Le Marxiste-Léniniste

Numéro 50 - 9 décembre 2015

Ouverture de la première session
du 42e Parlement

Élection du président de la Chambre
Levons le voile sur le programme des libéraux

Conférence de Paris sur le climat
Le gouvernement Trudeau prend le chemin de la fortune
sur le dos des changements climatiques

Message du Réseau à la défense de l'humanité
Les droits autochtones sous le couperet dans l'Accord de COP21 de Paris
Manifestations en défi des interdictions à Paris et marche
mondiale pour le climat

Développements à la conférence

Élection législative au Venezuela
L'oligarchie s'empare de la majorité
L'espionnage étasunien bien vivant en Amérique latine
- Eva Golinger -

Un gouvernement pressé de répéter les mensonges de l'Holodomor
La perfidie des falsifications de l'histoire
- Dougal MacDonald -

70e anniversaire des procès de Nuremberg
Le châtiment inévitable
- Yury Rubtsov -


Ouverture de la première session du 42e Parlement

Élection du président de la Chambre

Le 3 décembre, le premier point à l'ordre du jour du Parlement était l'élection du président de la Chambre. Geoff Regan (Halifax-Ouest)[1] a remporté l'élection, devant les autres candidats libéraux Denis Paradis et Yasmin Ratansi et le conservateur Bruce Stanton. Le décompte final des votes n'a pas été annoncé.

Dans son discours d'acceptation, Regan a dit qu'il ne tolérerait pas de chahut ou de comportement antiparlementaire. Il a dit que plus de 116 000 Canadiens sont enterrés à l'étranger pour que nous puissions parler librement ici et exprimer nos opinions. Il a ajouté que le comportement des parlementaires doit être digne des sacrifices qu'ils ont faits et a souhaité la bienvenue à tous au 42e Parlement du Canada. Le sergent d'armes de la Chambre a alors récupéré sous une table la masse de la Chambre des communes qui représente l'autorité de la souveraine et l'a déposée sur son piédestal de bronze.

À la demande du président, le premier ministre s'est ensuite adressé à la Chambre. Trudeau a dit que c'était la première occasion qu'il avait de s'adresser aux Canadiens depuis ce fauteuil dans la Chambre des communes. « Tous les députés s'efforceront jour après jour de mériter la confiance qu'ils nous ont accordée individuellement et collectivement. » Il a également remercié les gens de sa circonscription montréalaise de Papineau. Il a ensuite offert ses félicitations au président.

« Dans ce rôle, en tant que président, vous aurez très certainement la confiance de tous nos collègues », a déclaré Trudeau. Il a dit qu'à sa connaissance seulement deux femmes dans l'histoire du Canada ont eu « le triste honneur d'être à la fois la fille, la femme et la mère d'un député ». L'une est sa mère, l'autre est celle du président. Trudeau a noté que la mère de Regan était présente. « C'est dans un esprit d'ouverture et de transparence que je révèle ces liens de parenté », a-t-il dit et il a également offert ses salutations à Mauril Bélanger qui s'est retiré auparavant de la course à la présidence de la Chambre lorsqu'il a appris qu'il souffrait de la sclérose latérale amyiothrophique.

Trudeau a alors promis une plus grande ouverture et de donner « aux Canadiens et à tous les députés une voix à Ottawa et à la Chambre ». Cela veut dire « permettre aux comités de jouir d'une plus grande indépendance, réformer la période des questions et accroître le nombre de votes libres ».

La chef de l'opposition, Rona Ambrose, a ensuite pris la parole. Au nom du caucus conservateur, elle a félicité le président pour son élection. Elle a parlé de l'histoire ininterrompue de la présidence qui a commencé en Angleterre en 1376, durant le « bon Parlement ». Le Parlement suivant a été connu comme le « mauvais Parlement », a-t-elle dit, pas à cause de ce qu'ont fait les administrations de l'époque mais des efforts de ces parlements de surveiller le gouvernement. Ambrose a dit que nous, l'opposition, « allons travailler fort pour faire partie de ce que les historiens appelleront plus tard un grand Parlement ». Cela veut dire que « vous pouvez compter sur notre coopération en tout temps et en toute circonstance », a dit Ambrose au président. Elle a dit que le premier ministre « peut compter sur notre coopération et notre appui quand il agit dans le meilleur intérêt des Canadiens ». Mais « si le premier ministre se demande ce que je suis prête à faire s'il n'agit pas dans le meilleur intérêt des Canadiens, je lui dis ' regardez-moi bien aller ' », a dit Ambrose.

Le chef du NPD Thomas Mulcair a été le prochain à parler et il a félicité le président, au nom de « l'opposition progressiste du Nouveau Parti démocratique ». Il a lui aussi promis la coopération du NPD et dit que le rôle de président est essentiel pour que tous les élus soient traités de façon équitable. Mulcair a rappelé ce que le président avait dit au sujet du chahut et a dit que le président peut compter sur l'appui du NPD sur cette question. Il a ajouté que le NPD n'a pas été un adepte du chahut lors de la session précédente, ce qui lui a valu des huées et des rires. Durant la prochaine session, il y aura des débats vigoureux sur les questions importantes, a dit Mulcair. Il a déclaré qu'une vague de changement a secoué le Parlement et souligné le fait qu'il y a plus de députés autochtones que jamais auparavant dans l'histoire, ce dont nous pouvons tous être fiers. Le NPD va s'assurer que le gouvernement « passe de la parole aux actes » et sera « prêt à aider le nouveau gouvernement à concrétiser et à respecter le changement tant souhaité par les Canadiens ». Mulcair a dit que l'opposition néo-démocrate sera constructive, proposera des solutions et offrira son aide pour réaliser le genre de changement que veulent les Canadiens, et prendra toujours des positions de principe « alors que nous allons de l'avant avec espoir et optimisme ».

Le chef intérimaire du Bloc québécois Rhéal Fortin a ensuite félicité le président et les autres candidats. Il a dit que le Bloc exprime aussi ses voeux de solidarité envers Mauril Bélanger. La chef du Parti Vert Elizabeth May n'a pas parlé et on ne sait pas si elle était présente.

Le président a ensuite annoncé que le gouverneur général inaugurera officiellement la 1ère session du 42e Parlement du Canada le jour suivant et la séance a été levée pour la journée.

Note

1. De 2003 à 2006, Regan a été ministre des Pêches et Océans dans le gouvernement de Paul Martin ainsi que ministre régional pour la Nouvelle-Écosse. Il a été député de Halifax-Ouest de 1993 à 1997 et puis de nouveau à partir de 2000. Regan a déjà pratiqué le droit immobilier et commercial. Après l'élection fédérale de 2004, Regan a été nommé pour agir à titre de ministre de la Justice et procureur général du Canada, dans l'affaire Maher Arar. Après la défaite du gouvernement libéral à l'élection de 2006, il a été nommé par Bill Graham, chef intérimaire de l'opposition officielle, dans le cabinet fantôme à titre de critique de l'opposition officielle en matière de ressources humaines et développement des compétences. En janvier 2007, il a été nommé au comité des priorités et de la planification nouvellement créé par les libéraux, lequel a été présidé par le chef de l'opposition libérale de l'époque, Stéphane Dion. En mars 2008, Regan a été nommé président du comité du caucus sur la durabilité environnementale. Regan a également été vice-président du Comité permanent de la Chambre des communes sur l'environnement et le développement durable. Il a été le porte-parole libéral et critique en matière des ressources naturelles sous le chef Justin Trudeau et vice-président du Comité permanent des ressources naturelles. Les libéraux disent que, durant son mandat en tant que ministre, Regan a joué un rôle décisif dans l'Entente sur les ressources extracôtières de 2005.

Haut de page


Levons le voile sur le programme des libéraux

Le gouverneur général a ouvert officiellement le 42e Parlement du Canada avec le discours du trône le vendredi 4 décembre. Le discours, d'une durée de 15 minutes, est intitulé « Réaliser le vrai changement ». Il fait juste un peu plus de 1600 mots et comprend sept sections : une introduction, « Croissance de la classe moyenne », « Un gouvernement ouvert et transparent », « Un environnement sain et une économie forte », « La diversité fait la force du Canada », « Sécurité et possibilités » et une conclusion. Suite à la présentation du discours, la Chambre des communes a entrepris un débat sur une motion en faveur d'une Adresse en réponse au discours du Trône qui va se poursuivre jusqu'à vendredi, 11 décembre. La Chambre a ajourné ses travaux à 17 h 05 après que le leader du gouvernement à la Chambre, Dominic LeBlanc, ait informé les députés de l'horaire des travaux de la semaine.[1]

Les libéraux disent qu'ils peuvent donner des raisons aux Canadiens d'avoir confiance dans les institutions désuètes de l'État des monopoles en faisant des réformes sous la bannière de la transparence, de l'ouverture, de la consultation et de la réforme électorale. En fait, leurs réformes semblent revenir aux propositions qui ont été faites pour sauver le statu quo dans les années 1990. Au lieu de combler le besoin de renouveau politique, ces réformes vont renforcer le privilège plutôt que de l'éliminer et enchâsser les pouvoirs de prérogative du gouvernement et le droit de monopole sur les fronts économique et politique.

Une question importante à se demander est si les mesures qu'ils proposent vont aider le peuple ou maintenir le pouvoir politique fermement dans les mains du parti et des ministres qui gouvernent pour le compte des monopoles ?

Selon le discours du trône, on peut rétablir la confiance dans les institutions canadiennes « en faisant preuve de plus d'ouverture et de transparence ». Cela veut dire modifier la méthode par laquelle les votes sont comptés lors des élections générales pour faire en sorte que « l'élection de 2015 aura été la dernière à être menée selon le système électoral majoritaire à un tour », mettre sur pied un processus « fondé sur le mérite » en ce qui concerne les nominations au Sénat et favoriser « la tenue de débats ouverts et le recours au vote libre » et réformer et renforcer les comités. On y lit aussi que le gouvernement « n'utilisera pas les publicités du gouvernement à des fins partisanes, il n'entravera pas le travail des agents parlementaires, et il n'aura pas recours à des mécanismes tels que la prorogation et les projets de loi omnibus pour éviter les examens minutieux ».

Le programme présenté dans le discours du trône serait le « fruit de conversations avec les Canadiens et Canadiennes, lesquels ont clairement et franchement indiqué au gouvernement ce dont ils ont besoin pour réussir ». On ne précise pas qui sont ces Canadiens mais les libéraux semblent faire référence à la campagne qu'ils ont menée avant et pendant les élections, ce qui n'augure rien de bon en ce qui concerne le genre de consultation qu'ils ont en tête. Le discours mentionne que le Canada « peut être meilleur » et que « nous devons plus que jamais être avisés et bienveillants ». Le Canada « prospère en grande partie parce que les diverses perspectives et opinions y sont célébrées, et non tues », a dit le gouverneur général.

Selon le discours du trône, « ce qui est le plus important » pour les Canadiens, ce sont « des mesures qui favorisent la croissance économique, créent des emplois, renforcent la classe moyenne et aident ceux et celles qui travaillent fort pour en faire partie ». Les mesures évoquées dans le discours à ce sujet sont « une baisse d'impôts pour la classe moyenne », une « nouvelle allocation canadienne aux enfants », des changements qui améliorent le Régime de pensions du Canada et renforcent le système d'assurance-emploi et le travail avec les provinces et les territoires pour « rendre l'éducation postsecondaire plus abordable » et « mettre en place un nouvel accord sur la santé ».

