Le Marxiste-Léniniste

Numéro 12 - 14 mars 2015

Samedi 14 mars: Journée nationale d'action contre le projet de loi C-51,
Loi antiterroriste de 2015

Le gouvernement Harper se sert
de la peur pour établir son contrôle


CALENDRIER D'ÉVÉNEMENTS

Les opérations occultes et les opérations de camouflage
approuvées par l'État

- Pauline Easton et Anna Di Carlo -
La «stratégie de la Tension» dans la période de la guerre froide (extraits)
- Daniele Ganser -

  Dans l'actualité
Cuba

Rencontre de Fidel avec les Cinq
- Réflexions du camarade Fidel Castro -
Au sujet des pourparlers pour rétablir les relations
diplomatiques entre Cuba et les États-Unis

- Alejandro Gomez, Granma International -


28e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU
Déclaration du ministre cubain des Affaires étrangères


Journée nationale d'action contre le projet de loi C-51,
Loi antiterroriste de 2015

Le gouvernement Harper se sert de la peur
pour établir son contrôle

Les gens partout au Canada sont très préoccupés par la façon dont le gouvernement et les médias à son service se servent de la peur. Cette campagne de peur a comme objectif de paralyser leur action, de les empêcher de se mobiliser contre l'offensive néolibérale et antisociale et de prendre le contrôle de leurs affaires. Elle vise également à accabler l'opposition parlementaire et à submerger la campagne électorale déjà en branle pour former le prochain gouvernement. Le gouvernement et les services de sécurité semblent déterminés à tout faire pour que la peur domine les affaires politiques. Les Canadiens sont censés avoir peur non seulement des attentats terroristes qui pourraient se produire à tout moment en provenance de n'importe où, mais surtout de forces « djihadistes » maléfiques qui s'en prennent à leurs valeurs et à leur mode de vie. Et par-dessus le marché, ils doivent avoir peur de la police qui pourrait les interpeller, questionner leurs motifs et même les arrêter et les enfermer à double tour.

Les gens sont censés avoir peur des tunnels, de la poudre blanche, des 'djihadistes', des femmes qui portent le hidjab et le voile, de se rendre dans les centres commerciaux, des mosquées, des cours d'arabe et sur le Coran, des militants environnementaux, des marxistes-léninistes, des intégristes religieux, des peuples autochtones, des travailleurs qui luttent pour leurs droits. On doit éviter d'exprimer ses opinions et de participer à toute activité politique, car on risque de devenir la cible de la police politique et d'être inscrit sur une liste d'interdiction de vol, ou d'être dans le collimateur du gouvernement pour toutes sortes de raisons inconnues. La peur de l'État et de ce qu'il peut vous faire, l'impunité de la police et des forces de sécurité, les invasions de la vie privée et les attaques contre les droits sont autant d'inquiétudes réelles que les Canadiens de tous les milieux expriment dans la discussion sur la nouvelle loi antiterroriste du gouvernement Harper.

La peur est « un sentiment d'inquiétude éprouvée en présence ou à la pensée du danger » (Larousse). Elle peut être définie comme « un sentiment d'angoisse quant à l'issue de quelque chose ou la sécurité de quelqu'un ». L'angoisse est un « malaise psychique et physique, né du sentiment de l'imminence d'un danger, caractérisé par une crainte diffuse pouvant aller de l'inquiétude à la panique » (Le Petit Robert).

La peur est l'expression d'une incapacité à contrôler l'issue d'une situation. C'est à la fois une manifestation de l'incapacité à décider des choses qui nous affectent et une façon d'empêcher les gens d'analyser et d'agir pour se défaire de l'incertitude qui leur est imposée et de l'angoisse qu'elle provoque. Les Canadiens sont soumis à des tensions permanentes pour leur faire perdre leurs repères. Au lieu d'être proactifs et unis dans l'action pour faire face aux dangers qui les menacent et qui menacent la société, ils sont réduits à réagir aux campagnes de peur. Pour surmonter cet état de tension, il faut identifier sa cause et ses raisons et surmonter les obstacles à l'exercice d'un contrôle sur leur vie.

La fraude perpétrée par le gouvernement et les médias monopolisés en ce moment est que l'incertitude quant à notre avenir est causée par le « terrorisme djihadiste » et que la cause du terrorisme est qu'il y a des gens diaboliques qui nous haïssent, qui épousent des « idéologies radicales » et qui complotent contre nous.

Entre autres exemples de la campagne de peur à laquelle se livre le gouvernement Harper, cette semaine CBC News a signalé que des plaintes ont été portées au sujet d'une page Facebook du Parti conservateur fédéral, affichée le 2 mars, qui reproduit une menace terroriste apparente contre le centre d'achat West Edmonton Mall faite par des militants basés en Somalie.

La page utilise une capture d'écran et une citation tirée d'une vidéo mise en ligne sur YouTube le mois dernier par le groupe al-Shabaab, qui serait lié à al-Qaïda et serait responsable de l'attentat contre le « Westgate Mall » au Kenya en 2013 qui a fait 60 morts.

Vers la fin de la nouvelle vidéo, qui dure un peu plus d'une heure, un homme masqué avec un accent anglais encourage les disciples à lancer des attaques similaires contre des centres commerciaux aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et au Canada, comme le West Edmonton Mall, rapporte le réseau CBC. « Les terroristes djihadistes menacent le Canada. Nous devons donner aux forces de sécurité et à la police les outils pour nous protéger contre la menace terroriste », lit-on dans l'annonce du Parti conservateur qui invite les visiteurs à « Ajoutez votre nom si vous êtes d'accord », et lorsqu'on clique on obtient une pétition sur le site Web du Parti conservateur.

« Nous avons des raisons d'être inquiets quand des terroristes djihadistes ciblent des endroits très précis dans notre pays et demandent à leurs disciples de les attaquer », de déclarer le directeur des communications du Parti conservateur, Cory Hann, à CBC News.

Par ailleurs, PressProgress, un site Web affilié à l'Institut Broadbent, soutient que cette page Facebook pourrait être illégale en vertu du projet de loi antiterroriste C-51 du gouvernement, puisqu'il rend illégal de sciemment préconiser ou fomenter la perpétration d'infractions terroristes en général.

PressProgress écrit :

« Le projet de loi C-51 entend par 'propagande terroriste' 'tout écrit, signe, représentation visible ou enregistrement sonore qui préconise ou fomente la perpétration de terrorisme en général'.

« On lit ensuite que si un juge 'a des motifs raisonnables de croire qu'il y a du matériel de propagande terroriste — propagande terroriste ou données qui rendent la propagande terroriste accessible — stocké sur et mis à la disposition du public au moyen d'un système informatique', la Cour a le pouvoir de s'assurer qu'il est détruit.

« Est aussi troublant le fait que l'image ne donne ni indication ni contexte permettant de savoir qui l'a produite et dans quel but (on n'y trouve pas le logo du parti). Lorsque l'image de l''appel à l'action' du militant d'al-Shabaab est séparée du texte de présentation et du lien vers la pétition pour nous protéger contre la 'menace du terrorisme', elle devient pratiquement indiscernable de la propagande violente et radicale qui circule sur les médias sociaux que C-51 est censé interdire.

« En fait, le texte de présentation du Parti conservateur accompagnant l'image peut être sans importance aux yeux de la loi, puisque le projet de loi C-51 dit que la seule 'communication déclaration' qui 'sciemment préconise ou fomente la perpétration d'infractions terroristes en général' est passible d'un maximum de cinq ans de prison.

« Donc, s'il y a une différence entre citer un appel aux armes d'un terroriste pour critiquer le terrorisme et préconiser et fomenter le terrorisme, le projet de loi C-51 fournit peu de clarification sur cette distinction.

« En fait, on a déjà fait valoir que le fait d'agir dans l'intérêt public (comme les journalistes ont tendance à faire) n'est pas admissible comme défense valable sous C-51.

« Est-ce que la CBC enfreindrait la loi en diffusant l'appel aux armes de al-Shabaab ? Tout ceux qui ont partagé l'image du Parti conservateur du Canada sur sa page Facebook commettraient-ils une infraction à C-51 pour diffusion de propagande de al-Shabaab ?

« Selon le libellé actuel de C-51, il semblerait que ce sera à la discrétion des services policiers et des tribunaux d'interpréter ce point, et qui sait comment cela pourrait être appliqué de façon uniforme maintenant ou dans l'avenir ? »

Que ce soit légal ou illégal en vertu du projet loi C-51, LML considère que l'annonce sur la page Facebook du Parti conservateur s'inscrit dans la campagne de peur et que c'est inacceptable.

Le fait est que le recours à la peur pour contrôler des populations n'est pas une innovation du gouvernement Harper ou du Parti conservateur du Canada. Il s'agit d'une tactique bien précise utilisée par la police politique depuis la fin du XIXe siècle, non seulement en Europe contre les soulèvements des travailleurs, mais également en Russie par la police tsariste. Elle a été par la suite dénommée « stratégie de la tension » et a été perfectionnée par les Anglo-Américains durant la guerre froide. La CIA et l'OTAN sont passées maîtres dans l'utilisation de cette stratégie pour combattre et renverser le communisme. Les campagnes de peur, la guerre psychologique et les opérations psychologiques sont une vieille stratégie utilisée avec une férocité particulière par la CIA et les forces sous sa direction.

Au Canada durant les années 1960 et 1970, l'opération Checkmate s'est avérée être une version canadienne de l'opération Chaos de la CIA aux États-Unis, de l'opération Gladio en Italie et des opérations du même type dans les autres pays d'Europe. L'Opération Condor a été menée en Amérique latine contre les peuples du Chili, d'Argentine et d'autres pays du cône Sud et des opérations semblables ont été menées dans les guerres sales au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua. Dans les pays d'Europe orientale et dans les républiques de l'ancienne Union soviétique, la CIA a lancé une série de ces opérations.

Dans son numéro du 11 mars, LML publie l'article « Les opérations occultes et les opérations de camouflage approuvées par l'État » qui traite de certains des exemples les plus notoires des opérations secrètes et des opérations psychologiques menées par la GRC au Canada à la fin des années 1960 et dans années 1970 et 1980. Ces formes de terrorisme d'État avaient comme objectif de discréditer les communistes et les forces progressistes et démocratiques et de désorienter les gens pour les empêcher de tirer les conclusions qui s'imposent et de s'engager dans la politique pour changer la situation en leur faveur.

Pour informer les lecteurs sur l'histoire et la nature de des campagnes de peur et des opérations psychologiques organisées par l'État, nous publions également des extraits d'un essai de Daniele Ganser, originalement publié dans le Journal of 9/11 Studies. Daniele Ganser est un historien suisse qui a écrit sur les réseaux paramilitaires clandestins « stay-behind » coordonnés par la CIA immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale, constitués de fascistes actifs, d'hommes de main de l'OTAN et d'agents du renseignement de divers autres pays. Ganser a également écrit Les Armées Secrètes de l'OTAN, qui donne un compte rendu rigoureux de cet épisode. Sous le commandement de la CIA et de l'OTAN, ces forces ont commis des crimes odieux que l'on a commencé à découvrir seulement dans les années 1980 et 1990.

Daniele Ganser décrit en détail les campagnes d'opération psychologique en Europe et comment elles ont été révélées longtemps après le fait. Il les place dans le contexte de la « stratégie de la tension » de la CIA et de l'OTAN. Ce terme est celui utilisé par le juge italien Felice Casson dans une entrevue à la BBC en 1991 pour décrire le but de la guerre psychologique. Casson a fait enquête sur une série d'attentats terroristes en Italie des années 1960 aux années 1980 et a découvert qu'ils avaient été perpétrés par des paramilitaires anticommunistes et la police militaire italienne sous le commandement de la CIA.

Note

Voir l'article sur la projet de loi C-51 dans LML Numéro 9 - 4 mars 2015

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Les opérations occultes et les opérations
de camouflage approuvées par l'État


À gauche : après une perquisition de la police contre un institut de recherche du PCC(M-L) en 1973 ; À droite : l'incendie criminel contre le Bureau provincial du PCC(M-L) en Colombie-Britannique, le 12 août 1983.

D'après les comptes rendus officiels et les reportages des médias sur les crimes commis par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) contre les Canadiens, les Québécois et les peuples autochtones, certains de ces crimes n'ont jamais été commis, d'autres seraient des aberrations inacceptables et, de toutes façons, la porte pour qu'ils ne se reproduisent plus a été fermée en 1984 avec la création du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) qui avait pour mandat de recueillir du renseignement et n'avait pas de pouvoir d'intervention. Dans ce contexte, l'extension des pouvoirs du SCRS contenue dans le projet de loi C-51, la Loi antiterroriste de 2015, pour lui permettre de mener des activités qui ressemblent aux activités de la GRC d'avant 1984 soulève beaucoup d'inquiétudes.

Il n'est évidemment pas vrai qu'après 1984 les services de sécurité ont cessé de violer les droits du peuple, loin s'en faut. C'est pourquoi il faut une autre enquête nationale pour faire la lumière sur les activités des agences d'espionnage depuis cette période et jusqu'à présent, y compris sur le camouflage de leur implication dans la catastrophe d'Air India de 1985. Il est néanmonis instructif de revoir le récit officiel de ce qui s'est passé et ce que le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a dit à ce sujet à l'époque. Cet examen vise à résumer cette expérience afin que les gens puissent se donner un guide à l'action qui serve le présent et ouvre la voie à un avenir brtillant et en sécurité.

