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Numéro 50 - 9
décembre 2015
Ouverture de la première
session
du 42e Parlement
• Élection
du
président
de la
Chambre
• Levons le voile sur le programme
des libéraux
Conférence de
Paris sur le climat
• Le gouvernement Trudeau prend le chemin de la
fortune
sur le dos des changements climatiques
• Message du Réseau à la
défense de l'humanité
• Les droits autochtones sous le couperet dans
l'Accord de COP21 de Paris
• Manifestations en défi des
interdictions à Paris et marche
mondiale pour le climat
• Développements à la
conférence
Élection
législative au Venezuela
• L'oligarchie s'empare de la majorité
• L'espionnage étasunien bien vivant en
Amérique latine
- Eva Golinger -
Un gouvernement
pressé de répéter les mensonges de l'Holodomor
• La perfidie des falsifications de l'histoire
- Dougal MacDonald -
70e anniversaire des
procès de Nuremberg
• Le châtiment inévitable
- Yury Rubtsov -
Ouverture de la première session
du 42e Parlement
Élection du président de la Chambre
Le 3 décembre, le premier point à l'ordre
du jour du Parlement était l'élection du président
de la Chambre. Geoff Regan (Halifax-Ouest)[1] a remporté
l'élection, devant les autres candidats libéraux Denis
Paradis et Yasmin Ratansi et le conservateur Bruce Stanton. Le
décompte final des votes n'a pas été
annoncé.
Dans son discours d'acceptation, Regan a dit qu'il ne
tolérerait pas de chahut ou de comportement antiparlementaire.
Il a dit que plus de 116 000 Canadiens sont enterrés à
l'étranger pour que nous puissions parler librement ici et
exprimer nos opinions. Il a ajouté que le comportement des
parlementaires doit être digne des sacrifices qu'ils ont
faits et a souhaité la bienvenue à tous au 42e Parlement
du Canada. Le sergent d'armes de la Chambre a alors
récupéré sous une table la masse de la Chambre des
communes qui représente l'autorité de la souveraine et
l'a déposée sur son piédestal de bronze.
À la demande du président, le premier
ministre s'est ensuite adressé à la Chambre. Trudeau a
dit que c'était la première occasion qu'il avait de
s'adresser aux Canadiens depuis ce fauteuil dans la Chambre des
communes. « Tous les députés s'efforceront
jour après jour de mériter la confiance qu'ils nous ont
accordée individuellement et
collectivement. » Il a également remercié les
gens de sa circonscription montréalaise de Papineau. Il a
ensuite offert ses félicitations au président.
« Dans ce rôle, en tant que
président, vous aurez très certainement la confiance de
tous nos collègues », a déclaré
Trudeau. Il a dit qu'à sa connaissance seulement deux
femmes dans l'histoire du Canada ont eu « le triste honneur
d'être à la fois la fille, la femme et la mère d'un
député ». L'une est sa mère,
l'autre est celle du président. Trudeau a noté que la
mère de Regan était présente. « C'est
dans un esprit d'ouverture et de transparence que je
révèle ces liens de parenté », a-t-il
dit et il a également offert ses salutations à Mauril
Bélanger qui s'est retiré auparavant de la course
à la présidence de la Chambre lorsqu'il a appris qu'il
souffrait de la sclérose latérale amyiothrophique.
Trudeau a alors promis une plus grande ouverture et de
donner « aux Canadiens et à tous les
députés une voix à Ottawa et à la
Chambre ». Cela veut dire « permettre aux
comités de jouir d'une plus grande indépendance,
réformer la période des questions et accroître le
nombre de votes libres ».
La chef de l'opposition, Rona Ambrose, a ensuite pris la
parole. Au nom du caucus conservateur, elle a félicité le
président pour son élection. Elle a parlé de
l'histoire ininterrompue de la présidence qui a commencé
en Angleterre en 1376, durant le « bon
Parlement ». Le Parlement suivant a été connu
comme le « mauvais
Parlement », a-t-elle dit, pas à cause de ce qu'ont
fait les administrations de l'époque mais des efforts de ces
parlements de surveiller le gouvernement. Ambrose a dit que nous,
l'opposition, « allons travailler fort pour faire partie de
ce que les historiens appelleront plus tard un grand
Parlement ». Cela veut dire que « vous
pouvez compter sur notre coopération en tout temps et en toute
circonstance », a dit Ambrose au président. Elle a
dit que le premier ministre « peut compter sur notre
coopération et notre appui quand il agit dans le meilleur
intérêt des Canadiens ». Mais « si
le premier ministre se demande ce que je suis prête à
faire s'il
n'agit pas dans le meilleur intérêt des Canadiens, je lui
dis ' regardez-moi bien aller ' », a dit Ambrose.
Le chef du NPD Thomas Mulcair a été le
prochain à parler et il a félicité le
président, au nom de « l'opposition progressiste du
Nouveau Parti démocratique ». Il a lui aussi promis
la coopération du NPD et dit que le rôle de
président est essentiel pour que tous les élus soient
traités de façon équitable. Mulcair a
rappelé ce que le
président avait dit au sujet du chahut et a dit que le
président peut compter sur l'appui du NPD sur cette question. Il
a
ajouté que le NPD n'a pas été un adepte du chahut
lors de la session précédente, ce qui lui a valu des
huées et des rires. Durant la prochaine session, il y aura
des débats vigoureux sur les questions importantes, a dit
Mulcair. Il a déclaré
qu'une vague de changement a secoué le Parlement et
souligné le fait qu'il y a plus de députés
autochtones que jamais auparavant dans l'histoire, ce dont nous pouvons
tous être fiers. Le NPD va s'assurer que le gouvernement
« passe de la parole aux actes » et sera
« prêt à aider le nouveau gouvernement à
concrétiser et à
respecter le changement tant souhaité par les
Canadiens ». Mulcair a dit que l'opposition
néo-démocrate sera constructive, proposera des
solutions et offrira son aide pour réaliser le genre de
changement que veulent les Canadiens, et prendra toujours des positions
de principe « alors que nous allons de l'avant avec espoir
et optimisme ».
Le chef intérimaire du Bloc
québécois Rhéal Fortin a ensuite
félicité le président et les autres candidats. Il
a dit que le Bloc exprime aussi ses voeux de solidarité envers
Mauril Bélanger. La chef du Parti Vert Elizabeth May n'a pas
parlé et on ne sait pas si elle était présente.
Le président a ensuite annoncé que le
gouverneur général inaugurera officiellement la
1ère session du 42e Parlement du Canada le jour suivant et la
séance a été levée pour la journée.
Note
1. De 2003 à 2006, Regan a été
ministre des Pêches et Océans dans le gouvernement de Paul
Martin ainsi que ministre régional pour la
Nouvelle-Écosse. Il a été député de
Halifax-Ouest de 1993 à 1997 et puis de nouveau à partir
de 2000. Regan a déjà pratiqué le droit immobilier
et commercial. Après l'élection fédérale de
2004, Regan a été nommé pour agir à titre
de
ministre de la Justice et procureur général du Canada,
dans l'affaire Maher Arar. Après la défaite du
gouvernement libéral à l'élection de 2006, il a
été nommé par Bill Graham, chef intérimaire
de l'opposition officielle, dans le cabinet fantôme à
titre de critique de l'opposition officielle en matière de
ressources humaines et développement des compétences. En
janvier 2007, il a été nommé au comité des
priorités et de la planification nouvellement créé
par les libéraux, lequel a été
présidé par le chef de l'opposition libérale de
l'époque, Stéphane Dion. En mars 2008, Regan a
été nommé président du comité du
caucus sur la durabilité
environnementale. Regan a également été
vice-président du Comité permanent de la Chambre des
communes sur l'environnement et le développement durable. Il a
été le porte-parole libéral et critique en
matière des ressources naturelles sous le chef Justin Trudeau et
vice-président du Comité permanent des ressources
naturelles. Les libéraux disent
que, durant son mandat en tant que ministre, Regan a joué un
rôle décisif dans l'Entente sur les ressources
extracôtières de 2005.

Levons le voile sur le programme des
libéraux
Le gouverneur général a ouvert
officiellement le 42e Parlement du Canada avec le discours du
trône le vendredi 4 décembre. Le discours, d'une
durée de 15 minutes, est intitulé
« Réaliser le vrai changement ». Il fait
juste un peu plus de 1600 mots et comprend sept sections : une
introduction, « Croissance de la classe
moyenne », « Un gouvernement ouvert et
transparent », « Un environnement sain et une
économie forte », « La diversité
fait la force du Canada »,
« Sécurité et possibilités »
et une conclusion. Suite à la présentation du discours,
la Chambre des communes a entrepris un débat sur une
motion en faveur d'une Adresse en réponse au discours du
Trône qui va se poursuivre jusqu'à vendredi, 11
décembre. La Chambre a ajourné ses travaux à 17 h
05 après que le leader du gouvernement à la Chambre,
Dominic LeBlanc, ait informé les députés de
l'horaire des travaux de la semaine.[1]
Les libéraux disent qu'ils peuvent donner des
raisons aux Canadiens d'avoir confiance dans les institutions
désuètes de l'État des monopoles en faisant des
réformes sous la bannière de la transparence, de
l'ouverture, de la consultation et de la réforme
électorale. En fait, leurs réformes semblent revenir aux
propositions qui ont été faites pour
sauver le statu quo dans les années 1990. Au lieu de combler le
besoin de renouveau politique, ces réformes vont renforcer le
privilège plutôt que de l'éliminer et
enchâsser les pouvoirs de prérogative du gouvernement et
le droit de monopole sur les fronts économique et politique.