Le discours du trône met aussi l'accent sur l'importance de « l'investissement public » dans « le transport en commun, les infrastructures vertes et les infrastructures sociales », mais ne dit pas si cet investissement se fera dans une infrastructure sous propriété et contrôle public ou dans l'infrastructure privatisée et financée publiquement dont les ministres libéraux sont les promoteurs.

Le discours du trône ne comprend aucune mention du secteur manufacturier ou de sa destruction en cours ni de la nécessité de restreindre le droit de monopole ou de réformer la Loi sur Investissement Canada. Les travailleurs, leur rôle dans la création de la valeur dont la société dépend et leurs droits ne sont pas mentionnés. Les travailleurs des postes ont fait remarquer que le discours est muet sur le rétablissement de la livraison du courrier à domicile qui a été éliminée par Postes Canada sous le gouvernement conservateur, et la ministre des Services publics et Approvisionnement Canada Judy Foote a déclaré le 4 décembre que le gouvernement ne va pas restaurer la livraison du courrier à domicile dans son entièreté.

Les promesses du gouvernement envers les peuples autochtones, son engagement à accepter 25 000 réfugiés syriens et à appuyer les anciens combattants et la société CBC/Radio-Canada et la culture canadienne font partie de la section « La diversité fait la force du Canada ». Le discours du trône déclare que le gouvernement va rétablir « la relation de nation à nation entre le Canada et les peuples autochtones, une relation fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la coopération et le partenariat ». Il va agir ainsi parce qu'il s'agit « de la bonne marche à suivre et aussi d'une façon de stimuler la croissance économique ». En entrevue au réseau CPAC suite à la présentation du discours du trône, la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, a dit que cette approche va reposer essentiellement sur une plus vaste consultation avec les peuples autochtones en ce qui concerne les actions du gouvernement. Elle a dit que le gouvernement va commencer un « engagement pré-enquête » avec les familles et les organisations pour préparer le lancement de l'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Le discours du trône place côte-à-côte « sécurité » et « possibilités ». La première priorité du gouvernement est de renforcer « ses relations avec ses alliés, notamment avec les États-Unis, son meilleur ami et partenaire ». Le gouvernement va également renouveler son engagement « à l'égard des opérations de maintien de la paix des Nations unies et continuera de collaborer avec ses alliés dans la lutte contre le terrorisme ». Il va faire des investissements « pour bâtir une force militaire rationalisée, plus souple et mieux équipée ». Il n'y a aucune mention dans le discours de la participation du Canada à la guerre en Irak et en Syrie ni de la promesse des libéraux de mettre fin à la campagne de bombardements du Canada dans ces pays qui se poursuit encore aujourd'hui. Dans cette même section, le gouvernement dit qu'il va négocier « des ententes commerciales avantageuses et saisira d'autres occasions dans les marchés émergents ».

Consultation, ouverture, transparence et réforme

Le discours du trône se conclut par l'affirmation que « le gouvernement réalisera le vrai changement ». Selon le discours, c'est ce que le gouvernement va faire et « il s'agit en fait du résultat inévitable lorsque les Canadiens et Canadiennes travaillent de concert ». Le gouvernement fonde son affirmation qu'il va faire différentes choses sur le mandat qu'il dit avoir reçu. L'élection des libéraux est censée leur avoir donné un mandat de gouverner au nom de l'électorat bien que l'électorat n'ait aucun moyen de contrôler les politiques que ces élus vont chercher à mettre en oeuvre. Puisqu'il forme un gouvernement majoritaire, le Parti libéral peut gouverner seul et les députés individuels n'ont pas le pouvoir eux non plus d'influer sur les politiques en dépit des engagements de tenir plus de « votes libres ».

À cet égard, le discours du trône et l'ordre du jour libéral constituent une admission que les Canadiens n'ont pas en mains le pouvoir politique et ce manque indique la nécessité que le peuple bâtisse ses propres forums politiques pour se donner du pouvoir.

En dépit de tout cela, le gouvernement cherche à donner l'impression que les Canadiens ont participé à la formulation des politiques du gouvernement et que le mandat de les mettre en oeuvre vient de cette participation. Dans une déclaration du bureau du premier ministre au sujet du plan présenté dans le discours du trône, Justin Trudeau a dit : « Nous avons formulé ce plan en écoutant ce que les Canadiens avaient à dire. Il est le miroir de leurs priorités, de leurs intérêts et de leurs ambitions ». Il dit que son gouvernement va travailler « dans un plus grand esprit d'ouverture et de transparence » et cela veut dire que « nous mènerons des consultations sur des réformes électorales et nous les mettrons en oeuvre par la suite ». En fait, la pratique de consultation à laquelle se réfère Trudeau est un trait de la crise politique dans laquelle les institutions du Canada sont plongées et fait partie d'un processus dont l'objectif est la préservation du statu quo. Le gouvernement a le pouvoir de tenir des consultations sous de multiples formes et il peut le faire selon son propre ordre du jour et son propre cadre de référence sur toutes les questions. Une fois que les opinions et les propositions ont été présentées, le peuple n'a dans ses mains aucun mécanisme qui garantisse que ces opinions vont être écoutées et encore moins traduites en politique ou législation gouvernementale.

Que sont ces notions d'ouverture, de transparence, de responsabilité et de réforme électorale que le gouvernement Trudeau appelle le vrai changement ? C'est cela le coeur du problème si l'on veut comprendre l'ordre du jour des libéraux. Hardial Bains nous éclaire sur cette question dans le livre Un pouvoir à partager où il discute de comment sont utilisés ces mécanismes pour garder le peuple sans pouvoir :

« Un autre mécanisme servant à la préservation du pouvoir et qui est aujourd'hui l'objet d'ostentation est la notion de transparence. Tout en donnant l'impression d'ouverture, la transparence se définit comme étant le droit du gouvernement de retenir le plus d'information possible au nom de l'intérêt national ou de la sécurité nationale. Les citoyens ne sont pas dans le secret des gouvernements. Ils ne savent pas comment les décisions sont prises, qui les prend ou qui les influence ou comment elles sont appliquées. Les gouvernements parlent d'inclusion et certaines lois veillent à la défense de la liberté d'information, mais de vastes pouvoirs discrétionnaires confèrent aux gouvernements l'autorité de décider ce qui est et ce qui n'est pas dans l'intérêt public. Il n'y a pas de mécanisme faisant en sorte que le processus de prise de décision se déroule au su et au vu du public, sans compter que rien ne garantit la participation des citoyennes et citoyens à ce processus ou que la décision finale appartient au peuple. La participation au processus budgétaire qu'on promet aujourd'hui, par exemple, ne sera que pour les apparences, puisque c'est le gouvernement qui décide ce qui sera discuté, comment cela sera discuté et quelle décision il faudra prendre. La pratique actuelle ne changera pas quant au fond, le but de cette proposition n'étant que de rehausser la crédibilité du gouvernement et de ses politiques budgétaires.

« La notion de transparence va de pair avec l'obligation de rendre des comptes. En fait, il n'existe pas de mécanisme obligeant les élus ou les gouvernements à rendre des comptes à l'électorat. Le seul recours des citoyennes et citoyens est d'élire un autre gouvernement aux prochaines élections. Il est intéressant de noter que la transparence et l'obligation de rendre des comptes ne servent leurs fins que lorsqu'elles détournent l'attention publique du fait qu'au bout du compte le gouvernement domine le processus du début à la fin. Ce sont les dehors dans lesquels s'enveloppe le pouvoir exécutif pour cacher le fait qu'il est l'unique pouvoir décisionnel.

« Ce sont là autant de moyens servant à priver l'électorat de son droit de participer à la direction des affaires de la société. Il n'y a que l'alternative suivante : ou bien se joindre à l'élite politique et devenir émissaire du pouvoir, ou bien subir le pouvoir. Le système n'offre pas la possibilité de participer au gouvernement pour veiller à ce que la société fonctionne dans l'intérêt des citoyennes et citoyens et que la voie du progrès soit ouverte et l'environnement protégé pour la génération présente et les générations futures. [...]

« À défaut d'un pouvoir politique partagé par l'électorat et de mécanismes lui permettant d'exercer le pouvoir, l'abîme entre électeurs et élus s'est approfondi à tel point qu'il n'est plus possible de le surmonter sans changer le processus politique.

« Cet abîme est un problème objectif que doit surmonter la société. La transparence et l'ouverture, l'inclusion, la réforme parlementaire ou électorale ne servent en fin de compte qu'à rétablir la crédibilité du système actuel. La prise de conscience du besoin de renouveler le processus politique sur des bases démocratiques a d'abord été le fruit de l'abstraction de ce qui n'est pas, par la capacité de l'électorat de concevoir en imagination ce dont la société a besoin pour que les citoyennes et citoyens puissent prendre leurs destinées en mains. Cette chose qui n'est pas, qui échappe à l'électorat, est l'exercice du pouvoir, la mise en place de mécanismes lui permettant d'ouvrir la voie au progrès de la société.

« Le mécanisme politique qui a servi à abolir les privilèges et le pouvoir des féodaux n'a pas complètement éliminé l'influence des privilèges et du pouvoir dans la vie politique. Le système de ' l'égalité des chances ' qu'ont institué les nouveaux gouvernants a engendré la concentration de la richesse à un pôle de la société et la pauvreté croissante à l'autre. Parallèlement s'est instituée la répartition inégale des ressources politiques, engendrant un système où le pouvoir politique est de plus en plus concentré entre les mains d'une minorité et de moins en moins à la portée du peuple. La tendance à la concentration du pouvoir entre les mains des quelques-uns demeure.

« Les réformes du système qu'on institue au nom de la transparence, de la réforme électorale et de l'obligation de rendre des comptes renforcent cette tendance au lieu de la renverser. Aujourd'hui il n'y a pas de réforme parlementaire, électorale ou autre qui vise à dépouiller l'exécutif des pouvoirs dont il jouit, qu'il s'agisse du système parlementaire de type britannique ou du pouvoir présidentiel de type américain ou français. C'est signe que le rapport entre le peuple et ce pouvoir politique est dépassé puisqu'il ne correspond pas à la règle de démocratie selon laquelle la souveraineté appartient au peuple ni au droit de tous les êtres humains de participer à la direction des affaires de leur société. »

Notes

1. Les 7 et 8 décembre ont été consacrés au discours du trône dans la forme d'un débat sur une motion en faveur d'une Adresse en réponse au discours du trône. Le 9 décembre, la Chambre va examiner une motion de « voies et moyens » sur les changements proposés par les libéraux aux taux d'imposition des particuliers et la Chambre par la suite va se constituer en comité plénier pour la présentation et l'approbation des budgets supplémentaires des dépenses du gouvernement. Le 10 décembre sera le premier et dernier jour de l'Opposition officielle alloué par la session d'automne 2015. Le 11 décembre sera la journée de clôture du débat de la motion en faveur d'une Adresse en réponse au discours du trône suite à quoi le parlement va ajourner ses travaux jusqu'au 25 janvier 2016.

L'utilisation de la journée du 9 décembre pour les budgets supplémentaires des dépenses et la motion de voies et moyens et les règles du débat, comprenant les limites de temps et le genre de votes qui peuvent être tenus, ont été approuvés à l'unanimité par la Chambre avant son ajournement le 4 décembre, suite à une discussion et une entente entre les partis, selon le leader du gouvernement à la Chambre des communes.

