Le Marxiste-Léniniste

Numéro 47 - 2 décembre 2015

Conférence sur le climat à Paris

La privatisation du programme de l'ONU en matière d'environnement


Le processus de sélection des réfugiés syriens du gouvernement libéral enchâsse le privilège et sape les droits
L'aide aux réfugiés n'est pas la préoccupation
première du gouvernement Trudeau

- Louis Lang -

Dangereuse hypocrisie sur la question des réfugiés
- Enver Villamizar -
Le Canada appuie une résolution injuste de l'ONU contre la Syrie
Processus de sélection des réfugiés
L'utilisation du parrainage privé
Le rôle de la vérification des banques de données dans
le traitement des demandes des réfugiés

Utilisation de la biométrie
Des rapports de l'ONU décrivent l'ampleur de la crise

La prévention de la «radicalisation» dans les établissements scolaires
S'en prendre aux jeunes pour la politique de guerre et d'agression
- Chantier politique -


Le déploiement de réseaux terroristes pour atteindre un objectif criminel
La Turquie abat un avion de chasse russe
Erdogan prend un nouveau contrat avec l'Occident
- Emre Uslan -

Pourquoi les États-Unis larguent-ils la Turquie?
- Andrew Korybko -

Événements
Célébration de la contribution de Cuba
aux luttes de libération en Afrique australe


Conférence sur le climat à Paris

La privatisation du programme de l'ONU
en matière d'environnement


Manifestation contre le projet d'oléoduc Keystone à Ottawa le 26 septembre 2011

La Conférence des Nations unies sur le climat a lieu du 30 novembre au 11 décembre au Parc des expositions Le Bourget, près de Paris, en France. Il s'agit de la 21e session de la Conférence des parties (Conference of parties, COP) et de la 11e session de la Réunion des parties au protocole de Kyoto (CMP11).

Avec la participation de 196 pays, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques réunit la quasi-totalité des pays membres de l'ONU et est à l'origine du Protocole de Kyoto de 1977. Le protocole de Kyoto a été ratifié par 192 des parties à la Convention.

Le but final des deux traités est la stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère au niveau nécessaire pour éviter que l'activité humaine ne cause des dommages irréversibles au système climatique de la planète.

La rencontre de Paris réunit également la 43e session de l'Organe subsidiaire de conseil scientifique et technique et de l'Organe subsidiaire de mise en oeuvre du 1er au 4 décembre et la douzième partie de la deuxième session du Groupe de travail spécial de la plate-forme de Durban pour une action renforcée.

Un développement inquiétant de cette conférence sur le climat est la privatisation du mouvement contre le changement climatique qui s'étend maintenant aux Nations unies. Le groupe Climate Action et le Programme de l'ONU pour l'environnement organisent le Forum pour l'innovation durable en parallèle avec la COP21. Les chefs d'État y participent au même titre et les documents du forum apparaissent comme faisant officiellement partie de la COP21.

« Convoquant d'une façon intersectorielle des participants venant du milieu des affaires, des gouvernements, des Nations unies, des ONG et de la société civile durant la COP21, le Forum sera une occasion unique pour favoriser l'innovation en entreprise dans l'arène du changement climatique », lit-on sur le site de l'organisation.

Quant à Climate Action, dont le site est unilingue anglais, il affirme que « pour nos clients, nous les aidons à générer des occasions d'affaires profitables et des partenariats, leur offrons un accès de haut niveau aux marchés émergents et renforçons leur position en tant que leaders de l'industrie mondiale du développement durable ».

Les participants au Forum doivent être des directeurs de grandes entreprises dont les références sont vérifiées par les organisateurs et ils doivent verser 1000 $ en frais d'inscription. Les commanditaires et intervenants sont des représentants de monopoles mondiaux connus comme BMW, Coca Cola, Moody, Banco Santander (la plus grande banque de la zone euro) et BNP Paribas, et moins connus mais engagés dans ce que les organisateurs appellent l'économie verte, comme Carbon Wealth et Climate Resources Exchange (CRX), qui possède CPX CarbonBank.

Les orateurs invités du Forum représentant le secteur public sont des leaders du système impérialiste d'États sous la domination des États-Unis. Deux d'entre eux sont présentés comme des experts en privatisation néolibérale des avoirs publics, de l'austérité, de la suppression des droits, des guerres d'agression, des conflits inter-impérialistes et des préparatifs de guerre :

« Le dr Ernest Moniz, secrétaire à l'Énergie des États-Unis. En tant que secrétaire à l'Énergie, le dr Moniz est chargé de la mise en oeuvre des missions critiques du département de l'Énergie en appui aux objectifs du président Obama en matière de croissance économique, de renforcement de la sécurité et de la protection de l'environnement. Cela comprend faire avancer la stratégie énergétique du président, maintenir la dissuasion nucléaire et réduire le danger nucléaire, promouvoir le leadership américain dans les domaines de la science et de l'innovation technologique en matière d'énergie propre, réparer les dommages de la guerre froide et renforcer la gestion et la performance. »

« Le président Felipe Calderon Hinojosa, président de la Commission mondiale de l'économie et du climat. Felipe Calderon était président du Mexique de 2006 à 2012. Durant sa présidence il a priorisé la primauté du droit et la sécurité publique, une économie concurrentielle et génératrice d'emplois, l'égalité des chances, le développement durable, la démocratie pratique et une politique étrangère responsable. Son gouvernement a entre autres mis en oeuvre des réformes structurelles pour moderniser l'économie mexicaine dans plusieurs secteurs clés, comme les pensions du secteur public, la fiscalité, le secteur de l'énergie et les soins de santé universels. »


Manifestations lors de la conférence de 2010 sur le changement climatique à Cancun, Mexique. Sur les pancartes : « Le marché du carbone est une fraude » et « Respectez les droits de la Terre-Mère ».

Le mouvement de la classe ouvrière rejette avec tout le mépris qu'ils méritent les objectifs néolibéraux défendus et pratiqués par Moniz et Calderon. Ces politiques ont amené le monde au bord d'une guerre mondiale d'envergure catastrophique et de la destruction planétaire. La classe ouvrière présente la vision d'une nouvelle direction qui humanise l'environnement social et naturel et rejette la guerre et l'usage de la force dans le règlement des conflits internationaux.

La classe ouvrière note la privatisation des Nations unies et de son programme sur le changement climatique. Cela n'a rien de surprenant en cette période de repli de la révolution. Le mouvement émancipateur de la classe ouvrière qui investit le peuple du pouvoir souverain et humanise l'environnement social et naturel doit se battre pour se faire entendre dans l'espace qui existe. Les impérialistes restreignent constamment cet espace par la privatisation des forums publics et la suppression fasciste des droits au nom de la sécurité, comme on le voit présentement à Paris avec l'interdiction des manifestations publiques. La classe ouvrière ne peut accepter et n'acceptera pas la négation impérialiste de ses droits et de la nécessité d'une nouvelle direction.

La conception du monde centrée sur l'être humain de la classe ouvrière conteste la conception du monde centrée sur le capital du Forum pour l'innovation durable et sa privatisation de l'espace public. La conception du monde centrée sur le capital est la base idéologique du capitalisme monopoliste, qui a placé le monde devant le danger du changement climatique et de la guerre. Comment la conception du monde qui est à l'origine du problème et impose le droit de monopole par la violence partout dans le monde peut-elle être considérée comme une solution ?

Pour humaniser l'environnement social et naturel, le droit public doit établir une nouvelle direction avec un but moderne, celui de servir le peuple. Le droit public et l'intérêt général de la société exigent qu'on donne un nouveau but à la production et qu'on délaisse le but imposé par le capitalisme monopoliste qui a mis le monde dans une telle situation. Le droit public exige que les sciences sociales et naturelles soient utilisées pour moderniser les rapports de production et guider les forces productives dans le sens d'ajouter une valeur additionnelle à la production sur tous les fronts en en assumant les conséquences. Cela donne plus de valeur à la production mais réduit le taux de profit. Le but centré sur le capital, qui est de maximiser le profit, ne peut être harmonisé avec l'humanisation de l'environnement social et naturel.

Pour faire en sorte que l'économie ait comme but de servir le peuple et d'humaniser l'environnement social et naturel, la classe ouvrière doit s'habiliter politiquement et économiquement. Elle doit contrôler ce qu'elle produit et la façon dont c'est produit et fixer les raisons et objectifs de la production.

La production humaine change le monde naturel, notamment en ce qui concerne la pollution et autres conséquences indésirables. Pour humaniser cet impact et le contrôler de manière à réduire ses effets dommageables pour la société et la nature, il faut donner un nouveau but à la production et activer le facteur humain/conscience sociale. Cela n'est pas possible avec la conception du monde et le but centrés sur le capital ou par la suppression des droits et la marginalisation de la classe ouvrière.

La classe ouvrière doit s'organiser pour se constituer en pouvoir économique et politique. Elle a besoin de ce pouvoir pour priver l'élite impérialiste du pouvoir de la priver de ses droits et d'un programme prosocial pour donner une nouvelle direction et un nouveau but à l'économie.


Marche pour le climat à Vancouver le 21 septembre 2014

Haut de page


Le processus de sélection des réfugiés syriens du gouvernement libéral enchâsse le privilège et sape les droits

L'aide aux réfugiés n'est pas la préoccupation première du gouvernement Trudeau


Pendant que la situation des Syriens continue de se détériorer rapidement, le premier ministre du Canada Justin Trudeau invoque le besoin de « garantir la sécurité de tous les Canadiens et Canadiennes » comme raison principale pour reporter sa promesse électorale d'accueillir 25 000 réfugiés avant la fin de l'année.

Lors d'un point de presse le 24 novembre, plusieurs ministres du cabinet du gouvernement Trudeau ont annoncé que la totalité de ces 25 000 réfugiés seraient identifiés avant le 31 décembre. Par contre, seulement 10 000 d'entre eux auront été accueillis au Canada d'ici là. Il s'agira avant tout de réfugiés parrainés par le secteur privé, dont plusieurs sinon tous ont déjà été identifiés et sélectionnés par le gouvernement Harper en réponse aux demandes d'organisations ecclésiastiques et d'autres organisations privées de parrainage.

Ce qui ressort depuis que le gouvernement Trudeau est arrivé au pouvoir est qu'au-delà de l'impression donnée qu'il remue ciel et terre pour accommoder ces réfugiés, le bien-être des réfugiés n'est pas vraiment sa priorité essentielle. Lors d'une entrevue à l'émission Question Period sur le réseau CTV le 22 novembre, portant sur la crise des réfugiés syriens, le ministre de la Défense Harjit Sajjan a dit que le Canada continuera de préconiser un changement de régime en Syrie. « Je suis d'avis que le président Assad doit partir », a-t-il dit. Ce n'est pas une rupture avec la position du gouvernement conservateur de Stephen Harper qui faisait de l'appui à la politique américaine de changement de régime en Syrie une priorité. Le gouvernement Trudeau aborde la crise des réfugiés comme une question de sécurité et n'a dit mot sur le fait que la grave crise humanitaire qui affecte des millions de Syriens est due aux ravages causés par la politique de changement de régime des États-Unis et de l'Europe, politique à laquelle adhère le Canada. C'est ce qui a mené au déplacement de millions de personnes et à une crise qui s'aggrave de jour en jour.

La réponse de tous les gouvernements occidentaux sans exception à une crise humanitaire d'une telle ampleur est de renforcer les mesures de sécurité et les pouvoirs policiers. Dans ce contexte, leurs préoccupations sonnent faux. Les États-Unis, le Canada et d'autres pays de l'OTAN, qui sèment le chaos partout dans le monde et qui sont responsables de la déstabilisation et de la destruction de pays souverains, ont démontré que pour eux les réfugiés syriens ne sont que des pions sur l'échiquier géopolitique dans leurs efforts hégémoniques pour contrôler la région, ses voies commerciales et ses corridors de transport et de sécurité.

Alors que la vaste majorité des Canadiens ont exprimé leur solidarité avec le peuple syrien et ont mis sur pied des organisations partout au pays pour leur procurer un toit et tout ce qui est nécessaire pour accueillir des milliers de réfugiés et leur permettre de s'établir au Canada, c'est bel et bien le gouvernement Trudeau qui tarde à nouveau à secourir les réfugiés qui subissent de telles difficultés et de tels dangers. Justin Trudeau a fait de beaux discours pendant la campagne électorale pour dénoncer l'attitude « sans coeur » des conservateurs envers les réfugiés syriens, mais maintenant il prend la même attitude qu'eux en essayant de brouiller les cartes et en refusant de faire ne serait-ce que le minimum pour aider à surmonter la plus grave crise humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Cette pratique a toujours été celle des gouvernements canadiens, qu'ils soient libéraux ou conservateurs. Bien que cela se fasse en invoquant les grands idéaux de l'humanitarisme, de la liberté et des droits démocratiques, les décisions touchant aux réfugiés et à l'immigration ont toujours été prises en fonction de considérations liées à la politique étrangère imposée d'abord par les intérêts coloniaux britanniques et, après la Deuxième Guerre mondiale, par l'impérialisme américain.[1]

La question de la « sécurité » est soulevée pour limiter l'assistance aux Syriens et les garder dans un état constant de crise pendant qu'on détruit leur pays, ainsi que pour susciter la méfiance et stigmatiser la communauté immigrante, en particulier les musulmans, comme des extrémistes et une menace pour le Canada. C'est aussi la pratique historique de l'État canadien de non seulement violer le droit de conscience des réfugiés et des immigrants, mais aussi de les intimider en leur refusant la citoyenneté ou en menaçant de retirer cette citoyenneté à quiconque ose défendre ses convictions.

C'est en offrant tout ce qui est nécessaire à la vie et à la sécurité de ceux qui ont été déplacés à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie et en veillant à ce que les Syriens puissent retourner chez eux en toute sécurité que les droits humains du peuple syrien seront défendus. Le gouvernement canadien doit cesser de former et d'armer les mercenaires en Syrie et doit se retirer de ce pays.Les interventions criminelles contre la Syrie par les forces militaires des États-Unis et de l'OTAN ainsi que celles appuyées par l'Arabie saoudite et le Qatar doivent cesser immédiatement.

Le blocus diplomatique et économique contre la Syrie doit cesser et les Syriens doivent décider eux-mêmes de leur avenir.

Note

1. Voir « Les opinions extrémistes de Harper sont un outrage au peuple vietnamien ! », et, en sous-titre, « Le Canada, terre d'accueil : pour qui ? », LML, 1er avril 2015)

Haut de page


Dangereuse hypocrisie sur la question des réfugiés

Plusieurs rapports circulent au Canada au sujet de réfugiés syriens qu'on commence à amener au Canada et des autres qui attendent d'être accueillis. Ces rapports coïncident avec le lancement de la campagne #BienvenueAuxRéfugiés qui parle de l'accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada comme d'un grand projet national.

On assiste à un effort certain pour limiter la pensée et la discussion parmi les Canadiens à la question de savoir si le processus d'accueil est sécuritaire ou non, comme si les réfugiés syriens étaient une menace à notre sécurité. Par exemple, l'annonce que le Canada va essentiellement exclure les hommes syriens célibataires, ce que le gouvernement appelle « donner la priorité aux plus vulnérables », aurait été faite par le gouvernement Trudeau « en réponse aux inquiétudes légitimes en matière de sécurité ».

De cette façon, la question des réfugiés est dépolitisée et coupée de son contexte afin que la responsabilité du Canada dans la création de réfugiés par sa participation à l'agression et à la guerre des États-Unis et de l'OTAN ne fasse pas l'objet de discussion et que toute l'attention se porte sur la façon dont les réfugiés sont amenés au pays, où ils seront logés et qui va financer le processus.

Dans une entrevue le 21 novembre à l'émission Question Period du réseau CTV, le ministre de la Défense Harjit Singh Sajjan a dit que « selon moi, le président Assad doit partir compte tenu de la complexité de la situation et des massacres qui ont été perpétrés contre son propre peuple ». « Ce que nous devons bien garder à l'esprit, a-t-il ajouté, c'est ce qui a causé ce problème en premier lieu. C'est le fait que le régime Assad a tué plus de Syriens que Daesh [EIIL] lui-même. »

Ces déclarations du ministre de la Défense au sujet du dirigeant dûment élu d'un pays qui est en train d'être mis à sac par l'OTAN et ses substituts sont très inquiétantes. Est-ce que c'est cela que les libéraux veulent dire quand ils parlent du retour du Canada à son rôle de « maintien de la paix » ? Est-ce ainsi qu'on contribue à établir un climat de calme et de stabilité où des solutions politiques peuvent être trouvées à l'état d'anarchie et de violence qui a été imposé à la Syrie par l'OTAN et ses alliés ? Que doivent penser les Canadiens d'un gouvernement qui dit vouloir aider les réfugiés syriens et qui déclare du même souffle vouloir éliminer et qui agit pour éliminer l'unique gouvernement légitime de la Syrie, un gouvernement dont le président a été élu et réélu par le peuple syrien et qui cherche à combattre les terroristes dont plusieurs sont financés et armés par l'OTAN et ses alliés ? Sommes-nous censés oublier le rôle qu'a joué le gouvernement Harper dans le financement, l'organisation et l'armement des soi-disant forces de l'opposition en Syrie, que l'OTAN utilise pour forcer un changement de régime ?

Est-ce que le ministre peut réellement s'attendre à ce que les Canadiens placent leur confiance en son gouvernement en tant que faiseur de paix et intermédiaire honnête alors qu'il a revêtu le manteau de Harper et parle ouvertement du besoin de renverser le gouvernement syrien ? Un concept de maintien de la paix digne du nom requiert à tout le moins qu'on soutienne une position de neutralité en respect de la souveraineté nationale et du droit international plutôt que de décider que le dirigeant d'un pays doit être renversé et d'intervenir pour que cela se produise. Quand les Canadiens ont-ils indiqué dans cette élection ou d'une autre manière qu'ils sont en faveur d'un changement de régime ? En quoi est-ce différent de la décision qu'avaient prise les États-Unis de se débarrasser du président irakien Saddam Hussein ? Ou de la décision de l'OTAN d'éliminer le dirigeant libyen Mouammar Khadafi au nom de grands idéaux ? Est-ce que ce sont là les réflexions du seul ministre de la Défense ou expriment-elles l'objectif des actions du gouvernement en Syrie et en Irak qui dit rechercher une façon plus efficace d'accomplir ses objectifs ? Il semble que les mensonges au sujet des armes chimiques et biologiques et de destruction massive ne marchent plus et font place aux mensonges sur les tueries de masse qui servent à masquer les tueries de masse que font l'OTAN et ses substituts quand ils détruisent les pays qu'ils ciblent.

Le rôle belliciste du gouvernement Trudeau en Syrie est en contradiction avec la volonté populaire et la primauté du droit. Prendre une juste position sur la question des réfugiés, c'est d'abord et avant tout mettre fin à l'ingérence du Canada en Syrie afin de ne pas exacerber la crise qu'il a tant travaillé à fomenter. Les Canadiens veulent que les problèmes qui surgissent entre les nations soient résolus de façon pacifique. C'est en mettant fin à la menace de recours à la force et au recours à la force par le Canada qu'on va l'empêcher de continuer de contribuer à la destruction d'autres pays et à la création de réfugiés et exprimer les aspirations des Canadiens à être une force de paix dans le monde.

Haut de page


Le Canada appuie une résolution
injuste de l'ONU contre la Syrie

Le 19 novembre, le Troisième Comité de l'Assemblée générale de l'ONU a approuvé la résolution A/C.3/70/L.47 intitulée « Situation des droits de l'homme en République arabe syrienne ». Elle a été rédigée par l'Arabie Saoudite et coparrainée par le Qatar, les Émirats arabes unis (ÉAU), d'autres pays arabes, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et autres États dits occidentaux.

Bien que la résolution ait été adoptée à 115 contre 15, avec 51 abstentions, elle a fait l'objet de beaucoup de critiques avant et après le vote. La raison principale des objections au projet de résolution est qu'il est contraire à l'esprit de l'ONU d'isoler des pays par des sanctions et qu'elle politise la question des droits humains. En mettant de l'avant la résolution, l'Arabie saoudite, le Qatar et les ÉAU détournent l'attention du fait qu'ils ne sont pas connus comme des grands défenseurs des droits humains. L'Arabie saoudite en particulier, un larbin connu de l'impérialisme américain, se livre au terrorisme d'État contre le Yémen, tandis que les trois pays sont connus pour leur recrutement et financement de terroristes tels l'EIIL pour fomenter la guerre et le terrorisme en Irak, en Syrie et ailleurs.

La résolution est basée sur la logique nazie du gros mensonge — bombarder le peuple avec la désinformation pour l'empêcher de penser et détruire l'opinion publique. Par exemple, la résolution cite les prétendues « manifestations civiles » à Deraa en mars 2011 qui ont « déclenché » la guerre civile syrienne qui a été supposément réprimée par la violence par le gouvernement syrien. Ce qui n'est pas dit, c'est que les États-Unis et leurs mandataires en Arabie saoudite et au Qatar sont derrière les prétendus rebelles qui ont instigué les « manifestations pacifiques » à Deraa qui ont entraîné la mort de quatre civils et huit policiers syriens. Les prétendus rebelles étaient armés et entraînés par l'OTAN. Un autre élément maintes fois répété de la désinformation est que le gouvernement syrien aurait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, alors que la preuve démontre que ce sont les « rebelles » les coupables.

La résolution vise à exonérer les terroristes financés et appuyés par l'Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, la France, les États-Unis et autres pour les crimes violents qu'ils ont commis et à blâmer le gouvernement syrien en l'accusant d'être le principal violateur des droits du peuple. Cela est fait pour justifier non seulement davantage de terrorisme et de violence soutenu par l'étranger contre le peuple syrien mais aussi pour renverser le gouvernement d'un État souverain membre de l'ONU, afin de servir les intérêts géopolitiques anglo-américains. La résolution appelle à un gouvernement de transition formé par les partis en conflit, un appel ouvert à un changement de régime, ce qui est contraire à tous les principes de l'ONU.

Le délégué Syrien, intervenant sur la résolution avant le vote, a souligné que la résolution est tissée de mensonges et de déformations des faits contre son pays. Il a fait remarquer que c'est précisément en Arabie saoudite, qui a rédigé la résolution, que des exécutions publiques telles les décapitations, les mauvais traitements des minorités et autres violations des droits ont lieu. Il a dénoncé l'Arabie saoudite et le Qatar et les a tenus « entièrement responsables » des attaques terroristes contre le peuple syrien. Il a déploré l'ironie que certains États qui ont coparrainé la résolution ont eux-mêmes de tels antécédents déplorables pour ce qui est des droits humains.

Le représentant iranien a déclaré que la résolution contre la Syrie a un impact sur la crédibilité du système des droits humains de l'ONU parce qu'elle appuie les armées étrangères qui menacent un État souverain et qu'en particulier, la résolution sape le droit de la Syrie, un État membre de l'ONU, d'assurer la paix sur son territoire.

Le représentant de l'Algérie a dit que les récentes attaques terroristes à Paris, Beyrouth, en Turquie et au Nigeria étaient un puissant rappel que l'ONU doit se regrouper et diriger l'attention au bon endroit pour combattre le terrorisme. Il a dit que sa délégation votait contre la résolution parce qu'il était « inopportun et contre-productif » d'amener des résolutions « spécifiques à un pays » devant l'Assemblée générale, ce qui est contraire au travail du Conseil des droits de l'homme dans la situation internationale actuelle.

Le Canada a voté en faveur de la résolution aux côtés de la Grande-Bretagne, des États-Unis, de la France, de l'Allemagne et d'autres pays qui forment une partie du système impérialiste d'États qui cherchent à imposer leur hégémonie aux autres. Le représentant du Canada a répété l'accusation que le gouvernement syrien a utilisé du chlore contre ses citoyens — une accusation déjà réfutée par les faits connus et répétée pour justifier l'injustifiable.

Cuba, l'Argentine, l'Équateur, la Biélorussie, la République populaire démocratique de Corée, le Venezuela, la Chine, la Russie et d'autres pays sont intervenus pour défendre les principes de l'ONU et pour défendre la paix. Ils ont condamné la nature politisée et sélective de la résolution qui jette le blâme sur la Syrie alors qu'il y a un besoin de désamorcer la situation et d'arrêter la violence dans ce pays. Ils ont voté contre la résolution.

Tout cela montre que les vieilles puissances coloniales ont du mal à faire comme elles veulent et ne peuvent que répondre par des intrigues et subterfuges pour continuer de saper les principes des systèmes de l'ONU pour imposer leurs visées impérialistes. Elles sont de plus en plus isolées dans l'arène internationale et ne peuvent répondre qu'avec la violence et le terrorisme qui approchent le monde d'une guerre mondiale. Les peuples du Canada et du monde doivent être vigilants et se tenir avec les nations telles la Syrie, l'Iran, la RPDC et autres qui refusent de se soumettre au diktat impérialiste et qui, par leur position courageuse, défendent la paix dans l'intérêt de l'humanité.

Haut de page


Processus de sélection des réfugiés

Le 24 novembre, le gouvernement libéral a annoncé qu'avant le 31 décembre il aura identifié tous les 25 000 réfugiés qu'il s'était engagé à accueillir au Canada avant la fin de l'année. Cependant, seulement 10 000 réfugiés auront été accueillis à cette date. Il s'agit avant tout de réfugiés parrainés par le secteur privé (RPP) dont plusieurs sinon la totalité ont déjà été identifiés et filtrés par le biais de demandes de parrains privés, y compris des groupes religieux, à l'époque du gouvernement Harper. Les réfugiés qui doivent arriver avant la fin de 2015 peuvent aussi être des réfugiés pris en charge par le gouvernement (RPG). Les demandes de ceux-ci auraient été traitées par des agences de réfugiés en sous-traitance et même possiblement par le Bureau du premier ministre lui-même puisque le gouvernement Harper avait pris l'initiative exceptionnelle de mettre fin aux mesures de traitement des RPG et de réacheminer ces dossiers directement au Bureau du premier ministre pour vérification, sans doute pour s'assurer que les « bons » réfugiés soient choisis. Les 15 000 autres réfugiés, composés de RPP et de RPG, doivent arriver au pays vers la fin du mois de février 2016. Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, a annoncé que d'autres réfugiés arriveraient au cours de l'année 2016, faisant en sorte que les 25 000 réfugiés pris en charge par le gouvernement seront éventuellement accueillis au Canada selon l'engagement électoral du Parti libéral.

Le gouvernement prétend que pour minimiser les risques pour la sécurité et offrir un nouveau toit aux réfugiés vulnérables, le Canada avait demandé au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR) - qu'on appelle aussi l'Agence des réfugiés des Nations unies - de prioriser les réfugiés vulnérables « qui représentent peu de risque pour la sécurité ». Selon les agences de nouvelles, ceux-ci seront composés de familles complètes, de femmes à risque, de gais et de lesbiennes, et d'hommes célibataires jugés vulnérables puisque membres de la communauté LBGT ainsi que de ceux qui accompagnent leurs parents en tant que membres de la famille. Tout dossier qui semble trop complexe ou représentant un risque possible pour la sécurité sera mis de côté et reporté à une date ultérieure.

Le système canadien des réfugiés est composé de deux programmes :

1) Programme de réinstallation des réfugiés et des personnes protégées à titre humanitaire. Ce programme s'applique aux personnes cherchant refuge et provenant de l'extérieur du Canada. Ce programme comprend les gens qui ont recours au programme fédéral RPG, d'autres qui arrivent grâce à l'assistance de groupes de la société civile en vertu du programme de parrainage privé (RPP) et un très petit groupe de personnes qui viennent au Canada par le biais du Programme mixte des réfugiés désignés par un bureau des visas (PMRV) qui a été mis sur pied en 2013 et offre un appui gouvernemental et privé à part égale. Depuis le 25 septembre 2015, le gouvernement a annoncé que tous les groupes désirant parrainer des réfugiés syriens pourraient maintenant le faire en vertu du programme PMRV et non uniquement par le biais du programme de parrainage entièrement privé.

2) Programme d'octroi de l'asile au Canada. Ce programme s'adresse aux personnes qui présentent une demande d'asile pendant qu'elles se trouvent au Canada. Le processus de détermination du statut de réfugié pour ceux qu'on juge admissibles à faire une telle demande au Canada est géré par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada.

C'est en vertu du programme de réinstallation des réfugiés et des personnes protégées à titre humanitaire que le gouvernement accueillera des réfugiés syriens au Canada dans les mois qui viennent.

Les réfugiés partiront de trois pays où on leur avait accordé un asile temporaire et où ils pourraient se trouver présentement dans des camps de réfugiés, soit le Liban, la Jordanie et la Turquie. Tout contrôle médical et de sécurité sera fait outremer et les personnes qui ont été retenues pour la réinstallation doivent déjà avoir été inscrites auprès du HCNUR pour ce qui est de la Jordanie et du Liban ou par le gouvernement du pays hôte pour ce qui est de la Turquie. L'identité des réfugiés sera vérifiée à chaque étape, selon le gouvernement, y compris par les agents des services frontaliers du Canada avant de s'envoler vers le Canada et à nouveau lors de leur arrivée à Toronto ou à Montréal.

Le gouvernement prévoit avoir à sa disposition 500 agents, y compris des agents des visas temporaires, qui traiteront les réfugiés dès que le programme aura pris sa vitesse de croisière. On dit que le moment principal où les décisions seront prises sera celui de l'entrevue faite au Canada « avec des agents de visas professionnels et expérimentés » qui feront la cueillette d'information afin de faciliter l'émission des visas. On ne dit pas si les agents de visas temporaires seront eux aussi professionnels et expérimentés ou quels seront les critères de l'engagement de ces agents. Seront-ils des policiers, des agents de sécurité, des soldats, des agents canadiens/américains etc. ? Les demandeurs interviewés ne seront pas tous acceptés lors de ce processus mais leur demande peut être considérée à une date ultérieure.

À la conférence de presse du 24 novembre, le ministre de la Défense, Harjit Saijan, a annoncé que l'armée canadienne était prête à déployer du personnel pour le filtrage et le traitement de réfugiés outremer, faisant mention spécifiquement de filtrage médical, de traitement des demandes et d'aide en biométrie. On peut donc croire que des officiers militaires joueront un rôle dans le traitement des demandes. Le ministre a dit que tout était en place pour permettre à l'armée de transporter et de loger temporairement les réfugiés si nécessaire.

Dans un article récent du Globe and Mail, on cite un haut fonctionnaire du gouvernement : « Le personnel des forces armées canadiennes constituera jusqu'à la moitié des 500 agents qui seront déployés au Moyen Orient pour trier les réfugiés. Ces membres du personnel militaire feront le bilan de santé et prendront des empreintes digitales et une lecture de l'iris des réfugiés, qui seront comparées à la base de données des départements de l'immigration et des forces policières du Canada et des États-Unis ».

Evan Koronewski, un porte-parole du ministère de la Défense nationale, a dit que les membres des Forces armées sont en état d'alerte, prêts à aider au moment où le ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté aura mis la dernière main à son plan. « Le moment du départ de ce personnel reste à déterminer. Le personnel médical des Formes armées canadiennes a été formé au triage médical et à la cueillette de données biométriques telles les relevés d'iris et les prises d'empreintes digitales. »

Sélection des réfugiés pris en charge par le gouvernement

Le processus suivant est celui que le gouvernement semble suivre, à quelques exceptions près annoncées jusqu'à maintenant, pour ce qui est des réfugiés syriens qui doivent arriver d'ici la fin de février.

Le processus de sélection par le Canada de ces réfugiés qui seront pris en charge par le gouvernement se fera en trois étapes, en commençant par une recommandation pour la réinstallation au Canada par le HCNUR. Des recommandations peuvent aussi provenir d'autres organisations et gouvernements.

L'étape un du processus débute au pays où les réfugiés qui ont fui leur patrie ont été accueillis et où ils résident présentement. Souvent, ils se trouvent dans des camps de réfugiés gérés par le HCNUR. Les réfugiés doivent expliquer à l'agence de l'ONU comment ils se sont enfuis et pourquoi. On les interroge au sujet d'activités militaires ou d'affiliations passées ou présentes, y compris leurs projets pour l'avenir. Ils sont aussi soumis à des « mesures de sécurité et pour contrer la fraude », y compris un balayage de l'iris. Enfin, les informations déclarées sont inscrites par le HCNUR dans un système mondial automatisé et intégré.

Si de l'information obtenue après l'entrevue révèle des activités liées au terrorisme et à la criminalité, le HCNUR prévoit aussi une procédure pour retirer le statut de réfugié.

Le HCNUR filtre tous les réfugiés et en choisit un nombre très restreint (de 1 à 2 %) qu'il juge de bons candidats pour la réinstallation par d'autres pays tels le Canada. Par exemple, du 1,1 million de réfugiés au Liban l'année dernière, le HCNUR en a choisi approximativement 10 000 à être recommandés pour une réinstallation dans un pays.

On dit accorder la priorité aux femmes ayant des enfants, aux mineurs non accompagnés, aux aînés, aux malades et aux plus vulnérables. Les jeunes hommes seuls qui pourraient être des combattants ou qui ne peuvent expliquer pourquoi ils ne possèdent pas leurs papiers d'identité sont refusés. La politique habituelle de réinstallation au Canada comprend aussi les réfugiés LGBT ou ayant subi des blessures physiques infligées au cours du conflit syrien. Les personnes que le HCNUR compte inviter pour une possible réinstallation au Canada recevront un texto via leur cellulaire, selon l'agence.

Le HCNUR peut avoir recours à d'autres évaluations pour déterminer l'admissibilité, dont des évaluations d'exclusion. Cette dernière vise à identifier des personnes qui auraient commis des crimes de guerre ou des actes criminels graves, y compris des actes terroristes. Selon le manuel du HCNUR à l'intention des agents de protection des réfugiés, cette évaluation doit être menée de façon minutieuse, et la norme de preuve menant à l'exclusion est de niveau « raisons sérieuses de penser », ce qui est à mi-chemin entre « soupçons raisonnables » et « preuve hors de tout doute raisonnable ».

Selon de récentes déclarations du HCNUR suite à ses réunions avec le gouvernement canadien, le processus de filtrage des réfugiés à l'étape deux du processus de sélection pour la réinstallation ne sera pas le même pour les quelque 15 000 RPG que le gouvernement compte accueillir d'ici la fin de février 2016. Selon un article du Globe and Mail, l'agence de réfugiés de l'ONU a annoncé qu'elle réduirait « son système de filtrage afin d'atteindre les 15 000 réfugiés pris en charge par le gouvernement que le Canada réclame en l'espace de quelques mois seulement. »

« En raison du court laps de temps, nous ne pourrons appliquer le processus de façon habituelle », a dit la porte-parole du HCNUR au Canada, Gisèle Nyembwe. L'agence de réfugiés de l'ONU passera outre l'interview détaillée qu'on mène normalement à la deuxième étape du processus de sélection pour la réinstallation, qui permet d'identifier les personnes choisies pour un déménagement permanent vers l'un des pays hôtes, tels le Canada, les États-Unis ou l'Australie. « Les agents canadiens devront sans doute assumer plus de responsabilité en ce qui concerne le filtrage », selon l'article.

L'étape deux du processus commence dès qu'une recommandation du HCNUR (ou de toute autre source connue) est remise entre les mains d'un agent des visas à l'ambassade canadienne. L'agent doit en arriver à une conclusion semblable à celle du HCNUR, c'est-à-dire que la personne en question se qualifie en tant que réfugié et est un candidat acceptable pour la réinstallation. Pour ce qui est des 15 000 RPG qui doivent s'installer au Canada, les agents devront faire des recommandations non conclusives. Un agent des visas canadien doit normalement vérifier les documents pertinents du demandeur, ainsi que les conditions du pays qu'il a fui de même que du pays où il habite présentement, et interroger le réfugié essentiellement pour établir si son histoire telle qu'il la raconte satisfait aux critères fixés par le gouvernement.

Le réfugié doit aussi obtenir une autorisation médicale d'un médecin nommé par le gouvernement canadien pour faire le filtrage médical.

Dans une annonce sur le site web de Citoyenneté et Immigration Canada en date du 8 octobre 2015, le gouvernement Harper avait dit qu'en plus d'avoir la collaboration du HCNUR, il travaillait aussi avec les organisations humanitaires ayant une riche expérience dans la région, y compris le Conseil danois pour les réfugiés (CDR) et la Fondation Aga Khan, et que les deux apportaient « leur appui aux agents canadiens des visas pour le filtrage des réfugiés syriens ». Suite à certaines inquiétudes au sujet du travail mené par au moins une de ces organisations, le même gouvernement avait annoncé que pour l'instant il avait cessé de filtrer certains Syriens pris en charge par le gouvernement en attendant de s'assurer que « nos démarches sont adéquates et que le CDR recueille et documente l'information nécessaire ». On omettait dans cette déclaration de mentionner que le gouvernement avait ordonné que les dossiers sur les réfugiés soient réacheminés vers le Bureau du premier ministre pendant cette suspension des activités du CDR. On ne donnait pas non plus la raison de ce réacheminement et on se contentait de dire que le gouvernement agissait ainsi parce qu'il voulait s'assurer de « répondre de façon appropriée aux questions liées à l'intégrité et à la sécurité ». On ne sait pas si les contrats signés avec ces organisations sont toujours valables depuis l'avènement au pouvoir du nouveau gouvernement libéral.

Il a été révélé par contre que des ministères fédéraux non spécifiés ont identifié et formé des gens pour les envoyer au Liban, en Jordanie et en Turquie avant la tenue des élections et que les ambassades ont augmenté leur personnel et le nombre de spécialistes en langues. Le Globe and Mail a déjà annoncé que des 500 agents qui seront expédiés au Liban, en Jordanie et en Turquie pour participer au filtrage des réfugiés, 250 seront des membres de l'armée.

À l'étape trois, l'agent des visas fait parvenir le dossier d'un réfugié au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour que celui-ci détermine le statut d'admissibilité du réfugié au Canada. Le processus suivi habituellement par l'agent du SCRS est de vérifier toute information qui pourrait être associée au nom de la personne et trouvée dans les bases de données du SCRS, de la GRC ou de l'Agence canadienne des services frontaliers (ACSF) ou des alliés internationaux du Canada. On dit que le rôle du SCRS est d'émettre des conseils à l'intention des agents des visas pour leur permettre de mieux juger de l'admissibilité du réfugié.

Le programme d'aide au rétablissement des réfugiés
pris en charge par le gouvernement

Les personnes acceptées en tant que réfugiés pris en charge par le gouvernement recevront des billets d'avion pour Toronto ou Montréal, après quoi certains seront transportés vers 11 autres villes du Québec ou 22 autres villes du reste du Canada qui offrent des services d'orientation et de rétablissement. Il semblerait que certains réfugiés pourraient être logés temporairement dans des bases militaires jusqu'à ce que des logements permanents et adéquats deviennent disponibles dans les villes où ils doivent se rendre. Les critères permettant de décider qui va à quel endroit ne sont pas clairs.

Dès leur arrivée au Canada, les réfugiés pris en charge par le gouvernement reçoivent un certificat de confirmation de résidence permanente. Dès qu'ils sont accueillis à l'aéroport, ils font partie du programme d'aide au rétablissement qui fournit de l'orientation en différentes langues ainsi que des services pour faire en sorte que les besoins de première nécessité des réfugiés soient respectés - logement, vêtements, meubles, un compte bancaire, des écoles pour les enfants, l'orientation professionnelle si nécessaire et de l'aide générale pour qu'ils puissent apprivoiser leur nouvel environnement et avoir accès aux services dont ils ont besoin. On évalue aussi les compétences des adultes en anglais et en français et on les encourage à suivre des cours de langue gratuits du gouvernement le plus rapidement possible dans la plupart des cas.

Le gouvernement fédéral fournit un appui financier de douze mois sauf si une personne ou sa famille a des ressources financières personnelles suffisantes pour voir à ses propres besoins, ce qui est rarement le cas. Cet appui peut cesser avant l'échéancier d'un an si la personne ou la famille devient autonome entre temps. Les réfugiés pris en charge par le gouvernement sont admissibles aux programmes provinciaux de soins de santé et au Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) pendant leur première année au Canada. Le niveau d'appui financier et d'assurance-maladie et d'assurance-médicament en vertu du PFSI tend à être comparable à celui des bénéficiaires de l'assistance sociale dans la province. Les billets d'avion pour venir au Canada et d'autres fonds pour couvrir le coût des examens médicaux avant de venir au Canada sont offerts aux réfugiés sous forme de prêt qu'ils doivent commencer à rembourser, avec intérêt, dès leur deuxième mois au Canada.

Si dans certains cas on juge que les besoins des réfugiés sont plus importants que prévus, ceux-ci peuvent bénéficier d'appui financier et en santé pour au-delà d'un an. Comme tout autre résident permanent, les réfugiés pris en charge par le gouvernement sont admissibles à l'assistance sociale provinciale si nécessaire à la fin de leur première année au Canada lorsque l'aide financière fédérale n'est plus disponible.

La sélection des réfugiés parrainés par le secteur privé

En plus des programmes fédéraux et québécois pour les réfugiés pris en charge par le gouvernement, les parrains du secteur privé sont de plus en plus engagés au rétablissement des réfugiés. Certains parrains privés sont organisés pour le faire sur une base régulière et ont signé des ententes de parrainage avec le gouvernement du Canada. Ces organisations se nomment Signataires d'entente de parrainage (la liste de ces organisations indique qu'elles sont en grande partie des organisations religieuses. Il y a aussi des groupes ethniques et de services communautaires). Les Signataires d'entente de parrainage peuvent eux-mêmes parrainer des réfugiés ou collaborer avec d'autres pour parrainer des réfugiés. D'autres parrains, portant le nom de Groupes de Cinq ou Parrains communautaires, sont constitués d'individus ou de groupes de diverses communautés au pays qui ne sont pas engagés à l'année longue mais qui se réunissent à l'occasion pour parrainer des réfugiés.

Les réfugiés parrainés par le secteur privé sont habituellement recommandés à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) par les individus ou organisations qui demandent de les parrainer, ou dans certains cas, par le HCNUR, un gouvernement étranger ou une autre organisation. Ces réfugiés ont souvent des membres de la famille au Canada qui demandent de les parrainer. Cela est problématique dans le cas des réfugiés syriens, comme ce fut le cas pour la famille d'Alan Kurdi, l'enfant de trois ans qui est mort en haute mer, parce que plusieurs n'ont pas eu l'opportunité de s'inscrire auprès du HCNUR ou du gouvernement d'un pays hôte ou de se faire recommander par eux, ce qui fait qu'ils ne sont pas admissibles au parrainage par le secteur privé. Le gouvernement Harper avait temporairement suspendu cette exigence pour les réfugiés syriens et irakiens pendant sa campagne électorale. « Depuis le 19 septembre 2015, le gouvernement du Canada a dispensé temporairement les Syriens et les Irakiens qui fuient le conflit en cours de l'obligation de fournir une preuve de reconnaissance du statut de réfugié pour leur parrainage. Cela signifie qu'un groupe de cinq ou un répondant communautaire peut présenter une demande de parrainage sans fournir un document attestant la reconnaissance du statut de réfugié. »

Dès qu'un groupe privé a en mains ses formulaires de demandes, ceux-ci sont étudiés à un bureau de traitement centralisé à Winnipeg avant que la demande ne soit expédiée au bureau des visas canadien indiqué où un processus semblable a lieu afin de déterminer l'admissibilité des demandeurs comme c'est le cas des réfugiés pris en charge par le gouvernement. Selon le site web d'IRCC, « Pour faire cette évaluation, l'agent des visas examinera si le réfugié a des parents ou un répondant au Canada, sa capacité de parler l'anglais ou le français ou de l'apprendre, son potentiel d'emploi et son esprit d'initiative. Lorsqu'une unité familiale présente une demande, le potentiel d'établissement de tous les membres de la famille est évalué ensemble et fait l'objet d'une seule décision. Si un agent des visas juge qu'un réfugié a un urgent besoin de protection ou se trouve dans une situation qui le rend vulnérable, il n'évaluera pas sa capacité de s'établir. »

Selon un rapport publié par Postmedia, 31 % des cas relevant de parrainage privé traités par des missions canadiennes dans le monde ont été rejetés l'an dernier.

Les responsabilités des parrains des réfugiés parrainés par le secteur privé

Les réfugiés parrainés par le secteur privé doivent recevoir de l'aide financière dès leur première année au Canada à un niveau au moins comparable aux taux d'assistance sociale provinciaux (ou pour moins d'un an advenant qu'ils deviendraient autonomes financièrement plus tôt). Le groupe de parrainage doit offrir de l'appui social et psychologique dans la première année ainsi que de l'aide pour trouver de l'emploi. Selon l'information à l'intention de parrains potentiels sur le site web d'IRCC, « On attend du réfugié qu'il déploie tous les efforts envisageables pour devenir autonome le plus rapidement possible après son arrivée au Canada, c'est-à-dire qu'il suive entre autres des cours de langue, qu'il se prévale d'autres services d'établissement et cherche activement un emploi. »

Puisque l'orientation et d'autres types d'aide à l'établissement relèvent de la responsabilité de leurs parrains, les réfugiés parrainés par le secteur public ne peuvent bénéficier de l'aide fédérale à la réinstallation ou des régimes de soins médicaux complémentaires et d'assurances-médicaments. Comme pour tout résident permanent, par contre, ils sont admissibles aux cours de langue gratuits du gouvernement et à une panoplie de services de soutien à l'installation.

Les réfugiés accueillis au Canada par le biais du récent programme mixte des réfugiés désignés par un bureau des visas bénéficient habituellement de six mois de soutien financier en vertu du programme fédéral de soutien à l'installation suivi de six mois aux frais des parrains privés, et ils sont protégés par le programme fédéral de santé intérimaire. Certains réfugiés syriens doivent venir au Canada en vertu de ce programme, une option qui n'est accessible que depuis peu.

La sélection des réfugiés au Québec

Dans le domaine de l'immigration à des fins humanitaires, le Canada est responsable de déterminer si une personne, qu'elle vive au Canada ou à l'étranger, est un réfugié ou une personne vivant une situation semblable. Le Canada est aussi responsable de la mise en place et de la mise en oeuvre des critères liés à la santé, à la sécurité et à la criminalité.

Selon le site web du gouvernement du Québec, le processus de sélection du Québec tiendra compte du degré de détresse du candidat et de sa capacité de s'intégrer à la société québécoise.

Chaque année, le Québec et le gouvernement du Canada déterminent le nombre et le lieu d'origine des réfugiés et des personnes en situation semblable qui, une fois choisis, seront admis au Québec et pris en charge par le gouvernement (réfugiés pris en charge par le gouvernement).

Pour être sélectionnée à titre de réfugié pris en charge par le gouvernement du Québec, une personne doit être reconnue par le Canada comme réfugié au sens de la Convention (de Genève) outre-frontières et ne pas être réétablie de façon permanente dans le pays où elle a cherché asile. Une personne visée par un parrainage collectif peut également être reconnue dans la catégorie de personne de pays d'accueil.

Sa demande est ensuite évaluée par le Québec à la lumière des éléments suivants : les qualités personnelles et les connaissances linguistiques du ressortissant étranger et des membres de sa famille, la présence d'enfants à charge, le lien avec un résidant du Québec qui est l'époux ou le conjoint de fait ou un membre de la parenté au premier ou second degré et toute expérience de travail, rémunérée ou non. D'autres éléments sont pris en compte telles que la scolarité et la débrouillardise. Les qualités personnelles (flexibilité, sociabilité, dynamisme, initiative, persévérance, réalisme, confiance en soi, maturité et motivation) se manifestent à travers les expériences antérieures des réfugiés dans le pays d'origine ou dans le pays de premier accueil ainsi que par les responsabilités qu'ils ont assumées dans leur collectivité ou encore par l'obtention d'un emploi lorsque cela est possible.

Sont aussi pris en considération l'expérience antérieure du demandeur dans son pays d'origine ou dans son premier pays d'accueil ainsi que ses responsabilités actuelles dans sa communauté.

Qui est éligible au rétablissement au Canada ?

Pour être éligible au rétablissement au Canada en tant que réfugié, une personne doit respecter les critères de la Convention relative au statut des réfugiés de l'ONU : toute personne craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, ou qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays.

En plus, le Règlement canadien sur l'immigration et la protection des réfugiés stipule que tout individu à l'extérieur de son pays qui « est sérieusement et personnellement affecté par une guerre civile, un conflit armé ou une violation massive des droits humains » est admissible au rétablissement des réfugiés. Le règlement stipule aussi que le demandeur ne doit avoir aucune possibilité raisonnable de solution durable, dans un délai raisonnable, dans un pays autre que le Canada. Enfin, le demandeur doit démontrer la capacité de s'établir avec succès et doit respecter certaines conditions médicales et de contrôle de la sécurité.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC - anciennement Citoyenneté et Immigration Canada) possède des agents des visas situés outremer qui déterminent habituellement si un réfugié est admissible à la réinstallation et l'admission au Canada. Certains réfugiés sont recommandés à IRCC à des fins de considération par une organisation de recommandation désignée (habituellement le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou l'agence des réfugiés de l'ONU) ou l'agence des réfugiés de l'ONU, tandis que d'autres sont recommandés par des parrains privés au Canada. Les demandes sont généralement faites sur une base individuelle, à l'exception de circonstances où un mouvement de masse de réfugiés (par exemple en situation de conflit ou de violence généralisée) a parfois motivé le HCNUR à désigner un groupe en tant que réfugiés prima facie.

La Convention de Genève de 1951 ne définit pas comment les partis d'un État doivent déterminer si un individu répond à la définition de réfugié. Par contre, chaque parti de l'État en question doit établir les démarches pour demander asile et déterminer le statut de réfugié, ce qui a mené à des disparités parmi différents pays puisque les gouvernements définissent leurs lois sur l'asile selon leurs différentes ressources, leurs préoccupations face à la sécurité nationale et leur histoire de mouvements de migration forcée.

Haut de page


L'utilisation du parrainage privé

Un rapport signé Stephanie Levitz de la Presse canadienne en date du 8 octobre traite d'une vérification interne des recommandations des réfugiés parrainés par le gouvernement (RPG), commandée en juin 2015 par le gouvernement, et dont il est fait mention dans une annonce qui est parue sur le site de Citoyenneté et Immigration Canada ce jour-là.

Le gouvernement Harper écrit dans son annonce qu'outre le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies, il « collabore également avec des organisations humanitaires qui possèdent une expérience précieuse dans la région, notamment le Conseil danois pour les réfugiés (CDR) et la Fondation Aga Khan, et qui aident les agents des visas canadiens à traiter les cas de réfugiés syriens ». En raison de préoccupations liées au travail effectué par au moins une de ces organisations, le gouvernement a dit qu'il avait suspendu le traitement de certains RPG syriens pendant un certain temps jusqu'à ce qu'il soit « établi que nos procédures étaient adéquates et que le CDR compilait et rassemblait les renseignements nécessaires ».

Le communiqué ne mentionne pas que le gouvernement avait ordonné que les dossiers de ces réfugiés soient réacheminés vers le Bureau du premier ministre pour un examen minutieux pendant l'interruption du traitement et n'explique pas pourquoi cela a été fait, disant seulement que le gouvernement voulait seulement s'assurer « que les considérations d'intégrité et de sécurité sont traitées de façon appropriée ».

Dans son article Levitz écrit que « [L]a vérification de juin a été réalisée uniquement sur des cas de réfugiés parrainés par le gouvernement, y compris ceux qui sont déjà au Canada et ceux qui sont encore dans la file d'attente, forçant un arrêt du traitement de ces dossiers pour plusieurs semaines. » Le traitement des demandes de réfugiés parrainés par des groupes privés s'est poursuivi sans interruption.

Levitz écrit : « On estime que 90 % des réfugiés dans la région se considèrent musulmans et il est donc probable que la majorité des personnes référées au Canada par l'ONU sont aussi musulmanes bien que les chiffres ne soient pas disponibles. Pendant ce temps, deux tiers des groupes privés agréés par le gouvernement pour relocaliser les réfugiés sont des églises. Ils ont plus de flexibilité pour choisir qui ils veulent et, en retour, le gouvernement jouit d'une plus grande souplesse pour approuver ou rejeter ces demandes. »

Le gouvernement n'avait pas d'inquiétude face à ces dossiers, a dit un porte-parole du Conseil canadien syrien, parce « qu'il sait que par le biais des églises, ça va être des chrétiens ou des minorités qui vont venir », lit-on dans un autre rapport de la PC écrit par Lina Dib.

La question de l'utilisation de l'organisation danoise pour traiter les demandes de réfugiés pour le compte du gouvernement a été reprise le même jour par Joe Friesen du Globe and Mail :

« Une des préoccupations du gouvernement, qui a conduit au printemps à l'interruption du traitement (des réfugiés), a été l'embauche d'une ONG étrangère pour filtrer les réfugiés référés par le HCR des Nations unies. Le Conseil danois pour les réfugiés a été embauché pour aider au traitement des réfugiés issus de la crise syrienne. Les termes du contrat n'ont pas été divulgués mais le Conseil confirme qu'il travaille en partenariat avec le Canada. Toute question a été référée au gouvernement canadien. Pourquoi le Canada a engagé une ONG étrangère et à quel coût n'a jamais été éclairci. »

On ne sait pas non plus si cette organisation ou d'autres groupes privés sont ou seront impliqués dans le traitement des demandes de réfugiés parrainés par le gouvernement suite à l'élection du nouveau gouvernement libéral.

Le rapport du 10 octobre de Lina Dib fait référence à des critiques émises contre le gouvernement Harper à l'effet qu'il appliquait une politique discriminatoire dans la sélection des réfugiés syriens et irakiens venant au Canada. Le premier ministre et le ministre de Citoyenneté et Immigration, Chris Alexander ont nié l'accusation et dit qu'ils ont simplement donné la priorité aux personnes les plus vulnérables provenant de ces pays, soit les chrétiens, les musulmans ismaéliens et les Kurdes, par rapport aux autres réfugiés syriens.

Dib a contacté des représentants du CDR et de l'organisation catholique Caritas, à qui le gouvernement aurait aussi demandé de lui référer des chrétiens et d'autres réfugiés issus de minorités religieuses.

Un porte-parole du CDR a dit qu'il ne pouvait pas commenter sur ce que les autres faisaient, mais que le comité n'a jamais fait de discrimination sur la base de l'ethnie ou de la religion. Une ancienne représentante de Caritas qui, jusqu'à il y a deux mois à peine, était responsable du travail parmi les réfugiés au Liban a dit qu'elle ne savait pas si son organisation avait été contactée par les autorités canadiennes pour aider à filtrer les réfugiés mais que Caritas avait cessé de référer des réfugiés à des pays parce que cela causait des problèmes à son organisation. « Nous étions perçus comme si nous encouragions les chrétiens à quitter le Moyen-Orient », a-t-elle dit à Dib.

L'article ne mentionne pas la Fondation Aga Khan, une organisation musulmane ismaélienne, et si elle était en mesure de fournir le genre de références que le gouvernement voulait.

En fin de compte, la solution du gouvernement Harper à son dilemme a été d'encourager le parrainage privé des réfugiés. « Le gouvernement compte sur le parrainage privé dont la plus grande partie provient d'églises afin de s'assurer que les 10 000 réfugiés syriens qu'il a promis d'accueillir soient chrétiens ou issus d'autres groupes minoritaires », a écrit Dib.

Au huitième mois de 2015, Citoyenneté et Immigration Canada avait émis des visas à seulement 308 réfugiés en provenance de la Syrie et référés par l'ONU et 1513 visas provenant du parrainage privé des réfugiés, bien loin de l'objectif proclamé. Dans les premiers jours de la campagne électorale de 2015, « Harper a promis qu'un gouvernement conservateur réélu accueillerait 10 000 Syriens sur une période de quatre ans, en sus des 10 000 réfugiés qu'il a promis d'accepter », a rapporté le Toronto Star. Puis, suite à la mort du bambin de trois ans Alan Kurdi, le ministre d'alors de Citoyenneté et Immigration, Chris Alexander, a annoncé le 19 septembre que le gouvernement Harper permettrait d'accélérer les plans de réinstallation de 10 000 réfugiés syriens au Canada d'ici septembre 2016, plus tôt que la date prévue.

Le Conseil danois pour les réfugiés

Selon Wikipedia, le Conseil danois pour les réfugiés (CDR) est une organisation humanitaire danoise privée, fondée en 1956, qui chapeaute 33 organisations membres.

Créée après la Seconde Guerre mondiale, « elle a été fondée en 1956, à la suite de la répression de l'insurrection de Budapest. Elle travaille dans plus de 30 pays à travers le monde. Elle a été notamment active en Bosnie-Herzégovine » où, selon la version anglaise du site Wikipedia, « [G]râce à des opérations de convoi, le CDR a été responsable de fournir la moitié de l'aide humanitaire internationale en Bosnie-Herzégovine durant les guerres d'indépendance en ex-Yougoslavie dans les années 1990. »

Toujours selon la version anglaise du site Wikipedia, « aujourd'hui le CDR opère dans plus de 30 pays à travers le monde. Avec des programmes humanitaires dans les zones de conflit comme la Somalie dans la Corne de l'Afrique, l'Afghanistan en Asie centrale, l'Irak au Moyen-Orient et en Tchétchénie dans le Caucase.

« Le Conseil danois pour les réfugiés est l'un des acteurs humanitaires centraux en Syrie et les pays voisins. Plus de 500 000 personnes reçoivent une aide d'urgence du CDR chaque mois dans la région. [...]

Les perspectives pro-impérialistes du CDR ressortent dans un rapport de 2013 qu'il a produit sur les migrants en Libye où les opérations de changement de régime dirigées par l'OTAN et les États-Unis ont renversé le gouvernement, tué le président et détruit le pays dans ce qui est appelé « la révolution de 2011 ».

La Fondation Aga Khan

La Fondation Aga Khan est la branche canadienne du Réseau de développement Aga Khan. Aga Khan, le 49ième imam héréditaire (chef spirituel) des musulmans chiites ismaéliens est son fondateur et président. La fondation dit que depuis plus de 30 ans, elle a « travaillé avec le Canada et les Canadiens pour améliorer de manière durable la qualité de vie des communautés pauvres et marginalisées, en Asie et en Afrique ». Elle a son siège social à Ottawa où elle a un projet pour la promotion du « pluralisme dans les valeurs, les politiques et les pratiques ». Un Centre mondial du pluralisme est en cours de construction dans l'ancien Musée canadien de la guerre. Le gouvernement Harper a donné à la fondation une subvention de 30 millions $ pour établir un fonds de dotation. Une liste des organismes avec qui la fondation dit partager des perspectives similaires sur le pluralisme et la promotion de la démocratie apparaît sur son site Internet. Certains de ces organismes incluent Freedom House, le Centre mondial pour la responsabilité de protéger et George Soros Open Society Foundations aux États-Unis ainsi que d'autres comme l'International Crisis Group et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Caritas

Caritas International est une confédération de 162 organisations catholiques de secours, de développement et d'organismes de services sociaux qui travaillent dans 198 pays et territoires. Caritas porte secours aux réfugiés syriens en Jordanie et au Liban. Caritas prétend être l'un des plus grands réseaux d'ONG dans le monde. Son organisation membre canadienne est Développement et Paix.

Haut de page


Le rôle de la vérification des banques de données dans le traitement des demandes des réfugiés

Les Canadiens veulent que l'accueil des réfugiés se fasse sur une base humanitaire et que leurs droits humains et civils soient respectés. Ils ne vont pas accepter que l'accueil des réfugiés au Canada se fasse à partir de critères discriminatoires qui reposent sur les croyances politiques, religieuses et autres parce que cela irait à l'encontre de leur sentiment humanitaire. Au nom de la sécurité des Canadiens — un problème qui a été fabriqué par le gouvernement Harper et repris par les libéraux —, on donne aux vérifications de sécurité une importance démesurée, ayant préséance sur tous les autres aspects.

Lors d'une conférence de presse le 24 novembre pour annoncer le plan du gouvernement en ce qui concerne l'accueil des réfugiés syriens au Canada, le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile Ralph Goodale a parlé de sécurité. Il a indiqué que la sécurité — celle des Canadiens et non des réfugiés — serait garantie au moyen d'entrevues personnelles professionnelles, de la biométrie, de la vérification des banques de données du Canada et des États-Unis et d'une nouvelle vérification de l'identité des réfugiés à chaque étape du processus. Tout ce contrôle de sécurité devra se faire à l'étranger et, en cas de doute, la filière sera mise de côté et réévaluée plus tard. À la télévision de Radio-Canada le ministre de la Citoyenneté John McCallum a dit qu'il y a quatre millions de réfugiés syriens qui attendent, alors si le gouvernement a des doutes sur un demandeur, il peut le laisser tomber sans souci parce qu'il y en a tant d'autres.

L'impression est donnée que le gouvernement du Canada fait tout cela pour garantir la sécurité des Canadiens contre des terroristes qui pourraient s'infiltrer au Canada en prétendant être des réfugiés. Les médias monopolisés se livrent à une campagne de peur, surtout depuis les attentats du 13 novembre Paris, même s'ils n'avaient rien à voir avec les réfugiés. Les Canadiens se font dire que la question est le devoir du gouvernement de tout faire pour les protéger de la menace.

Lorsqu'il décrit son programme de réinstallation des réfugiés, le gouvernement canadien explique que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui a la responsabilité des vérifications de sécurité et de l'évaluation de l'admissibilité des réfugiés au Canada, vérifie les dossiers des réfugiés à l'aide de ses propres banques de données, de celles de la GRC et de l'Agence des services frontaliers et de celles « d'alliés internationaux ». M. Goodale ne cache pas qu'il s'agit des banques de données des États-Unis. Une fois qu'un officier des visas canadien a procédé à une vérification, comparé les dires des réfugiés au rapport fourni à leur sujet par le Bureau du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et décidé qu'il s'agit probablement d'un réfugié véritable, le nom de la personne est vérifié sur les banques de données canadiennes et américaines.

De quelles sortes de banques de données s'agit-il, on ne nous le dit pas. On est censé avoir confiance dans « les banques de données ». Est-ce que les banques de données canadiennes sont des listes objectives de gens ayant un dossier criminel et, si oui, qu'est-ce que cela vient faire avec les réfugiés syriens ? L'impression est donnée que le Canada a accès à des banques de données américaines de personnes indésirables et qu'en y soumettant un nom on peut déterminer si quelqu'un est un « terroriste » selon les critères des États-Unis. Probablement que le SCRS envoie la liste des noms des réfugiés aux États-Unis qui en font ce qu'ils veulent, et entre autres choses les vérifient sur leurs banques de données, puis répondent oui ou non.

L'expérience passée a montré que les États-Unis ne partagent pas nécessairement l'information à propos du réfugié avec les représentants canadiens pour justifier leur oui ou leur non. On a bien vu avec le cas du citoyen canadien Maher Arar que les États-Unis ont envoyé en Syrie pour y être torturé ce que ceux-ci font avec leurs banques de données.

Il existe donc un danger, avec un tel arrangement, qu'on accorde un veto aux agences de sécurité des États-Unis sur quels réfugiés le Canada est autorisé à admettre. Ces agences reçoivent déjà les noms de tous ceux qui demandent à venir vivre au Canada, alors qu'est-ce qui va les empêcher, si elles considèrent que quelqu'un est une menace à la sécurité ou un terroriste, de communiquer le nom et l'endroit où se trouve un individu à des pays comme la Jordanie, la Turquie ou le Liban ou même au pays qu'il a fui pour qu'ils fassent quelque chose contre lui ?

Il faut garder à l'esprit que les États-Unis, comme plusieurs pays européens et le Canada, appuient très activement certains groupes en Syrie, y compris des groupes qui commettent des actes terroristes, pour atteindre leur objectif de changement de régime dans ce pays. Nul doute que les États-Unis vont saisir le nom de quiconque ne se soumet pas à leur programme de changement de régime en Syrie, ce qui sera utilisé pour lui bloquer l'entrée au Canada.

Comment le Canada va-t-il se comporter dans ce contexte ? Est-ce que le délai qu'on connaît maintenant dans le traitement des demandes des réfugiés est dû à une décision délibérée des agences de sécurité des États-Unis de ralentir les procédures de vérification ?

Haut de page


Utilisation de la biométrie

Lors de la conférence de presse du 24 novembre concernant les réfugiés syriens qui arrivent au Canada, le ministre de la Défense Harjit Sajjan a déclaré que l'armée pourrait aider au traitement et au dépistage des réfugiés à l'étranger, notamment par la « biométrie ». Or, en quoi l'armée serait-elle mieux placée pour cette opération qui revient normalement aux fonctionnaires de l'immigration ou des services frontaliers ?

L'enregistrement numérique des réfugiés syriens n'est pas sans signification. Il est évident qu'il n'y a pas que l'ONU qui aura accès à ces immenses banques de données ; les États-Unis voudront sans doute les intégrer à leurs banques de données de renseignement sécuritaire. C'est pourquoi il est important de comprendre comment la technologie de la biométrie est de plus en plus utilisée par l'ONU.

Dans un article sur le sujet en rapport avec les réfugiés syriens, l'auteur Andy Favell écrit que « l'effort de l'aide humanitaire est dirigé par les agences des Nations unies travaillant avec les gouvernements nationaux et une multitude d'organisations non gouvernementales (ONG). La lourde tâche d'enregistrement et de distribution de l'aide tels que la nourriture, l'éducation et les soins de santé repose sur un éventail de technologies de l'information et de la communication souvent innovantes (TIC).

« La crise des réfugiés syriens est unique pas seulement par son ampleur, sa longévité ou sa propagation géographique, comparativement à de nombreuses missions humanitaires récentes, comme l'Afghanistan, le Pakistan, le Soudan, le Congo, Haïti et le Népal. Il y a aussi le fait que les pays d'accueil et les Syriens eux-mêmes sont, dans l'ensemble, beaucoup plus férus des technologies de l'information. Oubliez le stéréotype du travailleur de l'aide humanitaire avec son presse-papiers, l'effort d'aide syrienne est numérique : inscription à la vérification biométrique, aide basée sur carte à puce, collecte de données par dispositif intelligent, communications mobiles et télémédecine, tout cela fait partie de la nouvelle donne. [...]

« L'inscription crée un registre mondial numérique pour tous les réfugiés, y compris les détails personnels habituels, plus le temps de l'arrivée, le lieu d'origine, la profession, l'éducation, les membres de la famille, des informations de contact et la permission de partager l'information. L'opération a été accélérée par l'utilisation de scanners de codes à barres pour scanner la carte d'identité syrienne de chaque réfugié.

« Plutôt que d'utiliser les photos et les empreintes digitales pour vérifier l'identité d'un réfugié, le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés a commencé à utiliser le balayage de l'iris comme méthode de vérification. Selon IrisGuard, le fournisseur de cette technologie, 1,6 million de réfugiés syriens dans la région ont été enregistrés de cette façon. »

Selon un rapport du Haut Commissariat de janvier 2015, avec les scans de l'iris les deux éléments clés sont la précision et l'efficacité. D'une part, donc, il y a « le fait de savoir absolument qui est la personne, comparativement aux systèmes de saisie de données à base de papier où les gens pourraient s'inscrire plusieurs fois sous des noms différents », d'autre part il y a « le fait que l'ensemble du processus ne prend que trois à cinq minutes, contre 20-30 minutes ». Il y a aussi le fait que le dossier d'un réfugié peut être intégré aux banques de données d'organismes chargés de voir aux besoins spécifiques d'une famille.

L'aide donnée est également numérique

L'auteur poursuit : « Traditionnellement, l'aide consiste en la fourniture de biens physiques : tentes, couvertures, articles ménagers et nourriture. C'est ce qu'on appelle 'aide en nature'. Cette forme d'aide est petit à petit remplacée par une aide monétaire, qui permet aux bénéficiaires d'acheter des produits dans les supermarchés désignés, en ville ou dans un camp de réfugiés, typiquement en utilisant des bons en papier ou, de plus en plus, en utilisant des cartes à puce. »

Ce mouvement d'argent comptant est soutenu par le ministère du Développement international du Royaume-Uni qui recommande dans un rapport de septembre 2015 : « Accordez plus de transferts en argent comptant, qui est inconditionnel. Pour chaque cas il faut poser la question : Pourquoi pas en argent comptant ? Si ce n'est pas possible maintenant, quelle sera la première occasion ? »

Le rapport estime que seulement environ 6 % de l'aide mondiale est en argent comptant, mais ce taux est beaucoup plus élevé dans la région syrienne.

La mission humanitaire dans la région de la Syrie est complexe et comprend au moins 200 organisations d'aide dans cinq pays, explique l'auteur en conclusion. Elle joue un rôle important dans les efforts de coordination de l'aide car elle permet d'évider les dédoublements. Cela comprend donc les systèmes informatisés basés sur la réponse aux questions : qui fait quoi et où ? Bon nombre de ces différents organismes partenaires peuvent mettre à jour l'information sur les réfugiés.

La crise des réfugiés syriens est aussi l'occasion d'informatiser les différentes informations sur les personnes, notamment les dossiers de santé. « Au Liban il existe en ce moment un projet de développement des dossiers médicaux numériques de réfugiés ou de personnes déplacées qui peuvent être téléchargés à leurs appareils personnels à prendre avec eux s'ils quittent le pays », note Andy Favell.

Haut de page


Des rapports de l'ONU décrivent l'ampleur
de la crise des réfugiés

Le résultat de l'ingérence et de l'agression militaire étrangères en Syrie depuis 2011 est la dévastation du pays. Un rapport récent du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) décrit l'ampleur de la crise à laquelle font face les Syriens et les organisations qui essaient de les secourir. On y lit : « La poursuite probable de la destruction des infrastructures, ainsi que le déplacement des lignes de conflit et les niveaux élevés d'insécurité et de violence, continuent de restreindre l'accès des organisations humanitaires. La fourniture des services de base est également affectée dans plusieurs régions du pays, ce qui réduit ou compromet gravement les moyens de subsistance des Syriens. L'ampleur des destructions des habitations et des moyens de subsistance constitue un obstacle majeur aux efforts de retour et de réintégration. »


Des réfugiés, principalement de Syrie, arrivent sur les côtes de l'île grecque de Lesbos après avoir traversé la mer Égée depuis la Turquie, en septembre 2015.

Sur une population totale de 22 millions de personnes, plus de 13 millions de Syriens ont été forcés d'abandonner leurs maisons et sont déplacés en Syrie. Cela inclut plus de 6 millions d'enfants.

Il y a 4,3 millions de réfugiés Syriens vivant dans des camps de réfugiés dans des pays de la région. Ce nombre inclut 2,2 millions d'enfants.


Infographie montrant les récentes statistiques des réfugiés au pourtour de la Méditerranée. Cliquez pour agrandir.

La répartition des réfugiés dans les pays de la région est la suivante :
- Turquie : 2,2 millions incluant 1,1 millions d'enfants
- Liban : 1,1 million incluant 573 000 enfants
- Jordanie : 650 000 incluant 325 000 enfants
- Irak : 250 000 incluant 102 000 enfants
- Égypte : 128 000 incluant 56 000 enfants

L'UNICEF a aussi publié un rapport au sujet de la grave crise humanitaire dans la région. « Les besoins intérieur et extérieur de la Syrie continuent d'augmenter à mesure que croît le nombre de réfugiés et de personnes déplacées. À l'extérieur de la Syrie, on estime maintenant qu'il y a plus de 2,2 millions d'enfants réfugiés, et 6 millions d'enfants à l'intérieur de la Syrie qui ont besoin d'aide humanitaire, incluant 2,8 millions d'enfants déplacés. Avec l'hiver qui commence au Moyen-Orient, il y a un risque que les familles les plus vulnérables et leurs enfants passent une période difficile sans aide à grande échelle. L'UNICEF, avec des partenaires du secteur de l'abri et des articles non alimentaires, prévoit atteindre 2,6 millions d'enfants et requiert 63 millions $ pour combler l'écart de financement actuel », écrit l'UNICEF.

Il y a aussi un grand nombre de réfugiés Syriens arrivant en Europe qui ont besoin d'une protection internationale. Plus de 680 000 réfugiés qui sont arrivés principalement depuis 2014 ont été acceptés pour implantation principalement en Allemagne, en Serbie, en Suède et dans les Pays-Bas.


Des réfugiés attendent pour traverser la frontière Grèce-Macédoine, novembre 2015.

(Sources pour statistiques, photos et infographie : UNHCR, UNICEF, OIM)

Haut de page


La prévention de la «radicalisation» dans les établissements scolaires

S'en prendre aux jeunes pour la politique
de guerre et d'agression

On apprenait la semaine dernière que des initiatives prises récemment au collège de Maisonneuve à Montréal allaient servir de modèle de « lutte à la radicalisation des jeunes ». Cette année, rapportent les médias, « on a fait appel à plusieurs organismes et communautés pour savoir comment ils perçoivent le phénomène de radicalisation ». Le collège a annoncé qu'un groupe d'enseignants a produit « des fiches pour aborder le phénomène en classe » et que les résultats de cette recherche qui sera présentée en janvier 2016 seront « un exemple pour d'autres établissements scolaires ».

À la demande du collège, une policière est entrée en fonction en avril à raison de trois jours/semaine et y travaille habillée en civil. Personne ne pourra savoir qu'elle est policière. Ian Lafrenière, responsable des communications et relations médias pour le Service de police de la Ville de Montréal, a précisé que si elle détecte des informations qui indiqueraient une quelconque menace immédiate, elle communiquerait avec la police qui procéderait à une enquête.

Au moins un professeur a été libéré de 50 % de sa tâche durant la session (deux cours), pour se consacrer à la lutte à la radicalisation.

En juin 2015, après la session d'hiver, le collège a annoncé la fermeture de La Source, le lieu d'intériorité et de gestion du stress, le 15 juin. La Source avait été mise sur pied en août 2012 à la suite d'efforts des étudiants du collège qui désiraient un espace calme pour s'intérioriser et gérer leur stress. Plus de 250 personnes avaient signé une pétition pour obtenir cet endroit.

Des affiches ont été installées au collège sur des portes à l'entrée de certains escaliers indiquant : « Les escaliers et les corridors sont des lieux de circulation — il est donc interdit de s'y rassembler ».

Ce qui caractérise les mesures dites de « prévention de la radicalisation » des jeunes est l'absence totale d'une définition et d'une identification des causes de ce qu'on appelle la radicalisation et de la nature du terrorisme dans le monde aujourd'hui. On continue d'associer le terrorisme à des croyances religieuses, en particulier à l'Islam. Entre autres, les guerres d'agression pour forcer des changements de régime dans certains pays que les États-Unis déclarent « non coopérants » ne sont pas considérées comme une source de violence et un exemple d'extrémisme. Plutôt, toute l'attention est mise sur l'individu, et en particulier les jeunes, qu'on tente par ailleurs de recruter pour la guerre d'agression et le terrorisme d'État. Le terrorisme d'État comprend aussi la méfiance de l'autre, l'incitation à épier son voisin et la privation du droit de conscience qui inclut la chasse aux « idéologies ».

On se rappellera que durant l'hiver et le printemps derniers, c'est précisément au moment où le gouvernement va-t-en-guerre de Stephen Harper cherchait à justifier l'expansion et l'extension de la mission de combat en Irak et en Syrie qu'au Québec, les médias, le gouvernement Couillard et le maire de Montréal ont soulevé toute une hystérie à propos d'étudiants qui « se radicalisent » et sont recrutés pour le djihad en Syrie. Les médias ont parlé d'une « pépinière de jeunes djihadistes » au cégep de Maisonneuve, d'où ce programme de « lutte à la radicalisation ». Tout ce qu'ils ont trouvé en fin de compte c'est un jeune couple de 18 et 19 ans qui voulait aller se marier à l'étranger de peur que les parents n'approuvent pas leur choix d'époux.

La radicalisation

Le collège de Maisonneuve travaille en collaboration avec le « Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence » (CPRMV) que la ville de Montréal a mis sur pied en mars 2015 à l'initiative du maire Denis Coderre. Le centre vient aussi d'inaugurer un site web (info-radical.org) où les étudiants et les citoyens en général sont invités à épier leurs voisins et à « signaler toute situation à risque impliquant une personne radicalisée ou en voie de l'être ».

Selon le centre : « Il n'existe pas de définition universelle sur le phénomène de la radicalisation menant à la violence. Le CPRMV le définit toutefois comme étant un processus selon lequel des personnes adoptent un système de croyances extrêmes - comprenant la volonté d'utiliser, d'encourager ou de faciliter la violence - en vue de faire triompher une idéologie, un projet politique ou une cause comme moyen de transformation sociale ».

Ainsi, la radicalisation violente serait :

« L'adoption d'une idéologie dont la logique devient un véritable cadre de vie, d'action et de signification pour un individu ;

« La croyance dans l'utilisation des moyens violents pour faire entendre une cause ;

« La fusion entre l'idéologie et l'action violente. »


Tableau tiré du site du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Cliquer sur l'image pour agrandir.

Cette définition vise de toute évidence les communautés musulmanes et plusieurs communautés d'immigrants, particulièrement les jeunes, mais l'obsession islamophobe de ce programme est telle qu'on ne s'est pas rendu compte que cette définition s'applique en fait aux élus et aux gouvernements. Elle s'applique en effet à ceux qui font campagne pour et collaborent avec les guerres d'agression et de domination des grandes puissances au nom du changement de régime et de la démocratie. Ils appuient le fanatisme et l'extrémisme des guerres d'agression et d'occupation, mais veulent détourner la colère des jeunes qui s'opposent à l'usage de la force dans le règlement des conflits en les amenant à se méfier de certaines communautés qui sont stéréotypées. On n'a qu'à penser à ce Canadien tué récemment en Syrie alors qu'il combattait comme mercenaire au service de la politique de guerre et d'agression dans la région. Le gouvernement canadien et les médias en ont fait un héros national quand son corps a été retourné au Canada. On drape de grands idéaux la guerre d'agression et de subversion des États-Unis, mais en soumettant les communautés musulmanes et arabes à une méfiance généralisée et injustifiée, on tente en fait de rendre illégitime tout sentiment favorable à ceux qui résistent et défendent leur souveraineté.

Dans ce sens, l'introduction sournoise des pouvoirs policiers au sein des communautés étudiantes sous prétexte de « lutte à la radicalisation » avec des définitions aussi biaisées est une atteinte au droit de conscience. C'est aussi un aveu de la crise des institutions dites démocratiques au Québec, au Canada et ailleurs qui ne permettent pas au citoyen d'être au centre de la solution des problèmes qui le concernent et qui concernent la société dans laquelle il vit. C'est également une façon de cibler des communautés spécifiques, de s'attaquer aux musulmans et d'empêcher toute discussion publique sur la situation politique.

Cela ne doit pas passer !


Tableau tiré d'une vidéo faisant partie de la «Trousse de renseignement sur l'extrémisme violent » préparée à l'intention des parents par le département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal. Selon ces critères, la plupart des gouvernements néolibéraux, ceux de Harper, Charest ou Couillard, ont depuis longtemps succombé à la « radicalisation violente »: intransigeance, distance par rapport à un groupe (les travailleurs du secteur public, par exemple), obsession pour une cause (« déficit zéro ») et médias violents (lois spéciales, police anti-émeute).

Haut de page


Le déploiement de réseaux terroristes pour atteindre un objectif criminel

La Turquie abat un avion de chasse russe


Le 23 novembre, la Turquie a abattu un avion de combat SU-24 russe. Les autorités turques affirment que l'avion russe a pénétré sur le territoire de la Turquie pendant « 17 secondes » de l'autre côté de la frontière avec la Syrie et que leurs avions de combat F-16 ont tiré un missile air-air à la suite des avertissements audio répétés à l'équipage russe. Les deux pilotes se sont éjectés et ont été parachutés au sol où l'un deux a ensuite été assassiné par des militants turkmènes syriens. Le deuxième pilote aurait été secouru par les forces spéciales russes et syriennes.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que l'attentat sur l'avion de chasse russe semble avoir été une provocation préméditée.

« Nous avons de sérieux doutes que cet acte ait été involontaire. Cela semble être une provocation planifiée », a déclaré M. Lavrov. Il a cité l'échec de la Turquie à maintenir une communication appropriée avec la Russie, l'abondance d'images de l'incident et d'autres preuves.

Lavrov n'est pas la seule personne qui fait de telles spéculations, rapporte RT. L'ancien sous-chef d'état-major de la US Air Force, le lieutenant-général Tom McInerney, a déclaré à Fox News : « Cet avion ne faisait aucune manoeuvre pour attaquer le territoire ... il a probablement atteint les limites et cela est acceptable. Mais tu ne descends pas un avion juste à cause de cela. »

« Je ne fais pas vraiment confiance au président Erdogan à cause de ce qu'il fait », a-t-il ajouté. « Je crois que c'est une manoeuvre vraiment trop agressive et nous, au commandement régional de NORAD [North American Aerospace Defense], ne ferions pas appel à ce genre de règles d'engagement. Cela a sûrement été planifié. »

Écrivant sur l'incident pour le compte de la Strategic Culture Foundation, Finian Cunningham soulève une question qui surgit immédiatement : « Pourquoi la Turquie devait réagir de manière aussi agressive envers la Russie face à une erreur passagère, si c'était vraiment cela ? » Il note que le ministère de la Défense russe contredit la version turque, en disant que son avion de combat était toujours à l'intérieur du territoire syrien et ne posait pas de menace à la sécurité. « Le fait que l'avion russe et les pilotes éjectés soient tombés en territoire syrien indique que la version de Moscou autour des faits entourant l'incident est plus près de la vérité », note Cunningham.

Il souligne que « Washington aurait nié toute implication dans l'incident, même si elle a une présence militaire abondante à la base de l'OTAN d'Incirlik dans le sud-ouest de la Turquie, y compris des avions de combat aérien F-15, des radars et des systèmes de communication sophistiqués ».

« Il semble peu probable que la Turquie ait agi seule, de manière provocante, face à une situation tellement précaire où l'OTAN et la Russie ont des relations tendues à cause de la proximité de leurs avions de guerre respectifs qui sillonnent le ciel de la Syrie », écrit Cunningham.

Il ajoute : « De plus, comme le président Poutine l'a souligné, la Russie et les États-Unis ont récemment signé un accord apparemment pour éviter des conflits engendrés par la présence de leurs forces aériennes au-dessus de la Syrie. La Turquie, en tant que membre de l'OTAN, aurait été pleinement informée de cet accord. Donc, comment cela peut-il se produire après un tel laps de temps ? »

Cunningham attire également l'attention sur le fait que le président américain Barack Obama « a rapidement confirmé le droit de la Turquie de défendre son territoire, sans avoir vérifié les faits entourant l'avion abattu ». Cunningham écrit : « C'est significatif que, suite à l'incident, la Turquie a immédiatement appelé à la tenue urgente d'un sommet de l'OTAN pour tenir une conférence avec les 27 autres membres de l'alliance militaire menée par les États-Unis. Si l'avion abattu était tout simplement un acte aléatoire effectué sous l'impulsion du moment, alors pourquoi Ankara ne contacte-t-il pas Moscou pour aplanir les différends et offrir ses condoléances ? Au lieu de cela, a noté Poutine, les Turcs accourent vers l'OTAN sans même appeler Moscou.

« L'attaque meurtrière contre les forces russes a eu lieu le même jour que le président français François Hollande a rencontré Barack Obama à Washington pour discuter de coopération militaire plus étroite avec la Russie dans la prétendue lutte contre le terrorisme de l'État islamique en Syrie.

« Obama a poliment mais fermement repoussé la proposition du dirigeant français pour une grande coalition qui inclurait la Russie. Hollande a été mis à sa place et s'est fait servir un plat de platitudes. Ainsi, le fait que la Turquie ait abattu l'avion de chasse russe, quelques heures seulement avant que Hollande soit reçu à la Maison blanche, semble avoir été prémédité dans le but de rejeter catégoriquement toute idée de travailler plus étroitement avec Moscou pour combattre le terrorisme en Syrie.

« Comme c'est indiqué auparavant, le rejet de la formidable puissance de feu anti-terroriste de la Russie est basé sur des raisons stratégiques profondes, secrètes et nécessairement tacites, en raison du véritable objectif impératif des États-Unis en Syrie. En d'autres mots, un changement de régime et le déploiement des réseaux terroristes pour atteindre cet objectif criminel. »

(RT, Strategic Culture Foundation)

Haut de page


Erdogan prend un nouveau contrat avec l'Occident

Le monde discute actuellement de la destruction par la Turquie d'un avion russe. La plupart des observateurs conviennent qu'abattre cet avion était un geste très risqué pour la Turquie. Mais personne ne se demande comment la Turquie a eu le courage de le faire ?

Je pense que c'est en fait la question essentielle. Qu'est-ce qui a donné le courage à la Turquie de se dresser comme cela face à la Russie, qui est beaucoup plus puissante, tant sur le plan militaire que sur le plan économique ? Nous parlons de cette même Turquie qui n'a jamais abattu d'avion grec. La Grèce, bien sûr, est beaucoup plus petite que la Turquie. On peut également se rappeler qu'il y a quelque temps des avions de guerre israéliens ont pénétré dans l'espace aérien turc pour aller bombarder des installations en Syrie. La Turquie n'a rien fait contre ces avions. À l'inverse cependant, la Turquie a abattu l'avion russe sans grand avertissement après une violation de l'espace aérien qui a duré 17 secondes.

Il existe bien sûr des explications techniques pour ce qui s'est passé. Mais pour comprendre d'un angle politique pourquoi la Turquie a pris cette décision, il faut l'examiner dans une perspective plus large.

En premier lieu, il faut comprendre que la Turquie n'a pas pris seule la décision d'abattre l'avion russe. Si c'était le cas, les réactions des diverses capitales occidentales seraient différentes de ce que nous entendons maintenant. Il est clair maintenant que la Turquie, plus précisément le président Recep Tayyip Erdogan, a pris un nouveau contrat avec l'Occident, et que la destruction du jet russe n'est que la première étape de ce contrat.

Alors, qu'est-ce qui fait que cela est clair ? Quelques signaux essentiels. Le premier est la préparation de l'opinion publique intérieure, dont nous avons été témoins ces derniers jours. Le deuxième est la déclaration du président des États-Unis, Barack Obama après que l'avion ait été abattu. Le troisième est les déclarations publiques récentes de hauts responsables turcs.

Toutefois, commençons par le premier signal. Un plan, qui semble toujours fonctionner auprès du public turc, a été mis en oeuvre par Ankara dans les semaines précédant l'incident de l'avion. Un tollé a été soulevé dans les médias au sujet « des massacres perpétrés contre les Turkmènes » en Syrie. Pour qui connaît les traditions de l'État turc, ce n'était certainement pas à ignorer. En Turquie, chaque fois qu'il y a une agitation au sujet de Turcs ou de Turkmènes agressés (ou en danger) à l'étranger, cela veut toujours dire qu'une opération militaire ne va pas tarder à se produire. Il s'agit en fait d'une stratégie qui a été adoptée dans les années 1950, lorsque toute la campagne de préparation de l'opinion publique au sujet de Chypre a commencé. De la même façon, nous avons vu la population turkmène du nord de l'Irak utilisée de la même manière que les Turkmènes de Syrie ont maintenant été utilisés. Et nous rappelant le pogrom des 6-7 septembre 1955, on voit que la population turque de Thessalonique a été utilisée de la même façon. Dans la quasi-totalité de ces situations, l'État a lancé des opérations importantes.

En fait, j'ai commencé à avoir des doutes au sujet de toutes ces informations diffusées au sujet des massacres des Turkmènes en Syrie il y a quelque temps ; c'est pourquoi j'ai écrit ce qui suit sur mon compte Twitter le 20 novembre :

« Quand il y a en Turquie des actualités dramatiques sur les Turkmènes, cela veut dire que l'on prépare la société à quelque chose. Ils vont envoyer nos militaires en Syrie, c'est pourquoi toute l'actualité sur le Mont Turkmène est très suspecte. »

Seulement quatre jours après mon Tweet, l'avion russe était abattu. Il est clair maintenant que les Turcs étaient en train d'être préparés à quelque chose comme ça. Ce qui signifie, dans ce cas, que la destruction de l'avion russe n'était pas un acte commis dans le feu de l'action, mais une opération planifiée.

Mais est-ce que cela veut dire que c'est une opération que la Turquie a effectuée seule ou avec le soutien d'un réseau de pays occidentaux ?

Nous voyons des réponses à cette question dans la déclaration d'Obama après l'incident. Alors qu'Obama a averti les deux parties « de ne pas accroître les tension », il a blâmé seulement directement la Russie. Il a déclaré que la Russie prétend bombarder l'EIIL, mais en fait bombarde l'opposition le long des frontières. La seconde moitié de cette déclaration est cruciale, parce que c'est la première fois que nous entendons Obama mentionner le Mont Turkmène, dans le nord de la Syrie, et utiliser un langage protecteur en parlant des groupes qui s'y trouvent, tout en blâmant simultanément les Russes. Mais qui sont ces groupes qu'Obama veut protéger ?

Eh bien, il y a al-Nosra, ainsi que Ahrar al-Sham et les brigades Fatih. La plupart d'entre eux sont des groupes liés d'une façon ou d'une autre à al-Qaïda. Cette sorte de rhétorique protectrice venant d'Obama en ce qui concerne ces groupes nous montre que la Turquie n'était pas le principal planificateur de cette dernière opération.

De plus, la perfection des messages transmis par Ankara à la population mondiale au moment où la Turquie a abattu le jet russe nous montre qu'il ne s'agissait pas d'une opération de dernière minute, et que le scénario dans son ensemble avait été bien pensé. Réfléchissez à ceci : l'avion s'écrase et immédiatement Ankara est en mesure de montrer au monde entier les cartes montrant la route suivie par l'avion. Ensuite, nous entendons les bandes sonores des pilotes turcs avertissant les avions russes ; les voix sont tellement claires et audibles, que c'est comme si elles avaient été enregistrées dans un studio au préalable. Après cela, nous entendons des déclarations de pilotes et soldats occidentaux, ici des Américains et des Néerlandais, soulignant qu'eux aussi avaient clairement entendu les pilotes turcs avertir l'avion russe.

De toute évidence, c'est tout un scénario bien rodé. Nous avions vu la destruction d'un hélicoptère syrien et d'un avion dans le passé, il n'y a pas si longtemps, mais il n'y avait rien de tel que la distribution de la carte et la préparation de l'opinion publique à l'avance, que nous avons vu cette fois-ci.

Pour ceux qui connaissent la lenteur habituelle de la bureaucratie turque, il est évident que, à moins que ce scénario n'ait été préparé à l'avance, il est impossible que les déclarations, ainsi que les réactions, que déjà nous avons entendues puissent avoir été produites aussi rapidement.

Donc, en fin de compte, toutes ces données pointent vers la seule conclusion possible, comme je le disais au début : Erdogan a pris un nouveau contrat. Espérons qu'il peut le mener à bien avec succès.

(Today's Zaman, 25 novembre 2015. Traduction : LML)

Haut de page


Pourquoi les États-Unis larguent-ils la Turquie?

La destruction par la Turquie d'un avion russe engagé contre l'EIIL a été une agression directe et sans précédent contre Moscou qui surpasse même le militarisme tendu et hostile de l'époque de l'ancienne guerre froide. Le monde est dans un état de tension au lendemain de cette attaque, tandis que les commentateurs de la presse de tabloïdes mettent en garde que le début de la troisième guerre mondiale approche. Pour sa part, le président Poutine a été beaucoup plus mesuré dans sa réponse mais n'a pas pu contenir son indignation devant « ce coup de poignard dans le dos qui nous a été porté par les complices des terroristes ».

Maintenant, la question importante est comment la Russie va répondre à ce qui s'est passé, et, sans doute plus important encore pour les observateurs, pourquoi les États-Unis se distancent discrètement de l'agression de leur allié. Bien qu'Obama et l'OTAN aient donné leur soutien sans réserve à la Turquie et sa décision fatidique, Reuters a cité un officier de l'armée américaine anonyme qui a coulé volontairement l'information que l'avion russe a été abattu dans l'espace aérien syrien, d'après la détection de la signature thermique. Cela pose la question de pourquoi les États-Unis jouent sur les deux tableaux, d'une part, en soutenant publiquement la Turquie et, d'autre part, en dévoilant stratégiquement des informations qui ne concordent pas avec la version officielle des événements de la Turquie.

Le coup monté

Cette dichotomie est évocatrice d'un plan machiavélique qui permet aux États-Unis de manipuler la Turquie et la Russie en les amenant à agir selon ce qu'ils avaient prévu serait leur réponse la plus probable, sachant pertinemment que ceux-ci pourraient être conduits à soutenir les grands intérêts stratégiques américains. Pour commencer, les États-Unis probablement ont laissé entendre au président turc, Recep Tayyip Erdogan, que non seulement il a « le droit légal » d'abattre n'importe quel avion russe mais que les États-Unis préféreraient réellement qu'il agisse plus tôt que tard. Cela rappelle la méthode utilisée par les États-Unis pour pousser Saakachvili à bombarder Tskhinval et à envahir l'Ossétie du Sud — — ils n'ont sans doute pas donné officiellement l'ordre par écrit mais ont bien fait savoir comment ils voulaient que se comportent leurs mandataires dans chaque situation.

Conforme au plan

Cela explique en grande partie les déclarations publiques de l'OTAN et le soutien des États-Unis aux actions de la Turquie, qui aident à calmer les nerfs d'Erdogan et à lui assurer qu'il a fait ce qu'il fallait. Le contrecoup anticipé de la destruction de l'avion a été une détérioration immédiate des relations entre la Russie et la Turquie dont les conséquences pourraient s'étendre aux domaines diplomatique, militaire, économique et énergétique. Le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov a annulé son voyage prochain en Turquie et a déconseillé aux touristes russes de se rendre dans le pays parce que le nombre de manifestations de terrorisme sur le territoire turc n'est pas moindre qu'en Égypte. Le premier ministre Dmitri Medvedev a parlé de la possibilité d'interdire le marché russe aux sociétés turques et de renoncer aux projets nucléaires et gaziers conjoints prévus.

Toutes ces actions éventuelles sont tout à fait justifiées et fondées sur le respect de soi que tire la Russie de renoncer à avantager un État qui s'est montré ouvertement hostile, peu importe les enjeux économiques ; cependant, on ne peut s'empêcher de se demander si ce n'est pas exactement ce que voulaient les États-Unis. Il n'y avait aucun doute que la Russie réagirait de cette façon, car même un examen superficiel de sa « boîte à outils » de réponses potentielles montre que ces mesures sont les plus susceptibles d'être prises en cas de détérioration des relations. Par conséquent, on ne peut écarter que les États-Unis aient poussé Erdogan à abattre le jet russe précisément pour provoquer la réaction prévisible de la Russie : menacer d'annuler ses projets énergétiques conjoints avec la Turquie, qui sont au coeur du partenariat stratégique entre les deux pays. Si c'est le cas et cela semble certainement probable, cela montre exactement jusqu'où les États-Unis sont prêts à aller pour s'assurer que l'énergie russe (et tout le pouvoir doux et les avantages multipolaires qui l'accompagnent) n'entre pas dans les Balkans par le megaprojet du gazoduc Turkish Stream [Le Turkish Stream est un projet de gazoduc allant de la Russie à la Turquie à travers la Mer Noire — — LML ndlr], probablement parce qu'ils comprennent l'impact transformateur que cela pourrait avoir sur toute la région.

La balle courbe

Jusqu'ici, tout semble raisonnable et bien dans le domaine de la prévisibilité, mais la balle courbe vient avec la révélation de Reuters qu'une source militaire américaine anonyme dit qu'en fait la position russe est justifiée. De manière surprenante, il semble maintenant que les États-Unis jouent également la carte russe dans une certaine mesure, ce qui pose la question de leurs intentions réelles. Après tout, il a été prouvé hors de tout doute que les missiles antichar TOW fournis par les Américains ont servi à détruire l'hélicoptère de sauvetage russe qui tentait de récupérer les deux pilotes. Devant cette preuve indiscutable d'une agression américaine indirecte contre la Russie, c'est certainement un fait curieux que l'establishment américain ait coulé délibérément une déclaration indiquant que la Turquie avait abattu l'avion russe dans l'espace aérien syrien et, essentiellement, prenne en coulisses le parti de la Russie.

Jouer la carte kurde

Pour expliquer ce rebondissement diplomatique, il est nécessaire de connaître la réponse populaire que les citoyens russes et les défenseurs de la Russie dans le monde demandent contre l'agression de la Turquie. Ils proposent tout à fait raisonnablement que la Russie augmente ses livraisons d'armes aux combattants kurdes anti-EIIL, avec l'approbation tacite qu'une partie de ces armes se retrouverait dans les mains du PKK et serait utilisée contre l'armée turque. C'est un plan efficace et pragmatique, qui, en réalité, ne demanderait même pas un changement de la politique parce que Moscou appuie déjà certains groupes kurdes dans le cadre de leur coopération dans la lutte contre l'EIIL.

L'insurrection kurde n'a pas disparu depuis qu' Erdogan l'a déterrée involontairement cet été pour s'en servir d'outil de propagande électorale, et le fait qu'elle se renforce même après les élections l'a effrayé tellement qu'il se pourrait que ce soit lui qui ait ordonné la tentative d'assassinat récente de Selahattin Demirtas, le coprésident du mouvement prokurde HDP (Parti démocratique des peuples). Ainsi, si la Russie décide d'infliger une réponse asymétrique à la Turquie en renforçant son soutien indirect au PKK et à d'autres Kurdes en Turquie hostiles au gouvernement ou en perturbant l'approvisionnement en gaz par le gazoduc Blue Stream afin de provoquer une intensification de rébellion, alors elle pourrait certainement infliger de lourds dommages stratégiques à Erdogan et augmenter la probabilité d'un coup d'État militaire en Turquie et/ou la création d'un Kurdistan indépendant.


Les bataillons peshmerga de femmes kurdes sont la terreur des bandes de l'EIIL en Syrie

Cela dit, les États-Unis sont traditionnellement la puissance extérieure à la région qui est la plus intéressée par le Kurdistan, voyant ce possible État comme un « Israël géopolitique » à partir duquel ils pourraient exercer une influence simultanée sur des parties du territoire de la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. La trajectoire stratégique d'un État kurde hypothétique a été compliquée par la campagne contre l'EIIL, cependant beaucoup de Kurdes font preuve de pragmatisme en coopérant avec la Russie et l'Iran contre la menace commune. La bonne coopération multipolaire de ces pays avec les Kurdes remet en question l'hégémonie que les États-Unis envisageaient d'imposer au peuple et au territoire kurdes, et cela signifie que toute future entité politique indépendante kurde pourrait théoriquement aller soit vers le camp multipolaire, soit vers le camp unipolaire. Toutefois actuellement, compte tenu de l'ensemble de la dynamique diplomatique et militaire des deux derniers mois, la loyauté d'un futur État kurde (peu importe si ses frontières se limitent uniquement à l'actuelle Turquie et Irak) n'est acquise à personne et il est impossible de prévoir avec précision à qui elle ira.

L'ambiguïté stratégique que cette situation entraîne signifie plusieurs choses pour les États-Unis et la Russie. Pour les États-Unis, cela signifie que c'est le temps de fortifier ses positions et de soutenir l'indépendance du Kurdistan avant de perdre l'initiative stratégique face à la Russie, qui elle pourrait aller dans cette direction (de manière officielle ou non) par vengeance géopolitique contre la Turquie. Moscou, comme nous l'avons indiqué, semble vouloir frapper Ankara là où ça fait le plus mal, et c'est en soutenant l'insurrection kurde d'une manière ou d'une autre. Cependant, on ne sait pas encore jusqu'où cela pourrait aller et si la Russie suivra cette stratégie comme une forme de vengeance à court terme ou si elle ira jusqu'à la reconnaissance de l'indépendance kurde si elle se réalisait de facto dans l'avenir. Bien sûr, la Russie ne fera rien qui pourrait mettre en danger l'intégrité territoriale de ses alliés syriens, irakiens et iraniens, mais si les Kurdes de Turquie limitaient leurs ambitions uniquement aux frontières du rival historique de la Russie, alors elle pourrait concilier avec cette réalité, surtout si les Kurdes renoncent à l'indépendance juridique et cherchent plutôt une sorte de statut de facto de fédération indépendante ou autonome dans une Turquie unifiée (ce qui, de manière réaliste, ne sera pas possible sans une intensification de l'insurrection ou un coup d'État à Ankara).

Collaborer pour le Kurdistan

Ayant expliqué tout cela, il est maintenant clair qu'une convergence remarquable d'intérêts stratégiques s'est développée entre les États-Unis et la Russie avec au centre le Kurdistan administré par le gouvernement turc. En comprenant les calculs changeants que la Russie peut maintenant faire sur ce sujet dans le cadre de sa réponse à l'agression de la Turquie, on ne peut écarter pour autant la possibilité que la fuite de Reuters était en réalité une ouverture stratégique vers la Russie. Il se peut que Washington veuille envoyer un signal qu'il veut parler à Moscou sur des façons de coopérer sur cette question, sachant que chaque partie a probablement maintenant un intérêt à ce que ce proto-État occupe une plus grande place dans l'arène internationale. Elles sont sans doute déjà arrivées à la compréhension commune que cette rivalité de nouvelle guerre froide autour de la loyauté du Kurdistan peut être repoussée jusqu'à ce que cette entité soit formellement établie (que ce soit comme un État indépendant ou une entité sub-nationale indépendante de facto sur le modèle du Gouvernement régional du Kurdistan en Irak) et que les deux grandes puissances ont besoin de mettre de côté certaines de leurs différences et de s'associer pour que cela se réalise d'abord.

Ce signal fort aurait pu être communiqué discrètement et secrètement à la Russie de manière sécurisée par voie diplomatique et par les réseaux de renseignement, mais la raison pour laquelle il a été publiquement diffusé par l'entremise de Reuters, l'agence de presse internationale, est que les États-Unis veulent envoyer également un signal à la Turquie. Bien qu'aux yeux du monde les États-Unis se sont rangés aux cotés de la Turquie, eux aussi « portent un coup de poignard dans le dos » de leur allié et le font savoir à Poutine en coulant volontairement l'information que l'avion russe a été abattu dans l'espace aérien syrien. L'on sait déjà depuis un certain temps que les États-Unis sont mécontents d'Erdogan parce qu'il ne s'est pas montré assez docile dans le passé et a refusé de suivre aveuglément les plans précédents d'invasion de la Syrie (neutralisés par l'intervention militaire contre le terrorisme de la Russie dans ce pays), donc ils pourraient essayer de faire passer le message qu'ils en ont assez de ses petits jeux et veulent maintenant mettre en oeuvre leur propre plan. Bien sûr, les États-Unis manipulent la Turquie depuis son entrée dans l'OTAN et depuis qu'elle leur a permis de se servir de la base aérienne d'Incirlik, mais cette fois, la perfidie est poussée plus loin en évoquant implicitement auprès de la Russie, le nouvel ennemi de la Turquie, (et seulement parce que les États-Unis ont manipulé la Turquie pour qu'elle se lance dans une agression contre la Russie) la possibilité de coopérer pour affaiblir l'emprise d'Ankara sur les régions instables du Sud-Est.

Réflexions finales

On peut supposer sans risque que les États-Unis ont influencé la Turquie pour qu'elle détruise l'avion russe dans l'espace aérien syrien et calculé très justement que cela conduirait immédiatement à la détérioration des liens entre les deux États. Une prévision rudimentaire des mesures de sanction spécifiques que la Russie peut prendre montre que celles-ci toucheront probablement les secteurs de la diplomatie, de l'économie et de l'énergie, ce qui est justement ce que veulent les États-Unis. À cause de l'agression de la Turquie contre la Russie, le partenariat stratégique entre les deux pays est maintenant rompu (bien que pas nécessairement de manière irréversible), et Ankara est devenu le quatrième et peut-être le membre le plus important géopolitiquement de l'alliance Intermarium contre la Russie. En outre, le gazoduc Turkish Stream semble être reporté indéfiniment, retardant ainsi le virage de la Russie en direction des Balkans qui aurait changé la donne. Bien que la conséquence « imprévue » de la crise a été la décision prévisible et tout à fait légitime de la Russie de déployer le système S-400 SAM en Syrie, cela fait aussi le jeu d'une certaine manière de la rivalité manipulée entre la Russie et la Turquie que veulent provoquer les États-Unis afin de consolider la réalisation complète du projet Intermarium et en même temps contrer l'influence croissante de la Russie au Moyen-Orient. [1]

La réaction que personne n'aurait pu prévoir, cependant, est le coulage volontaire des États-Unis à Reuters d'informations qui appuient la version russe des événements, c'est-à-dire que l'avion russe engagé contre le terrorisme a été abattu alors qu'il survolait l'espace aérien syrien. Cela contredit complètement ce que les États-Unis et l'OTAN ont dit publiquement, mais démontre que les États-Unis ont eu le temps préparer à l'avance le plan de destruction de l'avion et qu'ils utilisent la tactique désastreuse de « diviser pour régner » contre la Turquie et la Russie. Placée dans une position où ses décideurs gouvernementaux tentent de trouver les mesures de sanction à la suite de cette agression sans précédent, la Russie peut maintenant être conduite plus facilement à soutenir la lutte des Kurdes pour la souveraineté (que ce soit une indépendance formelle ou de facto) en Turquie, ce qui coïncide avec l'un des grands objectifs géopolitiques des États-Unis.

Du point de vue américain, une Turquie divisée est doublement utile à la grande stratégie des États-Unis, car la puissante armée turque pro-OTAN ne serait pratiquement pas touchée et les États-Unis pourraient se gagner une base importante de projection de forces (tant de puissance dure que de puissance douce) juste entre les États les plus importants dans la région. Cependant, les États-Unis ne peuvent aller complètement de l'avant avec ce projet à moins de bénéficier du soutien du dirigeant diplomatique du monde multipolaire, la Russie, sinon le Kurdistan sera tout aussi illégitime que le Kosovo et pourrait même ne pas parvenir à sa concrétisation géopolitique si Moscou et Téhéran s'allient pour l'en empêcher.

Vu du point de vue russe, les suggestions des États-Unis semblent effectivement assez attrayantes. Une augmentation du soutien russe aux combattants kurdes l'EIIL serait une stratégie à laquelle on peut opposer un démenti raisonnable mais également évidente pour faire parvenir des armes et du matériel aux insurgés anti-turcs du PKK. L'affaiblissement de la Turquie de l'intérieur serait une réponse asymétrique forte à un pays qui dernièrement a été une grosse épine dans le pied de Moscou, et pourrait créer les conditions d'un coup d'État militaire contre Erdogan, créer un fossé entre lui et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu (qui pourrait être utilisé à l'avantage diplomatique de la Russie tant que la constitution reste inchangée et que Davutoglu reste légalement plus puissant qu'Erdogan), ou un affaiblissement d'Erdogan et une modération de ses positions anti-russes et anti-syriennes.

Plus important encore, l'émergence d'une entité kurde indépendante ou semi-indépendante en Turquie pourrait créer une entité territoriale géopolitique attirante dans la nouvelle guerre froide, qui, bien sûr, serait alors ballottée entre le monde multipolaire et le monde unipolaire. Malgré tout, cela représenterait un développement multipolaire positif au Moyen-Orient, puisque actuellement l'ensemble du territoire turc est sous la domination du monde unipolaire. Si une grande partie de ce territoire devenait soudainement l'enjeu de la rivalité des deux blocs, cela constituerait certainement une avancée stratégique au détriment de l'unipolarité. Tout aussi important, cela aurait de graves répercussions sur l'État turc et, quel que soit le gouvernement au pouvoir, pourrait éventuellement le disposer à revenir à des relations pragmatiques avec la Russie et peut-être même relancer le Turkish Stream.

Étonnamment, la Russie n'a rien à perdre et tout à gagner en soutenant secrètement la cause kurde en Turquie, peu importe si elle aboutit à l'indépendance complète ou à une autonomie relativement plus limitée, même si cet objectif est également celui des États-Unis et est réalisé en semi-coordination avec eux. La Turquie serait immédiatement mise sur la défensive (bien qu'elle pourrait tenter de répondre désespérément en soutenant les terroristes tatars de Crimée), le monde multipolaire aurait une chance de rivaliser pour la loyauté d'une entité qui occupe un territoire extrêmement stratégique avec comme conséquence que le gouvernement turc (que ce soit le même ou qu'il soit remplacé par un coup d'État militaire) pourraient recréer les conditions politiques propres à la faisabilité du gazoduc Turkish Stream

Andrew Korybko est analyste politique américain de l'agence Spoutnik et de Oriental Review.

Note du LML

1.Wikipedia indique que l'alliance ou le projet Intermarium a été la principale initiative de politique étrangère du réactionnaire polonais Josef Pi sudski après la Première Guerre mondiale. Le projet Intermarium, « la Fédération Miedzymorze, (traduisible par Fédération Entre Mers) était le nom donné par Józef Pilsudski à son projet de fédération de Pologne, Lituanie, Biélorussie et Ukraine. La fédération proposée suivant le modèle de l'Union de Pologne-Lituanie du XIVe siècle au XVIIIe siècle, se serait alors étendue depuis la mer Baltique à la mer Noire, en incorporant la Biélorussie et l'Ukraine. »

(Publié dans orientalreview.org, 25 novembre 2015. Traduction: LML.)

Haut de page


Événements

Célébration de la contribution de Cuba aux luttes de libération en Afrique australe


Le professeur Isaac Saney s'adresse à la conférence « Les enfants d'Afrique sont de retour ! », Toronto, 13 novembre 2015.

Un événement public animé et réussi pour souligner le 40e anniversaire d'Operación Carlota — la mission de Cuba en Angola de 1975 à 1988, ainsi que les autres contributions de Cuba aux luttes de libération nationale en Afrique, a eu lieu les 13 et 14 novembre à Toronto. L'événement « Les enfants d'Afrique sont de retour ! » a eu lieu au United Steelworkers Hall et était organisé par le Réseau canadien pour Cuba, la Chaire des études sur les noirs au Canada de l'Université Dalhousie, l'Association d'amitié Cuba-Canada de Toronto, A Different Booklist et d'autres. Le Consul général de Cuba à Toronto. M. Javier Dómokos Ruiz, était aussi présent.

La session d'ouverture a commencé avec un hommage à Jorge Risquet, une personnalité historique et membre de la direction révolutionnaire de Cuba qui a joué un rôle clé dans l'appui aux luttes anticoloniales en Afrique depuis le début des années soixante. Le professeur Isaac Saney, spécialiste de Cuba, auteur et maître de conférences à l'Université Dalhousie, a rendu un vibrant hommage à la vie et l'oeuvre de Risquet, soulignant son importante contribution en tant que diplomate principal et négociateur de Cuba durant la période où Cuba assistait le peuple angolais à assurer son indépendance face à l'Afrique du Sud. Une minute de silence a été observée en l'honneur de ce grand révolutionnaire et internationaliste cubain décédé le 28 septembre.


À gauche : Le professeur Saney rend hommage à Jorge Risquet (photo derrière). À droite : Nicolas Hernandez Guillen.

L'autre présentation lors de la session d'ouverture a été faite par Nicolas Hernandez Guillen, le petit-fils du poète national de Cuba Nicholas Cristobal Guillen (1901-1989). Nicholas Hernandez Guillen est un spécialiste respecté et président de la Fondation Nicolás Guillén qui se consacre à la préservation et à la promotion de l'oeuvre du poète national de Cuba. Le thème principal de la présentation soulignait le travail du grand poète afro-cubain à la défense des contributions des Afro-Cubains à la construction de Cuba et pour infuser des thèmes, chansons et rythmes africains dans la forme littéraire. Il fut noté dans la présentation que Guillen a toujours sympathisé avec les luttes anticoloniales des peuples africains, particulièrement après qu'il ait été exilé de Cuba en raison de ses activités politiques dans les années cinquante. Il a ensuite écrit des poèmes tels que « Mau Mau » au sujet de la lutte des Kikuyus contre le colonialisme au Kenya. Hernandez Guillen a noté que lorsque Cuba est intervenue en Afrique, c'était parce que les Cubains en général, et plus particulièrement les Afro-Cubains, s'identifient à l'Afrique, leur terre d'origine. Il a noté que la vie et l'oeuvre de son grand-père ont aidé à forger des liens fraternels plus forts entre Cuba et l'Afrique.

Le deuxième jour s'est ouvert avec le visionnement d'un film décrivant certaines des contributions de Cuba aux luttes d'indépendance des peuples africains au Congo et ailleurs. Le professeur Isaac Saney a souligné le rôle décisif de Cuba par son appui aux luttes d'indépendance des peuples d'Afrique australe, en particulier l'aide militaire et matérielle apportée au peuple angolais pour assurer son indépendance en 1975. La nouvelle république Angolaise était menacée militairement par l'État d'apartheid d'Afrique du Sud qui voyait le naissant gouvernement « communiste » noir comme une menace. Le professeur Saney a souligné l'importance de l'Operación Carlota (1975-1988), la campagne de quinze années dans laquelle Cuba a aidé l'Angola à défaire l'invasion militaire sud-africaine qui a fait plus de 1,5 million de morts et causé des pertes de revenus de milliards de dollars pour l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe et d'autres pays dans la région. Plus de 330 000 Cubains ont servi dans l'Operación Carlota et 2 000 d'entre eux sont morts en défendant l'indépendance et la liberté de l'Angola. Le conférencier a souligné que Cuba a porté le coût de cet énorme acte de solidarité entièrement par elle-même, utilisant ses propres ressources et son personnel.

Le professeur Saney a attiré l'attention sur la bataille de Cuito Cuanavale durant laquelle les forces combinées angolaises et cubaines ont porté un coup mortel à l'armée sud-africaine — le clou dans le cercueil du régime d'apartheid. La victoire de Cuito Cuanavale a élevé le prestige de Cuba aux yeux des peuples africains et a renforcé le mouvement pour mettre fin au régime d'apartheid en Afrique du sud. La victoire a aussi eu l'effet de consolider la révolution cubaine elle-même. Le professeur Saney a souligné que la signification de la victoire militaire à Cuito Cuanavale a été reconnue par Nelson Mandela, qui, lors d'un discours à la Havane en 1991, a déclaré que la victoire cubaine et angolaise dans cette bataille épique a directement contribué à sa libération après 28 années d'emprisonnement en Afrique du sud et a aidé à faire tomber le régime d'apartheid.

Le professeur John Kirk, un autre spécialiste de Cuba à l'Université Dalhousie et auteur du livre récemment publié Without Borders : Understanding Cuban Medical Internationalism (Sans frontières : comprendre l'internationalisme médical cubain), a parlé de l'énorme contribution de Cuba dans le domaine de la santé publique et d'autres formes d'assistance à d'autres nations et peuples partout dans le monde. Il a souligné le travail exemplaire de Cuba pour confronter et contrôler l'épidémie de l'Ebola en Afrique de l'ouest en 2014, ainsi que les contributions générales de Cuba à l'échelle internationale en matière de soins de santé, d'alphabétisation et dans d'autres domaines. Alors que de nombreux pays dits avancés ont grincé des dents à l'idée d'intervenir dans l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'ouest, Cuba a simplement pris des mesures dans le cadre de sa responsabilité sociale envers l'humanité, a noté le professeur Kirk. Il a rendu hommage aux courageux travailleurs de la santé de Cuba qui ont accompli leur devoir avec compétence et professionnalisme. Il a aussi noté que depuis cette expérience, Cuba a formé de grands groupes de personnes dans divers pays dans les techniques pour contenir l'Ebola basé sur son expérience en Afrique.

Le professeur Kirk a aussi noté les efforts désintéressés de Cuba pour éduquer et former sans frais des jeunes de partout dans le monde pour être médecins, chirurgiens et autres spécialistes médicaux, particulièrement ceux des pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et des Caraïbes qui ont besoin de professionnels médicaux. Le professeur Kirk a dit que son expérience lui permet d'affirmer que le système médical cubain est un des meilleurs au monde et que le Canada et d'autres pays pourraient apprendre beaucoup pour ce qui est de la garantie des soins de santé en tant que droit à Cuba.

La présentation de clôture du programme était un film informatif au sujet du mouvement de masse au Burkina Faso qui a renversé le régime corrompu de Blaise Compaoré en 2014, au pouvoir depuis 27 ans. Compaoré a pris le pouvoir après l'assassinat du président Thomas Sankara, le dirigeant populaire du Burkina Faso de 1983 à 1987. Sankara, qui défendait l'indépendance du Burkina Faso, a apporté plusieurs réformes sociales modelées sur la révolution cubaine, laquelle il admirait. Le film, introduit par Amet Lo du Comité justice pour Thomas Sankara et le Groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique, montre les jeunes et étudiants qui s'organisent pour exiger la démission de Compaoré. Il décrit leur lutte pour le pouvoir politique et un gouvernement démocratique au Burkina Faso qui reflète les aspirations du peuple.

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca