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Numéro 45 - 27
novembre 2015
Non au terrorisme économique
sans borne des monopoles mondiaux
Les chauffeurs de taxi luttent contre
les activités illégales de saccage d'Uber

Des chauffeurs de
taxi d'Edmonton et des supporteurs manifestent devant
l'assemblée
législative de l'Alberta le 16 novembre 2015.
Non
au
terrorisme économique sans borne des monopoles mondiaux
• Les chauffeurs de taxi luttent contre les
activités illégales de saccage d'Uber - Peggy
Morton
• Appuyons les chauffeurs de taxi dans leur
lutte contre Uber
• La Ville de Calgary obtient une injonction
temporaire
Non au terrorisme économique sans
borne des monopoles mondiaux
Les chauffeurs de taxi luttent contre les
activités illégales de saccage d'Uber
- Peggy Morton-
Des centaines de chauffeurs de taxi d'Edmonton se sont
rassemblés devant l'Assemblée législative de
l'Alberta le 16 novembre pour exiger que le gouvernement provincial
adopte un projet de loi qui interdit les activités
illégales du monopole américain Uber. Le lendemain, les
chauffeurs se sont rendus à la salle du conseil municipal
d'Edmonton où se tenait la première lecture d'un nouveau
règlement municipal visant à légaliser Uber et
d'autres compagnies de « covoiturage ». Les
chauffeurs de taxi ont demandé au conseil municipal de ne pas
adopter ce règlement, qui autoriserait Uber à mener
légalement les activités qu'il a menées
jusqu'à aujourd'hui
illégalement et en toute impunité. Si ce règlement
est adopté, Edmonton va devenir la première ville
canadienne à légaliser les activités de saccage de
ce monopole américain. Les chauffeurs de taxi sont très
conscients de ce qui est en jeu. En luttant contre ce terrorisme
économique américain débridé, ils
défendent leur moyen de subsistance et celui
des chauffeurs partout au pays.
Uber opère illégalement à Edmonton
depuis janvier 2015. L'entreprise prétend qu'elle n'est pas une
compagnie de taxi et que tout ce qu'elle fait c'est
« fournir une plateforme technologique pour la demande de
services presqu'en temps réel à partir d'un
Smartphone » et par conséquent elle n'est pas
assujettie aux règlements
municipaux sur les véhicules de location. Uber opère par
le biais d'un téléphone cellulaire qui met les clients en
lien avec des chauffeurs se servant de leur propre automobile. Le
monopole américain reçoit le paiement du voyage
directement du client via sa carte de crédit, prend 25 % du
tarif et donne le reste au chauffeur qui doit lui-même
assumer la valeur de l'auto, les frais d'essence, les frais de maintien
et d'autres aspects du service.
La ville d'Edmonton a demandé une injonction
temporaire contre Uber en avril 2015, mais les tribunaux ont
refusé et ont tranché en faveur de la compagnie qui
soutient qu'elle n'est pas un courtier de taxi. En vertu de
l'injonction, la municipalité aurait poursuivi les chauffeurs et
non Uber lui-même dans le but de l'empêcher d'opérer
dans
l'illégalité. La ville n'a rien fait pour tenter de
freiner les activités monopolistes débridées
d'Uber depuis que sa requête d'injonction temporaire a
été rejetée.
Le règlement que la ville d'Edmonton veut faire
adopter exigerait qu'Uber émette un permis aux autos qui se
servent de ses applications. On prétend de cette façon
établir un équilibre entre Uber et les compagnies de taxi
réglementées qui opèrent légalement en
vertu du règlement sur les véhicules de location. Ce
règlement recherché par la ville
imposerait des permis aux autos d'Uber mais pas la
réglementation intégrale relative aux véhicules de
location.
Plusieurs conseillers municipaux ont mentionné
que les règlements en matière de taxi ont
été conçus pour répondre à trois
critères principaux : la sécurité des
passagers, la sécurité du chauffeur et une industrie
viable qui offre aux chauffeurs de taxi un niveau de vie à un
standard canadien. Le régime réglementaire prévoit
aussi une limite
en ce qui concerne le nombre de taxis sur la route. Cette limite a
été mise en place en 1995 après une lutte
acharnée des chauffeurs de taxi pour empêcher les
compagnies de mettre un trop grand nombre de taxis sur la route,
surtout en période de récession où le nombre de
chômeurs atteint son sommet et les gens se font imposer des
salaires
inférieurs et la détérioration de leurs conditions
de travail comme c'est le cas à l'heure actuelle.
En inondant les rues de taxis, les compagnies faisaient
une manoeuvre très profitable pour elles parce qu'elles
percevaient leur loyer quelles que soient les circonstances, mais pour
les travailleurs c'était un cauchemar car ils n'arrivaient pas
à faire un revenu suffisant même en travaillant 70 heures
par semaine ou même plus. Le nouveau
règlement qui prévoit l'octroi de permis aux autos
gérées par Uber va faire en sorte que les autos
privées d'Uber vont se retrouver partout, converties en taxis.
Cela va mettre fin en pratique à la limite imposée au
nombre de taxis dans les rues au moment où les conditions
permettent à Uber de tirer avantage du chômage croissant
et du nombre
toujours plus grand de travailleurs vulnérables.
« Pourquoi devrions-nous appuyer cette course vers le
bas ? », a dit un conseiller municipal.
Le premier effort du conseil municipal d'Edmonton le 17
novembre pour adopter le règlement imposant l'octroi d'un permis
a été vivement contesté par Uber, qui ne veut se
faire imposer aucune restriction sur ses activités. Le monopole
américain a dit qu'il est impossible pour lui d'opérer
dans un cadre de frais de permis de l'ordre de
410 $ par chauffeur tel que proposé. La compagnie a dit que
cette exigence d'un taux annuel de permis pour chaque chauffeur est
impraticable puisque la majorité de ses chauffeurs travaillent
quelques heures seulement. Uber n'a pas dit que cela est largement
dû au fort taux d'abandon des chauffeurs une fois qu'ils ont
goûté à la médecine
d'Uber.
Le maire Don Iveson a tenté de justifier la
position d'Uber en comparant la situation à un match entre une
ligue amicale et une ligue professionnelle alors qu'il s'agit
plutôt d'un match entre une ligue
« radicale » et une ligue professionnelle. Le
modèle de gestion d'Uber repose entièrement sur une
opération illégale et non
réglementée et c'est ce modèle qui est en
opération dans les 300 villes et les 50 pays où Uber est
présent. Il offre des tarifs plus bas et vole du travail aux
taxis existants qui opèrent avec des frais et des obligations
réglementées. Tout cela est possible seulement parce que
ni la compagnie ni ses chauffeurs n'opèrent un service de taxi
conformément
à la loi régissant les entreprises, selon laquelle une
certaine quantité de la valeur produite doit être
retournée au service et à la municipalité afin de
servir l'intérêt et le bien publics.
Sa « popularité » qui
repose sur des tarifs plus bas et des services non
réglementés sert ensuite à prétendre que
les gens aiment Uber, qu'il est ici pour rester, alors mieux vaut agir
tout de suite et rendre légale son opération
illégale sans qu'on restreigne le flot d'argent qui quitte nos
communautés pour prendre le chemin de San
Francisco.
Il faut restreindre Uber et le droit de
monopole !
En vertu du règlement municipal d'Edmonton
sur les véhicules de location, les chauffeurs de taxi doivent
obtenir un permis de la ville. Pour ce faire, ils doivent
posséder un dossier de conduite impeccable, un permis de
conducteur de véhicule commercial de catégorie 1, 2 ou 4,
ainsi qu'un numéro d'enregistrement de la TPS. Ils doivent
en surcroît subir une vérification de leurs
antécédents criminels par la police et suivre un cours de
conduite défensive renouvelable à tous les cinq ans.
Leurs véhicules doivent être assurés à des
fins commerciales et subir une inspection annuellement.
Les chauffeurs d'Uber se servent de leur auto
personnelle et la plupart d'entre eux ne possèdent qu'un permis
de catégorie 5 (un permis non commercial). En ce moment, aucune
des autres exigences imposées aux chauffeurs de taxi ne
s'applique aux chauffeurs d'Uber ou à leurs véhicules.
Malgré les prétentions d'Uber à l'effet que ses
assurances couvrent chauffeurs et passagers, le gouvernement de
l'Alberta ainsi que la Commission des assureurs du Canada ont
clairement indiqué que c'est faux. Les compagnies d'assurance
peuvent refuser une réclamation si une auto sans assurances
commerciales sert à transporter des passagers sur location.
Le modèle d'affaires d'Uber vise à
détruire l'industrie du taxi telle qu'on la connaît,
exercer une pression vers le bas sur le niveau de vie des chauffeurs
ainsi que sur le niveau de service offert par une industrie
réglementée, et soutirer une quantité de valeur
des
communautés où il agit avec impunité. Cet
appauvrissement forcé des travailleurs et des
communautés est la méthode néolibérale par
laquelle les monopoles, au moyen d'une technologie avancée,
imposent leur volonté au peuple et subjuguent
l'intérêt public. Ce modèle d'affaires cible les
communautés vulnérables où les travailleurs sont
une proie de choix à cause du chômage et de
l'insécurité et de la faiblesse de la classe
ouvrière en
ce qui concerne son organisation et l'opposition qu'elle est capable de
mener. Les travailleurs se retrouvent transformés en
compétiteurs individuels qui jouent du coude pour obtenir des
contrats temporaires et des emplois à temps partiel, comme les
chauffeurs d'Uber, sans revenu ni heures stables.
Les monopoles veulent que les travailleurs soient sur
appel, fiables et bon marché, sans sécurité ou
avantages sociaux ou régimes de retraite et sans revenu garanti
ni travail régulier et à temps plein. Pour les monopoles,
garder les travailleurs sur appel est une forme de planification :
quand il n'y a pas de travail de disponible, c'est le
travailleur qui en subit les conséquences tandis que la
compagnie ne perd que la possibilité de faire de l'argent au
moyen du temps de travail du travailleur. Tous les risques d'une
économie instable sont rejetés sur le dos de la classe
ouvrière, qui n'exerce aucun contrôle sur
l'économie et qui doit en subir les conséquences sans se
plaindre et sans
s'organiser pour établir une nouvelle direction prosociale.
Uber et toutes ces formes de travail irrégulier,
incertain et non réglementé n'ont pas comme objectif de
résoudre les problèmes de l'économie et de
l'édification nationale. Les monopoles comme Uber cherchent
à s'accaparer d'une partie toujours plus grande de la valeur
produite dans les communautés et à l'expédier
ailleurs. Sous le contrôle
des monopoles, une grande partie de la valeur produite par les
travailleurs ne peut être dépensée, utilisée
ou investie dans les régions où elle est produite parce
qu'elle est accaparée par eux.
Le monopole rapace qu'est Uber doit être
stoppé et ne pas être autorisé à
détruire le niveau actuel de sécurité qui existe
pour les chauffeurs de taxi et leurs passagers. Toute
amélioration faite au service ne doit pas se faire au
détriment des travailleurs ou en retirant la valeur de la
communauté. Une alternative prosociale est possible pour
l'industrie du taxi comme pour tous les secteurs de l'économie. Alberta
Worker appelle tout le monde à appuyer les chauffeurs de
taxi et leur lutte.
Il
faut restreindre Uber ! Il faut restreindre le droit de
monopole !
(Photos :
Alberta Worker, Driving for Equality, Shangox Taxi News.
(Tiré du
numéro du 25 novembre 2015 de Alberta Worker, supplément
du Marxiste-Léniniste. Traduction : Le
Marxiste-Léniniste)

Appuyons les chauffeurs de taxi
dans leur lutte contre Uber
Uber rapporte que, durant sa première
année d'exploitation illégale à Toronto, il a
recruté 16 000 chauffeurs et effectué 4,4 millions de
voyages Uber4X totalisant plus de 34 millions de kilomètres. Les
chauffeurs d'Uber ont reçu 50 millions $ en revenus bruts
avant les retenues pour frais d'essence, d'entretien, d'amortissement,
etc.
Pour chaque chauffeur, la distance brute parcourue en
moyenne par an est 2125 kilomètres et le revenu annuel brut
moyen 3125 $. Cela revient à 1,47 $ par
kilomètre.
L'Agence du revenu du Canada (ARC) établit
l'allocation pour frais d'automobile déductible à 55
cents le kilomètre pour les 5000 premiers kilomètres
parcourus. En se basant sur l'allocation de 55 cents prévue par
l'ARC comme une mesure approximative de la valeur du carburant, de
l'entretien et de l'amortissement consommée en moyenne
par un chauffeur d'Uber, le taux par kilomètre qui va
générer un revenu net serait (1,47 $ — 55 cents) de
92 cents, ce qui laisse à chaque chauffeur un revenu net annuel
de 1955 $.
Ce calcul ne tient pas compte du trajet aller-retour
pour aller ramasser un passager mais seulement des heures de conduite
et de la distance parcourue avec un passager, pour lesquels Uber
facture le client. De toute évidence, la valeur consommée
en conduisant un véhicule pour le rendre disponible à un
client, que le chauffeur d'Uber doit payer,
est plus élevée que l'allocation par kilomètre
prévue par l'ARC. Le résultat net est encore plus faible
lorsqu'on tient compte du prix de l'assurance commerciale et des
diverses taxes fédérales, provinciales et municipales.
Uber est le premier à admettre que conduire pour
le compte de ce monopole n'est rien d'autre qu'un travail
irrégulier et que personne ne peut en faire son principal et
unique moyen de subsistance. Le nombre élevé de
chauffeurs et les faibles distances parcourues en moyenne indiquent
également qu'Uber a un roulement important de chauffeurs
car ces derniers réalisent ce qui se passe. Mais
l'expérience des villes américaines démontre que
lorsque l'ensemble des chauffeurs « à des fins
récréatives » et
« occasionnels » s'épuise, Uber a
déjà entraîné une telle dégradation
de l'industrie du taxi que de nombreux chauffeurs de taxi sont
maintenant obligés de travailler
pour Uber.
Le modèle d'affaires d'Uber est insoutenable pour
la classe ouvrière et l'économie, mais ce n'est pas ce
qui est important aux yeux des tenants du néolibéralisme,
qui ne reconnaissent que l'importance des revendications des
actionnaires et des propriétaires de la dette et de
l'augmentation de la valeur du monopole sur les marchés
financiers. Uber
se livre à des pratiques prédatrices afin de
détruire la concurrence, contrôler le marché puis
hausser les prix. Sur la base de cette activité destructrice de
monopole et de sa promotion dans les médias de masse, Uber a
atteint une valeur marchande spéculative de 60 milliards $.
On estime que les investisseurs originaux provenant de San
Francisco ont pu soutirer quelque chose comme 6000 fois la valeur de
leur investissement initial, tandis que les chauffeurs de taxi ont
perdu leurs moyens de subsistance, une valeur énorme provenant
des économies locales a été drainée hors de
leurs communautés et les emplois offerts aux chauffeurs d'Uber
sont précaires et ne sont pas à la hauteur
des normes canadiennes.
La technologie impliquée pourrait être
utilisée pour améliorer l'industrie du taxi mais il faut
d'abord qu'Uber et les autres monopoles qui l'imitent et leur
modèle d'affaires impérialiste destructeur soient
restreints et ne soient pas autorisés à attaquer la
classe ouvrière et les économies locales comme ils le
font maintenant. Les Canadiens
devraient refuser d'utiliser l'application Uber et appuyer les
chauffeurs de taxi partout où ils résistent à ce
monopole américain.

La Ville de Calgary obtient une injonction temporaire
La Ville de Calgary a remporté sa demande pour
une injonction temporaire afin de suspendre les opérations d'Uber
dans la ville. Le juge G.H. Poelman a accordé l'injonction le 20
novembre, qui est entrée en vigueur à 6h00 le 21
novembre. La ville demandera une injonction permanente le 17
décembre.
Alors que la Ville d'Edmonton avait échoué
dans sa tentative d'obtenir une injonction contre Uber lui-même,
l'injonction de la Ville de Calgary cible les chauffeurs.
La ville a dit que les chauffeurs d'Uber travaillent
sans assurance ou licence appropriées. Elle a lancé une
opération d'infiltration et rempli un affidavit nommant 57
personnes qui auraient été prises dans cette
opération. L'injonction serait en place jusqu'à ce que la
sécurité, l'assurance et les exigences
réglementaires soient respectées.
Plus tôt cette semaine, le conseil de ville a
ouvert la voie à un nouveau règlement qui permettrait
à Uber de concurrencer les taxis traditionnels avec des
applications de téléphones approuvées.
L'administration a jusqu'au 22 février pour rédiger les
nouvelles règles.

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