Une question importante à se demander est si les
mesures qu'ils proposent vont aider le peuple ou maintenir le pouvoir
politique fermement dans les mains du parti et des ministres qui
gouvernent pour le compte des monopoles ?
Selon le discours du trône, on peut
rétablir la confiance dans les institutions canadiennes
« en faisant preuve de plus d'ouverture et de
transparence ». Cela veut dire modifier la méthode
par laquelle les votes sont comptés lors des élections
générales pour faire en sorte que
« l'élection de 2015 aura été la
dernière à être
menée selon le système électoral majoritaire
à un tour », mettre sur pied un processus
« fondé sur le mérite » en ce qui
concerne les nominations au Sénat et favoriser « la
tenue de débats ouverts et le recours au vote libre »
et réformer et renforcer les comités. On y lit aussi que
le gouvernement « n'utilisera
pas les publicités du gouvernement à des fins partisanes,
il n'entravera pas le travail des agents parlementaires, et il n'aura
pas recours à des mécanismes tels que la prorogation et
les projets de loi omnibus pour éviter les examens
minutieux ».
Le programme présenté dans le discours du
trône serait le « fruit de conversations avec les
Canadiens et Canadiennes, lesquels ont clairement et franchement
indiqué au gouvernement ce dont ils ont besoin pour
réussir ». On ne précise pas qui sont ces
Canadiens mais les libéraux semblent faire
référence à la campagne qu'ils ont
menée avant et pendant les élections, ce qui n'augure
rien de bon en ce qui concerne le genre de consultation qu'ils ont en
tête. Le discours mentionne que le Canada « peut
être meilleur » et que « nous devons plus
que jamais être avisés et bienveillants ». Le
Canada « prospère en grande partie parce que les
diverses
perspectives et opinions y sont célébrées, et non
tues », a dit le gouverneur général.
Selon le discours du trône,
« ce qui
est le plus important » pour les Canadiens, ce sont
« des mesures qui favorisent la croissance
économique, créent des emplois, renforcent la classe
moyenne et aident ceux et celles qui travaillent fort pour en faire
partie ». Les mesures évoquées dans le
discours à ce sujet sont
« une baisse d'impôts pour la classe
moyenne », une « nouvelle allocation canadienne
aux enfants », des changements qui améliorent le
Régime de pensions du Canada et renforcent le système
d'assurance-emploi et le travail avec les provinces et les territoires
pour « rendre l'éducation postsecondaire plus
abordable » et « mettre en place un nouvel accord
sur la santé ».
Le discours du trône met aussi l'accent sur
l'importance de « l'investissement public » dans
« le transport en commun, les infrastructures vertes et les
infrastructures sociales », mais ne dit pas si cet
investissement se fera dans une infrastructure sous
propriété et contrôle public ou dans
l'infrastructure privatisée et
financée publiquement dont les ministres libéraux sont
les promoteurs.
Le discours du trône ne comprend aucune mention du
secteur manufacturier ou de sa destruction en cours ni de la
nécessité de restreindre le droit de monopole ou de
réformer la Loi sur Investissement Canada. Les
travailleurs, leur rôle dans la création de la valeur dont
la société dépend et leurs droits ne sont pas
mentionnés. Les
travailleurs des postes ont fait remarquer que le discours est muet sur
le rétablissement de la livraison du courrier à domicile
qui a été éliminée par Postes Canada sous
le gouvernement conservateur, et la ministre des Services publics et
Approvisionnement Canada Judy Foote a déclaré le 4
décembre que le gouvernement ne va pas restaurer la
livraison du courrier à domicile dans son
entièreté.
Les promesses du
gouvernement envers les peuples
autochtones, son engagement à accepter 25 000
réfugiés syriens et à appuyer les anciens
combattants et la société CBC/Radio-Canada et la culture
canadienne font partie de la section « La diversité
fait la force du Canada ». Le discours du trône
déclare que le gouvernement va
rétablir « la relation de nation à nation
entre le Canada et les peuples autochtones, une relation fondée
sur la reconnaissance des droits, le respect, la coopération et
le partenariat ». Il va agir ainsi parce qu'il s'agit
« de la bonne marche à suivre et aussi d'une
façon de stimuler la croissance économique ».
En entrevue au
réseau CPAC suite à la présentation du discours du
trône, la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn
Bennett, a dit que cette approche va reposer essentiellement sur une
plus vaste consultation avec les peuples autochtones en ce qui concerne
les actions du gouvernement. Elle a dit que le gouvernement va
commencer un
« engagement pré-enquête » avec les
familles et les organisations pour préparer le lancement de
l'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et
assassinées.
Le discours du trône place
côte-à-côte
« sécurité » et
« possibilités ». La première
priorité du gouvernement est de renforcer « ses
relations avec ses alliés, notamment avec les États-Unis,
son meilleur ami et partenaire ». Le gouvernement va
également renouveler son engagement « à
l'égard des
opérations de maintien de la paix des Nations unies et
continuera de collaborer avec ses alliés dans la lutte contre le
terrorisme ». Il va faire des investissements
« pour bâtir une force militaire rationalisée,
plus souple et mieux équipée ». Il n'y a
aucune mention dans le discours de la participation du Canada à
la guerre en Irak et
en Syrie ni de la promesse des libéraux de mettre fin à
la campagne de bombardements du Canada dans ces pays qui se poursuit
encore aujourd'hui. Dans cette même section, le gouvernement dit
qu'il va négocier « des ententes commerciales
avantageuses et saisira d'autres occasions dans les marchés
émergents ».
Consultation, ouverture, transparence et réforme
Le discours du trône se conclut par l'affirmation
que « le gouvernement réalisera le vrai
changement ». Selon le discours, c'est ce que le
gouvernement va faire et « il s'agit en fait du
résultat inévitable lorsque les Canadiens et Canadiennes
travaillent de
concert ». Le gouvernement fonde son affirmation qu'il va
faire différentes choses sur le mandat qu'il dit avoir
reçu. L'élection des libéraux est censée
leur avoir donné un mandat de gouverner au nom de
l'électorat bien que l'électorat n'ait aucun moyen de
contrôler les politiques que ces élus vont chercher
à mettre en oeuvre.
Puisqu'il forme un gouvernement majoritaire, le Parti libéral
peut gouverner seul et les députés individuels n'ont pas
le pouvoir eux non plus d'influer sur les politiques en dépit
des engagements de tenir plus de « votes libres ».
À cet égard, le discours du trône et
l'ordre du jour libéral constituent une admission que les
Canadiens n'ont pas en mains le pouvoir politique et ce manque indique
la nécessité que le peuple bâtisse ses propres
forums politiques pour se donner du pouvoir.
En dépit de tout cela, le gouvernement cherche
à donner l'impression que les Canadiens ont participé
à la formulation des politiques du gouvernement et que le mandat
de les mettre en oeuvre vient de cette participation. Dans une
déclaration du bureau du premier ministre au sujet du plan
présenté dans le discours du trône, Justin Trudeau
a
dit : « Nous avons formulé ce plan en
écoutant ce que les Canadiens avaient à dire. Il est le
miroir de leurs priorités, de leurs intérêts et de
leurs ambitions ». Il dit que son gouvernement va travailler
« dans un plus grand esprit d'ouverture et de
transparence » et cela veut dire que « nous
mènerons des
consultations sur des réformes électorales et nous les
mettrons en oeuvre par la suite ». En fait, la pratique de
consultation à laquelle se réfère Trudeau est un
trait de la crise politique dans laquelle les institutions du Canada
sont plongées et fait partie d'un processus dont l'objectif est
la préservation du statu quo. Le gouvernement a le pouvoir
de tenir des consultations sous de multiples formes et il peut le faire
selon son propre ordre du jour et son propre cadre de
référence sur toutes les questions. Une fois que les
opinions et les propositions ont été
présentées, le peuple n'a dans ses mains aucun
mécanisme qui garantisse que ces opinions vont être
écoutées et encore moins traduites en
politique ou législation gouvernementale.
Que sont ces notions d'ouverture,
de transparence, de
responsabilité et de réforme électorale que le
gouvernement Trudeau appelle le vrai changement ? C'est cela le
coeur du problème si l'on veut comprendre l'ordre du jour des
libéraux. Hardial Bains nous éclaire sur cette question
dans le livre Un pouvoir à partager où il
discute de comment sont utilisés ces mécanismes pour
garder le peuple sans pouvoir :
« Un autre mécanisme servant à
la préservation du pouvoir et qui est aujourd'hui l'objet
d'ostentation est la notion de transparence.
Tout en donnant l'impression d'ouverture, la transparence se
définit comme étant le droit du gouvernement de retenir
le plus d'information possible au nom de l'intérêt
national ou de la
sécurité nationale. Les citoyens ne sont pas dans le
secret des gouvernements. Ils ne savent pas comment les
décisions sont prises, qui les prend ou qui les influence ou
comment elles sont appliquées. Les gouvernements parlent
d'inclusion et certaines lois veillent à la défense de la
liberté d'information, mais de vastes pouvoirs
discrétionnaires
confèrent aux gouvernements l'autorité de décider
ce qui est et ce qui n'est pas dans l'intérêt public. Il
n'y a pas de mécanisme faisant en sorte que le processus de
prise de décision se déroule au su et au vu du public,
sans compter que rien ne garantit la participation des citoyennes et
citoyens à ce processus ou que la décision finale
appartient au
peuple. La participation au processus budgétaire qu'on promet
aujourd'hui, par exemple, ne sera que pour les apparences, puisque
c'est le gouvernement qui décide ce qui sera discuté,
comment cela sera discuté et quelle décision il faudra
prendre. La pratique actuelle ne changera pas quant au fond, le but de
cette proposition n'étant que de
rehausser la crédibilité du gouvernement et de ses
politiques budgétaires.
« La notion de transparence va
de
pair
avec
l'obligation de rendre des comptes. En fait, il n'existe
pas de mécanisme obligeant les élus ou les gouvernements
à rendre des comptes à l'électorat. Le seul
recours des citoyennes et citoyens est d'élire un autre
gouvernement aux prochaines élections. Il est intéressant
de
noter que la transparence et l'obligation
de
rendre
des
comptes ne servent leurs fins que
lorsqu'elles détournent l'attention publique du fait qu'au bout
du compte le gouvernement domine le processus du début à
la fin. Ce sont les dehors dans lesquels s'enveloppe le pouvoir
exécutif pour cacher le fait
qu'il est l'unique pouvoir décisionnel.
« Ce sont là autant de moyens servant
à priver l'électorat de son droit de participer à
la direction des affaires de la société. Il n'y a que
l'alternative suivante : ou bien se joindre à
l'élite politique et devenir émissaire du pouvoir, ou
bien subir le pouvoir. Le système n'offre pas la
possibilité de participer au gouvernement pour veiller
à ce que la société fonctionne dans
l'intérêt des citoyennes et citoyens et que la voie du
progrès soit ouverte et l'environnement protégé
pour la génération présente et les
générations futures. [...]
« À défaut d'un pouvoir
politique partagé par l'électorat et de mécanismes
lui permettant d'exercer le pouvoir, l'abîme entre
électeurs et élus s'est approfondi à tel point
qu'il n'est plus possible de le surmonter sans changer le processus
politique.
« Cet abîme est un problème
objectif que doit surmonter la société. La transparence
et l'ouverture, l'inclusion, la réforme parlementaire ou
électorale ne servent en fin de compte qu'à
rétablir la crédibilité du système actuel.
La prise de conscience du besoin de renouveler le processus politique
sur des bases démocratiques a d'abord été le
fruit de l'abstraction de ce qui n'est pas, par la capacité de
l'électorat de concevoir en imagination ce dont la
société a besoin pour que les citoyennes et citoyens
puissent prendre leurs destinées en mains. Cette chose qui n'est
pas, qui échappe à l'électorat, est l'exercice
du pouvoir, la mise en place de
mécanismes lui permettant d'ouvrir la voie au progrès de
la société.
« Le mécanisme politique qui a servi
à abolir les privilèges et le pouvoir des féodaux
n'a pas complètement éliminé l'influence des
privilèges et du pouvoir dans la vie politique. Le
système de ' l'égalité des chances ' qu'ont
institué les nouveaux gouvernants a engendré la
concentration de la richesse à un pôle de la
société et la pauvreté
croissante à l'autre. Parallèlement s'est
instituée la répartition inégale des ressources
politiques, engendrant un système où le pouvoir politique
est de plus en plus concentré entre les mains d'une
minorité et de moins en moins à la portée du
peuple. La tendance à la concentration du pouvoir entre les
mains des quelques-uns demeure.
« Les réformes du système qu'on
institue au nom de la transparence, de la réforme
électorale et de l'obligation de rendre des comptes renforcent
cette tendance au lieu de la renverser. Aujourd'hui il n'y a pas de
réforme parlementaire, électorale ou autre qui vise
à dépouiller l'exécutif des pouvoirs dont il
jouit, qu'il s'agisse du système
parlementaire de type britannique ou du pouvoir présidentiel de
type américain ou français. C'est signe que le rapport
entre le peuple et ce pouvoir politique est dépassé
puisqu'il ne correspond pas à la règle de
démocratie selon laquelle la souveraineté appartient au
peuple ni au droit de tous les êtres humains de participer
à la direction des affaires
de leur société. »
Notes
1. Les 7 et 8 décembre ont été
consacrés au discours du trône dans la forme d'un
débat sur une motion en faveur d'une Adresse en réponse
au discours du trône. Le 9 décembre, la Chambre va
examiner une motion de « voies et moyens » sur
les changements proposés par les libéraux aux taux
d'imposition
des particuliers et la Chambre par la suite va se constituer en
comité plénier pour la présentation et
l'approbation des budgets supplémentaires des dépenses du
gouvernement. Le 10 décembre sera le premier et dernier jour de
l'Opposition officielle alloué par la session d'automne 2015. Le
11 décembre sera la journée de clôture du
débat de la
motion en faveur d'une Adresse en réponse au discours du
trône suite à quoi le parlement va ajourner ses travaux
jusqu'au 25 janvier 2016.
L'utilisation de la journée du 9 décembre
pour les budgets supplémentaires des dépenses et la
motion de voies et moyens et les règles du débat,
comprenant les limites de temps et le genre de votes qui peuvent
être tenus, ont été approuvés à
l'unanimité par la Chambre avant son ajournement le 4
décembre, suite à une discussion et une entente
entre les partis, selon le leader du gouvernement à la Chambre
des communes.
2. Bains, Hardial, Un pouvoir à partager,
1993