2. Bains, Hardial, Un pouvoir à partager, 1993

Haut de page


Conférence de Paris sur le climat

Le gouvernement Trudeau prend le chemin de la fortune sur le dos des changements climatiques


À Paris pour la Conférence COP21 de l'ONU sur le changement climatique, le premier ministre Justin Trudeau s'est joint au multimilliardaire Bill Gates et aux présidents va-t-en-guerre François Hollande et Barack Obama pour le lancement du programme « Mission Innovation » et son partenaire du secteur privé la « Breakthrough Energy Coalition ».[1] L'initiative n'est pas la suite d'un film hollywoodien mais bien un partenariat public-privé (P3) pour permettre à des intérêts privés privilégiés de s'enrichir davantage par l'utilisation de fonds publics dans l'industrie du changement climatique en plein essor.

Le partenariat international regroupe une vingtaine de pays au sein du système impérialiste d'États sous la domination des États-Unis et leurs monopoles les plus puissants. Mission Innovation versera dollar pour dollar ce que les monopoles privés décideront d'investir.

Justin Trudeau dit que le gouvernement canadien est entièrement en faveur de la remise de fonds publics à des intérêts privés si c'est pour combattre les changements climatiques. Sur le site Web de Mission Innovation on apprend que les fonds publics investis dans les P3 peuvent produire des bénéfices réels pour l'économie du secteur privé en cette période d'austérité pour le peuple. Cela pourrait comprendre la promesse électorale du gouvernement Trudeau de créer un « Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone » de deux milliards de dollars qui « réduiront considérablement les émissions de carbone » dans le cadre d'un plan pancanadien de lutte au changement climatique en coordination avec les provinces et les territoires.

Avec Mission Innovation, le trésor public versera chaque année 100 millions $ à des entreprises privées pour développer des sources alternatives d'énergie. Le gouvernement versera par ailleurs 200 millions $ par année à des monopoles privés du secteur des ressources naturelles « pour soutenir l'innovation et encourager l'utilisation de technologies propres ».

En se joignant à cette coalition des riches, le gouvernement Trudeau démontre son engagement à bâtir des partenariats public-privé plus forts pour combattre le changement climatique pour que certains monopoles au sein de la Forteresse Amérique du Nord puissent prospérer et que les plus influents d'entre eux puissent accroître leurs fortunes privées et renforcer leur privilège de classe.

Justin Trudeau écrit : « Le Canada est fier d'agir comme partenaire au sein de cette initiative mondiale ambitieuse. En travaillant tous ensemble, nous obtiendrons des avantages concrets au chapitre de l'environnement et de l'économie [...] Mission Innovation puisera dans les vastes possibilités économiques qui se présentent au chapitre de l'environnement [...] »

En plus des États-Unis, de la France et du Canada, Mission Innovation comprend d'autres grands combattants du changement climatique comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Allemagne, le Japon, le Mexique, la Norvège et la Corée du sud. Mission Innovation dit viser « principalement à accroître l'investissement du secteur privé avec l'aide d'un groupe d'investisseurs des pays qui sont prêts à consentir des niveaux de financement sans précédent et à favoriser la commercialisation des innovations réalisées dans le secteur des technologies propres ».



Un groupe d'artistes a remplacé des publicités parisiennes par une campagne appelée « Brandalizing » pour ridiculiser les tentatives des monopoles de donner une apparence « propre » à leurs pratiques destructrices.

Trudeau parle des chemins de la fortune avec le changement climatique

À la Conférence de l'ONU sur le changement climatique dans un Paris militarisé, le premier ministre Justin Trudeau a parlé des objectifs de son gouvernement pour la période qui vient et de son intention d'agir différemment de son prédécesseur.

Contrairement à Harper, Justin Trudeau accepte l'hypothèse du changement climatique. Il dit que « c'est la bonne chose à faire pour notre environnement et notre économie » et que cela comprend l'application d'une tarification du carbone, un plafonnement et un échange du carbone, l'interdiction de produire de l'électricité à partir du charbon, une taxe sur le carbone et payer les riches.

Le Canada va aider « les pays en développement à relever les défis associés aux changements climatiques », dit-il, parce qu'ils ont besoin de notre aide pour avoir « accès aux technologies d'énergie propre ». Cela représente ce qu'il appelle des possibilités sans précédent pour les monopoles nord-américains à la recherche de nouveaux marchés. Ces monopoles seront aidés par les P3 et par d'autres subventions pour le développement et l'exploitation de ces marchés.

Le nouveau marché croissant des technologies d'énergie propre a inspiré à Justin Trudeau une envolée lyrique sur la possibilité de surmonter les difficultés économiques d'aujourd'hui, parce que c'est un nouveau secteur dans lequel les monopoles nord-américains peuvent prospérer et croître. Les fonds publics acheminés par les P3 et les subventions peuvent aider ces monopoles à « favoriser la commercialisation des innovations réalisées dans le secteur des technologies propres ».

« Nous considérons les changements climatiques non seulement comme un défi, mais également comme une occasion historique. Une occasion de bâtir une économie durable, fondée sur des technologies propres, une infrastructure verte et des emplois écologiques. Nous ne sacrifierons pas la croissance ; nous lui donnerons un élan », a-t-il dit.

Le chemin de la fortune sur le dos des changements climatiques est une occasion sans précédent de renforcer les monopoles les plus influents d'Amérique du Nord dans le secteur des énergies, dont bon nombre ont des entreprises privées au Canada.

Le premier ministre a rappelé son engagement envers les P3 et l'initiative Mission Innovation pour mettre des fonds publics à la disposition de monopoles privés de l'énergie « pour développer des technologies pour réduire les émissions ».

« Nous participerons à des projets de collaboration, comme Mission Innovation et la Coalition pour le leadership en matière de tarification du carbone, et nous chercherons des occasions de collaborer de manière bilatérale et multilatérale, en commençant avec nos partenaires nord-américains. Nous croyons que le financement des activités liées aux changements climatiques est essentiel. [...]

« Nous aurons besoin de la collaboration des pays qui sont maintenant en mesure d'aider les autres à réduire leurs émissions et à s'adapter aux changements climatiques. L'accord doit également accorder un rôle de premier plan au secteur privé et aux institutions multilatérales afin de mobiliser le financement. Ceux qui peuvent agir doivent le faire. »

L'Opposition ouvrière rejette avec mépris le chemin de la fortune centré sur le capital qui passe par les changements climatiques. La classe sociale qui contrôle les monopoles et le système impérialiste d'États, sa conception du monde rétrograde et sa soif de richesses privées et de privilèges de classe sont responsables des problèmes liés aux changements climatiques et du fléau actuel des guerres d'agression et d'intervention, des crises économiques, de l'austérité et de l'assaut contre les droits. Les monopoles et leurs représentants politiques ne peuvent pas faire partie de la solution à aucun de ces problèmes. Le mouvement de la classe ouvrière doit les priver de leur pouvoir de priver les peuples de leur droit de résoudre les problèmes et de se bâtir un monde nouveau. La résolution des problèmes historiques créés par l'époque du capitalisme monopoliste requiert une nouvelle direction des choses, une direction prosociale sous le contrôle de la classe ouvrière et guidée par sa conception du monde centrée sur l'être humain.

Note

1. La « Breakthrough Energy Coalition » est constituée de 28 investisseurs privés provenant de dix pays qui financeront des entreprises à énergie propre qui surgiront des programmes de recherche des pays membres de la Mission Innovation.

En plus de Bill Gates, le groupe comprend le fondateur et PDG de Facebook Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG d'Amazon Jeff Bezos, le fondateur du groupe Virgin Richard Branson, Jack Ma, directeur du groupe Alibaba (un monopole chinois du commerce électronique), la PDG de Hewlett Packard Meg Whitman et le milliardaire Tom Steyer, président de NextGen Climate et « activiste contre les sables bitumineux » à qui on attribue la résurgence du mouvement contre l'oléoduc Keystone XL.

Haut de page


Message du Réseau à la défense de l'humanité


Cérémonie d'ouverture à la Conférence des peuples du monde sur le changement climatique à l'université Del Valle, à Tiquipaya, en Bolivie, le 10 octobre 2015 (F. Zarco)

« Interdire le développement à ceux qui en ont plus besoin, ne peut pas être la solution.
En effet, tout ce qui favorise le sous-développement et la pauvreté, constitue aujourd'hui
une violation flagrante à l'écologie. [...] Si l'on veut épargner l'humanité de cette
autodestruction, il faut mieux distribuer les richesses et les technologies disponibles
dans le monde. Moins de luxe et moins de gaspillage dans une poignée de pays, afin
qu'il y ait moins de pauvreté et moins de faim dans une grande partie de la Terre. [...]
Les égoïsmes doivent cesser, les hégémonismes doivent cesser, l'insensibilité, l'irresponsabilité et le mensonge doivent cesser. »
Fidel Castro, Rio de Janeiro, 1992

Trois ans se sont écoulés depuis la tenue du Sommet des peuples en juin 2012 en marge de la Conférence des Nations unies +20 sur le développement durable. À ce moment-là, le Réseau à la défense de l'humanité avait lancé l'appel à tous les mouvements sociaux, aux dirigeants sociaux en général, aux gouvernements et à toutes personnes de bonne foi à se mobiliser contre le modèle suicidaire qui menace gravement l'espèce humaine d'extinction.

Aujourd'hui, à la veille de la COP21 2015 à Paris, où on doit conclure une nouvelle entente sur le climat, il n'y a aucune raison d'être complaisant puisque rien ne laisse transparaître qu'il y aura consensus sur l'adoption de solutions qui seront à la hauteur de la situation. Devrons-nous revenir au mot d'ordre de Copenhagen ? : « Ne changeons pas le climat, changeons le système ! » Si nous ne confrontons pas les véritables causes de la catastrophe, nous ne saurons l'éviter. Lors de la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et la défense de la vie tenue à Tiquipaya en Bolivie du 10 au 12 octobre de cette année, les participants ont adopté une résolution pour réitérer la validité de ce mot d'ordre. Aussi, le message du Réseau à la défense de l'humanité mis de l'avant en juin 2012 à l'occasion du sommet de Rio et nos demandes collectives au système d'organisations internationales qu'est l'ONU a-t-il été repris dans notre déclaration finale. Il est adopté de :

1. Rejeter toute tentative de remplacer une approche compatible avec les principes du développement durable et des objectifs de développement du millénaire par des approches axées sur l'« économie verte ». Rejeter ce concept ainsi que toute autre forme d'exploitation par les puissances transnationales et exiger une approche multisectorielle et multidimensionnelle pour faire face à la crise.

2. Condamner la privatisation des ressources naturelles et toutes formes de marchandage de la nature, reconnaître et valoriser la conception intégrale qu'ont les cultures autochtones de la vie ainsi que les principes de solidarité, d'égalité, de complémentarité et de réciprocité qui sont le fondement d'initiatives alternatives telles El Buen Vivir et d'autres, qui défendent une relation harmonieuse avec la nature et la survie de l'espèce humaine.

3. Reconnaître l'urgence de placer la défense des droits de notre espèce et de la nature au coeur des négociations et des outils normatifs internationaux au détriment des droits du capital et, dans cette perspective, reconnaître la nécessité d'une Cour pénale sur l'environnement.

4. Condamner les guerres et politiques impérialistes ainsi que la course aux armements comme étant les plus grandes agressions contre l'environnement et contre la préservation de l'espèce humaine, autant par leurs conséquences directes que par les dépenses incalculables qu'elles génèrent. Ces ressources doivent plutôt servir à résoudre les principaux défis sociaux et environnementaux auxquels l'humanité fait face. Dénoncer la nature suicidaire des arsenaux nucléaires et exiger leur élimination et interdiction absolues.