Selon le récit officiel, la GRC a mené des activités illégales dans le cadre de son travail de protection de la « sécurité nationale » du Canada jusqu'en 1977, puis tout cela a été assaini au cours de la période 1978-1984, dont l'aboutissement a été la séparation des services de renseignement des services de police de la GRC, comme l'avait recommandé la Commission d'enquête concernant certaines activités de la GRC (la Commission McDonald). La période de 1977 à 1981 a été la période d'enquête sur les méfaits de la GRC, tandis que celle de 1981 à 1984 a été la période de réorganisation des forces de sécurité. Le nouveau régime a été mis en place en novembre 1984 avec la création du Comité de surveillance des activités de renseignements de sécurité .

Les événements qui ont conduit à la création de la Commission McDonald

Le 26 juillet 1974, Robert Samson, gendarme de la GRC, membre de l'escouade antiterroriste conjointe du Québec et du Service de sécurité de la GRC, est blessé par l'explosion d'une bombe devant la résidence du président de la compagnie Steinberg, M. Melvyn Dobrin, à Ville de Mont-Royal. En interrogatoire, l'agent Samson dit qu'il s'était rendu à cet endroit pour y rencontrer un informateur et qu'il avait été blessé par l'explosion d'un colis suspect qu'il avait ramassé. La GRC dément officiellement tout lien avec l'activité de Samson et le rapporte à la police de Montréal. Le Commissaire des incendies du Québec qui interroge Samson ne croit pas sa version des faits et Robert Samson est accusé d'avoir placé une bombe. Au cours de son procès, qui a lieu en 1976, Samson fait des révélations sur ce qu'il  appelle l'opération Bricole. En échange de l'immunité, il explique que l'opération Bricole est le nom du cambriolage des locaux de Montréal de l'Agence de presse libre du Québec (APLQ) dont le but est «de prendre des documents qui étaient les dossiers des membres plus militants, ainsi que des documents pertinents ». Il explique que l'APLQ « avait toujours eu une assez grande liste de militants de gauche du Québec ». Encore aujourd'hui, ce que Samson était en train de faire à Ville Mont-Royal le 26 juillet 1974 reste un mystère.

Peu de temps après la fin du procès de Samson, le solliciteur général du Canada de l'époque, Warren Allmand, déclare à la Chambre des communes que la perquisition de l'APLQ était un cas isolé et l'oeuvre la police provinciale du Québec ou la police de Montréal avec le soutien de la GRC.

À la même période, en juin 1977, le gouvernement du Québec, un gouvernement du Parti Québécois, décide d'ouvrir sa propre enquête sur les activités de la police et crée la Commission d'enquête sur des opérations policières en territoire québécois (aussi connue sous le nom de la Commission Keable). À chaque étape de son travail, la Commission se heurte à la résistance et à l'obstruction de la GRC et du gouvernement fédéral qui conteste sa compétence à faire enquête sur un organisme fédéral et soutient que c'est une atteinte aux prérogatives du gouvernement fédéral. Finalement, le gouvernement Trudeau obtient un jugement de la Cour suprême qui déclare l'enquête inconstitutionnelle, même si un grand nombre des sales opérations dont il est question étaient dirigées contre le peuple du Québec. On accuse la Commission Keable d'enfreindre la Loi sur les secrets officiels. Le solliciteur général Francis Fox, qui a succédé à Allmand, refuse de remettre les documents exigés en invoquant le « privilège absolu » accordé au solliciteur général en vertu de la Loi sur les Cours fédérales du Canada, un privilège à l'abri de toute procédure d'appel.

Toutefois, la Commission Keable réunit assez de preuves pour établir que la GRC s'est livrée à un certain nombre d'activités illégales dans le cadre de ses opérations de surveillance après la crise d'octobre de 1970, notamment :

- le cambriolage à l'Agence de presse libre du Québec (APLQ)

- l'incendie criminel, en 1971, d'une grange, La Ferme du Québec Libre, dans les Cantons de l'Est, où devait se tenir une rencontre entre des membres du Front de Libération du Québec (FLQ) et des Black Panthers américains.

- l'émission de 13 faux communiqués du FLQ en 1971, rédigés dans le cadre de la mise sur pied d'une fausse cellule du FLQ, la cellule André Ouimet. La fausse cellule revendiquera un attentat à la bombe incendiaire à la compagnie Brinks de Montréal en janvier de la même année. Le but de ces communiqués était de donner l'impression que le FLQ était encore actif après la crise d'octobre de 1970. Ces communiqués contienaient des menaces de mort contre le ministre de la Justice, Jérôme Choquette, et revendiquaient la responsabilité d'attentats à la bombe incendiaire qui n'ont jamais eu lieu. Sur la base de ces communiqués, les médias, en particulier le Journal de Montréal, ont publié des articles avec des titres comme « Le FLQ n'est pas mort » et « A-t-on sous-estimé la force du FLQ ? » Le FLQ qui, en réalité, avait été démantelé au cours de la crise d'octobre, était maintenant présenté comme une organisation puissante avec de nombreuses cellules dont les actions fréquentes « représentent une menace active pour la sécurité de la personne et les libertés civiles au Québec ». La Commission Keable a consacré un chapitre entier au rôle des médias.

- le vol de dynamite, dans la nuit du 26 au 27 avril 1972, à la poudrière de la Richelieu Explosives de Rougemont, par le gendarme Rick Daigle ainsi que les caporaux Bernard Dubuc et Normand Chamberland.

- l'enlèvement le 7 juin 1972 d'André Chamard, stagiaire dans une étude de droit qui assure la défense d'accusés du FLQ. Les agents de la GRC essaient de le recruter comme indicateur en le faisant chanter pour une affaire de drogue, en le maltraitant et en proférant des menaces de mort.

- le vol de listes de membres du Parti Québécois en janvier 1973, au cours de l'opération Ham lors du cambriolage de l'entreprise Messageries Dynamiques Inc. Soixante-six agents de la GRC ont participé à cette opération.[1]

L'agent de la GRC Donald Cobb, l'inspecteur Jean Coutellier de la Sûreté du Québec et l'inspecteur Roger Cormier de la police de Montréal sont poursuivis pour avoir autorisé une perquisition sans mandat, la perquisition illégale des locaux de l'APLQ. Lorsqu'ils comparaissent en mai 1977, ils plaident tous les trois coupables aux accusations portées contre eux, ainsi il n'y a pas de divulgation de la preuve au cours d'audiences publiques. Leur avocat plaide qu'ils sont des citoyens remarquables qui ont fait une erreur de jugement momentanée en ne demandant pas de mandat, mais que cela a été fait dans les meilleures intentions, pour défendre la sécurité nationale. En juin 1977, le juge les libére inconditionnellement et ils sont retournés au service actif.

Le 6 juillet 1977, à la Chambre des communes, le solliciteur général, Francis Fox, reconnaît que « l'affaire de I'APLQ n'est pas un acte isolé ou exceptionnel » et annonce une commission d'enquête.

Les audiences de la Commission McDonald

Les audiences de la Commission McDonald commencent le 18 octobre 1977. En tout, il y a 169 audiences, dont 144 à huis clos. Le témoignage de 149 personnes est entendu au sujet des activités de la GRC et de la connaissance qu'avaient les ministres et les hauts fonctionnaires des activités illégales de la GRC

Les principales questions traitées par la commission sont :

- l'opération Bricole -- l'affaire de l'APLQ ;

- l'opération Ham -- l'enlèvement de bandes d'ordinateur contenant des données sur les membres du Parti québécois, la reproduction de ces bandes ;

- les entrées subreptices ;

- les tentatives de recrutement de sources humaines ;

- la vérification du courrier ;

- l'incendie d'une grange ; la subtilisation de dynamite ;

- l'accès à l'information en la possession du ministère du Revenu national, la Commission d'assurance-chômage et d'autres ministères du gouvernement ;

- l'opération Checkmate -- les contre-mesures et les tactiques perturbatrices ;

- divers sujets ayant trait à la responsabilité de la GRC au gouvernement ; la relation entre le Service de sécurité et ses Sources humaines.

La Commission promet sous réserve « des restrictions qui nous sont imposées par notre mandat quant aux questions liées à la sécurité nationale, l'intérêt du public et l'intérêt de la vie privée des personnes » de rendre public les témoignages entendus « autant que possible ».

Cinquante-deux volumes des transcriptions des témoignages entendus lors des audiences à huis clos sont publiés sous forme de 45 volumes de documents expurgés. Certains de ces volumes sont maintenant aux Archives nationales et ne peuvent être consultés qu'avec une autorisation du SCRS. Une fois autorisés, les documents peuvent être consultés. Beaucoup, sinon la plupart, des preuves se rapportant à cette période jusqu'à 1988 ont été détruites.

La destruction des dossiers Checkmate par la GRC

Lors des audiences de la Commission McDonald en novembre 1979 et février 1980, il est révélé que le Service de sécurité de la GRC a détruit des dossiers, en particulier ceux de l'opération Checkmate. Ce service a détruit les dossiers contenant des informations sur des opérations réelles et d'autres opérations qui n'étaient que « de simples projets ».

Selon les informations fournies à la Commission, le Service de sécurité a détruit ces dossiers après les avoir soumis à deux revues internes, la première, la Phase un, en 1974 et 1975, et la deuxième en 1977. Les dossiers Checkmate comprenaient environ 25 volumes en tout.

La Commission est informée que le directeur général adjoint (Opérations) du Service de sécurité de la GRC Howard Draper, le sergent d'état-major Ron Yaworski et le surintendant principal Gustav Begalki, responsable des opérations « D », le Service d'antisubversion qui a supervisé l'opération Checkmate, ont recommandé la destruction des dossiers. On lit dans le rapport de la Commission que « dès novembre 1974, il [Yaworski] croyait qu'un grand nombre des opérations Checkmate avaient été menées 'à tort' . Il en était venu à cette conclusion en grande partie parce qu'il avait de plus en plus conscience des critiques croissantes que suscitaient aux États-Unis les programmes comparables exécutés par le FBI.»

La Commission explique : « Puisqu'il y avait eu peu de temps auparavant des fuites de documents gouvernementaux, M . Yaworski craignait beaucoup que ne soient divulgués ce qu'il considérait comme des renseignements « très délicats et très explosifs » et qu'ainsi l'ensemble du Service de sécurité ne soit mis dans l'embarras ». Il voulait « faire baisser le risque de divulgation de l'opération Checkmate ».

La Commission note que les policiers impliqués dans la destruction des dossiers avaient examiné « la nature potentiellement « très explosive » du peu de matériel qui était encore dans les dossiers ». La Elle déclare qu'aucune explication n'a été donnée sur ce que voulait dire « très explosive » ou s'il s'agissait de « problèmes liés à des activités illégales ». Aucune liste des matériaux détruits n'a été conservée.

Begalki a dit que les dossiers avaient été détruits à cause de la « réduction progressive » de l'opération. Selon la Commission, M. Begalki « a ajouté que les ennuis que la divulgation du contenu de ces dossiers aurait pu causer au Service de sécurité n'ont pas joué 'séparément' sur sa décision d'en ordonner la destruction. Il a expliqué plus tard que là n'était pas la raison, qu'il ne savait pas ce que contenaient les dossiers ou si des actes illégaux y étaient décrits. Il a maintenu que leur valeur nulle du point de vue du renseignement est le critère dont il a tenu compte pour autoriser leur destruction et celui qu'il s'attendait de voir le sergent d'état-major Pethick appliquer en dépouillant les dossiers. »

Les personnes qui ont participé à la destruction des dossiers, comme le sergent d'état-major Pethic, ont dit à la Commission qu'ils n'avaient que de vagues souvenirs des dossiers. M. Pethick « dit se souvenir vaguement tout au plus d'avoir révisé un dossier sur un particulier et de n'avoir retenu que trois documents : (1) un tableau des finances soit du Parti communiste du Canada, soit d'une organisation crypto-communiste, (2) une description de l'abandon par un particulier d'une organisation soupçonnée d'être crypto-communiste et (3) un document provenant d'un organisme autre que le Service de sécurité ».

La Commission conclut : « À notre avis, si on analyse bien l'explication donnée par M . Yaworski concernant la recommandation de 1974 de détruire les dossiers Checkmate, elle n'équivaut à rien de moins que l'intention de réduire la possibilité que le gouvernement du Canada apprenne l'existence d'actes qu'il en était lui-même venu à juger répréhensibles. MM. Yaworski et Draper ont passé outre délibérément aux critères habituels de destruction des dossiers .

« Nous ne pouvons pas faire abstraction du fait que plus de trois ans auparavant, soit le 30 juin 1971,une note de service rédigée par M. Yaworski (mais signée par le sergent Pethick) précisait que 'les mesures de restriction tentées ou envisagées' pourraient bien être 'd'une nature tellement délicate qu'il ne faille pas les consigner par écrit'. Selon M. Yaworski, lorsqu'il a écrit 'délicate' il ne voulait pas dire 'illégale', mais plutôt que le Service de sécurité utilisait des informations qui risquaient de mettre en danger la source qui les avait fournies, et que le Service de sécurité prenait lui-même des mesures, plutôt que de faire part des renseignements qu'il possédait à un autre secteur gouvernemental.

