Le Marxiste-Léniniste

Numéro 49 - 7 décembre 2015

Le droit du peuple à décider est primordial

Le gouvernement de l'Alberta annonce son programme de «leadership en matière de climat»


Rassemblement à Calgary en appui à l'action contre le changement climatique,
le 28 novembre 2015
(Climate Action Network)

Le droit du peuple à décider est primordial
Le gouvernement de l'Alberta annonce son programme de «leadership en matière de climat»
Les grandes sociétés pétrolières et le changement climatique - Peggy Morton


Le droit du peuple à décider est primordial

Le gouvernement de l'Alberta annonce son programme de «leadership en matière de climat»


Le 28 novembre 2015, action-climat populaire en opposition aux changements climatiques, à Edmonton

Le 22 novembre, la première ministre de l'Alberta Rachel Notley et la ministre de l'Environnement Shannon Phillips ont réuni des représentants des Premières Nations, des organismes environnementaux et des grands monopoles pétroliers et gaziers mondiaux opérant dans les sables bitumineux pour annoncer le programme du gouvernement de leadership en matière climatique.

« C'est aujourd'hui que nous commençons à mobiliser les capitaux et les ressources pour créer des emplois verts, des énergies vertes, l'infrastructure verte et une industrie albertaine de l'énergie forte, respectueuse de l'environnement, durable et visionnaire. Nous commençons aujourd'hui à élever d'un cran nos efforts face à l'un des plus grands problèmes mondiaux, la pollution à l'origine des changements climatiques », a déclaré Notley.

Le plan prévoit que la production d'électricité à partir du charbon sera progressivement éliminée d'ici 2030. Le niveau des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) dans les sables bitumineux sera autorisé à passer de son niveau actuel de 70 mégatonnes à 100 mégatonnes. Une taxe sur le carbone sera introduite à l'échelle de toute l'économie. Le prix du carbone va augmenter graduellement de 15 $ la tonne (son prix actuel), à 20 $ en 2017 et à 30 $ en 2018. Une taxe de vente du carbone sur l'essence sera introduite, qui sera d'abord de cinq cents le litre puis passera à sept cents, et les Albertains vont aussi devoir payer une taxe de vente sur le gaz naturel utilisé pour le chauffage domiciliaire. Une portion des revenus sera utilisée pour aider les Albertains à revenus faibles et moyens, a dit Notley. L'ensemble des taxes sur le carbone devrait rapporter environ 3 milliards $ par année et atteindre 5 milliards $. Les recettes fiscales vont subventionner le développement de la technologie par les entreprises pour qu'elles réduisent leurs émissions et développent des sources d'énergie renouvelables comme les énergies solaire et éolienne.

Lors de l'annonce, Tony Alexis, Grand chef du Traité numéro Six, a souligné l'importance de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et l'obligation des gouvernements de respecter les droits des autochtones et issus de traités, y compris le droit de décider. Des représentants d'organisations environnementales, l'institut Pembina, Forest Ethics et Environmental Defence étaient aussi présents. Parlant en leur nom, Ed Whittingham, de l'institut Pembina, a exprimé son appui sans réserve au plan du gouvernement de leadership en matière de climat.

Les dirigeants de quatre des plus grandes entreprises actives dans les sables bitumineux étaient aussi présents sur le podium pour donner leur appui au plan du gouvernement. Steve Williams, pdg de Suncor Énergie Inc., Lorraine Mitchelmore, présidente de Shell Canada, Brian Ferguson, président et pdg de Cenovus Energy Inc. et Murray Edwards, président de Canadian Natural Resources Ltd. étaient non seulement présents mais ont été salués comme des champions de la lutte contre les changements climatiques, en particulier Edwards qui a été présenté comme un leader.

Il est certain que les Albertains veulent que le gouvernement prenne des mesures sur les questions environnementales, dont la pollution et ses effets sur la population et le climat. Pourquoi cependant les grandes sociétés pétrolières sont-elles si enthousiastes pour le projet et quand est-ce que cette transformation remarquable a eu lieu où les plus grands monopoles opérant dans les sables bitumineux sont devenus des champions de la lutte contre les changements climatiques ? Pourquoi le principal actionnaire de l'entreprise responsable de la catastrophe causée par le déversement de polluants à la mine Mount Polley en Colombie-Britannique, Murray Edwards, est-il salué de cette façon ? Depuis quand ces barons du pétrole sont-ils absous de leur responsabilité pour la dévastation de l'environnement, qui résulte de leur course effrénée pour réaliser des coups de fortune et satisfaire leurs intérêts privés étroits ? Ont-ils fourni des réparations ? Il semble que c'est ce qu'ils auraient eu envie de faire toute leur vie et que maintenant on leur offre enfin la possibilité de donner libre cours à leur passion non seulement pour leurs portefeuilles mais pour la Terre Mère et les populations.

