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Le 7e Forum d'Halifax sur la sécurité internationale (FHSI) se tient du 22 au 22 novembre en tant que plate-forme de guerre et d'édification d'empire de l'impérialisme américain et de l'OTAN dans lequel le gouvernement canadien est totalement imbriqué. Des fauteurs de guerre de plus de 60 pays vont se joindre aux représentants du ministère de la Défense et à plus de 300 autres intervenants à ce forum, qui est basé à Washington, DC, « pour apprendre les uns des autres, partager leurs opinions, générer des idées nouvelles et les mettre en pratique ». Dans un communiqué de presse du 4 novembre, le président du FHSI, Peter Van Praagh, a salué le changement de la garde à Ottawa. « Nous applaudissons le premier ministre Trudeau d'avoir nommé une équipe aussi forte et diversifiée de dirigeants au Conseil des ministres. » « Le Forum d'Halifax sur la sécurité internationale ne saurait exister sans l'appui de nombreux ministères et agences », a dit Van Praagh. « Je tiens à remercier le gouvernement canadien sortant pour son appui solide et je suis impatient de travailler avec nos nouveaux partenaires, le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan et le ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique Navdeep Bains de même qu'avec nos partenaires du secteur privé du Halifax Canada Club. » Le forum initial de 2009 a servi à populariser la « doctrine de sécurité » de l'OTAN qui était alors nouvelle. Les forums subséquents ont servi à justifier « l'intervention humanitaire » de l'OTAN en Libye et en Afrique de même qu'en Syrie et en Iran. Ce forum-ci va sans doute être au service des plans sinistres de l'OTAN d'attaquer et de détruire le gouvernement Assad en Syrie sous prétexte de détruire le « terrorisme islamique » de l'EIIL et d'utiliser l'Ukraine comme rampe de lancement et plate-forme pour une agression de grande envergure contre la Russie. Ces forums bellicistes servent aussi aux États-Unis à former de nouveaux arrangements militaires pour intégrer les Forces armées canadiennes sous leur commandement. En 2009, le secrétaire d'État Robert Gates a annoncé que les marines américains allaient se livrer à un exercice dans l'Arctique pour y « défendre la souveraineté canadienne ». En 2011, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a annoncé que le Canada avait signé un protocole toujours secret pour se joindre à la stragégie du Pivot vers l'Asie du président Obama, qui vise la Chine et la République populaire démocratique de Corée. Le forum accorde toujours plus de place à la question de la » sécurité énergétique » pour veiller à ce que la production et l'exportation canadienne de pétrole et de gaz soient conformes aux plans des États-Unis et de l'OTAN, dans lesquels l'énergie est considérée comme une arme contre les puissances rivales comme la Russie. Des initiatives comme Forteresse Amérique ou Forteresse Amérique du Nord, l'accord de périmètre de sécurité qui fait partie du PSP, le PTP et l'AECG font partie du programme d'union avec les monopoles d'Amérique du Nord dans lequel la classe ouvrière et les ressources du Canada et du Mexique sont annexées par les États-Unis afin de pouvoir concurrencer l'Europe de manière plus efficace pour la domination de l'Asie. Le FHSI est une organisation à 100 % américaine qui est financée à coups de millions de dollars à même nos fonds publics que le gouvernement canadien remet aux organisateurs américains. Son ordre du jour en est un de destruction nationale et d'usurpation du pouvoir décisionnel en matière de politique étrangère et militaire du Canada, comme on le voit d'ailleurs au fait que les bureaux du FHSI sont situés au 1717 Rhode Island Avenue NW, Washington, DC. Cet ordre du jour demande que l'opposition et la résistance des travailleurs et des peuples, dont les Premières nations, au pillage sans limite de notre territoire, de notre travail et de nos ressources soit éliminée. C'est inacceptable qu'une ville comme Halifax, ou toute autre ville canadienne, serve de tribune pour planifier de nouveaux crimes contre la paix et les peuples du monde. Amenez vos bannières, votre musique et vos déclarations et surtout vos amis pour dénoncer cette conférence de guerre. Ne touchez pas à
la Syrie et à l'Irak !
98e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre Bâtissons le Parti communiste et le Front prolétarien!![]() Lénine déclare la victoire de la révolution socialiste lors du Deuxième Congrès panrusse des Soviets à l'Institut Smolny de Petrograd le 7 novembre 1917 (D. Nalbandyan). Le 7 novembre était le 98e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre 1917 sous la conduite de Lénine. La Révolution d'Octobre a ébranlé le vieux monde jusque dans ses fondements et a inauguré un monde nouveau. Sa victoire signalait la fin de la Première Guerre mondiale, qui fut un horrible affrontement entre puissances impérialistes pour le repartage du monde. La Révolution d'Octobre a créé le premier État socialiste et a réuni les conditions pour l'avènement du pouvoir soviétique, un projet d'édification nationale mené par le Front prolétarien. Sous la direction du Parti communiste, la classe ouvrière et la paysannerie retirèrent immédiatement la Russie de la guerre et entreprirent de régler les comptes avec leur propre bourgeoisie impérialiste et la classe des seigneurs féodaux. Le Front prolétarien et ses contingents de défense qui allaient devenir l'Armée rouge déroutèrent les forces policières et militaires de la bourgeoisie impérialiste et des seigneurs de Russie qui avaient le soutien d'une intervention militaire de quatorze pays. Le nouveau pays entreprit de bâtir le socialisme, non pas avec des énoncés de principe mais avec des actes pour garantir au peuple russe une éducation publique, un système de santé, des conditions de vie humaines et un contrôle de ses affaires économiques et politiques. Il s'agissait de réalisations sans précédent. Le pays fut rapidement industrialisé et une base matérielle était ainsi créée pour répondre aux besoins de la population et se défendre contre l'agression impérialiste. L'Union soviétique a écrit un chapitre inoubliable dans les annales de l'histoire des peuples en écrasant les hordes nazies qui prirent le pays d'assaut en 1941. Par leur lutte héroïque sous la direction du Parti communiste, les peuples soviétiques firent d'immenses sacrifices durant la Deuxième Guerre mondiale pour défaire les puissances de l'Axe : l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon militariste. L'Union soviétique montra aux peuples du monde que la bourgeoisie impérialiste peut être battue. Cela est possible si l'on défend et si l'on avance sur la voie de Lénine et du Front prolétarien. En défendant les grands principes du marxisme-léninisme, la Révolution d'Octobre de 1917 devint un événement d'une importance historique colossale. En effet, tant que ces principes furent défendus et développés, le projet socialiste d'édification nationale de l'Union des républiques socialistes soviétiques s'épanouit et devint une lueur d'espoir et d'inspiration pour les peuples du monde, les