« Cette explication ne nous a pas convaincus et nous croyons que, dans la note de service pour la signature du sergent Pethick, M . Yaworski, voulait dire qu'on était prêt à recourir à des moyens de dissuasion, illégaux au besoin, pour parvenir, comme il le dit dans la note de service, à une 'façon plus agressive et positive' d'exécuter des opérations destinées à entraver, contrecarrer ou saper les groupes cibles. »

Aucune accusation n'a été portée pour cette destruction délibérée des preuves des crimes commis contre le peuple du Canada et du Québec. Pendant un certain temps, Ron Yaworski a été un « consultant en sécurité » qui, plus tard, en 2002, a témoigné devant une Commission du Sénat comme témoin expert à une audience à huis clos qui examinait les questions budgétaires reliées à la sécurité. (Le poste de directeur adjoint des opérations du SCRS est occupé par un Jeff Yaworski. LML n'a pas pu établir s'il y a un lien de parenté.)

À part la destruction des dossiers liés à la période allant de 1974 à 1977, dans la période transitoire où le Service de sécurité de la GRC est devenu le SCRS, une des questions qui se posaient était comment disposer des dossiers accumulés depuis plus de 50 années d'activités subversives. Un universitaire ayant enquêté sur le sort réservé aux dossiers écrit : « Le service de sécurité, avec l'autorisation du gouvernement fédéral, a détruit 208 481 de ces dossiers entre juillet 1983 et mai 1984. Lorsque la nouvelle agence d'espionnage a vu le jour, la décision a été prise de transférer certains des dossiers aux Archives nationales du Canada. En 1987, le SCRS a mis sur pied la Sous-section des exigences des Archives nationales afin d'examiner les dossiers en consultation avec des archivistes. Sur près de 500 000 dossiers, 440 000 ont été détruits. 29 000 dossiers sont allés aux archives tandis que 28 000 ont été retenus par le SCRS parce qu'ils étaient toujours pertinents. Le facteur embarras a joué dans au moins un dossier au moment de leur examen. Après avoir examiné une compilation de dossiers liés à l'Université McGill, un employé du SCRS est arrivé à la conclusion qu'il fallait à tout prix détruire ce dossier puisque le nouveau service d'espionnage du Canada devait « se défaire d'un dossier qui avait été spécifiquement ouvert pour espionner une université (effacé). Le fait de conserver un tel dossier ne peut que nous attirer des problèmes ».[2]

Les délibérations du PCC(M-L) sur la Commission MacDonald
et la création du SCRS

Le 19 février 1975, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a tenu un point de presse à Toronto pour répudier une nouvelle sensationnaliste publiée par le Toronto Star dans laquelle on prétend qu'un agent du FBI du nom de Joseph Burton avait infiltré le Parti et qu'il avait recueilli de des renseignements internes. Dans sa déclaration à l'époque, le Parti avait dit : « Cette manoeuvre de la part de la presse capitaliste était si malhabile qu'elle a révélé l'objectif sinistre qui est de discréditer le Parti en soulevant des doutes sur ses activités et en remettant en doute son intégrité aux yeux du peuple. » La présumée taupe avait supposément appris que « Hardial Bains était sorti de l'ambassade de la Corée du Nord à Paris avec 30 000 $ » alors qu'une telle ambassade n'existait tout simplement pas.

Il s'agissait de l'une des nombreuses activités menées contre le PCC (M-L). Ce ne fut pas la première opération sale menée contre le Parti par le Service de sécurité de la GRC et c'était loin d'être la dernière. Le temps viendra sans doute où les peuples du Canada reconstruiront la vérité sur les activités traîtres et sordides menées contre eux au cours de cette période qui a supposément été examinée et élucidée. La plus grande fraude de toutes, cependant, est qu'avec le SCRS était né une « nouvelle » agence civile pour s'occuper du renseignement de sécurité nationale. En réalité, le SCRS a recruté les agents du Service de sécurité de la GRC qui désiraient passer au SCRS. On dit que plusieurs d'entre eux ont même conservé leur bureau et que la nouvelle agence d'espionnage était composée avant tout d'anciens du Service de sécurité de la GRC.

Dans la période de transition vers le SCRS, le 12 août 1984, le bureau du PCC (M-L) en Colombie-Britannique ainsi que les entreprises avoisinantes ont été complètement ravagés par un incendie, causant des dommages de l'ordre de 3 millions $. C'est comme si le SCRS voulait envoyer un message que rien n'allait changer. Un citoyen américain âgé de 22 ans du nom de Rolland Degroot a été arrêté en lien avec l'incendie, mais la police et les médias ont refusé d'enquêter adéquatement et personne n'a été accusé et aucune compensation n'a été versée. Dans les jours et les semaines qui ont précédé la destruction du bureau du Parti en Colombie-Britannique, plusieurs autres attaques ont été perpétrées, non seulement en Colombie-Britannique, mais aussi à Montréal.

Rolland Degroot, un néonazi autoproclamé, n'a jamais été accusé par la police ni traduit en justice. Cette attaque faisait partie de l'offensive raciste de l'État contre le peuple en Colombie-Britannique et à l'échelle du pays pour terroriser les immigrants et les forcer à cesser de se battre pour leurs droits. L'État a mis sur pied des organisations nazies et suprémacistes blanches et les a utilisées pour commettre des attaques racistes. Il a essayé de blâmer le peuple pour ce racisme, comme il le fait aujourd'hui en accusant les Québécois d'être islamophobes ou en disant que les Canadiens exigent que les musulmans soient « modérés » et jurent loyauté à ce qu'on appelle les valeurs canadiennes. Toute cette propagande a servi à justifier l'intervention de l'État contre le peuple au Canada et en Inde et elle est utilisée dans le même but aujourd'hui au pays et à l'étranger.

Dans la période où ces attaques étaient perpétrées, le PCC(M-L) et son dirigeant Hardial Bains ont avancé le slogan «Blâmons l'État et non le peuple pour les attaques racistes et la violence fasciste», et ont appelé le peuple à s'organiser pour se défendre lui-même puisque de toute évidence la police n'allait pas le défendre. Le Comité de défense indien a été fondé en 1975 et le Front du peuple contre la violence raciste et fasciste en novembre 1980. Les deux organisations ont développé leur travail sous la direction du Parti et de Hardial Bains. Cela a donné une forme organisée au travail qui était fait depuis le début de l'année 1973 pour unir dans l'action les gens de tous milieux et aux expériences diverses contre la violence raciste et fasciste et s'assurer qu'elle ne s'enracine pas au Canada. Des centaines de milliers de Canadiens ont bâti ensemble une opposition de masse à la violence raciste et fasciste et, notamment au Livre vert raciste sur l'immigration présenté par le gouvernement libéral en 1975, une lutte qui elle aussi a été dirigée par le Parti. Le Livre vert divisait les Canadiens entre « blancs » et « personnes de couleurs aux traits nouveaux et distinctifs » et enchâssait la catégorie «Autochtone» pour faire en sorte que toutes les nations autochtones soient mises dans un même paquet sur une base raciste. Suite au Livre vert, alors que dans la conscience canadienne s'incrustait l'idée que le racisme était organisé par l'État, l'Ontario a présenté le Rapport Pitman (du nom de son auteur Walter Pitman ) qui affirmait qu'il n'y a aucune preuve de l'existence d'un racisme organisé par l'État et que les Canadiens sont « tous un petit peu racistes ». Toute cette période a exposé que l'État était à l'origine de la violence raciste et fasciste. Elle a confirmé la véracité de ce que le PCC(M-L) disait. Face à cela, l'État a tout mis en oeuvre pour isoler le PCC(M-L) et a notamment organisé les attaques d'agents de police contre lui au sein du mouvement populaire et a accusé le Parti de fomenter la violence alors qu'il ne faisait que se défendre contre ces attaques. Le PCC(M-L) a eu gain de cause en cour où la preuve a été faite que le Parti était celui qui était victime des assauts et qu'il n'avait agressé personne même en se défendant contre les assauts.

Plus tard, l'État canadien a intensifié son utilisation du terrorisme d'État contre le peuple. Entre autres, il a concocté la théorie de l'« intégrisme » et de l'« extrémisme » sikhs pour justifier les attaques de l'État contre ceux qui luttaient contre l'injustice au Canada et en Inde, s'opposaient au régime d'Indira Gandhi, et surtout contre la nation du Pendjab qui revendiquait son indépendance de l'Inde. Des attaques criminelles ont aussi été lancées contre le peuple du Cachemire et les autres nations et peuples tribaux en Inde qui luttaient pour leur émancipation de l'exploitation et de l'oppression brutales des industriels et des propriétaires fonciers et de leur État.

C'est dans ces conditions que se produisit l'attentat à la bombe d'Air India. Malgré les tentatives faites pour blâmer les « extrémistes sikhs », rien n'a pu cacher le rôle des agences d'espionnage dans la création de ces « extrémistes » et la fabrication de ce complot.

Dans ces conditions, des milliers de Pendjabis ont été massacrés au Pendjab, alors que les « lois antiterroristes » et les opérations occultes étaient utilisées pour réprimer l'opposition. Finalement, c'est dans ce contexte d'anarchie et de violence en Inde que se produisit en 1984 l'Opération Blue Star au cours de laquelle le Temple d'Or d'Amritsar, au Pendjab, le temple le plus sacré des Sikhs, a été attaqué par l'armée indienne et un grand nombre de personnes ont été tuées. Cela ouvrit toutes grandes les portes de l'intervention de l'État dans les affaires religieuses où celui-ci dicte au peuple sa conscience, ce qu'il peut et ne peut pas faire et son mode de vie. Les actes individuels de terrorisme et les assassinats ciblés devinrent la méthode privilégiée pour exclure le peuple des affaires politiques. Indira Gandhi et son fils Rajiv Gandhi tombèrent eux aussi victimes de cette politique.

C'est ainsi que l'État canadien a créé le spectre de l'« intégrisme sikh ». Après les attentats du 11 Septembre contre les tours jumelles de New York et le Pentagone à Washington, ce spectre a rendu un grand service au système impérialiste d'États. L'« intégrisme sikh » a servi de modèle à la CIA pour créer le spectre de l'« intégrisme islamique » en tant qu'extrémisme qui représente la plus grande menace pour la société. Sur cette base, une fois de plus, c'est le peuple qui est blâmé pour les attaques terroristes tandis que le terrorisme d'État au nom de la lutte au terrorisme devient la solution. Tout ceci révèle le modus operandi de ces services de renseignement et leur « stratégie de tension » qui, en même temps, vise à faire en sorte que les problèmes économiques, sociaux et autres ne reçoivent pas de solutions politiques.

Pendant toute cette période, le PCC(M-L) a démontré son caractère et son courage révolutionnaires en unissant le peuple dans l'action contre les attaques racistes et fascistes de l'État.

La réponse du PCC(M-L) à l'incendie criminel

Suite à l'incendie criminel du Bureau provincial du PCC(M-L) en Colombie-Britannique, le Parti a convoqué un Plénum élargi du Comité central du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) les 20 et 21 août 1983 où a été présenté le rapport intitulé « L'incendie criminel du Bureau provincial du PCC(M-L) en Colombie-Britannique - un geste insensé de violence individuelle ou un crime inspiré par l'État contre le Parti et le peuple ? » Le Parti a placé l'incendie criminel dans le contexte de la longue série d'attaques sous diverses formes perpétrées contre le Parti, ses membres, ses sympathisants et ses locaux depuis 1970 jusqu'à cet incendie criminel.

Le rapport présenté au Comité central du Parti a tiré la conclusion que l'incendie criminel et la réponse de la police et des médias avaient comme objectif de :

1) convaincre l'opinion publique que l'incendie criminel n'avait pas grande importance et donc que ces attaques contre le Parti étaient une chose normale et acceptable ;

2) créer de la confusion dans l'esprit du peuple afin de sous-estimer et nier le danger de fascisme ;

3) créer l'opinion publique que c'est la victime des attaques qui les provoque ;

4) promouvoir la théorie anticommuniste en banqueroute « des deux extrêmes » selon laquelle les marxistes-léninistes et les fascistes se combattent l'un l'autre tandis que le gouvernement et les agences de l'État sont la voie modérée opposée aux deux.

Dans ce contexte, le Plénum a analysé que les mesures étaient en train d'être mises en place pour renforcer l'appareil répressif de l'État comme une composante de la fascisation de la vie, de la répression des marxistes-léninistes et des autres forces progressistes et pour « inciter à des crimes de violence insensée » comme cet incendie criminel en Colombie-Britannique.

Le rapport du Comité central a traité de la question du Rapport de la Commission McDonald, et montré la similitude entre l'incendie criminel au Québec en 1974 et l'incendie de la librairie. Il a déclaré : « Loin de condamner de tels crimes, la Commission McDonald sur les méfaits de la GRC a cherché à les justifier et à élaborer un cadre légal pour les activités criminelles de la GRC contre les luttes du peuple et les intérêts de la nation, ainsi que pour les opérations au Canada des services d'espionnage de l'impérialisme américain, le FBI et la CIA et l'intervention directe dans les affaires du Canada des plus hautes instances du gouvernement américain.[...] » Le rapport a souligné que le Service canadien du renseignement de Sécurité « pourra légalement mener toutes les activités de voyous que la GRC, la CIA et le FBI ont menées illégalement par le passé, et cela au nom de la défense de la démocratie et des intérêts de la nation contre la subversion ».


  Attaque de la police contre une manifestation dirigée par les militants du PCC(M-L) devant l'hôtel Royal York à Toronto, le 3 mars 1971. Cette manifestation était en appui au peuple québécois et contre les attaques du premier ministre Pierre Trudeau.

Le Comité central a posé la question : « Qui sont les terroristes et qui provoque des actes de violence politique au Canada ? » La réponse à cette question se trouve dans le rapport de la Commission McDonald.

« La Commission royale a carrément admis que c'est la bourgeoisie, sa GRC et ses autres forces policières et d'espionnage, ainsi que les bandes fascistes, qui ont été la source d'actes de terrorisme, d'incendie de granges, d'enlèvements, de tortures et de chantage pour recruter des espions et des indicateurs, de messages téléphoniques enregistrés véhiculant la haine raciste et fasciste, d'attaques violentes contre les minorités nationales, contre les luttes ouvrières, contre les forces démocratiques et progressistes et les marxistes-léninistes, de tentatives d'assassinats, etc. Le rapport de cette commission révèle également que la police et les autorités gouvernementales ont apporté leur pleine collaboration aux services d'espionnage et aux forces policières des États-Unis pour faire venir au Canada des espions afin de saboter le PCC(M-L) et la lutte des autochtones et d'autres groupes au Canada. Cependant, il est significatif que certaines sections du Rapport de la Commission McDonald, notamment celle sur l'« opération Checkmate », qui traitent spécifiquement des attaques terroristes menées contre le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) et son dirigeant, le camarade Hardial Bains, n'ont pas été publiées. Ce mutisme aussi sert la tactique de la bourgeoisie qui consiste à calomnier les marxistes-léninistes en disant qu'ils sont la source du crime et de la violence et en les comparant aux fascistes et terroristes, tout en gardant le silence quant à leurs vraies activités et positions progressistes. »


Manifestation de masse sur la Colline du parlement en septembre 1974, en appui à la lutte des peuples autochtones. Cette manifestation a été sauvagement attaquée par la GRC. Par la suite, la bourgeoisie, les autorités gouvernementales, les médias monopolisés et les opportunistes ont accusé le PCC(M-L) de provoquer la violence. En fait, le PCC(M-L) a été un défenseur ardent de la juste cause de la nation Anishnabe et des Premières Nations et un des principaux organisateurs de la manifestation. Suivant une logique tordue, la police et ses agents ont déclaré après leur échec que parce que le PCC(M-L) avait organisé la manifestation, il était responsable de cette attaque violente. Tout a été fait pour accuser la lutte de résistance d'être responsable de la répression de l'État. « Blâmer l'État et non le peuple pour la violence raciste et fasciste » était le slogan fidèle à la réalité à cette époque et l'est toujours aujourd'hui.

« Le rapport de la Commission McDonald a également servi à justifier la fascisation de l'État et le renforcement de l'appareil de répression, notamment la création d'un service d'espionnage civil, le SCRS, prétextant que la sécurité nationale exige la légalisation des activités illégales, que les intérêts du Canada sont inséparables de ceux de l'impérialisme américain, que ceux qui luttent pour les droits démocratiques du peuple et les intérêts de la nation ... sont les ennemis des intérêts du peuple et de la nation et la source du danger qui plane sur la paix, la sécurité et la démocratie au Canada. »

Ainsi, dans son rapport, la Commission McDonald déclare que les principales menaces à la sécurité du Canada « proviennent des activités clandestines d'agents de puissances étrangères au Canada, d'organisations terroristes et de groupes qui travaillent activement à renverser le fondement de la démocratie parlementaire ».

Le rapport du Comité central soulignait : « Dans la catégorie de « groupes qui travaillent activement au renversement du fondement de la démocratie parlementaire », la commission réunit les marxistes-léninistes et les fascistes de sorte à créer le maximum de confusion, puis déclare que les fascistes sont inactifs et ne représentent aucun danger ». Le rapport indiquait également que ce n'est pas un hasard si la Commission ne précise pas davantage la catégorie des « organisations terroristes », puisqu'on ne manque pas de preuves pour établir le fait que la GRC et d'autres forces policières étaient derrière toutes les activités terroristes dont on a accusé le FLQ et derrière les actes terroristes de la Western Guard et les autres groupes néonazis suprémacistes blancs. « La Commission McDonald elle-même traite de certaines de ces attaques, ainsi que du travail d'agents de police américains au Canada, et elle cautionne ces activités infâmes. »

Le rapport du Comité central soulignait que la Commission McDonald reconnaissait le caractère policier de l'État canadien et que « les activités du PCC(M-L) ont fait l'objet d'une enquête détaillée dans les années 1970. Son dirigeant a fait l'objet à la fois de surveillance étroite et de certaines des tactiques de sabotage menées dans le cadre de l'opération Checkmate. La Commission avoue aussi qu'il y a eu contre les membres et sympathisants du Parti « un vaste harcèlement en toute occasion », notamment des congédiements et des expulsions du pays ainsi que des attentats à la vie. Plusieurs de ces activités ont échoué grâce à la vigilance du Parti, qui les a condamnées et combattues au moment même où elles étaient perpétrées ».


Manifestation devant le Palais de justice de Waterloo, en mai 1977, pour dénoncer la persécution politique du PCC(M-L). Cette manifestation a condamné l'arrestation du camarade Hardial Bains et de plusieurs camarades le 23 février 1977. Les accusations portées contre les camarades étaient tellement fausses qu'elles ont été rejetées par la cour. Le rôle de la police politique pour concocter ces accusations bidon a été complètement démasqué, mais les médias sont restés muets sur cette question.

Le rapport avertissait que « la Commission McDonald prétend qu'elle s'oppose à ces activités, mais c'est seulement pour tromper les naïfs, pour justifier ses propres agissements et la fascisation de l'État et pour préparer d'autres attaques. En réalité, elle avait la mission d'attaquer directement les marxistes-léninistes sous prétexte de défendre « la primauté du droit ». Pendant que la Commission McDonald écrivait ses justifications de « la loi et l'ordre », les attaques contre les marxistes-léninistes et les autres forces progressistes se poursuivaient dans tout le pays, et elles se poursuivent encore aujourd'hui. Elles n'ont jamais cessé, ne fut-ce qu'un instant. »

Le rapport concluait que la création du SCRS « est un pas de plus vers la fascisation de l'État dans le cadre de ce qu'on appelle le processus parlementaire et par les « moyens constitutionnels » et constitue une réelle menace pour la vie et les libertés du peuple ». Le rapport soulignait notamment que le projet de loi accorderait l'immunité aux agents des services de sécurité et ferait la divulgation de leur identité un acte criminel.

Le rapport identifiait également la prétendue lutte au terrorisme comme « une arme de propagande importante de tromperie idéologique et politique » du peuple dans le but de détourner et de liquider ses luttes.

À venir : un compte rendu des travaux du Plénum élargi du Comité central du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) d'août 1983 qui a répertorié les nombreuses opérations occultes contre le Parti et a analysé les importants développements nationaux et internationaux d'alors sur lesquels il est important de revenir à un moment où le gouvernement Harper est déterminé à engager le Canada encore plus loin sur la voie dangereuse de la régression.

Notes

1. Rapport de la Commission Keable et Wikipédia

2. Spying 101 : the RCMP's Secret Activities at Canadian Universities, 1917-1997, Steve Hewitt, (Toronto : University of Toronto Press, c2002).

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La «stratégie de la Tension» dans la période
de la guerre froide (extraits)

[...]

La stratégie de la tension forme une partie de ce que l'on appelle communément « la guerre psychologique » (Psychological warfare, ou PSYWAR en anglais — NdT). Comme l'indique l'expression, cette forme de guerre ne s'attaque pas aux corps des êtres humains, aux tanks, navires, satellites ou maisons dans le but de les détruire, mais vise les esprits, le psychisme. Laissons de côté le fait que les philosophes, psychologues, neurologues ou théologiens ne sont jamais parvenus à définir complètement ce qu'est l' « esprit », et partons du principe, dans le cadre de cet article, qu'il s'agit simplement de la capacité humaine à penser et à ressentir. Si des personnes peuvent accéder à nos pensées et à notre ressenti sans que nous le remarquions, elles peuvent exercer un énorme pouvoir sur nous.

[...]

À ce jour, les informations les plus pertinentes sur la stratégie de la tension sont sans aucun doute celles provenant d'Italie, où des juges, des parlementaires et des universitaires continuent de mettre en commun leurs efforts pour essayer de comprendre et de détailler cette stratégie secrète.

Le juge Casson et l'attentat terroriste de Peteano

Le juge italien Felice Casson a redécouvert cette stratégie lors de son enquête sur plusieurs attaques terroristes survenues en Italie dans les années 1960, 1970 et 1980. D'après Casson, l'affaire la mieux documentée dans laquelle la stratégie de la tension a été utilisée s'est produite dans le village italien de Peteano. C'est là que le 31 mai 1972, trois membres de la police paramilitaire italienne, les Carabinieri, ont été attirés vers une Fiat 500 abandonnée par un appel anonyme et ont été tués lorsqu'ils ont ouvert le coffre du véhicule en déclenchant la bombe qui s'y trouvait.

Pendant des années, cet attentat terroriste a été mis sur le compte des Brigades rouges, une organisation terroriste d'extrême gauche en Italie. Mais lorsque le juge Casson a rouvert cette affaire, il a découvert que c'était en réalité le néofasciste catholique Vincenzo Vinciguerra, un militant anticommuniste, qui avait commis ce crime.

Casson a également découvert, à sa grande surprise, que Vinciguerra n'avait pas opéré seul, mais qu'il avait été protégé par des membres des services secrets militaires italiens, appelés aujourd'hui SISMI (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).

Le juge Casson a procédé à l'arrestation de Vinciguerra, lequel a confirmé lors de son procès en 1984 qu'il avait été relativement aisé pour lui d'échapper à la justice et de se cacher, étant donné qu'une large portion de l'appareil sécuritaire italien, y compris le SISMI, partageait ses convictions anticommunistes, et avait par conséquent soutenu en silence ces crimes afin de discréditer la gauche italienne et tout particulièrement le Parti communiste (PCI), lequel était relativement fort à l'époque. Après l'attentat à la bombe, Vinciguerra se souvient que « c'est tout un mécanisme qui s'est mis en route... Les carabiniers, le ministre de l'Intérieur, les services de douane, et les services secrets civils et militaires ont accepté de fait les raisons idéologiques derrière cette attaque. »

Casson a mis en évidence le fait qu'au travers de ce crime et d'autres pour lesquels on avait accusé les Brigades rouges — l'ennemi politique par excellence — c'était en fait le Parti communiste italien qui avait été discrédité. Les chefs des services secrets militaires et les politiques ont avancé qu'après ce crime, le »danger communiste » justifiait l'augmentation des dépenses militaires et la réduction des libertés civiles dans l'intérêt de la sécurité de l'État. De cette façon, la stratégie de la tension, comme celle mise en oeuvre par l'acte terroriste de Pataneo, a permis de propager la peur dans toute l'Italie, de discréditer un opposant politique, et de mettre en place des mesures de sécurité conservatrices. Ce fut très efficace, puisque personne ne savait à l'époque que les services secrets étaient derrière cette attaque.[1]

« La tension créée à l'intérieur du pays a servi à promouvoir des tendances sociales et politiques extrêmement réactionnaires et conservatrices. Alors que cette stratégie était mise en oeuvre, il était nécessaire de protéger ceux qui étaient effectivement derrière, puisque des preuves les impliquant étaient peu à peu découvertes.

Des témoins ont dissimulé des informations pour couvrir les extrémistes de droite.[2]

Vinciguerra faisait partie de l'organisation fasciste italienne, Ordine Nuovo (Nouvel Ordre) qui cultivait d'étroites relations avec le SISMI. Un haut membre d'Ordine Nuovo, Clemente Graziani, a affirmé dans un livre paru en 1963, qu'en tant que catholique, il était de son devoir de combattre par tous les moyens les communistes impies, y compris par des opérations de »tension » qui, à première vue peuvent paraitre brutales et immorales. Il expliqua que les communistes s'étaient eux aussi engagés dans des méthodes sales, et que si Ordine Nuovo n'utilisait pas le terrorisme pour les combattre, ils ne seraient jamais vaincus : « le terrorisme a évidemment l'inconvénient de tuer aussi des personnes âgées, des femmes, des enfants, » a fait remarquer Graziani. Il a ajouté que « des opérations de cette nature sont encore considérées comme des crimes méprisables et abjects, et surtout inutiles pour vaincre un conflit. Mais les standards de la guerre révolutionnaire renversent ces principes moraux et humanitaires. Ces formes d'intimidation terroriste sont aujourd'hui considérées non seulement comme acceptables, mais absolument nécessaires. »[3]

Autres attentats terroristes

Peteano n'est pas un cas isolé en Italie, mais fait partie d'une longue série d'attentats terroristes qui a débuté en 1969. Le 12 décembre de cette année-là, quatre bombes explosaient sur les places publiques à Rome et Milan, tuant 16 civils innocents et en blessant 80 autres ; la plupart des victimes sont tombées à Milan, Piazza Fontana. Après le massacre, comme le veulent les règles de la stratégie de la tension, les services secrets militaires italiens, le SID, a posé des bombes dans la villa de l'éditeur gauchiste bien connu, Giangiacomo Feltrinelli, de façon à pouvoir accuser de terrorisme les communistes et d'autres membres de l'extrême gauche.[4] Ce n'est que des années plus tard qu'on a appris que Feltrinelli n'avait absolument rien à voir avec ce crime et qu'en réalité, l'extrême droite italienne, dont Ordine Nuovo, avait perpétré ces atrocités dans le but de promouvoir la stratégie de la tension.

Les attentats les plus meurtriers eurent lieu en 1974, environ deux ans après celui de Peteano.

Le 28 mai, une bombe explosait lors d'une manifestation anti-fasciste à Brescia, où s'étaient rassemblées plus de 3000 personnes, tuant 8 personnes et en blessant 102 autres. Pour couvrir les traces des poseurs de bombe d'extrême droite, la place avait été nettoyée au jet d'eau plusieurs heures avant que les magistrats enquêteurs ne puissent se rendre sur la scène de crime pour protéger les preuves. Une commission du Sénat italien a plus tard fait observer que « les enquêtes menées immédiatement après le massacre étaient caractérisées par un tel nombre d'erreurs incroyables que cela laissait sans voix. »[5] Puis, le 4 août, une bombe explosait dans le train express Italicus reliant Rome à Berlin, tuant 12 civils innocents et en blessant 48 autres.

Mais l'attaque la plus meurtrière eut lieu en 1980, un samedi après-midi chaud et ensoleillé qui se trouvait aussi être le premier jour des grandes vacances d'été en Italie. Une explosion massive ravagea la salle d'attente de seconde classe à la gare de Bologne, tuant 85 personnes lors de la déflagration et faisant 200 blessés.

La raison de ces attaques

Cette série d'attentats terroristes jeta le discrédit sur les communistes italiens et propagea la terreur parmi la population italienne, étant donné que personne ne savait qui allait être le prochain sur la liste. Il était impossible de protéger l'ensemble des infrastructures de transport, sans parler des places publiques, et il était donc clair pour tous les spécialistes en sécurité de l'époque que les sociétés démocratiques seraient toujours vulnérables à ce genre d'attentats terroristes. « Il fallait s'en prendre aux civils, au peuple, aux femmes, aux enfants, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique, » a déclaré le néofasciste Vincenzo Vinciguerra après son arrestation, lorsqu'il détailla la stratégie de la tension à laquelle il avait lui-même participé.

« La raison en est très simple, » a-t-il ajouté : « [ces actions] étaient censées forcer les gens, le peuple italien, à se tourner vers l'État pour demander plus de sécurité. C'était la logique politique derrière tous ces massacres et les attentats à la bombe qui restèrent impunis, du fait que l'État ne peut pas s'accuser lui-même, ou se déclarer lui-même responsable pour ce qui s'est passé. »[6]

Les révélations sur Gladio

Le juge italien Felice Casson, qui avait redécouvert la stratégie de la tension, voulait savoir pourquoi des individus au sein même du gouvernement et des services secrets italiens avaient soutenu cette stratégie criminelle.

Après l'arrestation de Vinciguerra, le poseur de bombe de Peteano, il décida d'en savoir plus. « Je voulais faire la lumière sur ces années de mensonges et de mystères, c'est tout. [Je voulais] que l'Italie, pour une fois, connaisse la vérité. »[7] À l'été 1990, le juge Casson a demandé l'autorisation au premier ministre italien Giulio Andreotti de pouvoir fouiller dans les archives des services secrets militaires (SISMI) à Rome.

Permission lui fut accordée, et Casson fit une découverte sensationnelle : il découvrit que sous le nom de code « Gladio » (glaive), se cachait une armée secrète qui avait été mise en place par les services de renseignement militaires italiens en étroite collaboration avec la CIA dans les années qui avaient suivi la Deuxième Guerre mondiale. Cette armée secrète devait fonctionne comme une unité de guérilla en cas d'invasion et d'occupation de l'Italie par l'armée soviétique. Les données mises à jour par Casson indiquaient que cette mystérieuse armée Gladio était liée à l'OTAN et qu'en l'absence d'invasion de la part des Soviétiques, elle semblait avoir manipulé la politique italienne au travers d'un certain nombre d'actions secrètes pendant la guerre froide dans le but d'affaiblir les communistes italiens.

Casson informa par voie confidentielle une commission parlementaire de ses recherches qui allaient bien au-delà de son enquête initiale. Ce fut une surprise totale pour les Sénateurs, et le 2 août 1990, le premier ministre et chef de l'exécutif italien, Giulio Andreotti, ordonna « d'informer le parlement dans les 60 jours à venir au sujet de l'existence, des caractéristiques et des raisons d'être d'une structure parallèle occulte dont on dit qu'elle a opéré au sein de nos services de renseignements militaires, avec l'objectif de conditionner la vie politique du pays. »[8]

Le 24 octobre 1990, Andreotti remit un rapport de 10 pages intitulé « Ce qu'on appelle le 'SID parallèle ' — ou Affaire Gladio » à la Commission d'enquête du Sénat dirigée par le sénateur Gualtieri. Le rapport d'Andreotti confirmait l'existence d'une armée secrète à l'intérieur des services secrets militaires, connue sous le nom de code de »Gladio ». Andreotti ajouta que cette structure existait toujours et était opérationnelle. Ne voulant pas endosser seul toutes les conséquences de ces accusations de conspiration, Andreotti insista le jour même devant le parlement sur le fait que « chacun des chefs de gouvernements avait été mis au courant de l'existence de Gladio. »[9] Cette affirmation mettait notamment en cause l'ex-premier ministre Bettino Craxi (1983-1987) et surtout Francesco Cossiga, un ancien premier ministre (1978 — 1979) qui occupait le poste de président en 1990.

Les hauts magistrats furent obligés de prendre position. Craxi affirma qu'il n'avait pas été informé, jusqu'au moment où il fut confronté à un document sur Gladio portant sa propre signature en tant que premier ministre. Cossiga expliqua qu'il était « fier d'avoir pu garder le secret pendant 45 ans. »[10]

Dans son rapport, Andreotti confirmait les découvertes de Casson, et expliquait que Gladio était la branche italienne d'une armée secrète »Stay-Behind » mise en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la CIA et le SIFAR [les services secret de l'armée italienne 1949-1965 -- LML ndlr] , dans le cadre d'un réseau international de groupes clandestins de résistance dans les pays de l'OTAN, pour combattre une éventuelle invasion soviétique. En cas d'invasion, les armées Stay-Behind devraient organiser un mouvement de résistance et opérer derrière les lignes ennemies. Ces armées étaient supervisées et coordonnées par deux centres top-secret de guerre non conventionnelle de l'OTAN nommés Allied Clandestine Committee (ACC) et Clandestine Planning Committee (CPC).

Andreotti raconta qu' « une fois constituée cette organisation de résistance secrète, l'Italie était appelée à participer... aux tâches du CCP (Clandestine Planning Committee) fondé en 1959, opérant au sein du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe, de l'OTAN]... ; en 1964, les services secrets italiens intégrèrent également l'ACC (Allied Clandestine Committee).[11]

[...]

Les précédents chefs des services de renseignements italiens furent choqués par les révélations du premier ministre Andreotti, qui avait révélé ce que beaucoup considéraient comme l'un des plus grands secrets. Le Général Vito Miceli, chef du Renseignement italien de 1970 à 1974, protesta dans la presse italienne : « J'ai été emprisonné parce que je refusais de révéler l'existence de cette super-organisation secrète, et voilà qu'Andreotti s'amène devant le Parlement et raconte tout ! »[12]

[...]

Le rôle de la CIA

Aux États-Unis, cette affaire a été parfaitement ignorée par les médias. Dans l'un des rares articles traitant du sujet, le Washington Post, titrant « »CIA Organized Secret Army in Western Europe ; Paramilitary Force Created to Resist Soviet Occupation » (La CIA organise une armée secrète en Europe de l'Ouest ; des forces paramilitaires créées pour résister à une occupation soviétique), expliquait qu'un officier du renseignement avait, sous couvert d'anonymat, déclaré : « Cette opération concerne uniquement l'Italie. Nous n'avons aucun contrôle sur elle. S'il y a des allégations selon lesquelles la CIA est impliquée dans des activités terroristes en Italie, elles sont totalement dépourvues de sens. »[13]

Il est extrêmement difficile de faire des recherches et de clarifier les détails des opérations de stratégie de la tension, car personne n'est prêt à confirmer publiquement qu'un tel a ordonné ceci, ou qu'un autre a participé à une opération terroriste qui a fait des victimes parmi les civils innocents et a jeté l'effroi parmi la population visée avant d'accuser un ennemi politique de l'avoir perpétrée. Si, comme dans le cas de l'Italie, différents services de renseignement sont impliqués, en l'occurrence le SISMI italien et la CIA américaine, alors la tâche devient encore plus ardue, car les services commencent à s'accuser et à se contredire mutuellement.

À la différence de l'officier anonyme du renseignement US cité par le Washington Post qui accusait implicitement les Italiens pour la campagne de terreur subie par leur pays, le chercheur Philip Willan a affirmé que le gouvernement US et sa communauté du renseignement en étaient responsables : « Il est loin d'être aisé de déterminer qui était responsable des décisions au jour le jour quant à la stratégie de la tension. Mais il ne fait pratiquement aucun doute que la responsabilité globale pour cette stratégie repose sur les épaules du gouvernement et des services secrets des États-Unis... Des questions restent à propos de l'adoption de méthode ayant amené à la mort de centaines de victimes innocentes. »[14]

Lors d'une émission télévisée italienne en 1990, l'amiral Stansfiels Turner, directeur de la CIA entre 1977 et 1981, ne voulut pas confirmer les déclarations de Willan et refusa obstinément de répondre aux questions sur Gladio. Par respect pour les victimes des nombreux massacres, le journaliste italien qui menait l'interview insista pour que Turner clarifie ce qu'était la stratégie de la tension. Turner arracha alors son micro et cria : « j'ai dit, pas de questions sur Gladio ! » et l'interview prit fin.[15]

Certains officiers de la CIA se sont montrés plus bavards sur les stratégies secrètes durant la Guerre froide et sur les opérations illicites de la CIA. L'un d'eux s'appelle Thomas Polgar, retraité en 1981 après une carrière de 30 ans à la CIA. Questionné sur les armées secrètes de Gladio en Europe, Polgar confirma que les armées secrètes Stay-Behind étaient coordonnées « par une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle lié à l'OTAN. » Polgar insista sur le fait que « tous les services secrets nationaux avaient été impliqués à un degré ou à un autre, » ajoutant qu'« en Italie dans les années 1970, certaines personnes étaient allées un peu plus loin que la charte définie par l'OTAN. »[16]

Des membres du Parlement italien décidèrent de creuser davantage. Huit sénateurs, la plupart appartenant au parti démocratique de gauche (PDS pour Partito Democratico della Sinistra), qui avait remplacé l'ancien PCI après l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, poursuivirent leur enquête sur Gladio et la stratégie de la tension.

Sous la présidence du sénateur Giovanni Pellegrini, ils entendirent des témoins, prirent connaissance des documents et présentèrent un rapport de 326 pages en 2000.[17] Les anciens communistes conclurent que pendant la Guerre froide, l'armée secrète Gladio avait, avec la CIA, les services secrets militaires et certains néofascistes italiens, combattu les communistes et les socialistes italiens de peur de trahir l'OTAN « de l'intérieur. » Le rapport expliquait que « ces massacres, ces bombes, ces opérations militaires avaient été organisés, promus, ou soutenus par des hommes à l'intérieur des institutions italiennes, et comme cela a été découvert plus récemment, par des gens liés aux structures de renseignement des États-Unis. »[18]

D'après les importantes découvertes du Sénat italien, la stratégie de la tension avait donc été mise en oeuvre par des membres appartenant aussi bien aux communautés de sécurité nationale italiennes qu'américaines, dont la CIA et le SISMI, qui avaient établi des liens avec des extrémistes pour poser les bombes. Le Général Giandelio Maletti, ancien chef des services de contre-espionnage italiens, l'a confirmé en mars 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Lors d'un procès contre des membres d'extrême droite accusés d'être impliqués dans le massacre en 1969 de Piazza FOntana à Milan, le Général Maletti a déclaré : « La CIA, appliquant les directives de son gouvernement, voulait créer un nationalisme italien capable de stopper ce qu'elle voyait comme un glissement à gauche, et pour cette raison, elle peut avoir utilisé le terrorisme d'extrême droite... L'impression générale était que les Américains étaient prêts à tout pour arrêter le glissement de l'Italie à gauche. » Et il a ajouté : « N'oubliez pas que Nixon était au pouvoir et que c'était un homme étrange, un politicien très intelligent, mais aussi quelqu'un qui prenait des initiatives peu orthodoxes. »[19]

[...]