Depuis qu'ils existent, les monopoles privés ont usurpé le pouvoir de décider, qui appartient aux Premières nations, aux Albertains et aux Canadiens. Le peuple a le droit de décider de ce qui est produit et comment il est produit et utilisé. Les monopoles mondiaux ont privé les peuples de leur droit de décider, ce qui a causé les problèmes environnementaux, sociaux et autres que nous connaissons bien et auxquels le monde entier est confronté.

Personne n'a forcé les monopoles à priver les peuples de leur droit de décider. C'est eux qui privent par la force le peuple et les petits entrepreneurs de leurs droits. Malgré tout leur pouvoir de priver les autres de leur droit, y compris le pouvoir de l'État, les monopoles sont confrontés à de nombreux obstacles dans leur quête pour satisfaire leurs intérêts privés étroits. Un de ces obstacles est l'opposition farouche du peuple qui refuse d'accepter qu'on le prive de son droit de décider. Les monopoles déplorent cette opposition qu'ils qualifient souvent de « manque d'acceptabilité sociale » pour leurs activités destructrices. Leurs tactiques, en Alberta comme à la COP21 à Paris, visent à saper l'opposition et à réaliser cette acceptabilité sociale qu'ils recherchent pour pouvoir servir leurs intérêts privés.

Les monopoles de l'énergie doivent également composer avec l'effondrement du prix du pétrole dans un contexte de surabondance de pétrole, avec la concurrence féroce entre les monopoles pour les marchés et les conséquences que produit l'ambition des impérialistes les plus puissants de détruire les économies de ceux qui ne se soumettent pas.

Il faut que la classe ouvrière et ses alliés et les petits entrepreneurs examinent de près les tactiques qu'utilisent les grandes pétrolières et s'activent afin de ne pas permettre à ces monopoles d'utiliser les demandes du peuple pour des actions sur le climat et l'environnement pour justifier encore plus de manigances pour payer les riches et priver le peuple de son droit de décider.

Le plan de leadership du gouvernement en matière climatique était à peine annoncé que tout le monde a été appelé à se prononcer pour ou contre. Cela n'aide pas à évaluer précisément ce qui est mis en place, quel impact cela aura et si le projet représente une réponse prosociale et une nouvelle direction qui va permettre de résoudre les problèmes de l'environnement social et naturel et mettre fin à la destruction que causent les monopoles.

Sur quoi sommes-nous censés prendre position : si nous sommes d'accord qu'il faut réduire les émissions et corriger les impacts environnementaux négatifs ? Tout le monde sait que les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont monté en flèche en raison principalement des sables bitumineux. Outre les émissions de GES, d'autres problèmes graves sont liés à la pollution comme l'existence de vastes étangs de résidus, les effets négatifs sur la santé des gens et la nature unilatérale du développement des sables bitumineux qui a laissé l'économie et la classe ouvrière vulnérables pendant cette période de ralentissement.

La classe ouvrière ainsi que les Premières nations et les Métis luttent pour une réponse prosociale à la crise de la pollution et à une économie fragilisée. Une réponse prosociale repose d'abord et avant tout sur le respect des droits des Premières nations, des Métis, des Albertains et des Canadiens, dont le plus important est le droit de décider.

(Alberta Worker, 4 décembre 2015)

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Les grandes sociétés pétrolières
et le changement climatique

Lors d'un point de presse conjoint, les quatre grandes entreprises des sables bitumineux - Canadian Natural Resources Ltd (CNRL), Suncor, Shell et Cenovus - ont salué avec enthousiasme le Programme de leadership en matière de changement climatique du gouvernement néo-démocrate de l'Alberta. Leurs représentants l'ont qualifié de « développement historique pour l'Alberta » qui « bouscule les idées reçues en matière de changement climatique, de sables bitumineux et d'infrastructure ». Dans leur communiqué de presse, les compagnies se disent fières de travailler avec des organisations environnementales qui sont aux premières lignes, ce qui permet de « mieux se comprendre et de recommander des solutions à l'industrie pétrolière et du gaz naturel qui ont contribué à l'élaboration de cette politique ».

« En injectant le revenu généré par le nouveau régime d'établissement du prix du carbone dans le développement de technologies qui pourraient changer le cours des choses en ce qui concerne les gaz à effet de serre (GES), ce programme conçu en Alberta pourrait permettre à la province de jouer un rôle de leadership en matière de changement climatique », lit-on dans le communiqué. « Ce programme prépare aussi les conditions pour que le pétrole albertain devienne compétitif en matière de carbone sur le plan mondial et que les Canadiens commencent à bénéficier de la pleine valeur de leurs exportations de pétrole. En démontrant qu'elle est prête à jouer un rôle de leadership avec son programme ambitieux sur le climat, l'Alberta peut devenir une source privilégiée de pétrole et ainsi créer la richesse et des emplois de façon soutenue pour les futures générations d'Albertains et de Canadiens. »

Le directeur de l'Institut Pembina, Ed Whittington, a abondé dans le même sens : « Nous vivons aujourd'hui un moment historique car l'Alberta prend la place de leadership qui lui revient sur le plan international. La première ministre Notley avait promis aux Albertains qu'elle prendrait l'initiative en matière de changements climatiques et elle et son gouvernement ont tenu parole. C'est la voie à suivre à la fois pour l'environnement et l'économie. Le monde a besoin de plus d'exemples de leadership comme celui-là de la part des grandes juridictions productrices d'énergie si nous voulons éliminer le danger des changements climatiques. »

Cette position des monopoles pétroliers révèle qu'on est arrivé à la conclusion que l'approche de Harper a été un échec colossal. Harper tenait mordicus à ce qu'aucune opposition scientifique ou populaire ne fasse obstacle à la croissance rapide des sables bitumineux et à l'exportation du bitume brut. Mais Harper et les conservateurs de l'Alberta ont manqué le bateau et n'ont pas réussi à faire accepter un seul oléoduc. Harper a dit à Obama qu'il n'accepterait pas un non à Keystone XL mais Obama a dit non. Autrement dit, les quatre grandes pétrolières ont décidé que la meilleure façon pour elles d'expédier le pétrole vers les marchés est de devenir les champions de l'action sur le climat. Leur objectif demeure d'ouvrir des marchés d'exportation mais la façon d'y arriver doit changer, ont-elles conclu.

La première ministre Rachel Notley a dit de la décision finale du président Obama de rejeter l'oléoduc Keystone XL que c'était un vrai signal d'alarme pour l'Alberta. Obama a dit du pétrole des sables bitumineux qu'il est un des plus sales du monde. Notley a dit que c'était un coup dur pour l'Alberta, ce producteur énergétique enclavé à marché unique, et que « nous allons faire mieux ».

Même si les commentaires d'Obama ont été au coeur de la discussion, les monopoles qui sont actifs en Alberta ne sont pas sans savoir que les États-Unis nagent dans le pétrole présentement et que les perspectives d'accès au marché américain sont sombres. Leur cible réelle est de faire approuver les projets d'Énergie Est et de Trans Mountain dans le but d'atteindre les marchés européens et asiatiques.

Les gens se demandent s'ils devraient s'inquiéter de ce changement d'attitude de la part des monopoles du pétrole. Est-ce possible qu'en dépit de leur « prise de conscience » intéressée et cynique de la pollution qu'eux-mêmes ont causée et de leurs motifs, il pourrait en résulter quelque chose de bon pour le bien commun ? Est-ce que les monopoles pétroliers vont changer de cap et tout le monde va en bénéficier ? C'est bien l'impression que donne le milliardaire Murray Edwards, la nouvelle tête d'affiche de l'action-climat des propriétaires et des pdg des pétrolières, qui parle d'une grande famille ayant les mêmes buts et la même politique.

« Cette annonce lève les obstacles et ouvre la voie à la collaboration avec un plus grand éventail de partenaires. Nous travaillons tous ensemble à réaliser la pleine valeur qu'offre l'industrie du pétrole et du gaz naturel, ce qui comprend les emplois, les avantages économiques et les revenus gouvernementaux, tout en relevant les défis associés au changement climatique », a dit Edwards, le président de CNRL. [1]

Quels sont les obstacles dont le gouvernement se serait défait ? Pourrait-il s'agir de l'opposition populaire au diktat monopoliste, qui, selon Edwards, va maintenant s'évanouir devant cette politique bien intentionnée d'une nation unique ? Pourquoi les sociétés pétrolières sont-elles si contentes de l'anonce et quelles sont leurs attentes face au gouvernement provincial ?