Conférence de Paris sur le climat
Le gouvernement Trudeau prend le chemin de la fortune
sur le dos des changements climatiques
À Paris pour la Conférence COP21 de l'ONU
sur le changement climatique, le premier ministre Justin Trudeau s'est
joint au multimilliardaire Bill Gates et aux présidents
va-t-en-guerre François Hollande et Barack Obama pour le
lancement du
programme « Mission Innovation » et son
partenaire du secteur privé la
« Breakthrough Energy Coalition ».[1]
L'initiative n'est pas la suite d'un film hollywoodien mais bien un
partenariat public-privé (P3) pour permettre à des
intérêts privés privilégiés de
s'enrichir davantage par l'utilisation de fonds publics dans
l'industrie du changement climatique en plein essor.
Le partenariat international regroupe une vingtaine de
pays au sein du système impérialiste d'États sous
la domination des États-Unis et leurs monopoles les plus
puissants. Mission Innovation versera dollar pour dollar ce que les
monopoles privés décideront d'investir.
Justin Trudeau dit que le gouvernement canadien est
entièrement en faveur de la remise de fonds publics à des
intérêts privés si c'est pour combattre les
changements climatiques. Sur le site Web de Mission Innovation on
apprend que les fonds publics investis dans les P3 peuvent produire des
bénéfices réels pour l'économie du secteur
privé en
cette période d'austérité pour le peuple. Cela
pourrait comprendre la promesse électorale du gouvernement
Trudeau de créer un « Fonds pour une économie
à faibles émissions de carbone » de deux
milliards de dollars qui « réduiront
considérablement les émissions de carbone »
dans le cadre d'un plan pancanadien de lutte
au changement climatique en coordination avec les provinces et les
territoires.
Avec Mission Innovation, le trésor public versera
chaque année 100 millions $ à des entreprises
privées pour développer des sources alternatives
d'énergie. Le gouvernement versera par ailleurs 200
millions $ par année à des monopoles privés
du secteur des ressources naturelles « pour soutenir
l'innovation et encourager
l'utilisation de technologies propres ».
En se joignant à cette coalition des riches, le
gouvernement Trudeau démontre son engagement à
bâtir des partenariats public-privé plus forts pour
combattre le changement climatique pour que certains monopoles au sein
de la Forteresse Amérique du Nord puissent prospérer et
que les plus influents d'entre eux puissent accroître leurs
fortunes
privées et renforcer leur privilège de classe.
Justin Trudeau écrit : « Le
Canada est fier d'agir comme partenaire au sein de cette initiative
mondiale ambitieuse. En travaillant tous ensemble, nous obtiendrons des
avantages concrets au chapitre de l'environnement et de
l'économie [...] Mission Innovation puisera dans les vastes
possibilités économiques qui se présentent au
chapitre de l'environnement [...] »
En plus des États-Unis, de la France et du
Canada, Mission Innovation comprend d'autres grands combattants du
changement climatique comme l'Arabie saoudite, les Émirats
arabes unis, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Allemagne, le Japon, le
Mexique, la Norvège et la Corée du sud. Mission
Innovation dit viser « principalement à
accroître l'investissement du secteur privé avec l'aide
d'un groupe d'investisseurs des pays qui sont prêts à
consentir des niveaux de financement sans précédent et
à favoriser la commercialisation des innovations
réalisées dans le secteur des technologies
propres ».


Un groupe d'artistes a
remplacé des
publicités parisiennes par une campagne appelée
« Brandalizing » pour ridiculiser les tentatives
des monopoles de donner une apparence « propre »
à leurs pratiques destructrices.
Trudeau parle des chemins de la fortune avec le
changement climatique
À la Conférence de l'ONU sur le changement
climatique dans un Paris militarisé, le premier ministre Justin
Trudeau a parlé des objectifs de son gouvernement pour la
période qui vient et de son intention d'agir différemment
de son prédécesseur.
Contrairement à Harper, Justin Trudeau accepte
l'hypothèse du changement climatique. Il dit que
« c'est la bonne chose à faire pour notre
environnement et notre économie » et que cela
comprend l'application d'une tarification du carbone, un plafonnement
et un échange du carbone, l'interdiction de produire de
l'électricité à partir
du charbon, une taxe sur le carbone et payer les riches.
Le Canada va aider « les pays en
développement à relever les défis associés
aux changements climatiques », dit-il, parce qu'ils ont
besoin de notre aide pour avoir « accès aux
technologies d'énergie propre ». Cela
représente ce qu'il appelle des possibilités sans
précédent pour les monopoles nord-américains
à la
recherche de nouveaux marchés. Ces monopoles seront aidés
par les P3 et par d'autres subventions pour le développement et
l'exploitation de ces marchés.
Le nouveau marché croissant des technologies
d'énergie propre a inspiré à Justin Trudeau une
envolée lyrique sur la possibilité de surmonter les
difficultés économiques d'aujourd'hui, parce que c'est un
nouveau secteur dans lequel les monopoles nord-américains
peuvent prospérer et croître. Les fonds publics
acheminés par les P3 et les
subventions peuvent aider ces monopoles à « favoriser
la commercialisation des innovations réalisées dans le
secteur des technologies propres ».
« Nous considérons les changements
climatiques non seulement comme un défi, mais également
comme une occasion historique. Une occasion de bâtir une
économie durable, fondée sur des technologies propres,
une infrastructure verte et des emplois écologiques. Nous ne
sacrifierons pas la croissance ; nous lui donnerons un
élan », a-t-il dit.
Le chemin de la fortune sur le dos des changements
climatiques est une occasion sans précédent de renforcer
les monopoles les plus influents d'Amérique du Nord dans le
secteur des énergies, dont bon nombre ont des entreprises
privées au Canada.
Le premier ministre a rappelé son engagement
envers les P3 et l'initiative Mission Innovation pour mettre des fonds
publics à la disposition de monopoles privés de
l'énergie « pour développer des technologies
pour réduire les émissions ».
« Nous participerons à des projets de
collaboration, comme Mission Innovation et la Coalition pour le
leadership en matière de tarification du carbone, et nous
chercherons des occasions de collaborer de manière
bilatérale et multilatérale, en commençant avec
nos partenaires nord-américains. Nous croyons que le financement
des activités
liées aux changements climatiques est essentiel. [...]
« Nous aurons besoin de la collaboration des
pays qui sont maintenant en mesure d'aider les autres à
réduire leurs émissions et à s'adapter aux
changements climatiques. L'accord doit également accorder un
rôle de premier plan au secteur privé et aux institutions
multilatérales afin de mobiliser le financement. Ceux qui
peuvent agir
doivent le faire. »
L'Opposition ouvrière rejette avec mépris
le chemin de la fortune centré sur le capital qui passe par les
changements climatiques. La classe sociale qui contrôle les
monopoles et le système impérialiste d'États, sa
conception du monde rétrograde et sa soif de richesses
privées et de privilèges de classe sont responsables des
problèmes liés aux
changements climatiques et du fléau actuel des guerres
d'agression et d'intervention, des crises économiques, de
l'austérité et de l'assaut contre les droits. Les
monopoles et leurs représentants politiques ne peuvent pas faire
partie de la solution à aucun de ces problèmes. Le
mouvement de la classe ouvrière doit les priver de leur pouvoir
de priver
les peuples de leur droit de résoudre les problèmes et de
se bâtir un monde nouveau. La résolution des
problèmes historiques créés par l'époque du
capitalisme monopoliste requiert une nouvelle direction des choses, une
direction prosociale sous le contrôle de la classe
ouvrière et guidée par sa conception du monde
centrée sur l'être humain.
Note
1. La « Breakthrough Energy
Coalition » est constituée de 28 investisseurs
privés provenant de dix pays qui financeront des entreprises
à énergie propre qui surgiront des programmes de
recherche des pays membres de la Mission Innovation.
En plus de Bill Gates, le groupe comprend le fondateur
et PDG de Facebook Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG d'Amazon Jeff
Bezos, le fondateur du groupe Virgin Richard Branson, Jack Ma,
directeur du groupe Alibaba (un monopole chinois du commerce
électronique), la PDG de Hewlett Packard Meg Whitman et le
milliardaire Tom
Steyer, président de NextGen Climate et « activiste
contre les sables bitumineux » à qui on attribue la
résurgence du mouvement contre l'oléoduc Keystone XL.

Message du Réseau à la défense de
l'humanité

Cérémonie
d'ouverture à la
Conférence des peuples du monde sur le changement climatique
à l'université Del Valle, à Tiquipaya, en Bolivie,
le 10 octobre 2015 (F. Zarco)
« Interdire
le
développement
à
ceux qui en ont plus besoin, ne peut pas être la solution.
En
effet, tout ce qui favorise le sous-développement et la
pauvreté, constitue aujourd'hui
une violation flagrante à
l'écologie. [...] Si l'on veut épargner l'humanité
de cette
autodestruction, il faut mieux distribuer les richesses et les
technologies
disponibles
dans le monde. Moins de luxe et moins de gaspillage dans
une poignée de pays, afin
qu'il y ait moins de pauvreté
et moins de faim dans une grande partie de la Terre. [...]
Les
égoïsmes doivent cesser, les hégémonismes
doivent cesser, l'insensibilité, l'irresponsabilité et le
mensonge doivent cesser. »
— Fidel Castro, Rio de
Janeiro, 1992
Trois ans se sont écoulés depuis la tenue
du Sommet des peuples en juin 2012 en marge de la Conférence des
Nations unies +20 sur le développement durable. À ce
moment-là, le Réseau à la défense de
l'humanité avait lancé l'appel à tous les
mouvements sociaux, aux dirigeants sociaux en général,
aux gouvernements et à toutes personnes de
bonne foi à se mobiliser contre le modèle suicidaire qui
menace gravement l'espèce humaine d'extinction.
Aujourd'hui, à la veille de la COP21 2015
à Paris, où on doit conclure une nouvelle entente sur le
climat, il n'y a aucune raison d'être complaisant puisque rien ne
laisse transparaître qu'il y aura consensus sur l'adoption de
solutions qui seront à la hauteur de la situation. Devrons-nous
revenir au mot d'ordre de Copenhagen ? :
« Ne changeons pas le climat, changeons le
système ! » Si nous ne confrontons pas les
véritables causes de la catastrophe, nous ne saurons
l'éviter. Lors de la Conférence mondiale des peuples sur
le changement climatique et la défense de la vie tenue à
Tiquipaya en Bolivie du 10 au 12 octobre de cette année, les
participants ont
adopté une résolution pour réitérer la
validité de ce mot d'ordre. Aussi, le message du Réseau
à la défense de l'humanité mis de l'avant en juin
2012 à l'occasion du sommet de Rio et nos demandes collectives
au système d'organisations internationales qu'est l'ONU a-t-il
été repris dans notre déclaration finale. Il est
adopté de :
1. Rejeter toute tentative de remplacer une approche
compatible avec les principes du développement durable et des
objectifs de développement du millénaire par des
approches axées sur l'« économie
verte ». Rejeter ce concept ainsi que toute autre forme
d'exploitation par les puissances transnationales et exiger une
approche
multisectorielle et multidimensionnelle pour faire face à la
crise.
2. Condamner la privatisation des ressources naturelles
et toutes formes de marchandage de la nature, reconnaître et
valoriser la conception intégrale qu'ont les cultures
autochtones de la vie ainsi que les principes de solidarité,
d'égalité, de complémentarité et de
réciprocité qui sont le fondement d'initiatives
alternatives telles El Buen Vivir et
d'autres, qui défendent une relation harmonieuse avec la nature
et la survie de l'espèce humaine.
3. Reconnaître l'urgence de placer la
défense des droits de notre espèce et de la nature au
coeur des négociations et des outils normatifs internationaux au
détriment des droits du capital et, dans cette perspective,
reconnaître la nécessité d'une Cour pénale
sur l'environnement.
4. Condamner les guerres et politiques
impérialistes ainsi que la course aux armements comme
étant les plus grandes agressions contre l'environnement et
contre la préservation de l'espèce humaine, autant par
leurs conséquences directes que par les dépenses
incalculables qu'elles génèrent. Ces ressources doivent
plutôt servir à résoudre les
principaux défis sociaux et environnementaux auxquels
l'humanité fait face. Dénoncer la nature suicidaire des
arsenaux nucléaires et exiger leur élimination et
interdiction absolues.
5. Que les autorités publiques aient comme
principale obligation la mise en oeuvre d'une approche fondée
sur les droits de la durabilité, du bien-être et du
progrès de la société. Aussi les gouvernements
doivent-ils se réapproprier l'incontournable
responsabilité de fournir les services essentiels à la
vie de chaque citoyen. Que les indicateurs de
développement et de progrès soient changés du tout
au tout pour prendre en compte les coûts environnementaux,
l'équité sociale et le développement humain.
6. Reconnaître l'urgence de la transformation des
modes de production, de la consommation et de la distribution du
revenu. La course à l'accumulation du profit et l'orientation de
la production en fonction de la demande solvable mais socialement non
nécessaire, une caractéristique du système
capitaliste, ne peut et ne pourra jamais générer
l'égalité ni éliminer la pauvreté ni
garantir un développement harmonieux tout en préservant
l'environnement. L'urgence de trouver des technologies non polluantes
ne doit pas être réduite à une question d'ordre
purement technologique.
7. Que le principe de responsabilités communes
mais différenciées, adopté par la
déclaration de Rio, devienne réalité par le biais
d'un financement adéquat et de mécanismes politiques
flexibles permettant aux pays les plus dépourvus d'avoir
accès à la technologie et aux connaissances et d'imposer
aux pays industrialisés les obligations qui leur reviennent.
8. Dénoncer le cynisme des puissances du Nord
qui, tout en parlant d'« écologie »,
tentent de rejeter le blâme sur les pays du Sud et continuent de
passer sous silence leur propre responsabilité historique et
actuelle face au retard technologique de ces pays, à
répandre toutes sortes de désinformation au sujet de
leurs économies et à
favoriser les opérations « sales » des
transnationales dans le Sud. Il faut aussi dénoncer les
étiquettes et brevetés
« écologiques » en tant que nouveau
mécanisme dangereux qui ne fait que réaffirmer la
domination du Nord sur les pays technologiquement dépendants.
9. Que le Sommet se prononce en faveur de l'importance
vitale d'une évaluation préventive des technologies
permettant de cerner leur impact social et environnemental. Il devient
urgent que nous mettions en place une convention mondiale qui
permettrait de contrôler les technologies nouvelles et
émergentes sur la base du principe de la
prévention et de l'évaluation participative.
10. Dénoncer la soi-disant obsolescence
programmée et favoriser des technologies ayant une durée
de vie optimale et ayant des avantages en termes de standardisation, de
réparation, de recyclage et de gaspillage minimal, afin que les
besoins humains soient satisfaits tout en minimisant les
conséquences pour l'environnement.
11. Condamner le contrôle du commerce mondial par
les transnationales ainsi que le rôle joué par
l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui impose des ententes qui
légitiment l'inégalité et l'exclusion et qui
empêchent la mise en oeuvre de politiques publiques souveraines.
Promouvoir des actions concrètes permettant d'en arriver
à des
échanges commerciaux plus équitables qui sont en harmonie
avec les exigences environnementales.
12. S'entendre sur des mesures concrètes pour
stabiliser les prix de l'alimentation et mettre fin à la
spéculation
sur le marché de produits de base en tant que mesure essentielle
visant à combattre la faim et la pauvreté.
13. Dénoncer l'acquisition massive de terres dans
les pays du Sud par les puissances et multinationales
étrangères dans le but d'exploiter leurs ressources
naturelles ou de les utiliser dans des projets qui mettent en danger
l'environnement et l'équilibre des écosystèmes.
14. Mettre en place une convention-cadre pour tenir
responsables d'un point de vue environnemental et social les compagnies
et législatures nationales et les condamner pour leurs pratiques
nocives et abusives, tout en tenant compte de la nature transnationale
de leurs opérations.
15. Promouvoir un certain contrôle de la
publicité commerciale qui incite à la consommation
à outrance et qui crée de faux besoins, en particulier la
publicité qui s'adresse aux jeunes enfants et aux adolescents,
et établir plutôt des politiques qui prônent la
publicité pour le bien public et qui fait la promotion
d'informations et de pratiques
durables.
16. Déclarer haut et fort que l'éducation
et la science doivent être orientées de sorte à ce
qu'elles bénéficient au développement humain
plutôt qu'au fonctionnement du marché. Établir une
nouvelle éthique de la consommation qui, sans nuire à la
satisfaction des besoins matériels essentiels, interdit les
produits qui proviennent de pratiques
dommageables pour l'environnement ou de travaux forcés ou
d'autres formes d'exploitation.
17. Promouvoir l'étude et la modification du
système actuel de propriété intellectuelle,
à la lumière des négociations environnementales et
du programme de lutte contre le changement climatique et pour les
droits humains. Faciliter le transfert de technologies et de
connaissances pratiques et saines touchant à l'environnement et
les rendre
accessibles.
18. Exiger que l'Organisation mondiale de
propriété intellectuelle (OMPI), en tant qu'organisation
onusienne, accepte la nécessité urgente d'un changement
de paradigme sur la question de la recherche et de la connaissance
scientifiques internationales, tout en laissant de côté
les mécanismes du marché et en faisant la promotion de la
collaboration, de la recherche coordonnée, de la distribution et
de l'application des résultats sur une grande échelle.
Que cette organisation mette en oeuvre les mécanismes requis
pour favoriser, le plus tôt possible, une véritable
transition énergétique ainsi que les mesures qui vont
ralentir le changement climatique.
19. Promouvoir une nouvelle évaluation
intégrale du système actuel de gestion environnementale,
laquelle a été impuissante à empêcher la
catastrophe écologique, mettre en place un nouveau
système inclusif, authentiquement démocratique et
participatif qui cherche à connaître les causes profondes
de la crise, et proposer de réelles solutions à
ces problèmes pour les générations d'aujourd'hui
et de demain. Créer un nouveau contrat social dans nos pays et
à l'échelle internationale.

Les droits autochtones sous le couperet
dans l'Accord
de COP21 de Paris
- Indigenous Environmental Network -

Paris, samedi, 5 décembre - Le vendredi 4
décembre, les peuples autochtones du monde ont manifesté
à l'intérieur du Centre des congrès du Bourget
où se tient la Conférence des partis et de la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
(COP21). Le but de la manifestation était de faire valoir les
objections à la
proposition de rayer les parties de l'article 2.2 du projet d'Accord de
Paris qui portent sur les droits des peuples autochtones et les droits
humains, à la conclusion d'une première semaine de
négociations. La Norvège, le Royaume-Uni et l'Union
européenne sont les principaux partisans de ce retrait.
Malgré ces objections aussi clairement
exprimées des peuples autochtones, le texte actuel du projet
d'accord ne contient pas les clauses sur les droits des peuples
autochtones et certains ont maintenant proposé de rayer la
mention des « droits de l'homme »
également. Ce qui ne laisse qu'une mention des droits des
peuples
autochtones dans le préambule, qui a un caractère
purement d'inspiration et n'est pas juridiquement contraignant.
Manifestation devant le
centre des congrès
à Paris le 4 décembre 2015
« L'inclusion du libellé sur les
droits des peuples autochtones, comme celui sur les droits humains, est
cruciale. Une évaluation occidentale, non autochtone, des droits
humains ne protège pas de façon nécessairement
adéquate nos droits en tant que peuples
autochtones », soutient la princesse Daazhraii Johnson,
porte-parole du
groupe Resisting Environmental Destruction on Indigenous Lands, Alaska.
« Nos peuples vivent encore en grande partie
de la terre, d'un mode de vie de subsistance. Et puisqu'une grande
partie des réserves de combustible fossile du monde sont sur des
terres autochtones ou adjacentes à des terres autochtones, nous
devons protéger notre droit collectif de décider de notre
rapport avec la Terre Mère et de rejeter
les fausses solutions aux changements climatiques »,
conclut-elle.
En plus, beaucoup de pays ne reconnaissent pas les
droits collectifs des peuples autochtones en tant que droits humains.
Le système occidental des droits humains est orienté vers
les droits individuels, ce qui fait qu'une référence
générale aux droits humains n'est pas une protection
suffisante des droits collectifs des peuples autochtones.
« Aujourd'hui, les droits des peuples
autochtones sont violés partout dans le monde sous
prétexte de 'projets d'énergie verte', comme les barrages
hydro-électriques par exemple, au nom de la réduction des
changements climatiques. Si ces atteintes sont permises aujourd'hui,
imaginez ce qu'il en sera lorsque ce document à teneur juridique
sera adopté dans lequel les droits des peuples autochtones ne
sont pas garantis », fait remarquer Eriel Deranger, membre
de la Première Nation Chipewyan d'Athabasca.
L'opposition au retrait des références aux
droits humains et aux droits autochtones dans le libellé de
l'accord vient en partie des craintes de non-responsabilité
juridique au cas où les changements climatiques en viennent
à porter atteinte à ces droits.
Si le projet d'accord de
Paris est fortement
centré sur des solutions technologiques volontaires à
base de marché, en ce qui concerne l'impact sur les forêts
et la conservation par exemple, les peuples autochtones craignent que
sans un libellé concret sur les droits autochtones (et des
sauvegardes contre la privatisation) ils seront encore chassés
de
leurs terres. Les projets d'économie verte établissent
des mécanismes financiers permettant aux nations
industrialisées de justifier l'expansion des régimes
à combustible fossile, comme le controversé
mégaprojet de sables bitumineux dans le Nord de l'Alberta, au
Canada, ou le forage extracôtier près de l'Alaska. Ces
projets ont un impact démesuré
sur les peuples autochtones du nord et poursuivent parallèlement
la privatisation de terres autochtones dans le Sud sous prétexte
de blanchir la pollution au carbone de l'Occident.
« Notre lutte pour inclure les clauses sur
les droits des peuples autochtones est non négociable, affirme
Crystal Lameman, coordonnatrice du traité de la nation crie de
Beaver Lake. Nous appartenons à ce traité, nous avons
notre place dans cette discussion. Notre avenir et l'avenir de nos
enfants n'est pas négociable. Le retrait des
mentions à l'article 2.2 signifie le retrait de notre existence
en tant que gens de couleur, peuples autochtones et communautés
de ligne de front parce qu'il ne fait aucun doute que nous serons les
premiers à vivre les conséquences des catastrophes
climatiques. »
Avec la deuxième semaine de négociations
qui s'amorcent sur l'Accord de Paris, les autochtones vont continuer de
faire pression et de contester les affirmations de ceux qui s'opposent
à l'inclusion des droits humains et des droits autochtones dans
le libellé de l'accord.
« Nous ne pouvons pas négocier un
accord sur le climat en ce moment critique sans la reconnaissance des
droits des peuples autochtones, qui sont aux premières lignes
des impacts des changements climatiques et les innovateurs des
solutions qu'il nous faut pour stabiliser notre climat. Pour le bien de
tous les êtres humains, nous voulons
que ces négociations donnent un résultat significatif et
les droits autochtones DOIVENT être inclus à l'article 2.2
de l'Accord de Paris », de déclarer Tom Goldtooth,
directeur du Indigenous Environmental Network.
Contact pour l'Amérique du Nord : Dallas
Goldtooth, Indigenous Environmental Network, dallas@ienearth.org,
1-708-515-6158
Pour l'Union européenne : Suzanne Dhaliwal,
Indigenous Environmental Network, UK Tar Sands Network
suzanne@no-tar-sands.org +447772694327

