Le Marxiste-Léniniste

Numéro 41 - 17 novembre 2015

Il faut une nouvelle direction pour l'économie

Les camionneurs de Brampton
luttent pour leur dignité et
leur droit de s'organiser


Rassemblement de grève des camionneurs de Brampton le 8 septembre 2015

De meilleures conditions de travail, un environnement de travail sécuritaire et le respect, voilà les trois principales demandes de dizaines de camionneurs de Brampton en Ontario. Cela fait maintenant plusieurs semaines qu'ils se mobilisent et luttent contre les actions arbitraires de leur employeur, la compagnie de transport Interstate freight Systems inc. et le Code canadien du travail qui ne les reconnaît pas.

Les principaux organisateurs parmi les camionneurs ont été mis à pied récemment, selon toute vraisemblance en raison de leurs activités syndicales. Ils ont soumis une plainte au Conseil canadien des relations industrielles pour entrave de la part de la compagnie à leur droit de former une organisation collective de défense. Ils disent que la compagnie a tenté de les acheter en leur offrant de l'argent s'ils abandonnent leur projet de former un syndicat. L'employeur a répondu à leur refus de se faire corrompre en menant une campagne d'intimidation qui a mené au licenciement des 10 organisateurs qui voulaient former le syndicat, affilié à The Workers United Canada Council.

La direction de la compagnie de transport, via son président Paul Bhullar, a démenti toute malversation ou intimidation, allant jusqu'à dire que les 10 travailleurs en question ont quitté d'eux-mêmes leur emploi ou ont été mis à la porte pour avoir menacé les autres travailleurs. Ce mensonge a été réfuté fermement par la réunion que les leaders du mouvement ont organisée dans un temple sikh à Brampton.

Les camionneurs se sont réunis pour faire part de leur désir de défendre leurs droits. Leur principale préoccupation est de s'assurer que la compagnie assume ses responsabilités en ce qui concerne leur entraînement et leur formation, leur fournisse des équipements sécuritaires et prenne au sérieux leurs demandes pour un environnement sécuritaire pour eux et tous les usagers de la route. Ils considèrent que l'amélioration de leurs conditions de travail, notamment une diminution de la journée de travail, est une condition essentielle à la sécurité du public et à leur propre sécurité.

Les travailleurs du pays doivent se tenir fermement aux côtés des camionneurs de Brampton et leur fournir tout l'appui possible. Selon le cadre réglementaire actuel de leur contrat, ils sont tous considérés comme des travailleurs autonomes et n'ont que très peu de protection en vertu du Code canadien du travail, la législation qui régit les camionneurs interprovinciaux.

Les syndicats contestent depuis longtemps la classification de travailleurs autonomes qui ne fait pas de ceux-ci des travailleurs au sens de la loi. Cette désignation les exclut du Code du travail et les met sur le même pied que les employeurs qui les engagent à contrat. C'est une situation absurde où les camionneurs, qui sont engagés par contrat par un employeur qui achète leur capacité de travailler, sont considérés comme leurs propres employeurs et sont responsables de leurs conditions de travail. Cela veut dire qu'il ne jouissent pas, sur papier comme en pratique, de conditions de travail avec des normes de sécurité réglementées et gouvernées par une autorité publique, ce qui place les camionneurs, leurs droits et même le public dans une position vulnérable.

Tous les travailleurs ont le droit de s'organiser


En plus des difficultés que leur cause l'absence d'un régime légal qui établit des standards, les camionneurs font aussi face à de nouvelles dispositions légales qui font obstacle à la syndicalisation, la défense collective de leurs conditions contractuelles de travail. En vertu de nouvelles lois antiouvrières qui sont entrées en vigueur en 2014, au lieu de simplement signer une carte d'adhésion syndicale pour indiquer leur désir de se défendre collectivement, les travailleurs doivent maintenant participer à un vote secret qui va décider du statut légal de leur nouvelle organisation. Selon les organisateurs syndicaux, cela donne plus le temps aux employeurs de cibler, menacer, attaquer et isoler les chefs syndicaux, comme cela s'est produit à Brampton.

Une autre grande difficulté qui est propre aux camionneurs est leur éloignement constant les uns des autres dans l'exercice de leur travail quotidien. La création d'un esprit de défense collective dans ce contexte particulier relève de l'exploit et nous devons en féliciter les camionneurs de Brampton.

La bataille des camionneurs de Brampton en est une pour leurs droits et leur dignité en tant que producteurs de valeur dans l'économie. Ils ont droit au respect en tant que travailleurs et de s'organiser et de travailler à des salaires et des conditions de travail qui correspondent au travail qu'ils font, selon l'analyse et l'évaluation de leur situation qu'eux-mêmes mettent de l'avant.

Amarjit Singh Daroch, un des organisateurs, a décrit leur bataille en ces mots : « Tout le monde travaille premièrement pour se faire respecter, l'argent vient après. » La compagnie et l'autorité publique doivent respecter ces travailleurs et tous les autres qui sont dans leur position et reconnaître en pratique et légalement leur droit de s'organiser en collectif pour se défendre.

Les travailleurs à contrat sont les employés de ceux qui les ont engagés par contrat. Cela doit être reconnu en pratique et en loi selon les standards canadiens qui gouvernement l'emploi. Les camionneurs de Brampton, en tant que producteurs authentiques qui travaillent à contrat pour un employeur ont le droit de s'organiser, de déterminer et d'obtenir des salaires , des avantages sociaux et des conditions de travail qu'ils considèrent justes et nécessaires en rapport avec la position qu'ils occupent.

(Photos :CTAO)

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