Il semble que les monopoles vont payer une taxe du carbone d'un coup tandis que le peuple va payer à la pompe et par ses comptes de chauffage, après quoi une partie des revenus fiscaux va revenir aux monopoles pour la recherche en technologies pour réduire les émissions de GES. Si c'est cela le programme, alors pour les pétrolières ce sera un grand coup de relations publiques pour se donner bonne image devant les gens, surtout ceux qui sont préoccupés par la pollution causée par les monopoles, et faire passer quelques oléoducs « verts ».

Une grande partie des taxes de vente perçues à la pompe et liées à l'utilisation du gaz naturel pour le chauffage domestique en vertu du programme de taxe du carbone sera remise aux monopoles énergétiques. Il semble donc que la taxe du carbone et les taxes de vente soient un programme de remise d'argent aux monopoles énergétiques, une manoeuvre peu subtile pour payer les riches et il y a fort à parier que les grandes sociétés pétrolières et l'association des entrepreneurs de forage vont tout faire pour en profiter. [2]

Le postulat qui sous-tend tout cela est que l'intérêt public va sortir gagnant si on ouvre les marchés de l'exportation du bitume. Mais le peuple n'en est pas convaincu, surtout qu'il continue d'être privé de son droit de déterminer la direction de l'économie et de décider ce qui sera produit et comment ce sera produit, distribué et utilisé. Les monopoles restent fermement aux commandes des prises de décision et cherchent à servir leurs propres intérêts privés étroits, avec une approche cette fois qui met un signe d'égalité entre leur intérêt privé et l'intérêt public et la demande populaire de mesures pour combattre la pollution.

L'opposition ouvrière n'a que faire de ces vieilles méthodes pour payer les riches assorties maintenant de prétentions vertes et demande une nouvelle direction pour l'économie, une direction qui comprend l'habilitation du peuple et de nouvelles façons de percevoir des revenus de l'économie par le biais d'entreprises publiques et d'autres méthodes, une transition vers une économie diversifiée qui repose sur l'industrie manufacturière, les services publics et les programmes sociaux, et sur la fin du contrôle monopoliste des secteurs névralgiques de l'économie comme l'extraction des matières premières en Alberta. Une nouvelle direction qui repose sur le nouvel objectif de servir le peuple va assurer le développement de l'amélioration, de la transformation et de l'utilisation des ressources pour le secteur manufacturier afin de remplacer l'économie de simple extraction et exportation que les monopoles imposent et qui mène à un essor servant essentiellement une petite minorité suivi de la crise qui affecte la majorité.

Avant tout, le gouvernement doit cesser de payer les riches. On doit interdire la pratique de verser les fonds publics aux intérêts privés, comme les monopoles pétroliers, et la traiter comme un vol criminel du trésor public. Détourner les fonds publics dans les coffres des monopoles privés ne fait que consolider leurs empires et leur droit monopoliste de dicter les politiques qui servent leurs intérêts privés étroits. Cela ne fait que protéger et augmenter leurs fortunes privées et leur privilège de classe et affaiblir le droit public de contrôler l'économie, de décider de sa direction et d'humaniser l'environnement social et naturel. Les fonds publics qu'on veut donner aux monopoles énergétiques au nom d'initiatives vertes doivent plutôt servir à bâtir les entreprises publiques qui, de concert avec les universités, vont créer une expertise dans le domaine énergétique et remettre de la valeur de façon ininterrompue dans le développement productif et la science, ce qui va créer un changement véritable dans le climat et l'économie.

Notes

1. Le président de CNRL, Murray Edwards, possédait en 2011 des avoirs personnels d'une valeur de 2,2 milliards $ US. Le CNRL a été la première association à conclure des contrats avec l'Association chrétienne des travailleurs du Canada (CLAC) pour la construction du projet de sables bitumineux Horizon dans le but avoué d'abaisser les salaires et les conditions de travail. Horizon fut aussi le premier projet à avoir recours à des travailleurs temporaires étrangers en fonction d'une entente selon laquelle CLAC fermait les yeux sur le fait que ces travailleurs recevaient des salaires très inférieurs au standard de l'industrie. Edwards est un des principaux donateurs et collecteurs de fonds pour le Parti libéral de la Colombie-Britannique. Il est actionnaire majoritaire de la mine d'or de Mount Polley en Colombie-Britannique. En 2014 le bassin de décantation de cette mine s'est effondré, versant des déchets toxiques vieux de plusieurs années dans les lacs et rivières environnants, contaminant entre autres le lac Quesnel, jadis d'une pureté cristalline.

2. Dans ses prochains numéros, Alberta Worker va traiter de la question à savoir si les échanges de carbone et les taxes sur les produits de carbone sont des outils efficaces et appropriés dans la lutte contre le changement climatique.

(Alberta Worker, 4 décembre 2015)

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