Manifestations en défi des interdictions
à Paris et marche mondiale pour le climat
La veille du début de la Conférence de
Paris sur le climat, les peuples du monde ont donné le ton en
tenant de grandes manifestations pour affirmer leurs demandes urgentes
et exiger que ce qui va ressortir de la Conférence de Paris soit
conforme aux besoins de l'humanité et de la Terre Mère.
Des organisations rapportent que quelque 2300
actions se sont tenues le 29 novembre dans au moins 175 pays et que
plus de 570 000 personnes y ont participé.
Environ 10 000 personnes
ont défié
l'interdiction de manifester pendant la COP21
décrétée par le gouvernement français et se
sont rassemblées près de la Place de la République
dans le centre de Paris pour affirmer leur droit de protester et de se
réunir. La police a répondu par la violence à
cette action pacifique. Les policiers anti-émeute ont
tenté à maintes reprises de repousser les manifestants en
lançant des gaz lacrymogènes dans la foule. Ils ont
finalement réussi à encercler les manifestants, ils les
ont cernés dans le square avant de prendre les noms de 200
d'entre eux et d'en placer 174 en état d'arrestation, selon
TeleSUR. On ne rapporte pas de blessures sérieuses.
Des actions se sont tenues en plusieurs endroits au
Canada et au Québec, dont la manifestation principale à
Ottawa. Environ 25 000 personnes se sont rassemblées à
l'hôtel de ville d'Ottawa et ont marché vers la colline du
Parlement. Une trentaine d'autobus remplis à capacité ont
fait le trajet Montréal-Ottawa pour la manifestation et des gens
sont aussi venus en autobus d'autres villes.
Ottawa,
29
novembre
2015
À Toronto, environ 3000 personnes se sont
rassemblées à Queen's Park. Des milliers de personnes se
sont rassemblées devant les marches de la Galerie d'art de
Vancouver et ont manifesté au centre-ville.
Des manifestations ont aussi eu lieu à Halifax,
Winnipeg, Edmonton, Calgary, Saskatoon, Regina, dans plusieurs villes
du Québec et dans d'autres villes également.
Ottawa

 
 
Toronto

Vancouver
Halifax
Annapolis Royal
Windsor

Winnipeg
Edmonton

Calgary
Nelson
Campbell River
États-Unis
New York
Milwaukee

Farmington
Middlebury
Fayetteville
Louiseville
Savanah
Oakland
Eugene
Bellingham
Seattle
Honolulu
Juno
Amérique latine et Caraïbes
Mexico
Guatemala

San Jose, Costa Rica
Lima, Pérou
Cochabamba, Bolivie
Cabo Frio Buzios,
Brésil

Europe
Londres, Angleterre
Londres, Angleterre;
Édimbourg, Écosse

Helsinki, Finlande
Copenhague, Danemark
Graz, Autriche
Berlin, Allemagne
Paris, France

Barcelone, Espagne
Rome, Italie

Athènes,
Grèce

Afrique
Bargny,
Sénégal
Nairobi, Kenya
Johannesburg, Afrique du
Sud
Howick, Afrique du Sud
Le Caire, Égypte
Abu Dhabi, Émirats
arabes unis
Asie
Beyrouth, Liban

Delhi, Inde
Dhaka, Bangladesh
Katmandu, Népal
Ulaanbaatar, Mongolie
Jakarta, Indonésie
Ho Chi Minh Ville, Vietnam
Taipei, Taïwan
Manille, Philippines
Quezon, Philippines
Séoul, Corée
Tokyo, Japon
Océanie
Suva, Fiji
Melbourne, Australie
Sydney, Australie
Brisbane, Australie
Aukland, Nouvelle-Zélande
Îles Tuvalu

(Sources :
UN
News
Centre, TeleSUR,
PressTV, Prensa Latina. Photos : LML, M. Caron, 350.org, Avaaz,
Telesur, Peoples Climate Movement, M. Howe, Climate Action Network, R.
Hagensen, H. Craig, S. Alexander, S. Foley, Y. R. Jih, S. Wood, J.
Owiki, E. Walters, J. A. Carral, M. Reichardt, V. T. Caceres, M.
Leino, M. Normand, A. Sama, 100 % Possible, D. Malla, D. Ngo, L.
Manalansan, A. Dimatatac, H. Okamoto, I. Astill, N. Marple.)

Développements à la conférence
La Conférence des Nations unies sur le climat se
poursuit jusqu'au 11 décembre à Paris, en France.
À la 21e session de la Conférence des partis (COP),
près de 150 dirigeants mondiaux, 22 000 représentants et
des milliers d'autres personnes auront participé aux
activités. Un des objectifs fixés est d'en arriver
à une entente mondiale sur la
réduction des émissions de carbone afin de limiter le
changement de climat et la température mondiale à 2
degrés Celsius.
Le 30 novembre, le premier
jour de la COP21, les
dirigeants mondiaux présents à la plénière
d'ouverture ont livré leurs discours. À cette session,
Cuba a envoyé un message très clair à la
Conférence des partis à l'effet que la lutte contre le
réchauffement planétaire actuel est liée à
la nécessité d'établir un nouvel ordre
économique international,
d'en finir avec la faim et la pauvreté et de modifier la
production actuelle ainsi que les modèles de consommation. Cette
prise de position de Cuba telle qu'exprimée à la
Conférence sur le climat est partagée par la grande
majorité des pays sous-développés, y compris le
groupe de 77+ la Chine, les pays en développement ayant des
intérêts
communs, l'Alliance bolivarienne pour les peuples de nos
Amériques (ALBA) ainsi que les petits États insulaires en
développement, selon Prensa Latina.
Le deuxième jour de la conférence, il y a
eu des réunions distinctes tenues par les pays africains, un
groupe régional créé au sein du Groupe des 77+ la
Chine qui est préoccupé par l'adaptation, les transferts
technologiques et les mécanismes du développement propre,
selon Prensa Latina.
Les petits États insulaires en
développement, qui sont vulnérables aux augmentations du
niveau des océans, se sont aussi réunis, tout comme les
pays membres du Système d'intégration de
l'Amérique centrale (SICA), le Groupe des États arabes,
la Coalition des pays ayant des forêts tropicales ainsi que
d'autres blocs. Plusieurs organisations non
gouvernementales engagées dans la lutte contre la faim, la
migration des îles du Pacifique et autres se sont aussi
réunies.
Le centre de nouvelles de l'ONU annonçait le 3
décembre que le secrétaire général de
l'ONU, Ban Ki-moon, était encouragé par les premiers
jours de la conférence tout en « invitant les pays
développés et en développement d'en faire
davantage pour en arriver à une entente universelle qui est en
mesure d'atténuer la menace ».
« J'ai été très
encouragé par ce que j'ai vu et entendu lors dès
l'ouverture de
la COP21. Les dirigeants mondiaux ont fait précisément ce
qu'on leur demandait de faire : donner un coup de pouce aux
négociations », a dit M. Ban lors d'un point de
presse au siège de l'ONU à New York.
« Pratiquement tous les pays ont soumis des
plans d'action sur le climat, appelés Contributions
prévues déterminées au niveau national (INDC). Les
grandes économies ont pris d'importants engagements en
matière de réduction des émissions de gaz à
effet de serre. Beaucoup de pays développés ont pris de
nouveaux engagements
financiers pour aider les pays pauvres et vulnérables à
s'adapter aux impacts climatiques. Des philanthropes et des
entrepreneurs ont promis de nouveaux investissements, citant notamment
la Coalition pour une percée dans l'énergie
annoncée par le philanthrope américain Bill
Gates. »
Ban a aussi affirmé : « Nous
sommes sans entente mondiale sur le climat depuis trop longtemps
déjà et il faut y remédier. Il faut une entente
qui comprend l'ensemble des pays comme partie intégrante de la
solution. » Il a réitéré l'importance
pour les pays industrialisés d'adhérer au principe des
« responsabilités
communes mais différenciées », qui tient
compte de la responsabilité historique de ces pays en
matière de pollution environnementale. Il a aussi exhorté
les pays en développement de tout faire pour réagir au
changement climatique, selon leur capacité de croissance.
Malgré le scénario favorable des premiers jours de la
conférence et les
engagements à protéger les êtres humains et la
nature pris à Paris par les 150 dirigeants de pays ou de
gouvernements, les questions clés permettant d'en arriver
à une entente mondiale restent toujours sans réponse,
a-t-il dit.
La place que Ban a réservée aux
entrepreneurs sociaux et aux chevaliers d'industrie tels que Bill Gates
met en lumière jusqu'à quel point les
intérêts monopolistes privés envahissent l'espace
public. Ils sont placés sur un pied d'égalité avec
des gouvernements nationaux, dont certains sont engagés dans une
lutte titanesque pour veiller à ce que
leur pays puisse survivre au changement climatique.
Par contre, dans ces forums internationaux, les vastes
mouvements sociaux provenant de partout et le rôle du peuple de
décider sont dénigrés et écartés
sous prétexte qu'il ne s'agit que de la
« société civile ». Cette situation
persiste partout où la classe ouvrière et le peuple ne se
sont pas encore approprié le pouvoir politique mais
sont toujours aux prises avec des gouvernements
néolibéraux qui ne représentent pas la
volonté publique et qui excluent les peuples des prises de
décisions. L'évaluation de Ban ne fait même pas
mention de la « société civile »,
au sein de laquelle militent les plus grands défenseurs de la
Terre Mère, y compris les peuples
autochtones.
L'état d'urgence sert à criminaliser les
activistes
Chaîne humaine
à Paris le 29 novembre, une
des nombreuses formes d'action pour contourner l'interdiction de
manifester
À Paris, l'état d'urgence d'une
durée de trois mois se poursuit suite aux attaques terroristes
du 13 novembre. Ces attaques ont servi de prétexte au
gouvernement français pour interdire les manifestations pendant
la conférence COP21, manifs qui ont tout de même eu lieu.
Dans un grand nombre de villes françaises,
les autorités locales ont formellement interdit les
manifestations qui pouvaient sembler
« anti-establishment », selon Arrêt sur
Images.
Selon Le Monde, le 28 novembre, dans plusieurs
régions du pays, au moins 24 activistes environnementalistes ont
été assignés à résidence jusqu'au 12
décembre, dernier jour de la conférence.
Le ministre français de l'Intérieur,
Bernard Cazeneuve, a défendu ces mesures en disant que les
activistes avaient eu recours à la violence dans des
manifestations antérieures et « avaient
exprimé le voeu de ne pas respecter les principes de
l'état d'urgence ».
Les attaques de l'État ne se sont pas
limitées aux activistes de l'environnement. En effet, les forces
de sécurité françaises ont perquisitionné 1
600 logis partout en France depuis le déclenchement de
l'état d'urgence nationale, selon TeleSUR. Ces perquisitions
sont faites sans aucun contrôle judiciaire. On soupçonne
que la plupart des personnes
perquisitionnées n'auraient aucun lien à des groupes
terroristes potentiels.
À Paris, le 29 novembre, près de 60
personnes soupçonnées d'avoir manifesté en appui
aux réfugiés ont été convoquées au
commissariat, dont deux activistes de l'association Droit au logement.
Selon l'association, des activistes qui n'avaient même pas
participé à la marche ont été
ciblés. Ils pourraient se voir infligér une peine de six
mois
d'emprisonnement et une amende de jusqu'à 7 500 $ US.
Le 24 novembre, le gouvernement français avait
informé le Conseil de l'Union européenne qu'il comptait
ne pas respecter divers droits humains garantis par la convention de
l'UE.
« Les autorités françaises ont
informé le secrétaire général du Conseil de
l'Europe d'un certain nombre de mesures prises dans le cadre de
l'état d'urgence instauré à la suite des attentats
terroristes de grande ampleur perpétrés à Paris,
mesures qui sont susceptibles de nécessiter une
dérogation à certains droits garantis par la Convention
européenne des droits de l'homme », rapporte le
Conseil de l'Union européenne.
L'article 15 de la Convention prévoit la
possibilité d'une telle dérogation « en cas de
danger public menaçant la vie de la nation ».
L'état d'urgence français comprend la
possibilité de perquisitions policières menées
sans mandat ni autre forme de contrôle judiciaire. La police est
aussi autorisée à saisir tout équipement
numérique pouvant contenir de l'information pertinente à
la sécurité nationale.
En surcroît, toute personne « dont le
comportement est soupçonné d'être une menace
à la sécurité et à l'ordre
public » peut être détenue ou assignée
à résidence.
Le premier jour de la COP21, une organisation non
gouvernementale, Global Witness, s'est prononcée sur la
situation dangereuse qui menace « les défendeurs de
l'environnement qui sont sur les premières lignes contre le
changement climatique ». Selon TeleSUR :
« Au moins 640 défendeurs de la terre
et de l'environnement ont été tués suite à
leur activisme dans les six dernières années, depuis les
négociations mondiales sur le climat de Copenhagen en 2009,
selon Global Witness [...]
« Certaines de ces victimes ont
été tuées par les forces de sécurité
au cours d'actions de protestation, tandis que d'autres ont
été simplement ciblées et tuées par des
tueurs à gages.
« À la lumière de ces faits
troublants, Global Witness a appelé les dirigeants mondiaux
à passer à l'action pour protéger ces individus
qui sont sur les premières lignes dans la lutte contre
l'extraction des ressources et d'autres industries qui agissent de
façon destructrice contre l'environnement dans des
régions qui sont parmi les plus
vulnérables aux changements climatiques. »
L'activiste de Global Witness, Billy Kyte,
affirme : « Alors que les délégués
à Paris discutent de solutions à la crise climatique, des
gens ordinaires, loin des coulisses du pouvoir, défendent leur
droit à un environnement sain et sont tués en grand
nombre pour leur geste. Si les gouvernements sont sérieux face
aux dangers de
changements climatiques, la moindre des choses serait qu'ils
protègent les gens qui s'investissent corps et âme
à défendre l'environnement. »