5. Que les autorités publiques aient comme principale obligation la mise en oeuvre d'une approche fondée sur les droits de la durabilité, du bien-être et du progrès de la société. Aussi les gouvernements doivent-ils se réapproprier l'incontournable responsabilité de fournir les services essentiels à la vie de chaque citoyen. Que les indicateurs de développement et de progrès soient changés du tout au tout pour prendre en compte les coûts environnementaux, l'équité sociale et le développement humain.

6. Reconnaître l'urgence de la transformation des modes de production, de la consommation et de la distribution du revenu. La course à l'accumulation du profit et l'orientation de la production en fonction de la demande solvable mais socialement non nécessaire, une caractéristique du système capitaliste, ne peut et ne pourra jamais générer l'égalité ni éliminer la pauvreté ni garantir un développement harmonieux tout en préservant l'environnement. L'urgence de trouver des technologies non polluantes ne doit pas être réduite à une question d'ordre purement technologique.

7. Que le principe de responsabilités communes mais différenciées, adopté par la déclaration de Rio, devienne réalité par le biais d'un financement adéquat et de mécanismes politiques flexibles permettant aux pays les plus dépourvus d'avoir accès à la technologie et aux connaissances et d'imposer aux pays industrialisés les obligations qui leur reviennent.

8. Dénoncer le cynisme des puissances du Nord qui, tout en parlant d'« écologie », tentent de rejeter le blâme sur les pays du Sud et continuent de passer sous silence leur propre responsabilité historique et actuelle face au retard technologique de ces pays, à répandre toutes sortes de désinformation au sujet de leurs économies et à favoriser les opérations « sales » des transnationales dans le Sud. Il faut aussi dénoncer les étiquettes et brevetés « écologiques » en tant que nouveau mécanisme dangereux qui ne fait que réaffirmer la domination du Nord sur les pays technologiquement dépendants.

9. Que le Sommet se prononce en faveur de l'importance vitale d'une évaluation préventive des technologies permettant de cerner leur impact social et environnemental. Il devient urgent que nous mettions en place une convention mondiale qui permettrait de contrôler les technologies nouvelles et émergentes sur la base du principe de la prévention et de l'évaluation participative.

10. Dénoncer la soi-disant obsolescence programmée et favoriser des technologies ayant une durée de vie optimale et ayant des avantages en termes de standardisation, de réparation, de recyclage et de gaspillage minimal, afin que les besoins humains soient satisfaits tout en minimisant les conséquences pour l'environnement.

11. Condamner le contrôle du commerce mondial par les transnationales ainsi que le rôle joué par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui impose des ententes qui légitiment l'inégalité et l'exclusion et qui empêchent la mise en oeuvre de politiques publiques souveraines. Promouvoir des actions concrètes permettant d'en arriver à des échanges commerciaux plus équitables qui sont en harmonie avec les exigences environnementales.

12. S'entendre sur des mesures concrètes pour stabiliser les prix de l'alimentation et mettre fin à la spéculation sur le marché de produits de base en tant que mesure essentielle visant à combattre la faim et la pauvreté.

13. Dénoncer l'acquisition massive de terres dans les pays du Sud par les puissances et multinationales étrangères dans le but d'exploiter leurs ressources naturelles ou de les utiliser dans des projets qui mettent en danger l'environnement et l'équilibre des écosystèmes.

14. Mettre en place une convention-cadre pour tenir responsables d'un point de vue environnemental et social les compagnies et législatures nationales et les condamner pour leurs pratiques nocives et abusives, tout en tenant compte de la nature transnationale de leurs opérations.

15. Promouvoir un certain contrôle de la publicité commerciale qui incite à la consommation à outrance et qui crée de faux besoins, en particulier la publicité qui s'adresse aux jeunes enfants et aux adolescents, et établir plutôt des politiques qui prônent la publicité pour le bien public et qui fait la promotion d'informations et de pratiques durables.

16. Déclarer haut et fort que l'éducation et la science doivent être orientées de sorte à ce qu'elles bénéficient au développement humain plutôt qu'au fonctionnement du marché. Établir une nouvelle éthique de la consommation qui, sans nuire à la satisfaction des besoins matériels essentiels, interdit les produits qui proviennent de pratiques dommageables pour l'environnement ou de travaux forcés ou d'autres formes d'exploitation.

17. Promouvoir l'étude et la modification du système actuel de propriété intellectuelle, à la lumière des négociations environnementales et du programme de lutte contre le changement climatique et pour les droits humains. Faciliter le transfert de technologies et de connaissances pratiques et saines touchant à l'environnement et les rendre accessibles.

18. Exiger que l'Organisation mondiale de propriété intellectuelle (OMPI), en tant qu'organisation onusienne, accepte la nécessité urgente d'un changement de paradigme sur la question de la recherche et de la connaissance scientifiques internationales, tout en laissant de côté les mécanismes du marché et en faisant la promotion de la collaboration, de la recherche coordonnée, de la distribution et de l'application des résultats sur une grande échelle. Que cette organisation mette en oeuvre les mécanismes requis pour favoriser, le plus tôt possible, une véritable transition énergétique ainsi que les mesures qui vont ralentir le changement climatique.

19. Promouvoir une nouvelle évaluation intégrale du système actuel de gestion environnementale, laquelle a été impuissante à empêcher la catastrophe écologique, mettre en place un nouveau système inclusif, authentiquement démocratique et participatif qui cherche à connaître les causes profondes de la crise, et proposer de réelles solutions à ces problèmes pour les générations d'aujourd'hui et de demain. Créer un nouveau contrat social dans nos pays et à l'échelle internationale.

Haut de page


Les droits autochtones sous le couperet
dans l'Accord de COP21 de Paris

Paris, samedi, 5 décembre - Le vendredi 4 décembre, les peuples autochtones du monde ont manifesté à l'intérieur du Centre des congrès du Bourget où se tient la Conférence des partis et de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21). Le but de la manifestation était de faire valoir les objections à la proposition de rayer les parties de l'article 2.2 du projet d'Accord de Paris qui portent sur les droits des peuples autochtones et les droits humains, à la conclusion d'une première semaine de négociations. La Norvège, le Royaume-Uni et l'Union européenne sont les principaux partisans de ce retrait.

Malgré ces objections aussi clairement exprimées des peuples autochtones, le texte actuel du projet d'accord ne contient pas les clauses sur les droits des peuples autochtones et certains ont maintenant proposé de rayer la mention des « droits de l'homme » également. Ce qui ne laisse qu'une mention des droits des peuples autochtones dans le préambule, qui a un caractère purement d'inspiration et n'est pas juridiquement contraignant.


Manifestation devant le centre des congrès à Paris le 4 décembre 2015

« L'inclusion du libellé sur les droits des peuples autochtones, comme celui sur les droits humains, est cruciale. Une évaluation occidentale, non autochtone, des droits humains ne protège pas de façon nécessairement adéquate nos droits en tant que peuples autochtones », soutient la princesse Daazhraii Johnson, porte-parole du groupe Resisting Environmental Destruction on Indigenous Lands, Alaska.

« Nos peuples vivent encore en grande partie de la terre, d'un mode de vie de subsistance. Et puisqu'une grande partie des réserves de combustible fossile du monde sont sur des terres autochtones ou adjacentes à des terres autochtones, nous devons protéger notre droit collectif de décider de notre rapport avec la Terre Mère et de rejeter les fausses solutions aux changements climatiques », conclut-elle.

En plus, beaucoup de pays ne reconnaissent pas les droits collectifs des peuples autochtones en tant que droits humains. Le système occidental des droits humains est orienté vers les droits individuels, ce qui fait qu'une référence générale aux droits humains n'est pas une protection suffisante des droits collectifs des peuples autochtones.

« Aujourd'hui, les droits des peuples autochtones sont violés partout dans le monde sous prétexte de 'projets d'énergie verte', comme les barrages hydro-électriques par exemple, au nom de la réduction des changements climatiques. Si ces atteintes sont permises aujourd'hui, imaginez ce qu'il en sera lorsque ce document à teneur juridique sera adopté dans lequel les droits des peuples autochtones ne sont pas garantis », fait remarquer Eriel Deranger, membre de la Première Nation Chipewyan d'Athabasca.

L'opposition au retrait des références aux droits humains et aux droits autochtones dans le libellé de l'accord vient en partie des craintes de non-responsabilité juridique au cas où les changements climatiques en viennent à porter atteinte à ces droits.

Si le projet d'accord de Paris est fortement centré sur des solutions technologiques volontaires à base de marché, en ce qui concerne l'impact sur les forêts et la conservation par exemple, les peuples autochtones craignent que sans un libellé concret sur les droits autochtones (et des sauvegardes contre la privatisation) ils seront encore chassés de leurs terres. Les projets d'économie verte établissent des mécanismes financiers permettant aux nations industrialisées de justifier l'expansion des régimes à combustible fossile, comme le controversé mégaprojet de sables bitumineux dans le Nord de l'Alberta, au Canada, ou le forage extracôtier près de l'Alaska. Ces projets ont un impact démesuré sur les peuples autochtones du nord et poursuivent parallèlement la privatisation de terres autochtones dans le Sud sous prétexte de blanchir la pollution au carbone de l'Occident.

« Notre lutte pour inclure les clauses sur les droits des peuples autochtones est non négociable, affirme Crystal Lameman, coordonnatrice du traité de la nation crie de Beaver Lake. Nous appartenons à ce traité, nous avons notre place dans cette discussion. Notre avenir et l'avenir de nos enfants n'est pas négociable. Le retrait des mentions à l'article 2.2 signifie le retrait de notre existence en tant que gens de couleur, peuples autochtones et communautés de ligne de front parce qu'il ne fait aucun doute que nous serons les premiers à vivre les conséquences des catastrophes climatiques. »

Avec la deuxième semaine de négociations qui s'amorcent sur l'Accord de Paris, les autochtones vont continuer de faire pression et de contester les affirmations de ceux qui s'opposent à l'inclusion des droits humains et des droits autochtones dans le libellé de l'accord.

« Nous ne pouvons pas négocier un accord sur le climat en ce moment critique sans la reconnaissance des droits des peuples autochtones, qui sont aux premières lignes des impacts des changements climatiques et les innovateurs des solutions qu'il nous faut pour stabiliser notre climat. Pour le bien de tous les êtres humains, nous voulons que ces négociations donnent un résultat significatif et les droits autochtones DOIVENT être inclus à l'article 2.2 de l'Accord de Paris », de déclarer Tom Goldtooth, directeur du Indigenous Environmental Network.

Contact pour l'Amérique du Nord : Dallas Goldtooth, Indigenous Environmental Network, dallas@ienearth.org, 1-708-515-6158

Pour l'Union européenne : Suzanne Dhaliwal, Indigenous Environmental Network, UK Tar Sands Network suzanne@no-tar-sands.org +447772694327

(Traduction : LML)

Haut de page


Manifestations en défi des interdictions à Paris et marche mondiale pour le climat

La veille du début de la Conférence de Paris sur le climat, les peuples du monde ont donné le ton en tenant de grandes manifestations pour affirmer leurs demandes urgentes et exiger que ce qui va ressortir de la Conférence de Paris soit conforme aux besoins de l'humanité et de la Terre Mère. Des organisations rapportent que quelque 2300 actions se sont tenues le 29 novembre dans au moins 175 pays et que plus de 570 000 personnes y ont participé.

Environ 10 000 personnes ont défié l'interdiction de manifester pendant la COP21 décrétée par le gouvernement français et se sont rassemblées près de la Place de la République dans le centre de Paris pour affirmer leur droit de protester et de se réunir. La police a répondu par la violence à cette action pacifique. Les policiers anti-émeute ont tenté à maintes reprises de repousser les manifestants en lançant des gaz lacrymogènes dans la foule. Ils ont finalement réussi à encercler les manifestants, ils les ont cernés dans le square avant de prendre les noms de 200 d'entre eux et d'en placer 174 en état d'arrestation, selon TeleSUR. On ne rapporte pas de blessures sérieuses.

Des actions se sont tenues en plusieurs endroits au Canada et au Québec, dont la manifestation principale à Ottawa. Environ 25 000 personnes se sont rassemblées à l'hôtel de ville d'Ottawa et ont marché vers la colline du Parlement. Une trentaine d'autobus remplis à capacité ont fait le trajet Montréal-Ottawa pour la manifestation et des gens sont aussi venus en autobus d'autres villes.


Ottawa, 29 novembre 2015

À Toronto, environ 3000 personnes se sont rassemblées à Queen's Park. Des milliers de personnes se sont rassemblées devant les marches de la Galerie d'art de Vancouver et ont manifesté au centre-ville.

Des manifestations ont aussi eu lieu à Halifax, Winnipeg, Edmonton, Calgary, Saskatoon, Regina, dans plusieurs villes du Québec et dans d'autres villes également.

Ottawa





Toronto




Vancouver




Halifax


Annapolis Royal


Windsor



Winnipeg


Edmonton



Calgary


Nelson


Campbell River


États-Unis

New York


Milwaukee


Farmington


Middlebury


Fayetteville


Louiseville


Savanah


Oakland



Eugene


Bellingham


Seattle


Honolulu


Juno


  Amérique latine et Caraïbes

Mexico


Guatemala


San Jose, Costa Rica


Lima, Pérou


Cochabamba, Bolivie


Cabo Frio Buzios, Brésil


Europe

Londres, Angleterre


Londres, Angleterre; Édimbourg, Écosse


Helsinki, Finlande


Copenhague, Danemark


Graz, Autriche


Berlin, Allemagne


Paris, France


Barcelone, Espagne


Rome, Italie


Athènes, Grèce


Afrique

Bargny, Sénégal


Nairobi, Kenya


Johannesburg, Afrique du Sud


Howick, Afrique du Sud


Le Caire, Égypte


Abu Dhabi, Émirats arabes unis


Asie

Beyrouth, Liban


Delhi, Inde


Dhaka, Bangladesh


Katmandu, Népal


Ulaanbaatar, Mongolie


Jakarta, Indonésie


Ho Chi Minh Ville, Vietnam


Taipei, Taïwan


Manille, Philippines



Quezon, Philippines


Séoul, Corée


Tokyo, Japon


Océanie

Suva, Fiji


Melbourne, Australie


Sydney, Australie


Brisbane, Australie


Aukland, Nouvelle-Zélande


Îles Tuvalu

(Sources : UN News Centre, TeleSUR, PressTV, Prensa Latina. Photos : LML, M. Caron, 350.org, Avaaz, Telesur, Peoples Climate Movement, M. Howe, Climate Action Network, R. Hagensen, H. Craig, S. Alexander, S. Foley, Y. R. Jih, S. Wood, J. Owiki, E. Walters, J. A. Carral, M. Reichardt, V. T. Caceres, M. Leino, M. Normand, A. Sama, 100 % Possible, D. Malla, D. Ngo, L. Manalansan, A. Dimatatac, H. Okamoto, I. Astill, N. Marple.)

Haut de page


Développements à la conférence


La Conférence des Nations unies sur le climat se poursuit jusqu'au 11 décembre à Paris, en France. À la 21e session de la Conférence des partis (COP), près de 150 dirigeants mondiaux, 22 000 représentants et des milliers d'autres personnes auront participé aux activités. Un des objectifs fixés est d'en arriver à une entente mondiale sur la réduction des émissions de carbone afin de limiter le changement de climat et la température mondiale à 2 degrés Celsius.

Le 30 novembre, le premier jour de la COP21, les dirigeants mondiaux présents à la plénière d'ouverture ont livré leurs discours. À cette session, Cuba a envoyé un message très clair à la Conférence des partis à l'effet que la lutte contre le réchauffement planétaire actuel est liée à la nécessité d'établir un nouvel ordre économique international, d'en finir avec la faim et la pauvreté et de modifier la production actuelle ainsi que les modèles de consommation. Cette prise de position de Cuba telle qu'exprimée à la Conférence sur le climat est partagée par la grande majorité des pays sous-développés, y compris le groupe de 77+ la Chine, les pays en développement ayant des intérêts communs, l'Alliance bolivarienne pour les peuples de nos Amériques (ALBA) ainsi que les petits États insulaires en développement, selon Prensa Latina.

Le deuxième jour de la conférence, il y a eu des réunions distinctes tenues par les pays africains, un groupe régional créé au sein du Groupe des 77+ la Chine qui est préoccupé par l'adaptation, les transferts technologiques et les mécanismes du développement propre, selon Prensa Latina.

Les petits États insulaires en développement, qui sont vulnérables aux augmentations du niveau des océans, se sont aussi réunis, tout comme les pays membres du Système d'intégration de l'Amérique centrale (SICA), le Groupe des États arabes, la Coalition des pays ayant des forêts tropicales ainsi que d'autres blocs. Plusieurs organisations non gouvernementales engagées dans la lutte contre la faim, la migration des îles du Pacifique et autres se sont aussi réunies.

Le centre de nouvelles de l'ONU annonçait le 3 décembre que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, était encouragé par les premiers jours de la conférence tout en « invitant les pays développés et en développement d'en faire davantage pour en arriver à une entente universelle qui est en mesure d'atténuer la menace ».

« J'ai été très encouragé par ce que j'ai vu et entendu lors dès l'ouverture de la COP21. Les dirigeants mondiaux ont fait précisément ce qu'on leur demandait de faire : donner un coup de pouce aux négociations », a dit M. Ban lors d'un point de presse au siège de l'ONU à New York.

« Pratiquement tous les pays ont soumis des plans d'action sur le climat, appelés Contributions prévues déterminées au niveau national (INDC). Les grandes économies ont pris d'importants engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Beaucoup de pays développés ont pris de nouveaux engagements financiers pour aider les pays pauvres et vulnérables à s'adapter aux impacts climatiques. Des philanthropes et des entrepreneurs ont promis de nouveaux investissements, citant notamment la Coalition pour une percée dans l'énergie annoncée par le philanthrope américain Bill Gates. »

Ban a aussi affirmé : « Nous sommes sans entente mondiale sur le climat depuis trop longtemps déjà et il faut y remédier. Il faut une entente qui comprend l'ensemble des pays comme partie intégrante de la solution. » Il a réitéré l'importance pour les pays industrialisés d'adhérer au principe des « responsabilités communes mais différenciées », qui tient compte de la responsabilité historique de ces pays en matière de pollution environnementale. Il a aussi exhorté les pays en développement de tout faire pour réagir au changement climatique, selon leur capacité de croissance. Malgré le scénario favorable des premiers jours de la conférence et les engagements à protéger les êtres humains et la nature pris à Paris par les 150 dirigeants de pays ou de gouvernements, les questions clés permettant d'en arriver à une entente mondiale restent toujours sans réponse, a-t-il dit.

La place que Ban a réservée aux entrepreneurs sociaux et aux chevaliers d'industrie tels que Bill Gates met en lumière jusqu'à quel point les intérêts monopolistes privés envahissent l'espace public. Ils sont placés sur un pied d'égalité avec des gouvernements nationaux, dont certains sont engagés dans une lutte titanesque pour veiller à ce que leur pays puisse survivre au changement climatique.

Par contre, dans ces forums internationaux, les vastes mouvements sociaux provenant de partout et le rôle du peuple de décider sont dénigrés et écartés sous prétexte qu'il ne s'agit que de la « société civile ». Cette situation persiste partout où la classe ouvrière et le peuple ne se sont pas encore approprié le pouvoir politique mais sont toujours aux prises avec des gouvernements néolibéraux qui ne représentent pas la volonté publique et qui excluent les peuples des prises de décisions. L'évaluation de Ban ne fait même pas mention de la « société civile », au sein de laquelle militent les plus grands défenseurs de la Terre Mère, y compris les peuples autochtones.

L'état d'urgence sert à criminaliser les activistes


Chaîne humaine à Paris le 29 novembre, une des nombreuses formes d'action pour contourner l'interdiction de manifester

À Paris, l'état d'urgence d'une durée de trois mois se poursuit suite aux attaques terroristes du 13 novembre. Ces attaques ont servi de prétexte au gouvernement français pour interdire les manifestations pendant la conférence COP21, manifs qui ont tout de même eu lieu. Dans un grand nombre de villes françaises, les autorités locales ont formellement interdit les manifestations qui pouvaient sembler « anti-establishment », selon Arrêt sur Images.

Selon Le Monde, le 28 novembre, dans plusieurs régions du pays, au moins 24 activistes environnementalistes ont été assignés à résidence jusqu'au 12 décembre, dernier jour de la conférence.

Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a défendu ces mesures en disant que les activistes avaient eu recours à la violence dans des manifestations antérieures et « avaient exprimé le voeu de ne pas respecter les principes de l'état d'urgence ».

Les attaques de l'État ne se sont pas limitées aux activistes de l'environnement. En effet, les forces de sécurité françaises ont perquisitionné 1 600 logis partout en France depuis le déclenchement de l'état d'urgence nationale, selon TeleSUR. Ces perquisitions sont faites sans aucun contrôle judiciaire. On soupçonne que la plupart des personnes perquisitionnées n'auraient aucun lien à des groupes terroristes potentiels.

À Paris, le 29 novembre, près de 60 personnes soupçonnées d'avoir manifesté en appui aux réfugiés ont été convoquées au commissariat, dont deux activistes de l'association Droit au logement. Selon l'association, des activistes qui n'avaient même pas participé à la marche ont été ciblés. Ils pourraient se voir infligér une peine de six mois d'emprisonnement et une amende de jusqu'à 7 500 $ US.

Le 24 novembre, le gouvernement français avait informé le Conseil de l'Union européenne qu'il comptait ne pas respecter divers droits humains garantis par la convention de l'UE.

« Les autorités françaises ont informé le secrétaire général du Conseil de l'Europe d'un certain nombre de mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence instauré à la suite des attentats terroristes de grande ampleur perpétrés à Paris, mesures qui sont susceptibles de nécessiter une dérogation à certains droits garantis par la Convention européenne des droits de l'homme », rapporte le Conseil de l'Union européenne.

L'article 15 de la Convention prévoit la possibilité d'une telle dérogation « en cas de danger public menaçant la vie de la nation ».

L'état d'urgence français comprend la possibilité de perquisitions policières menées sans mandat ni autre forme de contrôle judiciaire. La police est aussi autorisée à saisir tout équipement numérique pouvant contenir de l'information pertinente à la sécurité nationale.

En surcroît, toute personne « dont le comportement est soupçonné d'être une menace à la sécurité et à l'ordre public » peut être détenue ou assignée à résidence.

Le premier jour de la COP21, une organisation non gouvernementale, Global Witness, s'est prononcée sur la situation dangereuse qui menace « les défendeurs de l'environnement qui sont sur les premières lignes contre le changement climatique ». Selon TeleSUR :

« Au moins 640 défendeurs de la terre et de l'environnement ont été tués suite à leur activisme dans les six dernières années, depuis les négociations mondiales sur le climat de Copenhagen en 2009, selon Global Witness [...]

« Certaines de ces victimes ont été tuées par les forces de sécurité au cours d'actions de protestation, tandis que d'autres ont été simplement ciblées et tuées par des tueurs à gages.

« À la lumière de ces faits troublants, Global Witness a appelé les dirigeants mondiaux à passer à l'action pour protéger ces individus qui sont sur les premières lignes dans la lutte contre l'extraction des ressources et d'autres industries qui agissent de façon destructrice contre l'environnement dans des régions qui sont parmi les plus vulnérables aux changements climatiques. »

L'activiste de Global Witness, Billy Kyte, affirme : « Alors que les délégués à Paris discutent de solutions à la crise climatique, des gens ordinaires, loin des coulisses du pouvoir, défendent leur droit à un environnement sain et sont tués en grand nombre pour leur geste. Si les gouvernements sont sérieux face aux dangers de changements climatiques, la moindre des choses serait qu'ils protègent les gens qui s'investissent corps et âme à défendre l'environnement. »

Haut de page


Élection législative au Venezuela

L'oligarchie s'empare de la majorité


Tôt le 7 décembre, les résultats préliminaires des élections législatives du 6 décembre au Venezuela ont été annoncés par Tibisay Lucena, la présidente du Conseil national électoral (CNE). La « Table de l'unité démocratique » (MUD), une coalition de partis d'opposition de droite, a remporté 99 des 167 sièges de l'Assemblée nationale du Venezuela, une majorité simple. Le Grand pôle patriotique (GPP), une coalition qui comprend le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) du président Nicolas Maduro, détient maintenant 46 sièges. Le CNE a annoncé que le taux de participation a été de 74,25 %.

Au matin du 7 décembre, il y avait encore 19 sièges dont l'attribution était incertaine. La MUD pourrait remporter plus de 100 sièges, ce qui lui donnerait la majorité nécessaire pour avoir le pouvoir de déposer ou soumettre à la censure les vice-présidents et les ministres. Avec plus de 111 sièges, elle aurait le pouvoir de modifier les lois, déposer les magistrats de la Cour suprême et convoquer une Assemblée constituante.

Le sort de 113 des sièges de l'Assemblée nationale est décidé par un scrutin uninominal majoritaire à un tour dans les 87 districts électoraux du Venezuela et 51 sièges sont choisis à partir d'une liste fermée par représentation proportionnelle basée sur les 23 États du pays plus le district de la capitale. Trois sièges sont réservés aux autochtones et ce sont les communautés autochtones qui élisent ces trois députés.

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a pris la parole en début de journée le 7 décembre et salué le système électoral du pays et la forte participation au scrutin. « La constitution et la démocratie ont triomphé ; nous reconnaissons et acceptons ces résultats, a-t-il dit. Nous avons perdu une bataille aujourd'hui mais la lutte pour un socialisme nouveau ne fait que commencer. » Il a ajouté : « Nous considérons ce qui est arrivé comme une claque qui nous réveille et nous pousse à agir. Ce n'est pas le temps de pleurer, c'est le temps de lutter. »

Le président a appelé à « une nouvelle étape de la révolution », avec « un leadership qui vient de la base ». Il a dit que « c'est une contre-révolution qui a gagné, pas l'opposition », et que « la lutte pour le socialisme ne fait que commencer ». Maduro a dit que le peuple vénézuélien est « expert » dans l'art de reprendre les choses du début. « Nous sommes venus des rues ; nous sommes un peuple élevé dans les difficultés », a-t-il dit.

Le 6 décembre était la 20e élection à se tenir au Venezuela depuis le début de la révolution bolivarienne, et une des rares fois où le mouvement fondé et dirigé par le commandant Hugo Chávez ait connu une défaite électorale. Plusieurs ont fait remarquer que les résultats d'élections précédentes, où les forces bolivariennes ont gagné, ont été traités de frauduleux par les impérialistes américains et l'oligarchie vénézuélienne, mais ce résultat-ci n'est pas remis en question. Les Vénézuéliens se défendent contre une guerre économique menée depuis longtemps par l'oligarchie étasunienne et régionale pour déstabiliser le Venezuela et protéger les privilèges historiques de la bourgeoisie impérialiste et de l'élite locale. Les représentants des États-Unis et de l'opposition vénézuélienne avaient dit qu'ils considéreraient comme frauduleux tout résultat aux élections du 6 décembre qui ne serait pas en leur faveur.

Les représentants de l'oligarchie ont déclaré que leurs principales priorités sont « l'attraction de l'investissement étranger » et l'abrogation de la Loi sur les prix équitables par laquelle on a travaillé à défendre le peuple vénézuélien contre la guerre économique menée par les États-Unis et l'oligarchie en limitant les profits et en punissant le stockage des biens et la fixation des prix. Un coup de téléphone fuité en octobre 2015 avait révélé que les ténors de l'opposition vénézuélienne appelaient au retour du Fonds monétaire international au pays et à la « restructuration économique ».

(TeleSUR, Venezuelanalysis)

Haut de page


L'espionnage étasunien bien vivant
en Amérique latine

Edward Snowden a révélé au monde l'art de l'espionnage du 21e siècle qui est pratiqué contre des millions de gens innocents à leur insu qui y pensent maintenant à deux fois avant d'envoyer un texto ou un courriel. Parmi les documents obtenus par Snowden se trouvent des rapports et des détails sur la surveillance d'actuels et anciens chefs d'États, dont plusieurs d'Amérique latine. La présidente du Brésil Dilma Rousseff était outragée des révélations de l'espionnage de l'Agence nationale de la sécurité (NSA) contre son gouvernement, incluant l'espionnage de son téléphone et de ses courriels. L'ancien président vénézuélien Hugo Chavez était une autre cible importante des opérations de la NSA. Et maintenant, Snowden a révélé l'espionnage et la pénétration étendus de la NSA dans la compagnie pétrolière d'État du Venezuela, PDVSA, l'élément vital de la nation sud -américaine et le carburant de la révolution bolivarienne de Chavez.

Seulement trois ans avant qu'Edward Snowden ne devienne un nom connu, l'organisation lanceuse d'alertes WikiLeaks avait déjà publié tout un ensemble de documents classifiés et secrets du Pentagone et du Département d'État qui exposaient l'implication du gouvernement américain dans des coups d'État, des campagnes de déstabilisation, l'espionnage de masse et des crimes de guerre. Les sales tactiques, l'usage de la force et les couteaux dans le dos révélés dans des communications internes du Département d'État ont offert un éclairage sur jusqu'où Washington ira pour imposer son ordre du jour. Les alliés sont traités comme des ennemis et les adversaires comme des partenaires, en autant que cela serve les objectifs égoïstes de la puissance américaine.

Rien de ce que Snowden ou WikiLeaks ont révélé, aussi incroyable que cela puisse paraître, n'était une surprise en Amérique latine. La région a été sujette à toutes les tactiques du livre de la CIA afin d'assurer la domination américaine et le contrôle de son « arrière-cour ». Durant la plus grande partie du 20e siècle, les coups d'États soutenus par les États-Unis et leurs interventions ont mis au pouvoir et démis des chefs de gouvernement, imposé les dictateurs formés à l'École des Amériques qui ont torturé, assassiné, fait disparaître, persécuté et incarcéré des dizaines de milliers de civils, perturbant et déstabilisant leurs mouvements démocratiques et progressistes, entraînant leurs nations dans des décennies de noirceur et de brutalité. Lorsque les dictateurs ne servaient plus les visées des États-Unis, ils ont été remplacés au moyen de coups d'État ou de processus électoraux lourdement financés par les agences américaines, pour faire en sorte qu'un dirigeant tout aussi inféodé leur succède.

Il a fallu attendre le début du 21e siècle, avec l'élection du président du Venezuela Hugo Chavez, pour que la région commence à se libérer de la poigne d'acier de Washington. Chavez a ouvert la porte à une vague de dirigeants progressistes et de gauche qui ont été portés au pouvoir, élus par des majorités écrasantes au Brésil, en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua, au Paraguay, au Honduras et au Salvador. Bien sûr la résilience de Cuba face à un demi-siècle d'un blocus économique américain paralysant et aux tentatives sans fin de la CIA de détruire et de déstabiliser son système, était le fondement de la montée de la gauche qui a transformé et libéré la région.

Après que Chavez a été élu en 1998 et a commencé à appliquer les changements affectant des intérêts puissants, des changements qui redistribuaient la richesse et nationalisaient le contrôle sur les ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz, les États-Unis ont appuyé un coup d'État contre lui en 2002 qui l'a brièvement démis du pouvoir et a installé un dictateur choisi par les États-Unis, l'homme d'affaires Pedro Carmona. Lorsque les Vénézuéliens ont pris la rue pour réclamer leur démocratie, ramenant Chavez au pouvoir, Washington a continué de financer et de superviser les efforts pour déstabiliser son gouvernement, saper ses politiques et affaiblir l'économie et le commerce international du Venezuela.

En réponse à cela, l'appui à Chavez a grandi et ses alliés ont été portés au pouvoir partout sur le continent, élus pour des politiques qui priorisent la justice sociale et le peuple sur le profit. Une à une, les agences américaines les ont ciblés, finançant des coups contre Evo Morales en Bolivie en 2008, Manuel Zelaya en 2009, Rafael Correa en Équateur en 2010 et Fernando Lugo au Paraguay en 2012. Les coups d'État réussis au Honduras et au Paraguay étaient une tentative d'affaiblir l'intégration et la souveraineté de l'Amérique latine en mouvement, mais l'échec à renverser Morales et Correa a aidé à consolider les organisations régionales comme l'ALBA et l'UNASUR. Cela a propulsé la création de la Communauté d'États latino-américains et caraïbes (CELAC), qui a exclu intentionnellement les États-Unis et le Canada.

Néanmoins, les efforts des États-Unis pour reprendre le contrôle et l'influence sur la région se poursuivent. Le président Barack Obama a réitéré cet objectif de nombreuses fois depuis qu'il est au pouvoir, en précisant que les États-Unis doivent « mener » en Amérique latine et regarder vers l'avenir, pas le passé. Le fait d'ignorer l'histoire criminelle atroce de Washington dans l'hémisphère ne veut pas dire que les relations vont s'améliorer, surtout que le même comportement se poursuit aujourd'hui, voilé sous d'apparents nobles prétextes.

Les opérations clandestines, l'espionnage, les missions secrètes, le financement clandestin, la guerre psychologique et les tactiques de changement de régime que les États-Unis ont employés en Amérique latine depuis des décennies, se poursuivent aujourd'hui ouvertement et secrètement. Snowden a révélé la surveillance continue et l'espionnage illégal des dirigeants latino-américains, des gouvernements et des institutions publiques et privées, tandis que d'autres enquêtes, incluant celles de WikiLeaks, ont mis en évidence la vaste gamme de stratégies et de tactiques utilisées par les agences américaines pour financer des partis politiques, construire des mouvements d'opposition et affaiblir des présidents démocratiquement élus qui refusent de se subordonner à l'ordre du jour des États-Unis.

Le Venezuela continue d'être une cible clé de ces tactiques de déstabilisation. Les agences américaines incluant la National Endowment for Democracy (NED), une entité financée par le Congrès qui finance des mouvements politiques à l'étranger et l'U.S. Agency for International Development (USAID), le bras financier du Département d'État, ont investi plus de 100 millions $ d'argent des contribuables pour construire la coalition anti-Chavez au Venezuela durant la période 2002-2011. En dépit de cette aide énorme du gouvernement américain, l'opposition a été incapable d'obtenir suffisamment d'appui pour chasser Chavez par les élections et les diverses tentatives pour le détrôner ont aisément été défaites par ses partisans. Depuis son décès prématuré au début 2013, son successeur, Nicolas Maduro est devenu la cible de ces efforts.

