du peuple de chaque pays de choisir sa propre forme de gouvernance. Les États-Unis ont aussi sabordé à répétition les pourparlers à six visant à dénucléariser la péninsule coréenne qui sont maintenant dans l'impasse à cause de leur demande arrogante d'un désarmement unilatéral de la part de la RPDC. Les États-Unis tentent de justifier leur occupation militaire continue de la Corée du Sud, laquelle est au service de leurs intérêts géopolitiques mondiaux, en accusant faussement la RPDC d'être la principale menace à la paix dans la région. En réalité, ce sont les États-Unis qui ont fait entrer illégalement des armes nucléaires dans la région et qui continuent d'encercler la péninsule coréenne de leurs bâtiments de guerre armés d'ogives nucléaires. Il est important de souligner que, dans ces conditions, la RPDC est forcée de détourner une partie considérable de son budget national, qui en temps normal servirait au développement social et économique, vers le secteur militaire afin de défendre sa souveraineté face aux menaces militaires et au chantage nucléaire constants des États-Unis.

Les États-Unis n'ont aussi jamais mis fin aux sanctions politiques et économiques illégales qu'ils ont imposées à la RPDC lors de la Guerre de Corée et qu'ils ont intensifiées depuis quelques années dans le contexte de leurs manoeuvres hostiles à l'ONU et au CSNU. Cela a causé de grandes difficultés au gouvernement et au peuple de la RPDC qui n'ont pu établir des relations diplomatiques et économiques normales à avantage réciproque avec les pays sous le diktat des États-Unis, dont le Canada. Ces sanctions ont fait perdre des milliards de dollars en revenus commerciaux à la RPDC.

En plus, le droit du peuple de la RPDC aux programmes alimentaires, aux secours en cas de catastrophe naturelle et autres programmes d'aide humanitaire offerts par l'ONU a été politisé par les États-Unis par le biais des agences d'aide de l'ONU de sorte que l'aide est devenue conditionnelle à l'« amélioration du bilan des droits humains » de la RPRC, un exemple flagrant de l'arrogance typique de grande puissance.

Récemment, pour justifier leurs attaques contre la RPDC pour ses soi-disant violations des droits humains, les États-Unis et leurs alliés ont adopté le fallacieux « rapport » sur l'état des droits humains en RPDC de la Commission d'enquête (COI) du Conseil des droits de l'homme des Nations unies. La COI a débuté ses travaux en 2013 suite aux pressions exercées par les États-Unis et leurs alliés au sein du Conseil des droits de l'homme. Les trois membres de la COI, aux références et aux motifs discutables, ont présenté leur « rapport » en 2014. La COI n'a jamais cherché à clarifier la question des droits humains en RPDC mais a plutôt cherché à justifier un changement de régime en RPDC, un pays indépendant, qui subvient à ses besoins et socialiste qui constitue un obstacle aux tentatives des États-Unis de prendre possession de la péninsule coréenne en entier pour en faire une base leur permettant de poursuivre leurs menaces et de commettre une guerre d'agression en Asie du Nord-Est. Le rapport en question, un recueil de mensonges et de désinformations obtenus de sources qui se disent elles-mêmes de deuxième et troisième ordre et de témoignages qui changent constamment de soi-disant « transfuges nord-coréens », se termine par la déclaration à l'effet qu'il est de la « responsabilité » de la « communauté internationale » de « répondre de façon effective » aux soi-disant violations des droits humains en RPDC « en raison des séquelles non résolues de la Guerre de Corée ». En d'autres mots, les États-Unis et leurs alliés se doivent d'instiguer un changement de régime en RPDC (leur « responsabilité ») sous le faux prétexte des « violations des droits humains », parce qu'ils n'ont pas réussi à forcer la RPDC à capituler pendant la Guerre de Corée (les « séquelles non résolues de la Guerre de Corée »).

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC a émis une déclaration le 12 décembre où il dénonce les États-Unis pour avoir entraîné le CSNU dans ces attaques contre la Corée et ses dirigeants en soulevant fallacieusement le « bilan des droits humains ». Le ministre appelle le CSNU à s'en tenir à son mandat et à se pencher plutôt sur les vraies questions qui menacent la paix et la sécurité mondiales, dont font partie les exercices militaires conjoints annuels des États-Unis et de la Corée du Sud. La déclaration mentionne aussi que le CSNU devrait traiter de la nécessité d'un traité de paix entre les États-Unis et la RPDC pour qu'on puisse mettre fin officiellement à la Guerre de Corée, une question qui a été soulevée par la RPDC à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation des Nations unies plus tôt cette année. Le ministre des Affaires étrangères a réitéré que la RPDC va affirmer son droit à l'autodétermination face aux tactiques arrogantes des États-Unis au CSNU et adopter des contre-mesures puissantes pour affirmer son droit d'être.

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Résolution provocatrice à la Troisième
Commission de l'ONU

Le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a dénoncé et rejeté le projet de résolution « sur la situation des droits humains en RPDC » contenue dans le document A/C.3/70/L.35 qui a été parrainée conjointement par l'Union européenne (UE) à la Troisième Commission de la 70e session de l'Assemblée générale des Nations unies le 19 novembre. Dans une déclaration émise le 21 novembre, la RPDC dénonce cette résolution comme une provocation, le résultat de manoeuvres politiques de la part des États-Unis ainsi que de l'Union européenne et du Japon qui fait partie d'une tentative de provoquer un changement de régime en RPDC et qui ne s'appuie pas sur les faits.