Élection législative au
Venezuela
L'oligarchie s'empare de la majorité
Tôt le 7 décembre, les résultats
préliminaires des élections législatives du 6
décembre au Venezuela ont été annoncés par
Tibisay Lucena, la présidente du Conseil national
électoral (CNE). La « Table de l'unité
démocratique » (MUD), une coalition de partis
d'opposition de droite, a remporté 99 des 167 sièges de
l'Assemblée
nationale du Venezuela, une majorité simple. Le Grand pôle
patriotique (GPP), une coalition qui comprend le Parti socialiste
unifié du Venezuela (PSUV) du président Nicolas Maduro,
détient maintenant 46 sièges. Le CNE a annoncé que
le taux de participation a été de 74,25 %.
Au matin du 7 décembre, il y avait encore 19
sièges dont l'attribution était incertaine. La MUD
pourrait remporter plus de 100 sièges, ce qui lui donnerait la
majorité nécessaire pour avoir le pouvoir de
déposer ou soumettre à la censure les
vice-présidents et les ministres. Avec plus de 111
sièges, elle aurait le pouvoir de modifier les lois,
déposer les magistrats de la Cour suprême et convoquer une
Assemblée constituante.
Le sort de 113 des sièges de l'Assemblée
nationale est décidé par un scrutin uninominal
majoritaire à
un tour dans les 87 districts électoraux du Venezuela et 51
sièges sont choisis à partir d'une liste fermée
par représentation proportionnelle basée sur les 23
États du pays plus le district de la capitale. Trois
sièges sont réservés aux autochtones et ce sont
les communautés autochtones qui élisent ces trois
députés.
Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a pris
la parole en début de journée le 7 décembre et
salué le système électoral du pays et la forte
participation au scrutin. « La constitution et la
démocratie ont triomphé ; nous reconnaissons et
acceptons ces résultats, a-t-il dit. Nous avons perdu une
bataille aujourd'hui mais la lutte
pour un socialisme nouveau ne fait que commencer. » Il a
ajouté : « Nous considérons ce qui est
arrivé comme une claque qui nous réveille et nous pousse
à agir. Ce n'est pas le temps de pleurer, c'est le temps de
lutter. »
Le président a appelé à
« une nouvelle étape de la
révolution », avec « un leadership qui
vient de la base ». Il a dit que « c'est une
contre-révolution qui a gagné, pas
l'opposition », et que « la lutte pour le
socialisme ne fait que commencer ». Maduro a dit que le
peuple vénézuélien est
« expert » dans l'art de reprendre les choses du
début. « Nous sommes venus des rues ; nous
sommes un peuple élevé dans les
difficultés », a-t-il dit.
Le 6 décembre était la 20e élection
à se tenir au Venezuela depuis le début de la
révolution bolivarienne, et une des rares fois où le
mouvement fondé et dirigé par le commandant Hugo
Chávez ait connu une défaite électorale. Plusieurs
ont fait remarquer que les résultats d'élections
précédentes, où les forces bolivariennes ont
gagné, ont été
traités de frauduleux par les impérialistes
américains et l'oligarchie vénézuélienne,
mais ce résultat-ci n'est pas remis en question. Les
Vénézuéliens se défendent contre une guerre
économique menée depuis longtemps par l'oligarchie
étasunienne et régionale pour déstabiliser le
Venezuela et protéger les privilèges historiques de la
bourgeoisie
impérialiste et de l'élite locale. Les
représentants des États-Unis et de l'opposition
vénézuélienne avaient dit qu'ils
considéreraient comme frauduleux tout résultat aux
élections du 6 décembre qui ne serait pas en leur faveur.
Les représentants de l'oligarchie ont
déclaré que leurs principales priorités sont
« l'attraction de l'investissement
étranger » et l'abrogation de la Loi sur les
prix équitables par laquelle on a travaillé à
défendre le peuple vénézuélien contre la
guerre économique menée par les États-Unis et
l'oligarchie en limitant les
profits et en punissant le stockage des biens et la fixation des prix.
Un coup de téléphone fuité en octobre 2015 avait
révélé que les ténors de l'opposition
vénézuélienne appelaient au retour du Fonds
monétaire international au pays et à la
« restructuration économique ».

L'espionnage étasunien bien vivant
en
Amérique latine
- Eva Golinger -
Edward Snowden a révélé au monde
l'art de l'espionnage du 21e siècle
qui est pratiqué contre des millions de gens innocents à
leur insu qui
y pensent maintenant à deux fois avant d'envoyer un texto ou un
courriel. Parmi les documents obtenus par Snowden se trouvent des
rapports et des détails sur la surveillance d'actuels et anciens
chefs
d'États, dont plusieurs d'Amérique latine. La
présidente du Brésil
Dilma Rousseff était outragée des
révélations de l'espionnage de
l'Agence nationale de la sécurité (NSA) contre son
gouvernement,
incluant l'espionnage de son téléphone et de ses
courriels. L'ancien
président vénézuélien Hugo Chavez
était une autre cible importante des
opérations
de la NSA. Et maintenant, Snowden a révélé
l'espionnage et la
pénétration étendus de la NSA dans la compagnie
pétrolière d'État du
Venezuela, PDVSA, l'élément vital de la nation sud
-américaine et le
carburant de la révolution bolivarienne de Chavez.
Seulement trois ans avant qu'Edward Snowden ne devienne
un nom
connu, l'organisation lanceuse d'alertes WikiLeaks avait
déjà publié
tout un ensemble de documents classifiés et secrets du Pentagone
et du
Département d'État qui exposaient l'implication du
gouvernement
américain dans des coups d'État, des campagnes de
déstabilisation,
l'espionnage de masse et des crimes de guerre. Les sales tactiques,
l'usage de la force et les couteaux dans le dos
révélés dans des
communications internes du Département d'État ont offert
un éclairage
sur jusqu'où Washington ira pour imposer son ordre du jour. Les
alliés
sont traités comme des ennemis et les adversaires comme des
partenaires,
en autant que cela serve les objectifs égoïstes de la
puissance
américaine.
Rien de ce que Snowden ou WikiLeaks ont
révélé, aussi incroyable que
cela puisse paraître, n'était une surprise en
Amérique latine. La
région a été sujette à toutes les tactiques
du livre de la CIA afin
d'assurer la domination américaine et le contrôle de son
« arrière-cour ». Durant la plus grande
partie du 20e siècle, les coups
d'États soutenus par les États-Unis et leurs
interventions ont mis au
pouvoir et démis des chefs de gouvernement, imposé les
dictateurs
formés à l'École des Amériques qui ont
torturé, assassiné, fait
disparaître, persécuté et incarcéré
des dizaines de milliers de civils,
perturbant et déstabilisant leurs mouvements
démocratiques et
progressistes,
entraînant leurs nations dans des décennies de noirceur et
de
brutalité. Lorsque les dictateurs ne servaient plus les
visées des
États-Unis, ils ont été remplacés au moyen
de coups d'État ou de
processus électoraux lourdement financés par les agences
américaines,
pour faire en sorte qu'un dirigeant tout aussi inféodé
leur succède.
Il a fallu attendre le début du 21e
siècle, avec l'élection du
président du Venezuela Hugo Chavez, pour que la région
commence à se
libérer de la poigne d'acier de Washington. Chavez a ouvert la
porte à
une vague de dirigeants progressistes et de gauche qui ont
été portés
au pouvoir, élus par des majorités écrasantes au
Brésil, en Argentine,
en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua, au Paraguay, au Honduras
et au
Salvador. Bien sûr la résilience de Cuba face à un
demi-siècle d'un
blocus économique américain paralysant et aux tentatives
sans fin de la
CIA de détruire et de déstabiliser son système,
était le fondement de
la montée de la gauche qui a transformé et
libéré la région.
Après que Chavez a été élu
en 1998 et a commencé à appliquer les
changements affectant des intérêts puissants, des
changements qui
redistribuaient la richesse et nationalisaient le contrôle sur
les
ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz, les
États-Unis ont
appuyé un coup d'État contre lui en 2002 qui l'a
brièvement démis du
pouvoir
et a installé un dictateur choisi par les États-Unis,
l'homme d'affaires
Pedro Carmona. Lorsque les Vénézuéliens ont pris
la rue pour réclamer
leur démocratie, ramenant Chavez au pouvoir, Washington a
continué de
financer et de superviser les efforts pour déstabiliser son
gouvernement, saper ses politiques et affaiblir l'économie et le
commerce
international du Venezuela.
En réponse à cela, l'appui à Chavez
a grandi et ses alliés ont été
portés au pouvoir partout sur le continent, élus pour des
politiques
qui priorisent la justice sociale et le peuple sur le profit. Une
à
une, les agences américaines les ont ciblés,
finançant des coups contre
Evo Morales en Bolivie en 2008, Manuel Zelaya en 2009, Rafael Correa en
Équateur en 2010 et Fernando Lugo au Paraguay en 2012. Les coups
d'État
réussis au Honduras et au Paraguay étaient une tentative
d'affaiblir
l'intégration et la souveraineté de l'Amérique
latine en mouvement, mais
l'échec à renverser Morales et Correa a aidé
à consolider les
organisations régionales comme l'ALBA et l'UNASUR. Cela a
propulsé la création de la Communauté
d'États latino-américains et
caraïbes (CELAC), qui a exclu intentionnellement les
États-Unis et le
Canada.
Néanmoins, les efforts des États-Unis pour
reprendre le contrôle et
l'influence sur la région se poursuivent. Le président
Barack Obama a
réitéré cet objectif de nombreuses fois depuis
qu'il est au pouvoir, en
précisant que les États-Unis doivent «
mener » en Amérique latine et
regarder vers l'avenir, pas le passé. Le fait d'ignorer
l'histoire criminelle atroce de Washington dans
l'hémisphère ne veut
pas dire que les relations vont s'améliorer, surtout que le
même
comportement se poursuit aujourd'hui, voilé sous d'apparents
nobles
prétextes.
Les opérations clandestines, l'espionnage, les
missions secrètes, le
financement clandestin, la guerre psychologique et les tactiques de
changement de régime que les États-Unis ont
employés en Amérique latine
depuis des décennies, se poursuivent aujourd'hui ouvertement et
secrètement. Snowden a révélé la
surveillance continue et l'espionnage
illégal des dirigeants latino-américains, des
gouvernements et des
institutions publiques et privées, tandis que d'autres
enquêtes,
incluant celles de WikiLeaks, ont mis en évidence la vaste gamme
de
stratégies et de tactiques utilisées par les agences
américaines pour
financer des partis politiques, construire des mouvements d'opposition
et affaiblir
des présidents démocratiquement élus qui refusent
de se subordonner à
l'ordre du jour des États-Unis.
Le Venezuela continue d'être une cible clé
de ces tactiques de
déstabilisation. Les agences américaines incluant la
National Endowment
for Democracy (NED), une entité financée par le
Congrès qui finance des
mouvements politiques à l'étranger et l'U.S. Agency for
International
Development (USAID), le bras financier du Département
d'État,
ont investi plus de 100 millions $ d'argent des contribuables pour
construire la coalition anti-Chavez au Venezuela durant la
période
2002-2011. En dépit de cette aide énorme du gouvernement
américain,
l'opposition a été incapable d'obtenir suffisamment
d'appui pour
chasser Chavez par les élections et les diverses tentatives pour
le
détrôner
ont aisément été défaites par ses
partisans. Depuis son décès prématuré
au début 2013, son successeur, Nicolas Maduro est devenu la
cible de
ces efforts.
En ce moment, le Venezuela se prépare pour un
important processus
électoral prévu pour le 6 décembre alors que les
165 sièges législatifs
de l'Assemblée nationale sont en jeu pour
réélection. Le pays vit une
crise économique sévère et la popularité du
président Maduro a chuté.
Alors que Maduro et son administration partagent la
responsabilité pour les politiques et les décisions qui
ont échoué, la
main déstabilisatrice familière du gouvernement
américain est aussi de
la partie. Depuis un an, les États-Unis ont
dépensé plus de 18
millions $ par l'entremise de USAID et de la NED pour financer les
groupes anti-gouvernement au Venezuela, nourrissant le conflit dans ce
pays et gardant en vie une opposition qui manque de cohésion et
d'appui
populaire. Depuis 2014-2015, la NED a canalisé près de 3
millions $US
aux groupes anti-gouvernement au Venezuela, dont une grande partie est
centrée sur les élections législatives. Un montant
de 125 000 $US a été
donné au groupe d'opposition Súmate, créé
par la NED en 2003 afin de mener une campagne pour un
référendum
révocatoire contre le président Chavez. La fondatrice de
Súmate, Maria
Corina Machado, est une figure de l'opposition dont les opinions
extrémistes et les discours de division l'ont placée
à la frange du
mouvement de droite. En dépit de sa participation dans des coups
et des
complots de déstabilisation, le groupe de Machado continue de
recevoir
du financement du gouvernement américain pour intervenir dans
l'élection au Venezuela. 400 000 $US additionnels ont
été alloués pour
un programme qui « appuie les parlementaires et le
développement de
politiques » et plus de 40 000 $ ont été
alloués pour « surveiller l'Assemblée
nationale du Venezuela. » Cela
équivaut à un financement de la part du gouvernement
américain pour
promouvoir les candidats et les politiques pro-États-Unis et
financer
l'espionnage interne au sein de la branche législative
vénézuélienne.
Plus d'un demi million de dollars de financement de la
NED à des
groupes anti-gouvernement cette année au Venezuela va à
leurs
communications sur Twitter et à d'autres médias sociaux
pour combattre
la propagande du gouvernement. Mais la propagande financée par
les
États-Unis n'est pas indépendante ou objective. Et un
autre 474
000 $US est allé aux efforts pour documenter et
disséminer
l'information au sujet de la situation des droits humains au Venezuela,
incluant la préparation de plaintes contre le gouvernement
vénézuélien
devant les organismes internationaux comme la Commission
interaméricaine des droits de l'homme, la Cour
interaméricaine des
droits de
l'homme et la Cour pénale internationale. Ce financement a
coïncidé
avec la montée en flèche des plaintes contre le Venezuela
au cours des
deux dernières années.
En plus du financement et du soutien manifeste à
l'opposition au
Venezuela, le gouvernement américain continue de s'engager dans
des
opérations clandestines pour miner le gouvernement
vénézuélien. En
2005, après que la restructuration de la communauté
américaine du
renseignement ait été complétée, le
directeur nouvellement nommé de la
National Intelligence John Negroponte a créé des
divisions de priorité
de renseignement hautement spécialisées pour s'attaquer
aux « défis du
renseignement » auxquels Washington fait face. Les
divisions, appelées
« gestionnaires de mission », représentent
les plus importantes cibles
de sécurité et de défense pour les
États-Unis. Trois gestionnaires de mission ont été
créés pour le
contre-terrorisme, les armes de destruction massive et la
prolifération
nucléaire. Trois étaient spécifiques à des
pays : gestionnaire de
mission pour l'Iran, gestionnaire de mission pour la Corée du
Nord et
gestionnaire de mission pour Cuba-Venezuela. L'élévation
du Venezuela
au
rang de priorité de renseignements signifie que des ressources
énormes
sont investies pour l'espionnage, la surveillance et les
opérations
spéciales tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur du territoire vénézuélien.
Le premier gestionnaire de mission pour Cuba-Venezuela
était le
vétéran de la CIA Norman A. Bailey, un expert de
l'ère de la guerre
froide dans l'espionnage et la collecte de renseignements en territoire
ennemi. Son mandat n'a duré qu'une année et le suivant en
ligne était
Timothy Langford, un officier de carrière du service clandestin
avec
plus de 25 années d'expérience dans la CIA.
Dans les justifications Top Secret du budget 2008-2009
du Congrès
pour le programme national de renseignement, le directeur du National
Intelligence a mentionné comme objectif clé
« l'identification et
l'administration des 'centres d'excellence' pour fournir des
renseignements pertinents, opportuns et décisifs au sujet de
l'Iran, de
la
Corée du Nord et Cuba-Venezuela. » Un autre objectif
était de « créer
une stratégie d'investissement pour l'Iran, la Corée du
Nord et
Cuba-Venezuela visant à renforcer l'analyse, la collecte et
l'exploitation. » Le document Top Secret de 2009
révélait aussi qu'un
des objectifs du gestionnaire de mission Cuba-Venezuela est de
« développer l'analyse des transitions de
leadership », faisant
référence au « Plan pour une transition
démocratique à Cuba » de
Washington, un effort pour renverser la révolution cubaine et
à
d'autres initiatives pour démettre du pouvoir le
président Hugo Chavez.
Dans son témoignage devant la Commission du
renseignement du Sénat
américain, Timothy Langford a fait référence aux
opérations qui sont
menées au « Centre de fusion du
renseignement » à Colombia, un point
focal de l'espionnage fusionnant les capacités de la NSA, de la
CIA, de
la DEA et de la DIA (renseignement
militaire) pour exécuter des opérations spéciales
dans la région visant
les cibles des États-Unis dont le gouvernement
vénézuélien.
Le gestionnaire de mission Cuba-Venezuela existait
toujours en 2011
mais depuis lors l'information publique qui est disponible sur ses
opérations a été camouflée. La Direction
générale du budget national du
renseignement 2015 faisait état d'un budget de 53
milliards $US, dont
une partie importante est consacrée aux priorités
stratégiques clés de renseignement, comme le Venezuela.
Le Venezuela détient les plus grandes
réserves certifiées de pétrole
sur la planète et sera toujours une cible des
intérêts les plus
puissants. Une histoire pas si lointaine de la politique
américaine en
Amérique latine nous rappelle que Washington fera ce qu'il faut
pour
assurer le contrôle de la région et de ses ressources.

Un gouvernement pressé de
répéter les mensonges de l'Holodomor
La perfidie des falsifications de l'histoire
- Dougal MacDonald -

La falsification de
l'histoire se répète.
À gauche, le ministre conservateur de la Citoyenneté et
l'Immigration d'alors, Jason Kenney (à droite), signe une
entente avec le président de Tribute to Liberty, Ludwik
Klimkowski, pour financer avec des fonds publics le monument
anticommuniste en hommage aux collaborateurs nazis, le 23 août
2013.
À droite, le chef libéral, Justin Trudeau, et des
candidats libéraux rencontrent le Congrès ukrainien
canadien archi-réactionnaire pour discuter des falsifications
similaires de l'histoire, le 13 octobre 2015. (CIC, liberal.ca)
Le nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau
se montre empressé de répéter les mensonges au
sujet de l'« Holodomor ». Le 13 octobre 2015,
alors qu'il était encore candidat, Trudeau a rencontré
les
dirigeants de l'archi-réactionnaire Congrès ukrainien
canadien pour discuter de leurs priorités, dont l'une est la
« semaine
nationale de sensibilisation à l'Holodomor ».
L'année précédente, le 17 novembre, Trudeau, en
tant que chef du caucus libéral, s'était joint au
premier ministre Harper pour promouvoir les falsifications de
l'histoire lancées en premier par les nazis et maintes fois
exposées depuis. « Il y a plus de 80 ans, lors du
génocide de
l'Holodomor, des millions d'Ukrainiens ont systématiquement et
délibérément été privés de
nourriture alors que l'on tentait de piller le pays et de
détruire un peuple », avait-il déclaré
alors. Le 19 novembre 2014, à la Chambre des communes, son
actuelle ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, avait
qualifié l'Holodomor de
« génocide
délibéré. » Cela montre un penchant
à succomber à des positions idéologiques
réactionnaires extrémistes, notamment la promotion des
falsifications nazies utilisées pour faire passer les nazis
ukrainiens pour des combattants de la liberté, et à une
définition tendancieuse des droits de l'homme tirée de la
guerre froide.
La vérité est que bien que l'Union
soviétique connaissait des temps difficiles en 1932-1933,
principalement à cause de la longue campagne interventionniste
des puissances impérialistes contre la nouvelle Union
soviétique commencée par l'invasion de la Russie
soviétique en 1918, à laquelle des troupes canadiennes
ont participé, il n'y a jamais
eu de « famine artificielle » en Ukraine. Au
début des années 1930 avait lieu une lutte de classes
cruciale dans toute l'Union soviétique au cours de laquelle les
paysans pauvres sans terre se sont soulevés contre les riches
propriétaires terriens, les koulaks, et ont commencé la
lutte pour la collectivisation de l'agriculture.
Ce sont les nazis qui ont créé le mythe de
la famine ukrainienne en 1933 pour discréditer l'Union
soviétique, l'ennemi qu'ils redoutaient le plus. Les nazis ont
publié des pages entières de
« nouvelles » dans les journaux allemands, qui
ont été reprises par la presse réactionnaire
britannique comme le Daily Mail de
Londres dont le propriétaire, lord Rothermere, était un
ami d'Hitler et de Mussolini. Puis, en septembre 1934, le milliardaire
William Randolph Hearst, le plus grand éditeur américain
de la « presse à sensation » et un
partisan du nazisme, a rencontré Hitler et son ministre de la
propagande nazie, Joseph Goebbels, et reçu des fonds en
liquide pour promouvoir une image positive des nazis aux
États-Unis. Les journaux de Hearst ont publié de
nombreuses colonnes payées par Adolf Hitler, Herman Goering et
Benito Mussolini, et Randolph Hearst a assisté au grand
rassemblement du Parti nazi à Nuremberg en 1934.

