Le Marxiste-Léniniste

Numéro 19 - 21 avril 2015

Le gouvernement présente son
10e «Plan d'action économique»

L'évangile de l'équilibre budgétaire
de Stephen Harper


Réunion du Conseil de la fédération à Québec
sur les changements climatiques

Les premiers ministres manquent à leur
responsabilité de protéger l'environnement

- Louis Lang -


Le scandale au Sénat et le procès de Mike Duffy
Les manoeuvres inconstitutionnelles du gouvernement Harper
pour éliminer le Sénat font l'objet d'une contestation judiciaire

- Anna Di Carlo et Pauline Easton -


Importants développements internationaux
Journée des prisonniers palestiniens contre la criminalisation
de la politique d'opposition à l'occupant israélien

Un appel à la Cour pénale internationale d'enquêter sur les violations graves des droits des prisonniers politiques palestiniens
- Addameer -

Commémoration à Toronto de la victoire de la révolution
bolivarienne du Venezuela

Le président Obama retire officiellement Cuba de la liste des États
soutenant le terrorisme

L'intégration militaire du Mexique aux États-Unis
- Pablo Moctezuma Barragan -

L'Accord de libre-échange qui a détruit le Mexique
- Vicky Peláez, Sputnik News -

54e anniversaire de la victoire de Cuba contre
l'invasion étrangère à Playa Gíron

La défaite historique des impérialistes américains montre qui est
la source du terrorisme d'État dans le monde aujourd'hui

16 avril, Cuba réaffirme son caractère socialiste
- Éditorial Prensa Latina -


Supplément
Revue des tentatives de réforme du Sénat par le gouvernemetn Harper


Le gouvernement présente son 10e «Plan d'action économique»

L'évangile de l'équilibre budgétaire de Stephen Harper

Le ministre des Finances Joe Oliver dépose aujourd'hui 21 avril le 10e « Plan d'action économique » du gouvernement Harper. Il devait être présenté en février mais il a été reporté à maintenant, alors que l'année fiscale est déja terminée. Oliver a dit que « nous avions besoin d'évaluer les impacts de la chute dramatique des prix du pétrole et l'instabilité qu'elle crée dans l'économie canadienne », mais « nous avons maintenant l'information nécessaire pour prendre des décisions informées ». Beaucoup s'attendent à une plate-forme électorale intéressée qui servira à reléguer à l'arrière-plan les préoccupations véritables des Canadiens face à la direction que le gouvernement Harper a donnée à l'économie, celle de la destruction nationale.

C'est sur le plancher de l'usine du fabricant de manteaux de Toronto Canada Goose qu'Oliver a annoncé son 10e « Plan d'action économique ». Il a choisi une installation manufacturière comme toile de fond pour prêcher l'évangile d'équilibre budgétaire. Il n'a mentionné aucune nouvelle initiative dynamique qui donnerait une impulsion au secteur manufacturier qui est en sérieux déclin sous le règne de Harper, au point de ne représenter maintenant que 9,4 % de l'économie, le plus bas niveau jamais atteint, alors qu'il en représentait 20 % au début des années 1980.

Plutôt que de s'attaquer aux problèmes réels qui demandent des solutions réelles, Oliver a entonné le mantra habituel sur l'équilibre budgétaire promis. Selon l'évangile budgétaire de Stephen Harper, un budget équilibré guérit tous les maux, notamment le chômage, la pauvreté, une économie déséquilibrée reposant sur l'extraction des ressources et marquée par le bas prix des biens produits et un secteur manufacturier en crise.

La chute des prix du pétrole

« Nous avions besoin d'évaluer les impacts de la chute dramatique des prix du pétrole », a dit Oliver à Toronto, en guise d'explication au report du budget fédéral. Ah oui? Et qu'allez-vous faire, selon votre évangile, maintenant que vous avez découvert les « impacts » ? L'évangile harpérien vous dit de ne rien faire qui puisse restreindre le droit de monopole, alors que peut faire votre gouvernement à part « évaluer les impacts ». Il ne va rien faire pour résoudre les problèmes, il va plutôt inventer de nouveaux stratagèmes pour payer les riches, ce qui ne fait qu'aggraver les « impacts » que vous avez découverts.

Est-ce que le gouvernement Harper va soumettre le secteur du commerce de gros à l'autorité publique pour qu'on puisse contrôler les prix du pétrole ; va-t-il limiter l'action des monopoles de l'énergie et faire en sorte que le droit public prenne le contrôle des ressources naturelles du pays et les mette à contribution pour renforcer le secteur manufacturier et les autres secteurs au sein d'une économie vibrante en mesure de satisfaire tous ses besoins ? Plutôt mourir ! Ce serait commettre un sacrilège contre l'évangile néolibéral.

La réduction des dépenses des ministères

« Nous ne prévoyons pas un budget de coupures », a ajouté Oliver. Bien sûr que non, cela ne ferait pas très bien dans un discours pré-électoral. Il a cependant négligé de mentionner les coupures substantielles qui ont déjà été faites il y a à peine un mois lorsque le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, a annoncé que tous les ministères et toutes les agences du gouvernement fédéral, sauf le SCRS nécessaire à un État policier et les forces armées aux guerres prédatrices en Irak et en Syrie, vont devoir geler leurs dépenses malgré l'inflation des prix et de la croissance démographique. Parmi les ministères qui vont devoir faire des coupures, on compte Environnement Canada, Patrimoine canadien, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, l'Agence de la santé publique du Canada, le Conseil national de recherches, Bibliothèque et Archives Canada et Via Rail. Selon le Toronto Star, les ministères ont reçu l'ordre de réduire leurs effectifs ou les programmes ou les deux. Oliver insiste pour dire que le budget du 21 avril ne sera pas un budget de coupures mais un d'équilibre ce qui devrait mystérieusement nous mener à la relance, à la prospérité et à la sécurité.

Les compressions ont des conséquences :
le déversement de mazout à Vancouver

Les compressions dans les dépenses des ministères qui sont la fierté des néolibéraux peuvent créer de sérieux problèmes. L'exemple du retard de la Garde côtière de Vancouver à répondre à une urgence de déversement de matériel dangereux est clair. La grande majorité des résidents de Vancouver voulait voir des améliorations dans la capacité de sauvetage en cas d'urgence et d'intervention en cas de déversements de la Station de la Garde côtière de Kitsilano dans la baie des Anglais à cause de la forte augmentation du trafic de marchandises maritime à partir des ports de Vancouver. Au lieu de renforcer cette capacité, le gouvernement Harper a tout simplement fermé la station de Kitsilano et regroupé les opérations loin de là sur le fleuve Fraser.


Rassemblement pour sauver la station de la garde côtière de Kitsilano à Vancouver le 15 septembre 2012 (PSAC-BC)

À cause de cette fermeture, la Garde côtière n'a pas pu intervenir immédiatement lors du déversement de mazout près de Stanley Park à moins de cinq minutes de la station maintenant fermée de Kitsilano. Le mazout a pu se déverser pendant des heures sans être confiné et à pollué l'eau, tué la faune et atteint les plages magnifiquement préservées de Vancouver.

Les Vancouvérois ont été outragés de cette fermeture et de son impact. En premier lieu, les néolibéraux permettent aux monopoles maritimes de faire accoster autant de navires qu'ils le veulent au centre-ville de Vancouver. Puis, ils permettent aux monopoles de tranporter tout ce qu'ils veulent et en quantité illimitée en traversant Vancouver. Ensuite, le monopole américain Kinder Morgan propose, et les néolibéraux applaudissent, d'expédier encore plus de bitume toxique à partir de Vancouver en doublant le nombre de pétroliers. Quatrièmement, ils réduisent la capacité de réponse aux urgences publiques ; cinquièmement, ils donnent en sous-traitance aux monopoles les contrats alléchants de nettoyage de tout dégât, ce qui fait que les monopoles profitent à la fois des dégâts et de leur nettoyage ; lorsque se produit un sinistre et que les gens réclament des réponses et une nouvelle direction, le ministre de l'Industrie du gouvernement Harper, James Moore, dénonce en ondes d'un air impérial tous ceux qui demandent des comptes au gouvernement Harper.

Les compressions et leurs conséquences dévastatrices à Vancouver sortent tout droit de l'évangile néolibéral de Harper, dont le premier commandement est que « le droit de monopole supplante le droit public ».

Ce commandement s'applique au pillage et à l'expédition des ressources du Canada et à la destruction de l'éducation et de la santé publique, des soins aux aînés et des services de garde : les monopoles doivent avoir carte blanche pour polluer la Terre-Mère, réduire les services publics, privatiser le secteur public, forcer le peuple à payer pour les services et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas se payer les services privatisés : débrouillez-vous tout seuls et laissez-nous tranquillles !

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Réunion du Conseil de la fédération à Québec
sur les changements climatiques

Les premiers ministres manquent à leur
responsabilité de protéger l'environnement


Des milliers de personnes ont pris part à la marche Action Climat à Québec le 11 avril dernier pour exiger que les gouvernements agissent pour protéger l'environnement.

Les contradictions entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, et entre les provinces elles-mêmes, ont encore une fois été le trait saillant de la rencontre des premiers ministres provinciaux à Québec sur les changements climatiques.

La rencontre du 14 avril 2015 devait être l'aboutissement du travail des premiers ministres qui s'étaient entendus sur une Stratégie canadienne de l'énergie (SCE) lors de la réunion du Conseil de la fédération à Charlottetown le 29 août 2014. Les premiers ministres avaient alors convenu fde la nécessité de développer une stratégie nationale de l'énergie qui veillerait à « la réforme de la réglementation, l'environnement, les transmissions et les réseaux de transport favorisant une diversification du marché ». La réunion à Québec devait simplement conclure le travail sur la SCE entrepris par les premiers ministres depuis ce temps.

La dernière réunion du Conseil de la fédération a eu lieu à Ottawa le 30 janvier 2015 et la discussion y a été polarisée par les contradictions entre les provinces et le gouvernement fédéral sur les dépenses en matière de projets d'infrastructures. Dans leur déclaration finale, les premiers ministres avaient appelé à un « plus grand engagement du gouvernement fédéral et à un plus grand financement de sa part ». L'autre message à émaner de la réunion était que malgré l'absence des premiers ministres Prentice de l'Alberta et Wall du Saskatchewan, le travail sur la SCE évoluait bien et qu'un document circulait parmi les premiers ministres qui serait sans doute approuvé lors de la réunion à Québec en avril dont M. Couillard serait l'hôte.

L'Alliance du Canada central mise sur pied l'été dernier entre les gouvernements du Québec et de l'Ontario — les deux ayant des gouvernements libéraux majoritaires — était la force motrice des premiers ministres, les poussant à se rallier derrière la SCE en opposition à l'ordre du jour des conservateurs de Harper. L'absence en janvier des premiers ministres des provinces de l'Ouest, par contre, n'était pas le fruit du hasard.

Ainsi la réunion spéciale à Québec visant à finaliser la position des provinces n'a pas réussi à atteindre cet objectif. Une fois de plus, Prentice, ainsi que les premiers ministres de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Écosse et de l'Île du Prince-Édouard ont brillé par leur absence. Certains ont invoqué des conflits d'horaires, d'autres leurs campagnes électorales en cours, mais à la fin non seulement la réunion n'a pas permis de produire un document digne d'une stratégie nationale de l'énergie, elle a été marquée par des opinions conflictuelles sur comment atteindre la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la mise en place d'un système de plafonnement et d'échange.

Les discussions sur les changements climatiques et les préoccupations des premiers ministres à propos de l'environnement ne sont que des diversions pour faire oublier que le premier souci des ministres est de mettre de l'avant les intérêts rivaux des sociétés monopolistes qu'ils représentent en matière de projets d'oléoduc, de transferts fédéraux et de dépenses en infrastructure. L'intention première des premiers ministres du Québec et de l'Ontario est de transformer le Canada central et l'Est du Canada en un vaste réseau de corridors et de portes d'entrée avec ses oléoducs, ses systèmes ferroviaires, son transport intermodal et son entreposage. Le but est de transformer le Québec et l'Ontario en une immense plaque tournante liant les monopoles européens à la soi-disant économie nord-américaine et à l'Asie. D'autre part, les premiers ministres Prentice et Wall veulent mettre en place des corridors qui lieraient les ressources de l'Alberta et du Saskatchewan ainsi que les intérêts privés qui en ont usurpé le contrôle à la région du golfe des États-Unis et à l'Asie, dans un contexte d'accroissement de la production pétrolière des sables bitumineux et de construction de nouveaux oléoducs en direction de la côte est à des fins d'exportation.

Wynne a accusé les conservateurs fédéraux de rester les bras croisés et de ne pas collaborer avec les provinces en matière d'énergie, tandis que Couillard a déclaré que le Canada doit être l'un des pays les plus proactifs au monde dans la lutte aux changements climatiques. Brad Wall, le premier ministre de la Saskatchewan, a pour sa part tenté de minimiser l'importance des enjeux environnementaux en disant que « les émissions de gaz à effet de serre au Canada ne constituent que 2 % du total de GES à l'échelle mondiale ». En tant que porte-parole fidèle des monopoles pétroliers, il a dit que la question centrale était la nécessité d'éliminer les centrales thermiques au charbon. Il a déclaré que « la consommation internationale de charbon est responsable d'un tiers des émissions à l'échelle planétaire ».

C'est donc sans surprise que même la déclaration finale de la conférence était nébuleuse et ne proposait rien de précis. D'ailleurs, dans la première version du communiqué on pouvait lire que les premiers ministres étaient d'accord pour « l'instauration d'un prix carbone ou l'adoption d'autres initiatives de structuration dans le but de réduire les émissions de GES visant une économie à plus faibles émissions ». Dans le texte final, cette phrase a été changée pour la suivante, plus vague dans ses engagements : « Assurer la transition vers une économie plus sobre en carbone au moyen d'initiatives appropriées, pouvant inclure l'instauration d'un prix carbone... ».

De toute évidence, les premiers ministres ne sont pas en mesure d'assumer leur responsabilité et d'agir en vertu des revendications du peuple visant à protéger l'environnement puisqu'ils représentent divers intérêts monopolistes internationaux en concurrence les uns avec les autres. Le fait que pas un seul premier ministre provincial, sans parler des conservateurs de Harper, n'a été en mesure de formuler une Stratégie canadienne de l'énergie montre qu'ils n'ont pas de projet d'édification nationale et qu'ils sont prêts à risquer la destruction du climat de la Terre si cela facilite le pillage des ressources naturelles du Canada au profit des intérêts monopolistes.

Marche Action Climat et forum à Québec

Le 11 avril, plus de 25 000 personnes provenant de tous les coins du Québec ainsi que du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario, du Manitoba, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, ont participé à la Marche Action Climat à Québec. Le Forum Action Climat a eu lieu le 12 avril à l'appel d'un grand nombre d'organisations environnementales et de syndicats dans le but de développer une collaboration au sein des groupes environnementaux, des Premières Nations, des syndicats et des associations de citoyens afin de stopper la destruction de l'environnement et bâtir une économie qui protège l'environnement naturel et les êtres humains. Pour des reportages sur la Marche Action Climat de Québec ainsi que des actions connexes partout au pays, voir le Renouveau du 13 avril 2015, Numéro 57. Pour le Forum Action Climat à Québec, voir le Renouveau du 17 avril 2015, numéro 61.



À Québec le 11 avril 2015

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Le scandale au Sénat et le procès de Mike Duffy

Les manoeuvres inconstitutionnelles du
gouvernement Harper pour éliminer le Sénat
font l'objet d'une contestation judiciaire

On prévoit maintenant que le procès du sénateur Mike Duffy dépassera les 41 jours prévus. Le sénateur suspendu fait face à 31 chefs d'accusation de fraude, d'abus de confiance et de corruption. Durant les deux premières semaines du procès son avocat, Donald Bayne, a continué de fonder la défense de son client sur les règles et politiques du Sénat qui, selon lui, prévoient une discrétion quasi illimitée des sénateurs en ce qui concerne l'embauche de services et de personnel. Il soutient que M. Duffy est ciblé alors que ce qu'il a fait est pratique courante. Le fait que les règles et lignes directrices du Sénat puissent être citées pour justifier l'abus et la cupidité n'a rien de surprenant, mais c'est tout de même un triste constat de l'état de dégénérescence des institutions dites démocratiques comme le Sénat. Cela révèle un problème plus grave que les habitudes ou le comportement d'un individu.

Il faut voir au-delà du comportement offensant d'un amuseur public, comme on présente souvent l'intimé : un homme avide à la moralité douteuse, une tache qu'on peut facilement effacer sur une institution autrement parfaite. Or, il ne s'agit pas des habitudes personnelles de M. Duffy ou de Pamela Wallin, sénatrice suspendue dont les habitudes de dépenses sont remises en question, aussi inacceptables que ces pratiques puissent être pour bien des gens. Il s'agit du fait que des intérêts privés sans scrupules ont usurpé le pouvoir du gouvernement. Ces intérêts ne s'arrêteront à rien pour placer les intérêts monopolistes à la barre des affaires du pays, comme une commission de contrôle privée constituée de personnes arrogantes chargées de prendre des décisions et qui font ce qu'elles veulent quand elles veulent, peu importe à qui cela coûte.

Le Sénat du Canada est présentement constitué de 52 conservateurs, 30 libéraux et 5 indépendants, dont les sénateurs Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau nommés par le Parti conservateur. Il y a dix-huit sièges vacants : 1 pour la Colombie-Britannique, 3 pour le Manitoba, 2 pour le Nouveau-Brunswick, 2 pour la Nouvelle-Écosse, 5 pour l'Ontario, 1 pour l'Île-du-Prince-Édouard et 4 pour le Québec. D'ici octobre 2015, il y aura deux autres sièges vacants puisque deux sénateurs auront passé l'âge de 75 ans. Stephen Harper a nommé 59 sénateurs depuis 2006 mais aucun depuis mars 2013.

Le 23 avril, la Cour fédérale entendra les arguments de la contestation judiciaire de la décision du premier ministre Stephen Harper de ne pas combler les sièges vacants au Sénat. L'avocat vancouvérois Aniz Alani a entamé une contestation à la cour fédérale suivant les propos tenus par le premier ministre en conférence de presse à Markham le 4 décembre 2014. En réponse à une question sur le fait que l'existence de sièges vacants au Sénat nuit au fonctionnement de la chambre, M. Harper a répondu : « Je ne pense pas que je reçois beaucoup d'appels de Canadiens me demandant de nommer des sénateurs maintenant. Je dirais tout simplement que du point de vue du gouvernement, nous pouvons continuer de faire adopter nos projets de lois par le Sénat. Alors de notre point de vue, le Sénat continue de s'acquitter de sa fonction. »

Un article paru le 2 mars dans la revue Canadian Lawyer Magazine explique pourquoi Aniz Alani a décidé d'entreprendre cette poursuite. L'avocat affirme que M. Harper, par ses propos, « semble ne pas comprendre la raison d'être du Sénat. Son rôle n'est pas seulement d'approuver vos projets de loi mais bien d'examiner en détail toutes sortes de propositions. » Il a également dit aux journalistes que les propos du premier ministre l'ont amené à remettre en question la légalité de ce que fait Stephen Harper. « Je ne crois pas que vous ayez le choix, a-t-il dit. Je suis passablement convaincu que la Constitution exige que les vacances au Sénat soient comblées quand elles surviennent. »

L'article explique : « Me Alani sait que le Canadien moyen n'est pas particulièrement amouraché du Sénat. Mais selon lui le Canadien moyen tient cependant à l'inviolabilité de la Constitution et est inquiet quand il voit M. Harper tenter de passer outre aux institutions parlementaires et aux conventions constitutionnelles, de gouverner à l'extérieur de la régle de droit. 'Quoi que les gens pensent du Sénat, dit-il, j'espère que tous les Canadiens partagent la conviction que notre Constitution doit être respectée, et certainement par ceux qui nous gouvernent. Si nous en arrivons à une situation où la Constitution ne reflète plus ce à quoi nous voulons que le Canada ressemble, il nous faut alors prendre les mesures nécessaires pour la changer. »

Les documents déposés à la Cour fédérale demandent une révision judiciaire « concernant la décision du premier ministre, telle que communiquée publiquement le 4 décembre 2014, de ne pas conseiller au gouverneur général de faire appel à des personnes aptes et qualifiées pour combler les postes vacants au Sénat ».

Le demandeur affirme que la décision du premier ministre « reflète une tentative illicite d'apporter des modifications au Sénat sans entreprendre les réformes requises ». Il demande à la Cour fédérale de déclarer a) que le premier ministre doit combler les sièges vacants dans un délai raisonnable et b) que le refus délibéré de combler les postes vacants enfreint les articles 32 et 22 de la Loi constitutionnelle de 1867 qui garantissent aux provinces et aux territoires une représentation régionale proportionnelle. Ce refus, poursuit le demandeur, « sape et enfreint les principes du fédéralisme, de la démocratie, du constitutionnalisme, de la primauté du droit et de la protection des minorités, et il est illicite sans une modification de la Constitution suivant la formule d'amendement prévue dans la Loi constitutionnelle de 1982 ».

Les avocats du premier ministre demandent que la contestation soit retirée parce que selon eux les conventions constitutionnelles ne sont pas exécutoires en Cour fédérale et que le conseil du premier ministre au gouverneur général concernant les nominations au Sénat ne relève pas de la juridiction de la Cour.

Stephen Harper n'est pas sans appui dans cette apparente stratégie pour bafouer la Constitution. En entrevue en juillet de l'année dernière, le chef du NPD Thomas Mulcair a dit qu'il croyait que c'était une bonne idée. « Il n'y a pas d'obligation de les combler dans la Constitution, a-t-il dit à Rosemary Barton de l'émission Power & Politics sur le réseau CBC News. Le Sénat, c'est comme du raisin qu'on laisse sécher sur la vigne. On n'a qu'à le laisser mourir par attrition en ne nommant plus de sénateurs. »

En fait, tout cela pointe à l'existence d'une crise constitutionnelle. Non seulement le premier ministre bafoue-t-il la Constitution avec de surcroît l'assentiment de la loyale opposition, mais le gouverneur général refuse lui aussi de contester leur action et de défendre la constitution, alors que c'est son rôle de le faire.

Cette tentative de détruire le Sénat est le produit d'arrangements archaïques établis pour maintenir le monopole du pouvoir entre les mains de détenteurs de propriété et qui président à une autorité publique qui permet à différentes factions de la classe dominante de régler leurs différends et d'en venir à des accommodements qui leur conviennent. L'objectif a toujours été d'éviter la révolte de la classe ouvrière et du peuple et de l'étouffer lorsque cela menace l'ordre capitaliste. Ces arrangements et accommodements comprennent les pouvoirs résiduels du premier ministre, qui font du Canada une monarchie constitutionnelle, pas une république, avec un monarque étranger à la tête de l'État et la fonction coloniale anachronique de gouverneur général. Ces arrangements comprennent la méthode de résolution de conflit qu'est la négociation avec les représentants accommodés de la classe ouvrière au sein du mouvement syndical et d'autres intérêts sociaux et culturels, ainsi qu'avec les provinces et les territoires. Or, aujourd'hui ces arrangements établis nuisent aux intérêts des monopoles les plus puissants qui réclament un accès sans restriction aux institutions et aux ressources de l'État. Tout ce qui leur fait obstacle doit être éliminé et l'État doit être restructuré de manière à politiser des intérêts privés.

Il est commode dans ce sens de présenter l'office du gouverneur général comme étant purement honorifique, tout comme les tribunaux sont présentés comme n'ayant aucun rôle à jouer dans la sauvergarde de la Constitution, comme si le fait qu'une loi ou une pratique soient déclarée ultra vires (en dehors de la loi) était sans conséquence. Or, on ne peut pas transcender les arrangements constitutionnels sans du même coup saper l'édifice de la primauté du droit. Des changements peuvent être apportés en ouvrant la contitution et y apportant des amendements. C'est ce que tous les gouvernements refusent de faire depuis que la Loi constitutionnelle de 1982 a introduit une formule d'amendement pour que la Constitution puisse être « rapatriée ». Après la Commission Spicer, quand d'un bout à l'autre du Canada les citoyens ont exigé le renouveau du processus politique et des arrangements constitutionnels, la tentative de maintenir le statu quo en apportant des changements en sous-main a eu pour effet d'approfondir la crise constitutionnelle. L'Accord de Charlottetown, qui comprenait une proposition d'un Sénat « triple-E » (« élu, égal, efficace »), a été rejeté sans équivoque et le gouvernement d'alors, celui du Parti conservateur de Brian Mulroney, a été renvoyé sans ménagement.

Puis le gouvernement libéral de Jean Chrétien a déclaré que c'était « business as usual » et le premier ministre s'est engagé à instituer des changements « petit à petit » sans devoir recourir à la formule d'amendement. Stephen Harper a proclamé avec tambours et trompettes son intention d'instituer un Sénat « triple-E », mais il a aussitôt entrepris de nommer 59 sénateurs, dont plusieurs qui n'avaient de toute évidence pas les qualifications requises, pour tenter de forcer une division en fonction du système de partis cartels, c'est-à-dire créer des factions pour ensuite imposer la domination du cabinet du premier ministre. Or, ces nominations intéressées ont mené à des abus de protocoles, des infractions à l'étiquette et aux règles de comportement par des gens comme Mike Duffy. Leur prodigalité est révoltante pour la majorité des Canadiens qui déplorent leur disposition à servir leurs intérêts personnels au mépris des règles établies et leur écart par rapport à ce qui est considéré comme une conduite digne d'un sénateur.

Le fait demeure que Stephen Harper et le gouverneur général ont une responsabilité légale de s'assurer que le Sénat soit en règle suivant les dispositions de la constitution. Ils ne peuvent pas se placer au-dessus de la primauté du droit sur ces questions. C'est cela la primauté du droit. Pour la changer, il faut invoquer la formule d'amendement et adopter un nouveau processus, comme l'élection d'une assemblée constituante. Une assemblée constituante peut rédiger une constitution complètement nouvelle qui réponde aux exigences du XXIe siècle, qui est adoptée par référendum dans le cadre d'un processus démocratique crédible et consenti qui permette de véritablement mesurer la volonté du peuple et qui interdise la désinformation et la division en fonction de lignes de parti. C'est ce que préconise le Parti marxiste-léniniste du Canada.

Une constitution moderne doit investir le peuple du pouvoir souverain, pas un monarque étranger, surtout pas un monarque étranger représenté par un gouverneur général qui ne respecte même pas la primauté du droit établi à l'origine par ses propres intérêts de classe. C'est une institution en contradiction avec elle-même. Il est grand temps de doter le Canada d'une constitution qui investisse le peuple du pouvoir souverain et qui abolisse toute notion de privilège et d'arbitraire dans le processus décisionnel.

Le problème en ce moment est que ni le premier ministre ni le chef de l'Opposition officielle ne veut défendre la Constitution du Canada. Emmet McFarland, professeur adjoint au département de sciences politiques de l'Université de Waterloo, aborde la question des nominations au Sénat dans un article paru dans la revue Maclean's :

« La Constitution permet de croire que les nominations au Sénat ne relèvent pas du pouvoir discrétionnaire, elles sont un devoir. L'article 24 stipule que 'le gouverneur général mandera de temps à autre au Sénat, au nom de la Reine et par instrument sous le grand sceau du Canada, des personnes ayant les qualifications voulues'. Formellement, le gouverneur général nomme des sénateurs, en pratique c'est la décision du premier ministre (ces conventions corrosives qui s'immiscent ici et là). Dans une perspective textuelle, le mot 'mandera' est assez explicite, puisque cela veut dire que le gouverneur genéral (encore une fois, en pratique le premier ministre) est requis de le faire au moins 'de temps à autre'.

« Mais que ferait la Cour suprême devant une contestation à cet effet ? L'interprégation de l'article 24 ne serait sans doute pas nécessaire puisque le jugement de la cour dans le renvoi relatif à la réforme du Sénat [25 avril 2014] laisse entendre que l'élimination du Sénat par négligence serait contraire à la loi. Les juges ont déterminé que tout changement fondamental au fonctionnement ou aux pouvoirs du Sénat nécessite le consentement des provinces suivant les dispositions de la Partie V de la Loi constitutionnelle de 1982. Cela permet de croire qu'un refus à long terme de nommer des sénateurs constitue une tentative de changer ou d'abolir le Sénat en violation de la Constitution. [...]

« Il est assez lamentable que tant de personnes soient si empressées de bafouer la Constitution en recourant à ce qu'elles croient être des échappatoires astucieux ou des tactiques rusées pour abolir le Sénat. C'est de l'opportunisme crasse et sans principe, une tentative d'exploiter l'impopularité de la chambre haute parmi le public par des manoeuvres dangereuses qui bafouent carrément nos règles constitutionnelles. C'est également hypocrite : M. Mulcair a accusé Stephen Harper de 'contourner les règles' dans d'autres contextes mais semble parfaitement disposé à le faire lui-même.

« Le pire dans tout cela est l'immaturité durable de la classe politique envers la Constitution en général. Après des années de tentatives échouées de réforme, après les scandales qui ont accablé le Sénat, après avoir vu le gouvernement entretenir des querelles mesquines avec la juge en chef au sujet des nominations à la cour et après avoir finalement obtenu une certaine clarté sur les conditions nécessaires pour entreprendre une modification majeure de la constitution de ce pays, quand allons-nous finalement grandir ? »*

* Les citations sont traduites de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste.

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Importants développements internationaux

Journée des prisonniers palestiniens contre la criminalisation de la politique d'opposition à l'occupant israélien


Manifestation à Ottawa, le 14 avril 2015 en appui à Khalida Jarrar et à tous les prisonniers politiques palestiniens.

Un tribunal militaire israélien a présenté une série de fausses accusations contre Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien et combattante de longue date pour les droits des prisonniers politiques palestiniens. Le chef d'accusation a été émis après que Jarrar ait été enlevée le 2 avril à son domicile à Ramallah dans un raid effectué tôt le matin par 60 soldats israéliens, après quoi elle a été soumise à 17 heures d'interrogatoires durant lesquels elle a refusé de collaborer. Malgré les accusations, le juge a choisi, lors des audiences du 15 avril, de continuer de maintenir en détention administrative la députée Jarrar jusqu'à sa prochaine audience prévue le 29 avril. Jarrar est actuellement détenue à la prison de Hasharon aux côtés d'autres femmes prisonnières politiques palestiniennes mais elle est la seule femme palestinienne actuellement maintenue en détention administrative illégale.

Ghassan Jarrar, l'époux de la dirigeante emprisonnée, a dit à l'agence de nouvelles turque Anadolu que Khalida Jarrar a été inculpée de 12 soi-disant « crimes de sécurité », tous liés à ses activités politiques publiques. Ils comprennent notamment être membre et participer aux activités du parti politique auquel elle appartient, le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP). Comme la grande majorité des organisations politiques palestiniennes, le FPLP est stigmatisé par Israël comme un « groupe terroriste » et interdit. Une association à la politique palestinienne, même le fait d'assister à une manifestation publique, est considérée par Israël comme un motif d'arrestation et de poursuites. Ghassan Jarrar a déclaré que le tribunal militaire d'occupation est illégal et appelé les institutions internationales à faire pression sur Israël pour mettre fin à son agression.

S'adressant le 14 avril à OPIRG-Carleton via la chaîne CKCU-FM, la fille de Khalida Jarrar Yafa a dit : « Tout d'abord, elle est une mère, une très bonne mère et elle me manque beaucoup. Ma mère a consacré toute sa vie à être un défenseur des droits humains, un défenseur des droits des Palestiniens et en particulier des femmes palestiniennes et des prisonniers politiques palestiniens. Elle a servi toutes ces années et ma famille, comme toute autre famille palestinienne, a été punie par les autorités israéliennes et a beaucoup souffert à cause de cela.

« Cette arrestation récente de ma mère par les Israéliens est un reflet de son rôle important,de son influence. Elle est une dirigeante bien-aimée, une personne aimée, une amie bien-aimée. Elle assiste à chaque rassemblement, participe à toute grève autant qu'elle le peut. Elle rend service non seulement en tant que dirigeante politique et parlementaire, mais aussi sur le plan personnel à des personnes de tout rang social de tous les coins de la Palestine, qui viennent vers ma mère pour soulever des questions qui les concernent, elles et leurs familles.

« Les raids israéliens durant lesquels des Palestiniens sont arrêtés et détenus sont une chose quotidienne. Si vous parlez à n'importe quel Palestinien, il vous dira qu'un membre de sa famille ou quelqu'un qu'il connaît a été détenu et arrêté. Nous ne sommes pas surpris par ces actes. C'est Israël. Ils prétendent être une démocratie, mais dans les faits c'est le reflet de tout sauf d'une démocratie, si ce n'est la tenue d'élections. C'est la seule chose qui les définit comme une démocratie. Toute autre loi ou pratique d'Israël, je la qualifierais de fasciste, d'apartheid et c'est la réalité. »

Une nouvelle campagne a été lancée sur freekhalidajarrar.org, dit Yafa, qui a appelé les Canadiens à intensifier leurs efforts en faveur des droits des Palestiniens.




Ottawa, 14 avril 2015

Bien connu en tant que prisonnier politique palestinien, Khader Adnan a été placé en détention isolée depuis le 13 avril. En 2012, Adnan a organisé une grève de la faim de 66 jours qui a conduit à sa libération. Il a été de nouveau arrêté en juillet 2014 et a été détenu sans chef d'accusation ni jugement depuis. Cette décision est intervenue en représailles après qu'Adnan ait dénoncé le 10 avril devant ses codétenus les mauvais traitements infligés aux prisonniers malades. Adnan a également révélé le cas de Jaafar Awad, un ancien prisonnier politique qui est mort le 10 avril, deux mois après sa libération. Awad, qui souffrait de diabète, n'a pas reçu de soins médicaux adéquats en prison et est devenu gravement malade et était dans un état critique au moment de sa libération.

Des efforts sont en cours au Canada et dans le monde pour exiger la libération de la députée Jarrar et de tous les prisonniers politiques palestiniens. Une lettre en date du 13 avril et signée par 58 membres du Parlement européen a invité l'Union européenne à faire pression sur Israël pour la libération de Khalida Jarrar et des 16 autres membres du Conseil législatif palestinien. L'organisation italienne Uniti per la Palestina (Unis pour la Palestine) a lancé une campagne de lettres afin de faire parvenir du monde entier des appuis à Khalida Jarrar. Rappelant qu'Israël empêche souvent la correspondance de se rendre aux prisonniers palestiniens, l'organisation affirme que « le régime sioniste a entrepris une nouvelle escalade avec l'arrestation de Khalida Jarrar, une parlementaire ! Nous DEVONS écrire notre solidarité envers Khalida ! Une lettre ou, au moins, une carte postale montrant notre admiration et notre amour. Dans tous les cas elles vont être remarquées par Israël, le geôlier colonialiste illégal, et [les mots] vont se répandre à propos de notre manifestation massive de solidarité et d'approbation de la lutte patriotique de Khalida Jarrar ! »

De vives protestations ont eu lieu à Ottawa le 14 avril et à Toronto le 17 avril devant l'ambassade et le consulat d'Israël, respectivement. Les participants ont exigé la libération immédiate de la députée Jarrar et d'autres prisonniers politiques, et dénoncé le silence des partis au Parlement canadien sur la détention de Jarrar et d'autres crimes contre les Palestiniens.



Toronto, 17 avril 2015

LML lance l'appel à tous à poursuivre leurs efforts pour exiger la libération immédiate de Khalida Jarrar et de tous les prisonniers politiques palestiniens. On peut entre autres :

- demander sa libération immédiate - cliquez ici
- signer cette pétition
- contacter les élus dans sa région
- manifester devant les ambassades et consulats israéliens
- écrire à Khalida Jarrar - cliquez ici
- mener des actions pour Khader Adnan - cliquez ici

(Sources : Samidoun, Addameer, Electronic Intifada Photos : LML, K. McRae.)

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Un appel à la Cour pénale internationale d'enquêter sur les violations graves des droits des prisonniers politiques palestiniens


Manifestation à Bil'in, en Cisjordanie, en appui à la Journée des prisonniers palestiniens.
(Active Stills)

Nous avons été témoins depuis un an d'un niveau de violence israélienne sans précédent contre les Palestiniens, dont les meurtres de plus de 2000 civils à Gaza, la démolition de 20 000 maisons, le déplacement de plus de 500 000 Palestiniens au moment fort de l'assaut et l'arrestation de 8000 Palestiniens à travers la Palestine historique.

Israël commet sous nos yeux ce qui constitue un nettoyage ethnique des temps modernes, dans sa quête permanente de l'annexion entière des terres palestiniennes et l'expansion de la frontière coloniale d'Israël.

Il est plus urgent que jamais que la communauté internationale tienne Israël responsable de ses crimes de guerre récurrents et flagrants contre les Palestiniens, en particulier ceux qui sont détenus en captivité dans les prisons de l'occupant.

Addameer en appelle au procureur de la CPI, Fatou Bensouda, d'enquêter sur ces crimes par une enquête préliminaire puis d'amener l'accusé en cour tout de suite compte tenu des conditions qui se sont exacerbées et aggravées.

Détention administrative

L'occupant s'arroge le droit de recourir à la détention administrative aux fins de « la sécurité d'État ». Depuis 1967, les Forces d'Occupation (FOI) ont émis plus de 50 000 ordres de détention administrative, 24 000 (près de la moitié d'entre eux) entre 2000 et 2014. Les forces d'occupation utilisent la politique de détention administrative pour maintenir le contrôle sur la société palestinienne et miner son autodétermination. La détention administrative vise tous les secteurs de la société y compris les politiciens, les universitaires, les étudiants, les dirigeants, les journalistes, médecins, femmes, enfants et défenseurs des droits humains. Les autorités de l'occupation utilisent la détention administrative comme un outil de négociation à des fins de gain politique.

Plus de 700 ordres de détention administrative ont été émis depuis juin 2014, augmentant du fait le nombre de détenus administratifs à un sommet de 550, le plus grand nombre depuis 2009. Cette augmentation de l'utilisation de la détention administrative, une pratique internationalement condamnée, peut être considérée comme une réaction directe aux 63 jours de grève de la faim de masse parmi les détenus administratifs en 2014, durant lesquels ils ont exigé la fin de cette politique.

En avril 2015, les autorités de l'occupation ont émis un ordre de détention administrative contre la membre du Conseil législatif palestinien (PLC), Khalida Jarrar, ce qui porte le nombre de députés palestiniens élus en détention administrative à huit. Jarrar a également été nommée récemment par le président Mahmoud Abbas à la Commission nationale palestinienne pour la CPI.

La politique de détention administrative enfreint l'article 78 de la Quatrième Convention de Genève et refuse aux détenus administratifs leur droit garanti à un procès équitable et rapide tel qu'indiqué à l'article 75 du Protocole additionnel de la Convention de Genève. La politique de détention administrative viole également les articles 9, 10 et 14 de la Convention internationale sur les droits civils et politiques (1966).

Selon le Statut de Rome, l'utilisation systématique de la détention administrative est considérée comme un crime de guerre (article 8) et un crime contre l'humanité (article 7).

Meurtres extrajudiciaires

En 2014, les forces d'occupation ont escaladé leur politique non déclarée de meurtre extrajudiciaire de Palestiniens au cours de raids pour faire des arrestations. En Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem, les forces d'occupation ont tué quatorze civils lors de raids devant mener à des arrestations dans les camps de réfugiés, les villages et villes palestiniens. Toutes les quatorze personnes tuées lors de ces raids sont de jeunes Palestiniens âgés de moins de trente ans.

Les assassinats sous forme d'exécutions extrajudiciaires de civils sont une violation flagrante de la quatrième Convention de Genève conformément à l'article 147 et un crime de guerre selon l'article 8, point A, I2 du Statut de Rome.

La torture


Manifestation à Bil'in, en Cisjordanie, en appui à la Journée des prisonniers palestiniens.
(Active Stills)

La torture généralisée continue d'être utilisée contre les détenus palestiniens. Pratiquement tous les Palestiniens arrêtés par les FOI ont été soumis à la torture psychologique ou physique ou à de mauvais traitements, y compris les passages à tabac, des positions de stress, l'isolement, la violence verbale et les menaces de violence sexuelle. En 2014, Addameer a documenté deux cas de décès de prisonniers, qui sont le résultat direct de la torture. Wael Mustafa, 39 ans, citoyen jordanien, a été tué sous la torture physique brutale lors d'interrogatoires menés en août 2014. Il a été arrêté lors d'une manifestation pacifique à Yafa qui a appelé à la fin de la guerre à Gaza. Ra'ed Abd Al Jabari, de Hébron a été tué pendant le transfert de la prison Eshel Beer à celle d'Al Sabe '(Beersheva). Depuis 1967, il y a eu 73 Palestiniens tués sous la torture.

En outre, durant la grève de la faim de masse de 63 jours pendant la première moitié de 2014, la Knesset israélienne a tenté d'adopter une loi pour permettre l'alimentation forcée des détenus palestiniens qui protestaient, tentant dans les faits de sanctionner la torture sur une échelle de masse. La torture est considérée à la fois un crime de guerre et un crime contre l'humanité tel que décrit dans le droit international humanitaire et le droit pénal international, notamment la quatrième Convention de Genève, le préambule du Statut de Rome, l'article 7 et l'article 8, la Convention I de Genève et l'article III 12, troisième Convention de Genève 17 et 87 et la quatrième Convention de Genève de l'article 32.

Le transfert forcé

Le transfert de détenus palestiniens par les FOI est une pratique courante. Le transfert de personnes protégées hors du territoire occupé vers l'État d'occupation, considéré comme « déportation ou transfert illégaux » est une violation grave de la Quatrième Convention de Genève (article 147) et un crime de guerre tel qu'établi par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (article 8). À la fin de 2014, seulement 544 des 6000 personnes arrêtées ont été détenues dans les territoires occupés. Plus de 800 000 Palestiniens ont été arrêtés et la majorité d'entre eux ont été transférés de force vers des prisons hors du territoire occupé, ce qui limite leur accès à leurs familles, à un soutien juridique et leurs communautés, les dépouillant de leurs droits en vertu de la Quatrième Convention de Genève.

Considérant le résumé des principales violations décrites ci-dessus, Addameer en appelle au procureur de la CPI d'ouvrir immédiatement une enquête au sujet des prisonniers et d'amener ceux qui ont torturé, assassiné, transféré de force et ordonné la détention arbitraire de Palestiniens à rendre des comptes devant la Cour pénale internationale.

Addameer (mot arabe pour la conscience), une association de soutien aux prisonniers et aux droits humains, est une organisation non gouvernementale, une institution civile palestinienne qui travaille à appuyer les prisonniers politiques palestiniens détenus dans les prisons israéliennes et palestiniennes. Fondé en 1992 par un groupe de militants intéressés par les droits humains, le centre offre une aide juridique gratuite aux prisonniers politiques, défend leurs droits au niveau national et international, et travaille à mettre fin à la torture et autres violations des droits des détenus par la surveillance, les procédures juridiques et des campagnes de solidarité.

(Traduction : LML)

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Commémoration à Toronto de la victoire de la révolution bolivarienne du Venezuela


« Le triomphe du peuple », tel a été le thème d'un événement politique tenu le 11 avril au centre culturel Beit Zatoun à Toronto commémorant l'anniversaire de la défaite infligée par le peuple vénézuélien à la tentative de coup d'État de 2002 contre le président du pays à ce moment, le regretté Hugo Chávez.

La présentation principale de la soirée a été faite par le premier consul de la république bolivarienne du Venezuela à Toronto, Martha Pardo, qui a expliqué l'importance de la défense par le peuple de la démocratie en 2002 dans le contexte historique de la révolution bolivarienne. Elle a souligné que le soulèvement spontané du peuple vénézuélien en avril 2002 n'a pas seulement sauvé le président Chávez de ses ravisseurs mais a rétabli la souveraineté du peuple et l'indépendance de la nation. Ses remarques ont été suivies de la projection d'une vidéo d'une nouvelle chanson patriotique Viva Venezuela, Mi Patria Querida (Vive le Venezuela, ma patrie bien-aimée), qui répond spécifiquement à la fausse allégation que le Venezuela est une menace pour la sécurité nationale des États-Unis ou de tout autre pays.

Les événements d'il y a 13 ans ont occcupé une grande place à la réunion à la lumière du 7e Sommet des Amériques de l'Organisation des États américains (OÉA) qui se déroulait en même temps au Panama. Le consul général de la république de Cuba à Toronto, Javier Domokos, a dit qu'il venait de regarder les bulletins de nouvelles à la télévision montrant les chefs d'État des pays dénonçant l'un après l'autre les menaces les plus récentes des États-Unis contre le Venezuela. Il a exprimé la fierté de l'unité démontrée par les pays d'Amérique latine, non seulement à la défense du Venezuela mais aussi en solidarité avec Cuba révolutionnaire qui a été inclus pour la première fois en 53 ans dans le Sommet après l'insistance des dirigeants latino-américains et cela, après avoir été expulsé de l'OÉA sous la pression des États-Unis.

Des représentants du groupe Siglo 21(XXIe siècle) ont donné un aperçu historique de la révolution bolivarienne dont les racines remontent à la lutte au XIXe siècle pour la libération face à l'Espagne. Ils ont décrit les contributions faites par les héros de la révolution bolivarienne, Simón Rodriguez, Simón Bolívar, Ezequiel Zamora, Francisco de Miranda et Antonio de Sucre.

Parlant au nom du Cercle bolivarien Louis Riel, Maria Páez Victor a rappelé qu'il existe de nombreux anniversaires durant le mois d'avril des luttes d'indépendance des peuples d'Amérique latine. La déclaration d'indépendance du Venezuela en avril 1810, la défaite militaire de l'invasion de Cuba par la CIA, à Playa Giron (la Baie des Cochons), en avril 1961, et la sauvegarde de la démocratie constitutionnelle du Venezuela à l'occasion du coup d'État manqué en avril 2002 sont des exemples qu'elle a remémnorés. Et maintenant, a-t-elle dit, l'acceptation en avril 2015 de Cuba au sommet régional des nations, après des années d'opposition des États-Unis, est un autre jalon historique dans l'histoire de la lutte des peuples. Ce que le États-Unis craignent vraiment en ce qui concerne le Venezuela, dit-elle, ce ne sont pas les violations des « droits de l'homme », mais l'exemple donné par le Venezuela dans l'utilisation des ressources comme le pétrole pour le bénéfice du peuple et le leadership régional qu'il a démontré dans la lutte pour l'indépendance contre l'impérialisme.

Santiago Escobar a lancé un appel à appuyer le peuple de l'Équateur, en particulier les populations autochtones de la région amazonienne, dans leur longue bataille juridique contre Chevron afin d'être indemnisées pour les dommages environnementaux causés par les activités de forage pétrolier de l'entreprise dans le passé. Les gens de la région ont l'intention de participer à une action de protestation de masse à Washington, DC, les 20 et 21 avril.

Le dernier orateur, Manuel Luna du Front populaire de défense Hugo Chávez, en a appelé à tous à continuer à diffuser le message de solidarité envers la révolution bolivarienne qui est bloqué par les médias. Il a appelé tout le monde à devenir des « communicateurs de la vérité » et a suggéré les médias sociaux comme un moyen d'atteindre plus de personnes sans ingérence.

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Le président Obama retire officiellement Cuba
de la liste des États soutenant le terrorisme

Jeudi 30 avril à 19h
70 ans de relations diplomatiques
entre Cuba et le Canada



Le 14 avril, le président des États-Unis, Barack Obama, a soumis les certifications requises au Congrès indiquant son intention de retirer Cuba de la liste fallacieuse des États-Unis de pays soutenant le terrorisme.

Selon TeleSUR, le Congrès doit réagir dans les 45 prochains jours au retrait de Cuba de la liste avant que la décision n'entre en vigueur, mais il ne peut la révoquer sans tenir un vote séparé, une mesure que la Maison-Blanche juge très peu probable.

Le document déposé au Congrès affirme que le gouvernement Cubain « n'a offert aucun appui au terrorisme international » depuis au moins six mois. Il dit aussi que Cuba « s'est engagée à ne pas appuyer des actes de terrorisme international à l'avenir ».

Cuba exige depuis longtemps que son nom soit retiré de cette liste frauduleuse et diffamatoire. Cuba a été ajoutée à la liste en 1982 à cause de son appui aux mouvements de libération nationale en Amérique latine et sur le continent africain comme le Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud. Les autres pays sur la liste sont l'Iran, le Soudan et la Syrie. Selon le département d'État des États-Unis, les pays sur la liste sont passibles de restrictions en aide et en accès aux prêts internationaux et d'interdiction d'exportation et de vente d'armes.

Cuba avait déclaré que son retrait de la liste était une précondition au rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis et qu'elle n'ouvrirait pas son ambassade aux États-Unis à moins que cette condition ne soit remplie.

L'obstacle principal au rétablissement des relations diplomatiques demeure le blocus économique des États-Unis contre Cuba. Cuba a dit très clairement que les relations ne peuvent pas être rétablies sans que ce blocus ne soit levé.

« Il ne peut y avoir de normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis sans que ce blocus injuste qui a causé d'immenses dommages économiques à Cuba ne soit levé », a dit Miguel Diaz-Canel, le premier vice-président du Conseil d'État de Cuba lors d'une cérémonie à La Havane en appui à la campagne de signatures de soutien au Venezuela contre l'agression des États-Unis.

Déclaration de la directrice générale du Département chargé des États-Unis au ministère des Relations extérieures de Cuba

Voici la déclaration émise par Josefina Vidal Ferreiro, la directrice générale du département chargé des États-Unis du ministère des Relations extérieures de Cuba, au sujet de la décision du président des États-Unis, Barack Obama, le mardi 14 avril 2015, de retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme.

* * *

Dans l'après-midi du mardi 14 avril 2015, il a été annoncé que le président des États-Unis, Barack Obama, avait déposé l'« Autorisation d'annuler la désignation de Cuba en tant que pays soutenant le terrorisme ».

En adoptant cette mesure, le président Obama a décidé d'exclure Cuba de la liste de pays soutenant le terrorisme international et de faire rapport de cette décision au Congrès des États-Unis, qui devra lui-même se prononcer d'ici 45 jours.

Le gouvernement cubain reconnaît la juste décision du président des États-Unis de retirer Cuba d'une liste sur laquelle il n'aurait jamais dû se retrouver, surtout en vertu du fait que notre pays a été la victime de centaines d'actes de terrorisme qui ont coûté la vie à 3 478 personnes et ont blessé 2 099 citoyens cubains.

Comme le gouvernement Cubain l'a réitéré à maintes reprises, Cuba rejette et condamne tout acte de terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, ainsi que toute action visant à inciter, appuyer, financer ou passer sous silence des actes terroristes.

La communauté internationale reconnaît que jamais Cuba n'aurait dû figurer sur la liste des pays soutenant le terrorisme

L'opinion publique internationale s'exprime en appui au retrait de Cuba par les États-Unis de la liste des pays soutenant le terrorisme. On reconnaît qu'il s'agit d'une importante étape à la réalisation des changements politiques du président Obama visant à améliorer les relations entre les deux pays.

L'annonce à l'effet que le président des États-Unis, Barack Obama, a décidé, le 15 avril, de retirer Cuba de cette liste et d'en aviser le Congrès a suscité un grand intérêt sur le plan international.

Le président bolivien, Evo Morales, a rappelé que Cuba n'a jamais été un État terroriste et qu'au contraire, il a toujours été un pays très solidaire avec toutes les nations du monde et n'aurait jamais dû figurer sur quelque liste que ce soit des États-Unis.

Le chef d'État bolivien a dit que les États-Unis ont commis une erreur en ajoutant Cuba à cette liste dressée par le Département d'État, une mesure qu'il a qualifiée d'« arrogante ».

Selon Prensa Latina, le président Morales a demandé, en conférence de presse : « Quand le problème fondamental qui existe entre les États-Unis et Cuba va-t-il être résolu ? Il le sera quand Washington aura résolu des problèmes fondamentaux en levant le blocus et en retournant Guantanamo à Cuba.

L'agence de nouvelles chinoise Xinhua a rapporté que le porte-parole du gouvernement, Hong Lei, a dit que la Chine avait toujours appelé à mettre fin aux sanctions unilatérales imposées à Cuba par les États-Unis. Aux États-Unis, le New York Times a salué la mesure comme étant un pas dans la bonne direction puisqu'elle élimine un obstacle majeur au rétablissement des relations diplomatiques.

Le Washington Post rapporte que le retrait de Cuba de la liste mènera au retrait de certaines sanctions, y compris des interdictions commerciales et d'autres restrictions financières, mais que plusieurs de ces sanctions resteront intactes en vertu de dispositions du blocus approuvées par le Congrès.

(Sources : Granma, TeleSur, Reuters)

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L'intégration militaire du Mexique aux États-Unis


Manifestation devant la Maison-Blanche contre la visite du président mexicain
Pena Nieto, le 6 janvier 2015

Le 6 janvier 2015, Enrique Pena Nieto, le président du Mexique, s'est rendu à Washington dans le but de « consolider la direction de coopération stratégique entre le Mexique et les États-Unis », cimentant ainsi l'« alliance stratégique » entre les États-Unis et le Mexique. Cette alliance subordonne le Mexique à notre voisin du nord. Obama et Pena ont fait valoir les « liens économiques et culturels » entre les deux pays et se sont engagés à cimenter leur relation en matière de sécurité, d'émigration, d'économie et de culture. Aucune mention n'a été faite des meurtres systématiques de Mexicains par la patrouille frontalière des États-Unis. Les deux gouvernements ont réaffirmé leur engagement à consolider leur « relation » sur la base d'une vision stratégique permettant de relever les défis de la région « dans le futur ». Compte tenu de la stratégie de l'empire yankee visant à dominer l'Amérique latine et les Caraïbes, il est alarmant de constater que Pena et son gouvernement lient ouvertement le Mexique aux objectifs de subordination des Mexicains par Washington.

Afin de consolider la « sécurité », Pena propose au nom de ses « Dix commandements de la sécurité » des mesures que Washington envisage depuis longtemps visant à contrôler notre population : la Clave Unica de Identitad (carte d'identité électronique) et une Police d'État unique, qui nie l'autonomie municipale et la remplace par la Fédération qui prend contrôle des services municipaux et élimine même les conseils lorsque nécessaire.

L'intégration militaire se développe elle aussi. Le 24 février 2015, le président Enrique Pena Nieto a déposé un projet de loi au Sénat visant à réformer la Loi fédérale sur les armes à feu et les explosifs permettant ainsi le port d'armes aux « agents étrangers » - surtout étasuniens - « des douanes et de l'immigration et leur permettant d'opérer au Mexique en vertu d'un « programme conjoint » de réexamen des douanes et de l'immigration, programme « qu'ils cherchent à adopter ». Tout cela est en violation de la Constitution politique de notre pays et est une atteinte à notre souveraineté. L'année dernière, Pena s'est engagé à déployer des soldats mexicains un peu partout dans le monde pour qu'ils participent à des actions militaires des « Casques bleus » de l'ONU contribuant ainsi à la stratégie de domination des États-Unis partout dans le monde, intervenant en Afghanistan, au Liban, en Haïti, au Kosovo, au Congo, en Côte d'Ivoire et au Darfour.

Le fait d'intégrer le Mexique à cette région dite de l'Amérique du Nord fait de nous des participants aux conflits des États-Unis. Il ne s'agit pas uniquement de leurs guerres ouvertes mais aussi des attaques secrètes déclenchées par leurs Forces d'opération spéciales agissant dans 134 pays. Il s'agit d'attaques par drones et de guerres ouvertes ou secrètes menées sur de nombreux fronts : Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen, Syrie, Ukraine, Mali et Soudan. N'oublions pas les provocations menées contre l'Iran et la Corée du Nord, les campagnes de déstabilisation contre le Venezuela et la tension grandissante vis-à-vis la Chine et la Russie.

Clairement, les États-Unis veulent que le Mexique participe à leurs plans bellicistes. Aussi, par le biais du « partenariat stratégique » et de la « sécurité par l'intégration » signés par Vicente Fox en 2005 en vertu du Partenariat de sécurité et de prospérité de l'Amérique du Nord (SSP), et de l'intégration militaire accrue selon les ententes entre Obama et Calderon dans le cadre de l'Initiative Mérida 2007(1), veulent-ils nous inclure dans leurs plans de « défense ».

Qui plus est, ils veulent faire de nous, Mexicains, de la chair à canon dans les guerres déclenchées par les États-Unis. L'intégration militaire « nord-américaine » signifie qu'ils veulent que des soldats mexicains collaborent aux aventures du Pentagone. Ils s'attendent aussi à convertir le Mexique, qu'ils voient comme leur cour arrière, en un champ d'exercices militaires et de rivalités en Amérique du Nord ainsi qu'en un corridor permettant de transporter des biens, de l'équipement militaire et des armes. Pour ce faire, ils cherchent à contrôler les ports, les voies ferroviaires et les routes et à construire des corridors de transport intermodal permettant ainsi à notre richesse de s'en aller vers les États-Unis et à leurs biens d'aller en Europe et en Asie. C'est pourquoi ils ont mis en place la privatisation et qu'ils planifient de vendre des plages et des frontières aux étrangers. Ils veulent utiliser le port de Lazaro Cardenas-Las Truchas pour avoir accès à la Chine et éventuellement la confronter. Aussi le Mexique est-il membre du Partenariat transpacifique avec les États-Unis, l'Australie, le Japon, le Pérou et le Chili (le Canada cherche aussi à devenir membre) afin de confronter la Chine sur le plan commercial. D'autre part, il faut surveiller Puntal Colonet en Baja California. Dans cet endroit très vulnérable pour nous à proximité de la frontière des États-Unis, ils veulent aussi construire un port pour le commerce avec la Chine.

En ce moment, dans le but de lier le Mexique au reste de l'Amérique du Nord, cinq corridors multimodaux et stratégiques sur le plan logistique sont prônés. Ces corridors passent par les villes frontalières de Tijuana, Nogales, El Paso, Laredo et Matamoros. Cette infrastructure faite sur mesure pour piller est accompagnée d'un mur frontalier qui établit de facto un État d'apartheid. On le nomme le Mur de la Mort en raison des assassinats continus de Mexicains à la frontière, assassinats perpétrés par le SIN (Service d'Immigration et de Naturalisation) qui tue les gens d'une balle à la tête sous prétexte qu'ils « lancent des pierres ». Maintenant ils veulent que les Mexicains trouvent la mort dans leurs guerres agressives visant à bâtir leur empire et imposer leur domination à l'échelle mondiale.

L'article 89 de la Constitution politique des États-Unis du Mexique est sans ambigüité : il condamne toute intervention armée et appelle à l'autodétermination des peuples et à la résolution pacifique des conflits. Par conséquent, les Mexicains rejettent les plans bellicistes du Parti révolutionnaire institutionnel-Parti d'Action nationale (PRI-PAN), fidèles alliés de l'empire étasunien. Les Mexicains aspirent à la paix et au respect de la souveraineté de leur pays et de toutes les nations. C'est cette politique, soutenue de façon exemplaire par Lazaro Cardenas del Rio, qui a transformé le Mexique en un phare de la liberté dans le monde.

Pour ces raisons, la lutte pour la souveraineté est primordiale. Nous devons gagner notre deuxième indépendance. Pour ce faire, le peuple doit montrer qui dirige, qui décide, qui détient le pouvoir. Il faut la plus grande unité de tout le peuple luttant pour la cause du Mexique, sans divisions aucunes en vertu de la religion, de partis politiques, d'idéologies, d'orientation sexuelle, d'âge, d'origine nationale, de sexe, de statut socioéconomique, de mode de vie, parce que la lutte que nous entreprenons est pour la survie de notre pays contre ceux qui le démantèlent et le détruisent, et contre les générations futures de dirigeants qui projettent de nous réduire à l'esclavage et de nous enlever nos libertés. Ils veulent que nos enfants et nos petits-enfants ne vivent que pour enrichir les grandes entreprises, réduisant ainsi notre pays une fois de plus à l'état de colonie. Aussi veulent-ils que nous versions notre sang pour eux (comme le font déjà les soldats mexicains qui se battent au Moyen-Orient). Forts de notre unité, de notre organisation et de notre lutte, nous ne permettrons pas une telle chose. Le Mexique a toujours été une force pour la paix dans le monde et il le sera toujours.

Note du LML

1. L'Initiative Mérida (que les critiques nomment aussi le Plan Mexique, en référence au Plan Colombie) est une entente de coopération en matière de sécurité entre les États-Unis et le gouvernement du Mexique et les pays de l'Amérique centrale. Son objectif déclaré est de combattre les menaces de trafic de drogue, de crime organisé transnational et de blanchiment d'argent. L'aide comprend la formation, l'équipement et les renseignements. (Wikipédia)

(Traduit de l'espagnol par Le Marxiste-Léniniste)

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L'Accord de libre-échange qui a détruit le Mexique


Manifestation à Mexico en février 2014 contre l'Accord de partenariat transpacifique
(Popular Resistance)

« La politique est l'expression concentrée de l'économie »
— V. I. Lénine (1870-1924)

La fin du vingtième siècle et le début du vingt-et-unième siècle ont été marqués non seulement par la prolifération des guerres mais par une montée en flèche de traités internationaux qui dans plusieurs cas ont ravagé l'économie et détruit la stabilité de plusieurs pays, les soumettant à une dépendance de toute sorte à laquelle ils ne peuvent échapper.

Jour après jour, les médias mondialisés nous parlent des APIE, de l'ACAC, de la ZLEAP, de l'APT, du TIFA, de l'ALÉNA, de l'ALÉ, du GATT, de l'OMC et de l'ACS[1] et on est naturellement porté à se demander pourquoi il y autant de traités et quels intérêts ils servent. Pour faire la lumière sur tout ce gâchis, qui n'a bénéficié ou ne va bénéficier qu'à une minorité, il faut faire un peu d'histoire.

En 1908, selon les filières de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, le conseil d'administration de cette organisation s'est demandé « s'il existait d'autres formes connues que la guerre pour perturber la vie d'une nation ». Après plusieurs jours de discussion, les participants avaient conclu que la guerre avait toujours été la méthode la plus efficace de changer la vie d'une nation ou d'une société. En même temps, ils avaient dit que les traités, accords et conventions visant à affaiblir la souveraineté de l'État en le subordonnant progressivement aux organisations internationales pouvaient aussi servir cet objectif.

En notre époque de mondialisation, les entreprises transnationales parrainées par la seule superpuissance dans le monde, les États-Unis, ont pris le contrôle de l'appareil de prise de décision de la majorité des organisations internationales, lesquelles en retour, par le biais d'accords bilatéraux ou multilatéraux, ont réduit la liberté politique, juridique et économique des pays participants au nom de l'accord international signé. En fait, chaque traité international affecte la souveraineté des pays signataires, surtout les pays en voie de développement qui souvent ou presque toujours acceptent ce que leur imposent les pays les plus puissants qui ont signé l'accord.

Le Mexique offre un bon exemple des conséquences qu'ont les traités sur la vie économique, politique et financière d'une nation et d'une société. Constamment dans la mire de son voisin du nord, ce pays fier et souverain a finalement succombé à la pression de Washington et à ses promesses généreuses de prospérité et a signé l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) en 1992 avec les États-Unis et le Canada. Le traité est entré en vigueur en janvier 1994. Cette année-là, de nombreux experts mexicains ont dit que seules quelques personnes ont pu avoir accès aux 2226 articles de l'accord avant qu'il ne soit signé et même avant que les membres du Congrès n'aient eu le temps de l'examiner en détails et d'en discuter.

Pendant ces 20 années de l'ALÉNA, la presse mondiale n'a cessé d'en vanter les bénéfices économiques que le Mexique va en tirer à moyen et long terme. Cependant, au fil du temps, le pays s'est constamment appauvri comme on le voit à l'augmentation de la violence et du crime organisé. La Commission interaméricaine des droits de l'homme qualifie le Mexique de « cimetière des disparus », dont le nombre excède 25 000 personnes sans compter les quelque 100 000 personnes qui ont été tuées violemment depuis 20 ans et les plus de 150 000 personnes qui ont été déplacées.


Des manifestants au Mexique demandent que le maïs et les fèves ne fassent pas partie de l'ALÉNA

Le Mexique, qui en 1994 était pratiquement autosuffisant en nourriture, est devenu en 2014 un importateur net d'aliments de base. Selon le journaliste mexicain Carlos Fernández-Vega, le pays a importé, depuis l'entrée en vigueur de l'ALÉNA, « 2,75 milliards $ de nourriture dont 80 % des États-Unis, tandis que le nombre de Mexicains qui n'ont pas accès à de la nourriture augmente et que la campagne est devenue une vaste usine de production de pauvres ».

En 1994, le Mexique a importé 1,8 milliard $ de nourriture et ce chiffre a atteint 25 milliards $ en 2014. Le pays importe actuellement 75 % du riz qui est consommé dans le pays, 30 % du maïs, et 42 % du blé. Il achète également, surtout de l'Amérique du Nord, de la viande, des produits laitiers, des oeufs, du lait, de la volaille, des semences, etc. Il n'exporte que des légumes, des plantes, des racines et des tubercules, des fruits, des boissons et du vinaigre. Le Mexique, qui possède 12 milles nautiques d'eaux territoriales et 200 milles nautiques de zone économique exclusive, a cessé d'être autosuffisant en produits de la mer et sa flotte de pêche a pratiquement disparu.

Ceci explique que 60 % des 112 millions d'habitants du Mexique sont pauvres et sans accès à la sécurité sociale. L'ALÉNA n'a pas non plus rempli ses promesses en ce qui concerne les emplois. Près de 30 millions de Mexicains travaillent présentement dans le secteur informel (60,1 % des personnes ayant un emploi) au salaire minimum de 167 $ par mois. Selon des rapports gouvernementaux, le pourcentage des gens qui sont obèses parmi la population a augmenté de 32 à 78 % ces derniers vingt ans à cause d'une mauvaise alimentation et d'un manque d'accès à des aliments nutritifs qui ont été remplacés par la malbouffe importée des États-Unis. La situation en est rendue au point où trois lits sur quatre dans les hôpitaux sont occupés par des patients souffrant de problèmes liés à l'obésité.

Tout cela n'empêche pas le président des États-Unis Barack Obama de dire que « le Mexique a fait de grands progrès ». Dans un certain sens, le « patron de la Maison Blanche a raison » car les riches du pays sont devenus plus riches. Selon le Forbes Magazine, la fortune de Carlos Slim est passée de 6,8 milliards $ à 77,1 milliards $ depuis 20 ans ; celle de Ricardo Salinas Priego de 1,9 milliard $ à 8 milliards $ ; celle de la famille Servitje Montull de 1,2 milliard $ à 4,9 milliards $ ; et celle d'Alberto Baillères de 1,9 milliard $ à 10,4 milliards $. Dans l'ensemble, la fortune des milliardaires mexicains est passée de 44,1 milliards $ en 1994 à 129,3 milliards $. C'est à cela sans doute que Barack Obama faisait allusion quand il a parlé des « progrès » du Mexique.

Les États-Unis ont eux-mêmes fait des progrès du point de vue économique et financier grâce à l'ALÉNA de même que du point de vue géopolitique et géostratégique. Les monopoles de l'énergie des États-Unis ont gagné accès au pétrole mexicain (10,5 millions de barils) que le président actuel Peña Nieto a finalement privatisé, et les banques des États-Unis ont pris le contrôle du secteur financier domestique. Les agents du U.S. Marshals Service, du département de la Justice, de la Drug Enforcement Agency et du FBI sillonnent le pays comme si c'était le leur. Ils participent même, déguisés et armés, comme membres de la marine mexicaine dans des opérations anti-drogue et autres opérations du genre. Pendant ce temps, les drogues entrent en masse en Amérique du Nord en passant par le Mexique. On estime que quelque 700 tonnes de cocaïne entrent chaque année aux États-Unis en dépit de tout ce déploiement de forces de sécurité, domestiques et étasuniennes.

En fait, le Mexique est devenu le premier laboratoire nord-américain de remodelage de l'État et de sa subordination aux intérêts des États-Unis et de leurs entreprises. Le journaliste mexicain Alejandro Nadal a absolument raison quand il dit que le capital financier mondial « ne détruit pas l'État mais le refaçonne et le réorganise pour qu'il réponde à ses besoins et à ses intérêts ». Le marché néolibéral a besoin d'un État qui facilite la création d'un marché électoral, judiciaire et législatif qui sait également contrôler la force de travail et la forcer à l'obéissance. La corruption est un outil de choix pour accomplir ces objectifs pour le bénéfice de la superpuissance suprème dans le monde et ses entreprises. En échange, l'État reçoit la protection morale, économique et médiatique des entreprises impliquées dans cette affaire où le national le cède au transnational.

La situation est rendue si loin au Mexique que, selon James Corbett, la rédacteur en chef du International Forecaster, l'Agence de sécurité nationale des États-Unis a fait parvenir un document à la sénatrice démocrate Diane Feinstein en 2013 dans lequel les États-Unis, le Canada et le Mexique faisaient partie de son « homeland » (son territoire intérieur) lequel plus tard deviendrait une Union nord-américaine. L'idée même de créer une communauté nord-américaine a été lancée en 2005 par la Commission trilatérale des États-Unis, le Conseil mexicain des Affaires étrangères et le Conseil canadien des chefs d'entreprise. Ce n'est qu'une question de temps et et d'approbation des documents, traités et pactes que Washington met progressivement en vigueur tandis que les peuples du Mexique et du Canada se font dépolitiser par les médias, patiemment et de façon persistante et insistante conformément aux manuels de la « guerre psychologique ».

En fait, le Canada, le Mexique, l'Amérique centrale et les Caraïbes ne sont qu'une petite composante du projet de mondialisation impérialiste des États-Unis. Ceux-ci sont aussi impliqués à fond dans un projet qui vise à enlever l'Europe de leur chemin géoéconomique et géopolitique, cette Europe qui depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale est impliquée dans un certain nombre de traités secrets avec les États-Unis qui ont été plus tard renforcés par des accords commerciaux et militaires (l'OTAN). La signature prochaine du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI) va mettre fin à la souveraineté de l'Union européenne et de ses membres. L'Accord de partenariat transpacifique (APT) est aussi en chemin, qui vise à assurer la domination sur l'Asie et l'isolement de la Chine et de la Russie.

N'oublions pas cependant le dicton qui dit « avoir les yeux plus gros que la panse ». La vie est pleine de surprises et ce monde n'est plus à genoux. L'Amérique latine le démontre bien en ce moment. La Chine est devenue la deuxième plus grande économie dans le monde et son yuan est déjà la deuxième devise internationale de réserve bien que la Maison Blanche ne le reconnaisse pas officiellement. La Russie survit et reprend des forces malgré les sanctions des États-Unis et de leurs satellites comme l'Union européenne et l'Australie, comme l'a exprimé le président Poutine quand il a annoncé au monde que « personne ne devrait penser pouvoir dominer la Russie ».

Est-ce que ces mondialistes éclairés, néolibéraux comme conservateurs, prennent cela en compte ? J'en doute beaucoup car, comme le disait Anton Tchekhov, « tout le monde a une tête, mais ce n'est pas tout le monde qui en a besoin d'une ».

Note du LML

1. Accords sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE), Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC), Zone de libre-échange de l'Asie-Pacifique (ZLEAP), Accord de partenariat transpacifique (APT), Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI), Accord cadre de commerce et d'investissement (TIFA), Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), Accord de libre-échange (ALÉ), Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), Organisation mondiale du commerce (OMC), Accord sur le Commerce des Services (ACS).

(8 avril 2015. Traduit de l'espagnol par Le Marxiste-Léniniste)

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54e anniversaire de la victoire de Cuba contre l'invasion
étrangère à Playa Gíron

La défaite historique des impérialistes
américains montre qui est la source du terrorisme
d'État dans le monde aujourd'hui


« Gíron : Première défaite de l'impérialisme Yankee en Amérique latine »

Le 19 avril 2015 marque le 54e anniversaire de la victoire de Cuba sur les brigades terroristes soutenues par les États-Unis qui tentaient de renverser la Révolution. La tentative américaine d'envahir Cuba à Playa Girón (aussi connu sous le nom de Baie des Cochons) eut lieu au moment où les impérialistes américains avaient déjà provoqué plusieurs tragédies par des coups d'États, des interventions militaires et leur ingérences en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ainsi, la victoire décisive de Cuba sur l'ennemi à la Baie des Cochons, considérée comme la première défaite de l'impérialisme américain en Amérique latine, a une signification non seulement pour Cuba mais pour tous les peuples des Amériques et demeure pertinente pour la période présente où l'impérialisme américain continue de s'ingérer dans les Amériques et ailleurs.


19 avril 1961, Cuba déclare la victoire sur les envahisseurs américains.

L'anniversaire de la tentative américaine d'envahir Cuba vient à un moment où le président Obama a finalement annoncé que dans le cadre de la normalisation des relations avec Cuba, Cuba est finalement retirée de la liste bidon de pays qui appuient le terrorisme d'État. L'ironie amère est que les impérialistes américains peuvent mettre Cuba révolutionnaire sur une telle liste -- même si elle n'a pas une fois menacé un autre pays et offre seulement une aide internationaliste importante, y compris aux États-Unis, comme à la suite de l'ouragan Katrina — tandis que les États-Unis sont les premier à se livrer au terrorisme d'État sur leur territoire et à l'étranger. Cuba est seulement sur la liste parce que, au prix de grands sacrifices pour son pays et son peuple, elle a courageusement répondu à l'appel des nations africaines qui demandaient de l'aide contre le régime raciste d'apartheid de l'Afrique du sud.

Le fait que Cuba a été sur cette liste durant 33 ans et que maintenant les États-Unis tentent de diaboliser le Venezuela montrent que les peuples doivent être préparés à défendre leurs projets d'édification nationale afin qu'une autre invasion comme celle de Playa Gíron ne puisse se reproduire et que toutes tentatives de la sorte soient défaites de fa¸on décisive.

À l'occasion de la victoire de Cuba à Playa Gíron, LML salue le courage et la ténacité de la Révolution cubaine, sa direction, ses braves combattants et son peuple qui ont infligé une défaite retentissante aux impérialistes américains le 19 avril 1961. Ce sont ces mêmes qualités qui ont forcé les États-Unis à se soumettre aux pratiques établies de la diplomatie et des relations internationales et à normaliser leurs relations avec Cuba, ce qui est une autre preuve de la fermeté et de la vitalité de la Révolution.

L'invasion américaine de Playa Gíron

En avril 1961, une guerre non conventionnelle dans la forme d'une campagne massive de désinformation été le prélude à la tentative directe d'invasion armée. Les agences américaines ont mené une campagne féroce de diffamation et de déstabilisation. Les diffuseurs, journaux et agences de presse ont imposé une vision déformée de la vie à Cuba et démonisé les dirigeants de la Révolution.

Ces activités faisaient partie de l'Opération Pluton de la CIA, qui cherchait à établir une tête de pont en territoire cubain et donner aux États-Unis un prétexte pour justifier une intervention et réinstaller un régime fantoche. Outre la guerre non conventionnelle, dans les jours précédant l'invasion, les États-Unis et leurs mercenaires ont augmenté les provocations violentes notamment le bombardement de bases à La Havane et Santiago de Cuba, causant des morts et des dommages considérables. Également, un avion américain camouflé avec les cocardes des forces aériennes cubaines a mené des attaques à Cuba.

Le colonel Cubain à la retraire Armando Martínez Alvarez a raconté comment, quelques jours avant les événements à Playa Gíron, lui et d'autres jeunes Cubains ont été mobilisés par le Commandant en chef Fidel Castro dans une unité anti-aérienne pour défendre Cuba des attaques aériennes :

« Le 15 avril 1961 à 6h00, trois aéroports cubains : Ciudad Libertad, San Antonio de los Baños et Santiago de Cuba, ont subi une attaque surprise de huit bombardiers B-26 en provenance de Puerto Cabezas, en République du Nicaragua, décorés des cocardes de notre force aérienne afin de causer la confusion, dans leur tentative de détruire au sol la petite et inadéquate force aérienne de combat (l'action avant l'invasion mercenaire), contrecarrée par la perspicacité opportune de Fidel, qui a ordonné que les avions soient dispersés. »

« Seul un des huit avions que nous avions à ce moment fut détruit, mais le mitraillage a tué sept personnes et en a blessé 53, principalement des civils. Deux avions ennemis ont été endommagés par les tirs anti-aériens et un s'est écrasé en mer, comme on pouvait le voir de l'Hotel Comodoro, situé dans ce qui est maintenant la municipalité de Playa. Les artilleurs recrues ont criblé l'avion mercenaire et, avant de mourir, un d'eux, Eduardo García Delgado, a écrit le nom de Fidel sur le mur avec son sang pour la postérité. »

« Le 16 avril, aux funérailles des Cubains tués, le Commandant en chef Fidel Castro a solennellement déclaré devant des milliers d'hommes et de femmes, fusils brandis, le caractère socialiste de la Révolution et décrété une mobilisation nationale face à l'imminence de l'assaut mercenaire. »


Fidel Castro saute d'un char d'assaut, alors qu'il dirigeait personnellement le combat contre des envahisseurs.

Pour leur part, les impérialistes américains et leurs mercenaires, enhardis par leurs actes lâches de terrorisme, impudents et se bernant d'illusions que le peuple Cubain allait les appuyer, ont déclenché invasion.

Pour réaliser leur plan machiavélique, les États-Unis ont mis sur pied l'infâme Brigade 2506, constituée principalement de sbires du dictateur déchu soutenu par les États-Unis Fulgencio Batista, ainsi que de mercenaires, de terroristes et d'oligarques déchus. Dans les années précédant 1961, les États-Unis ont organisé des coups d'État au Guatemala et au Nicaragua, leur donnant des dictatures fantoches en Amérique centrale dont ils ont fait usage dans la tentative de coup d'État contre Cuba. Des camps militaires furent établis au Guatemala dans les départements de Petén au nord et Retaluleu au sud, pour entraîner les mercenaires. Les navires remplis de réactionnaires, de mercenaires et de leurs instructeurs de la CIA et du Pentagone, sont tous parti du Nicaragua. Un de ceux impliqués dans la planification des attaques à Playa Gíron était nul autre que Luis Posada Carriles. Posada Carriles a ouvertement pris la responsabilité pour plusieurs actions terroristes mais demeure un homme libre à Miami à ce jour.

Les mercenaires qui ont débarqué à Playa Girón le 17 avril étaient mal organisés et mal équipés. Leurs illusions d'être accueillis à bras ouverts ont été brutalement anéanties par la réalité que le peuple Cubain était uni avec Fidel et l'armée et n'aurait pas permis que Cuba devienne une colonie américaine une fois de plus.


Les mercenaires de la Brigade 2506 soutenus par les États-Unis après leur défaite retentissante.

Malgré le soutien de l'armée américaine, les mercenaires ont été défaits le 19 avril, moins de 72 heures après le débarquement. Beaucoup de patriotes cubains sont morts et un grand nombre d'agriculteurs et de civils ont été frappés par les tirs ennemis. Quelque 1200 envahisseurs ont été faits prisonniers et plus tard échangés contre des médicaments, de l'équipement médical et des fonds pour les enfants cubains dont les parents ont été blessés dans l'attaque.

Cinquante-quatre ans après sa victoire décisive à Playa Girón, la Révolution cubaine est plus forte que jamais, surmontant calmement tous les obstacles surs le chemin de son développement socialiste tout en préservant la paix, la justice et la primauté du droit international. Pendant ce temps, les impérialistes américains sont plus isolés que jamais à cause de leurs crimes contre l'humanité.

La demande des peuples cubain et du monde que Cuba soit laissée libre de tracer sa voie indépendante, libre de toute ingérence des États-Unis, que ce soit une agression armée, le terrorisme ou le blocus économique, est aussi pertinente aujourd'hui qu'elle l'était en 1961. Les peuples du monde rejettent résolument le terrorisme américain contre Cuba et son recours rétrograde à la violence comme une solution pour les différends entre lui-même et Cuba ou n'importe quelle autre nation. Les impérialistes américains devraient enfin apprendre la leçon de leur défaite ignominieuse à Playa Girón et ne pas toucher à Cuba ni aux pays du monde.

Saluons la victoire à Playa Gíron !
Longue vie à la révolution cubaine !
Ne touchez pas à Cuba !

(Avec Prensa Latina, Granma International)

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16 avril, Cuba réaffirme son caractère socialiste


Lors d'une commémoration de ceux qui ont été tués par les raids aériens des États-Unis la
veille, Fidel Castro fait la déclation historique sur le caractère socialiste indubitable de la
Révolution cubaine le 16 avril 1961.

Il y a 54 ans le 16 avril, Fidel déclarait le caractère socialiste de la Révolution cubaine, que le peuple a ratifié aujourd'hui alors que le pays s'engage dans une profonde transformation pour développer un socialisme prospère et viable.

Le pays se concentre sur la modernisation du modèle économique par un processus impliquant tous les acteurs sociaux qui a comme objectif d'augmenter la production et de promouvoir le développement. Cuba ne peut, cependant, oublier les événements qui ont marqué le mois d'avril dans son histoire.

Le 15 avril 1961, un avion ennemi camouflé avec des cocardes militaires cubaines bombardait un aéroport à La Havane et une base aérienne dans la localité de San Antonio de Los Baños, au sud de La Havane, ainsi qu'un aérodrome à Santiago de Cuba dans l'est.

Ces raids aériens marquaient une escalade de l'agression américaine contre Cuba pour défaire la Révolution. Cela et d'autres actions, conçues et financées aux États-Unis, incluait le bombardement du bateau La Coubre, l'incendie de plantations de cannes à sucre, des raids armés par des vedettes contre des villages côtiers, des tentatives d'attentats contre le gouvernement et des bâtiments publics, tout cela faisant beaucoup de victimes.

À ce moment-là, le gouvernement cubain adoptait des lois importantes, telle la réforme agraire, tandis qu'un important contingent de jeunes accomplissait la Campagne d'alphabétisation partout dans l'île.

Le 16 avril, lors de l'enterrement des victimes des raids aériens de la veille, le peuple Cubain a afflué vers les zones près du cimetière Colon de La Havane, où des drapeaux cubains étaient accrochés aux balcons et des fleurs lancées vers la rue.

Fidel a parlé à la manifestation imposante sur un coin de rue achalandé près du cimetière, disant : « C'est la révolution socialiste et démocratique des humbles, avec les humbles et pour les humbles et pour cette révolution des humbles, par les humbles et pour les humbles, nous sommes déterminés à donner nos vies. »

Faisant référence au gouvernement américain, Fidel a dit que ce que Washington ne pouvait supporter était le fait que les Cubains ont fait une révolution socialiste juste sous le nez des États-Unis.

Avec cette déclaration, le dirigeant Cubain déclarait le caractère socialise de la Révolution, quelques heures avant qu'une invasion mercenaire organisée par les États-Unis ait lieu à la Baie des Cochons, sur la côte au sud-ouest de Cuba.

Fidel a accusé les États-Unis de bloquer le développement pacifique à Cuba, de détruire les ressources économiques du peuple et de tuer des citoyens cubains. Il a aussi demandé que les États-Unis assument la responsabilité d'une telle agression.

« Ces événements sont riches d'enseignement pour nous. Ces événements douloureux illustreront et montreront, peut-être plus clairement que tous les autres avant, ce qu'est réellement l'impérialisme », a dit Fidel.

Les images des gens brandissant des fusils parlent d'elles-mêmes, reflétant clairement l'appui à la voie à être prise en ce moment par le processus révolutionnaire — toujours en cours dans celle île-nation des Caraïbes.


« Les changements à Cuba sont pour plus de socialisme.»

(Traduction : LML)

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