conviant à se saisir fermement de ses principes léninistes, à s'organiser et à mener à la victoire leur lutte pour le nouveau. La voie de la Révolution d'Octobre est tout aussi valide et nécessaire aujourd'hui qu'elle l'était en 1917. Ce n'est que lorsque ses principes furent abandonnés en Union soviétique et à l'étranger que le projet d'édification nationale des travailleurs s'est effondré et que le monde est entré dans une période de repli de la révolution. Ensemble, ouvrons la voie au progrès de la sociétéAprès l'effondrement de l'Union soviétique et des démocraties populaires, la bourgeoisie impérialiste est devenue extrêmement suffisante et s'est convaincue que le cauchemar de 1917 était terminé. Or, les résultats de sa « thérapie de choc » réactionnaire, de ses réformes et de sa quête de domination mondiale n'ont pas démontré la supériorité du système capitaliste sur le système socialiste, comme elle le prétendait. La restauration du capitalisme et de la primauté du droit bourgeoise dans l'ancienne Union soviétique et des anciennes démocrates populaires n'a pas enterré les réalisations de la Grande Révolution d'Octobre. Celles-ci n'ont pas disparu et elles vivent aujourd'hui dans les efforts héroïques pour défendre les principes léninistes pour ouvrir la voie au progrès de la société. La période sombre du repli de la révolution à l'échelle de la planète n'est pas un état permanent. La lutte du prolétariat et des peuples opprimés du monde contre le droit de monopole et contre l'offensive antisociale capitaliste brutale et les guerres d'agression lancées sous prétexte de mondialisation, de libre-échange, de compétitivité et sous des mots d'ordre trompeurs comme « responsabilité de protéger », est bien vivante. Le 98e anniversaire de la Grande Révolution
socialiste d'octobre arrive 24 ans après l'effondrement de
l'Union soviétique. L'humanité peut voir clairement que
la quête de domination mondiale de l'impérialisme
américain est dans une crise profonde. Tous peuvent voir
également que le pouvoir mis en place en Russie et dans les pays
d'Europe
de l'Est depuis la restauration capitaliste n'a pas livré la
prospérité et la sécurité promises pour les
peuples. L'euphorie de la bourgeoisie s'est évanouie depuis
longtemps. La primauté du droit établie et
rétablie dans ces pays remplace une forme de corruption par une
autre. Entretemps, les peuples qui ont été
écartés du pouvoir sont placés devant le
fait accompli de conflits sans fin et d'une détérioration
continuelle de leurs conditions et sont même livrés
à des guerres civiles réactionnaires et sanglantes, comme
en Ukraine. Aujourd'hui, l'anarchie et le chaos dominent tous les
aspects de la vie économique, politique, sociale et culturelle.
Les pays qui ont abandonné la voie de la Révolution
d'Octobre sont aux prises avec tous les maux du système
capitaliste : la pauvreté d'un côté et les
richesses fabuleuses des oligarchies de l'autre, et une grande
marginalisation du peuple par rapport aux affaires économiques
et politiques. ![]() Réunion du Soviet de Petrograd en 1917. Le soviet a été créé en mars 1917 suite à la révolution de février en tant qu'organisme représentatif des travailleurs et des soldats de la ville, séparé du conseil de ville ou de la Douma. Après l'abdication du tsar, il a gouverné la Russie parallèlement au gouvernement provisoire. Malgré les grands torts causés, les leçons de la Révolution d'Octobre et de ses principes léninistes ne sont pas prises au sérieux. L'obstination à maintenir les prescriptions sociales-démocrates est ancrée profondément et infecte aussi profondément le mouvement ouvrier, pas seulement en Europe mais partout dans le monde. Les sociaux-démocrates prétendent que le gouvernement est le pouvoir d'État ultime qu'il suffit de capturer pour pouvoir ensuite mettre en oeuvre des énoncés de principe socialistes. En attendant d'être au gouvernement, disent-ils, la classe ouvrière et ses alliés doivent se contenter de faire pression sur le pouvoir gouvernemental pour le convaincre d'être prosocial. Cette ligne politique de la voie parlementaire au socialisme est très enracinée dans les pays impérialistes. Quand Lénine l'a combattue sans compromis et a mené le prolétariat et les paysans de Russie à la victoire de la Révolution d'Octobre, cela devint évidemment la catastrophe pour les sociaux-démocrates qui, en alliance avec les nazis, ont tout fait pour détruire le projet d'édification nationale de la classe ouvrière et son influence positive dans le monde. Dans les pays impérialistes, y compris l'Union soviétique après la mort de Staline, la trahison du marxisme-léninisme et l'adoption d'une variante ou d'une autre du pragmatisme furent profondes et sur une grande échelle. Le dirigeant du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) Hardial Bains a mené une lutte résolue pour secourir la bannière du marxisme-léninisme et ses principes. Il a défendu la conclusion léniniste que le gouvernement est une des institutions au sein de l'État et qu'il est loin d'en être la plus puissante. Le pouvoir ultime est le pouvoir policier, qui établit différents paliers de police secrète constituée d'intérêts privés et comprend entre autres la police politique secrète et les agences d'espionnage. Le pouvoir policier, qui est contrôlé et dirigé par la bourgeoisie impérialiste au pouvoir, ne va pas permettre au socialisme de vaincre sans une bataille rangée. Tout gouvernement sérieux qui envisage le socialisme comme plus qu'un énoncé de politique doit se mesurer au pouvoir policier. Le pouvoir policier est le centre du pouvoir de la bourgeoisie impérialiste. La seule force qui puisse faire face au pouvoir policier et en venir à bout est le Front prolétarien dirigé par le Parti communiste. Dans les pays impérialistes, l'hésitation à bâtir le Front prolétarien est endémique en raison de facteurs multiples, dont l'énorme pression idéologique exercée par l'élite dirigeante, en particulier le pragmatisme, et en raison de l'abondance de richesse sociale qui est volée aux pays opprimés et peut être utilisée pour soudoyer les dirigeants et les intellectuels de la classe ouvrière. De la révolution à la contre-révolution, l'histoire connaît ses tours et détours et notre responsabilité est de faire en sorte que nous contribuions à ouvrir la voie au progrès de la société. En cette occasion importante, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) exprime sa pleine confiance que l'humanité va toujours garder en mémoire avec admiration et respect les journées d'octobre 1917 où les salves prolétariennes se sont fait entendre à l'aube d'un monde nouveau. L'histoire va à coup sûr connaître d'autres révolutions du calibre de la Grande Révolution socialiste d'Octobre. Les classiques marxistes et léninistes demeurent un guide vivant qui permet de transformer les succès que l'humanité a remportés jusqu'à maintenant en victoire durable. La confiance que nous avons dans la classe ouvrière et dans le facteur humain/conscience sociale nous inspire à bâtir le Parti communiste et le Front prolétatien en tant que condition subjective nécessaire de la révolution.
40e anniversaire de l'Opération Carlota de Cuba Payer notre dette à l'Afrique![]() « Le peuple cubain occupe une place spéciale dans le coeur des peuples de l'Afrique. Les internationalistes cubains ont fait une contribution à l'indépendance, à la liberté et à la justice en Afrique qui n'a pas d'équivalent par les principes et l'abnégation qui la caractérisent... Les Cubains sont venus dans notre région comme docteurs, enseignants, soldats, experts en agriculture mais jamais comme colonisateurs. Ils se sont retrouvés dans les mêmes tranchées que nous dans la lutte contre le colonialisme, le sous-développement et l'apartheid ». — Nelson Mandela Le 5 novembre 2015 est le 40e anniversaire du début de l'Opération Carlota, la mission de 15 ans de Cuba à la défense de l'indépendance de l'Angola qui a joué un rôle décisif dans les luttes de libération nationales et anticoloniales dans le sud de l'Afrique. Le discours occidental dominant marginalise toujours le rôle de grande envergure et décisif qu'a joué Cuba dans la lutte contre le régime d'apartheid d'Afrique du Sud. Non seulement la contribution des Cubains est-elle souvent ignorée mais on la traite comme si elle n'avait même jamais existé. Rien ne saurait, cependant, effacer la signification de première importance du rôle de Cuba. La Havane a lancé l'Opération Carlota le 5 novembre 1975 en réponse à une requête directe et urgente du gouvernement de l'Angola. Tout juste après avoir remporté son indépendance suite à une lutte anticoloniale longue et ardue, l'Angola a été confronté à une invasion de la part de l'Afrique du Sud raciste. L'Afrique du Sud était déterminée à détruire le gouvernement du nouvel Angola indépendant. Carlota a joué un rôle clé non seulement pour bloquer la poussée de l'Afrique du Sud vers Luanda (la capitale) mais pour expulser les Sud-Africains de l'Angola. La défaite des forces sud-africaines a été un développement majeur dans la lutte de libération nationale anticoloniale du sud de l'Afrique. À ce moment-là, un journal noir sud-africain, The World a parlé en ces termes de la signification de ces développements : « L'Afrique noire est présentement au sommet d'une vague qui a été créée par le succès cubain en Angola. L'Afrique noire voit devant elle la réalisation possible du rêve de la 'libération totale'. » Baptisée en l'honneur de la dirigeante d'une révolte contre l'esclavage qui a eu lieu à Cuba le 5 novembre 1843, l'Opération Carlota a duré plus de 15 ans. Plus de 330 000 Cubains y ont servi en Angola. Plus de 2000 d'entre eux sont morts en défendant l'indépendance de l'Angola et la liberté et le droit à l'autodétermination des peuples du sud de l'Afrique. Les enfants de l'Afrique sont de retour !
La solidarité de Cuba envers l'Angola n'était pas seulement l'aide d'un pays envers un autre, mais le soulèvement d'une partie de la diaspora africaine, le monde noir, à la défense de l'Afrique. Depuis le triomphe de la révolution cubaine le premier janvier 1959, Cuba n'avait cessé d'exprimer sa solidarité avec les peuples et le continent africains. En hommage à l'aide de Cuba aux luttes africaines de libération, Amilcar Cabral (le célèbre dirigeant de la lutte nationale et anticoloniale en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, a déclaré ce qui suit : « Je ne crois pas à la vie après la mort, mais, si une telle chose existe, nous pouvons être certains que les âmes de nos ancêtres qui ont été amenés en Amérique comme esclaves se réjouissent aujourd'hui de voir leurs enfants réunis et travaillant ensemble pour nous aider à être indépendants et libres. » L'engagement de la révolution cubaine envers l'Angola a commencé dans les années 1960 quand des relations ont été établies avec le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA). Le MPLA a été la principale organisation de la lutte pour libérer l'Angola du colonialisme portugais. Les Portugais se sont retirés d'Angola en 1975. Cependant, afin d'empêcher le MPLA d'arriver au pouvoir, les États-Unis finançaient déjà différents groupes, surtout l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) dirigée par son chef notoire Jonas Savimbi. En octobre 1975, l'Afrique du Sud a envahi l'Angola avec l'appui de Washington. Le 5 novembre 1975, la direction révolutionnaire cubaine s'est réunie pour discuter de la situation en Angola et de la requête du gouvernement angolais pour de l'aide militaire afin de repousser les forces d'invasion sud-africaines. La décision de déployer des troupes de combat a fait avorter la tentative du régime d'apartheid d'Afrique du Sud de faire de l'Angola son protectorat.
L'engagement cubain dans le sud de l'Afrique a souvent été qualifié de geste mené pour le compte de l'Union soviétique. Ce mythe insidieux a été entièrement réfuté. Dans ses mémoires intitulées « In Search of Enemies : A CIA Story », le directeur des opérations de la CIA en Angola pendant l'invasion par l'Afrique du Sud en 1975 et la période qui l'a immédiatement suivie, a écrit que « nous avons appris que ce n'est pas sur l'ordre de l'Union soviétique que Cuba a agi. Au contraire, c'est à partir de leurs propres raisons idéologiques que les dirigeants cubains ont décidé qu'ils devaient intervenir. » Dans son célèbre livre, Conflicting Missions : Havana, Washington and Africa, 1959-76, Piero Gliejeses a démontré que le gouvernement cubain, comme il l'a dit à plusieurs reprises, n'a décidé de déployer des troupes en Angola qu'après avoir reçu la requête d'aide militaire du gouvernement angolais pour repousser les Sud-Africains. Ceci réfute l'affirmation de Washington à l'effet que les forces sud-africaines ne seraient intervenues en Angola qu'après l'arrivée des troupes cubaines. L'Union soviétique n'a joué aucun rôle dans la décision de Cuba et n'en a pas été informée avant que les troupes cubaines ne soient déployées. Bref, Cuba n'était pas la marionnette de l'URSS. Même le magazine The Economist (qui n'est pas un ami de Cuba), a admis dans un article de 2002 que le gouvernement cubain avait agi de « son propre chef ». Le fait que Cuba puisse agir de son propre chef, indépendamment de la volonté des grandes puissances, était non seulement quelque chose d'anathème pour Washington mais d'inconcevable. Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité nationale et plus tard secrétaire d'État, a déclaré de façon catégorique en 1969 que « rien d'important ne peut venir du sud. Le sud n'a jamais rien produit d'historique. L'axe de l'histoire passe par Moscou, puis par Bonn, puis par Washington et enfin par Tokyo. Ce qui se passe dans le sud est sans importance. » Que Cuba, un pays pauvre du « Tiers Monde », une nation latino-africaine, puisse agir de son propre chef et, par son action indépendante, façonner l'histoire enrageait Kissinger. Plusieurs plans militaires ont été tracés par le Pentagone à sa demande en 1975 et 1976 pour punir l'île d'avoir osé défier l'ordre impérial et sa hiérarchie raciste dans le monde. Ces plans détaillés allaient du bloc naval jusqu'au bombardement aérien et à l'invasion totale. Ils n'ont pas été mis en oeuvre mais ils ont été discutés et débattus sérieusement aux plus hauts échelons du gouvernement des États-Unis, ce qui montre de manière poignante quels dangers Cuba a encourus et acceptés avec sa défense internationaliste de l'Angola. La guerre de terreur de l'Afrique du SudL'État raciste d'Afrique du Sud ne pouvait
survivre qu'en établissant sa domination dans tout le sud de
l'Afrique. Prétoria avait militarisé l'État
sud-africain à cette fin et en avait fait un instrument de
défense du système raciste et de guerre de terreur dans
la région. ![]() Jonas Savimbi et le président sud-africain P.W. Botha se serrent la main lors d'une visite du président et d'autres haut représentants aux quartiers-généraux de l'UNITA à Jamba en Angola. De 1975 à 1988, les forces armées sud-africaines ont mené une campagne de déstabilisation massive de la région. Cette guerre de déstabilisation a causé une dévastation terrible. Le coût financier et humain ne se mesure pas seulement en dommages et en morts directs, mais également en morts à plus long terme et en perte de revenus économiques dans l'avenir à cause de la destruction de l'infrastructure, de l'agriculture et des réseaux de pouvoir électrique. S'il n'est pas facile d'évaluer le coût et les dommages économiques causés par cette guerre, nul doute qu'ils ont été énormes. Selon une étude qui s'arrête à 1988, le coût économique total encouru par les États de la ligne de front a dépassé le 45 milliards $ US, soit 22 milliards $ pour l'Angola, 12 milliards $ pour le Mozambique, 7 milliards $ pour la Zambie et 3 milliards $ pour le Zimbabwe. Le coût humain est immense. La Commission de vérité et de réconciliation d'Afrique du Sud a écrit que « le nombre de personnes tuées à l'intérieur des frontières du pays au cours de la lutte de libération est très inférieur au nombre de celles qui sont mortes à l'extérieur du pays ; la majorité des victimes des efforts du gouvernement d'Afrique du Sud pour se maintenir au pouvoir sont tombées à l'extérieur du pays. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes directement ou indirectement des activités agressives du gouvernement sud-africain contre ses voisins. Les vies et les moyens de subsistance de milliers d'autres ont été perturbés par les attaques systématiques contre l'infrastructure de certains des pays les plus pauvres d'Afrique ». Entre 1981 et 1988, on estime le nombre de victimes (directes et indirectes) à environ 1,5 million dont 825 000 enfants. Elles sont les résultats des soulèvements parrainés par Pretoria ( l'UNITA en Angola et le Renamo au Mozambique) et des actions militaires directes des forces armées sud-africaines. L'Afrique du Sud a mené un grand nombre de raids de bombardements, d'incursions armées et d'assassinats dans les pays voisins. Un exemple notoire est le massacre du 4 mai 1978 dans un camp de réfugiés namibiens situé dans la ville de Kassinga dans le sud-ouest de l'Angola où une attaque aérienne et aéroportée de l'Afrique du Sud a causé la mort de centaines de personnes et mené à la capture de centaines d'autres.
Peut-être que c'est le président de la Tanzanie, feu Julius Nyerere, qui a le mieux caractérisé la situation quand il a dit en 1986 : « Quand la guerre cesse-t-elle d'être une guerre ? Apparemment, lorsqu'elle est menée par le plus fort contre le plus faible sous forme de frappe préventive. Quand le terrorisme cesse-t-il d'être du terrorisme ? Apparemment, quand il est l'oeuvre d'un gouvernement plus puissant contre ceux au pays et à l'étranger qu'il considère une menace potentielle ou qui ne sont pas emballés par ses objectifs. Ce sont les seules conclusions qu'on peut tirer à la lumière de la vaste condamnation du terrorisme et de l'agression à laquelle on assiste au moment même où certains pays sont capables d'en attaquer d'autres avec impunité et d'organiser des assassinats, des enlèvements et une destruction à grande échelle avec l'appui de certains membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. L'Afrique du Sud est un de ces pays. » La bataille de Cuito Cuanavale
Cuito Cuanavale a été un point tournant dans la lutte contre l'apartheid. De novembre 1987 à mars 1988, les forces armées sud-africaines ont essayé à plusieurs reprises, mais en vain, de s'emparer de Cuito Cuanavale. Dans le sud de l'Afrique, cette bataille est devenue légendaire. Elle est considérée comme LA débâcle de l'apartheid, une défaite des forces armées sud-africaines qui a changé le rapport de forces dans la région et annoncé la chute du régime raciste d'Afrique du Sud. Cuito Cuanavale a fait échec à l'objectif de Pretoria d'établir son hégémonie régionale (une stratégie qui était vitale à la défense et au maintien de l'apartheid). Cette bataille a directement mené à l'indépendance de la Namibie et a accéléré le démantèlement de l'apartheid. On s'y réfère souvent comme au Stalingrad africain de l'apartheid. Cuba y a joué un rôle clé du point de vue renforcements, matériaux et planification. En juillet 1987, les FAPLA, les forces armées angolaises, ont lancé une offensive contre l'UNITA, l'organisation fantoche de l'État de l'apartheid. Les Cubains se sont objectés à cette opération militaire parce qu'elle allait créer le prétexte à une invasion de la part de l'Afrique du Sud, ce qui s'est produit. Les Sud-Africains ont envahi le pays, arrêté et fait reculer les forces angolaises. Accablés par de terribles pertes humaines et matérielles, les Angolais ont été forcés de faire une longue retraite vers la ville et la base militaire stratégique de Cuito Cuanavale. Alors que le combat se déplaçait vers Cuito Cuanavale, les forces armées angolaises ont été mises dans une situation extrêmement précaire où la plupart des formations d'élite risquaient l'annihilation. En fait, l'existence même de l'Angola était menacée. Si Cuito Cuanavale tombait aux mains de l'Afrique du Sud, le reste du pays allait être à la merci des envahisseurs. Le général angolais Antonio dos Santos a illustré la signification stratégique de la défense de la ville en disant que « s'ils [les Sud-Africains] avaient remporté la bataille de Cuito Cuanavale, la voie vers le nord de l'Angola aurait été libre ». Déterminée à transformer son succès militaire initial en un coup fatal contre un Angola indépendant, Pretoria a utilisé ses meilleures troupes et son équipement militaire le plus sophistiqué pour essayer de prendre Cuito Cuanavale. Lorsque la situation des troupes angolaises assiégées est devenue critique, le gouvernement angolais a demandé à La Havane d'intervenir. Le 15 novembre 1987, Cuba a décidé de renforcer ses troupes en envoyant de nouveaux détachements de même que des armes et de l'équipement dont des tanks, de l'artillerie, des armes anti-aériennes et des avions. Le contingent cubain s'est monté à 50 000 soldats. Pour un petit pays comme Cuba, un déploiement de 50 000 soldats équivaut au déploiement de plus d'un million de soldats par les États-Unis ou de plus de cent mille par le Canada.