Photos
falsifiées d'une exposition du Service de
sécurité de l'Ukraine pour faire la promotion de
l'Holodomor présentée à Sébastopol en mars
2009. Les photos ont été sous-titrées pour dire
qu'elles étaient de la prétendue famine de 1932-33, mais
il a été démontré que les trois sur la
gauche étaient des photos de la grande dépression aux
États-Unis et celle à droite de la Russie en 1921. (www.nr2.ru) |
Les journaux de Hearst sont devenus les plus grands
propagandistes du mythe de la famine ukrainienne et ont utilisé
de fausses photographies et publié des mensonges qui ont
été réfutés, preuves à l'appui,
à maintes et maintes reprises. La campagne de Hearst a
été lancée le 8 février 1935 avec un titre
de première page inventé dans le American Chicago :
« Six
millions
meurent
de faim en Union soviétique ». Utilisant du
matériel fourni par l'Allemagne nazie, Hearst a commencé
à publier régulièrement des mensonges sur un
génocide qui était prétendument orchestré
délibérément par les dirigeants soviétiques.
Les articles de presse de Hearst dans lesquels il
était affirmé à tort qu'il y avait une famine
artificielle en Ukraine sont à l'origine de la grande
falsification que des millions de personnes sont mortes de faim en
Union soviétique. Ces mythes ont été repris par la
CIA et le MI5, par les responsables de la chasse aux sorcières
maccarthyste aux
États-Unis et par des propagandistes payés comme le
professeur de Stanford Robert Conquest, un ancien agent du MI5.
Conquest a consacré sa vie à la propagande
antisoviétique alors qu'il travaillait à l'Institut
Hoover, une extension du Département d'État des
États-Unis, et a eu comme collègues Condaleezza Rice et
Donald Rumsfeld. Pendant
des décennies, les calomnies de Conquest et d'autres du
même acabit ont servi à donner une impression
négative du socialisme en URSS pour tromper les travailleurs et
leurs alliés.
Aujourd'hui, les cercles dirigeants canadiens, leurs
médias monopolisés et leurs idéologues
universitaires montrent leur vrai visage en faisant la promotion du
grand mensonge de l'Holodomor tout en restant totalement muet sur
l'extermination de plus trois millions de personnes en Ukraine par les
nazis et leurs collaborateurs. Apparemment,
c'est « de l'histoire ancienne ». Ils restent
silencieux également sur le fait que l'État canadien a
laissé entrer au Canada des criminels de guerre nazis connus,
parmi eux des criminels d'Ukraine, et les a protégés
ensuite contre des poursuites. Cela inclut, par exemple, les 2 000
membres de la Division SS Galicie, composée de
volontaires ukrainiens, qui avaient combattu contre les armées
canadiennes et soviétiques et a été
condamnée comme organisation criminelle au procès de
Nuremberg. Enfin, les milieux dirigeants ne parlent jamais du
gouvernement actuel de l'Ukraine et de ses forces armées qui
comptent dans leurs rangs des néonazis avoués qui
portent
ouvertement des symboles nazis, comme les six membres du parti Svoboda
au Parlement et le millier d'hommes du bataillon Azov.
La campagne de désinformation de l'Holodomor est
menée au nom de la liberté, de la démocratie, des
droits humains et de la primauté du droit. Cette
désinformation vise à cacher le fait historique
irréfutable que ce sont l'Union soviétique, les
communistes et Staline qui ont dirigé la lutte mondiale contre
le fascisme et ont joué un rôle majeur
dans la défaite des nazis hitlériens. Aujourd'hui, cette
désinformation vise également à cacher que les
impérialistes anglo-américains attisent le danger d'une
guerre encore plus grande pour isoler la Russie. Leur but est
d'encourager les forces fascistes en les appuyant par tous les moyens
pour qu'elles s'organisent contre les peuples, en cautionnant
le terrorisme d'État et en cherchant à contenir
l'extrême droite tout en prenant son rôle néfaste au
nom de valeurs civilisées, de la liberté, de la
démocratie et de la prospérité économique.
Pour cela, ils permettent la résurgence du nazisme en Ukraine et
dans d'autres pays. Par exemple, il a été annoncé
le 9 avril 2015 que le Parlement ukrainien
(Rada) avait adopté une loi qui reconnaît officiellement
les Ukrainiens qui ont collaboré avec les nazis comme des
« combattants de la liberté ».
Les mensonges de l'Holodomor font partie des tentatives
incessantes des cercles dirigeants de renverser le verdict des peuples
qui depuis longtemps ont condamné le nazisme à la
poubelle de l'histoire et mobiliser les nazis modernes comme troupes de
choc contre le peuple.
Cela ne doit pas passer !

70e anniversaire des procès de
Nuremberg
Le châtiment inévitable
- Yury Rubtsov -
Les accusés nazis
devant le Tribunal militaire
international au procès de Nuremberg, tenu du 20 novembre 1945
au
1er octobre 1946
Ceux qui ont recours à la force, réelle ou
imaginaire, et à la violence pour asservir d'autres nations
n'ont rien retenu des leçons de l'histoire. Que ce soit les
bombardements de l'ancienne Yougoslavie, les guerres en Irak et en
Libye, l'arrivée au pouvoir du régime néonazi en
Ukraine ou le soutien aux groupes terroristes en Syrie - il y a
toujours des gens en particulier qui initient, financent et commettent
les crimes contre la paix et l'humanité. Ils devraient tirer les
leçons des procès pour crimes de guerre de Nuremberg
tenus il ya 70 ans.
L'idée de ces procès a été
avancée presque simultanément par tous les parties de la
coalition antihitlérienne. Dès le 22 juin 1941, l'Union
soviétique a déclaré que les dirigeants nazis
devaient être jugés pour avoir déclenché la
guerre.
La nécessité d'un procès
international pour les criminels a été indiquée
initialement le 14 octobre 1942 dans la déclaration du
gouvernement soviétique « De la responsabilité
des agresseurs hitlériens et de leurs complices pour des crimes
commis dans les pays occupés d'Europe ». Il
déclarait « Le gouvernement soviétique
estime qu'il est essentiel de déférer sans délai
à la justice du tribunal international spécial, et de
punir selon toute la sévérité du code
pénal, tous dirigeants de l'Allemagne fasciste qui, dans le
cadre de la guerre, sont tombés entre les mains des États
luttant contre l'Allemagne hitlérienne. »
À leur tour, les gouvernements des
États-Unis et de la Grande-Bretagne ont fait les
déclarations sur la responsabilité des hitlériens
des crimes odieux commis contre l'humanité en octobre 1941. La
décision de créer un tribunal international a
été prise par les puissances alliées lors de la
Conférence de Potsdam. L'accord stipule :
« Les criminels de guerre et les individus qui ont
participé aux plans ou à l'exécution des
entreprises nazies, tendant ou aboutissant à des
atrocités ou à des crimes de guerre, seront
arrêtés et traduits en jugement. Les chefs nazis, les
adhérents influents du parti et les hauts dignitaires des
organisations et des institutions nazies, de même que
toutes les autres personnes dangereuses pour l'occupation alliée
ou les buts qu'elle se propose, seront arrêtés ou
internés. »
L'Accord concernant la poursuite et le châtiment
des grands criminels de guerre des Puissances européennes de
l'Axe et statut du tribunal international militaire du Gouvernement
Provisoire de la République française et des
gouvernements des États-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni
de Grande-Bretagne et de l'Irlande du Nord, et de l'Union
des Républiques Socialistes Soviétiques a
été signé à Londres le 8 août 1945
(19 autres États ont ensuite signé cet accord). Le
tribunal était composé des juges égaux en
droits : le major général Iona Timofeïevitch
Nikitchenko, vice-président de la Cour suprême de l'URSS,
M.
Francis Biddle, procureur général des États-Unis
pendant la Deuxième Guerre mondiale, Geoffrey Lawrence, Lord
juge d'appel et représentant du Royaume Uni de Grande-Bretagne
et le professeur Henry Donnedieu de Vabres, représentant du
gouvernement provisoire de la République française.
Le président britannique du Tribunal, le juge
Geoffrey Lawrence, a ouvert le procès, le qualifiant d'
« unique dans l'histoire de la jurisprudence du monde et
d'une importance suprême pour des millions de gens partout dans
le monde ».
Il était unique, en effet. Pour la
première fois dans l'histoire, les Nations unies, pas juste une
seule nation, étaient prêtes à punir ceux qui ont
agi en violation du droit international généralement
reconnu et commis des crimes odieux contre le monde et
l'humanité. Le but était d'éviter que de tels
événements ne se reproduisent jamais.
Vingt-quatre dirigeants politiques et militaires sont
inculpés, presque tous les hauts dirigeants du Troisième
Reich, à l'exclusion d'Adolf Hitler, d'Heinrich Himmler, chef de
la police allemande, chef de la SS (escadron de protection) du parti
nazi et chef de l'Office central de la sécurité du Reich,
et Paul Joseph Goebbels, ministre de la
propagande du Reich dans l'Allemagne nazie de 1933 à 1945 - ils
s'étaient tous suicidés avant les procès. Martin
Bormann, un haut dignitaire de l'Allemagne nazie et chef de la
chancellerie du parti nazi, a été jugé par
contumace parce que présumé en fuite.
Les inculpés ont été accusés
d'avoir déclenché la guerre pour imposer leur domination
au monde, ce sont les crimes contre la paix ; d'assassinats, de
mauvais traitements ou de la déportation pour les travaux
forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les
territoires occupés, d'assassinat ou de mauvais traitements des
prisonniers de guerre ou des personnes en mer, d'exécution des
otages, de pillage des biens publics ou privés, de destruction
aveugle des villes ou villages ou de dévastation que ne
justifient pas les exigences militaires, ce sont les crimes de
guerre ; d'assassinat, d'extermination, de réduction en
esclavage, de déportation et tout autre acte
inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant
la guerre, ou bien de persécutions pour des motifs politiques,
raciaux ou religieux, ce sont les crimes contre l'humanité. Le
procureur en chef de l'Union soviétique à Nuremberg,
Roman Roudenko, le procureur de la République socialiste
soviétique d'Ukraine à l'époque, avait
parfaitement raison d'affirmer que les criminels « se sont
emparés de l'ensemble de l'État et fait de cet
État un instrument de leurs crimes monstrueux ».
Une copie de l'acte d'accusation en langue allemande a
été remise à chacun des accusés
détenus au moins 30 jours avant l'ouverture du procès, et
ils ont eu toutes les facilités pour préparer leur
défense. Tous les accusés avaient des avocats allemands.
Avec le consentement des procureurs, ils ont reçu tous les
documents afin de produire des
preuves écrites en allemand. La défense a
été soutenue dans ses efforts pour trouver et recevoir
des documents et convoquer des témoins. Ces faits
réfutent les accusations avancées alors et par la suite
que les décisions du Tribunal international reposaient sur le
droit des vainqueurs qui fait que le plus fort a toujours raison et que
le faible a toujours
tort. Les droits des accusés ont été strictement
respectés afin de rendre des décisions équitables.
La loi a été observée à la
lettre. C'est ce qui a marqué le procès. La Cour a
entendu 116 témoins convoqués par les procureurs et la
défense. Quatre mille documents ont été
étudiés afin de produire des preuves. Les documents
officiels produits par les accusés eux-mêmes avant les
procès ont été priorisés.
Les défendeurs ont tenté de rejeter toute
responsabilité et de faire porter la responsabilité de
tout à Hitler. Ils ont également accusé Himmler
qui avait fait des agences de sécurité qu'il dirigeait de
véritables instruments de mort. Pas un seul défendeur n'a
reconnu sa culpabilité. Des preuves irréfutables ont
été produites au cours du procès à
l'effet que les structures dirigées par Himmler n'étaient
pas les seules à blâmer pour les massacres et autres
crimes. D'autres organismes, notamment le haut commandement de la
Wehrmacht, y ont également participé. En outre, le
Tribunal militaire international a appliqué scrupuleusement le
principe IV : « Le fait d'avoir agi sur
l'ordre de son gouvernement ou de celui d'un supérieur
hiérarchique ne dégage pas la responsabilité de
l'auteur en droit international, s'il a eu moralement la faculté
de choisir. »
Le Tribunal a reconnu comme criminels la SS, le SD, la
Gestapo ainsi que les hauts dirigeants du Parti national-socialiste des
travailleurs allemands. Cela a permis que les coupables réels
aient à faire face à la responsabilité pour leurs
méfaits. Le tribunal se fondait sur le principe juridique
fondamental : une personne juridique est
criminellement responsable pour un crime. Si une organisation a
été reconnue criminelle par le Tribunal militaire
international, le verdict ne peut pas être révisé
par les tribunaux d'un État. Les dirigeants des États
baltes, de l'Ukraine et d'autres pays qui prétendent que leurs
collaborateurs, qui ont servi dans les rangs de la SS, sont des
combattants
pour l'indépendance nationale devraient s'en souvenir. Selon le
verdict, 12 personnes reconnues coupables, notamment Hermann Goering,
Joachim Von Ribbentrop, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Alfred
Rosenberg et Martin Bormann (par contumace), ont été
condamnées à mort par pendaison. Sept ont
été condamnées à des peines
d'emprisonnement . Trois acquittées. Les exécutions de
Nuremberg ont eu lieu le 16 octobre 1946, après que les appels
à la clémence aient été rejetés par
le Conseil de contrôle.
Pour la première fois dans l'histoire,
l'agression a été reconnue comme un crime grave. Les
notions de complot international, de propagande de guerre et de
planification, de préparation et déclencher une guerre
d'agression ont été introduites dans le droit
international. La participation à ces activités a
été reconnue comme criminelle et les
auteurs doivent être punis avec toute la rigueur de la loi.
Il est triste aujourd'hui que dans certains pays,
notamment ceux qui, avec l'URSS, étaient parties de la
coalition, il y ait des forces qui appellent à la
révision du Tribunal de Nuremberg. Elles essaient de
réviser les normes du droit international établies lors
des procès tenus par les nations victorieuses. Ces tentatives
menacent de saper
l'ensemble du système juridique international. Elles peuvent
conduire à des guerres d'agression et au recours à des
moyens barbares d'anéantissement.

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