En ce moment, le Venezuela se prépare pour un important processus électoral prévu pour le 6 décembre alors que les 165 sièges législatifs de l'Assemblée nationale sont en jeu pour réélection. Le pays vit une crise économique sévère et la popularité du président Maduro a chuté. Alors que Maduro et son administration partagent la responsabilité pour les politiques et les décisions qui ont échoué, la main déstabilisatrice familière du gouvernement américain est aussi de la partie. Depuis un an, les États-Unis ont dépensé plus de 18 millions $ par l'entremise de USAID et de la NED pour financer les groupes anti-gouvernement au Venezuela, nourrissant le conflit dans ce pays et gardant en vie une opposition qui manque de cohésion et d'appui populaire. Depuis 2014-2015, la NED a canalisé près de 3 millions $US aux groupes anti-gouvernement au Venezuela, dont une grande partie est centrée sur les élections législatives. Un montant de 125 000 $US a été donné au groupe d'opposition Súmate, créé par la NED en 2003 afin de mener une campagne pour un référendum révocatoire contre le président Chavez. La fondatrice de Súmate, Maria Corina Machado, est une figure de l'opposition dont les opinions extrémistes et les discours de division l'ont placée à la frange du mouvement de droite. En dépit de sa participation dans des coups et des complots de déstabilisation, le groupe de Machado continue de recevoir du financement du gouvernement américain pour intervenir dans l'élection au Venezuela. 400 000 $US additionnels ont été alloués pour un programme qui « appuie les parlementaires et le développement de politiques » et plus de 40 000 $ ont été alloués pour « surveiller l'Assemblée nationale du Venezuela. » Cela équivaut à un financement de la part du gouvernement américain pour promouvoir les candidats et les politiques pro-États-Unis et financer l'espionnage interne au sein de la branche législative vénézuélienne.

Plus d'un demi million de dollars de financement de la NED à des groupes anti-gouvernement cette année au Venezuela va à leurs communications sur Twitter et à d'autres médias sociaux pour combattre la propagande du gouvernement. Mais la propagande financée par les États-Unis n'est pas indépendante ou objective. Et un autre 474 000 $US est allé aux efforts pour documenter et disséminer l'information au sujet de la situation des droits humains au Venezuela, incluant la préparation de plaintes contre le gouvernement vénézuélien devant les organismes internationaux comme la Commission interaméricaine des droits de l'homme, la Cour interaméricaine des droits de l'homme et la Cour pénale internationale. Ce financement a coïncidé avec la montée en flèche des plaintes contre le Venezuela au cours des deux dernières années.

En plus du financement et du soutien manifeste à l'opposition au Venezuela, le gouvernement américain continue de s'engager dans des opérations clandestines pour miner le gouvernement vénézuélien. En 2005, après que la restructuration de la communauté américaine du renseignement ait été complétée, le directeur nouvellement nommé de la National Intelligence John Negroponte a créé des divisions de priorité de renseignement hautement spécialisées pour s'attaquer aux « défis du renseignement » auxquels Washington fait face. Les divisions, appelées « gestionnaires de mission », représentent les plus importantes cibles de sécurité et de défense pour les États-Unis. Trois gestionnaires de mission ont été créés pour le contre-terrorisme, les armes de destruction massive et la prolifération nucléaire. Trois étaient spécifiques à des pays : gestionnaire de mission pour l'Iran, gestionnaire de mission pour la Corée du Nord et gestionnaire de mission pour Cuba-Venezuela. L'élévation du Venezuela au rang de priorité de renseignements signifie que des ressources énormes sont investies pour l'espionnage, la surveillance et les opérations spéciales tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du territoire vénézuélien.

Le premier gestionnaire de mission pour Cuba-Venezuela était le vétéran de la CIA Norman A. Bailey, un expert de l'ère de la guerre froide dans l'espionnage et la collecte de renseignements en territoire ennemi. Son mandat n'a duré qu'une année et le suivant en ligne était Timothy Langford, un officier de carrière du service clandestin avec plus de 25 années d'expérience dans la CIA.

Dans les justifications Top Secret du budget 2008-2009 du Congrès pour le programme national de renseignement, le directeur du National Intelligence a mentionné comme objectif clé « l'identification et l'administration des 'centres d'excellence' pour fournir des renseignements pertinents, opportuns et décisifs au sujet de l'Iran, de la Corée du Nord et Cuba-Venezuela. » Un autre objectif était de « créer une stratégie d'investissement pour l'Iran, la Corée du Nord et Cuba-Venezuela visant à renforcer l'analyse, la collecte et l'exploitation. » Le document Top Secret de 2009 révélait aussi qu'un des objectifs du gestionnaire de mission Cuba-Venezuela est de « développer l'analyse des transitions de leadership », faisant référence au « Plan pour une transition démocratique à Cuba » de Washington, un effort pour renverser la révolution cubaine et à d'autres initiatives pour démettre du pouvoir le président Hugo Chavez.

Dans son témoignage devant la Commission du renseignement du Sénat américain, Timothy Langford a fait référence aux opérations qui sont menées au « Centre de fusion du renseignement » à Colombia, un point focal de l'espionnage fusionnant les capacités de la NSA, de la CIA, de la DEA et de la DIA (renseignement militaire) pour exécuter des opérations spéciales dans la région visant les cibles des États-Unis dont le gouvernement vénézuélien.

Le gestionnaire de mission Cuba-Venezuela existait toujours en 2011 mais depuis lors l'information publique qui est disponible sur ses opérations a été camouflée. La Direction générale du budget national du renseignement 2015 faisait état d'un budget de 53 milliards $US, dont une partie importante est consacrée aux priorités stratégiques clés de renseignement, comme le Venezuela.

Le Venezuela détient les plus grandes réserves certifiées de pétrole sur la planète et sera toujours une cible des intérêts les plus puissants. Une histoire pas si lointaine de la politique américaine en Amérique latine nous rappelle que Washington fera ce qu'il faut pour assurer le contrôle de la région et de ses ressources.

(TeleSUR, 19 novembre 2015. Traduction: LML)

Haut de page


Un gouvernement pressé de répéter les mensonges de l'Holodomor

La perfidie des falsifications de l'histoire


La falsification de l'histoire se répète. À gauche, le ministre conservateur de la Citoyenneté et l'Immigration d'alors, Jason Kenney (à droite), signe une entente avec le président de Tribute to Liberty, Ludwik Klimkowski, pour financer avec des fonds publics le monument anticommuniste en hommage aux collaborateurs nazis, le 23 août 2013. À droite, le chef libéral, Justin Trudeau, et des candidats libéraux rencontrent le Congrès ukrainien canadien archi-réactionnaire pour discuter des falsifications similaires de l'histoire, le 13 octobre 2015. (CIC, liberal.ca)

Le nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau se montre empressé de répéter les mensonges au sujet de l'« Holodomor ». Le 13 octobre 2015, alors qu'il était encore candidat, Trudeau a rencontré les dirigeants de l'archi-réactionnaire Congrès ukrainien canadien pour discuter de leurs priorités, dont l'une est la « semaine nationale de sensibilisation à l'Holodomor ». L'année précédente, le 17 novembre, Trudeau, en tant que chef du caucus libéral, s'était joint au premier ministre Harper pour promouvoir les falsifications de l'histoire lancées en premier par les nazis et maintes fois exposées depuis. « Il y a plus de 80 ans, lors du génocide de l'Holodomor, des millions d'Ukrainiens ont systématiquement et délibérément été privés de nourriture alors que l'on tentait de piller le pays et de détruire un peuple », avait-il déclaré alors. Le 19 novembre 2014, à la Chambre des communes, son actuelle ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, avait qualifié l'Holodomor de « génocide délibéré. » Cela montre un penchant à succomber à des positions idéologiques réactionnaires extrémistes, notamment la promotion des falsifications nazies utilisées pour faire passer les nazis ukrainiens pour des combattants de la liberté, et à une définition tendancieuse des droits de l'homme tirée de la guerre froide.

La vérité est que bien que l'Union soviétique connaissait des temps difficiles en 1932-1933, principalement à cause de la longue campagne interventionniste des puissances impérialistes contre la nouvelle Union soviétique commencée par l'invasion de la Russie soviétique en 1918, à laquelle des troupes canadiennes ont participé, il n'y a jamais eu de « famine artificielle » en Ukraine. Au début des années 1930 avait lieu une lutte de classes cruciale dans toute l'Union soviétique au cours de laquelle les paysans pauvres sans terre se sont soulevés contre les riches propriétaires terriens, les koulaks, et ont commencé la lutte pour la collectivisation de l'agriculture.

Ce sont les nazis qui ont créé le mythe de la famine ukrainienne en 1933 pour discréditer l'Union soviétique, l'ennemi qu'ils redoutaient le plus. Les nazis ont publié des pages entières de « nouvelles » dans les journaux allemands, qui ont été reprises par la presse réactionnaire britannique comme le Daily Mail de Londres dont le propriétaire, lord Rothermere, était un ami d'Hitler et de Mussolini. Puis, en septembre 1934, le milliardaire William Randolph Hearst, le plus grand éditeur américain de la « presse à sensation » et un partisan du nazisme, a rencontré Hitler et son ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels, et reçu des fonds en liquide pour promouvoir une image positive des nazis aux États-Unis. Les journaux de Hearst ont publié de nombreuses colonnes payées par Adolf Hitler, Herman Goering et Benito Mussolini, et Randolph Hearst a assisté au grand rassemblement du Parti nazi à Nuremberg en 1934.


Photos falsifiées d'une exposition du Service de sécurité de l'Ukraine pour faire la promotion de l'Holodomor présentée à Sébastopol en mars 2009. Les photos ont été sous-titrées pour dire qu'elles étaient de la prétendue famine de 1932-33, mais il a été démontré que les trois sur la gauche étaient des photos de la grande dépression aux États-Unis et celle à droite de la Russie en 1921. (www.nr2.ru)

Les journaux de Hearst sont devenus les plus grands propagandistes du mythe de la famine ukrainienne et ont utilisé de fausses photographies et publié des mensonges qui ont été réfutés, preuves à l'appui, à maintes et maintes reprises. La campagne de Hearst a été lancée le 8 février 1935 avec un titre de première page inventé dans le American Chicago : « Six millions meurent de faim en Union soviétique ». Utilisant du matériel fourni par l'Allemagne nazie, Hearst a commencé à publier régulièrement des mensonges sur un génocide qui était prétendument orchestré délibérément par les dirigeants soviétiques.

Les articles de presse de Hearst dans lesquels il était affirmé à tort qu'il y avait une famine artificielle en Ukraine sont à l'origine de la grande falsification que des millions de personnes sont mortes de faim en Union soviétique. Ces mythes ont été repris par la CIA et le MI5, par les responsables de la chasse aux sorcières maccarthyste aux États-Unis et par des propagandistes payés comme le professeur de Stanford Robert Conquest, un ancien agent du MI5. Conquest a consacré sa vie à la propagande antisoviétique alors qu'il travaillait à l'Institut Hoover, une extension du Département d'État des États-Unis, et a eu comme collègues Condaleezza Rice et Donald Rumsfeld. Pendant des décennies, les calomnies de Conquest et d'autres du même acabit ont servi à donner une impression négative du socialisme en URSS pour tromper les travailleurs et leurs alliés.

Aujourd'hui, les cercles dirigeants canadiens, leurs médias monopolisés et leurs idéologues universitaires montrent leur vrai visage en faisant la promotion du grand mensonge de l'Holodomor tout en restant totalement muet sur l'extermination de plus trois millions de personnes en Ukraine par les nazis et leurs collaborateurs. Apparemment, c'est « de l'histoire ancienne ». Ils restent silencieux également sur le fait que l'État canadien a laissé entrer au Canada des criminels de guerre nazis connus, parmi eux des criminels d'Ukraine, et les a protégés ensuite contre des poursuites. Cela inclut, par exemple, les 2 000 membres de la Division SS Galicie, composée de volontaires ukrainiens, qui avaient combattu contre les armées canadiennes et soviétiques et a été condamnée comme organisation criminelle au procès de Nuremberg. Enfin, les milieux dirigeants ne parlent jamais du gouvernement actuel de l'Ukraine et de ses forces armées qui comptent dans leurs rangs des néonazis avoués qui portent ouvertement des symboles nazis, comme les six membres du parti Svoboda au Parlement et le millier d'hommes du bataillon Azov.

La campagne de désinformation de l'Holodomor est menée au nom de la liberté, de la démocratie, des droits humains et de la primauté du droit. Cette désinformation vise à cacher le fait historique irréfutable que ce sont l'Union soviétique, les communistes et Staline qui ont dirigé la lutte mondiale contre le fascisme et ont joué un rôle majeur dans la défaite des nazis hitlériens. Aujourd'hui, cette désinformation vise également à cacher que les impérialistes anglo-américains attisent le danger d'une guerre encore plus grande pour isoler la Russie. Leur but est d'encourager les forces fascistes en les appuyant par tous les moyens pour qu'elles s'organisent contre les peuples, en cautionnant le terrorisme d'État et en cherchant à contenir l'extrême droite tout en prenant son rôle néfaste au nom de valeurs civilisées, de la liberté, de la démocratie et de la prospérité économique. Pour cela, ils permettent la résurgence du nazisme en Ukraine et dans d'autres pays. Par exemple, il a été annoncé le 9 avril 2015 que le Parlement ukrainien (Rada) avait adopté une loi qui reconnaît officiellement les Ukrainiens qui ont collaboré avec les nazis comme des « combattants de la liberté ».

Les mensonges de l'Holodomor font partie des tentatives incessantes des cercles dirigeants de renverser le verdict des peuples qui depuis longtemps ont condamné le nazisme à la poubelle de l'histoire et mobiliser les nazis modernes comme troupes de choc contre le peuple.

Cela ne doit pas passer !

Haut de page


70e anniversaire des procès de Nuremberg

Le châtiment inévitable


Les accusés nazis devant le Tribunal militaire international au procès de Nuremberg, tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946

Ceux qui ont recours à la force, réelle ou imaginaire, et à la violence pour asservir d'autres nations n'ont rien retenu des leçons de l'histoire. Que ce soit les bombardements de l'ancienne Yougoslavie, les guerres en Irak et en Libye, l'arrivée au pouvoir du régime néonazi en Ukraine ou le soutien aux groupes terroristes en Syrie - il y a toujours des gens en particulier qui initient, financent et commettent les crimes contre la paix et l'humanité. Ils devraient tirer les leçons des procès pour crimes de guerre de Nuremberg tenus il ya 70 ans.

L'idée de ces procès a été avancée presque simultanément par tous les parties de la coalition antihitlérienne. Dès le 22 juin 1941, l'Union soviétique a déclaré que les dirigeants nazis devaient être jugés pour avoir déclenché la guerre.

La nécessité d'un procès international pour les criminels a été indiquée initialement le 14 octobre 1942 dans la déclaration du gouvernement soviétique « De la responsabilité des agresseurs hitlériens et de leurs complices pour des crimes commis dans les pays occupés d'Europe ». Il déclarait « Le gouvernement soviétique estime qu'il est essentiel de déférer sans délai à la justice du tribunal international spécial, et de punir selon toute la sévérité du code pénal, tous dirigeants de l'Allemagne fasciste qui, dans le cadre de la guerre, sont tombés entre les mains des États luttant contre l'Allemagne hitlérienne. »

À leur tour, les gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne ont fait les déclarations sur la responsabilité des hitlériens des crimes odieux commis contre l'humanité en octobre 1941. La décision de créer un tribunal international a été prise par les puissances alliées lors de la Conférence de Potsdam. L'accord stipule : « Les criminels de guerre et les individus qui ont participé aux plans ou à l'exécution des entreprises nazies, tendant ou aboutissant à des atrocités ou à des crimes de guerre, seront arrêtés et traduits en jugement. Les chefs nazis, les adhérents influents du parti et les hauts dignitaires des organisations et des institutions nazies, de même que toutes les autres personnes dangereuses pour l'occupation alliée ou les buts qu'elle se propose, seront arrêtés ou internés. »

L'Accord concernant la poursuite et le châtiment des grands criminels de guerre des Puissances européennes de l'Axe et statut du tribunal international militaire du Gouvernement Provisoire de la République française et des gouvernements des États-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et de l'Irlande du Nord, et de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques a été signé à Londres le 8 août 1945 (19 autres États ont ensuite signé cet accord). Le tribunal était composé des juges égaux en droits : le major général Iona Timofeïevitch Nikitchenko, vice-président de la Cour suprême de l'URSS, M. Francis Biddle, procureur général des États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale, Geoffrey Lawrence, Lord juge d'appel et représentant du Royaume Uni de Grande-Bretagne et le professeur Henry Donnedieu de Vabres, représentant du gouvernement provisoire de la République française.

Le président britannique du Tribunal, le juge Geoffrey Lawrence, a ouvert le procès, le qualifiant d' « unique dans l'histoire de la jurisprudence du monde et d'une importance suprême pour des millions de gens partout dans le monde ».

Il était unique, en effet. Pour la première fois dans l'histoire, les Nations unies, pas juste une seule nation, étaient prêtes à punir ceux qui ont agi en violation du droit international généralement reconnu et commis des crimes odieux contre le monde et l'humanité. Le but était d'éviter que de tels événements ne se reproduisent jamais.

Vingt-quatre dirigeants politiques et militaires sont inculpés, presque tous les hauts dirigeants du Troisième Reich, à l'exclusion d'Adolf Hitler, d'Heinrich Himmler, chef de la police allemande, chef de la SS (escadron de protection) du parti nazi et chef de l'Office central de la sécurité du Reich, et Paul Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Reich dans l'Allemagne nazie de 1933 à 1945 - ils s'étaient tous suicidés avant les procès. Martin Bormann, un haut dignitaire de l'Allemagne nazie et chef de la chancellerie du parti nazi, a été jugé par contumace parce que présumé en fuite.

Les inculpés ont été accusés d'avoir déclenché la guerre pour imposer leur domination au monde, ce sont les crimes contre la paix ; d'assassinats, de mauvais traitements ou de la déportation pour les travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, d'assassinat ou de mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, d'exécution des otages, de pillage des biens publics ou privés, de destruction aveugle des villes ou villages ou de dévastation que ne justifient pas les exigences militaires, ce sont les crimes de guerre ; d'assassinat, d'extermination, de réduction en esclavage, de déportation et tout autre acte inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien de persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, ce sont les crimes contre l'humanité. Le procureur en chef de l'Union soviétique à Nuremberg, Roman Roudenko, le procureur de la République socialiste soviétique d'Ukraine à l'époque, avait parfaitement raison d'affirmer que les criminels « se sont emparés de l'ensemble de l'État et fait de cet État un instrument de leurs crimes monstrueux ».

Une copie de l'acte d'accusation en langue allemande a été remise à chacun des accusés détenus au moins 30 jours avant l'ouverture du procès, et ils ont eu toutes les facilités pour préparer leur défense. Tous les accusés avaient des avocats allemands. Avec le consentement des procureurs, ils ont reçu tous les documents afin de produire des preuves écrites en allemand. La défense a été soutenue dans ses efforts pour trouver et recevoir des documents et convoquer des témoins. Ces faits réfutent les accusations avancées alors et par la suite que les décisions du Tribunal international reposaient sur le droit des vainqueurs qui fait que le plus fort a toujours raison et que le faible a toujours tort. Les droits des accusés ont été strictement respectés afin de rendre des décisions équitables.

La loi a été observée à la lettre. C'est ce qui a marqué le procès. La Cour a entendu 116 témoins convoqués par les procureurs et la défense. Quatre mille documents ont été étudiés afin de produire des preuves. Les documents officiels produits par les accusés eux-mêmes avant les procès ont été priorisés.

Les défendeurs ont tenté de rejeter toute responsabilité et de faire porter la responsabilité de tout à Hitler. Ils ont également accusé Himmler qui avait fait des agences de sécurité qu'il dirigeait de véritables instruments de mort. Pas un seul défendeur n'a reconnu sa culpabilité. Des preuves irréfutables ont été produites au cours du procès à l'effet que les structures dirigées par Himmler n'étaient pas les seules à blâmer pour les massacres et autres crimes. D'autres organismes, notamment le haut commandement de la Wehrmacht, y ont également participé. En outre, le Tribunal militaire international a appliqué scrupuleusement le principe IV : « Le fait d'avoir agi sur l'ordre de son gouvernement ou de celui d'un supérieur hiérarchique ne dégage pas la responsabilité de l'auteur en droit international, s'il a eu moralement la faculté de choisir. »

Le Tribunal a reconnu comme criminels la SS, le SD, la Gestapo ainsi que les hauts dirigeants du Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Cela a permis que les coupables réels aient à faire face à la responsabilité pour leurs méfaits. Le tribunal se fondait sur le principe juridique fondamental : une personne juridique est criminellement responsable pour un crime. Si une organisation a été reconnue criminelle par le Tribunal militaire international, le verdict ne peut pas être révisé par les tribunaux d'un État. Les dirigeants des États baltes, de l'Ukraine et d'autres pays qui prétendent que leurs collaborateurs, qui ont servi dans les rangs de la SS, sont des combattants pour l'indépendance nationale devraient s'en souvenir. Selon le verdict, 12 personnes reconnues coupables, notamment Hermann Goering, Joachim Von Ribbentrop, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg et Martin Bormann (par contumace), ont été condamnées à mort par pendaison. Sept ont été condamnées à des peines d'emprisonnement . Trois acquittées. Les exécutions de Nuremberg ont eu lieu le 16 octobre 1946, après que les appels à la clémence aient été rejetés par le Conseil de contrôle.

Pour la première fois dans l'histoire, l'agression a été reconnue comme un crime grave. Les notions de complot international, de propagande de guerre et de planification, de préparation et déclencher une guerre d'agression ont été introduites dans le droit international. La participation à ces activités a été reconnue comme criminelle et les auteurs doivent être punis avec toute la rigueur de la loi.

Il est triste aujourd'hui que dans certains pays, notamment ceux qui, avec l'URSS, étaient parties de la coalition, il y ait des forces qui appellent à la révision du Tribunal de Nuremberg. Elles essaient de réviser les normes du droit international établies lors des procès tenus par les nations victorieuses. Ces tentatives menacent de saper l'ensemble du système juridique international. Elles peuvent conduire à des guerres d'agression et au recours à des moyens barbares d'anéantissement.

(Strategic Culture Foundation, 23 novembre 2015. Traduction LML)

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca