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Numéro 47 - 2
décembre 2015
Conférence sur le climat
à Paris
La privatisation du programme de
l'ONU en matière d'environnement

Le
processus
de
sélection
des réfugiés syriens du gouvernement
libéral enchâsse le privilège et sape les droits
• L'aide aux réfugiés n'est pas
la préoccupation
première du gouvernement Trudeau
- Louis Lang -
• Dangereuse hypocrisie sur la question des
réfugiés
- Enver Villamizar -
• Le Canada appuie une résolution
injuste de l'ONU contre la Syrie
• Processus de sélection des
réfugiés
• L'utilisation du parrainage privé
• Le rôle de la vérification des
banques de données dans
le traitement des demandes des
réfugiés
• Utilisation de la biométrie
• Des rapports de l'ONU décrivent
l'ampleur de la crise
La prévention
de la «radicalisation» dans les établissements
scolaires
• S'en prendre aux jeunes pour la politique de
guerre et d'agression
- Chantier politique -
Le déploiement
de réseaux terroristes pour atteindre un objectif criminel
• La Turquie abat un avion de chasse russe
• Erdogan prend un nouveau contrat avec
l'Occident
- Emre Uslan -
• Pourquoi les États-Unis larguent-ils
la Turquie?
- Andrew Korybko -
Événements
• Célébration de la contribution
de Cuba
aux luttes de libération en Afrique australe
Conférence sur le climat à
Paris
La privatisation du programme de l'ONU
en
matière d'environnement
Manifestation contre le
projet d'oléoduc Keystone
à Ottawa le 26 septembre 2011
La Conférence des Nations unies sur le climat a
lieu du 30 novembre au 11 décembre au Parc des expositions Le
Bourget, près de Paris, en France. Il s'agit de la 21e session
de la Conférence des parties (Conference of parties, COP) et de
la 11e session de la Réunion des parties au protocole de Kyoto
(CMP11).
Avec la participation de 196 pays, la Convention-cadre
des Nations unies sur les changements climatiques réunit la
quasi-totalité des pays membres de l'ONU et est à
l'origine du Protocole de Kyoto de 1977. Le protocole de Kyoto a
été ratifié par 192 des parties à la
Convention.
Le but final des deux traités est la
stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans
l'atmosphère au niveau nécessaire pour éviter que
l'activité humaine ne cause des dommages irréversibles au
système climatique de la planète.
La rencontre de Paris réunit également la
43e session de l'Organe subsidiaire de conseil scientifique et
technique et de l'Organe subsidiaire de mise en oeuvre du 1er au 4
décembre et la douzième partie de la deuxième
session du Groupe de travail spécial de la plate-forme de Durban
pour une action renforcée.
Un développement inquiétant de cette
conférence sur le climat est la privatisation du mouvement
contre le changement climatique qui s'étend maintenant aux
Nations unies. Le groupe Climate Action et le Programme de l'ONU pour
l'environnement organisent le Forum pour l'innovation durable en
parallèle avec la COP21. Les chefs d'État y
participent au même titre et les documents du forum apparaissent
comme faisant officiellement partie de la COP21.
« Convoquant d'une façon
intersectorielle des participants venant du milieu des affaires, des
gouvernements, des Nations unies, des ONG et de la
société civile durant la COP21, le Forum sera une
occasion unique pour favoriser l'innovation en entreprise dans
l'arène du changement climatique », lit-on sur le
site de
l'organisation.
Quant à Climate Action, dont le site est
unilingue anglais, il affirme que « pour nos clients, nous
les aidons à générer des occasions d'affaires
profitables et des partenariats, leur offrons un accès de haut
niveau aux marchés émergents et renforçons leur
position en tant que leaders de l'industrie mondiale du
développement
durable ».
Les participants au Forum
doivent être des
directeurs de grandes entreprises dont les références
sont vérifiées par les organisateurs et ils doivent
verser 1000 $ en frais d'inscription. Les commanditaires et
intervenants sont des représentants de monopoles mondiaux connus
comme BMW, Coca Cola, Moody, Banco Santander (la plus
grande banque de la zone euro) et BNP Paribas, et moins connus mais
engagés dans ce que les organisateurs appellent
l'économie verte, comme Carbon Wealth et Climate Resources
Exchange (CRX), qui possède CPX CarbonBank.
Les orateurs invités du Forum représentant
le secteur public sont des leaders du système
impérialiste d'États sous la domination des
États-Unis. Deux d'entre eux sont présentés comme
des experts en privatisation néolibérale des avoirs
publics, de l'austérité, de la suppression des droits,
des guerres d'agression, des conflits inter-impérialistes et
des préparatifs de guerre :
« Le dr Ernest Moniz, secrétaire
à l'Énergie des États-Unis. En tant que
secrétaire à l'Énergie, le dr Moniz est
chargé de la mise en oeuvre des missions critiques du
département de l'Énergie en appui aux objectifs du
président Obama en matière de croissance
économique, de renforcement de la sécurité et de
la protection de
l'environnement. Cela comprend faire avancer la stratégie
énergétique du président, maintenir la dissuasion
nucléaire et réduire le danger nucléaire,
promouvoir le leadership américain dans les domaines de la
science et de l'innovation technologique en matière
d'énergie propre, réparer les dommages de la guerre
froide et renforcer la gestion et la
performance. »
« Le président Felipe Calderon
Hinojosa, président de la Commission mondiale de
l'économie et du climat. Felipe Calderon était
président du Mexique de 2006 à 2012. Durant sa
présidence il a priorisé la primauté du droit et
la sécurité publique, une économie concurrentielle
et génératrice d'emplois, l'égalité des
chances, le
développement durable, la démocratie pratique et une
politique étrangère responsable. Son gouvernement a entre
autres mis en oeuvre des réformes structurelles pour moderniser
l'économie mexicaine dans plusieurs secteurs clés, comme
les pensions du secteur public, la fiscalité, le secteur de
l'énergie et les soins de santé universels. »

Manifestations lors de la
conférence de 2010 sur
le changement climatique à Cancun, Mexique. Sur les
pancartes : « Le marché du carbone est une
fraude » et « Respectez les droits de la
Terre-Mère ».
Le mouvement de la classe ouvrière rejette avec
tout le mépris qu'ils méritent les objectifs
néolibéraux défendus et pratiqués par Moniz
et Calderon. Ces politiques ont amené le monde au bord d'une
guerre mondiale d'envergure catastrophique et de la destruction
planétaire. La classe ouvrière présente la vision
d'une nouvelle direction qui
humanise l'environnement social et naturel et rejette la guerre et
l'usage de la force dans le règlement des conflits
internationaux.
La classe ouvrière note la privatisation des
Nations unies et de son programme sur le changement climatique. Cela
n'a rien de surprenant en cette période de repli de la
révolution. Le mouvement émancipateur de la classe
ouvrière qui investit le peuple du pouvoir souverain et humanise
l'environnement social et naturel doit se battre pour se
faire entendre dans l'espace qui existe. Les impérialistes
restreignent constamment cet espace par la privatisation des forums
publics et la suppression fasciste des droits au nom de la
sécurité, comme on le voit présentement à
Paris avec l'interdiction des manifestations publiques. La classe
ouvrière ne peut accepter et n'acceptera pas la négation
impérialiste de ses droits et de la nécessité
d'une nouvelle direction.
La conception du monde centrée sur l'être
humain de la classe ouvrière conteste la conception du monde
centrée sur le capital du Forum pour l'innovation durable et sa
privatisation de l'espace public. La conception du monde centrée
sur le capital est la base idéologique du capitalisme
monopoliste, qui a placé le monde devant le danger du
changement climatique et de la guerre. Comment la conception du monde
qui est à l'origine du problème et impose le droit de
monopole par la violence partout dans le monde peut-elle être
considérée comme une solution ?
Pour humaniser l'environnement social et naturel, le
droit public doit établir une nouvelle direction avec un but
moderne, celui de servir le peuple. Le droit public et
l'intérêt général de la
société exigent qu'on donne un nouveau but à la
production et qu'on délaisse le but imposé par le
capitalisme monopoliste qui a mis le monde dans une telle
situation. Le droit public exige que les sciences sociales et
naturelles soient utilisées pour moderniser les rapports de
production et guider les forces productives dans le sens d'ajouter une
valeur additionnelle à la production sur tous les fronts en en
assumant les conséquences. Cela donne plus de valeur à la
production mais réduit le taux de profit.
Le but centré sur le capital, qui est de maximiser le profit, ne
peut être harmonisé avec l'humanisation de l'environnement
social et naturel.
Pour faire en sorte que l'économie ait comme but
de servir le peuple et d'humaniser l'environnement social et naturel,
la classe ouvrière doit s'habiliter politiquement et
économiquement. Elle doit contrôler ce qu'elle produit et
la façon dont c'est produit et fixer les raisons et objectifs de
la production.
La production humaine change le monde naturel, notamment
en ce qui concerne la pollution et autres conséquences
indésirables. Pour humaniser cet impact et le contrôler de
manière à réduire ses effets dommageables pour la
société et la nature, il faut donner un nouveau but
à la production et activer le facteur humain/conscience sociale.
Cela
n'est pas possible avec la conception du monde et le but centrés
sur le capital ou par la suppression des droits et la marginalisation
de la classe ouvrière.
La classe ouvrière doit s'organiser pour se
constituer en pouvoir économique et politique. Elle a besoin de
ce pouvoir pour priver l'élite impérialiste du pouvoir de
la priver de ses droits et d'un programme prosocial pour donner une
nouvelle direction et un nouveau but à l'économie.
Marche pour le climat
à Vancouver le 21 septembre
2014

Le processus de sélection des
réfugiés syriens du gouvernement libéral
enchâsse le privilège et sape les droits
L'aide aux réfugiés n'est pas la
préoccupation première du gouvernement Trudeau
- Louis Lang -
Pendant que la situation des Syriens continue de se
détériorer rapidement, le premier ministre du Canada
Justin Trudeau invoque le besoin de « garantir la
sécurité de tous les Canadiens et
Canadiennes » comme raison principale pour reporter sa
promesse électorale d'accueillir 25 000 réfugiés
avant la fin de l'année.
Lors d'un point de presse le 24 novembre, plusieurs
ministres du cabinet du gouvernement Trudeau ont annoncé que la
totalité de ces 25 000 réfugiés seraient
identifiés avant le 31 décembre. Par contre, seulement 10
000 d'entre eux auront été accueillis au Canada d'ici
là. Il s'agira avant tout de réfugiés
parrainés par le secteur privé, dont
plusieurs sinon tous ont déjà été
identifiés et sélectionnés par le gouvernement
Harper en réponse aux demandes d'organisations
ecclésiastiques et d'autres organisations privées de
parrainage.
Ce qui ressort depuis que
le gouvernement Trudeau est
arrivé au pouvoir est qu'au-delà de l'impression
donnée qu'il remue ciel et terre pour accommoder ces
réfugiés, le bien-être des réfugiés
n'est pas vraiment sa priorité essentielle. Lors d'une entrevue
à l'émission Question Period sur le
réseau CTV le 22 novembre, portant sur
la crise des réfugiés syriens, le ministre de la
Défense Harjit Sajjan a dit que le Canada continuera de
préconiser un changement de régime en Syrie.
« Je suis d'avis que le président Assad doit
partir », a-t-il dit. Ce n'est pas une rupture avec la
position du gouvernement conservateur de Stephen Harper qui faisait de
l'appui à la
politique américaine de changement de régime en Syrie une
priorité. Le gouvernement Trudeau aborde la crise des
réfugiés comme une question de sécurité et
n'a dit mot sur le fait que la grave crise humanitaire qui affecte des
millions de Syriens est due aux ravages causés par la politique
de changement de régime des États-Unis et de l'Europe,
politique à laquelle adhère le Canada. C'est ce qui a
mené au déplacement de millions de personnes et à
une crise qui s'aggrave de jour en jour.
La réponse de tous les gouvernements occidentaux
sans exception à une crise humanitaire d'une telle ampleur est
de renforcer les mesures de sécurité et les pouvoirs
policiers. Dans ce contexte, leurs préoccupations sonnent faux.
Les États-Unis, le Canada et d'autres pays de l'OTAN, qui
sèment le chaos partout dans le monde et qui sont
responsables de la déstabilisation et de la destruction de pays
souverains, ont démontré que pour eux les
réfugiés syriens ne sont que des pions sur
l'échiquier géopolitique dans leurs efforts
hégémoniques pour contrôler la région, ses
voies commerciales et ses corridors de transport et de
sécurité.
Alors que la vaste
majorité des Canadiens ont
exprimé leur solidarité avec le peuple syrien et ont mis
sur pied des organisations partout au pays pour leur procurer un toit
et tout ce qui est nécessaire pour accueillir des milliers de
réfugiés et leur permettre de s'établir au Canada,
c'est bel et bien le gouvernement Trudeau qui tarde à nouveau
à
secourir les réfugiés qui subissent de telles
difficultés et de tels dangers. Justin Trudeau a fait de beaux
discours pendant la campagne électorale pour dénoncer
l'attitude
« sans coeur » des conservateurs envers les
réfugiés syriens, mais maintenant il prend la même
attitude qu'eux en essayant de brouiller les cartes et en refusant de
faire ne
serait-ce que le minimum pour aider à surmonter la plus grave
crise humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Cette pratique a toujours été celle des
gouvernements canadiens, qu'ils soient libéraux ou
conservateurs. Bien que cela se fasse en invoquant les grands
idéaux de l'humanitarisme, de la liberté et des droits
démocratiques, les décisions touchant aux
réfugiés et à l'immigration ont toujours
été prises en fonction de considérations
liées à la politique
étrangère imposée d'abord par les
intérêts coloniaux britanniques et, après la
Deuxième Guerre mondiale, par l'impérialisme
américain.[1]
La question de la
« sécurité » est soulevée
pour limiter l'assistance aux Syriens et les garder dans un état
constant de crise pendant qu'on détruit leur pays, ainsi que
pour susciter la méfiance et stigmatiser la communauté
immigrante, en particulier les musulmans, comme des extrémistes
et une menace pour le Canada. C'est aussi la
pratique historique de l'État canadien de non seulement violer
le droit de conscience des réfugiés et des immigrants,
mais aussi de les intimider en leur refusant la citoyenneté ou
en menaçant de retirer cette citoyenneté à
quiconque ose défendre ses convictions.
C'est en offrant tout ce qui est nécessaire
à la vie et à la sécurité de ceux qui ont
été déplacés à l'intérieur et
à l'extérieur de la Syrie et en veillant à ce que
les Syriens puissent retourner chez eux en toute sécurité
que les droits humains du peuple syrien seront défendus. Le
gouvernement canadien doit cesser de former et d'armer les
mercenaires en Syrie et doit se retirer de ce pays.Les interventions
criminelles contre la Syrie par les forces militaires des
États-Unis et de l'OTAN ainsi que celles appuyées par
l'Arabie saoudite et le Qatar doivent cesser immédiatement.
Le blocus diplomatique et économique contre la
Syrie doit cesser et les Syriens doivent décider eux-mêmes
de leur avenir.
Note
1. Voir « Les opinions
extrémistes de
Harper sont un outrage au peuple vietnamien ! », et, en
sous-titre, « Le Canada, terre d'accueil : pour
qui ? », LML, 1er
avril 2015)

Dangereuse hypocrisie sur la question des
réfugiés
- Enver Villamizar -
Plusieurs rapports circulent au Canada au sujet de
réfugiés syriens qu'on commence à amener au Canada
et des autres qui attendent d'être accueillis. Ces rapports
coïncident avec le lancement de la campagne
#BienvenueAuxRéfugiés qui parle de l'accueil de 25 000
réfugiés syriens au Canada comme d'un grand projet
national.
On assiste à un effort certain pour limiter la
pensée et la discussion parmi les Canadiens à la question
de savoir si le processus d'accueil est sécuritaire ou non,
comme si les réfugiés syriens étaient une menace
à notre sécurité. Par exemple, l'annonce que le
Canada va essentiellement exclure les hommes syriens
célibataires, ce que le
gouvernement appelle « donner la priorité aux plus
vulnérables », aurait été faite par le
gouvernement Trudeau « en réponse aux
inquiétudes légitimes en matière de
sécurité ».
De cette façon, la
question des
réfugiés est dépolitisée et coupée
de son contexte afin que la responsabilité du Canada dans la
création de réfugiés par sa participation à
l'agression et à la guerre des États-Unis et de l'OTAN ne
fasse pas l'objet de discussion et que toute l'attention se porte sur
la façon dont les réfugiés sont amenés au
pays, où
ils seront logés et qui va financer le processus.
Dans une entrevue le 21 novembre à
l'émission Question Period du réseau CTV, le
ministre de la Défense Harjit Singh Sajjan a dit que
« selon moi, le président Assad doit partir compte
tenu de la complexité de la situation et des massacres qui ont
été perpétrés contre son propre
peuple ». « Ce que nous devons
bien garder à l'esprit, a-t-il ajouté, c'est ce qui a
causé ce problème en premier lieu. C'est le fait que le
régime Assad a tué plus de Syriens que Daesh [EIIL]
lui-même. »
Ces déclarations du ministre de la Défense
au sujet du dirigeant dûment élu d'un pays qui est en
train d'être mis à sac par l'OTAN et ses substituts sont
très inquiétantes. Est-ce que c'est cela que les
libéraux veulent dire quand ils parlent du retour du Canada
à son rôle de « maintien de la
paix » ? Est-ce ainsi qu'on contribue
à établir un climat de calme et de stabilité
où des solutions politiques peuvent être trouvées
à l'état d'anarchie et de violence qui a
été imposé à la Syrie par l'OTAN et ses
alliés ? Que doivent penser les Canadiens d'un gouvernement
qui dit vouloir aider les réfugiés syriens et qui
déclare du même souffle vouloir éliminer et qui
agit pour
éliminer l'unique gouvernement légitime de la Syrie, un
gouvernement dont le président a été élu et
réélu par le peuple syrien et qui cherche à
combattre les terroristes dont plusieurs sont financés et
armés par l'OTAN et ses alliés ? Sommes-nous
censés oublier le rôle qu'a joué le gouvernement
Harper dans le financement, l'organisation et
l'armement des soi-disant forces de l'opposition en Syrie, que l'OTAN
utilise pour forcer un changement de régime ?
Est-ce que le ministre peut
réellement s'attendre
à ce que les Canadiens placent leur confiance en son
gouvernement en tant que faiseur de paix et intermédiaire
honnête alors qu'il a revêtu le manteau de Harper et parle
ouvertement du besoin de renverser le gouvernement syrien ? Un
concept de maintien de la paix digne du nom requiert
à tout le moins qu'on soutienne une position de
neutralité en respect de la souveraineté nationale et du
droit international plutôt que de décider que le dirigeant
d'un pays doit être renversé et d'intervenir pour que cela
se produise. Quand les Canadiens ont-ils indiqué dans cette
élection ou d'une autre manière qu'ils sont en faveur
d'un changement
de régime ? En quoi est-ce différent de la
décision qu'avaient prise les États-Unis de se
débarrasser du président irakien Saddam Hussein ? Ou
de la décision de l'OTAN d'éliminer le dirigeant libyen
Mouammar Khadafi au nom de grands idéaux ? Est-ce que ce
sont là les réflexions du seul ministre de la
Défense ou expriment-elles l'objectif des actions du
gouvernement en Syrie et en Irak qui dit rechercher une façon
plus efficace d'accomplir ses objectifs ? Il semble que les
mensonges au sujet des armes chimiques et biologiques et de destruction
massive ne marchent plus et font place aux mensonges sur les tueries de
masse qui servent à masquer les tueries de
masse que font l'OTAN et ses substituts quand ils détruisent les
pays qu'ils ciblent.
Le rôle belliciste du gouvernement Trudeau en
Syrie est en contradiction avec la volonté populaire et la
primauté du droit. Prendre une juste position sur la question
des réfugiés, c'est d'abord et avant tout mettre fin
à l'ingérence du Canada en Syrie afin de ne pas exacerber
la crise qu'il a tant travaillé à fomenter. Les Canadiens
veulent que les
problèmes qui surgissent entre les nations soient résolus
de façon pacifique. C'est en mettant fin à la menace de
recours à la force et au recours à la force par le Canada
qu'on va l'empêcher de continuer de contribuer à la
destruction d'autres pays et à la création de
réfugiés et exprimer les aspirations des Canadiens
à être une force de paix dans le
monde.

Le Canada appuie une résolution
injuste de l'ONU
contre la Syrie
Le 19 novembre, le Troisième Comité de
l'Assemblée générale de l'ONU a approuvé la
résolution A/C.3/70/L.47 intitulée « Situation
des droits de l'homme en République arabe syrienne ».
Elle a été rédigée par l'Arabie Saoudite et
coparrainée par le Qatar, les Émirats arabes unis
(ÉAU), d'autres pays arabes, les États-Unis, la
France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et autres États dits
occidentaux.
Bien que la résolution ait été
adoptée à 115 contre 15, avec 51 abstentions, elle a fait
l'objet de beaucoup de critiques avant et après le vote. La
raison principale des objections au projet de résolution est
qu'il est contraire à l'esprit de l'ONU d'isoler des pays par
des sanctions et qu'elle politise la question des droits humains. En
mettant de
l'avant la résolution, l'Arabie saoudite, le Qatar et les
ÉAU détournent l'attention du fait qu'ils ne sont pas
connus comme des grands défenseurs des droits humains. L'Arabie
saoudite en particulier, un larbin connu de l'impérialisme
américain, se livre au terrorisme d'État contre le
Yémen, tandis que les trois pays sont connus pour leur
recrutement
et financement de terroristes tels l'EIIL pour fomenter la guerre et le
terrorisme en Irak, en Syrie et ailleurs.
La résolution est
basée sur la logique
nazie du gros mensonge — bombarder le peuple avec la
désinformation pour l'empêcher de penser et
détruire l'opinion publique. Par exemple, la résolution
cite les prétendues « manifestations
civiles » à Deraa en mars 2011 qui ont
« déclenché » la guerre civile
syrienne qui a été
supposément réprimée par la violence par le
gouvernement syrien. Ce qui n'est pas dit, c'est que les
États-Unis et leurs mandataires en Arabie saoudite et au Qatar
sont derrière les prétendus rebelles qui ont
instigué les « manifestations pacifiques »
à Deraa qui ont entraîné la mort de quatre civils
et huit policiers syriens. Les prétendus
rebelles étaient armés et entraînés par
l'OTAN. Un autre élément maintes fois
répété de la désinformation est que le
gouvernement syrien aurait utilisé des armes chimiques contre
son propre peuple, alors que la preuve démontre que ce sont les
« rebelles » les coupables.
La résolution vise à exonérer les
terroristes financés et appuyés par l'Arabie saoudite, le
Qatar, la Turquie, la France, les États-Unis et autres pour les
crimes violents qu'ils ont commis et à blâmer le
gouvernement
syrien en l'accusant d'être le principal violateur des droits du
peuple. Cela est fait pour justifier non seulement davantage de
terrorisme et de violence soutenu par l'étranger contre le
peuple syrien mais aussi pour renverser le gouvernement d'un
État souverain membre de l'ONU, afin de servir les
intérêts géopolitiques anglo-américains. La
résolution appelle à un gouvernement de transition
formé par les partis en conflit, un appel ouvert à un
changement de régime, ce qui
est contraire à tous les principes de l'ONU.
Le délégué Syrien, intervenant sur
la résolution avant le vote, a souligné que la
résolution est tissée de mensonges et de
déformations des faits contre son pays. Il a fait remarquer que
c'est précisément en Arabie saoudite, qui a
rédigé la résolution, que des exécutions
publiques telles les décapitations, les mauvais traitements des
minorités et
autres violations des droits ont lieu. Il a dénoncé
l'Arabie saoudite et le Qatar et les a tenus
« entièrement responsables » des attaques
terroristes contre le peuple syrien. Il a déploré
l'ironie que certains États qui ont coparrainé la
résolution ont eux-mêmes de tels antécédents
déplorables pour ce qui est des droits humains.
Le représentant iranien a déclaré
que la résolution contre la Syrie a un impact sur la
crédibilité du système des droits humains de l'ONU
parce qu'elle appuie les armées étrangères qui
menacent un État souverain et qu'en particulier, la
résolution sape le droit de la Syrie, un État membre de
l'ONU, d'assurer la paix sur son territoire.
Le représentant de l'Algérie a dit que les
récentes attaques terroristes à Paris, Beyrouth, en
Turquie et au Nigeria étaient un puissant rappel que l'ONU doit
se regrouper et diriger l'attention au bon endroit pour combattre le
terrorisme. Il a dit que sa délégation votait contre la
résolution parce qu'il était « inopportun et
contre-productif » d'amener des résolutions
« spécifiques à un pays » devant
l'Assemblée générale, ce qui est contraire au
travail du Conseil des droits de l'homme dans la situation
internationale actuelle.
Le Canada a voté en
faveur de la
résolution aux côtés de la Grande-Bretagne, des
États-Unis, de la France, de l'Allemagne et d'autres pays qui
forment une partie du système impérialiste d'États
qui cherchent à imposer leur hégémonie aux autres.
Le représentant du Canada a répété
l'accusation que le gouvernement syrien a utilisé du chlore
contre ses citoyens — une accusation déjà
réfutée par les faits connus et
répétée pour justifier l'injustifiable.
Cuba, l'Argentine, l'Équateur, la
Biélorussie, la République populaire démocratique
de Corée, le Venezuela, la Chine, la Russie et d'autres pays
sont intervenus pour défendre les principes de l'ONU et pour
défendre la paix. Ils ont condamné la nature
politisée et sélective de la résolution qui jette
le blâme sur la Syrie alors qu'il y a un besoin
de désamorcer la situation et d'arrêter la violence dans
ce pays. Ils ont voté contre la résolution.
Tout cela montre que les vieilles puissances coloniales
ont du mal à faire comme elles veulent et ne peuvent que
répondre par des intrigues et subterfuges pour continuer de
saper les principes des systèmes de l'ONU pour imposer leurs
visées impérialistes. Elles sont de plus en plus
isolées dans l'arène internationale et ne peuvent
répondre
qu'avec la violence et le terrorisme qui approchent le monde d'une
guerre mondiale. Les peuples du Canada et du monde doivent être
vigilants et se tenir avec les nations telles la Syrie, l'Iran, la RPDC
et autres qui refusent de se soumettre au diktat impérialiste et
qui, par leur position courageuse, défendent la paix dans
l'intérêt de l'humanité.

Processus de sélection des réfugiés
Le 24 novembre, le gouvernement libéral a
annoncé qu'avant le 31 décembre il aura identifié
tous les 25 000 réfugiés qu'il s'était
engagé à accueillir au Canada avant la fin de
l'année. Cependant, seulement 10 000 réfugiés
auront été accueillis à cette date. Il s'agit
avant tout de réfugiés parrainés par le secteur
privé (RPP) dont plusieurs sinon
la totalité ont déjà été
identifiés et filtrés par le biais de demandes de
parrains privés, y compris des groupes religieux, à
l'époque du gouvernement Harper. Les réfugiés qui
doivent arriver avant la fin de 2015 peuvent aussi être des
réfugiés pris en charge par le gouvernement (RPG). Les
demandes de ceux-ci auraient été traitées par des
agences de
réfugiés en sous-traitance et même possiblement par
le Bureau du premier ministre lui-même puisque le gouvernement
Harper avait pris l'initiative exceptionnelle de mettre fin aux mesures
de traitement des RPG et de réacheminer ces dossiers directement
au Bureau du premier ministre pour vérification, sans doute pour
s'assurer que
les « bons » réfugiés soient
choisis. Les 15 000 autres réfugiés, composés de
RPP et de RPG, doivent arriver au pays vers la fin du mois de
février 2016. Le ministre de l'Immigration, des
Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, a
annoncé que d'autres réfugiés arriveraient au
cours de l'année 2016, faisant en sorte que les 25
000 réfugiés pris en charge par le gouvernement seront
éventuellement accueillis au Canada selon l'engagement
électoral du Parti libéral.
Le gouvernement prétend que pour minimiser les
risques pour la sécurité et offrir un nouveau toit aux
réfugiés vulnérables, le Canada avait
demandé au Haut commissariat des Nations unies pour les
réfugiés (HCNUR) - qu'on appelle aussi l'Agence des
réfugiés des Nations unies - de prioriser les
réfugiés vulnérables « qui
représentent
peu de risque pour la sécurité ». Selon les
agences de nouvelles, ceux-ci seront composés de familles
complètes, de femmes à risque, de gais et de lesbiennes,
et d'hommes célibataires jugés vulnérables puisque
membres de la communauté LBGT ainsi que de ceux qui accompagnent
leurs parents en tant que membres de la famille. Tout
dossier qui semble trop complexe ou représentant un risque
possible pour la sécurité sera mis de côté
et reporté à une date ultérieure.
Le système canadien des réfugiés
est composé de deux programmes :
1) Programme de réinstallation des
réfugiés et des personnes protégées
à titre humanitaire. Ce programme s'applique aux
personnes
cherchant refuge et provenant de l'extérieur du Canada. Ce
programme comprend les gens qui ont recours au programme
fédéral RPG, d'autres qui arrivent grâce à
l'assistance de groupes de la société civile en
vertu du programme de parrainage privé (RPP) et un très
petit groupe de personnes qui viennent au Canada par le biais du
Programme mixte des réfugiés désignés par
un bureau des visas (PMRV) qui a été mis sur pied en 2013
et offre un appui gouvernemental et privé à part
égale. Depuis le 25 septembre 2015, le gouvernement a
annoncé que
tous les groupes désirant parrainer des réfugiés
syriens pourraient maintenant le faire en vertu du programme PMRV et
non uniquement par le biais du programme de parrainage
entièrement privé.
2) Programme d'octroi
de l'asile au Canada. Ce programme
s'adresse aux personnes qui présentent une demande d'asile
pendant qu'elles se trouvent au Canada. Le processus de
détermination du statut de réfugié pour ceux qu'on
juge admissibles à faire une telle demande au Canada est
géré par la Commission de l'immigration et du statut de
réfugié du Canada.
C'est en vertu du programme de réinstallation des
réfugiés et des personnes protégées
à titre humanitaire que le gouvernement accueillera des
réfugiés syriens au Canada dans les mois qui viennent.
Les réfugiés partiront de trois pays
où on leur avait accordé un asile temporaire et où
ils pourraient se trouver présentement dans des camps de
réfugiés, soit le Liban, la Jordanie et la Turquie. Tout
contrôle médical et de sécurité sera fait
outremer et les personnes qui ont été retenues pour la
réinstallation doivent déjà avoir
été inscrites auprès du
HCNUR pour ce qui est de la Jordanie et du Liban ou par le gouvernement
du pays hôte pour ce qui est de la Turquie. L'identité des
réfugiés sera vérifiée à chaque
étape, selon le gouvernement, y compris par les agents des
services frontaliers du Canada avant de s'envoler vers le Canada et
à nouveau lors de leur arrivée à Toronto ou
à
Montréal.
Le gouvernement prévoit avoir à sa
disposition 500 agents, y compris des agents des visas temporaires, qui
traiteront les réfugiés dès que le programme aura
pris sa vitesse de croisière. On dit que le moment principal
où les décisions seront prises sera celui de l'entrevue
faite au Canada « avec des agents de visas professionnels et
expérimentés » qui feront la cueillette
d'information afin de faciliter l'émission des visas. On ne dit
pas si les agents de visas temporaires seront eux aussi professionnels
et expérimentés ou quels seront les critères de
l'engagement de ces agents. Seront-ils des policiers, des agents de
sécurité, des soldats, des agents
canadiens/américains
etc. ? Les demandeurs interviewés ne seront pas tous
acceptés lors de ce processus mais leur demande peut être
considérée à une date ultérieure.
À la conférence de presse du 24 novembre,
le ministre de la Défense, Harjit Saijan, a annoncé que
l'armée canadienne était prête à
déployer du personnel pour le filtrage et le traitement de
réfugiés outremer, faisant mention spécifiquement
de filtrage médical, de traitement des demandes et d'aide en
biométrie. On peut donc croire que des officiers
militaires joueront un rôle dans le traitement des demandes. Le
ministre a dit que tout était en place pour permettre à
l'armée de transporter et de loger temporairement les
réfugiés si nécessaire.
Dans un article récent du Globe and Mail,
on
cite
un
haut fonctionnaire du gouvernement : « Le
personnel des forces armées canadiennes constituera
jusqu'à la moitié des 500 agents qui seront
déployés au Moyen Orient pour trier les
réfugiés. Ces membres du personnel militaire feront le
bilan de santé et prendront des
empreintes digitales et une lecture de l'iris des
réfugiés, qui seront comparées à la base de
données des départements de l'immigration et des forces
policières du Canada et des États-Unis ».
Evan Koronewski, un porte-parole du ministère de
la Défense nationale, a dit que les membres des Forces
armées sont en état d'alerte, prêts à aider
au moment où le ministère de l'Immigration, des
Réfugiés et de la Citoyenneté aura mis la
dernière main à son plan. « Le moment du
départ de ce personnel reste à déterminer. Le
personnel
médical des Formes armées canadiennes a été
formé au triage médical et à la cueillette de
données biométriques telles les relevés d'iris et
les prises d'empreintes digitales. »
Sélection des réfugiés pris en
charge par le gouvernement
Le processus suivant est celui que le gouvernement
semble suivre, à quelques exceptions près
annoncées jusqu'à maintenant, pour ce qui est des
réfugiés syriens qui doivent arriver d'ici la fin de
février.
Le processus de sélection par le Canada de ces
réfugiés qui seront pris en charge par le gouvernement se
fera en trois étapes, en commençant par une
recommandation pour la réinstallation au Canada par le HCNUR.
Des recommandations peuvent aussi provenir d'autres organisations et
gouvernements.
L'étape un du
processus débute au pays
où les réfugiés qui ont fui leur patrie ont
été accueillis et où ils résident
présentement. Souvent, ils se trouvent dans des camps de
réfugiés gérés par le HCNUR. Les
réfugiés doivent expliquer à l'agence de l'ONU
comment ils se sont enfuis et pourquoi. On les interroge au sujet
d'activités militaires ou
d'affiliations passées ou présentes, y compris leurs
projets pour l'avenir. Ils sont aussi soumis à des
« mesures de sécurité et pour contrer la
fraude », y compris un balayage de l'iris. Enfin, les
informations déclarées sont inscrites par le HCNUR dans
un système mondial automatisé et intégré.
Si de l'information obtenue après l'entrevue
révèle des activités liées au terrorisme et
à la criminalité, le HCNUR prévoit aussi une
procédure pour retirer le statut de réfugié.
Le HCNUR filtre tous les réfugiés et en
choisit un nombre très restreint (de 1 à 2 %) qu'il
juge de bons candidats pour la réinstallation par d'autres pays
tels le Canada. Par exemple, du 1,1 million de réfugiés
au Liban l'année dernière, le HCNUR en a choisi
approximativement 10 000 à être recommandés pour
une réinstallation dans un
pays.
On dit accorder la priorité aux femmes ayant des
enfants, aux mineurs non accompagnés, aux aînés,
aux malades et aux plus vulnérables. Les jeunes hommes seuls qui
pourraient être des combattants ou qui ne peuvent expliquer
pourquoi ils ne possèdent pas leurs papiers d'identité
sont refusés. La politique habituelle de réinstallation
au Canada
comprend aussi les réfugiés LGBT ou ayant subi des
blessures physiques infligées au cours du conflit syrien. Les
personnes que le HCNUR compte inviter pour une possible
réinstallation au Canada recevront un texto via leur cellulaire,
selon l'agence.
Le HCNUR peut avoir recours à d'autres
évaluations pour déterminer l'admissibilité, dont
des évaluations d'exclusion. Cette dernière vise à
identifier des personnes qui auraient commis des crimes de guerre ou
des actes criminels graves, y compris des actes terroristes. Selon le
manuel du HCNUR à l'intention des agents de protection des
réfugiés, cette évaluation doit être
menée de façon minutieuse, et la norme de preuve menant
à l'exclusion est de niveau « raisons
sérieuses de penser », ce qui est à mi-chemin
entre « soupçons raisonnables » et
« preuve hors de tout doute raisonnable ».
Selon de récentes déclarations du HCNUR
suite à ses réunions avec le gouvernement canadien, le
processus de filtrage des réfugiés à
l'étape deux du processus de sélection pour la
réinstallation ne sera pas le même pour les quelque 15 000
RPG que le gouvernement compte accueillir d'ici la fin de
février 2016. Selon un article du Globe
and Mail, l'agence de réfugiés de l'ONU a
annoncé qu'elle réduirait « son système
de filtrage afin d'atteindre les 15 000 réfugiés pris en
charge par le gouvernement que le Canada réclame en l'espace de
quelques mois seulement. »
« En raison du court laps de temps, nous ne
pourrons appliquer le processus de façon
habituelle », a dit la porte-parole du HCNUR au Canada,
Gisèle Nyembwe. L'agence de réfugiés de l'ONU
passera outre l'interview détaillée qu'on mène
normalement à la deuxième étape du processus de
sélection pour la réinstallation, qui
permet d'identifier les personnes choisies pour un
déménagement permanent vers l'un des pays hôtes,
tels le Canada, les États-Unis ou l'Australie. « Les
agents canadiens devront sans doute assumer plus de
responsabilité en ce qui concerne le filtrage »,
selon l'article.
L'étape deux du processus commence dès
qu'une recommandation du HCNUR (ou de toute autre source connue) est
remise entre les mains d'un agent des visas à l'ambassade
canadienne. L'agent doit en arriver à une conclusion semblable
à celle du HCNUR, c'est-à-dire que la personne en
question se qualifie en tant que réfugié et est un
candidat acceptable pour la réinstallation. Pour ce qui est des
15 000 RPG qui doivent s'installer au Canada, les agents devront faire
des recommandations non conclusives. Un agent des visas canadien doit
normalement vérifier les documents pertinents du demandeur,
ainsi que les conditions du pays qu'il a fui de même que du pays
où il habite
présentement, et interroger le réfugié
essentiellement pour établir si son histoire telle qu'il la
raconte satisfait aux critères fixés par le gouvernement.
Le réfugié doit aussi obtenir une
autorisation médicale d'un médecin nommé par le
gouvernement canadien pour faire le filtrage médical.
Dans une annonce sur le site web de Citoyenneté
et Immigration Canada en date du 8 octobre 2015, le gouvernement Harper
avait dit qu'en plus d'avoir la collaboration du HCNUR, il travaillait
aussi avec les organisations humanitaires ayant une riche
expérience dans la région, y compris le Conseil danois
pour les réfugiés (CDR) et la
Fondation Aga Khan, et que les deux apportaient « leur appui
aux agents canadiens des visas pour le filtrage des
réfugiés syriens ». Suite à certaines
inquiétudes au sujet du travail mené par au moins une de
ces organisations, le même gouvernement avait annoncé que
pour l'instant il avait cessé de filtrer certains Syriens pris
en charge
par le gouvernement en attendant de s'assurer que « nos
démarches sont adéquates et que le CDR recueille et
documente l'information nécessaire ». On omettait
dans cette déclaration de mentionner que le gouvernement avait
ordonné que les dossiers sur les réfugiés soient
réacheminés vers le Bureau du premier ministre pendant
cette
suspension des activités du CDR. On ne donnait pas non plus la
raison de ce réacheminement et on se contentait de dire que le
gouvernement agissait ainsi parce qu'il voulait s'assurer de
« répondre de façon appropriée aux
questions liées à l'intégrité et à
la sécurité ». On ne sait pas si les contrats
signés avec ces organisations sont
toujours valables depuis l'avènement au pouvoir du nouveau
gouvernement libéral.
Il a été révélé par
contre que des ministères fédéraux non
spécifiés ont identifié et formé des gens
pour les envoyer au Liban, en Jordanie et en Turquie avant la tenue des
élections et que les ambassades ont augmenté leur
personnel et le nombre de spécialistes en langues. Le Globe
and Mail a déjà annoncé que des 500 agents
qui
seront expédiés au Liban, en Jordanie et en Turquie pour
participer au filtrage des réfugiés, 250 seront des
membres de l'armée.
À l'étape trois, l'agent des visas fait
parvenir le dossier d'un réfugié au Service canadien du
renseignement de sécurité (SCRS) pour que celui-ci
détermine le statut d'admissibilité du
réfugié au Canada. Le processus suivi habituellement par
l'agent du SCRS est de vérifier toute information qui pourrait
être associée au nom de la personne et
trouvée dans les bases de données du SCRS, de la GRC ou
de l'Agence canadienne des services frontaliers (ACSF) ou des
alliés internationaux du Canada. On dit que le rôle du
SCRS est d'émettre des conseils à l'intention des agents
des visas pour leur permettre de mieux juger de l'admissibilité
du réfugié.
Le programme d'aide au rétablissement des
réfugiés
pris en charge par le gouvernement
Les personnes acceptées en tant que
réfugiés pris en charge par le gouvernement recevront des
billets d'avion pour Toronto ou Montréal, après quoi
certains seront transportés vers 11 autres villes du
Québec ou 22 autres villes du reste du
Canada qui offrent des services d'orientation et de
rétablissement. Il semblerait que certains
réfugiés pourraient être logés
temporairement dans des bases militaires jusqu'à ce que des
logements permanents et adéquats deviennent disponibles dans les
villes où ils doivent se rendre. Les critères permettant
de décider qui va à quel endroit ne sont pas
clairs.
Dès leur arrivée au Canada, les
réfugiés pris en charge par le gouvernement
reçoivent un certificat de confirmation de résidence
permanente. Dès qu'ils sont accueillis à
l'aéroport, ils font partie du programme d'aide au
rétablissement qui fournit de l'orientation en
différentes langues ainsi que des services pour faire en sorte
que les besoins de
première nécessité des réfugiés
soient respectés - logement, vêtements, meubles, un compte
bancaire, des écoles pour les enfants, l'orientation
professionnelle si nécessaire et de l'aide
générale pour qu'ils puissent apprivoiser leur
nouvel environnement et avoir accès aux services dont ils ont
besoin. On évalue aussi les compétences des adultes en
anglais et en français et on les encourage à suivre des
cours de langue gratuits du gouvernement le plus rapidement possible
dans la plupart des cas.
Le gouvernement fédéral fournit un appui
financier de douze mois sauf si une personne ou sa famille a des
ressources financières personnelles suffisantes pour voir
à ses propres besoins, ce qui est rarement le cas. Cet appui
peut cesser avant l'échéancier d'un an si la personne ou
la famille devient autonome entre temps. Les réfugiés
pris en
charge par le gouvernement sont admissibles aux programmes provinciaux
de soins de santé et au Programme fédéral de
santé intérimaire (PFSI) pendant leur première
année au Canada. Le niveau d'appui financier et
d'assurance-maladie et d'assurance-médicament en vertu du PFSI
tend à être comparable à celui des
bénéficiaires de l'assistance
sociale dans la province. Les billets d'avion pour venir au Canada et
d'autres fonds pour couvrir le coût des examens médicaux
avant de venir au Canada sont offerts aux réfugiés sous
forme de prêt qu'ils doivent commencer à rembourser, avec
intérêt, dès leur deuxième mois au Canada.
Si dans certains cas on juge que les besoins des
réfugiés sont plus importants que prévus, ceux-ci
peuvent bénéficier d'appui financier et en santé
pour au-delà d'un an. Comme tout autre résident
permanent, les réfugiés pris en charge par le
gouvernement sont admissibles à l'assistance sociale provinciale
si nécessaire à la fin de leur première
année au Canada lorsque l'aide financière
fédérale n'est plus disponible.
La sélection des réfugiés
parrainés par le secteur privé
En plus des programmes fédéraux et
québécois pour les réfugiés pris en charge
par le gouvernement, les parrains du secteur privé sont de plus
en plus engagés au rétablissement des
réfugiés. Certains parrains privés sont
organisés pour le faire sur une base régulière et
ont
signé des ententes de parrainage avec le gouvernement du Canada.
Ces organisations se nomment Signataires d'entente de parrainage (la
liste de ces organisations indique qu'elles sont en grande partie des
organisations religieuses. Il y a aussi des groupes ethniques et de
services communautaires). Les Signataires d'entente de parrainage
peuvent
eux-mêmes parrainer des réfugiés ou collaborer avec
d'autres pour parrainer des réfugiés. D'autres parrains,
portant le nom de Groupes de Cinq ou Parrains communautaires, sont
constitués d'individus ou de groupes de diverses
communautés au pays qui ne sont pas engagés à
l'année longue mais qui se réunissent à l'occasion
pour parrainer des
réfugiés.
Les réfugiés parrainés par le
secteur privé sont habituellement recommandés à
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC)
par les individus ou organisations qui demandent de les parrainer, ou
dans certains cas, par le HCNUR, un gouvernement étranger ou une
autre organisation. Ces réfugiés ont souvent des membres
de la famille au
Canada qui demandent de les parrainer. Cela est problématique
dans le cas des réfugiés syriens, comme ce fut le cas
pour la famille d'Alan Kurdi, l'enfant de trois ans qui est mort en
haute mer, parce que plusieurs n'ont pas eu l'opportunité de
s'inscrire auprès du HCNUR ou du gouvernement d'un pays
hôte ou de se faire recommander par eux,
ce qui fait qu'ils ne sont pas admissibles au parrainage par le secteur
privé. Le gouvernement Harper avait temporairement suspendu
cette exigence pour les réfugiés syriens et irakiens
pendant sa campagne électorale. « Depuis le 19
septembre 2015, le gouvernement du Canada a dispensé
temporairement les Syriens et les Irakiens qui fuient le
conflit en cours de l'obligation de fournir une preuve de
reconnaissance du statut de réfugié pour leur parrainage.
Cela signifie qu'un groupe de cinq ou un répondant communautaire
peut présenter une demande de parrainage sans fournir un
document attestant la reconnaissance du statut de
réfugié. »
Dès qu'un groupe privé a en mains ses
formulaires de demandes, ceux-ci sont étudiés à un
bureau de traitement centralisé à Winnipeg avant que la
demande ne soit expédiée au bureau des visas canadien
indiqué où un processus semblable a lieu afin de
déterminer l'admissibilité des demandeurs comme c'est le
cas des réfugiés pris en charge par
le gouvernement. Selon le site web d'IRCC, « Pour faire
cette évaluation, l'agent des visas examinera si le
réfugié a des parents ou un répondant au Canada,
sa capacité de parler l'anglais ou le français ou de
l'apprendre, son potentiel d'emploi et son esprit d'initiative.
Lorsqu'une unité familiale présente une demande, le
potentiel
d'établissement de tous les membres de la famille est
évalué ensemble et fait l'objet d'une seule
décision. Si un agent des visas juge qu'un réfugié
a un urgent besoin de protection ou se trouve dans une situation qui le
rend vulnérable, il n'évaluera pas sa capacité de
s'établir. »
Selon un rapport publié par Postmedia, 31 %
des cas relevant de parrainage privé traités par des
missions canadiennes dans le monde ont été rejetés
l'an dernier.
Les responsabilités des parrains des
réfugiés parrainés par le secteur privé
Les réfugiés parrainés par le
secteur privé doivent recevoir de l'aide financière
dès leur première année au Canada à un
niveau au moins comparable aux taux d'assistance sociale provinciaux
(ou pour moins d'un an advenant qu'ils deviendraient autonomes
financièrement plus tôt). Le groupe de parrainage doit
offrir de l'appui social et psychologique dans la première
année ainsi que de l'aide pour trouver de l'emploi. Selon
l'information à l'intention de parrains potentiels sur le site
web d'IRCC, « On attend du réfugié qu'il
déploie tous les efforts envisageables pour devenir autonome le
plus
rapidement possible après son arrivée au Canada,
c'est-à-dire qu'il suive entre autres des cours de langue, qu'il
se prévale d'autres services d'établissement et cherche
activement un emploi. »
Puisque l'orientation et d'autres types d'aide à
l'établissement relèvent de la responsabilité de
leurs parrains, les réfugiés parrainés par le
secteur public ne peuvent bénéficier de l'aide
fédérale à la réinstallation ou des
régimes de soins médicaux complémentaires et
d'assurances-médicaments. Comme pour tout résident
permanent, par contre, ils
sont admissibles aux cours de langue gratuits du gouvernement et
à une panoplie de services de soutien à l'installation.
Les réfugiés accueillis au Canada par le
biais du récent programme mixte des réfugiés
désignés par un bureau des visas
bénéficient habituellement de six mois de soutien
financier en vertu du programme fédéral de soutien
à l'installation suivi de six mois aux frais des parrains
privés, et ils sont protégés par le programme
fédéral de santé
intérimaire. Certains réfugiés syriens doivent
venir au Canada en vertu de ce programme, une option qui n'est
accessible que depuis peu.
La sélection des réfugiés au
Québec
Dans le domaine de l'immigration à des fins
humanitaires, le Canada est responsable de déterminer si une
personne, qu'elle vive au Canada ou à l'étranger, est un
réfugié ou une personne vivant une situation semblable.
Le Canada est aussi responsable de la mise en place et de la mise en
oeuvre des critères liés à la santé,
à la sécurité et à la criminalité.
Selon le site web du gouvernement du Québec, le
processus de sélection du Québec tiendra compte du
degré de détresse du candidat et de sa capacité de
s'intégrer à la société
québécoise.
Chaque année, le Québec et le gouvernement
du Canada déterminent le nombre et le lieu d'origine des
réfugiés et des personnes en situation semblable qui, une
fois choisis, seront admis au Québec et pris en charge par le
gouvernement (réfugiés pris en charge par le
gouvernement).
Pour être sélectionnée à
titre de réfugié pris en charge par le gouvernement du
Québec, une personne doit être reconnue par le Canada
comme réfugié au sens de la Convention (de Genève)
outre-frontières et ne pas être réétablie de
façon permanente dans le pays où elle a cherché
asile. Une personne visée par un parrainage collectif peut
également être reconnue dans la catégorie de
personne de pays d'accueil.
Sa demande est ensuite évaluée par le
Québec à la lumière des éléments
suivants : les qualités personnelles et les connaissances
linguistiques du ressortissant étranger et des membres de sa
famille, la présence d'enfants à charge, le lien avec un
résidant du Québec qui est l'époux ou le conjoint
de fait ou un membre de la parenté au
premier ou second degré et toute expérience de travail,
rémunérée ou non. D'autres éléments
sont pris en compte telles que la scolarité et la
débrouillardise. Les qualités personnelles
(flexibilité, sociabilité, dynamisme, initiative,
persévérance, réalisme, confiance en soi,
maturité et motivation) se manifestent à travers les
expériences antérieures des
réfugiés dans le pays d'origine ou dans le pays de
premier accueil ainsi que par les responsabilités qu'ils ont
assumées dans leur collectivité ou encore par l'obtention
d'un emploi lorsque cela est possible.
Sont aussi pris en considération
l'expérience antérieure du demandeur dans son pays
d'origine ou dans son premier pays d'accueil ainsi que ses
responsabilités actuelles dans sa communauté.
Qui est éligible au rétablissement au
Canada ?
Pour être éligible au rétablissement
au Canada en tant que réfugié, une personne doit
respecter les critères de la Convention relative au statut des
réfugiés de l'ONU : toute personne craignant avec
raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa
religion, de sa nationalité,
de son appartenance à un certain groupe social ou de ses
opinions politiques, ou qui se trouve hors du pays dont elle a la
nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut
se réclamer de la protection de ce pays.
En plus, le Règlement canadien sur
l'immigration et la protection des réfugiés stipule que
tout individu à l'extérieur de son pays qui
« est sérieusement et personnellement affecté
par une guerre civile, un conflit armé ou une violation massive
des droits humains » est admissible au
rétablissement des réfugiés. Le règlement
stipule
aussi que le demandeur ne doit avoir aucune possibilité
raisonnable de solution durable, dans un délai raisonnable, dans
un pays autre que le Canada. Enfin, le demandeur doit démontrer
la capacité de s'établir avec succès et doit
respecter certaines conditions médicales et de contrôle de
la sécurité.
Immigration, Réfugiés et
Citoyenneté Canada (IRCC - anciennement Citoyenneté et
Immigration Canada) possède des agents des visas situés
outremer qui déterminent habituellement si un
réfugié est admissible à la réinstallation
et l'admission au Canada. Certains réfugiés sont
recommandés à IRCC à des fins de
considération
par une
organisation de recommandation désignée (habituellement
le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
ou l'agence des réfugiés de l'ONU) ou l'agence des
réfugiés de l'ONU, tandis que
d'autres sont recommandés par des parrains privés au
Canada. Les demandes sont généralement faites sur une
base individuelle, à l'exception de circonstances où un
mouvement de masse de réfugiés (par exemple en situation
de conflit ou de violence généralisée) a parfois
motivé le HCNUR à désigner un groupe en tant que
réfugiés prima facie.
La Convention de Genève de 1951 ne définit
pas comment les partis d'un État doivent déterminer si un
individu répond à la définition de
réfugié. Par contre, chaque parti de l'État en
question doit établir les démarches pour demander asile
et déterminer le statut de réfugié, ce qui a
mené à des disparités parmi différents pays
puisque les
gouvernements définissent leurs lois sur l'asile selon leurs
différentes ressources, leurs préoccupations face
à la sécurité nationale et leur histoire de
mouvements de migration forcée.

L'utilisation du parrainage privé
Un rapport signé Stephanie Levitz de la Presse
canadienne en date du 8 octobre traite d'une vérification
interne des recommandations des réfugiés parrainés
par le gouvernement (RPG), commandée en juin 2015 par le
gouvernement, et dont il est fait mention dans une annonce qui est
parue sur le site de Citoyenneté et Immigration Canada ce
jour-là.
Le gouvernement Harper écrit dans son annonce
qu'outre le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) des
Nations unies, il « collabore également avec des
organisations humanitaires qui possèdent une expérience
précieuse dans la région, notamment le Conseil danois
pour les réfugiés (CDR) et la Fondation Aga Khan, et qui
aident les
agents des visas canadiens à traiter les cas de
réfugiés syriens ». En raison de
préoccupations liées au travail effectué par au
moins une de ces organisations, le gouvernement a dit qu'il avait
suspendu le traitement de certains RPG syriens pendant un certain temps
jusqu'à ce qu'il soit « établi que nos
procédures étaient adéquates et que
le CDR compilait et rassemblait les renseignements
nécessaires ».
Le communiqué ne mentionne pas que le
gouvernement avait ordonné que les dossiers de ces
réfugiés soient réacheminés vers le Bureau
du premier ministre pour un examen minutieux pendant l'interruption du
traitement et n'explique pas pourquoi cela a été fait,
disant seulement que le gouvernement voulait seulement s'assurer
« que les
considérations d'intégrité et de
sécurité sont traitées de façon
appropriée ».
Dans son article Levitz écrit que
« [L]a vérification de juin a été
réalisée uniquement sur des cas de réfugiés
parrainés par le gouvernement, y compris ceux qui sont
déjà au Canada et ceux qui sont encore dans la file
d'attente, forçant un arrêt du traitement de ces dossiers
pour plusieurs semaines. » Le traitement des demandes de
réfugiés parrainés par des groupes privés
s'est poursuivi sans interruption.
Levitz écrit : « On estime que
90 % des réfugiés dans la région se
considèrent musulmans et il est donc probable que la
majorité des personnes référées au Canada
par l'ONU sont aussi musulmanes bien que les chiffres ne soient pas
disponibles. Pendant ce temps, deux tiers des groupes privés
agréés par le gouvernement pour
relocaliser les réfugiés sont des églises. Ils ont
plus de flexibilité pour choisir qui ils veulent et, en retour,
le gouvernement jouit d'une plus grande souplesse pour approuver ou
rejeter ces demandes. »
Le gouvernement n'avait pas d'inquiétude face
à ces dossiers, a dit un porte-parole du Conseil canadien
syrien, parce « qu'il sait que par le biais des
églises, ça va être des chrétiens ou des
minorités qui vont venir », lit-on dans un autre
rapport de la PC écrit par Lina Dib.
La question de l'utilisation de l'organisation danoise
pour traiter les demandes de réfugiés pour le compte du
gouvernement a été reprise le même jour par Joe
Friesen du Globe and Mail :
« Une des préoccupations du
gouvernement, qui a conduit au printemps à l'interruption du
traitement (des réfugiés), a été l'embauche
d'une ONG étrangère pour filtrer les
réfugiés référés par le HCR des
Nations unies. Le Conseil danois pour les réfugiés a
été embauché pour aider au traitement des
réfugiés issus de la crise syrienne. Les
termes du contrat n'ont pas été divulgués mais le
Conseil confirme qu'il travaille en partenariat avec le Canada. Toute
question a été référée au
gouvernement canadien. Pourquoi le Canada a engagé une ONG
étrangère et à quel coût n'a jamais
été éclairci. »
On ne sait pas non plus si cette organisation ou
d'autres groupes privés sont ou seront impliqués dans le
traitement des demandes de réfugiés parrainés par
le gouvernement suite à l'élection du nouveau
gouvernement libéral.
Le rapport du 10 octobre de Lina Dib fait
référence à des critiques émises contre le
gouvernement Harper à l'effet qu'il appliquait une politique
discriminatoire dans la sélection des réfugiés
syriens et irakiens venant au Canada. Le premier ministre et le
ministre de Citoyenneté et Immigration, Chris Alexander ont
nié l'accusation et dit qu'ils
ont simplement donné la priorité aux personnes les plus
vulnérables provenant de ces pays, soit les chrétiens,
les musulmans ismaéliens et les Kurdes, par rapport aux autres
réfugiés syriens.
Dib a contacté des représentants du CDR et
de l'organisation catholique Caritas, à qui le gouvernement
aurait aussi demandé de lui
référer des chrétiens et d'autres
réfugiés issus de minorités religieuses.
Un porte-parole du CDR a dit qu'il ne pouvait pas
commenter sur ce que les autres faisaient, mais que le comité
n'a jamais fait de discrimination sur la base de l'ethnie ou de la
religion. Une ancienne représentante de Caritas qui,
jusqu'à il y a deux mois à peine, était
responsable du
travail parmi les réfugiés au Liban a dit qu'elle ne
savait pas
si son organisation avait été contactée par les
autorités canadiennes pour aider à filtrer les
réfugiés mais que Caritas avait cessé de
référer des réfugiés à des pays
parce que cela causait des problèmes à son organisation.
« Nous étions perçus comme si nous
encouragions les chrétiens à quitter le
Moyen-Orient », a-t-elle dit à Dib.
L'article ne mentionne pas la Fondation Aga Khan, une
organisation musulmane ismaélienne, et si elle était en
mesure de fournir le genre de références que le
gouvernement voulait.
En fin de compte, la solution du gouvernement Harper
à son dilemme a été d'encourager le parrainage
privé des réfugiés. « Le gouvernement
compte sur le parrainage privé dont la plus grande partie
provient d'églises afin de s'assurer que les 10 000
réfugiés syriens qu'il a promis d'accueillir soient
chrétiens ou issus d'autres groupes
minoritaires », a écrit Dib.
Au huitième mois de 2015, Citoyenneté et
Immigration Canada avait émis des visas à seulement 308
réfugiés en provenance de la Syrie et
référés par l'ONU et 1513 visas provenant du
parrainage privé des réfugiés, bien loin de
l'objectif proclamé. Dans les premiers jours de la campagne
électorale de 2015, « Harper a promis qu'un
gouvernement conservateur réélu accueillerait 10 000
Syriens sur une période de quatre ans, en sus des 10 000
réfugiés qu'il a promis d'accepter », a
rapporté le Toronto Star. Puis, suite à la mort
du bambin de trois ans Alan Kurdi, le ministre d'alors de
Citoyenneté et Immigration, Chris Alexander, a annoncé le
19 septembre
que le gouvernement Harper permettrait d'accélérer les
plans de réinstallation de 10 000 réfugiés syriens
au Canada d'ici septembre 2016, plus tôt que la date
prévue.
Le Conseil danois pour les réfugiés
Selon Wikipedia, le Conseil danois pour les
réfugiés (CDR) est une organisation humanitaire danoise
privée, fondée en 1956, qui chapeaute 33 organisations
membres.
Créée après la Seconde Guerre
mondiale, « elle a été fondée en 1956,
à la suite de la répression de l'insurrection de
Budapest. Elle travaille dans plus de 30 pays à travers le
monde. Elle a été notamment active en
Bosnie-Herzégovine » où, selon la version
anglaise du site Wikipedia, « [G]râce à des
opérations de convoi, le
CDR a été responsable de fournir la moitié de
l'aide humanitaire internationale en Bosnie-Herzégovine durant
les guerres d'indépendance en ex-Yougoslavie dans les
années 1990. »
Toujours selon la version anglaise du site Wikipedia,
« aujourd'hui le CDR opère dans plus de 30 pays à
travers le monde. Avec des programmes humanitaires dans les zones de
conflit comme la Somalie dans la Corne de l'Afrique, l'Afghanistan en
Asie centrale, l'Irak au Moyen-Orient et en Tchétchénie
dans le Caucase.
« Le Conseil danois pour les
réfugiés est l'un des acteurs humanitaires centraux en
Syrie et les pays voisins. Plus de 500 000 personnes reçoivent
une aide d'urgence du CDR chaque mois dans la région. [...]
Les perspectives pro-impérialistes du CDR
ressortent dans un rapport de 2013 qu'il a produit sur les migrants en
Libye où les opérations de changement de régime
dirigées par l'OTAN et les États-Unis ont renversé
le gouvernement, tué le président et détruit le
pays dans ce qui est appelé « la révolution de
2011 ».
La Fondation Aga Khan
La Fondation Aga Khan est la branche canadienne du
Réseau de développement Aga Khan. Aga Khan, le
49ième imam héréditaire (chef spirituel) des
musulmans chiites ismaéliens est son fondateur et
président. La fondation dit que depuis plus de 30 ans, elle a
« travaillé avec le Canada et les
Canadiens pour améliorer de manière durable la
qualité de vie des communautés pauvres et
marginalisées, en Asie et en Afrique ». Elle a son
siège social à Ottawa où elle a un projet pour la
promotion du « pluralisme dans les valeurs, les politiques
et les pratiques ». Un Centre mondial du pluralisme est en
cours de construction
dans l'ancien Musée canadien de la guerre. Le gouvernement
Harper a donné à la fondation une subvention de 30
millions $ pour établir un fonds de dotation. Une liste des
organismes avec qui la fondation dit partager des perspectives
similaires sur le pluralisme et la promotion de la démocratie
apparaît sur son site Internet. Certains de ces
organismes incluent Freedom House, le Centre mondial pour la
responsabilité de protéger et George Soros Open Society
Foundations aux États-Unis ainsi que d'autres comme
l'International Crisis Group et l'Organisation pour la
sécurité et la coopération en Europe.
Caritas
Caritas International est une
confédération de 162 organisations catholiques de
secours, de développement et d'organismes de services sociaux
qui travaillent dans 198 pays et territoires. Caritas porte secours aux
réfugiés syriens en Jordanie et au Liban. Caritas
prétend être l'un des plus grands réseaux d'ONG
dans le
monde. Son organisation membre canadienne est Développement et
Paix.

Le rôle de la vérification des banques de
données dans le traitement des demandes des
réfugiés
Les Canadiens veulent que l'accueil des
réfugiés se fasse sur une base humanitaire et que leurs
droits humains et civils soient respectés. Ils ne vont pas
accepter que l'accueil des réfugiés au Canada se fasse
à partir de critères discriminatoires qui reposent sur
les croyances politiques, religieuses et autres parce que cela irait
à l'encontre de leur
sentiment humanitaire. Au nom de la sécurité des
Canadiens — un problème qui a été fabriqué
par le gouvernement Harper et repris par les libéraux —, on
donne aux vérifications de sécurité une importance
démesurée, ayant préséance sur tous les
autres aspects.
Lors d'une
conférence de presse le 24 novembre
pour annoncer le plan du gouvernement en ce qui concerne l'accueil des
réfugiés syriens au Canada, le ministre de la
Sécurité publique et de la Protection civile Ralph
Goodale a parlé de sécurité. Il a indiqué
que la sécurité — celle des Canadiens et non des
réfugiés — serait garantie au moyen
d'entrevues personnelles professionnelles, de la biométrie, de
la vérification des banques de données du Canada et des
États-Unis et d'une nouvelle vérification de
l'identité des réfugiés à chaque
étape du processus. Tout ce contrôle de
sécurité devra se faire à l'étranger et, en
cas de doute, la filière sera mise de côté et
réévaluée plus tard. À la
télévision de Radio-Canada le ministre de la
Citoyenneté John McCallum a dit qu'il y a quatre millions de
réfugiés syriens qui attendent, alors si le gouvernement
a des doutes sur un demandeur, il peut le laisser tomber sans souci
parce qu'il y en a tant d'autres.
L'impression est donnée que le gouvernement du
Canada fait tout cela pour garantir la sécurité des
Canadiens contre des terroristes qui pourraient s'infiltrer au Canada
en prétendant être des réfugiés. Les
médias monopolisés se livrent à une campagne de
peur, surtout depuis les attentats du 13 novembre Paris, même
s'ils n'avaient rien à voir
avec les réfugiés. Les Canadiens se font dire que la
question est le devoir du gouvernement de tout faire pour les
protéger de la menace.
Lorsqu'il décrit son programme de
réinstallation des réfugiés, le gouvernement
canadien explique que le Service canadien du renseignement de
sécurité (SCRS), qui a la responsabilité des
vérifications de sécurité et de
l'évaluation de l'admissibilité des
réfugiés au Canada, vérifie les dossiers des
réfugiés à l'aide de ses propres banques de
données, de celles de la GRC et de l'Agence des services
frontaliers et de celles « d'alliés
internationaux ». M. Goodale ne cache pas qu'il s'agit des
banques de données des États-Unis. Une fois qu'un
officier des visas canadien a procédé à une
vérification, comparé les dires des
réfugiés au rapport fourni à leur sujet par le
Bureau du
Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et
décidé qu'il s'agit probablement d'un
réfugié véritable, le nom de la personne est
vérifié sur les banques de données canadiennes et
américaines.
De quelles sortes de banques de données
s'agit-il, on ne nous le dit pas. On est censé avoir confiance
dans « les banques de données ». Est-ce
que les banques de données canadiennes sont des listes
objectives de gens ayant un dossier criminel et, si oui, qu'est-ce que
cela vient faire avec les réfugiés syriens ?
L'impression est
donnée que le Canada a accès à des banques de
données américaines de personnes indésirables et
qu'en y soumettant un nom on peut déterminer si quelqu'un est un
« terroriste » selon les critères des
États-Unis. Probablement que le SCRS envoie la liste des noms
des réfugiés aux États-Unis qui en font ce qu'ils
veulent, et entre autres
choses les vérifient sur leurs banques de données, puis
répondent oui ou non.
L'expérience
passée a montré que
les États-Unis ne partagent pas nécessairement
l'information à propos du réfugié avec les
représentants canadiens pour justifier leur oui ou leur non. On
a bien vu avec le cas du citoyen canadien Maher Arar que les
États-Unis ont envoyé en Syrie pour y être
torturé ce que ceux-ci font avec leurs banques de
données.
Il existe donc un danger, avec un tel arrangement, qu'on
accorde un veto aux agences de sécurité des
États-Unis sur quels réfugiés le Canada est
autorisé à admettre. Ces agences reçoivent
déjà les noms de tous ceux qui demandent à venir
vivre au Canada, alors qu'est-ce qui va les empêcher, si elles
considèrent que quelqu'un est une menace à
la sécurité ou un terroriste, de communiquer le nom et
l'endroit où se trouve un individu à des pays comme la
Jordanie, la Turquie ou le Liban ou même au pays qu'il a fui pour
qu'ils fassent quelque chose contre lui ?
Il faut garder à l'esprit que les
États-Unis, comme plusieurs pays européens et le Canada,
appuient très activement certains groupes en Syrie, y compris
des groupes qui commettent des actes terroristes, pour atteindre leur
objectif de changement de régime dans ce pays. Nul doute que les
États-Unis vont saisir le nom de quiconque ne se soumet
pas à leur programme de changement de régime en Syrie, ce
qui sera utilisé pour lui bloquer l'entrée au Canada.
Comment le Canada va-t-il se comporter dans ce
contexte ? Est-ce que le délai qu'on connaît
maintenant dans le traitement des demandes des réfugiés
est dû à une décision
délibérée des agences de sécurité
des États-Unis de ralentir les procédures de
vérification ?

Utilisation de la biométrie
Lors de la conférence de presse du 24 novembre
concernant les réfugiés syriens qui arrivent au Canada,
le ministre de la Défense Harjit Sajjan a déclaré
que l'armée pourrait aider au traitement et au dépistage
des réfugiés à l'étranger, notamment par la
« biométrie ». Or, en quoi l'armée
serait-elle mieux placée pour cette opération
qui revient normalement aux fonctionnaires de l'immigration ou des
services frontaliers ?
L'enregistrement numérique des
réfugiés syriens n'est pas sans signification. Il est
évident qu'il n'y a pas que l'ONU qui aura accès à
ces immenses banques de données ; les États-Unis
voudront sans doute les intégrer à leurs banques de
données de renseignement sécuritaire. C'est pourquoi il
est important de comprendre comment la
technologie de la biométrie est de plus en plus utilisée
par l'ONU.
Dans un article sur le sujet en rapport avec les
réfugiés syriens, l'auteur Andy Favell écrit que
« l'effort de l'aide humanitaire est dirigé par les
agences des Nations unies travaillant avec les gouvernements nationaux
et une multitude d'organisations non gouvernementales (ONG). La lourde
tâche d'enregistrement et de distribution de
l'aide tels que la nourriture, l'éducation et les soins de
santé repose sur un éventail de technologies de
l'information et de la communication souvent innovantes (TIC).
« La crise des réfugiés syriens
est unique pas seulement par son ampleur, sa longévité ou
sa propagation géographique, comparativement à de
nombreuses missions humanitaires récentes, comme l'Afghanistan,
le Pakistan, le Soudan, le Congo, Haïti et le Népal. Il y a
aussi le fait que les pays d'accueil et les Syriens eux-mêmes
sont, dans
l'ensemble, beaucoup plus férus des technologies de
l'information. Oubliez le stéréotype du travailleur de
l'aide humanitaire avec son presse-papiers, l'effort d'aide syrienne
est numérique : inscription à la vérification
biométrique, aide basée sur carte à puce, collecte
de données par dispositif intelligent, communications mobiles et
télémédecine, tout cela fait partie de la nouvelle
donne. [...]
« L'inscription crée un registre
mondial numérique pour tous les réfugiés, y
compris les détails personnels habituels, plus le temps de
l'arrivée, le lieu d'origine, la profession, l'éducation,
les membres de la famille, des informations de contact et la permission
de partager l'information. L'opération a été
accélérée par l'utilisation de
scanners de codes à barres pour scanner la carte
d'identité syrienne de chaque réfugié.
« Plutôt que d'utiliser les photos et
les empreintes digitales pour vérifier l'identité d'un
réfugié, le Haut Commissariat de l'ONU pour les
réfugiés a commencé à utiliser le balayage
de l'iris comme méthode de vérification. Selon IrisGuard,
le fournisseur de cette technologie, 1,6 million de
réfugiés syriens dans la région ont
été enregistrés
de cette façon. »
Selon un rapport du Haut Commissariat de janvier 2015,
avec les scans de l'iris les deux éléments clés
sont la précision et l'efficacité. D'une part, donc, il y
a « le fait de savoir absolument qui est la personne,
comparativement aux systèmes de saisie de données
à base de papier où les gens pourraient s'inscrire
plusieurs fois sous des noms
différents », d'autre part il y a « le
fait que l'ensemble du processus ne prend que trois à cinq
minutes, contre 20-30 minutes ». Il y a aussi le fait que le
dossier d'un réfugié peut être
intégré aux banques de données d'organismes
chargés de voir aux besoins spécifiques d'une famille.
L'aide donnée est également
numérique
L'auteur poursuit :
« Traditionnellement, l'aide consiste en la fourniture de
biens physiques : tentes, couvertures, articles ménagers et
nourriture. C'est ce qu'on appelle 'aide en nature'. Cette forme d'aide
est petit à petit remplacée par une aide
monétaire, qui permet aux bénéficiaires d'acheter
des produits dans les
supermarchés désignés, en ville ou dans un camp de
réfugiés, typiquement en utilisant des bons en papier ou,
de plus en plus, en utilisant des cartes à puce. »
Ce mouvement d'argent comptant est soutenu par le
ministère du Développement international du Royaume-Uni
qui recommande dans un rapport de septembre 2015 :
« Accordez plus de transferts en argent comptant, qui est
inconditionnel. Pour chaque cas il faut poser la question :
Pourquoi pas en argent comptant ?
Si ce n'est pas possible maintenant, quelle sera la première
occasion ? »
Le rapport estime que seulement environ 6 % de
l'aide mondiale est en argent comptant, mais ce taux est beaucoup plus
élevé dans la région syrienne.
La mission humanitaire dans la région de la Syrie
est complexe et comprend au moins 200 organisations d'aide dans cinq
pays, explique l'auteur en conclusion. Elle joue un rôle
important dans les efforts de coordination de l'aide car elle permet
d'évider les dédoublements. Cela comprend donc les
systèmes informatisés basés sur la réponse
aux
questions : qui fait quoi et où ? Bon nombre de ces
différents organismes partenaires peuvent mettre à jour
l'information sur les réfugiés.
La crise des réfugiés syriens est aussi
l'occasion d'informatiser les différentes informations sur les
personnes, notamment les dossiers de santé. « Au
Liban il existe en ce moment un projet de développement des
dossiers médicaux numériques de réfugiés ou
de personnes déplacées qui peuvent être
téléchargés à leurs appareils personnels
à
prendre avec eux s'ils quittent le pays », note Andy
Favell.

Des rapports de l'ONU décrivent l'ampleur
de la
crise des réfugiés
Le résultat de l'ingérence et de
l'agression militaire étrangères en Syrie depuis 2011 est
la dévastation du pays. Un rapport récent du Haut
Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)
décrit l'ampleur de la crise à laquelle font face les
Syriens et les organisations qui essaient de les secourir. On y
lit : « La poursuite
probable de la destruction des infrastructures, ainsi que le
déplacement des lignes de conflit et les niveaux
élevés d'insécurité et de violence,
continuent de restreindre l'accès des organisations
humanitaires. La fourniture des services de base est également
affectée dans plusieurs régions du pays, ce qui
réduit ou compromet gravement les moyens de
subsistance des Syriens. L'ampleur des destructions des habitations et
des moyens de subsistance constitue un obstacle majeur aux efforts de
retour et de réintégration. »
Des
réfugiés, principalement de Syrie,
arrivent sur les côtes de l'île grecque de Lesbos
après avoir traversé la mer Égée depuis la
Turquie, en septembre 2015.
Sur une population totale de 22 millions de personnes,
plus de 13 millions de Syriens ont été forcés
d'abandonner leurs maisons et sont déplacés en Syrie.
Cela inclut plus de 6 millions d'enfants.
Il y a 4,3 millions de réfugiés Syriens
vivant dans des camps de réfugiés dans des pays de la
région. Ce nombre inclut 2,2 millions d'enfants.

Infographie
montrant les récentes statistiques
des réfugiés au pourtour de la
Méditerranée. Cliquez pour agrandir.
|
La répartition des réfugiés dans
les pays de la région est la suivante :
- Turquie : 2,2 millions incluant 1,1 millions
d'enfants
- Liban : 1,1 million incluant 573 000 enfants
- Jordanie : 650 000 incluant 325 000 enfants
- Irak : 250 000 incluant 102 000 enfants
- Égypte : 128 000 incluant 56 000 enfants
L'UNICEF a aussi publié un rapport au sujet de
la grave crise humanitaire dans la région.
« Les besoins intérieur et extérieur de la
Syrie continuent d'augmenter à mesure que croît le nombre
de
réfugiés et de personnes déplacées.
À l'extérieur de la Syrie, on estime maintenant qu'il y a
plus de 2,2 millions d'enfants réfugiés, et
6 millions d'enfants à l'intérieur de la Syrie qui ont
besoin d'aide humanitaire, incluant 2,8 millions d'enfants
déplacés. Avec l'hiver qui commence au Moyen-Orient, il y
a un risque que les familles les plus vulnérables et leurs
enfants passent une période difficile sans aide à grande
échelle. L'UNICEF, avec des partenaires du secteur de l'abri et
des articles non alimentaires, prévoit atteindre 2,6 millions
d'enfants et requiert 63 millions $ pour combler l'écart de
financement actuel », écrit l'UNICEF.
Il y a aussi un grand nombre de réfugiés
Syriens arrivant en Europe qui ont besoin d'une protection
internationale. Plus de 680 000 réfugiés qui sont
arrivés principalement depuis 2014 ont été
acceptés pour implantation principalement en Allemagne, en
Serbie, en Suède et dans les Pays-Bas.
Des réfugiés
attendent pour traverser la
frontière Grèce-Macédoine, novembre 2015.

La prévention de la
«radicalisation» dans les établissements scolaires
S'en prendre aux jeunes pour la politique
de guerre et
d'agression
- Chantier politique -
On apprenait la semaine dernière que des
initiatives prises récemment au collège de Maisonneuve
à Montréal allaient servir de modèle de
« lutte à la radicalisation des jeunes ».
Cette année, rapportent les médias, « on a
fait appel à plusieurs organismes et communautés pour
savoir comment ils perçoivent le phénomène de
radicalisation ». Le collège a annoncé qu'un
groupe d'enseignants a produit « des fiches pour aborder le
phénomène en classe » et que les
résultats de cette recherche qui sera présentée en
janvier 2016 seront « un exemple pour d'autres
établissements scolaires ».
À la demande du collège, une
policière est entrée en fonction en avril à raison
de trois jours/semaine et y travaille habillée en civil.
Personne ne pourra savoir qu'elle est policière. Ian
Lafrenière, responsable des communications et relations
médias pour le Service de police de la Ville de Montréal,
a précisé que si elle détecte des informations
qui indiqueraient une quelconque menace immédiate, elle
communiquerait avec la police qui procéderait à une
enquête.
Au moins un professeur a
été
libéré de 50 % de sa tâche durant la session
(deux cours), pour se consacrer à la lutte à la
radicalisation.
En juin 2015, après la session d'hiver, le
collège a annoncé la fermeture de La Source, le lieu
d'intériorité et de gestion du stress, le 15 juin. La
Source avait été mise sur pied en août 2012
à la suite d'efforts des étudiants du collège qui
désiraient un espace calme pour s'intérioriser et
gérer leur stress. Plus de 250 personnes avaient signé
une
pétition pour obtenir cet endroit.
Des affiches ont été installées au
collège sur des portes à l'entrée de certains
escaliers indiquant : « Les escaliers et les corridors
sont des lieux de circulation — il est donc interdit de s'y
rassembler ».
Ce qui caractérise les mesures dites de
« prévention de la radicalisation » des
jeunes est l'absence totale d'une définition et d'une
identification des causes de ce qu'on appelle la radicalisation et de
la nature du terrorisme dans le monde aujourd'hui. On continue
d'associer le terrorisme à des croyances religieuses, en
particulier à
l'Islam. Entre autres, les guerres d'agression pour forcer des
changements de régime dans certains pays que les
États-Unis déclarent « non
coopérants » ne sont pas considérées
comme une source de violence et un exemple d'extrémisme.
Plutôt, toute l'attention est mise sur l'individu, et en
particulier les jeunes, qu'on tente par ailleurs
de recruter pour la guerre d'agression et le terrorisme d'État.
Le terrorisme d'État comprend aussi la méfiance de
l'autre, l'incitation à épier son voisin et la privation
du droit de conscience qui inclut la chasse aux
« idéologies ».
On se rappellera que durant l'hiver et le printemps
derniers, c'est précisément au moment où le
gouvernement va-t-en-guerre de Stephen Harper cherchait à
justifier l'expansion et l'extension de la mission de combat en Irak et
en Syrie qu'au Québec, les médias, le gouvernement
Couillard et le maire de Montréal ont soulevé toute une
hystérie à
propos d'étudiants qui « se radicalisent »
et sont recrutés pour le djihad en Syrie. Les médias ont
parlé d'une « pépinière de jeunes
djihadistes » au cégep de Maisonneuve, d'où ce
programme de « lutte à la
radicalisation ». Tout ce qu'ils ont trouvé en fin de
compte c'est un jeune couple de 18 et 19 ans qui
voulait aller se marier à l'étranger de peur que les
parents n'approuvent pas leur choix d'époux.
La radicalisation
Le collège de Maisonneuve travaille en
collaboration avec le « Centre de prévention de la
radicalisation menant à la violence » (CPRMV) que la
ville de Montréal a mis sur pied en mars 2015 à
l'initiative du maire Denis Coderre. Le centre vient aussi d'inaugurer
un site web (info-radical.org) où les
étudiants et les citoyens en général sont
invités à épier leurs voisins et à
« signaler toute situation à risque impliquant une
personne radicalisée ou en voie de l'être ».
Selon le centre : « Il n'existe pas de
définition universelle sur le phénomène de la
radicalisation menant à la violence. Le CPRMV le définit
toutefois comme étant un processus selon lequel des personnes
adoptent un système de croyances extrêmes - comprenant la
volonté d'utiliser, d'encourager ou de faciliter la violence -
en vue
de faire triompher une idéologie, un projet politique ou une
cause comme moyen de transformation sociale ».
Ainsi, la radicalisation violente serait :
« L'adoption d'une idéologie dont la
logique devient un véritable cadre de vie, d'action et de
signification pour un individu ;
« La croyance dans l'utilisation des moyens
violents pour faire entendre une cause ;
« La fusion entre l'idéologie et
l'action violente. »

Tableau
tiré
du
site
du Centre
de prévention de la radicalisation menant à la violence.
Cliquer sur
l'image pour agrandir.
Cette définition vise de toute évidence
les communautés musulmanes et plusieurs communautés
d'immigrants, particulièrement les jeunes, mais l'obsession
islamophobe de ce programme est telle qu'on ne s'est pas rendu compte
que cette définition s'applique en fait aux élus et aux
gouvernements. Elle s'applique en effet à ceux qui font
campagne pour et collaborent avec les guerres d'agression et de
domination des grandes puissances au nom du changement de régime
et de la démocratie. Ils appuient le fanatisme et
l'extrémisme des guerres d'agression et d'occupation, mais
veulent détourner la colère des jeunes qui s'opposent
à l'usage de la force dans le règlement des conflits en
les amenant à se méfier de certaines communautés
qui sont stéréotypées. On n'a qu'à penser
à ce Canadien tué récemment en Syrie alors qu'il
combattait comme mercenaire au service de la politique de guerre et
d'agression dans la région. Le gouvernement canadien et les
médias en ont fait un héros national quand son corps a
été retourné au
Canada. On drape de grands idéaux la guerre d'agression et de
subversion des États-Unis, mais en soumettant les
communautés musulmanes et arabes à une méfiance
généralisée et injustifiée, on tente en
fait de rendre illégitime tout sentiment favorable à ceux
qui résistent et défendent leur souveraineté.
Dans ce sens, l'introduction sournoise des pouvoirs
policiers au sein des communautés étudiantes sous
prétexte de « lutte à la
radicalisation » avec des définitions aussi
biaisées est une atteinte au droit de conscience. C'est aussi un
aveu de la crise des institutions dites démocratiques au
Québec, au Canada et ailleurs qui ne
permettent pas au citoyen d'être au centre de la solution des
problèmes qui le concernent et qui concernent la
société dans laquelle il vit. C'est également une
façon de cibler des communautés spécifiques, de
s'attaquer aux musulmans et d'empêcher toute discussion publique
sur la situation politique.
Cela ne doit pas passer !
Tableau tiré d'une
vidéo faisant partie de la «Trousse de renseignement
sur l'extrémisme violent » préparée à
l'intention des parents par le
département de psychologie de l'Université du
Québec à Montréal. Selon
ces critères, la plupart des gouvernements
néolibéraux, ceux de Harper,
Charest ou Couillard, ont depuis longtemps succombé à la
« radicalisation violente »: intransigeance, distance par
rapport à un
groupe (les travailleurs du secteur public, par exemple), obsession
pour une cause (« déficit zéro ») et
médias violents (lois spéciales,
police anti-émeute).

Le déploiement de réseaux
terroristes pour atteindre un objectif criminel
La Turquie abat un avion de chasse russe
Le 23 novembre, la Turquie a abattu un avion de combat
SU-24 russe. Les autorités turques affirment que l'avion russe a
pénétré sur le territoire de la Turquie pendant
« 17 secondes » de l'autre côté de
la frontière avec la Syrie et que leurs avions de combat F-16
ont tiré un missile air-air à la suite des avertissements
audio répétés
à l'équipage russe. Les deux pilotes se sont
éjectés et ont été parachutés au sol
où l'un deux a ensuite été assassiné par
des militants turkmènes syriens. Le deuxième pilote
aurait été secouru par les forces spéciales russes
et syriennes.
Le ministre russe des Affaires étrangères
Sergueï Lavrov a déclaré que l'attentat sur l'avion
de chasse russe semble avoir été une provocation
préméditée.
« Nous avons de sérieux doutes que cet
acte ait été involontaire. Cela semble être une
provocation planifiée », a déclaré M.
Lavrov. Il a cité l'échec de la Turquie à
maintenir une communication appropriée avec la Russie,
l'abondance d'images de l'incident et d'autres preuves.
Lavrov n'est pas la seule personne qui fait de telles
spéculations, rapporte RT. L'ancien sous-chef
d'état-major de la US Air Force, le
lieutenant-général Tom McInerney, a déclaré
à Fox News : « Cet avion ne faisait aucune
manoeuvre pour attaquer le territoire ... il a probablement atteint les
limites et cela est acceptable. Mais tu ne descends pas un avion juste
à cause de cela. »
« Je ne fais pas vraiment confiance au
président Erdogan à cause de ce qu'il fait »,
a-t-il ajouté. « Je crois que c'est une manoeuvre
vraiment trop agressive et nous, au commandement régional de
NORAD [North American Aerospace Defense], ne ferions pas appel à
ce genre de règles d'engagement. Cela a sûrement
été
planifié. »
Écrivant sur
l'incident pour le compte de la
Strategic Culture Foundation, Finian Cunningham soulève une
question qui surgit immédiatement : « Pourquoi
la Turquie devait réagir de manière aussi agressive
envers la Russie face à une erreur passagère, si
c'était vraiment cela ? » Il note que le
ministère de la Défense
russe contredit la version turque, en disant que son avion de combat
était toujours à l'intérieur du territoire syrien
et ne posait pas de menace à la sécurité.
« Le fait que l'avion russe et les pilotes
éjectés soient tombés en territoire syrien indique
que la version de Moscou autour des faits entourant l'incident est plus
près de la vérité »,
note Cunningham.
Il souligne que « Washington aurait
nié toute implication dans l'incident, même si elle a une
présence militaire abondante à la base de l'OTAN
d'Incirlik dans le sud-ouest de la Turquie, y compris des avions de
combat aérien F-15, des radars et des systèmes de
communication sophistiqués ».
« Il semble peu probable que la Turquie ait
agi seule, de manière provocante, face à une situation
tellement précaire où l'OTAN et la Russie ont des
relations tendues à cause de la proximité de leurs avions
de guerre respectifs qui sillonnent le ciel de la Syrie »,
écrit Cunningham.
Il ajoute : « De plus, comme le
président Poutine l'a souligné, la Russie et les
États-Unis ont récemment signé un accord
apparemment pour éviter des conflits engendrés par la
présence de leurs forces aériennes au-dessus de la Syrie.
La Turquie, en tant que membre de l'OTAN, aurait été
pleinement informée de cet accord. Donc,
comment cela peut-il se produire après un tel laps de
temps ? »
Cunningham attire également l'attention sur le
fait que le président américain Barack Obama
« a rapidement confirmé le droit de la Turquie de
défendre son territoire, sans avoir
vérifié les faits entourant l'avion abattu ».
Cunningham écrit : « C'est significatif que,
suite à l'incident, la Turquie a immédiatement
appelé à
la tenue urgente d'un sommet de l'OTAN pour tenir une conférence
avec les 27 autres membres de l'alliance militaire menée par les
États-Unis. Si l'avion abattu était tout simplement un
acte aléatoire effectué sous l'impulsion du moment, alors
pourquoi Ankara ne contacte-t-il pas Moscou pour aplanir les
différends et offrir ses
condoléances ? Au lieu de cela, a noté Poutine, les
Turcs accourent vers l'OTAN sans même appeler Moscou.
« L'attaque meurtrière contre les
forces russes a eu lieu le même jour que le président
français François Hollande a rencontré Barack
Obama à Washington pour discuter de coopération militaire
plus étroite avec la Russie dans la prétendue lutte
contre le terrorisme de l'État islamique en Syrie.
« Obama a poliment mais fermement
repoussé la proposition du dirigeant français pour une
grande coalition qui inclurait la Russie. Hollande a été
mis à sa place et s'est fait servir un plat de platitudes.
Ainsi, le fait que la Turquie ait abattu l'avion de chasse russe,
quelques heures seulement avant que Hollande soit reçu à
la Maison
blanche, semble avoir été prémédité
dans le but de rejeter catégoriquement toute idée de
travailler plus étroitement avec Moscou pour combattre le
terrorisme en Syrie.
« Comme c'est indiqué auparavant, le
rejet de la formidable puissance de feu anti-terroriste de la Russie
est basé sur des raisons stratégiques profondes,
secrètes et nécessairement tacites, en raison du
véritable objectif impératif des États-Unis en
Syrie. En d'autres mots, un changement de régime et le
déploiement des réseaux terroristes
pour atteindre cet objectif criminel. »

Erdogan prend un nouveau contrat avec l'Occident
- Emre Uslan -
Le monde discute actuellement de la destruction par la
Turquie d'un avion russe. La plupart des observateurs conviennent
qu'abattre cet avion était un geste très risqué
pour la Turquie. Mais personne ne se demande comment la Turquie a eu le
courage de le faire ?
Je pense que c'est en fait la question essentielle.
Qu'est-ce qui a donné le courage à la Turquie de se
dresser comme cela face à la Russie, qui est beaucoup plus
puissante, tant sur le plan militaire que sur le plan
économique ? Nous parlons de cette même Turquie qui
n'a jamais abattu d'avion grec. La Grèce, bien sûr, est
beaucoup plus
petite que la Turquie. On peut également se rappeler qu'il y a
quelque temps des avions de guerre israéliens ont
pénétré dans l'espace aérien turc pour
aller bombarder des installations en Syrie. La Turquie n'a rien fait
contre ces avions. À l'inverse cependant, la Turquie a abattu
l'avion russe sans grand avertissement après une violation de
l'espace
aérien qui a duré 17 secondes.
Il existe bien sûr des explications techniques
pour ce qui s'est passé. Mais pour comprendre d'un angle
politique pourquoi la Turquie a pris cette décision, il faut
l'examiner dans une perspective plus large.
En premier lieu, il faut comprendre que la Turquie n'a
pas pris seule la décision d'abattre l'avion russe. Si
c'était le cas, les réactions des diverses capitales
occidentales seraient différentes de ce que nous entendons
maintenant. Il est clair maintenant que la Turquie, plus
précisément le président Recep Tayyip Erdogan, a
pris un nouveau contrat
avec l'Occident, et que la destruction du jet russe n'est que la
première étape de ce contrat.
Alors, qu'est-ce qui fait que cela est clair ?
Quelques signaux essentiels. Le premier est la préparation de
l'opinion publique intérieure, dont nous avons été
témoins ces derniers jours. Le deuxième est la
déclaration du président des États-Unis, Barack
Obama après que l'avion ait été abattu. Le
troisième est les déclarations publiques
récentes de hauts responsables turcs.
Toutefois, commençons par le premier signal. Un
plan, qui semble toujours fonctionner auprès du public turc, a
été mis en oeuvre par Ankara dans les semaines
précédant l'incident de l'avion. Un tollé a
été soulevé dans les médias au sujet
« des massacres perpétrés contre les
Turkmènes » en Syrie. Pour qui connaît les
traditions
de l'État turc, ce n'était certainement pas à
ignorer. En Turquie, chaque fois qu'il y a une agitation au sujet de
Turcs ou de Turkmènes agressés (ou en danger) à
l'étranger, cela veut toujours dire qu'une opération
militaire ne va pas tarder à se produire. Il s'agit en fait
d'une stratégie qui a été adoptée dans les
années 1950, lorsque toute la
campagne de préparation de l'opinion publique au sujet de Chypre
a commencé. De la même façon, nous avons vu la
population turkmène du nord de l'Irak utilisée de la
même manière que les Turkmènes de Syrie ont
maintenant été utilisés. Et nous rappelant le
pogrom des 6-7 septembre 1955, on voit que la population turque de
Thessalonique a
été utilisée de la même façon. Dans
la quasi-totalité de ces situations, l'État a
lancé des opérations importantes.
En fait, j'ai commencé à avoir des doutes
au sujet de toutes ces informations diffusées au sujet des
massacres des Turkmènes en Syrie il y a quelque temps ;
c'est pourquoi j'ai écrit ce qui suit sur mon compte Twitter le
20 novembre :
« Quand il y a en Turquie des
actualités dramatiques sur les Turkmènes, cela veut dire
que l'on prépare la société à quelque
chose. Ils vont envoyer nos militaires en Syrie, c'est pourquoi toute
l'actualité sur le Mont Turkmène est très
suspecte. »
Seulement quatre jours après mon Tweet, l'avion
russe était abattu. Il est clair maintenant que les Turcs
étaient en train d'être préparés à
quelque chose comme ça. Ce qui signifie, dans ce cas, que la
destruction de l'avion russe n'était pas un acte commis dans le
feu de l'action, mais une opération planifiée.
Mais est-ce que cela veut dire que c'est une
opération que la Turquie a effectuée seule ou avec le
soutien d'un réseau de pays occidentaux ?
Nous voyons des réponses à cette question
dans la déclaration d'Obama après l'incident. Alors
qu'Obama a averti les deux parties « de ne pas
accroître les tension », il a blâmé
seulement directement la Russie. Il a déclaré que la
Russie prétend bombarder l'EIIL, mais en fait bombarde
l'opposition le long des frontières. La seconde
moitié de cette déclaration est cruciale, parce que c'est
la première fois que nous entendons Obama mentionner le Mont
Turkmène, dans le nord de la Syrie, et utiliser un langage
protecteur en parlant des groupes qui s'y trouvent, tout en
blâmant simultanément les Russes. Mais qui sont ces
groupes qu'Obama veut protéger ?
Eh bien, il y a al-Nosra, ainsi que Ahrar al-Sham et les
brigades Fatih. La plupart d'entre eux sont des groupes liés
d'une façon ou d'une autre à al-Qaïda. Cette sorte
de rhétorique protectrice venant d'Obama en ce qui concerne ces
groupes nous montre que la Turquie n'était pas le principal
planificateur de cette dernière opération.
De plus, la perfection des messages transmis par Ankara
à la population mondiale au moment où la Turquie a abattu
le jet russe nous montre qu'il ne s'agissait pas d'une opération
de dernière minute, et que le scénario dans son ensemble
avait été bien pensé. Réfléchissez
à ceci : l'avion s'écrase et immédiatement
Ankara est en mesure de
montrer au monde entier les cartes montrant la route suivie par
l'avion. Ensuite, nous entendons les bandes sonores des pilotes turcs
avertissant les avions russes ; les voix sont tellement claires et
audibles, que c'est comme si elles avaient été
enregistrées dans un studio au préalable. Après
cela, nous entendons des déclarations de pilotes et
soldats occidentaux, ici des Américains et des
Néerlandais, soulignant qu'eux aussi avaient clairement entendu
les pilotes turcs avertir l'avion russe.
De toute évidence, c'est tout un scénario
bien rodé. Nous avions vu la destruction d'un
hélicoptère syrien et d'un avion dans le passé, il
n'y a pas si longtemps, mais il n'y avait rien de tel que la
distribution de la carte et la préparation de l'opinion publique
à l'avance, que nous avons vu cette fois-ci.
Pour ceux qui connaissent la lenteur habituelle de la
bureaucratie turque, il est évident que, à moins que ce
scénario n'ait été préparé à
l'avance, il est impossible que les déclarations, ainsi que les
réactions, que déjà nous avons entendues puissent
avoir été produites aussi rapidement.
Donc, en fin de compte, toutes ces données
pointent vers la seule conclusion possible, comme je le disais au
début : Erdogan a pris un nouveau contrat. Espérons
qu'il peut le mener à bien avec succès.

Pourquoi les États-Unis larguent-ils la Turquie?
- Andrew Korybko -
La destruction par la Turquie d'un avion russe
engagé contre l'EIIL
a été une agression directe et sans
précédent contre Moscou qui
surpasse même le militarisme tendu et hostile de l'époque
de l'ancienne
guerre froide. Le monde est dans un état de tension au lendemain
de
cette attaque, tandis que les commentateurs de la presse de
tabloïdes
mettent en garde que le début de la troisième guerre
mondiale approche.
Pour sa part, le président Poutine a été beaucoup
plus mesuré dans sa
réponse mais n'a pas pu contenir son indignation devant
« ce coup de
poignard dans le dos qui nous a été porté par les
complices des
terroristes ».
Maintenant, la question importante est comment la Russie
va répondre
à ce qui s'est passé, et, sans doute plus important
encore pour les
observateurs, pourquoi les États-Unis se distancent
discrètement de
l'agression de leur allié. Bien qu'Obama et l'OTAN aient
donné leur
soutien sans réserve à la Turquie et sa décision
fatidique, Reuters a
cité
un officier de l'armée américaine anonyme qui a
coulé volontairement
l'information que l'avion russe a été abattu dans
l'espace aérien
syrien, d'après la détection de la signature thermique.
Cela pose la
question de pourquoi les États-Unis jouent sur les deux
tableaux, d'une
part, en soutenant publiquement la Turquie et, d'autre part, en
dévoilant
stratégiquement des informations qui ne concordent pas avec la
version
officielle des événements de la Turquie.
Le coup monté
Cette dichotomie est évocatrice d'un
plan machiavélique qui permet aux États-Unis de manipuler
la Turquie et
la Russie en les amenant à agir selon ce qu'ils avaient
prévu serait
leur réponse la plus probable, sachant pertinemment que ceux-ci
pourraient être conduits à soutenir les grands
intérêts stratégiques
américains. Pour commencer, les États-Unis probablement
ont laissé
entendre au président turc, Recep Tayyip Erdogan, que non
seulement il
a « le droit légal » d'abattre n'importe
quel avion russe mais que les
États-Unis préféreraient réellement qu'il
agisse plus tôt que tard.
Cela rappelle la méthode utilisée par les
États-Unis pour
pousser Saakachvili à bombarder Tskhinval et à envahir
l'Ossétie du Sud
— — ils n'ont sans doute pas donné officiellement l'ordre par
écrit
mais ont bien fait savoir comment ils voulaient que se comportent leurs
mandataires dans chaque situation.
Conforme au plan
Cela explique en grande partie les
déclarations publiques de l'OTAN et le soutien des
États-Unis aux
actions de la Turquie, qui aident à calmer les nerfs d'Erdogan
et à lui
assurer qu'il a fait ce qu'il fallait. Le contrecoup anticipé de
la
destruction de l'avion a été une
détérioration immédiate des relations
entre la
Russie et la Turquie dont les conséquences pourraient
s'étendre aux
domaines diplomatique, militaire, économique et
énergétique. Le
ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov a
annulé son voyage
prochain en Turquie et a déconseillé aux touristes russes
de se rendre
dans le pays parce que le nombre de manifestations de terrorisme sur le
territoire turc n'est pas moindre qu'en Égypte. Le premier
ministre
Dmitri Medvedev a parlé de la possibilité d'interdire le
marché russe
aux sociétés turques et de renoncer aux projets
nucléaires et gaziers
conjoints prévus.
Toutes ces actions éventuelles sont tout à
fait justifiées et
fondées sur le respect de soi que tire la Russie de renoncer
à
avantager un État qui s'est montré ouvertement hostile,
peu importe les
enjeux économiques ; cependant, on ne peut s'empêcher
de se demander si
ce n'est pas exactement ce que voulaient les États-Unis. Il n'y
avait
aucun doute que la Russie réagirait de cette façon, car
même un examen
superficiel de sa « boîte à outils »
de réponses potentielles montre
que ces mesures sont les plus susceptibles d'être prises en cas
de
détérioration des relations. Par conséquent, on ne
peut écarter que les
États-Unis aient poussé Erdogan à abattre le jet
russe
précisément pour provoquer la réaction
prévisible de la Russie :
menacer d'annuler ses projets énergétiques conjoints avec
la Turquie,
qui sont au coeur du partenariat stratégique entre les deux
pays. Si
c'est le cas et cela semble certainement probable, cela montre
exactement jusqu'où les États-Unis sont prêts
à aller pour s'assurer
que
l'énergie russe (et tout le pouvoir doux et les avantages
multipolaires
qui l'accompagnent) n'entre pas dans les Balkans par le megaprojet du
gazoduc Turkish Stream [Le Turkish Stream est un projet de gazoduc
allant de la Russie à la Turquie à travers la Mer Noire —
— LML ndlr],
probablement parce qu'ils comprennent l'impact transformateur
que cela pourrait avoir sur toute la région.
La balle courbe
Jusqu'ici, tout semble raisonnable et
bien dans le domaine de la prévisibilité, mais la balle
courbe vient
avec la révélation de Reuters qu'une source militaire
américaine
anonyme dit qu'en fait la position russe est justifiée. De
manière
surprenante, il semble maintenant que les États-Unis jouent
également
la carte
russe dans une certaine mesure, ce qui pose la question de leurs
intentions réelles. Après tout, il a été
prouvé hors de tout doute que
les missiles antichar TOW fournis par les Américains ont servi
à
détruire l'hélicoptère de sauvetage russe qui
tentait de récupérer les
deux pilotes. Devant cette preuve indiscutable d'une agression
américaine indirecte
contre la Russie, c'est certainement un fait curieux que
l'establishment américain ait coulé
délibérément une déclaration
indiquant que la Turquie avait abattu l'avion russe dans l'espace
aérien syrien et, essentiellement, prenne en coulisses le parti
de la
Russie.
Jouer la carte kurde
Pour expliquer ce rebondissement
diplomatique, il est nécessaire de connaître la
réponse populaire que
les citoyens russes et les défenseurs de la Russie dans le monde
demandent contre l'agression de la Turquie. Ils proposent tout à
fait
raisonnablement que la Russie augmente ses livraisons d'armes aux
combattants kurdes anti-EIIL, avec l'approbation tacite qu'une partie
de ces armes se retrouverait dans les mains du PKK et serait
utilisée
contre l'armée turque. C'est un plan efficace et pragmatique,
qui, en
réalité, ne demanderait même pas un changement de
la politique parce
que Moscou appuie déjà certains groupes kurdes dans le
cadre de leur
coopération dans la lutte contre l'EIIL.
L'insurrection kurde n'a pas disparu depuis qu' Erdogan
l'a déterrée
involontairement cet été pour s'en servir d'outil de
propagande
électorale, et le fait qu'elle se renforce même
après les élections l'a
effrayé tellement qu'il se pourrait que ce soit lui qui ait
ordonné la
tentative d'assassinat récente de Selahattin Demirtas, le
coprésident
du
mouvement prokurde HDP (Parti démocratique des peuples). Ainsi,
si la
Russie décide d'infliger une réponse asymétrique
à la Turquie en
renforçant son soutien indirect au PKK et à d'autres
Kurdes en Turquie
hostiles au gouvernement ou en perturbant l'approvisionnement en gaz
par le gazoduc Blue Stream afin de provoquer une intensification
de rébellion, alors elle pourrait certainement infliger de
lourds
dommages stratégiques à Erdogan et augmenter la
probabilité d'un coup
d'État militaire en Turquie et/ou la création d'un
Kurdistan
indépendant.
Les bataillons peshmerga
de femmes kurdes sont la terreur des bandes de l'EIIL en Syrie
Cela dit, les États-Unis sont traditionnellement
la puissance
extérieure à la région qui est la plus
intéressée par le Kurdistan,
voyant ce possible État comme un « Israël
géopolitique » à partir
duquel ils pourraient exercer une influence simultanée sur des
parties
du territoire de la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. La trajectoire
stratégique d'un État kurde hypothétique a
été compliquée par la
campagne contre l'EIIL, cependant beaucoup de Kurdes font preuve de
pragmatisme en coopérant avec la Russie et l'Iran contre la
menace
commune. La bonne coopération multipolaire de ces pays avec les
Kurdes
remet en question l'hégémonie que les États-Unis
envisageaient
d'imposer au peuple et au territoire kurdes, et cela signifie que toute
future entité politique indépendante kurde pourrait
théoriquement aller
soit vers le camp multipolaire, soit vers le camp unipolaire. Toutefois
actuellement, compte tenu de l'ensemble de la dynamique diplomatique et
militaire des deux derniers mois, la loyauté d'un futur
État
kurde (peu importe si ses frontières se limitent uniquement
à
l'actuelle Turquie et Irak) n'est acquise à personne et il est
impossible de prévoir avec précision à qui elle
ira.
L'ambiguïté stratégique que cette
situation entraîne signifie
plusieurs choses pour les États-Unis et la Russie. Pour les
États-Unis,
cela signifie que c'est le temps de fortifier ses positions et de
soutenir l'indépendance du Kurdistan avant de perdre
l'initiative
stratégique face à la Russie, qui elle pourrait aller
dans cette
direction (de manière
officielle ou non) par vengeance géopolitique contre la Turquie.
Moscou, comme nous l'avons indiqué, semble vouloir frapper
Ankara là où
ça fait le plus mal, et c'est en soutenant l'insurrection kurde
d'une
manière ou d'une autre. Cependant, on ne sait pas encore
jusqu'où cela
pourrait aller et si la Russie suivra cette stratégie comme une
forme
de vengeance à court terme ou si elle ira jusqu'à la
reconnaissance de
l'indépendance kurde si elle se réalisait de facto dans
l'avenir. Bien
sûr, la Russie ne fera rien qui pourrait mettre en danger
l'intégrité
territoriale de ses alliés syriens, irakiens et iraniens, mais
si les
Kurdes de Turquie limitaient leurs ambitions uniquement aux
frontières
du rival
historique de la Russie, alors elle pourrait concilier avec cette
réalité, surtout si les Kurdes renoncent à
l'indépendance juridique et
cherchent plutôt une sorte de statut de facto de
fédération
indépendante ou autonome dans une Turquie unifiée (ce
qui, de manière
réaliste, ne sera pas possible sans une intensification de
l'insurrection ou un coup
d'État à Ankara).
Collaborer pour le Kurdistan
Ayant expliqué tout
cela, il est maintenant clair qu'une convergence remarquable
d'intérêts
stratégiques s'est développée entre les
États-Unis et la Russie avec au
centre le Kurdistan administré par le gouvernement turc. En
comprenant
les calculs changeants que la Russie peut maintenant faire sur ce
sujet dans le cadre de sa réponse à l'agression de la
Turquie, on ne
peut écarter pour autant la possibilité que la fuite de
Reuters était
en réalité une ouverture stratégique vers la
Russie. Il se peut que
Washington veuille envoyer un signal qu'il veut parler à Moscou
sur des
façons de coopérer sur cette question, sachant que chaque
partie a
probablement maintenant un intérêt à ce que ce
proto-État occupe une
plus grande place dans l'arène internationale. Elles sont sans
doute
déjà arrivées à la compréhension
commune que cette rivalité de nouvelle
guerre froide autour de la loyauté du Kurdistan peut être
repoussée
jusqu'à ce que cette entité soit formellement
établie (que ce soit
comme un État indépendant ou une entité
sub-nationale indépendante de
facto sur le modèle du Gouvernement régional du Kurdistan
en Irak) et
que les deux grandes puissances ont besoin de mettre de
côté certaines
de leurs différences et de s'associer pour que cela se
réalise d'abord.
Ce signal fort aurait pu être communiqué
discrètement et secrètement
à la Russie de manière sécurisée par voie
diplomatique et par les
réseaux de renseignement, mais la raison pour laquelle il a
été
publiquement diffusé par l'entremise de Reuters, l'agence de
presse
internationale, est que les États-Unis veulent envoyer
également un signal à
la Turquie. Bien qu'aux
yeux du monde les États-Unis se sont rangés aux
cotés de la Turquie,
eux aussi « portent un coup de poignard dans le
dos » de leur allié et
le font savoir à Poutine en coulant volontairement l'information
que
l'avion russe a été abattu dans l'espace aérien
syrien.
L'on sait déjà depuis un certain temps que les
États-Unis sont
mécontents d'Erdogan parce qu'il ne s'est pas montré
assez docile dans
le passé et a refusé de suivre aveuglément les
plans précédents
d'invasion de la Syrie (neutralisés par l'intervention militaire
contre
le terrorisme de la Russie dans ce pays), donc ils pourraient essayer
de faire passer
le message qu'ils en ont assez de ses petits jeux et veulent maintenant
mettre en oeuvre leur propre plan. Bien sûr, les
États-Unis manipulent
la Turquie depuis son entrée dans l'OTAN et depuis qu'elle leur
a
permis de se servir de la base aérienne d'Incirlik, mais cette
fois, la
perfidie est poussée plus loin en évoquant implicitement
auprès de la
Russie, le nouvel ennemi de la Turquie, (et seulement parce que les
États-Unis ont manipulé la Turquie pour qu'elle se lance
dans une
agression contre la Russie) la possibilité de coopérer
pour affaiblir
l'emprise d'Ankara sur les régions instables du Sud-Est.
Réflexions finales
On peut supposer sans risque que
les États-Unis ont influencé la Turquie pour qu'elle
détruise l'avion
russe dans l'espace aérien syrien et calculé très
justement que cela
conduirait immédiatement à la détérioration
des liens entre les deux
États. Une prévision rudimentaire des mesures de sanction
spécifiques
que
la Russie peut prendre montre que celles-ci toucheront probablement les
secteurs de la diplomatie, de l'économie et de l'énergie,
ce qui est
justement ce que veulent les États-Unis. À cause de
l'agression de la
Turquie contre la Russie, le partenariat stratégique entre les
deux
pays est maintenant rompu (bien que pas nécessairement de
manière
irréversible), et Ankara est devenu le quatrième et
peut-être le membre
le plus important géopolitiquement de l'alliance Intermarium
contre la
Russie. En outre, le gazoduc Turkish Stream semble être
reporté
indéfiniment, retardant ainsi le virage de la Russie en
direction des
Balkans qui aurait changé la donne. Bien que la
conséquence
« imprévue » de la crise a
été la décision prévisible et tout à
fait
légitime de la Russie de déployer le système S-400
SAM en Syrie, cela
fait aussi le jeu d'une certaine manière de la rivalité
manipulée entre
la Russie et la Turquie que veulent provoquer les États-Unis
afin de
consolider la réalisation complète du projet Intermarium
et en
même temps contrer l'influence croissante de la Russie au
Moyen-Orient.
[1]
La réaction que personne n'aurait pu
prévoir, cependant, est le
coulage volontaire des États-Unis à Reuters
d'informations qui appuient
la version russe des événements, c'est-à-dire que
l'avion russe engagé
contre le terrorisme a été abattu alors qu'il survolait
l'espace aérien
syrien. Cela contredit complètement ce que les États-Unis
et l'OTAN
ont dit publiquement, mais démontre que les États-Unis
ont eu le temps
préparer à l'avance le plan de destruction de l'avion et
qu'ils
utilisent la tactique désastreuse de « diviser pour
régner » contre la
Turquie et la Russie. Placée dans une position où ses
décideurs
gouvernementaux tentent de trouver les mesures de sanction à la
suite
de cette agression sans précédent, la Russie peut
maintenant être
conduite plus facilement à soutenir la lutte des Kurdes pour la
souveraineté (que ce soit une indépendance formelle ou de
facto) en
Turquie, ce qui coïncide avec l'un des grands objectifs
géopolitiques
des États-Unis.
Du point de vue américain, une Turquie
divisée est doublement utile
à la grande stratégie des États-Unis, car la
puissante armée turque
pro-OTAN ne serait pratiquement pas touchée et les
États-Unis
pourraient se gagner une base importante de projection de forces (tant
de puissance dure que de puissance douce) juste entre les États
les
plus
importants dans la région. Cependant, les États-Unis ne
peuvent aller
complètement de l'avant avec ce projet à moins de
bénéficier du soutien
du dirigeant diplomatique du monde multipolaire, la Russie, sinon le
Kurdistan sera tout aussi illégitime que le Kosovo et pourrait
même ne
pas parvenir à sa concrétisation géopolitique si
Moscou et
Téhéran s'allient pour l'en empêcher.
Vu du point de vue russe, les suggestions des
États-Unis semblent
effectivement assez attrayantes. Une augmentation du soutien russe aux
combattants kurdes l'EIIL serait une stratégie à laquelle
on peut
opposer un démenti raisonnable mais également
évidente pour faire
parvenir des armes et du matériel aux insurgés anti-turcs
du PKK.
L'affaiblissement de la Turquie de l'intérieur serait une
réponse
asymétrique forte à un pays qui dernièrement a
été une grosse épine
dans le pied de Moscou, et pourrait créer les conditions d'un
coup
d'État militaire contre Erdogan, créer un fossé
entre lui et le premier
ministre turc Ahmet Davutoglu (qui pourrait être utilisé
à l'avantage
diplomatique de la Russie tant que la constitution reste
inchangée et
que Davutoglu reste légalement plus puissant qu'Erdogan), ou un
affaiblissement d'Erdogan et une modération de ses positions
anti-russes et anti-syriennes.
Plus important encore, l'émergence d'une
entité kurde indépendante
ou semi-indépendante en Turquie pourrait créer une
entité territoriale
géopolitique attirante dans la nouvelle guerre froide, qui, bien
sûr,
serait alors ballottée entre le monde multipolaire et le monde
unipolaire. Malgré tout, cela représenterait un
développement
multipolaire
positif au Moyen-Orient, puisque actuellement l'ensemble du territoire
turc est sous la domination du monde unipolaire. Si une grande partie
de ce territoire devenait soudainement l'enjeu de la rivalité
des deux
blocs, cela constituerait certainement une avancée
stratégique au
détriment de l'unipolarité. Tout aussi important, cela
aurait de graves
répercussions sur l'État turc et, quel que soit le
gouvernement au
pouvoir, pourrait éventuellement le disposer à revenir
à des relations
pragmatiques avec la Russie et peut-être même relancer le
Turkish
Stream.
Étonnamment, la Russie n'a rien à perdre
et tout à gagner en
soutenant secrètement la cause kurde en Turquie, peu importe si
elle
aboutit à l'indépendance complète ou à une
autonomie relativement plus
limitée, même si cet objectif est également celui
des États-Unis et est
réalisé en semi-coordination avec eux. La Turquie serait
immédiatement
mise sur la défensive (bien qu'elle pourrait tenter de
répondre
désespérément en soutenant les terroristes tatars
de Crimée), le monde
multipolaire aurait une chance de rivaliser pour la loyauté
d'une
entité qui occupe un territoire extrêmement
stratégique avec comme
conséquence que le gouvernement turc (que ce soit le même
ou qu'il soit
remplacé
par un coup d'État militaire) pourraient recréer les
conditions
politiques propres à la faisabilité du gazoduc Turkish
Stream
Andrew Korybko est analyste politique
américain de l'agence Spoutnik et de Oriental Review.
Note du LML
1.Wikipedia indique que l'alliance ou le projet
Intermarium a été la
principale initiative de politique étrangère du
réactionnaire polonais
Josef Pi sudski après la Première Guerre mondiale. Le
projet
Intermarium, « la Fédération Miedzymorze,
(traduisible par Fédération
Entre Mers) était le nom donné par Józef Pilsudski
à son projet de
fédération de Pologne, Lituanie, Biélorussie et
Ukraine. La fédération
proposée suivant le modèle de l'Union de Pologne-Lituanie
du XIVe
siècle au XVIIIe siècle, se serait alors étendue
depuis la mer Baltique
à la mer Noire, en incorporant la Biélorussie et
l'Ukraine. »

Événements
Célébration de la contribution de Cuba
aux luttes de libération en Afrique australe
Le professeur Isaac Saney
s'adresse à la
conférence « Les enfants d'Afrique sont de
retour ! », Toronto, 13 novembre 2015.
Un événement public animé et
réussi pour souligner le 40e anniversaire d'Operación
Carlota — la mission de Cuba en Angola de 1975 à 1988, ainsi que
les autres contributions de Cuba aux luttes de libération
nationale en Afrique, a eu lieu les 13 et 14 novembre à Toronto.
L'événement « Les enfants d'Afrique sont de
retour ! » a eu lieu au United Steelworkers Hall et
était organisé par le Réseau canadien pour Cuba,
la Chaire des études sur les noirs au Canada de
l'Université Dalhousie, l'Association d'amitié
Cuba-Canada de Toronto, A Different Booklist et d'autres. Le Consul
général de Cuba à Toronto. M. Javier
Dómokos Ruiz, était aussi
présent.
La session d'ouverture a commencé avec un hommage
à Jorge Risquet, une personnalité historique et membre de
la direction révolutionnaire de Cuba qui a joué un
rôle clé dans l'appui aux luttes anticoloniales en Afrique
depuis le début des années soixante. Le professeur Isaac
Saney, spécialiste de Cuba, auteur et maître de
conférences à
l'Université Dalhousie, a rendu un vibrant hommage à la
vie et l'oeuvre de Risquet, soulignant son importante contribution en
tant que diplomate principal et négociateur de Cuba durant la
période où Cuba assistait le peuple angolais à
assurer son indépendance face à l'Afrique du Sud. Une
minute de silence a été observée en l'honneur de
ce grand
révolutionnaire et internationaliste cubain
décédé le 28 septembre.

À gauche : Le
professeur Saney rend hommage
à Jorge Risquet (photo derrière). À droite :
Nicolas Hernandez Guillen.
L'autre présentation lors de la session
d'ouverture a été faite par Nicolas Hernandez Guillen, le
petit-fils du poète national de Cuba Nicholas Cristobal Guillen
(1901-1989). Nicholas Hernandez Guillen est un spécialiste
respecté et président de la Fondation Nicolás
Guillén qui se consacre à la préservation et
à la promotion de l'oeuvre du poète
national de Cuba. Le thème principal de la présentation
soulignait le travail du grand poète afro-cubain à la
défense des contributions des Afro-Cubains à la
construction de Cuba et pour infuser des thèmes, chansons et
rythmes africains dans la forme littéraire. Il fut noté
dans la présentation que Guillen a toujours sympathisé
avec les luttes
anticoloniales des peuples africains, particulièrement
après qu'il ait été exilé de Cuba en raison
de ses activités politiques dans les années cinquante. Il
a ensuite écrit des poèmes tels que « Mau
Mau » au sujet de la lutte des Kikuyus contre le
colonialisme au Kenya. Hernandez Guillen a noté que lorsque Cuba
est intervenue en Afrique,
c'était parce que les Cubains en général, et plus
particulièrement les Afro-Cubains, s'identifient à
l'Afrique, leur terre d'origine. Il a noté que la vie et
l'oeuvre de son grand-père ont aidé à forger des
liens fraternels plus forts entre Cuba et l'Afrique.
Le deuxième jour s'est ouvert avec le
visionnement d'un film décrivant certaines des contributions de
Cuba aux luttes d'indépendance des peuples africains au Congo et
ailleurs. Le professeur Isaac Saney a souligné le rôle
décisif de Cuba par son appui aux luttes d'indépendance
des peuples d'Afrique australe, en particulier l'aide militaire et
matérielle apportée au peuple angolais pour assurer son
indépendance en 1975. La nouvelle république Angolaise
était menacée militairement par l'État d'apartheid
d'Afrique du Sud qui voyait le naissant gouvernement
« communiste » noir comme une menace. Le
professeur Saney a souligné l'importance de l'Operación
Carlota (1975-1988), la campagne de quinze années dans laquelle
Cuba a aidé l'Angola à défaire l'invasion
militaire sud-africaine qui a fait plus de 1,5 million de morts et
causé des pertes de revenus de milliards de dollars pour
l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe et d'autres pays dans la
région. Plus de 330 000 Cubains ont servi dans
l'Operación Carlota et 2
000 d'entre eux sont morts en défendant l'indépendance et
la liberté de l'Angola. Le conférencier a souligné
que Cuba a porté le coût de cet énorme acte de
solidarité entièrement par elle-même, utilisant ses
propres ressources et son personnel.
Le professeur Saney a attiré l'attention sur la
bataille de Cuito Cuanavale durant laquelle les forces combinées
angolaises et cubaines ont porté un coup mortel à
l'armée sud-africaine — le clou dans le cercueil du
régime d'apartheid. La victoire de Cuito Cuanavale a
élevé le prestige de Cuba aux yeux des peuples africains
et a renforcé le
mouvement pour mettre fin au régime d'apartheid en Afrique du
sud. La victoire a aussi eu l'effet de consolider la révolution
cubaine elle-même. Le professeur Saney a souligné que la
signification de la victoire militaire à Cuito Cuanavale a
été reconnue par Nelson Mandela, qui, lors d'un discours
à la Havane en 1991, a déclaré que la victoire
cubaine et angolaise dans cette bataille épique a directement
contribué à sa libération après 28
années d'emprisonnement en Afrique du sud et a aidé
à faire tomber le régime d'apartheid.
Le professeur John Kirk,
un autre spécialiste de
Cuba à l'Université Dalhousie et auteur du livre
récemment publié Without Borders :
Understanding Cuban Medical Internationalism (Sans
frontières : comprendre l'internationalisme médical
cubain), a parlé de l'énorme contribution de Cuba dans le
domaine de la santé
publique et d'autres formes d'assistance à d'autres nations et
peuples partout dans le monde. Il a souligné le travail
exemplaire de Cuba pour confronter et contrôler
l'épidémie de l'Ebola en Afrique de l'ouest en 2014,
ainsi que les contributions générales de Cuba à
l'échelle internationale en matière de soins de
santé, d'alphabétisation et dans
d'autres domaines. Alors que de nombreux pays dits avancés ont
grincé des dents à l'idée d'intervenir dans
l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'ouest, Cuba a
simplement pris des mesures dans le cadre de sa responsabilité
sociale envers l'humanité, a noté le professeur Kirk. Il
a rendu hommage aux courageux travailleurs de la santé de Cuba
qui ont
accompli leur devoir avec compétence et professionnalisme. Il a
aussi noté que depuis cette expérience, Cuba a
formé de grands groupes de personnes dans divers pays dans les
techniques pour contenir l'Ebola basé sur son expérience
en Afrique.
Le professeur Kirk a aussi noté les efforts
désintéressés de Cuba pour éduquer et
former sans frais des jeunes de partout dans le monde pour être
médecins, chirurgiens et autres spécialistes
médicaux, particulièrement ceux des pays d'Afrique,
d'Asie, d'Amérique latine et des Caraïbes qui ont besoin de
professionnels médicaux. Le professeur
Kirk a dit que son expérience lui permet d'affirmer que le
système médical cubain est un des meilleurs au monde et
que le Canada et d'autres pays pourraient apprendre beaucoup pour ce
qui est de la garantie des soins de santé en tant que droit
à Cuba.
La présentation de clôture du programme
était un film informatif au sujet du mouvement de masse au
Burkina Faso qui a renversé le régime corrompu de Blaise
Compaoré en 2014, au pouvoir depuis 27 ans. Compaoré a
pris le pouvoir après l'assassinat du président Thomas
Sankara, le dirigeant populaire du Burkina Faso de 1983 à 1987.
Sankara, qui défendait l'indépendance du Burkina Faso, a
apporté plusieurs réformes sociales modelées sur
la révolution cubaine, laquelle il admirait. Le film, introduit
par Amet Lo du Comité justice pour Thomas Sankara et le Groupe
de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique,
montre les jeunes et étudiants qui s'organisent pour
exiger la démission de Compaoré. Il décrit leur
lutte pour le pouvoir politique et un gouvernement démocratique
au Burkina Faso qui reflète les aspirations du peuple.

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