La réponse de l'OTAN

En révélant que l'OTAN coordonnait le réseau international secret dont Gladio était seulement l'une des branches, Andreotti avait mis une grosse pression sur le quartier général de l'OTAN en Belgique. Mes recherches ultérieures ont confirmé que des armées secrètes Stay-Behind ont existé dans tous les pays d'Europe de l'Ouest, opérant sous différents noms de code : au Danemark «Absalon », en Allemagne «TD BDJ », en Grèce « LOK », au Luxembourg «Stay-Behind », aux Pays-Bas «I&O », en Norvège «ROC, » au Portugal «Aginter, » en Suisse «P26, » en Turquie «Counter-Guerrilla» et en Autriche «OWSGV. »[20]

L'OTAN, la plus grande alliance militaire au monde, réagit de manière confuse aux révélations sur ce réseau secret, en diffusant deux commentaires contradictoires. Le 5 novembre 1990, après presque un mois de silence, l'OTAN nia catégoriquement les allégations d'Andreotti au sujet de l'implication de l'OTAN dans l'opération Gladio et ses armées secrètes. Jean Marcotta, porte-parole sénior de l'OTAN, déclara depuis le quartier général de l'OTAN à Mons en Belgique, que « l'OTAN n'a jamais considéré la guérilla ou les opérations clandestines ; elle s'est toujours occupée d'affaires militaires et de la défense des frontières alliées. »[19] Pourtant, le 6 novembre 1990, un autre porte-parole de l'OTAN expliqua que le démenti de l'OTAN formulé les jours précédents était faux. Par la suite, l'OTAN se contenta d'un court communiqué à l'adresse des journalistes, expliquant que l'OTAN ne faisait pas de commentaires sur des affaires relevant du secret militaire et que Marcotta n'aurait rien dû dire du tout.[21]

[...]

Afin de clarifier la position de l'OTAN, j'ai appelé leur Bureau de la Sécurité où Isabelle Jacob m'a informé qu'il était peu probable que quiconque réponde à des questions sensibles sur Gladio, et m'a conseillé de coucher par écrit ces questions et de les leur faire parvenir par mon ambassade. La mission suisse de l'OTAN à Bruxelles fit alors suivre mes questions sur Gladio à l'OTAN, l'une d'elles étant : « Pourquoi le porte-parole sénior de l'OTAN, Marcotta, a-t-il démenti catégoriquement le 5 novembre 1990 toute connexion entre l'OTAN et Gladio, tandis que le 7 novembre, un autre porte-parole de l'OTAN affirmait que la déclaration formulée par Marcotta deux jours auparavant était fausse ? »

En mai 2001, le chef du service de presse et des services médias de l'OTAN, Lee McClenny, se fendit d'un simple démenti : « Je ne suis pas au courant qu'un lien quelconque entre l'OTAN et l'Opération Gladio'. De plus, je ne trouve aucun document indiquant que quelqu'un du nom de Jean Marcotta ait été un porte-parole de l'OTAN. »[22]

Mais en coulisses, l'OTAN fut forcée de communiquer plus ouvertement sur cette affaire sensible de Gladio, comme le révèlent d'autres sources. Après la débâcle des communiqués publics, le secrétaire général de l'OTAN, Manfred Wörner, briefa à huis clos les différents ambassadeurs de l'OTAN sur Stay-Behind, le 7 novembre 1990. Un article paru dans la presse espagnole, commentait ce briefing : « Le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) qui est l'organe dirigeant de l'appareil militaire de l'OTAN, a coordonné les actions de Gladio, d'après les révélations du Secrétaire général Manfred Wörner lors d'une réunion avec les ambassadeurs de l'OTAN des 16 nations alliées. »

[...]

En France

[...] Les révélations du premier ministre italien Giulio Andreotti prirent par surprise François Mittérrand, le président socialiste français de 1981 à 1995. Alors qu'il était interrogé par la presse française en 1990, Mitterrand tenta de se distancier de l'affaire des armées secrètes en France, affirmant qu'elles avaient été dissoutes depuis longtemps. Il a notamment déclaré : « Lorsque je suis arrivé, il n'y avait plus grand-chose à dissoudre. Juste quelques vestiges, dont j'ai appris l'existence avec étonnement, car tout le monde avait oublié de m'en parler. »[23]

Mais le premier ministre italien Andreotti ne parut pas apprécier particulièrement la manière dont la Grande Nation essayait de minimiser son rôle dans le complot Stay-Behind. Il déclara sans ambages à la presse que l'armée secrète en France, loin d'avoir été dissoute depuis longtemps, avait récemment — le 24 octobre 1990 — envoyé des représentants à une réunion secrète au comité d'Allied Clandestine Committee (ACC) de l'OTAN sur Stay-Behind à Bruxelles. Lorsque ces allégations furent confirmées, cela créa un embarras certain à Paris. Mitterrand se refusa alors à tout commentaire.

Un officier de la CIA à la retraite, Edward Barnes, qui avait travaillé en France durant la IVe république avant de quitter le pays en 1956, voulut apporter plus de précisions. Barnes expliqua qu'alors que la menace d'un parti communiste fort persistait en France, les services secrets militaires (SDECE, pour Service de Documentation extérieure et de Contre-Espionnage), sous la direction d'Henri Alexis Ribière, mit sur pied une armée secrète anticommuniste. « Il y avait probablement beaucoup de Français qui voulaient être prêts si quelque chose se produisait, » indiqua Barnes. Se rappelant son propre travail en France, il expliqua que l'invasion soviétique était la première raison d'être de l'armée secrète française, mais que la promotion d'activités politiques anticommunistes dans le pays « pourrait avoir constitué une deuxième motivation. »[24]

Actions terroristes en Algérie

Au début des années 1960, une grande partie de l'armée française et des services secrets commencèrent à désapprouver fortement l'intention du président Charles de Gaulle de permettre à l'Algérie, une ancienne colonie, de devenir indépendante. L'armée secrète, percevant De Gaulle comme un ennemi, s'engagea d'évidence dans des opérations de stratégie de la tension contre ce projet. Certaines »actions terroristes » contre De Gaulle et son plan de paix pour l'Algérie furent menées par des groupes qui incluaient »un nombre limité d'individus » du réseau Stay-Behind français, comme l'admit en 1990 l'amiral Pierre Lacoste, ex-directeur des services de renseignements français (DGSE, ancien SDECE). Lacoste, qui a démissionné en 1985 après que la DGSE eut fait exploser le Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace alors que celui-ci protestait contre les essais nucléaires dans le Pacifique, a déclaré que malgré ses liens avec le terrorisme, le programme Stay-Behind en France était justifié par les éventuels plans d'invasion soviétique.[25]

Un des promoteurs des techniques de terreur de la stratégie de la tension était Yves Guerin-Serac, un militant catholique anticommuniste. C'était un spécialiste de la guerre de l'ombre, il avait servi en Corée, au Vietnam et (en tant que membre de la 11e demi-brigade parachutiste de choc), pendant la guerre d'Algérie. L'écrivain et spécialiste des services secrets français, Roger Faligot, appelait cette unité « le fer de lance de la guerre clandestine en Algérie entre 1954 et 1962. »[43] En 1954, environ 300 hommes appartenant à cette unité spéciale avaient débarqué en Algérie. La plupart avaient une grande expérience des opérations secrètes et de la guérilla, puisqu'ils arrivaient directement du Vietnam après que la défaite de la France lors de la bataille de Diên Biên Phu ait mis fin aux velléités de la France de recoloniser ce pays. La mission de Serac et de ses collègues était parfaitement claire : abattre le Front le Libération algérien (FLN) en Afrique du Nord par tous les moyens, après les humiliantes défaites de la Seconde Guerre mondiale et du Vietnam. Ces efforts incluaient l'appel à des opérations de stratégie de la tension visant à discréditer le mouvement de libération algérien.

Après la défaite de la France et la déclaration d'indépendance de l'Algérie en 1962, la guerre secrète ne prit pas fin pour Guerin-Serac, qui tout comme un certain nombre d'autres officiers, se sentaient trahis par le gouvernement français et décidèrent de continuer leur guerre secrète.

Serac savait exactement comment mener des opérations de stratégie de la tension pour discréditer les communistes et les membres des mouvements de libération tout autour du globe. Dans un texte de novembre 1969, « Notre activité politique », Serac et d'autres officiers soulignèrent le fait qu'ils avaient dû infiltrer l'ennemi, et perpétrer des atrocités en son nom. Ils écrivaient : « La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime... La destruction de l'État démocratique doit s'opérer autant que possible sous couvert d'activités communistes et prochinoises... De plus, nous avons des gens infiltrés dans ces groupes et évidemment, nous devons adapter nos actions à l'esprit de ce milieu — par la propagande et des actions d'un genre qui semble émaner de nos adversaires communistes... Cela créera un sentiment d'hostilité envers ceux qui menacent la sécurité dans chacun de ces pays, et nous devons en même temps nous dresser comme les défenseurs des citoyens contre la désintégration qu'apportent le terrorisme et la subversion. »[26]

Le juge italien Guido Salvini, qui a enquêté sur la stratégie de la tension, a montré que Serac avait effectivement mené à bien ses plans de stratégie de la tension. Il écrivit : « En 1975, le groupe Guerin-Serac, avec l'Américain Salby et des militants d'extrême droite français, italiens et espagnols, organisèrent une série d'attentats à la bombe... Les bombes visaient les ambassades algériennes dans différents pays, la France, l'Allemagne, l'Italie et la Grande-Bretagne... En réalité, ces attentats étaient l'oeuvre du groupe de Guerin-Serac, qui montrait par là ses grandes facultés de camouflage et d'infiltration... La bombe posée devant l'ambassade algérienne à Frankfort n'explosa pas, et fut méticuleusement analysée par la police allemande... Il faut noter la particulière complexité de fabrication de cette bombe. Elle contenait du C4, un explosif utilisé exclusivement par les forces US qui n'a jamais été utilisé dans aucun attentat par des anarchistes. »[27]

Notes

1. Hugh O'Shaughnessy, « Gladio : Europe's Best Kept Secret », The Observer, 7 juin 1992.

2. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991

3. Cité dans « Sénat de la République italienne : Commission d'enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l'échec dans l'arrestation des responsables des tragédies : le terrorisme, les tragédies et le contexte politico-historique. » (Rome : rédigé par le président de la Commission, le sénateur Giovanni Pellegrin, 1995), p 261.

4. Sénat de la république, p 157.

5. Sénat de la république, p 220.

6. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991

7. Observer, 18 novembre 1990.

8. Mario Coglitore, ed., La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenzi della Repubblica (Padoue, 1992) p 131.

9. Reuters, 12 novembre 1990.

10. Franco Ferraresi, « A Secret Structure Codenamed Gladio », Italian Politics : A Review, 1992 : p. 30. Ferraresi cite directement le document qu'Andreotti a remis à la Commission parlementaire. Le quotidien italien L'Unità l'a publié dans une édition spéciale du 14 novembre 1990. Il figure également dans le livre de Jean Francois Brozzu-Gentile, L'affaire Gladio (Paris : Editions Albin Michel, 1994).

11. Dans le magazine politique italien, Europeo, 16 novembre 1990. Miceli a effectivement été condamné à une peine de prison dans les années 1970 et a passé 6 mois dans un hôpital militaire. En 1974, le magistrat enquêteur, Giovanni Tamburino, au cours de ses investigations sur le terrorisme d'extrême droite en Italie, avait pris l'initiative inédite d'arrêter le général Miceli en l'accusant d'avoir « promu, mis en oeuvre et organisé, avec d'autres, une association secrète mêlant militaires et civiles et visant à provoquer une insurrection armée afin d'amener des modifications illégales de la Constitution de l'État et à la forme de gouvernement. » (Voir aussi le magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991). Lors de son procès en novembre 1974, Miceli, auparavant responsable du Bureau de sécurité de l'OTAN, confirma avec nervosité qu'une unité spéciale avait bien existé au sein des services secrets militaires, le SID, mais que ce n'était pas lui qu'il fallait blâmer : ''Un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l'ai pas moi-même organisé pour faire un coup d'État. C'étaient les États-Unis et l'OTAN qui m'ont demandé de le faire ! » (Voir aussi Brozzu-Gentile, p. 105.) C'était vers la fin de sa carrière dans les services secrets militaires italiens. Après avoir purgé sa peine de prison, il devint parlementaire en 1976 et bénéficia pour le restant de sa vie de l'immunité parlementaire en tant que député fasciste du Movimento Sociale Italiano (MSI). Réélu par deux fois, il démissionna en 1987 à cause d'une maladie et mourut trois ans plus tard.

12. Washington Post, 14 novembre 1990. Le seul autre article du Post qui comporte le mot-clef «Gladio» fut publié le 8 août 1993. La comparaison avec les 39 articles sur Gladio parus dans le journal britannique Guardian montre bien la pauvreté de la couverture médiatique de Gladio aux États-Unis.

13. Philip P. Willan, Puppetmasters : The Political Use of Terrorism in Italy (Londres : Constable, 1991) p. 28.

14. Independent, 1er décembre 1990.

15. Jonathan Kwitny, »The CIA's Secret Armies in Europe, » Nation, 6 avril 1992 : p. 445.

16. Sénat de la République italienne : Commission d'enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l'échec dans l'arrestation des responsables des tragédies : tragédies et terrorisme dans l'Italie de l'après-guerre à 1974. Rapport du Groupe démocratique de gauche, l'Ulivo (Rome, juin 2000). Cité dans « Le rapport de l'an 2000 du Sénat italien sur Gladio et les massacres. »

17. Cité dans Philip Willan : «US 'Supported Anti-left Terror in Italy.' Le rapport affirme que Washington a utilisé la stratégie de la tension durant la Guerre froide pour stabiliser le Centre-Droit, Guardian, 24 juin 2000.

18. Philip Willan, «Terrorists 'Helped by CIA' to Stop Rise of Left in Italy, » Guardian, 26 mars 2001. Willan, un expert des actions secrètes américaines en Italie, a publié le remarquable ouvrage Puppetmasters.

19. Voir Daniele Ganser, «Les armées secrètes de l'OTAN », Demi-Lune, 2007.

20. European, 9 novembre 1990. Il semble que le représentant de l'OTAN qui a émis ce correctif soit Robert Stratford. Cf. Regine Igel, Andreotti : Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Munich : Herbig Verlag, 1997) p. 343.

21. Lettre de Lee McClenny, resp. des relations presse de l'OTAN, à l'auteur, datée du 2 mai 2001.

22. Cité dans Brozzu-Gentile, p. 141. Également par Associated Press, p. 13, novembre 1990.

23. Kwitny, «The CIA's Secret Armies in Europe », pp. 446, 447.

24. Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine : Les Services Secrets Français 1944—1984 (Paris : Editions du Seuil, 1985), p. 165.

25. Cité dans Stuart Christie, Stefano Delle Chiaie (Londres : Anarchy Publications, 1984) p. 32. Ce document aurait été trouvé dans l'ancien bureau de Guerin-Serac après la révolution portugaise de 1974.

26. Commission d'enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l'échec dans l'arrestation des responsables des tragédies. 9e session, 12 février 1997 (www.senato.it/parlam/bicam/terror/stenografici/steno9.htm).

( Traduction GV pour IlFattoQuotidiano.fr)

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Cuba

Rencontre de Fidel avec les Cinq


Le 28 février, le leader cubain a reçu les cinq combattants antiterroristes et s'est entretenu avec eux sur les années d'injustice qu'ils ont subie. Voici une réflexion du camarade Fidel suite à la rencontre.

* * *

Je les ai reçus le samedi 28 février, 73 jours après qu'ils aient foulé le sol cubain. Trois d'entre eux avaient passé 16 longues années de leur plus belle jeunesse à respirer l'air humide, malodorant et répugnant des sous-sols d'une prison yankee, après avoir été condamnés par des juges vénaux. Deux autres, qui tentaient également d'empêcher les plans criminels de l'empire contre leur Patrie, furent aussi condamnés à plusieurs années d'un emprisonnement cruel.

Les organismes chargés de l'enquête eux-mêmes, au mépris du plus élémentaire sens de la justice, participèrent à cette inhumaine chasse à l'homme.

Les services de renseignement cubains n'avaient absolument pas besoin de suivre les mouvements d'un seul engin militaire des États-Unis, parce qu'ils pouvaient observer, depuis l'espace, tout ce qui bougeait sur notre planète à travers la Base d'exploration radio-électronique « Lourdes », au sud de la capitale de Cuba. Ce centre était capable de détecter tout objet qui aurait bougé à des milliers de milles de notre pays.

Les Cinq Héros antiterroristes, qui n'ont jamais fait de tort aux États-Unis, tentaient de prévenir et d'empêcher les actes terroristes contre notre peuple, organisés par les services de renseignement nord-américains, que l'opinion mondiale connaît parfaitement.

Aucun des Cinq Héros n'a effectué ses missions en quête d'applaudissements, de prix ou de gloire. Ils ont reçu leurs titres honorifiques parce qu'ils ne les ont pas cherchés. Eux, leurs épouses, leurs parents, leurs enfants, leurs frères et leurs concitoyens, nous avons tous le droit légitime d'en être fiers.

En juillet 1953, lorsque nous avons attaqué la Moncada, j'avais 26 ans et beaucoup moins d'expérience que celle dont ils ont fait preuve. S'ils étaient aux États-Unis, ce n'était pas pour porter préjudice à ce pays ou pour se venger des crimes qui y étaient organisés et d'où l'on fournissait des explosifs contre notre pays. Tenter d'empêcher ces actions était parfaitement légitime.

Le plus important pour eux à leur arrivée était de saluer les membres de leur famille, leurs amis et le peuple, sans négliger une minute leur santé et le rigoureux contrôle médical.

J'ai été heureux pendant des heures, hier. J'ai écouté des récits merveilleux d'héroïsme du groupe dirigé par Gerardo, et secondé par tous, y compris le peintre et poète, que j'ai connu alors qu'il construisait l'un de ses ouvrages à l'aéroport de Santiago de Cuba. Et les épouses ? Les fils et les filles ? Les soeurs et les mères ? Ne va-t-il pas les recevoir aussi ? Car il faut aussi fêter le retour et la joie avec la famille !

Hier, dans l'immédiat, je tenais à échanger des idées avec les Cinq Héros. Pendant 5 heures, ce fut le sujet. Je dispose depuis hier, heureusement, de suffisamment de temps pour leur demander d'investir une partie de leur immense prestige dans quelque chose qui sera extrêmement utile à notre peuple.

Fidel Castro Ruz
Le 1er mars 2015
22h12

(Granma International. Photos : Estudio Revolucion)

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Au sujet des pourparlers pour rétablir les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis

La deuxième ronde de discussions face à face entre les diplomates de Cuba et des États-Unis a pris fin le 27 février, et des progrès ont été accomplis dans la mise en oeuvre des mesures annoncées par les présidents Raul Castro et Barack Obama le 17 décembre 2014.

La réunion s'est tenue au département d'État de la capitale des États-Unis avec l'objectif d'ouvrir la voie au rétablissement des relations et à l'ouverture d'ambassades, et elle s'est déroulée dans « une ambiance respectueuse et professionnelle », selon Josefina Vidal, directrice générale pour les États-Unis du ministère des Relations étrangères (MINREX) et chef de la délégation cubaine.

« Nous avons eu une bonne rencontre et avons fait des progrès. »

Roberta Jacobson, secrétaire adjointe d'État pour les Affaires de l'Hémisphère occidental et hôte au nom des États-Unis, a dit que selon elle les réunions ont permis « le genre d'échanges constructifs nous permettant d'avancer vers une relation diplomatique plus productive ».

« Ce fut une conversation ouverte, honnête, présentant parfois des défis, mais toujours respectueuse, où nous avons abordé les demandes mises de l'avant par chacune des parties de même que les divergences que nous avons identifiées lors de notre discussion initiale à la Havane il y a un mois, et nous avons accompli des progrès significatifs en vue de leur résolution », a-t-elle ajouté.

Des obstacles sur la voie qui mène à des progrès

La délégation cubaine a réitéré dans ses échanges l'importance de trouver une solution à un ensemble de questions afin de créer un contexte approprié aux dernières étapes du rétablissement des relations diplomatiques.

Vidal a mentionné plus spécifiquement le fait de retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme international et la nécessité de prévoir des services financiers pour la mission cubaine à Washington, qui ne bénéficie d'aucun service bancaire depuis plus d'un an.

Pour ce qui est de la première question, la diplomate cubaine a expliqué qu'il ne s'agit pas d'une précondition, mais que c'est une question qui doit être résolue au cours du processus menant au rétablissement des relations diplomatiques.

« Pour nous, il serait difficile d'expliquer comment les liens ont pu être rétablis alors que Cuba figure toujours sur la liste, où selon nous elle n'aurait jamais dû se retrouver », a-t-elle ajouté. « C'est une question de s'ajuster à la réalité et de rendre justice. »


Josefina Vidal (centre) et la délégation cubaine

« D'un point de vue moral et éthique, il est très important d'aborder cette question, afin que le rétablissement des relations soit le début d'une véritable nouvelle phase dans les relations entre Cuba et les États-Unis, selon des conditions différentes et sur un fondement solide, qui représente vraiment un changement qualitatif dans le genre de relations dont nous avons discuté au cours de ces derniers jours », a-t-elle dit.

Pour sa part, la représentante des États-Unis a expliqué que le département d'État juge que le rétablissement des liens diplomatiques et une révision de la liste qui a été dressée unilatéralement sont deux questions distinctes.

« Nous comprenons et j'ai appr écié le fait que pour la délégation cubaine cette question soit prioritaire. Nous jugeons qu'il est important de terminer notre examen de la question, qui est toujours en cours, et nous croyons depuis le début que nous devons le faire le plus rapidement possible », a affirmé Jacobson.

Pour ce qui est des services bancaires, elle a ajouté que des diplomates étasuniens ont cherché à résoudre ce problème même avant les annonces du 17 décembre. Ils n'ont cependant pas encore trouvé de solution.

Jeter de nouveaux ponts

Les deux parties ont expliqué que la réunion a compris un échange d'information au sujet des visites bilatérales et des réunions techniques devant avoir lieu dans les semaines qui viennent sur des sujets comme l'aviation civile, le trafic humain, les télécommunications, la prévention de la fraude liée à l'immigration et les changements à la réglementation qui modifient l'application du blocus.

Jacobson a dit que l'ordre du jour des semaines et des mois qui viennent est un signe de l'esprit d'échange et une expression « du dynamisme et du mouvement qui existent dans la relation ».

La chef de la délégation cubaine a expliqué que la gamme de questions ayant été abordée sur le plan technique depuis près de trois ans va s'élargir.

« Nous aurons des réunions qui seront une première », a-t-elle dit, un échange, par exemple, de niveau officiel sur l'information et les télécommunications entre les représentants du département d'État et les agences du gouvernement cubain.

Elle a aussi dit que pour la première fois, la question de la protection des zones de protection marine sera abordée par les experts, cette question étant des plus importantes pour les deux parties en raison de l'intérêt commun pour les questions de conservation environnementale.

Vidal a confirmé que les opinions des deux parties en matière de droits humains seront abordées. « Cuba a déjà proposé en juillet dernier au gouvernement des États-Unis d'entreprendre une conversation civilisée, respectueuse et réciproque » sur le sujet, a-t-elle rappelé.

Jacobson a elle aussi soulevé l'importance du dialogue sur cette question, qu'elle a qualifiée « d'un des dialogues sans doute les plus difficiles, pleins de grands défis, mais aussi les plus importants que nous devons entreprendre ».

La diplomate cubaine a aussi répondu à une question touchant à la possibilité d'extradition de gens entre Cuba et les États-Unis.

Elle a expliqué que cette question avait été discutée à plusieurs reprises dans le passé. Elle a rappelé que les deux pays avaient conclu un traité sur le sujet en 1906.

« Après 1959, ce traité d'extradition a cessé d'être respecté lorsque Cuba a demandé aux États-Unis d'extrader des membres de la dictature cubaine responsables de crimes terribles », a-t-elle dit. « Ce traité est toujours en vigueur mais n'est pas fonctionnel ».

Elle a aussi affirmé que le document contenait une clause qui exemptait les cas d'activité politique. « Ainsi Cuba, en toute légitimité, a offert asile politique à un petit groupe de citoyens des États-Unis, pour la simple raison que nous croyons qu'ils le méritaient, et la question s'arrête là. L'asile politique est exclu de ces discussions », a-t-elle dit.

Les prochaines étapes

Vidal a dit que c'est tout à fait possible que de bons résultats soient obtenus par les parties, qui permettront d'accéder aux dermières étapes menant au rétablissement des relations diplomatiques et à la fixation d'une date d'ouverture des ambassades.


Roberta Jacobson

Dans un point de presse devant la presse cubaine et en réponse à une question de Granma, elle a expliqué que la Convention de Vienne n'est pas restrictive quant à la façon d'établir des liens diplomatiques et n'est pas compétente quant à l'ouverture immédiate d'une mission diplomatique.

La représentante cubaine a présenté les différents scénarios qui existent dans le cas spécifique de Cuba et des États-Unis, où la question de la liste des pays soutenant le terrorisme pourrait influencer le rétablissement des relations, et l'absence de services bancaires pourrait affecter l'ouverture d'une ambassade.

En ce sens, elle n'a pas complètement écarté la possibilité que ces deux étapes ne se réalisent pas de façon simultanée.

Entretemps, Roberta Jacobson a dit souhaiter que les deux pays puissent obtenir leurs ambassades avant la tenue du Sommet des Amériques, prévu au début d'avril à Panama.

« À la lumière de la coopération que nous avons connue aujourd'hui, c'est avec un optimisme certain que je pars d'ici », a-t-elle dit, ajoutant que : « Le sommet se présente comme une bonne opportunité si nous pouvons terminer nos affaires à temps ».

La délégation cubaine a réitéré sa volonté de poursuivre le dialogue sur la base du respect, de l'égalité souveraine et de la réciprocité.