Selon le gouvernement cubain, il fallait à tout prix empêcher que Cuito Cuanavale ne tombe. Une victoire de l'Afrique du Sud aurait signifié, en plus de la prise de la ville et de la destruction des meilleures formations militaires angolaises, la fin possible de l'Angola en tant que pays indépendant. La direction révolutionnaire de Cuba a également décidé d'aller plus loin que la défense de Cuito Cuanavale. Elle a décidé de déployer les forces nécessaires et elle a élaboré un plan pour à la fois mettre fin une fois pour toutes à l'agression sud-africaine contre l'Angola et porter un coup décisif à l'État raciste. Une défense réussie de Cuito Cuanavale serait le prélude à une grande stratégie de vaste portée qui allait changer l'équilibre des forces dans la région. Les Cubains et les Angolais ont fait échouer la tentative de l'Afrique du Sud de s'emparer de Cuito Cuanavale. En gardant les Sud-Africains occupés à Cuito Cuanavale, les Cubains ont accompli un coup stratégique en effectuant une manoeuvre de débordement. À l'ouest de Cuito Cuanavale et le long de la frontière avec la Namibie, La Havane a déployé 40 000 soldats, appuyés par 30 000 soldats angolais et 3000 soldats de la SWAPO. Pretoria avait tellement concentré ses efforts sur la prise de Cuito Cuanavale qu'elle a prêté le flanc à une contre-attaque militaire majeure. Les Cubains se sont dirigés vers la Namibie de concert avec les forces angolaises et de la SWAPO. Cette avance a mis à nu l'insécurité et la vulnérabilité des troupes sud-africaines dans le nord de la Namibie. Cette vulnérabilité était telle qu'un officier sud-africain de haut rang a dit que « si les Cubains avaient attaqué [la Namibie], ils s'en seraient emparés. Nous n'aurions pas pu l'empêcher ». Les problèmes de l'Afrique du Sud se sont encore aggravés avec sa débâcle à la fin de juin 1988 à Calueque et Tchipia, où les Sud-Africains ont subi des défaites sérieuses qu'un journal sud-africain a qualifiées d'« humiliation cuisante ». Cuba a aussi établi sa suprématie dans les airs. Face à cette force puissante mobilisée dans le sud de l'Angola et à la perte de leur suprématie aérienne, les Sud-Africains se sont retirés de l'Angola. Cette défaite sur le terrain a forcé l'Afrique du Sud à négocier, ce qui a mené à l'indépendance de la Namibie et rapproché de beaucoup la fin de l'apartheid. L'équilibre des forces dans la région a été transformé profondément. La spécialiste de renom Victoria Brittan a dit de Cuito Cuanavale qu'il est devenu « un symbole dans tout le continent à l'effet que l'apartheid et son armée n'étaient plus invincibles ». Dans un discours prononcé à La Havane en juillet 1991, Nelson Mandela a parlé du rôle crucial qu'ont joué Cuito Cuanavale et Cuba : « Le peuple cubain occupe une place
spéciale dans le coeur des peuples d'Afrique. La contribution
qu'ont faite les internationalistes cubains à
l'indépendance africaine, à la liberté et à
la justice est unique de par son caractère de principe et
désintéressé. Nous les Africains sommes
habitués à subir les assauts de pays qui veulent
dépecer
notre territoire et subvertir notre souveraineté. C'est quelque
chose d'unique dans l'histoire de l'Afrique que de voir un autre peuple
se dresser à la défense de l'un d'entre nous. La
défaite de l'armée de l'apartheid a été une
inspiration pour le peuple combattant d'Afrique du Sud ! Sans la
défaite de Cuito Cuanavale, nos organisations
auraient continué d'être bannies ! C'est grâce
à la défaite de l'armée raciste à Cuito
Cuanavale que je peux être ici devant vous aujourd'hui !
Cuito Cuanavale a été un moment clé de l'histoire
de la lutte pour la libération du sud de
l'Afrique ! » ![]() ![]() À gauche : Des combattants de Umkhonto we Sizwe (la Lance de la nation), l'aile armée du Congrès national africain ; à droite : Nelson Mandela et Fidel Castro lors de la visite de Mandela à Cuba en 1991 En 1994, Mandela a déclaré ce qui suit : « Si les Sud-Africains aujourd'hui jouissent des droits de la démocratie ; s'ils sont enfin capables de s'attaquer à la pauvreté rampante causée par un système qui leur refusait même les choses de première nécessité, c'est aussi grâce à l'appui plein d'abnégation de Cuba à la lutte pour libérer le peuple d'Afrique du Sud et des pays de la région du régime inhumain et destructeur de l'apartheid. Nous en remercions le peuple cubain du fond du coeur. » Le revirement militaire qui s'est produit en Angola en 1987-1988 a porté un coup mortel au régime de l'apartheid. La bataille de Cuito Cuanavale a mis fin à son rêve (qui était le cauchemar des peuples de la région) d'établir son hégémonie dans tout le sud de l'Afrique et de prolonger de cette façon la vie du régime raciste. Payer notre dette à l'humanitéComme témoin et participant direct aux luttes de libération anticoloniales et nationales en Afrique, le défunt Jorge Risquet a toujours parlé des liens profonds qui unissent Cuba et l'Afrique. Ce lien historique indissoluble est le fondement poignant de la solidarité de Cuba avec l'Afrique. Dans un discours de 2012 en l'honneur du grand panafricaniste Kwame Nkrumah, Risquet a dit :
Les circonstances ont peut-être changé mais la solidarité de Cuba avec l'Afrique se poursuit. Cuba a fait une contribution vitale à la lutte contre l'épidémie d'Ebola dans les pays ouest-africains de la Guinée, du Libéria et de Sierra Leone. L'équipe médicale cubaine a été de loin la plus grande que n'importe quel pays ait envoyée. Côte-à-côte avec les peuples de l'Afrique de l'Ouest, les médecins et le personnel infirmier cubain sont venus dans la région pour se joindre à la lutte contre l'Ebola. Comme l'a déclaré Jorge Lefebre Nicolas, l'ambassadeur de Cuba au Liberia : « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que nos frères d'Afrique vivent des moments difficiles. » Lors de la réunion du 16 septembre 2014 du Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant de Cuba a dit : « L'humanité a une dette envers l'Afrique. Nous ne pouvons pas les laisser tomber ». Même le Wall Street Journal a écrit que « peu ont répondu à l'appel, mais il y a un pays qui a répondu avec force, Cuba ». On dit souvent que Cuba est le seul pays étranger
qui est allé en Afrique et en est ressorti avec rien d'autre que
les cercueils de ses fils et filles qui ont donné leur vie dans
les luttes pour la libération de l'Afrique. Le rôle qu'a
joué Cuba en Angola illustre bien la division qui existe entre
ceux qui combattent pour la cause de la liberté, de la
libération et de la justice, et ceux qui luttent contre les
causes justes et qui mènent la guerre à des fins
d'occupation, de colonisation et d'oppression. Les missions
internationalistes de Cuba font mentir ceux qui disent que les
relations entre les pays et les nations du monde sont et ne peuvent
qu'être régies par l'intérêt étroit et
la quête de pouvoir et
de richesse. Cuba montre que c'est possible de bâtir des
relations qui reposent sur une solidarité véritable et
l'amour social. Son exemple est une preuve que les alternatives
existent qui permettent aux peuples de réaliser leurs
aspirations les plus profondes et qu'un monde nouveau et meilleur est
possible. ![]() ![]() Des couronnes sont déposées au Monument à l'esclave rebelle, à l'ancienne plantation de sucre dans la province de Matanzas le 5 novembre 2015, lors des célébrations du 40e anniversaire de l'Opération Carlota. Les participants comprennent Candido Pereira dos Santos Van-Dunem, ministre de la défense de l'Angola, et Miguel Diaz-Canel (à l'extrême-droite), premier vice-président des conseils d'État et des Ministres. Isaac Saney enseigne l'histoire à l'Université Dalhousie et l'Université Saint Mary à Halifax. Il est coprésident et porte-parole du Réseau canadien sur Cuba. Il est en train de mettre la dernière touche à son livre « Africa's Children Return ! Cuba, the War in Angola and the End of Apartheid » ( Les enfants de l'Afrique sont de retour ! Cuba, la guerre en Angola et la fin de l'apartheid).
Toronto, 13-14 novembre:
|
![]() Jorge Risquet salue l'ambassadeur angolais d'alors au Canada, Agostinho Tavares, lors d'une visite à Toronto, le 27 septembre 2013. |
En septembre 2013, Risquet a visité Toronto, en tant que participant au colloque international sur le thème « La guerre inconnue de l'Afrique : la terreur sous l'apartheid, Cuba et la libération de l'Afrique australe » organisé par le Réseau canadien sur Cuba. Il a tenu l'auditoire en haleine par ses récits des événements qui ont conduit à la déclaration d'indépendance de la Namibie en 1990. Son rôle exemplaire en tant que révolutionnaire internationaliste engagé a inspiré ceux qui ont eu l'honneur de le connaître.
Risquet est mort à La Havane à 85 ans à la suite d'une longue et grave maladie. Né à La Havane le 6 mai 1930, il s'est joint en 1943 au mouvement révolutionnaire de la jeunesse. Il a été le représentant de Cuba et le chef pour l'Amérique latine de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique et a effectué une mission internationaliste au Guatemala en 1954.
Durant la dictature de Fulgencio Batista, il a été enlevé, torturé et incarcéré. Il s'est joint à l'armée rebelle en 1958 sur la 2e front de l'est, Frank País.
Après le triomphe de la Révolution, il a occupé de nombreux postes dont celui de chef du département politique et chef des opérations de l'armée dans l'ancienne province d'Oriente, secrétaire organisationnel du Comité provincial du Parti uni de la révolution socialiste de Cuba (qui est deevenu le Parti communiste de Cuba) dans cette province, dirigeant du bataillon internationaliste « Patricio Lumumba » au Congo Brazzaville, ministre du Travail et chef de la mission internationaliste cubaine civile en République populaire d'Angola entre 1975 et 1979.
En 1988, il a dirigé la délégation cubaine aux négociations quadripartites (Cuba--Angola-États-Unis-Afrique du Sud).
Il a été membre du comité central du Parti communiste de Cuba depuis sa création ; membre du Secrétariat de 1973 à 1990 ; membre du Bureau politique de 1980 à 1991 et député à l'Assemblée nationale du pouvoir populaire depuis sa fondation jusqu'en 1993.
Diplômé en journalisme, fondateur de plusieurs publications et auteur de nombreux articles, il a agi à titre de conseiller dans le processus de la création et l'édition d'oeuvres importantes, en particulier d'oeuvres traitant de la lutte de libération des peuples africains.
Le 29 septembre ses cendres ont été déposées au Mausolée des anciens combattants dans le cimetière Colon de la ville. Elles seront transférées au Mausolée du 2e front de l'est, Frank Pais à une date ultérieure.
(ACN, La Havane, le 29 septembre 2015)

Jorge Risquet est le frère que je n'ai jamais eu. Nous travaillions ensemble depuis 1994. Il avait été nommé par Fidel et Raul Castro pour superviser mon accès aux archives classifiées de Cuba et dirigeait la commission de déclassification qui avait été mise sur pied pour faciliter ma recherche sur la politique cubaine en Afrique.
Au début, notre relation fut cordiale et professionnelle. J'appréciais l'intelligence de Risquet, sa profonde connaissance de l'Afrique et son sens de l'humour. C'était plaisant de travailler avec lui, plaisant et utile, car il était incisif dans ses critiques et il m'a souvent aidé à comprendre que mon analyse de certains aspects de la politique cubaine en Afrique était erronée.
Avec le temps, le respect et l'admiration que j'avais pour Risquet se sont transformés en une amitié qui n'a jamais cessé de se renforcer. Pendant plus de vingt ans, il est devenu pour moi un frère, le seul frère que j'aie jamais eu. Le vide que son décès a laissé dans ma vie est immense.
Certains parleront sans doute de la participation
remarquée de Risquet à la Jeunesse du Parti communiste
cubain, de sa résistance héroïque à la
torture lorsqu'il fut capturé par la police de Batista à
la fin de 1956, de ses actions dans la Sierra Maestra aux
côtés de Raul Castro et de plusieurs autres
épisodes d'une vie belle et remplie. Pour
l'instant, je veux rappeler un aspect de la vie de Risquet que je
connais bien, le rôle qu'il a joué en Afrique en tant que
représentant de Fidel Castro et de la Révolution cubaine.

Le périple de Risquet en Afrique commence en juillet 1965 lorsque Fidel le choisit pour diriger la colonne cubaine qu'il avait envoyée au Congo-Brazzaville. Sans trop m'éterniser, je veux souligner que Risquet et la colonne cubaine ont réalisé à la perfection la tâche que Fidel leur avait confiée. En effet, ils ont sauvé le gouvernement progressiste de ce pays d'un coup d'État militaire, et ce, sans verser une seule goutte de sang. Ils ont aussi mené la première campagne de vaccination de l'histoire du Congo-Brazzaville, et donné de la formation militaire aux guérillas d'Agostinho Neto du MPLA. Il s'agissait du premier contact entre Cuba et le MPLA.
Le nom de Risquet sera pour toujours associé à l'Angola, même si certains Angolais cherchent maintenant à passer sous silence le rôle glorieux que Cuba y a joué, de 1975, lorsque les premiers soldats cubains sont arrivés pour repousser l'invasion sud-africaine (encouragée par Washington), à 1991, lorsque les derniers soldats cubains sont retournés chez eux. Pendant tout ce temps, Risquet a été l'homme de confiance de Fidel Castro en Angola. Dans ce rôle, il a eu à confronter non seulement les Américains mais aussi les Soviétiques.
Au moment d'écrire ces mots, deux moments me viennent immédiatement à l'esprit. Premièrement, la rencontre en décembre 1983 de Risquet avec le général Valentin Varennikov, le troisième plus haut officier de l'Armée rouge. Ils se sont rencontrés à Luanda au quartier général de la mission militaire cubaine. Dans ses mémoires sur cette époque, Varennikov a écrit : « Suite aux échanges de civilité d'usage, nous sommes entrés dans le vif du sujet. Risquet a pris la parole le premier. Je n'ai pas émis d'objection, mais lorsque ce fut à mon tour de parler, j'ai dit avec une pointe d'ironie : 'Et moi qui pensais en toute naïveté qu'en tant qu'invité j'allais prendre la parole le premier'. Risquet a rétorqué : « Nous ne considérons pas qu'un général soviétique est un invité parmi nous. » [1]
La discussion qui a suivi met en lumière les relations cubaines-soviétiques en Angola, comment les Cubains agissaient avec leur « grand frère », et comment Risquet pouvait être à la fois ferme et diplomatique.
Risquet a commencé par rappeler au général qu'en novembre 1982 Andropov avait dit à Castro : « Notre relation doit toujours reposer sur la franchise, l'honnêteté et la loyauté. Il a dit quelque chose que le camarade Fidel a beaucoup apprécié... :'Nous ne devons jamais hésiter à dire la vérité ou à exprimer une opinion juste pour ne pas mettre l'autre mal à l'aise'...S'adressant toujours à Varennikov, il a dit : « Je vais suivre ce principe. » Puis, au nom de Raul Castro, il a commencé à réprimander Varennikov pour la stratégie militaire erronée que la mission militaire soviétique préconisait en Angola. Risquet a parlé avec une ironie subtile et de façon intelligente et directe.
« Je vous ai parlé il y a quelques jours de l'amitié et de la fraternité que l'Union soviétique nous inspire », dit Risquet à Varennikov, « comment, pour nous, les soldats soviétiques sont à la fois nos guides et nos frères, et combien Cuba a toujours apprécié votre expertise militaire. Mais je vous ai aussi expliqué que nous avons des différends pour ce qui est de l'Angola... Nous voulons dire clairement, camarade général de l'Armée, que le commandement militaire cubain ne se laissera pas entraîner dans une quelconque aventure...Nous sommes responsables de la sécurité de nos soldats et nous ne les laisserons pas être sacrifiés sans raison ». Et Risquet de conclure : « Soyez assurés, cher camarade général de l'Armée, que si les Sud-Africains décident d'attaquer la ligne que nous défendons, nous les combattrons férocement et sans hésitation aucune. Par contre, il faut que vous sachiez que nous refuserons catégoriquement de risquer la vie de même un seul Cubain dans une opération que nous considérons comme étant mal avisée et irréaliste...Croyez moi, camarade général de l'Armée, je ne trouve aucun plaisir à parler ainsi. Nous comprenons le malaise que vous devez ressentir face à une situation pour laquelle vous n'êtes nullement responsable...Pour nous, les Soviétiques sont des frères, mais néanmoins nous jugeons nécessaire de vous dire tout cela afin que vous puissiez retourner en Union soviétique bien au fait des opinions de notre ministre de la Défense ». [2]
Risquet a toujours dit lors de nos conversations qu'il ne faisait qu'exécuter les directives de Fidel et de Raul. Il oubliait de mentionner qu'il accomplissait sa tâche avec une intelligence, un brio et une éloquence hors du commun.
L'éloquence, l'intelligence et le brio ont
marqué le travail de Risquet quand il a dirigé la
délégation cubaine lors des négociations
quadripartites de 1988 (auxquelles participaient l'Afrique du Sud, les
États-Unis, Cuba et l'Angola) qui visaient à
établir la paix en Afrique du sud-ouest. La ronde
décisive a eu lieu au Caire, vers la fin du mois du
juin 1988. Les troupes cubaines avaient déjà vaincu
l'offensive de l'Afrique du Sud contre Cuito Cuanavale en Angola du
sud-est, des colonnes cubaines avançaient vers le sud-ouest en
direction de la frontière namibienne, et les MIG cubains
volaient au-dessus de la Namibie du nord.

La ronde du Caire fut la dernière tentative de la part de l'Afrique du Sud de présenter ses revendications ridicules : le retrait simultané de leurs troupes et des troupes cubaines de l'Angola, un gouvernement d'unité nationale du MPLA et de Savimbi à Luanda, et la suspension de toute discussion au sujet de l'indépendance de la Namibie. Ces demandes étaient absurdes puisque, comme l'avait déclaré Raul Castro quelques jours avant la ronde du Caire, Cuba avait réussi à renverser la vapeur [3] : les troupes cubaines avaient prouvé leur supériorité sur l'armée d'apartheid en Angola, et les Américains et les Sud-Africains le savaient très bien.
C'est Risquet qui, toujours aussi éloquent, passionné, et maître dans l'art du sarcasme, avait dominé la ronde du Caire. « Le manque de sérieux et de réalisme du document proposé par le gouvernement de l'Afrique du Sud n'est rien de moins qu'une mauvaise blague », avait-il dit, au sujet des revendications mises de l'avant par la délégation sud-africaine. « L'époque de vos aventures militaires, de vos actes de spoliation menés avec impunité, de vos massacres de réfugiés, comme ceux de Cassinga en 1978, et de crimes semblables contre le peuple d'Angola, cette époque est révolue...Les Sud-Africains doivent comprendre qu'ils ne sortiront pas gagnants de cette table pas plus qu'ils ne l'ont fait sur le champ de bataille...Ils ne peuvent pas se permettre d'agir en vainqueurs puisqu'ils sont en fait une armée d'agresseurs décimée qui bat la retraite. Les Sud-Africains veulent connaître le nombre exact de troupes cubaines en Angola et leurs positions exactes. Ce ne sont pas là des informations que l'on divulgue à l'ennemi. S'ils veulent les obtenir, qu'ils viennent les chercher sur le champ de bataille. » [4]
Suite à la dernière session plénière, le chef de la délégation des États-Unis, le secrétaire d'État adjoint pour l'Afrique, Chester Crocker, est allé trouver Risquet. Crocker était de ceux-là qui croient que la vertu la plus utile pour un diplomate étasunien est l'arrogance. Il avait l'habitude d'agir ainsi envers les fonctionnaires angolais, qu'il réprimandait et à qui il faisait la leçon. Mais maintenant l'individu devant lui était un Cubain, un représentant de Fidel Castro, dont les soldats marchaient d'un pas ferme vers la frontière namibienne. La grande préoccupation de Washington et de Pretoria était : est-ce que les Cubains vont s'arrêter à la frontière ? C'est la question brûlante que Crocker voulait poser à Risquet.
« Ma question est la suivante », a-t-il demandé à Risquet : « Cuba a-t-elle l'intention d'arrêter le mouvement de ses troupes à la frontière entre la Namibie et l'Angola ? » Ce à quoi Risquet a répliqué : « Je ne peux vous répondre. Je ne suis pas en mesure de vous administrer, à vous et aux Sud-Africains, un Meprobamato [un tranquilisant cubain bien connu]... Je ne saurais dire si nos troupes vont s'arrêter ou pas...Écoutez bien, ce n'est pas une menace. Si je vous disais qu'elles n'arrêteront pas, à ce moment-là, ce serait une menace. Si je vous disais qu'elles vont s'arrêter, ce serait comme vous donner un Meprobamato, une Tylenol. Je ne cherche ni à vous menacer ni à vous rassurer... Ce que je dis c'est que la seule façon de garantir que nos troupes s'arrêtent à la frontière est d'en arriver à une entente sur l'indépendance de la Namibie. » [5]
Certaines personnes à Cuba ont critiqué Risquet pour la fermeté de sa réponse à Crocker. Comme de raison, parfois c'est nécessaire d'y aller en douceur. Par contre, parfois il faut être ferme. Risquet avait compris lors de son échange avec Crocker qu'un ton ferme s'imposait puisque seule la crainte de voir les troupes cubaines victorieuses entrer en Namibie forcerait les États-Unis et l'Afrique du Sud à accepter les justes revendications de Cuba et de l'Angola. Et il avait raison. Revenant sur la ronde du Caire et son altercation avec Risquet, Crocker a fait le commentaire suivant : « Comprendre les Cubains est un art en soi. Ils sont prêts tant pour la guerre que pour la paix... Nous ne pouvons que reconnaitre la finesse des tactiques et les manoeuvres d'une grande créativité qui sont faites à la table. Ils font cela avec en toile de fond les déclarations à l'emporte-pièce de Castro et l'extrême puissance que son armée projette sur le terrain. » [6]
C'est vrai que Risquet exécutait les directives de Fidel et de Raul, mais il l'a fait avec un tel aplomb !
Et voilà que cet homme si noble, si
généreux et si dévoué à la
révolution et à ses dirigeants, n'est plus. Cuba a perdu
un grand homme, et moi, un frère.

1. Valentin Varennikov, Nepovtorimoe, Moscou :
Sovestskii pisatel, 2001, 4 : 272-73.
2. Memcon (Risquet, Varennikov), 25 déc. 1983,
Centro de Información de las Fuerzas Armadas Revolucionarias,
Havana.
3. «Reunión con el Comandante en Jefe
el 18/6/88, » ibid.
(Titre
ajouté
par
LML)
4. «Conversaciones RPA-Cuba
EEUU-RSA, » 24 juin 1988, session d'après-midi,
Archive du comité central du Parti communiste de Cuba, Havane.CC.
5. Memcon (Risquet, Crocker), 26 juin 1988, ibid.
6. Crocker au secrétaire général,
25 août 1988, p. 6, archive de la Sécurité
nationale, Washington DC.
(Traduction:
LML)
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