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC a émis une déclaration le même jour qui qualifie la résolution d'« expression frappante de la politique hostile des États-Unis à l'égard de la RPDC et d'exemple typique de la politisation des droits humains, de la sélectivité et de la politique du deux poids, deux mesures ». La déclaration mentionne aussi que les parrains de cette résolution n'ont aucune crédibilité en matière de droits humains puisqu'eux-mêmes transgressent avec impunité les droits humains partout dans le monde et doivent être amenés en justice. La déclaration souligne que les États-Unis, qui sont le maître-d'oeuvre de cette résolution frauduleuse, sont les plus grands transgresseurs des droits humains dans le monde. Elle accuse l'Union européenne de nombreuses violations des droits des réfugiés et dénonce le Japon qui n'a pas encore présenté ses excuses ni offert de réparations pour les crimes qu'il a a commis contre les Coréens, les Chinois et d'autres peuples pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Allant au vif du sujet, la déclaration mentionne que la RPDC a invité à de nombreuses reprises des représentants de l'UE et du Haut Commissariat de l'ONU sur les droits humains à rendre visite à la RPDC et à constater de visu l'état des droits humains dans ce pays. Elle fait remarquer que si ces représentants avaient accepté l'invitation et étaient venus en RPDC avec un esprit ouvert et la sincère intention de faire enquête et de travailler avec le gouvernement de la RPDC sur la question des droits humains, ils auraient vu de leurs propres yeux la grande priorité que le gouvernement de la RPDC accorde au bien-être et aux droits du peuple. Ces représentants, poursuit la déclaration, ont préféré rejeter l'invitation sous toutes sortes de prétextes et recueillir des ragots propagés par des « transfuges du Nord » qui sont souvent des criminels qui fuient le châtiment, ayant commis des crimes « contre leur pays et leurs compatriotes ». Ces ragots servent ensuite de témoignages qui ornent les rapports frauduleux et leurs résolutions contre la soi-disant violation des droits humains en RPDC, et nourrissent les appels aux changements de régime. La RPDC n'acceptera jamais cette situation, lit-on dans la déclaration.

La RPDC donne en exemple les événements tragiques qui se déroulent au Moyen-Orient et dans d'autres endroits, où les nations et les peuples subissent le chaos et la guerre, pour démontrer ce qui se produit lorsqu'on permet à des forces étrangères et hostiles de s'ingérer dans les affaires internes d'un pays. Elle affirme que la souveraineté est la condition première qui permet aux droits humains de s'épanouir, et que par conséquent, la RPDC a raison de défendre à tout prix son indépendance et sa souveraineté. En conclusion, le ministère des Affaires étrangères de la RPDC affirme le droit d'être de la RPDC et réitère qu'elle prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre son État socialiste qui est le fondement de l'exercice des droits par le peuple.

LML appuie entièrement la juste prise de position de la RPDC contre la résolution provocatrice anti-droits humains que l'UE et le Japon ont parrainée à la demande des États-Unis lors de la Troisième Commission de l'Assemblée générale de l'ONU. LML appelle toutes les personnes éprises de paix et de justice au Canada et dans le monde à appuyer le gouvernement et le peuple de la RPDC qui défendent leur droit d'être.

Les États-Unis et l'UE n'ont aucune crédibilité lorsqu'il est question de droits humains parce qu'ils commettent activement aujourd'hui des crimes de guerre, des crimes contre la paix et des violations des droits par le biais d'agressions militaires, d'invasions et d'occupations. Par exemple, le 18 septembre, le gouvernement Abe du Japon, qui fait face à de grandes manifestations du peuple japonais et du peuple d'Okinawa, a adopté des projets de loi dits de « sécurité » sous prétexte de défendre la « paix » qui autorisent les troupes japonaises à se rendre à l'étranger et à participer à des guerres et à des agressions impérialistes pour la première fois depuis 1945. L'histoire nous révèle que les impérialistes sont passés maîtres en cette ère moderne dans la technique nazie du grand mensonge, dans l'art de fabriquer des preuves pour justifier l'agression et la guerre et de répéter ce grand mensonge par le biais de leurs médias monopolisés impérialistes afin de semer le doute et de fournir des prétextes pour mener la guerre contre la RPDC.

LML lance l'appel à tous à se méfier des accusations de violation des droits humains fabriquées par les impérialistes et leurs laquais et à s'informer auprès du LML, des nouvelles provenant de la RPDC et d'autres sources progressistes et impartiales sur ce qui se passe vraiment en RPDC. Les droits humains ne peuvent être défendus que sur une base de principe respectueuse des lois et des normes internationales, et non sur une base arbitraire par laquelle on tente de promouvoir des objectifs étroits, intéressés, et autres que ceux proclamés.

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Marzuki Darusman et les violations alléguées
des droits humains en République populaire
démocratique de Corée

Le 26 novembre, le Centre d'actualités de l'ONU a publié une déclaration à l'effet que, selon le Rapporteur spécial de l'ONU sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Marzuki Darusman, la situation des droits humains dans ce pays ne s'est pas améliorée depuis la publication du rapport controversé de la Commission d'enquête (COI) du Conseil des droits de l'homme de l'ONU en 2014.

On dit de Darusman qu'il est un « expert de l'ONU en matière de droits humains en RPDC » bien qu'on ne l'ait jamais laissé entrer dans ce pays. Quelles autres lettres de créance Darusman possède-t-il en tant que défenseur des droits humains en RPDC ou ailleurs ?

Marzuki Darusman est un avocat, un ancien procureur général de l'Indonésie et un diplomate qui a été membre du régime Suharto pendant 15 ans, de 1984 à 1998. Le président Suharto a été porté au pouvoir par un coup d'État militaire anticommuniste sanglant en 1965 qui a été orchestré par les États-Unis et pendant lequel entre un et deux millions de communistes et de gens de gauche ont été massacrés. Pendant ses 32 ans de pouvoir, le régime Suharto a été responsable de la mort de centaines de milliers de personnes et de l'incarcération et de la torture de nombreuses autres qui luttaient pour leurs droits.

Quel rôle Darusman a-t-il joué dans tout cela ? Il semblerait que ce n'est qu'après la fin du régime Suharto, qui a été renversé en 1998 par le mouvement d'opposition du peuple indonésien, que Darusman, en tant que procureur général de 1999 à 2001, a entrepris une action juridique purement formelle contre Suharto et certains de ses acolytes dans le but de se faire une réputation. Suharto n'a jamais été châtié et les victimes de ses crimes demandent toujours justice.

Cela explique donc que Darusman, qui porte un tel bagage anticommuniste et est associé aux violations brutales des droits humains qui ont marqué la politique étasunienne de confinement du communisme, n'ait jamais été invité en RPDC. Son statut de persona non grata en RPDC se comprend encore mieux compte tenu de sa participation à la Commission d'enquête aux côtés de deux personnes aux lettres de créance aussi douteuses.

Bien sûr, en ce qui concerne ceux qui visent à isoler la RPDC, les compétences de Darusman conviennent tout à fait à leur objectif de semer de la désinformation sur ce qui se passe réellement en RPDC. Le rapport de la COI est fondé sur des « preuves » fabriquées et des ouï-dire provenant de « transfuges » payés, des services secrets de la Corée du Sud et de différentes organisations étasuniennes anti-RPDC et d'autres du genre, alors nul doute que Darusman est en bonne compagnie.

De la même façon, dans un article du 26 novembre du Centre d'actualités de l'ONU, Darusman dit avoir parlé à des membres de familles sud-coréennes qui ont visité récemment des membres de leur famille au mont Kumgang en RPDC le 20 octobre. Darusman écrit que « la séparation des familles n'est pas seulement une question humanitaire mais doit être reconnue comme une violation des droits humains en soi ». Il s'agit là bien sûr d'une insinuation odieuse à l'effet que c'est la RPDC, qui fait tout pour réunifier la Corée, qui est responsable de cet état de chose. C'est de la désinformation pour masquer que ce sont les impérialistes américains et les gouvernements serviles de Corée du Sud qui ont maintenu les familles et la nation séparées par la force depuis la Deuxième Guerre mondiale, y compris en menant la Guerre de Corée.

Darusman ne considère pas non plus comme une violation des droits humains le blocus politique et économique brutal et illégal imposé par les États-Unis à la RPDC et il ne reconnaît pas les efforts énormes que fait la RPDC pour améliorer le niveau de vie du peuple en dépit du blocus et des sanctions. En plus, il ne reconnaît pas que la RPDC garantit les droits du peuple en élevant son niveau de vie, en défendant la nation contre l'agression étrangère, en luttant pour la réunification de la Corée et en faisant en sorte que la paix est maintenue dans la péninsule coréenne.

La RPDC a raison de dire qu'elle sera heureuse de coopérer avec n'importe lequel représentant de l'ONU qui se rend dans le pays avec l'esprit ouvert et dans le but de tenir des échanges respectueux sur la question des droits humains mais pas avec ceux qui ont un autre ordre du jour.

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Les espions missionnaires du Pentagone


Kay Hiramine à la Maison-Blanche avec le président George W. Bush en 2007

Le 10 mai 2007, dans la salle est de la Maison blanche, le président George W. Bush a présidé une cérémonie en l'honneur des dirigeants les plus méritoires du pays en fait de services rendus à la communauté. Parmi ceux qui ont reçu cet après-midi-là le prix présidentiel pour services bénévoles il y a eu Kay Hiramine, le fondateur d'une organisation humanitaire multimillionnaire du Colorado.

L'ONG de Hiramine, Humanitarian International Services Group, ou HISG, s'est méritée un éloge spécial de la part du président pour avoir démontré comment un organisme de bienfaisance privé peut intervenir rapidement en réponse à une crise. « Dans la foulée de l'ouragan Katrina », peut-on lire sur la citation remise à Hiramine, « l'équipe de HISG a mis sur pied à Houston un centre d'opération du secteur privé, qui a mobilisé plus de 1500 bénévoles dans la zone de la catastrophe dans un délai d'un mois après le passage de l'ouragan ».

Mais au moment où l'évangéliste chrétien Hiramine a traversé la scène pour serrer la main du président Bush et recevoir son prix, il a caché aux gens présents un fait essentiel : il a été un espion du Pentagone dont l'ONG a été financée grâce à un programme hautement classifié du département de la Défense.

Le programme secret du Pentagone, qui remonte à décembre 2004, a continué d'exister durant la présidence d'Obama. Il est le fruit du travail d'un haut fonctionnaire des services de renseignement du département de la Défense de l'administration Bush, le lieutenant-général William « Jerry » Boykin. Boykin, un évangéliste chrétien qui a essuyé des critiques en 2003 pour ses déclarations contre l'islam, a mis sur pied cette ruse d'une ONG alors qu'il cherchait de nouveaux moyens peu orthodoxes pour pénétrer en Corée du Nord.

Longtemps une source de grande préoccupation pour les États-Unis et l'Europe occidentale en raison de son programme nucléaire, la Corée du Nord a été pour les États-Unis la cible la plus difficile à pénétrer du point de vue du renseignement. « Nous ne savions rien de ce qui se passait en Corée du Nord », m'a raconté un ancien responsable militaire au fait des efforts américains dans ce pays. « Nil ». Mais l'ONG de Hiramine, en offrant de l'aide humanitaire à la population désespérée du pays, a été capable d'aller là où les autres ne pouvaient pas aller.

On ne sait pas combien de cadres de HISG autres que Hiramine connaissaient l'opération ; Hiramine n'a pas répondu aux demandes répétées de requêtes pour recueillir ses commentaires et c'est le cas aussi de ses collègues haut placés. Très peu, sinon aucun, des autres membres du personnel et des bénévoles de l'organisation ont eu connaissance de son rôle comme couverture pour le Pentagone, selon d'anciens employés de HISG et d'anciens responsables militaires.

Les révélations à l'effet que le Pentagone a utilisé une ONG et des bénévoles humanitaires sans qu'ils le sachent pour la collecte de renseignements sont le résultat d'une enquête de plusieurs mois par The Intercept. Au cours de l'enquête, plus d'une dizaine de responsables militaires et du renseignement, en poste et anciens, de travailleurs humanitaires, de missionnaires, de fonctionnaires américains et d'anciens employés de HISG ont été interviewés. Les représentants du gouvernement des États-Unis qui connaissent bien le fonctionnement du Pentagone et le rôle de HISG ont demandé l'anonymat parce que discuter de questions militaires et du renseignement classifié les exposerait à des risques de poursuites. Le Pentagone n'a émis aucun commentaire sur HISG ou sur les opérations d'espionnage en Corée du Nord.

Avant qu'elle soit finalement démantelée en 2013, l'organisation de Hiramine a reçu des millions $ de financement du Pentagone par le biais d'un réseau complexe d'organisations visant à masquer la provenance de l'argent, selon l'un des anciens responsables militaires bien au fait du programme et les documents examinés en préparation de cet article.

L'utilisation de HISG pour espionner a été « au-delà des limites » de ce que le gouvernement américain devrait être autorisé à faire, a déclaré Sam Worthington, président d'InterAction, une association de près de 200 ONG américaines. La pratique d'utiliser des travailleurs humanitaires comme espions « viole les principes internationaux » et met à risque les travailleurs humanitaires et de l'aide au développement légitimes, a-t-il soutenu.

« Il est inacceptable que le Pentagone ou tout autre agence gouvernementale américaine utilise des organisations sans but lucratif pour la collecte de renseignements », a déclaré Worthington. « C'est une violation de la confiance fondamentale qui existe entre le gouvernement américain et le secteur civique ».

***

HISG a été créée peu de temps après le 11 septembre, quand Hiramine a dirigé un groupe de trois amis dans la création d'une organisation humanitaire qui, l'espéraient-ils, pourrait fournir des secours en cas de catastrophe et du développement durable dans les pays pauvres et déchirés par la guerre à travers le monde, selon les documents de constitution de l'organisation.

Durant ses deux premières années, HISG n'a pas été plus qu'un simple organisme de bienfaisance à caractère confessionnel, sans importance. Juste après que les États-Unis aient envahi l'Afghanistan, Hiramine et ses amis ont expédié des fournitures médicales à un hôpital. En 2003, HISG a collaboré avec un petit groupe du Pentagone appelé Afghanistan Reachback Office, qui a été mis sur pied pour coordonner des activités de reconstruction.

Cette même année, Boykin a été nommé vice-directeur au bureau nouvellement créé du sous-secrétaire de la Défense pour le renseignement. Boykin a fait carrière au sein des opérations spéciales qui ont joué un rôle actif dans la plupart des missions à haut risque de l'armée américaine avant le 11 septembre. Il a servi en tant que commandant de l'unité d'élite de l'armée, communément appelée Delta Force, et a supervisé en 1993 la mission Black Hawk Down en Somalie ainsi que la chasse à l'homme contre Pablo Escobar en Colombie.

Avec l'intensification de la guerre contre le terrorisme, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a chargé Boykin et son supérieur, Stephen Cambone, de la tâche d'augmenter la capacité du département de mener des opérations de collecte de renseignements indépendamment de la CIA. Cambone et Boykin ont conclu que, durant les décennies précédentes, le Pentagone a cédé à la CIA trop de son rôle de collecte de renseignements et qu'il était temps de remettre les pendules à l'heure. La CIA en a été informée. Moins d'un an après son arrivée à son nouveau poste au Pentagone, Boykin a dépêché un membre du personnel du Pentagone à la CIA pour aider à coordonner les nouvelles opérations plus étendues de renseignements humains à l'étranger.

