Le Marxiste-Léniniste

Numéro 57 - 20 décembre 2015

Le droit de monopole organisé par l'État dicte des profits faramineux pour les banques privées

La nécessité du renouveau prosocial dans le secteur des finances



Le mouvement ouvrier attaqué par des gouvernements
qui imposent les intérêts des monopoles

Suspension en masse et criminalisation des cols bleus de Montréal
et des dirigeants de leur syndicat

- Chantier politique -

Les travailleurs accidentés de l'Ontario réclament justice

Au calendrier d'événements
Manifestations en Ontario contre les coupures et la privatisation
de services hospitaliers locaux

Stelco doit continuer de produire!
Tout en oeuvre pour la Journée d'action à Hamilton le 30 janvier!


Mettre fin aux relations coloniales avec les peuples
autochtones doit être une demande centrale

Les intentions du gouvernement pour les Premières Nations esquivent la question primordiale du pouvoir souverain
- Philip Fernandez -
Le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation
montre le besoin de mettre fin aux relations coloniales
avec les peuples autochtones

Faits saillants du Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation
Les Premières Nations et leurs alliés demandent à participer
pleinement à l'enquête nationale sur les femmes et filles autochtones
disparues et assassinées

Justice pour les femmes autochtones de Val-d'Or
- Diane Johnston -


Le droit de monopole organisé par l'État dicte des profits
faramineux pour les banques privées

La nécessité du renouveau prosocial
dans le secteur des finances

Les six plus grandes banques du Canada (Banque royale, Banque TD, Banque Scotia, Banque de Montréal, CIBC et Banque nationale) ont réclamé à l'économie la somme combinée de 34,88 milliards $ en revenu net durant l'exercice financier de 2015, soit près de 5 % de plus que le 33,27 milliards $ de l'année dernière. Leur revenu brut combiné était de 129,79 milliards $, comparé à 124,72 milliards $ en 2014.[1]

Pour mettre ces sommes faramineuses en perspective, notons qu'à 130 milliards $ le revenu brut combiné de ces six banques équivaut approximativement à la moitié de l'ensemble des 260 milliards $ en revenu du gouvernement fédéral. Leur revenu net, à 35 milliards $, n'est que 5 milliards $ de moins que la somme totale des transferts fédéraux au Québec, aux provinces et aux territoires en tant qu'« aide financière au titre des soins de santé, de l'éducation postsecondaire, de l'aide sociale et des services sociaux, notamment le développement de la petite enfance ». Ce qu'on appelle le Transfert canadien en matière de santé et le Transfert canadien en matière de programmes sociaux.

C'est une somme considérable que réclament à elles seules ces six entreprises privées et qu'elles redistribuent aux intérêts privés étroits qui les possèdent ou les contrôlent. Les Canadiens doivent s'interroger sur ce phénomène ; ils doivent en discuter et exiger une nouvelle direction de l'économie, une direction prosociale. Les banques fournissent un service public nécessaire à une économie moderne pour ce qui est de l'épargne, de l'emprunt et des versements et autres transactions des individus et des entreprises.

Les plus grandes banques ont acquis presque toutes les entreprises importantes de fiducie et de courtage au Canada et possèdent une grande partie du marché des fonds communs de placement et de l'assurance. Elles se servent des réclamations qu'elles font à l'économie canadienne à titre de revenu net pour investir à l'étranger en tant qu'empires impérialistes mondiaux provoquant des contradictions avec les peuples et les nations souveraines.

Plus de la moitié de leur activité et de leur revenu peut être considéré comme parasitaire et nuisible à l'économie car déconnecté de la production de biens et services. Elles consomment une valeur sans produire de valeur nouvelle et, ce faisant, gaspillent en masse la valeur déjà produite et le temps de travail des travailleurs. Elles ont aussi comme pratique d'acheter et de vendre à répétition les mêmes valeurs déjà produites sous différentes formes appelées dérivés. Les dérivés représentent une valeur déjà produite et déjà réalisée dans une forme fictive et parasitaire. Par exemple, ils combinent des hypothèques, des prêts étudiants et des prêts-automobile pour en faire des obligations qui se vendent et s'achètent à titre de papier commercial adossé à des actifs. Chaque fois que le dérivé change de main, il y a des frais et une valeur en est extraite, jusqu'à ce qu'il ne vaille plus rien et s'effondre, comme cela s'est produit en 2007. L'effondrement des dérivatifs, ces obligations fictives adossées à une valeur épuisée qui sont pourtant garanties par des contrats d'assurance, a été un des facteurs principaux ayant provoqué la crise économique de 2008 qui a paralysé le système financier et s'est répercutée dans toute l'économie impérialiste mondiale. En plus de ces pratiques parasitaires, qui ont d'ailleurs continué de se répandre malgré la crise de 2008, aujourd'hui les banques font une forte promotion de l'échange de la valeur boursière des produits dérivés du carbone comme façon de profiter de l'inquiétude répandue concernant les changements climatiques.

La concurrence pour les profits par la revente continuelle sur le marché boursier de valeurs déjà produites est une caractéristique de l'économie impérialiste épuisée qui n'a plus où aller sinon se manger elle-même et déclencher des guerres de prédation pour mettre les peuples et les marchés sous son contrôle tout en répandant l'anarchie et la violence à l'échelle de la planète. L'économie parasitaire basée sur la guerre est plongée dans des crises constantes et est incapable d'échapper à ses contradictions internes. L'économie impérialiste a revêtu sa forme finale et révèle dans toute sa clarté le besoin urgent de renouveau, d'une direction prosociale qui sert le droit public et l'intérêt public en opposition au droit de monopole.

Le droit de monopole organisé par l'État pour les grandes banques

Le pouvoir extravagant des grandes banques et la position centrale qu'elles occupent dans l'économie sont tels qu'elles sont devenues des entreprises organisées par l'État dotées d'un droit de monopole qui leur permet d'agir pour le gain privé en contradiction avec les besoins des citoyens et de l'économie socialisée. La volonté légale du gouvernement est utilisée pour garantir et institutionnaliser le droit de monopole des plus grandes entreprises financières et enchâsser de ce fait encore un autre procédé par lequel les gouvernements paient les riches. La contradiction entre le droit public et le droit de monopole sur ce front, entre l'intérêt public et l'intérêt privé, peut être résolue en faveur du peuple en privant les grandes banques des instruments étatiques qui garantissent leur privilège.

Le droit de monopole des grandes banques tient au poids de leur grandeur en tant qu'oligarques financiers internationaux gobe-tout, mais il tient aussi au fait qu'elles bénéficient directement des réglementations, lois et pratiques établies par l'État, notamment la Loi sur les banques et les nombreux accords de libre-échange qui leur permettent de déplacer la richesse sociale partout dans le monde sans restriction, suivant l'intérêt privé. Quand les monopoles ont la moindre impression que le droit public interfère avec leur droit de monopole, les accords de libre-échange organisés par l'État permettent aux grandes entreprises financières et à d'autres qui profitent du droit de monopole d'intenter des poursuites contre le trésor public des États participants.

Vingt banques canadiennes détiennent présentement une charte aux termes de la désuète Loi sur les banques qui leur accorde le privilège exclusif d'exploiter l'économie à leurs fins. Le groupe des six plus grandes contrôle plus de 90 % de tous les avoirs et entreprises bancaires du pays. Les banques à charte ont le droit d'emprunter de l'argent à la Banque du Canada, ce qui est pourtant interdit au gouvernement fédéral, au gouvernement du Québec et aux gouvernements des provinces.

Les banques ont le droit de monopole de prêter de l'argent qu'elles n'ont pas, ce qui veut dire qu'elles peuvent créer de l'argent. Cela tient à la pratique permise de prêter à partir d'une réserve fractionnaire : les banques acceptent des dépôts et accordent des prêts ou font des investissements qui dépassent la valeur des dépôts. Le gouvernement a aboli en 1991 la règle sur l'encaisse minimale pour la réserve fractionnaire et ce sont maintenant les banques qui décident combien elles gardent en réserve et combien elles prêtent ou investissent. Quand le manque à gagner devient un problème, la Banque du Canada intervient et leur prête la différence.

La Société d'assurance-dépôt du Canada, une autorité publique, garantit les épargnes des particuliers dans les comptes bancaires à concurrence de 100 000 $, ce qui encourage les gens à placer leurs épargnes dans des banques à charte.

La réglementation d'État sur les prêts hypothécaires garantit aux banques une position dominante dans ce secteur, sans compter la position dominante que leur confère leur simple grandeur. Les règles et les pratiques de la Société canadienne d'hypothèque et de logement, l'énorme liquidité que leur procure la pratique des prêts à réserve fractionnaire et la protection garantie de la Banque du Canada et des autres institutions d'État permettent aux banques de profiter énormément des hypothèques résidentielles et commerciales.

L'État considère les grandes banques privées comme étant « trop grandes pour échouer » et, à ce titre, elles sont secourues à coups de milliards de dollars des fonds publics en cas de crises économiques et comme pratique courante par des prêts de la Banque du Canada qui couvrent leur manque à gagner en liquidité. Durant la crise économique de 2008, la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) et la Réserve fédérale américaine ont mis à la disposition des banques canadiennes près de 114 milliards $ en liquidité d'urgence. De cette somme, 69 milliards $ provenaient du programme d'assurance de la SCHL.

Ceux qui contrôlent et profitent des plus grandes entreprises financières sont souvent des figures dominantes des partis politiques de cartel qui dominent le processus politique et les gouvernements. Ils siègent au conseil des ministres et sont interviewés dans les médias de masse à titre d'experts de l'économie impérialiste.

Presque tous les ministres des Finances proviennent de l'oligarchie financière. C'est le cas du ministre du gouvernement libéral actuel, Bill Morneau, et de ses prédécesseurs conservateurs Joe Oliver et Jim Flaherty. Le ministre actuel de l'Immigration, John McCallum, a également été ministre des Finances dans les gouvernements Chrétien et Martin. Avant de faire le saut dans la politique de partis de cartel, McCallum était premier vice-président et économiste en chef de la Banque royale du Canada et était constamment à la télévision pour présenter les vues de l'oligarchie financière. L'ancien PDG de la Banque TD Ed Clark et son ancien vice-président et économiste en chef Don Drummond ont tous deux joué un rôle prépondérant dans les politiques et les décisions du gouvernement libéral de l'Ontario et dans les médias de masse.

Le droit de monopole organisé par l'État permet à des intérêts privés étroits et aux privilégiés de classe qui possèdent ou contrôlent les entreprises financières privées de profiter amplement de l'extraction de milliards de dollars de l'économie chaque année et prive le trésor public de ces fonds.

Le droit public exige que les banques se soutiennent par leurs propres moyens. Si elles échouent, les gouvernements n'ont pas à faciliter par quelque moyen leur droit de monopole de piller, de déformer et de détruire l'économie pour servir des intérêts privés étroits. Pour commencer, les gouvernements doivent abolir le droit de monopole légalisé et institutionnalisé des grandes banques. Ils doivent servir l'intérêt public et pas l'intérêt privé. Pour cela il faut des changements dans la réglementation et les lois régissant les activités des banques privées. Les banques doivent être privées du traitement privilégié qui leur permet de supplanter le droit public par le droit de monopole. Il n'y a aucune raison de refuser la demande que soit restreint le droit de monopole et que soit restreint le contrôle des affaires financières du Canada par les grandes banques privées.

Le rôle de la Banque du Canada doit être changé : elle doit servir l'intérêt public plutôt que les intérêts privés de l'oligarchie financière mondiale. Tous les mécanismes légaux par lequel l'État soutient le droit de monopole doivent être abolis avec comme orientation générale d'arrêter de payer les riches, d'arrêter de payer les banques privées et l'oligarchie financière. Toutes les réglementations et les lois qui avantagent l'intérêt privé des grandes banques par rapport à l'intérieur public doivent être éliminées pour changer la direction de l'économie en faveur du droit public. Non au droit de monopole des grandes banques ! Cela s'inscrit dans la mobilisation générale du peuple pour le renouveau démocratique.

Le gouvernement doit créer un système bancaire alternatif, prosocial, dans la forme d'une banque publique qui fait directement concurrence aux banques privées sans leur donner un quelconque avantage dans la loi et la pratique du droit de monopole. Pour donner une nouvelle direction prosociale à l'économie, il faut entreprendre de créer un secteur public des finances au service de l'économie dans son ensemble et de l'intérêt public plutôt qu'au service d'intérêts privés étroits, du privilège de classe et du droit de monopole de l'oligarchie financière. Toutes les entreprises financières privées doivent se tenir sur leurs propres jambes, sans le soutien du droit de monopole organisé par l'État au service de leur intérêt privé étroit et de leurs privilèges de classe.

Restreignons l'intérêt privé privilégié !
Privons les grandes banques de leur droit de monopole dans la réglementation et la loi !
Arrêtez de payer les riches !
Arrêtez de payer les grandes banques !
Non au droit de monopole, oui au droit public !
Tout en oeuvre pour le renouveau démocratique qui
comprend le renouveau prosocial du secteur financier !

Note

1. Valeur et prix de production

Dans les pratiques comptables des banques, le revenu net se calcule en soustrayant la somme de la valeur transférée consommée et de la valeur reproduite du revenu brut. Il n'y a aucun moyen de vérifier les chiffres parce que tout n'est pas rendu public et la partie du calcul qui est rendue publique est présentée dans une comptabilité centrée sur le capital et n'est pas scientifique. Les banques cherchent à cacher le fait que les travailleurs et leur temps de travail sont à l'origine de toute valeur et la source de la richesse sociale tant convoitée par l'élite impérialiste dominante, et non un coût de production. Elles veulent aussi cacher le parasitisme d'une grande partie de leur activité et le rôle central que joue le droit de monopole organisé par l'État à garantir leur revenu net et à assurer leur existence.

La valeur transférée consommée, qui est une valeur déjà produite, combine deux éléments : le matériel complètement utilisé, comme le papier et l'électricité, qu'on appelle valeur transférée circulante, et la partie de la valeur consommée de la machinerie, de l'équipement, des outils et des immeubles, qu'on appelle valeur transférée fixe. L'autre valeur transférée consommée durant la production provient des infrastructures matérielles de la société nécessaires au processus de production. La valeur transférée publique, ou sociale, est rarement sinon jamais reconnue dans la comptabilité des monopoles, sinon obliquement lorsqu'on mentionne les frais et les impôts.

Ensemble, la valeur transférée circulante et fixe représente la valeur déjà produite qui est consommée durant le temps de travail, qui est alors transférée dans le produit ou le service et devient une composante importante de la valeur et du prix de production.

La valeur reproduite provient du temps de travail consacré par les travailleurs engagés dans la production de biens et services et fait partie de la nouvelle valeur vivante produite par les travailleurs. L'autre partie de la nouvelle valeur qu'ils produisent est la valeur ajoutée, qui forme la base du profit.

Les travailleurs reproduisent la valeur de leur capacité de travail utilisée durant le temps de travail ; elle est une partie de la valeur qu'ils produisent. Ils réclament une portion individuelle de la valeur reproduite à titre de salaires et avantages sociaux tandis que les institutions publiques réclament la portion sociale de la valeur reproduite, habituellement sous forme de taxes et impôts. Les travailleurs reproduisent par leur temps de travail vivant la valeur de leur capacité de travail qui existe socialement. La valeur sociale de la capacité de travail a son origine dans le temps de travail consacré par les travailleurs engagés dans la production des programmes sociaux et des services publics comme l'éducation, la santé, etc., en plus de la valeur transférée des infrastructures sociales consommée durant le temps de travail.

La valeur de tout produit et de tout service est la somme de la moyenne du temps de travail combiné, calculée par un temps de travail étalon, de la valeur transférée déjà produite et de la nouvelle valeur ajoutée provenant du temps de travail vivant nécessaire à la production d'une quantité donnée de produits ou de services.

Le prix de production de la valeur de tout produit ou service est calculé en utilisant une formule moderne qui consiste à faire la somme de la valeur transférée, de la valeur reproduite et de la valeur ajoutée suivant différents éléments constituants, comme le profit moyen en fonction d'un niveau de productivité donné, qui concerne principalement la grandeur de la valeur transférée en rapport avec la valeur reproduite. Le prix de production peut varier par rapport à la valeur d'un produit ou d'un service suivant l'application de cette formule. Pour donner une nouvelle direction à l'économie, il faut une formule moderne pour déterminer les prix de production. Il faut soumettre le secteur du gros à une autorité publique à cause de la très grande quantité de valeur transférée comparativement à la valeur reproduite dans une vaste gamme de secteurs et à cause du contrôle que les monopoles mondiaux exercent sur les prix et dont ils se servent dans l'intérêt privé étroit, lequel contrôle doit être combattu et restreint.

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Le mouvement ouvrier attaqué par des gouvernements
qui imposent les intérêts des monopoles

Suspension en masse et criminalisation des cols bleus de Montréal et des dirigeants de leur syndicat


Le lundi 14 décembre, la ville de Montréal a annoncé qu'elle imposait une suspension de cinq jours sans solde à 2400 cols bleus pour avoir participé à une assemblée générale spéciale du syndicat le 8 décembre dernier sur leurs heures de travail. La présidente du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Chantal Racette, a reçu une suspension de deux mois, également sans solde, tout comme trois autres membres de l'exécutif du syndicat, et tout officier qui, selon la ville, aura encouragé les travailleurs à participer à l'assemblée générale sera suspendu pendant un mois.

La réunion du 8 décembre, à laquelle ont participé quelque 4000 cols bleus, avait pour but de développer un plan d'action pour mobiliser les cols bleus et l'opinion publique afin de faire échec aux coupures massives d'emplois et à la privatisation des emplois et des services que la ville est en train de faire en catimini. L'assemblée visait aussi à développer un plan d'action contre la décision du gouvernement Couillard de déposer un projet de loi au printemps qui va donner aux villes le pouvoir de décréter les conditions de travail des employés municipaux, après qu'il ait interdit par loi il y a un an toute négociation réelle par les employés municipaux de leurs régimes de retraite.

Chantier politique condamne avec véhémence cette nouvelle tentative de criminaliser et de briser la résistance organisée des employés municipaux au démantèlement et à la privatisation de leurs emplois et des services publics qu'ils dispensent à la population. Nous dénonçons aussi la propagande qui est faite par le maire de Montréal Denis Coderre pour dépeindre les cols bleus comme des hors-la-loi qui fonctionnent à l'intimidation, alors que la ville ne ferait que défendre la loi et les contrats de travail.

« Un contrat est un contrat », a dit le maire de Montréal, faisant référence à l'assemblée générale spéciale qu'il juge en violation de la convention collective. C'est un effort pour masquer que c'est la ville de Montréal et le gouvernement du Québec qui sont des briseurs de contrats et d'arrangements qui permettent aux employés municipaux de défendre et de négocier leurs conditions qui sont les conditions mêmes de la livraison des services publics.

La ville et le gouvernement du Québec ont rendu illégale la lutte pour les régimes de retraite, et maintenant ils veulent le faire pour l'ensemble des conditions de travail des employés municipaux. Ils veulent forcer au silence et briser la résistance organisée des travailleurs pour avoir le champ libre avec leur plan de privatisation et de démantèlement des services qui pille les finances de la ville et met à risque la santé et la sécurité de la population. Leur rêve est de faire des villes et du Québec une plaque tournante pour les projets d'infrastructure et de corridors de transport et d'énergie des monopoles nord-américains, au détriment de la construction d'une économie qui répond aux besoins de développement de l'économie et qui est au service des Québécois et de leur avenir. Ils s'offrent pour faire le hideux travail d'offrir aux investisseurs une main-d'oeuvre sans droits et avec des contrats de travail qui ne veulent plus rien dire et des effectifs syndiqués réguliers réduits drastiquement.

Les travailleurs du Québec ne vont pas accepter cet affront à la démocratie qui fait passer le voleur pour le volé et l'agresseur pour l'agressé. La défense des droits des travailleurs est un aspect clé de la démocratie et du bien-être du peuple et de la société. Les employés municipaux jouent notamment un rôle important en dévoilant sur le terrain de l'opinion publique la collusion et la corruption des tenants du pouvoir avec les monopoles et les amis du régime et on cherche à les faire taire.

Tous avec les employés municipaux ! C'est leur lutte qui défend Montréal et le Québec, pas la ville de Montréal et le maire Coderre et le gouvernement Couillard !

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Les travailleurs accidentés de l'Ontario
réclament justice


Le Réseau ontarien des groupes de travailleurs accidentés tient son action de Noël annuelle devant les bureaux du ministère du Travail à Toronto le 14 décembre 2015. Cette action met en lumière la situation de pauvreté que vivent les travailleurs accidentés et le traitement indigne qui leur est fait par le rejet injuste de leurs réclamations.

Les travailleurs accidentés de l'Ontario ne donnent pas leur place quand il s'agit de lutter pour la justice et de défendre les droits de tous et toutes. Ils luttent pour un régime de compensation adéquat qui fournit la compensation et la récupération médicales dont ont besoin les travailleurs qui se blessent au travail ou deviennent malades à cause des conditions de travail.

L'obstacle pour les travailleurs accidentés est l'attitude du gouvernement ontarien et de la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail (CSPAAT). Ils refusent d'assumer leur responsabilité de servir l'intérêt public. Ils s'affairent plutôt à restructurer le régime de compensation pour nier les réclamations des travailleurs, au profit des employeurs et des compagnies privées d'assurance, et ils s'attaquent aux travailleurs accidentés qu'ils sont censés aider.

Le dernier numéro de Justice for Injured Workers (Justice pour les travailleurs accidentés), le journal du Réseau ontarien des groupes de travailleurs accidentés (ONIWG), met en lumière les manoeuvres sournoises par lesquelles la CSPAAT prive les travailleurs accidentés de leur compensation :

« Personne ne veut être un travailleur accidenté mais, si vous le devenez, la CSPAAT est censée vous venir en aide au moment où vous en avez le plus besoin, n'est-ce pas ? Malheureusement, le gouvernement Wynne et la direction de la CSPAAT ont comme priorité l'austérité, leur priorité est de combler le soi-disant déficit à long terme du régime et de laisser les employeurs sans scrupules renier leurs responsabilités et s'en tirer. Cela se fait au détriment des travailleurs accidentés qui voient leurs réclamations légitimes être rejetées.

Les groupes de travailleurs accidentés de l'Ontario de concert avec la Fédération des travailleurs de l'Ontario exposent ces suppressions de réclamations que fait la CSPAAT par le biais de ses 'consultants médicaux indépendants' et des cliniques privées qui rejettent le plan de traitement que les médecins des travailleurs accidentés prescrivent. C'est faire insulte aux travailleurs accidentés, à leurs supporteurs et aux nombreux professionnels de la santé qui travaillent sans relâche à aider les travailleurs à se rétablir des blessures encourues au travail.

« Le système d'évaluation de la performance en vogue à la CSPAAT contribue également à la suppression de réclamations. Les employeurs peuvent obtenir une baisse des cotisations qu'ils paient au régime de compensation s'ils démontrent que le nombre de réclamations a baissé. Cela veut dire que les employeurs font pression sur les travailleurs pour qu'ils ne déclarent pas les blessures afin de donner bonne image aux employeurs tandis que les travailleurs accidentés sont privés des prestations d'indemnisation et des soins dont ils ont besoin et que le régime de compensation est privé de son financement.

« Informez-vous au sujet de ces manoeuvres et de bien d'autres choses avec ce numéro de Justice for Injured Workers. Appuyez l'organisation locale de travailleurs accidentés pour contribuer à ce travail important à la défense du droit de tous les Ontariens à une juste compensation pour les blessures liées au travail et les maladies professionnelles ! »

Pour en savoir plus sur le travail d'ONIWG, visitez le injuredworkersonline.org. Pour obtenir des copies de Justice for Injured Workers, contactez Eugene Lefrancois au 807 767-7827 ou par courriel à munso@tbaytel.net.

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Au calendrier d'événements

Manifestations en Ontario contre les coupures et la privatisation de services hospitaliers locaux

Manifestations à l'occasion des audiences prébudgétaires
(Les endroits seront annoncés)

Hamilton -- Lundi 18 janvier
Windsor -- Mardi 19 janvier
Thunder Bay -- Mercredi 20 janvier
Sault Ste. Marie -- Jeudi 21 janvier
Ottawa -- Vendredi 22 janvier
Toronto -- Lundi 1er février à Queen's Park
Information :
Coalition ontarienne de la santé, 416 441-2502, ohc@sympatico.ca

La Coalition ontarienne de la santé appelle tout le monde à se joindre aux actions qui viennent pour sauvegarder les services que procurent les hôpitaux locaux. La Coalition écrit :

« Vous pouvez aider à sauver les services hospitaliers locaux ! Nous entrons maintenant dans la 9e année d'affilée de coupures dans les hôpitaux, la plus longue période dans l'histoire de l'Ontario. Le financement des hôpitaux en Ontario est maintenant le plus bas de toutes les provinces. Les hôpitaux locaux risquent de fermer et les départements de maternité, les urgences et d'autres services sont constamment sous la menace de fermeture. Les effectifs des hôpitaux ont été coupés par milliers.

« Les coupures dans les hôpitaux ontariens sont plus drastiques que partout ailleurs. Pratiquement chaque service hospitalier local qui a été coupé a été privatisé.

« Cela fait huit ans que nous soumettons des mémoires bien documentés au sujet des coupures et le gouvernement les ignore. C'est le temps maintenant d'augmenter la pression. Nous allons inviter les députés membres du Comité permanent des finances et des affaires économiques de l'Ontario à se joindre à nous et à venir nous entendre. »

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Stelco doit continuer de produire!
Tout en oeuvre pour la Journée d'action
à Hamilton le 30 janvier!

Samedi 30 janvier, 13 heures
Hôtel de ville de Hamilton, 71, rue Main Ouest


Les sections locales 1005 et 8782 du Syndicat des Métallos invitent les syndicats, les conseils du travail, les retraités, les étudiants, les activistes communautaires et toute personne intéressée à participer à la Journée d'action pour demander aux gouvernements à tous les niveaux de prendre position pour le droit public et non le droit de monopole et pour fournir une SOLUTION CANADIENNE au problème de MAINTENIR LA PRODUCTION À STELCO !

Plus de 20 000 personnes sont affectées par les coupures qu'a faites US Steel aux avantages sociaux à la retraite par le biais des frauduleuses procédures en vertu de la LACC. Joignez-vous aux métallos pour demander que les retraités et les travailleurs soient les premiers sur la liste des créanciers de la LACC et dire que STELCO DOIT CONTINUER DE PRODUIRE !

Pour obtenir de l'information, contacter le bureau de la section 1005 au 905 547-1417 ou celui de la section 8782 au 519 587-2000.

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Mettre fin aux relations coloniales avec les peuples
autochtones doit être une demande centrale

Les intentions du gouvernement pour
les Premières Nations esquivent la question
primordiale du pouvoir souverain


Le Wampum à deux rangs à la tête d'une manifestation contre le projet de loi C-51 le 30
mai 2015 sur la colline du Parlement. Les participants affirment les relations de nation
à nation avec les peuples autochtones comme fondement de l'unité dans l'action
à la défense des droits de tous.

Le 8 décembre, le premier ministre Justin Trudeau s'est adressé à l'Assemblée annuelle spéciale des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN). Il a pris un certain nombre d'engagements, dont celui d'une relation de nation à nation « réinventée » avec les Premières Nations fondée sur « le respect, la coopération et le partenariat », guidée par « l'esprit et l'intention de la relation originale définie dans des traités ; une obligation qui respecte les droits inhérents, les traités et les compétences ; une obligation qui respecte les décisions de nos tribunaux ».

Si les participants à l'Assemblée spéciale des chefs de l'APN ont applaudi avec enthousiasme le discours de Trudeau, c'est sans doute parce qu'il s'est engagé à améliorer la relation déplorable que le gouvernement Harper entretenait avec les Premières Nations. Ce que le gouvernement entend par une relation de nation à nation « réinventée » reste à voir.

Quand Trudeau parle de relations « de nation à nation », il se réfère aux « décisions de nos tribunaux ». Or, les relations « de nation à nation » partent de la reconnaissance de la juridiction souveraine des peuples autochtones sur leurs affaires : ils ne sont pas liés par les décisions de l'État colonial canadien et de ses tribunaux. Le Wampum à deux rangs décrit la relation entre le Canada et les peuples autochtones comme celle de deux canoës qui voyagent côte à côte sans que l'un ne s'ingère dans la conduite de l'autre. C'est le principe qui sous-tend l'entente du Wampum à deux rangs entre les Haudenosaunee et les Hollandais en 1613, de même que les traités qui ont suivi et qui gouvernent les relations entre la Couronne et les Premières Nations. Lorsque Trudeau parle du principe de « nation à nation », il ne parle manifestement pas des droits des Premières Nations en tant que nations souveraines que le Canada va traiter en égales. Il ne parle pas d'un véto ou du pouvoir souverain de prise de décision qui appartient aux Premières Nations en vertu de leur existence. Il veut entretenir des relations avec les Premières Nations à partir du fondement pragmatique du « respect, de la coopération et du partenariat » en ce qui a trait au développement des ressources, aux droits territoriaux, etc.

Suite à la victoire des Libéraux de Justin Trudeau le 19 octobre, Hayden King, le directeur du Centre pour la gouvernance autochtone et un Anishinaabe de la Première Nation Beausoleil de Gchi'mnissing, a dit que Trudeau a souvent soulevé le thème du « renouvellement des relations de nation à nation » avec les Premières Nations, les Métis et les Inuit pendant les élections. Il a mentionné que ce n'est pas encore très clair ce que Trudeau entend par là. Selon King, si l'on veut parler de façon pratique, « nation à nation voudrait dire fermer le ministère des Affaires autochtones et mettre fin aux politiques et attitudes interventionnistes ». King suggère aussi que l'engagement de Trudeau à examiner toutes les lois adoptées de façon unilatérale par le gouvernement Harper en violation de la Loi sur les Indiens devrait comprendre le réexamen de la Loi sur les Indiens elle-même et de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 qui eux aussi ont été imposés de façon unilatérale aux peuples autochtones.

King rappelle que « les gouvernements libéraux fédéraux ont une longue feuille de route d'engagements non respectés en ce qui a trait aux peuples autochtones. Suite au rapport Hawthorne pro-droits de 1967, Pierre Trudeau s'était engagé à donner une nouvelle direction 'juste' à la politique indienne. Il a cependant accouché d'un livre blanc en 1969 qui visait l'assimilation. En 1993, les libéraux de Jean Chrétien ont mis de l'avant une plate-forme électorale progressiste envers les autochtones lors de leur première élection, mais, une fois élus, ils ont complètement abandonné la plate-forme et tout semblant de défense des droits autochtones. En fait, ils ont presque immédiatement adopté un plafonnement strict de financement qui a conduit à une baisse réelle des ressources allouées aux communautés chaque année depuis 24 ans. »

Un exemple actuel qui nous éclaire à ce sujet est l'opposition des Mohawks de Kanesatake et de Kahnawake au projet d'oléoduc Énergie Est qui s'en prend directement au droit de monopole. Le 10 décembre, les Mohawks ont rejeté l'examen par consultation du projet d'oléoduc qui doit transporter le pétrole brut des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au Nouveau-Brunswick et traverse 155 communautés de Premières Nations dont un territoire Mohawk. Les Mohawks ont déclaré que la Couronne n'ayant pas respecté son obligation de consulter les Premières Nations et d'obtenir leur consentement pour les oléoducs, ils vont résolument s'opposer au projet en tant que nations souveraines.


Des femmes Mohawk montent sur la scène à la réunion de consultation à Montréal sur l'oléoduc Énergie Est, le 23 septembre 2015. Elles déclarent que « Ici, c'est Kanien'ke, terre Mohawk, nous en avons assez de l'occupation et des désastres environnementaux ».

On peut aussi constater dans d'autres domaines que le gouvernement Trudeau s'est nettement démarqué comme étant au service des intérêts monopolistes privés au détriment du droit souverain du peuple de décider. Qu'on pense à l'appui sans principe que les libéraux de Trudeau donnent au Partenariat transpacifique conclu par le gouvernement Harper pendant la campagne électorale. Cette entente secrète de braderie, négociée dans le dos des Canadiens, n'a soulevé aucune vague au sein du Parti libéral. Compte tenu du mépris des Libéraux de Trudeau envers le droit des Canadiens de prendre les décisions sur les questions qui affectent leur vie et de leur refus de défendre la souveraineté canadienne contre le droit de monopole et les intérêts étrangers, à quoi pouvons-nous nous attendre de ce gouvernement en ce qui a trait au respect des droits et de la souveraineté des Premières Nations ?

Une autre chose importante à se rappeler est l'appui du gouvernement Trudeau au projet de loi C-51, la Loi anti-terroriste de 2015. Pendant des mois d'opposition au projet de loi, il a été démontré que les activistes autochtones étaient déjà sous le coup de la surveillance par l'État et frappés de la violence d'État la plus brutale lorsqu'ils s'opposent au droit de monopole et affirment leurs droits et leur souveraineté, avant même l'extension des pouvoirs que la loi C-51 accorde à la police et aux agences de sécurité de l'État. Le rôle joué par l'autorité policière dans la conquête des peuples autochtones et dans l'établissement d'institutions et de relations coloniales criminelles à leur détriment est au coeur de leur expérience des 500 dernières années. On ne peut pas ignorer cela.

Les Canadiens ne doivent pas permettre que ce discours du gouvernement Trudeau à propos de relations de nation à nation « réinventées » serve à imposer le statu quo qui maintient les relations coloniales de longue date qui ont apporté tant de souffances aux peuples autochtones. Les Canadiens et les peuples autochtones vivant au Canada ne peuvent se laisser désarmer par les illusions libérales qui sont au service d'arrangements néolibéraux. Les peuples doivent s'appuyer sur leur propre pensée et leur propre travail d'organisation sur ces questions importantes afin de trouver des solutions qui permettent de faire une percée sur un problème aussi crucial.

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Le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation montre le besoin de mettre fin aux relations coloniales avec les peuples autochtones


La « Marche pour la réconciliation » à Ottawa le 31 mai 2015 a commencé le rassemblement final de la Commission de vérité et de réconciliation (B. Powless)

Le 15 décembre, la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) a émis son rapport final en six volumes sur le système des pensionnats du Canada et son legs brutal. Le rapport a été rendu public lors d'une cérémonie émouvante au Centre Shaw, au centre-ville d'Ottawa, à laquelle ont participé des centaines de personnes, dont des survivants des pensionnats et leurs familles, des aînés autochtones et des dirigeants et représentants d'organisations autochtones. Le premier ministre Justin Trudeau et quelques membres de son cabinet y étaient aussi de même que des représentants de l'opposition.

Le juge Murray Sinclair, Marie Wilson et le chef Wilton Littlechild, les trois commissaires de la CVR, ont parlé sur un ton d'optimisme modéré d'un avenir positif partagé pour le peuple canadien et les peuples autochtones si le Canada fait les gestes nécessaires pour reconnaître son passé colonial et son oppression des peuples autochtones, réparer ces torts et, chose encore plus importante, s'engager dans une relation nouvelle et respectueuse avec les peuples autochtones qui repose sur la reconnaissance des droits. Le juge Sinclair, qui préside la Commission, a dit que l'esprit proactif démontré par les peuples autochtones et les Canadiens de tous milieux face à la CVR, comme prendre des mesures pour répondre à ses recommandations avant même que les cercles officiels ne l'aient fait, lui inspire un certain espoir.

Le thème dominant du rapport final de la CVR est que peu de choses ont changé dans le traitement que réserve le Canada aux peuples autochtones depuis la période des pensionnats. On lit dans le rapport : « Les croyances et les attitudes utilisées pour justifier la mise en place des pensionnats indiens ne sont pas chose du passé ; elles continuent d'animer les politiques autochtones officielles d'aujourd'hui. » Il affirme que « la réconciliation exigera plus que des excuses pour les erreurs de ceux qui nous ont précédés. Elle nous oblige à reconnaître les façons dont les séquelles des pensionnats indiens continuent de défigurer la vie canadienne, et à abandonner les politiques et les approches qui servent actuellement à prolonger ces séquelles douloureuses. »

Ce sont pourtant essentiellement des voeux pieux que nous avons entendus de la part du gouvernement Trudeau jusqu'à maintenant en réponse à ce rapport historique. Le premier ministre s'est engagé à appliquer les 94 recommandations de « L'appel à l'action » de la CVR. Les libéraux disent être déjà en train d'agir avec l'annonce la semaine dernière du lancement de l'Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées et l'engagement du gouvernement à voter en faveur de la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, ce que le gouvernement Harper a refusé de faire. Les libéraux n'auraient aucune crédibilité s'ils ne faisaient rien à propos de ces aspects évidents du problème.

Dans son discours lors de la publication du rapport, le premier ministre Trudeau a dit ceci entre autres choses : « Nous avons un plan pour que notre relation de nation à nation repose sur la reconnaissance, les droits, le respect, la coopération et le partenariat, et nous le mettons déjà en oeuvre. »

Certains de ces mots sont exactement les mêmes qu'ont utilisés les agents de la Couronne qui ont négocié les traités à numéro et les autres accords qui ont subséquemment été trahis par la Couronne, ce qui a mené au vol des terres autochtones et au déplacement et à l'oppression des peuples autochtones qui se poursuivent aujourd'hui. Le contenu que le gouvernement entend donner à l'expression « nation à nation » reste à voir.

Sur le thème de la réconciliation, le rapport de la CVR dit : « La réconciliation doit inspirer les Autochtones et les non-Autochtones à transformer la société canadienne afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent vivre ensemble dans la dignité, la paix et la prospérité de ces terres que nous partageons maintenant. »

Le point de départ d'une telle transformation doit être le renouveau politique et constitutionnel par lequel le peuple est investi du pouvoir. C'est la classe ouvrière de ce pays qui a un intérêt à construire un Canada sur une base moderne, un Canada qui soutient les droits de tous et abolit la notion de droits qui repose sur les privilèges et la discrimination envers ceux qui sont dans une position inférieure dans l'échelon du pouvoir. Les relations de nation à nation requièrent qu'on reconnaisse les nations autochtones d'une façon significative et qu'on s'assure que leurs droits ancestraux soient affirmés, en particulier leur droit d'être et tout ce qui en découle. Pour que cessent les relations coloniales et l'injustice, il faut que le legs colonial du Canada soit enterré une fois pour toutes. Toute tentative d'appuyer une fois de plus des relations de nation à nation du bout des lèvres tout en continuant de fouler aux pieds le droit d'être des peuples autochtones et de voler ce qui leur appartient de droit sera reçue par une opposition toujours plus forte, et ce, jusqu'à ce que le problème soit résolu.

À l'occasion de la publication du rapport, Le Marxiste-Léniniste s'engage encore une fois à accorder une importance de premier plan à la défense des droits des peuples autochtones. LML va contribuer de son mieux à informer les Canadiens sur cette question cruciale qui concerne le corps politique tout entier et le genre d'avenir qu'il veut bâtir.

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Faits saillants du Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation

La Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a présenté son rapport final de 3 231 pages publié en six volumes. Le rapport sera disponible en anglais, en français, en ,i'kmaq, en ojibwé, en inuktitut, en cri et en déné.

C'est uniquement grâce à la détermination de ses commissaires et des peuples autochtones si la CVR a pu mener son travail à bon port face au sabotage et à l'obstruction du gouvernement Harper. L'ingérence de ce dernier a été telle que le président de la commission, le juge Harry Laforme, a dû démissionner. La CVR est née de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2006, un règlement ordonné par la cour entre le gouvernement fédéral et les 80 000 survivants du système d'écoles résidentielles au Canada, leurs familles et des organisations comme les églises et les organisations autochtones, qui étaient partie au règlement. La Commission a finalement entrepris son travail en 2009 avec comme commissaires le juge Murray Sinclair du Manitoba, qui en est le président, la journaliste et universitaire Marie Wilson et le chef Wilton Littlechild, avocat et chef cri de l'Alberta.

Au cours de sa mission de six ans, la Commission a examiné le vécu des 150 000 élèves des Premières Nations, Métis et Inuits qui ont été arrachés à leurs parents et à leur communauté par les autorités coloniales canadiennes et amenés de force dans des écoles résidentielles administrées par l'Église pour y « extirper l'Indien de l'enfant », ce que la CVR qualifie de génocide culturel.

Les commissaires de la CVR ont visité plus de 300 communautés et ont reçu, entre autres choses, 6 725 déclarations de la part de survivants des pensionnats et de leurs familles. La Commission a aussi examiné attentivement les documents d'archives et a sollicité l'opinion d'experts, ce qui lui a permis de dresser un portrait douloureux de ce qui s'est passé et de ses conséquences aujourd'hui.

Le rapport final de la Commission traite aussi de ce qu'ont vécu les Métis et les peuples autochtones de Terre-Neuve et du Labrador qui furent aussi victimes du système des pensionnats mais furent exclus du Règlement sur les pensionnats indiens.

Le rapport de la CVR touche aux sujets les plus vastes comme les services d'aide aux enfants, l'éducation, la langue et la culture, la santé et la justice, tels que vécus par les peuples autochtones aujourd'hui et placés dans le contexte du système des pensionnats. Par exemple, les faits révèlent que de tous les enfants et les jeunes vivant en famille d'accueil aujourd'hui, 48 % sont autochtones, alors que la population autochtone ne constitue que 4 % de la population du Canada. Les auteurs du rapport font un lien entre l'expérience du système des pensionnats et le système de familles d'accueil actuel puisqu'en vertu des deux systèmes les enfants sont retirés de leur famille et forcés de vivre ailleurs où ils ne jouissent que de peu d'appui ou de respect pour leur identité culturelle.

Le rapport de la CVR établit aussi un lien entre les taux élevés de chômage et de pauvreté, les problèmes de santé physique et mentale, l'incarcération, le suicide et d'autres problèmes vécus par les peuples autochtones aujourd'hui en tant que conséquences de la discrimination raciste continue, de la violence et des abus dont les peuples autochtones sont toujours victimes de la part de l'État canadien et de ses institutions.

Le rapport de la Commission met de l'avant 94 recommandations dans un Appel à l'action qui doit faciliter la démarche de réconciliation entre les peuples autochtones et le peuple canadien. La demande fondamentale de la CVR est que le gouvernement fédéral et les gouvernements à tous les niveaux adoptent et mettent en oeuvre la Déclaration de 2007 des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, la loi internationale qui reconnaît la souveraineté des peuples autochtones.

Dans ce cadre, la CVR demande « au gouvernement du Canada d'élaborer, en son nom et au nom de tous les Canadiens, et de concert avec les peuples autochtones, une proclamation royale de réconciliation qui sera publiée par l'État ». La proclamation s'appuierait sur la Proclamation royale de 1763 et le Traité du Niagara de 1764 et réaffirmerait la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et l'État. La proclamation comprendrait aussi l'engagement de l'État à « répudier les concepts utilisés pour justifier la souveraineté des peuples européens sur les territoires et les peuples autochtones, notamment la doctrine de la découverte et le principe de terra nullius (territoire n'appartenant à personne) ». Un autre engagement serait celui d'« établir des relations qui se rattachent aux traités et qui sont fondées sur les principes de la reconnaissance mutuelle, du respect mutuel et de la responsabilité partagée, et ce, de manière à ce qu'elles soient durables, ou renouveler les relations de ce type déjà nouées ».

La CVR demande aussi un engagement à « concilier les affaires constitutionnelles et juridiques des peuples autochtones et de l'État pour s'assurer que les peuples autochtones sont des partenaires à part entière au sein de la Confédération, ce qui englobe la reconnaissance des lois et des traditions juridiques autochtones et leur intégration dans la négociation et la mise en oeuvre des traités, des revendications territoriales et de toute autre entente constructive ».

La Commission propose différentes stratégies que les gouvernements peuvent mettre en oeuvre pour informer les Canadiens de la véritable histoire des pensionnats et de leurs conséquences et pour rectifier la désinformation au sujet des peuples autochtones qui est enseignée dans les institutions de l'État canadien.

Le rapport de la CVR met fortement l'accent sur la nécessité que tous les niveaux de gouvernements adoptent des mesures permettant de traiter de la crise à laquelle les peuples autochtones font face en éducation, en services à l'enfant et dans le domaine de la justice, en augmentant immédiatement le financement et en fournissant un soutien culturel adéquat aux communautés autochtones comme une question de droit. Par exemple, la CVR lance un appel à l'action afin de réduire le grand nombre de personnes autochtones vivant dans les prisons (elles représentent 25 % de la population carcérale mais 4 % de la population du Canada), en retirant les dispositions prescrivant des peines minimales obligatoires et en mettant en place des programmes communautaires alternatifs pour les détenus autochtones. La CVR propose aussi un financement accru aux écoles et aux programmes autochtones afin de réduire en l'espace d'une génération le fossé entre étudiants autochtones et étudiants canadiens.

À la lumière de la destruction des langues autochtones en raison du système eurocentriste des pensionnats qui visait l'assimilation et interdisait aux enfants autochtones de parler leur langue, la CVR recommande une Loi sur les langues autochtones qui veillerait à financer, raviver et encourager les langues autochtones. Elle recommande aussi la nomination d'un commissaire des langues autochtones chargé de veiller à la mise en oeuvre de cette loi et de faire en sorte que les nombreuses langues autochtones qui sont en voie d'extinction aujourd'hui à cause du système des pensionnats puissent revivre et s'épanouir.

La Commission demande de nouvelles sources de financement permettant de maintenir le Registre national des décès des étudiants victimes des pensionnats qui a été créé dans le cadre de son travail. Le registre a été créé comme mémoire de tous les documents confirmant le décès d'environ 3 000 enfants qui sont morts alors qu'ils fréquentaient les pensionnats sans oublier un autre 3 000 enfants dont les documents officiels n'ont pas été retrouvés — des enfants et des jeunes qui sont décédés des suites de la malnutrition, de la maladie, de la torture, ou par suicide ou en tentant de s'évader et qui ont été enterrés dans des tombes anonymes — afin de permettre aux familles et aux communautés de savoir enfin ce qui est arrivé à leurs enfants. La Commission propose que 10 millions $ soient consacrés pendant les sept prochaines années au travail du Centre national pour la vérité et réconciliation à l'Université du Manitoba qui permettra à la CVR de poursuivre son travail.