Selon d'anciens responsables militaires, Boykin a pris des pages du manuel d'opérations de la CIA et a cherché des moyens de fournir une couverture pour des opérations d'espionnage du Pentagone. Le groupe de Hiramine a été l'une de plusieurs ONG utilisées de cette façon par le Pentagone. Certaines, comme HISG, existaient déjà en tant qu'organisations naissantes, tandis que d'autres ont été créés à partir de rien par le Pentagone.

Tout cet effort consenti pour l'espionnage a été l'un des programmes les plus secrets du Pentagone, jamais reconnu et appelé « programme d'accès spécial » ou SAP. La désignation signifie que le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld n'a eu qu'à informer uniquement le président et les membres haut placés des deux comités d'appropriation des crédits et des services armés, et qu'ils n'ont pas été autorisés à prendre des notes ou d'y amener des membres de leur personnel.

Les opérations de renseignement du département de la Défense ont été principalement axées sur la lutte antiterroriste, mais les efforts ont également été étendus à l'Iran et la Corée du Nord où l'armée a cherché à obtenir des renseignements qui leur manquaient sur les programmes nucléaires de ces pays.

Voilà où HISG entre en scène.

Au moment où le programme du Pentagone est lancé, l'ONG a été responsable de nombreuses expéditions d'équipements médicaux, de vêtements et des fournitures de secours en cas de catastrophe dans le monde entier.

Au moins une fois durant la période de 2004 à 2006, Hiramine, par le biais de HISG, a aidé à coordonner une cargaison humanitaire vers la Corée du Nord.

L'offre charitable de dons de vêtements a été le genre de don religieux que le gouvernement nord-coréen a occasionnellement accepté pour aider sa population à supporter les hivers rudes du pays. Cependant, à l'insu du gouvernement nord-coréen, il y avait sous les vêtements un compartiment secret contenant des dizaines de bibles.

Expédier des bibles en Corée du Nord est risqué : la Corée du Nord restreint sévèrement toutes les activités religieuses qui dévient de l'idéologie communiste. Mais c'est exactement le point ; si les bibles de Hiramine pouvaient se rendre à destination sans être détectées, le Pentagone savait qu'il pourrait utiliser la même méthode de contrebande pour expédier des capteurs et des équipements militaires dans le pays.

« Nous avons envoyé les bibles en tant que ballon d'essai », m'a dit un ancien haut responsable du Pentagone. « Elles sont arrivées à bon port sans que les Nord-Coréens les découvrent. »

Le Pentagone a chargé Hiramine de recueillir des renseignements à l'intérieur de la Corée du Nord dont il avait besoin et, en retour, Hiramine a utilisé l'accès de HISG dans le pays pour compléter les missions, selon deux anciens responsables militaires ayant connaissance de l'effort. Hiramine, en tant que chef de la direction chez HISG, a encouragé les missionnaires chrétiens, les travailleurs humanitaires et les contrebandiers chinois à déplacer le matériel vers et à l'intérieur de la Corée du Nord alors qu' aucun d'entre eux n'avait la moindre idée qu'ils faisaient partie d'une opération secrète du Pentagone.

À au moins deux reprises en 2007 et encore en 2010, Hiramine est entré en Corée du Nord sous couvert humanitaire, selon un ancien employé de HISG au fait de ses voyages. Les documents de HISG montrent que l'organisation s'est vantée d'avoir expédié des vêtements d'hiver, y compris des « vestes de ski » en Corée du Nord au cours des 10 premières années de fonctionnement de l'ONG.

Parce que les services de renseignement américains ont tellement peu d'informateurs à l'intérieur de la Corée du Nord, une grande partie de la tâche de Hiramine a été de trouver des voies de transport pour déplacer l'équipement militaire et des agents potentiellement clandestins vers et à l'intérieur du pays. Le Pentagone a éventuellement fait transporter des capteurs et de petites balises radio grâce au réseau de transport de Hiramine, selon un autre ancien responsable militaire. Beaucoup de ce que Hiramine a fait a été ce que l'armée appelle « la préparation opérationnelle de l'environnement », ou OPE, une catégorie qui englobe la collecte clandestine de renseignements et le prépositionnement d'équipement à l'intérieur d'un pays en vue de conflits à venir.

« Nous avions besoin de dispositifs de collecte, de brouilleurs d'onde » utilisés pour perturber les appareils militaires ou les signaux radio nord-coréens, « et [de matériel] pour mesurer les anomalies nucléaires », m'a dit le même ancien responsable militaire. Le matériel militaire a inclus également des émetteurs radio à ondes courtes qui pourraient être utilisés pour aider un pilote abattu à s'échapper dans le cas d'un conflit futur avec la Corée du Nord.

Aucun des anciens fonctionnaires ayant des connaissances du programme avec qui j'ai parlé, n'a voulu dire exactement où l'équipement a été positionné ou décrire les renseignements que Hiramine a pu recueillir, s'en remettant au fait que ce sont des questions délicates. Mais deux anciens fonctionnaires ont déclaré que les renseignements et le réseau utilisé pour accéder à l'intérieur du pays ont été officiellement remis à la CIA dans ce que la communauté américaine du renseignement appelle des « rapports d'information sur les renseignements », ou IIRs, ce qui indique que la CIA était au courant que le Pentagone a utilisé une ONG pour mener les opérations. La CIA a référé toutes les questions au sujet des rapports de renseignements fournis par Hiramine au Pentagone.

« Si cela est vrai, le fait d'utiliser à leur insu des travailleurs humanitaires au nom d'une opération de renseignements, de faire appel à des personnes qui ont réellement fait un travail humanitaire pour transformer leurs efforts en une collecte de renseignements est inacceptable », a dit le représentant au Congrès Jan Schakowsky, qui a siégé de 2007 à cette année sur le Comité des renseignements de la Chambre. Schakowsky a dit qu'elle n'a pas été mis au courant du programme ainsi que des briefings donnés au président et aux membres haut placés du comité.

« Ainsi, nous avons des personnes qui ont été embauchées pour faire du bon travail et sont devenus des complices involontaires d'une mission de renseignements ? Ils peuvent faire face à toutes sortes de représailles. C'est totalement inacceptable », a déclaré Schakowsky.

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On ne sait pas exactement comment Hiramine a été mis en cause dans les plans d'espionnage du Pentagone, mais son organisation à but non lucratif s'est avérée un véhicule pratique pour le Pentagone pour dissimuler des missions de renseignements et livrer clandestinement du matériel militaire dans des zones interdites.

En utilisant une approche mise au point par la CIA, le Pentagone a brouillé les pistes sur l'origine du financement de l'organisation. « Si vous démasquez l'argent, vous démasquez le réseau », a déclaré un ancien responsable militaire qui critique le manque de contrôle du programme.

L'organisation a reçu une forme de financement par le biais d'une société à but lucratif appelée Private Sector Consulting, qui a été dirigée par Hiramine, son partenaire Michael McCausland et d'autres dirigeants de HISG qui partagent des adresses et des numéros de téléphone avec HISG au Colorado, selon les dossiers publics. HISG a rapporté en 2009 qu'elle n'a pas d'employés rémunérés ; les 30 membres de son personnel ont été désignés « bénévoles ». Selon trois personnes qui ont travaillé chez HISG, les salaires et avantages sociaux des employés de l'ONG ont cependant été payés par une firme de consultants. En 2009, par exemple, les dossiers fiscaux montrent que Hiramine n'a pas retiré de salaire à la tête du Humanitarian International Services Group mais a quand même reçu 281 351 $ de Private Sector Consulting.

« C'est uniquement grâce à notre financement si HISG existe », m'a dit l'un des anciens responsables militaires, en expliquant comment le Pentagone a fourni l'argent pour les salaires par le biais de Private Sector Consulting.

Une seconde source de revenus pour HISG est venue d'une fiducie privée et d'une autre à but non lucratif, Working Partners Foundation, qui a été constituée à la fin de 2004, à la même époque où Private Sector Consulting a été lancée et le programme du Pentagone a déployé.

Voici comment cela a fonctionné.

Le Pentagone a canalisé l'argent vers un fonds privé, qui a été administré par un cabinet d'avocats à Minnetonka, Minnesota, selon un ancien responsable militaire au courant de l'arrangement. Le fonds, appelé New Millennium Trust, a été géré par le colonel à la retraite de l'armée Thomas Lujan.

Selon une biographie de lui en ligne, Lujan a également la distinction unique d'être le premier avocat militaire affecté à Delta Force et il aurait connu Boykin durant la plus grande partie de sa carrière professionnelle. Selon un site Web public, Lujan qui a pris sa retraite en 1998, maintient toujours une autorisation gouvernementale très secrète. Lujan a refusé de commenter.

Ensuite, selon les déclarations de revenus, la fiducie New Millennium donnait à partir de 2004 de l'argent à Working Partners Foundation qui a été dirigée par un concessionnaire automobile bien en vue du Colorado nommé Yale King. King a aussi été un « ami proche » de Boykin. Dans son autobiographie, Never Surrender, Boykin a rappelé avoir reçu une télécopie de King tout en se remettant d'une blessure subie lors d'une attaque sur la base américaine à l'aéroport de Mogadiscio. La télécopie est composée d'un seul verset biblique. « Je ne peux pas expliquer pourquoi Yale a envoyé ce fax d'aussi loin comme il l'a fait », a écrit Boykin, « mais j'ai senti que c'est exactement le message que Dieu voulait que j'entende ».

En 2006, Boykin a graduellement été écarté du programme. Il a pris sa retraite à l'été 2007. Mais l'ancien responsable militaire qui a critiqué ce programme a qualifié l'opération de HISG de « programme d'emplois » pour les amis et anciens collègues militaires de Boykin. Celui-ci n'a pas répondu aux demandes d'entrevues.

En 2006, King a gagné 252 000 $ comme directeur de Working Partners Foundation. Selon les dossiers fiscaux, New Millennium Trust a été le seul bailleur de fonds de Working Partners Foundation. L'argent du Pentagone a circulé par la fondation de King, qui a fait des dons à Hiramine et HISG. Au total, New Millennium Trust a donné à Working Partners Foundation 11,9 millions $ entre 2005 et 2014. À son tour, Working Partners Foundation a donné entre 2005 et 2012 la somme de 6,5 millions $ à HISG, selon les déclarations de revenus.

Pour aider Working Partners à maintenir l'apparence d'un organisme de bienfaisance légitime, la fondation a fait don chaque année de petites quantités de liquidités à des ONG irréprochables telles que Catholic Relief Services qui dit ne pas avoir eu connaissance d'un lien quelconque du Pentagone avec l'argent reçu. Dans un cas au moins, selon les déclarations de revenus, Working Partners a fait don d'environ 200 000 $ à un ministère aux États-Unis, qui « a livré des bibles à l'église persécutée dans le pays restreignant l'Évangile, qu'est la Corée du Nord ». Working Partners a également acheminé près de 500 000 $ à un organisme de bienfaisance médicale dirigé par l'épouse de Yale King dans les cinq premières années après que Working Partners ait été établi, selon les dossiers fiscaux.

(King a finalement déménagé Working Partners à Palm Beach, en Floride, où le tout a été transféré à un avocat fiscaliste spécialisé en successions nommé Robert Simses. Simses a refusé de commenter et King n'a pas répondu à plusieurs demandes d'entrevues.)

L'un des anciens responsables militaires a estimé que le Pentagone a fourni au moins 15 millions $ à HISG durant la durée du programme par le biais de ces sources de financement.

« Kay n'a jamais parlé d'où nous avons eu notre financement », a déclaré Tom Jennings qui a travaillé pendant six ans comme directeur du programme en Asie de HISG. « Et je ne sentais pas que je devais demander ce qui en était ». Jennings a dit qu'il ne savait pas que Hiramine a travaillé pour le Pentagone sur un programme secret d'espionnage et craint maintenant que les révélations à propos du financement de HISG par le Pentagone pourront entacher les programmes légitimes de secours et de développement en cas de catastrophe qu'il a aidé à diriger.

Selon le profil LinkedIn de Hiramine, Private Sector Consulting « a fourni des services de soutien », comme la réponse à des catastrophes, à des organismes gouvernementaux, dont le département de la Sécurité intérieure, le département de la Défense et la FEMA [Federal Emergency Management Agency].

« Je les ai prévenus qu'ils doivent se tenir à l'écart de Private Sector Consulting », a déclaré un ancien employé de HISG, qui est au fait de certains des contrats avec le gouvernement américain. (Cette personne travaille encore dans le secteur de l'aide humanitaire et ne veut pas être associée publiquement à un programme d'espionnage du Pentagone ; nous avons donc maintenu son anonymat). L'ancien employé « n'a pas la moindre idée » que ce groupe à but non lucratif a servi de couverture pour le Pentagone.


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Mis à part Hiramine et probablement d'autres cadres supérieurs, ceux qui ont travaillé pour HISG n'ont jamais été mis au courant qu'ils ont été impliqués dans un programme de renseignements du Pentagone ou que Hiramine a travaillé pour le gouvernement américain, selon deux anciens responsables militaires.

« Ils n'ont jamais été mis au courant », a déclaré l'ancien haut responsable du Pentagone. « Ça c'est la question. »

En tout, HISG a opéré dans plus de 30 pays et a été financée en grande part par le Pentagone.

Selon d'anciens employés, des documents publics et l'ancien site Web de HISG, l'organisation à but non lucratif a fourni des secours à des sinistrés, de la nourriture, des fournitures médicales et des vêtements, et a aidé à lancer de petites entreprises dans des pays dont le Niger, le Mali, l'Éthiopie, le Kenya, l'Iran, le Liban, le Yémen et la Chine.

« Ils nous ont laissé une énorme marge de manoeuvre pour faire énormément de bien », a déclaré Jennings. « Nous avons réussi à aller vers les pauvres dans les villages, les former sur comment démarrer une entreprise et créer des emplois, afin qu'ils puissent commencer à se sortir de la pauvreté et retrouver leur dignité personnelle. En regardant le passé, cela a été l'une des expériences les plus enrichissantes de ma vie. »

Mais derrière tout ce travail caritatif à l'échelle du globe, il y a eu un motif ultérieur pour les fonctionnaires militaires : plus HISG a opéré et est devenue plus légitime, plus d'occasions se sont présentées aux responsables militaires et des renseignements américains de mener des opérations dans d'autres pays comme ils l'ont fait en Corée du Nord. En d'autres termes, la capacité de Hiramine d'utiliser HISG pour former des partenariats et des relations de travail avec d'autres travailleurs humanitaires et missionnaires sans qu'ils s'en méfient, a permis au Pentagone d'espionner plus d'endroits, selon l'un des anciens responsables militaires. Ce fonctionnaire n'a pas voulu dire si Hiramine s'est vu confier des opérations dans des pays autres que la Corée du Nord.

Hiramine et HISG ont eu tant de succès dans leurs efforts humanitaires qu'ils ont été honorés en 2007 du prix présidentiel pour services bénévoles. On ne sait pas si la Maison blanche était au courant que HISG faisait partie d'un programme du Pentagone.

« Si ces personnes avaient été prises, jugées et exécutées au centre-ville de Pyongyang, vous comprendriez vraiment le risque », a déclaré Robert Baer, un agent à la retraite de la CIA, qui a passé plus de 20 ans à mener des opérations d'espionnage.

Utiliser des travailleurs d'aide humanitaires pour la collecte de renseignements a toujours été risqué. La politique américaine en matière de renseignements interdit d'utiliser des membres du clergé américain, des journalistes, ou des volontaires des Peace Corps comme couverture pour des activités d'espionnage. Utiliser les ONG n'est pas strictement interdit, mais même si cela n'a pas été sans précédents, c'est dangereux.

Au cours des dernières années, le risque d'utiliser des travailleurs humanitaires légitimes comme couverture pour l'espionnage a eu des répercussions mortelles.

En 2011, la CIA a donné des directives à un médecin pakistanais pour recueillir des échantillons d'ADN des membres de la famille soupçonnés d'appartenir à Oussama ben Laden, sous le couvert d'un programme de vaccination contre l'hépatite à Abbottabad, au Pakistan. Après le raid [contre Oussama ben Laden], le médecin pakistanais a été arrêté et emprisonné par les autorités pakistanaises et les talibans ont tué plus tard plusieurs professionnels de la santé qui ont tenté de mener des campagnes d'éradication de la poliomyélite, ainsi que leurs gardes.

Les talibans ont prétendu que le programme de vaccination faisait partie d'un complot des services de renseignement occidentaux. Des cas de polio qui a été éradiquée dans presque tous les pays du monde, ont grimpé en flèche au Pakistan au cours des dernières années. En 2014, un conseiller de la Maison-Blanche a informé les doyens des facultés de la santé publique que la CIA n'est plus autorisée à utiliser les programmes de vaccination comme une couverture pour obtenir des renseignements.

« La récompense est presque nulle compte tenu du risque parce qu'en faisant appel aux ONG, en particulier à leur insu, cela donne lieu à peu de renseignements », a déclaré Robert Baer, le fonctionnaire de la CIA à la retraite. « C'est du pur Graham Greene, du même genre que notre homme à La Havane », a-t-il poursuivi, se référant à l'histoire burlesque d'un vendeur d'aspirateurs qui a été recruté pour espionner le programme de missiles de Cuba.

***

Malgré le fait qu'il a débuté durant la présidence de Bush, le programme d'espionnage de la Corée du Nord s'est poursuivi durant le premier mandat d'Obama. On ne sait pas si le président en a été informé. La Maison blanche a refusé de commenter.

En 2012, l'amiral maintenant à la retraite William McRaven, commandant du Commandement des opérations spéciales à Tampa, en Floride, qui a supervisé le raid contre Oussama ben Laden, a mis fin au programme d'espionnage de la Corée du Nord.

« McRaven nous a dit qu'il y a mis fin parce qu'il est devenu nerveux au sujet des réactions que provoquerait une fuite sur l'utilisation par le Pentagone d'un tas d'évangélistes et de missionnaires comme espions », a déclaré un ancien officier de l'armée, ajoutant que si le programme avait produit de meilleurs renseignements, McRaven aurait pensé à le maintenir. McRaven n'a pas répondu à une demande d'entrevue.

En janvier 2013, Hiramine et ses collègues cadres de HISG ont annoncé à leurs employés qu'ils vont mettre fin aux activités de l'organisation. « Nous n'avons eu aucun préavis », a déclaré Jennings, l'ancien directeur du programme de HISG. « Nous n'avions plus d'emploi, aucune indemnité, et aucune explication. Tout ce qu'ils nous ont dit, c'est que « nous avons perdu notre financement ».

Selon les déclarations de revenus de Working Partners Foundation, 2013 a été la première année depuis qu'elle a commencé à fonctionner en 2005 qu'aucun fonds n'a été versé à HISG. Au lieu de cela, l'association sans but lucratif a donné environ 700 000 $, soit des fonds qui ont vraisemblablement été alloués avant que McRaven ait ordonné la fin du programme, à une série d'organismes de secours et sans but lucratif, y compris un groupe de réflexion basé à Washington.

Certaines parties de l'infrastructure de HISG sont demeurées en place mais Hiramine est parti et son partenaire principal, Michael McCausland, a transformé ce qui est resté de HISG en une nouvelle organisation appelée Sustainable Communities Worldwide.

Avec la disparition de HISG, le Pentagone a commencé à démanteler les mécanismes de financement qui ont soutenu l'organisation.

Private Sector Consulting a été dissoute en décembre 2013 et cette année, pour la première fois depuis qu'elle a été créée, Working Partners Foundation n'a reçu aucun argent de New Millennium Trust.

Selon les déclarations de revenus, Working Partners Foundation a écrit plus tôt cette année un chèque final de 475 500 $ au Bureau du service fiscal, une division du département du Trésor. « Le conseil d'administration a voté pour mettre fin à la fondation et acheminer tous les fonds restants au Trésor américain pour être utilisés à la réduction de la dette publique », selon les dossiers fiscaux publics. Working Partners a été dissoute en janvier.

En d'autres termes, Working Partners a donné ses fonds restants en cadeau au gouvernement fédéral, un geste étrange pour une fondation privée mais peut-être pas pour une agence servant de couverture pour un programme du Pentagone maintenant terminé.

Mise à jour du 28 octobre 2015

Ce rapport fait référence à un don de Working Partners Foundation à Catholic Relief Services, sur la base des déclarations de revenus de Working Partners Foundation. Catholic Relief Services, qui a effectué un examen après la publication, a déclaré que ses propres dossiers ne contiennent aucune mention qu'elle a reçu de l'argent de Working Partners Foundation ou de HISG.

(The Intercept, le 26 octobre 2015. Margot Williams et Lee Fang ont contribué à ce rapport. Traduction: LML)

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