La CVR appelle le Parlement canadien à adopter une loi visant la création d'un « Conseil national de réconciliation » en tant qu' « organisme de surveillance indépendant de portée nationale » dont les membres seraient nommés par le gouvernement canadien et les organisations autochtones nationales et dont la responsabilité serait de « surveiller et évaluer les progrès réalisés en matière de réconciliation une fois les excuses faites, présenter un rapport annuel à ce sujet au Parlement et à la population du Canada et s'assurer que le gouvernement continue de s'acquitter, au cours des prochaines années, de sa responsabilité d'établir une bonne relation entre les peuples autochtones et l'État ».

L'Appel à l'action demande aussi au pape de présenter ses excuses aux survivants du système de pensionnats et à leurs familles au nom de l'Église catholique. Il en va de même pour les autres églises qui ont géré les écoles résidentielles au nom de la Couronne. Ces églises doivent aussi prendre des mesures visant à faciliter la guérison des survivants en finançant des programmes autochtones comme les projets de revitalisation de la langue et d'autres projets.

La dernière recommandation de la Commission mais non la moindre est la tenue d'évènements commémoratifs comme une « journée nationale de la vérité et de la réconciliation » pour honorer les survivants, leurs familles et leurs collectivités et l'érection d'un monument national sur les pensionnats et de monuments semblables dans d'autres villes dans le cadre des préparatifs du 150e anniversaire de la Confédération en 2017.

Le rapport intégral de la Commission de Vérité et Réconciliation du Canada est au www.trc.ca..

(Photo : B. Powless)

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Les Premières Nations et leurs alliés demandent à participer pleinement à l'enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées


Bannière demandant une enquête nationale devant l'endroit où se tient le débat des chefs à Toronto, le 28 septembre 2015

Le 8 décembre, le gouvernement libéral a annoncé qu'il lançait la première phase de son enquête sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées. La ministre de la Justice, Judy Wilson-Raybould, la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, et la ministre de la Condition féminine, Patricia Hadju, à qui on a confié l'organisation de l'enquête, ont pris la parole à la conférence de presse sur la colline du Parlement où l'enquête a été lancée.

Les familles des femmes disparues et assassinées avaient dit très clairement pendant la campagne électorale que si une enquête devait avoir lieu, elle ne pourrait se tenir sans leur consultation et leur approbation. C'est pourquoi Wilson-Raybould a dit que la première phase de l'enquête va être une période de consultation des familles des femmes et des filles disparues et assassinées, des organisations autochtones, des intervenants de première ligne, des experts et d'autres personnes. Cela va durer jusqu'au printemps 2016 et servir à déterminer l'ampleur de l'enquête. Elle a dit aussi que l'enquête va se faire dans le respect des conclusions du rapport de la Commission de vérité et réconciliation puisque « la réconciliation est impossible sans qu'on réduise le fossé entre les autochtones et les Canadiens non autochtones », a-t-elle dit.

Selon la ministre Bennett, « l'objectif de l'enquête est d'examiner le problème de la violence et de prévenir de nouvelles violences contre les femmes autochtones ». Elle a dit que le gouvernement espère susciter la participation non seulement des peuples autochtones mais aussi des Canadiens sur cette question importante au moyen de son approche faite « d'ouverture et de transparence ». Elle a dit que le gouvernement n'a pas d'échéancier précis en ce qui concerne l'enquête. Elle a ajouté que le gouvernement tient à incorporer les suggestions des familles des victimes et des communautés autochtones afin de « faire les choses comme il se doit ». Elle a dit qu'elle-même et ses collègues s'attendent à ce que cette phase de consultations permette de déterminer qui seront les commissaires de l'enquête.

Les libéraux ont annoncé le lancement de l'enquête mais la chose est due essentiellement aux batailles décisives menées par les familles, les organisations et les communautés des femmes et filles disparues et assassinées ainsi que par leurs alliés. Elles exigent depuis des décennies que justice soit faite et qu'une enquête nationale sur cette crise soit organisée. Depuis le rapport de la GRC en 2014 qui a conclu que 1 181 femmes autochtones ont été assassinées ou sont disparues entre 1980 et 2012, il y a eu 32 autres femmes autochtones qui ont été assassinées. Les libéraux de Trudeau n'auraient aucune crédibilité s'ils ne tenaient pas une enquête, surtout depuis que le gouvernement Harper en a écarté la demande du revers de la main et que Harper lui-même a dit au réseau CBC qu'une enquête n'était pas « une priorité ».

Plusieurs Premières Nations et diverses organisations ont répondu à l'annonce d'une enquête en affirmant leur droit d'y participer pleinement, ayant été aux premières lignes de cette lutte et étant les mieux placées en fait d'expertise sur la question. Dans le communiqué de presse du 8 décembre des Chefs de l'Ontario, le grand chef adjoint, Denise Stonefish, de l'Association des Iroquois et des Indiens alliés, a fait remarquer que « l'annonce survient suite à des mois d'organisation et de pressions de la part des communautés et des dirigeants des Premières Nations et il s'agit d'un succès collectif ». Le chef régional de l'Ontario Isadore Day a dit : « La voie vers l'avant se trouve dans la participation des peuples des Premières Nations du Canada à cette enquête. La façon la plus efficace de traiter de ce problème systémique est de s'engager dans un processus où le rôle central revient aux communautés pour qu'on puisse examiner la sécurité collective des peuples autochtones. » Le chef Day a dit que les chefs de l'Ontario ont joué un rôle important dans la démarche qui a mené à l'enquête. Les Premières Nations mènent actuellement leur propre enquête qui a débuté en janvier de cette année et qui s'intégrera à l'enquête nationale.


Marche commémorative pour les femmes disparues et assassinées,
Vancouver, le 14 février 2015

La Coalition de la Colombie-Britannique sur les femmes et filles disparues et assassinées a aussi réagi à l'annonce en émettant un communiqué de presse le 10 décembre. Elle y dit que la Coalition « rend hommage aux familles et aux activistes qui ont travaillé sans relâche pour la tenue d'une enquête nationale, et a hâte de participer aux consultations de pré-enquête et à l'enquête en tant que telle ». La coalition a soumis des propositions en ce qui concerne « la phase pré-enquête de consultation » en utilisant l'expérience de la Commission sur les femmes disparues de la Colombie-Britannique, dirigée par Wally Oppal, qui a été établie en 2010 et a déposé son rapport en 2012.

La Coalition de Colombie-Britannique est formée d'un vaste membership de près de 30 organisations incluant les Premières Nations, des organisations religieuses, des organisations des droits humains, des organisations juridiques, des intervenants de première ligne et d'autres personnes qui ont joué un rôle de premier plan dans la lutte pour obtenir justice pour les femmes et filles disparues et assassinées de la Colombie-Britannique et du Canada. La coalition avait été totalement exclue de la Commission d'enquête sur les femmes disparues de la Colombie-Britannique. Selon la coalition, la Commission de la Colombie-Britannique « ne peut pas servir de modèle à l'enquête nationale car elle a exclu des intervenants clés, a souffert d'un mandat limité qui ne lui a pas permis de remonter à la source des problèmes et n'a pas entièrement mis en oeuvre ses recommandations. »

L'Assemblée des Premières Nations (APN), qui représente près d'un million de membres des Premières Nations vivant dans 634 communautés de Premières Nations et dans des villes et villages partout au pays, a émis sa propre déclaration. Le chef régional de l'APN pour la Colombie-Britannique, Shane Gottfriedson, qui est responsable de la question au niveau national, est cité dans le communiqué de presse de l'APN : « Nous avons dit clairement que les familles, les organisations autochtones, les organisations de femmes et les organisations de la société civile doivent contribuer à l'enquête nationale, et pour ce faire, elles doivent participer aux consultations préliminaires et en définir le mandat. Nous prônons une pleine participation afin de faire en sorte que le processus de consultation préliminaire et l'enquête dans son ensemble vont mener aux résultats requis et nécessaires. On ne veut pas d'un rapport qui va dormir sur une tablette. L'enquête doit mener à une action véritable et à des résultats qui vont garantir la sécurité des femmes autochtones et de nos familles. »

Les peuples autochtones, leurs organisations et leurs alliés ont raison de célébrer leur succès à obtenir cette enquête qui est lancée suite à des décennies d'unité politique et d'actions concertées et déterminées. Il est de la plus haute importance que l'initiative demeure entre les mains de tous ceux qui ont été à l'avant-plan dans cette lutte — les familles des femmes et filles autochtones disparues et assassinées, les organisations autochtones nationales, les organisations locales et leurs alliés qui se sont battus pour une enquête avec tant de courage et de détermination.

Ce n'est un mystère pour personne que le masquage constant par l'État canadien du rôle de ses propres agences de police dans les disparitions des femmes et le refus de faire enquête sont un facteur clé du problème. Le traitement raciste et sexiste continu des femmes et jeunes filles autochtones qui sont considérées comme des « proies » qui peuvent donc être assassinées est un legs hideux et odieux dont souffre le Canada. L'enquête ne peut pas reposer sur la prétention que les causes ou les faits ne sont pas connus mais sur l'élimination des causes et des arrangements étatiques qui les perpétuent.

Est-ce que l'enquête va servir à corroborer le corpus de connaissances qui est établi sur les circonstances dans lesquelles vivent les peuples autochtones et mener à des actions concrètes pour corriger la situation ? Va-t-elle attribuer des blâmes, prendre des mesures correctives et fournir réparation ? Ou bien on assistera à des efforts pour masquer la vérité et mettre de l'avant encore plus de stéréotypes racistes et paternalistes ?

Le Marxiste-Léniniste est convaincu que les femmes autochtones et non autochtones ne vont pas permettre que cela se produise. Nous voulons la vérité ! La vérité doit se faire jour !

(Source : APN, Chefs de l'Ontario, Coalition des femmes autochtones disparues et assassinées)

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Justice pour les femmes autochtones de Val-d'Or


Manifestations contre les abus de femmes autochtones de Val-d'Or par des policiers sur la colline du parlement à Ottawa le 3 novembre 2015. Les robes rouges sont devenues le symbole des femmes autochtones abusées, disparues ou tuées.

Des allégations d'abus sexuel de la part de huit officiers de la Sûreté du Québec (SQ) contre des femmes autochtones de Val-d'Or ont été portées à l'attention de la SQ et du gouvernement par l'entremise de son ministère de la Sécurité publique lors de la diffusion de l'émission Enquête de Radio-Canada du 22 octobre. L'émission a provoqué un tel outrage dans le public que le gouvernement a transféré l'enquête de la SQ au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Suite à une rencontre le 27 octobre avec les représentants de sept des dix Premières Nations du Québec, Ghislain Picard, le Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, a exigé que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, rencontre les chefs des Premières Nations dans les 24 heures qui suivent afin de traiter de la situation. Picard a aussi demandé la tenue d'une enquête indépendante sur les actions de la police de Val-d'Or. « Le lien de confiance est brisé entre nos autorités, nos communautés et les autorités policières, que ce soit la Sûreté du Québec, le SPVM ou même la Gendarmerie royale du Canada. »

Une semaine s'est écoulée avant que le premier ministre rencontre finalement les chefs des Premières Nations, soit le 4 novembre. Même s'il n'a pas écarté l'idée d'une enquête québécoise sur les relations entre les peuples autochtones et la police, il a dit qu'il allait attendre pour voir ce que le nouveau gouvernement fédéral de Justin Trudeau va décider de faire sur la question d'une enquête. Couillard a aussi annoncé la nomination d'une observatrice indépendante dans l'enquête de la SPVM malgré le fait qu'il avait proposé qu'un observateur indépendant soit nommé d'un commun accord entre les représentants des Premières Nations et le gouvernement. Il a aussi dit : « Le gouvernement fédéral s'est retiré d'une partie de son rôle de fiduciaire historique avec les Premières nations, [...] alors que des situations connues persistent, par exemple sur le logement, l'accès à l'eau potable, l'électricité : pas acceptable pour un pays de la richesse du Canada [...]. J'engage le gouvernement fédéral à reprendre rapidement sa place de fiduciaire dans les responsabilités qui sont les siennes. »

Le 17 novembre, lors de la première réunion de la commission parlementaire organisée par le comité du gouvernement du Québec portant sur les conditions de vie des femmes autochtones, en lien avec les agressions sexuelles et la violence conjugale, Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, où les révélations ont été faites, a dit : « Parce qu'on parle beaucoup des autochtones, des Premières Nations, des réserves, de la responsabilité fiduciaire du gouvernement fédéral, [...] à l'égard des peuples autochtones, mais la violence et l'abus des femmes autochtones se sont passés à Val-d'Or, se sont passés en ville. Ce sont des femmes qui vivent en ville, qui sont des citoyennes du Québec, dont la responsabilité relève du gouvernement du Québec pour assurer leur sécurité pleine et entière. Il n'y a aucune, aucune ambiguïté juridictionnelle autour de la question des autochtones en milieu urbain au Québec ou ailleurs au Canada.[...] Les autochtones qui vivent en ville ne sont pas assujettis à la Loi sur les Indiens, contrairement à ceux qui vivent dans les réserves. [...] La juridiction pleine et entière revient au gouvernement du Québec. [...] Au Québec, la tendance va en augmentant. [...] On parle de près de 50 % des autochtones qui vivent dans les villes du Québec. »

À la deuxième séance, le 25 novembre, Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones au Québec, a présenté les nombreuses propositions faites ces dernières années par son organisation au gouvernement du Québec pour stopper et prévenir la violence envers les femmes et les familles des Premières Nations.


Marche contre la violence à Val-d'or le 25 octobre 2015

C'est le ministre québécois de la Sécurité publique qui est responsable de la sécurité publique au Québec. Les femmes autochtones contre lesquelles ces offenses sérieuses ont été commises vivent dans des villes qui sont sous la juridiction du Québec. Mais voilà qu'elles reçoivent un traitement à part, discriminatoire, quand il s'agit de les protéger comme citoyennes et de punir les responsables de la Sûreté du Québec. C'est comme durant tout le débat sur les « accommodements raisonnables » : le gouvernement avait dit aux commissaires de ne pas inclure les autochtones sous prétexte que « c'est une toute autre problématique ». Maintenant la nouvelle excuse est que le gouvernement Trudeau a promis de tenir une enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, donc le gouvernement du Québec peut se laver les mains des abus subis par les femmes de Val-d'Or aux mains de la Sûreté du Québec !

Les responsables de ces actes criminels doivent être traduits en justice et punis comme le veut la loi. Sans cela, le gouvernement du Québec ne fait que poursuivre la pratique coloniale honteuse du Canada qui consiste à traiter les peuples autochtones comme des « pupilles de l'État » qui n'ont aucun droit, qui sont des citoyens « à part » et contre qui tous les crimes sont permis. La querelle à savoir quel niveau de gouvernement est responsable du bien-être (et de la vie) des « pupilles de l'État » en est la preuve.

Ces événements rappellent que malgré tous les éloges à propos du « meilleur pays au monde », le Canada n'a réglé aucun des aspects fondamentaux de la garantie des droits. Les droits des citoyens et résidents sont sujets à des « limites raisonnables » telles que décidées par les pouvoirs policiers et sont soumis à une hiérarchie de passe-droit selon qu'on est autochtone, immigrant, qu'on appartient à une des « races fondatrices », etc., etc. La loi fondamentale du Canada ne s'est pas départie de son fondement colonial. La non-garantie des droits ancestraux et issus de traités des Premières Nations, le maintien de la loi raciste sur les Indiens et le refus de traiter les réclamations des peuples autochtones sur une base de nation à nation sont à l'origine des injustices et des anachronismes que continuent de vivre les peuples autochtones au Canada.

(Photos : LML, Leveller, M. Coonishish)

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