Vidal a noté que la date de la prochaine réunion entre les deux parties n'avait pas été fixée, mais qu'elles s'étaient tout de même entendues pour maintenir une « communication constante » dans les prochains jours et les prochaines semaines afin de continuer d'échanger sur les sujets discutés.

Pour sa part, Jacobson a mis en relief l'importance de ces échanges personnels de haut niveau. « Bien sûr, nos deux pays ont des sections d'intérêts dans l'autre pays et nous pourrions communiquer sans des réunions en face à face. Mais nous avons, lors de ces deux rencontres, je pense, solidifié l'importance de la diplomatie face à face. »

« ...quand vous avez tellement d'obstacles à surmonter et que des différences existent, la capacité de tenir ce genre de conversations très ouvertes est quelque chose qui peut jouer un rôle clé », a-t-elle dit.

Jacobson a dit avoir été « impressionnée par le sérieux de la conversation. J'ai été impressionnée du niveau de franchise avec laquelle nos deux délégations ont mis toutes les différences sur la table et réfléchissent de façon créative à comment surmonter certaines d'entre elles, sans, en ce qui nous concerne, compromettre nos valeurs. »

« La discussion d'aujourd'hui a été une étape importante dans cette direction. J'ai hâte de poursuivre mes discussions avec la directrice générale Vidal », a-t-elle affirmé.

« Nous avons confiance que nous pouvons établir des relations civilisées de coexistence entre nos deux pays et que nous pourrons à la fois reconnaître et respecter nos différences afin d'identifier, en tant que voisins, les domaines d'intérêt réciproque et coopérer pour le bienfait de nos pays, de la région et du monde », a conclu Vidal.

(Le 4 mars 2015. Traduction: LML)

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28e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU

Déclaration du ministre cubain
des Affaires étrangères


Réunion du conseil des droits de l'homme de l'ONU à Geneve le 2 mars 2015

Déclaration de son excellence M. Bruno Rodriguez Parilla, ministre des Affaires étrangères de la République de Cuba au segment de haut niveau de la 28e session du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, le 2 mars 2015

Monsieur le président,

Il faudrait laisser s'exprimer dans cette salle les quelque 842 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, les quelque 774 millions d'analphabètes adultes et les quelque 6 millions d'enfants qui meurent chaque année de maladies évitables qui, à cause de l'existence d'un ordre international fermé, injuste et inégal, ne font pas partie de la vision particulière des pays du Nord sur les droits humains et sur les libertés fondamentales.

Il faudrait laisser s'exprimer aussi les personnes qui vivent dans les poches de pauvreté dans le monde industrialisé, les travailleurs et les étudiants, les victimes des programmes d'austérité, ceux qui ont perdu leurs logements, les immigrants qui souffrent de la discrimination et de la xénophobie, ceux qui souffrent de la répression et de la brutalité policière et les enfants et les jeunes qui n'ont pas de nourriture, de services médicaux et d'éducation de qualité ».

Les faits nous disent que nous avons besoin d'une discussion sérieuse, plutôt que de simple rhétorique politique, sur la perte croissante de légitimité des systèmes et partis politiques, sur l'effondrement des systèmes électoraux aux taux élevés d'abstention qui reposent sur les contributions financières et la manipulation des médias, et sur la corruption politique, surtout dans certains pays développés.

Dans notre pays, plus de deux mille organisations et associations d'une diversité infinie contribuent activement à la vie économique, sociale et culturelle. Comme nous n'avons pas le temps de nous engager dans un débat sur la nature de la société civile et sa relation avec l'État, quelque chose qui fait l'objet de beaucoup de manipulation de la part des élites politiques dans un objectif de cooptation, nous devrons nous en tenir à l'essentiel, soit, selon nous, la participation du peuple dans le processus de prise de décision du gouvernement, et donc dans le gouvernement lui-même, comme l'a dit Lincoln, telle qu'elle a été mise en oeuvre par la révolution cubaine.


Le Neuvième Congrès de la Fédération des femmes cubaines, les 7 et 8 mars 2014, affirme son engagement envers le leadership du pays et son modèle et ses réformes économiques.

Suivant la tradition de consultations populaires qui a connu son sommet lors d'un référendum appelé pour approuver la Constitution, laquelle a été adoptée par une écrasante majorité, notre peuple a approuvé en 2011 le programme économique et social qui est maintenant en train d'être appliqué, après une discussion de masse, la présentation de 400 000 amendements et la modification des deux tiers du texte original. Plus récemment, un nouveau Code du travail a été discuté selon le même mécanisme.

Nous avons remarqué, avec grande inquiétude, que certaines des plus grandes économies occidentales affichent les taux de syndicalisation les plus bas, d'à peine entre 8 % et 12 % des travailleurs. Elles n'ont pas toutes ratifié la Convention n° 87 de l'Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical ou la Convention n° 98 de la même organisation sur le droit d'organisation et de négociation collective.

C'est un fait bien connu que dans certaines de ces économies, les lois et la jurisprudence du travail prévoient des mises à pied de travailleurs dans les cas de grève légale ; que des lois de l'État restreignent sérieusement le droit de grève pour de vastes catégories de travailleurs ; que le droit à la liberté d'association et de libre négociation est restreint dans les universités privées. C'est aussi un fait bien connu qu'il existe des lois qui interdisent la négociation de conventions collectives dans le secteur public là où se retrouvent les associations regroupant les travailleurs les plus mal payés ; et que des décisions sont prises par des tribunaux qui violent le droit d'association et empêchent le versement de paiements de compensation pour les travailleurs qui ont été mis à pied illégalement.

Dans notre pays, presque tous les travailleurs, y compris ceux qui travaillent dans de petites entreprises privées, sont syndiqués et protégés par une convention collective. On trouve des représentants syndicaux au Conseil des ministres et dans les organes ministériels et commerciaux. En 1938, le mouvement ouvrier cubain a réussi à mettre sur pied une Centrale des travailleurs unitaire qui comprend aujourd'hui 17 syndicats différents et des milliers d'autres organisations à la base.

Je voudrais suggérer au Conseil des droits de l'homme qu'il tienne des discussions et étende la coopération internationale sur ces questions.

Nous espérons que lors des prochains sommets du G-7, de l'OTAN, de l'Union européenne, de l'OSCE, du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque centrale européenne et surtout de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, on fera une place importante à la société civile et sollicitera ses contributions ; que son droit de manifester sera garanti et qu'aucune barrière physique ni répression policière ne lui seront imposées comme ce fut souvent le cas jusqu'à maintenant.

On ferait bien aussi de faire une place bien méritée dans ces événements au Mouvement des indignés et à Occupy Wall Street.

La République de Cuba a aussi de grandes préoccupations et elle est disposée à débattre et à coopérer en ce qui concerne la démocratisation de l'information et du cyberespace. Le fait que 65 % de l'information qui circule sur la planète soit contrôlé par sept gigantesques corporations privées est alarmant. Les pays du Sud n'ont pratiquement aucune participation à l'élaboration de contenus. Les discussions sur la gouvernance d'Internet n'ont pas eu de résultats concrets en ce qui concerne sa démocratisation. On devrait interdire la prise de mesures coercitives unilatérales dans le domaine de l'information, des télécommunications et de l'informatique.

Il devient indispensable de prendre des mesures efficaces et urgentes pour empêcher la militarisation du cyberespace et la réalisation d'attaques informatiques utilisant de façon illégale et cachée les systèmes d'un pays tiers. La suggestion qu'on devrait répondre aux cyberattaques en faisant usage des armes conventionnelles n'est pas acceptable parce que cela mettrait en péril la paix et la sécurité internationales.

Les changements dans les doctrines de défense et de sécurité nationales de certains États et de l'OTAN, où l'accent est mis sur les guerres non conventionnelles ou soi-disant guerres de quatrième génération, qui ont été mis en application dans des conflits récents du Moyen-Orient à l'Europe, ont mené à la destruction d'États et de nations, sérieusement mis à risque la paix et la sécurité régionales et internationales et miné les efforts qui sont faits pour combattre le terrorisme dans toutes ses formes et manifestations.

La tendance à utiliser le Conseil des droits de l'homme pour mettre de nouveaux conflits à l'ordre du jour du Conseil de sécurité et entreprendre des procédures judiciaires à la Cour pénale internationale dans le but de réaliser des objectifs politiques et militaires est quelque chose de très sérieux et de dangereux.

Monsieur le président,

Nous appuyons le droit inaliénable du peuple Palestinien à son propre État, avec les frontières d'avant 1967 et ayant Jérusalem Est pour capitale. L'Assemblée générale des Nations unies devrait agir avec détermination et garantir, sans plus tarder, la pleine adhésion de la Palestine. La fourniture d'armes et le veto au Conseil de sécurité qui assurent l'impunité des crimes commis par Israël, en particulier à Gaza, devraient cesser.


Rassemblement à La Havane, 14 janvier 2009. Sur la pancarte de droite : Israël, hors de Gaza !

Nous réitérons notre ferme condamnation des sanctions inacceptables et injustifiables imposées contre la nation soeur du Venezuela et l'ingérence étrangère continue ayant pour but d'y créer un climat d'instabilité. Nous affirmons notre soutien le plus ferme à la Révolution bolivarienne et au gouvernement légitime dirigé par le Président Nicolás Maduro Moros.

Monsieur le Président :

Cuba confirme son engagement à une véritable coopération internationale basée sur l'indivisibilité des droits humains, la non sélectivité et la non politisation. Nous confirmons également notre engagement à la lutte pour l'établissement d'un ordre mondial plus juste, démocratique et équitable qui enlèverait les obstacles qui entravent tous les efforts nationaux qui sont faits pour garantir l'exercice de tous les droits humains.

Nous maintenons un haut niveau de coopération et d'interaction avec les procédures et mécanismes des Nations unies lorsqu'il s'agit des droits humains universels et un dialogue positif avec les organes créés en vertu des traités internationaux.

C'est dans cet esprit que nous lançons une invitation au président du Comité international de la Croix-Rouge et au Rapporteur sur la traite des personnes à visiter notre pays.

Nous avons aussi conclu une entente avec le Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et les politiques de sécurité, pour reprendre le dialogue bilatéral de haut niveau et nous continuerons de nous engager, sur la base de notre entente commune de réciprocité, d'égalité souveraine, de respect mutuel, de non-ingérence dans les affaires internes des États et de respect pour les systèmes légaux des parties impliquées, dans la négociation d'une entente de coopération entre l'Union européenne et Cuba.

Conscients du fait que nous avons des divergences profondes avec le gouvernement des États-Unis en matière de systèmes politiques, de démocratie, de droits humains et de droit international, et avec la ferme conviction que les deux pays sont capables d'établir une relation civilisée, en dépit de ces différences, nous avons suggéré en juillet de l'année dernière, de tenir un dialogue bilatéral mutuel respectueux sur la base de la réciprocité. Il y a quelque jours, le Département d'État a annoncé qu'il acceptait et ce dialogue sera initié dans les prochaines semaines.

Cuba participera à ce dialogue dans un esprit constructif, profondément attaché à ses convictions, prêt à s'engager dans une coopération internationale, et il adoptera une attitude respectueuse et transparente en exprimant ses sérieuses préoccupations au sujet de ce qui se passe aux États-Unis pour ce qui est des droits humains.

Cuba croit que le blocus, économique, commercial et financier imposé contre lui est une violation flagrante, massive et systématique des droits humains de tous les Cubains.

Il continuera de soulever cette question, tant qu'elle existera, au Conseil et à l'Assemblée générales des Nations unies, par la présentation de la résolution correspondante. En exprimant aux nations représentées ici notre profonde gratitude pour leur appui continu, je vous demande également de renouveler ce même appui par votre vote et votre participation dans les sessions qui auront lieu l'automne prochain.

Le gouvernement cubain apprécie la déclaration faite par le président Barack Obama lorsqu'il a admis que le blocus était néfaste pour le peuple et exprimé sa bonne volonté de travailler avec le Congrès de son pays pour y mettre fin.

Je suis reconnaissant des déclarations spéciales importantes et opportunes adoptées au Sommet de la Communauté d'États latino-américains et Caraïbes et au Sommet de l'Union africaine qui ont eu lieu à la fin de janvier cette année, qui demandent la levée du blocus et que le président des États-Unis ait recours à ses vastes pouvoirs exécutifs pour modifier substantiellement son application avec le but de l'éliminer.

Monsieur le Président,

L'Examen périodique universel a été validé en tant que mécanisme utile pour appuyer la coopération internationale. Nous ne devrions pas permettre la réintégration des pratiques comme la persécution politique contre les pays du Sud qui vise à porter atteinte à leurs droits souverains, alors que les crimes et les tortures qui étaient commis à Abou Ghraib et à la base navale de Gantanamo, un territoire qui a été arraché à mon pays, étaient passés sous silence, ce qui a discrédité et causé l'implosion de l'ancienne Commission des droits de l'homme.

Monsieur le Président,

En dépit de ses déficiences et difficultés, Cuba a partagé et continuera de partager ses accomplissements et son expérience avec d'autres nations, avec lesquelles nous avons fait une contribution altruiste à l'exercice par les autres peuples du monde de leurs droits humains.

À cet égard, grâce au projet de coopération connu sous le nom d'« Opération miracle », 3,4 millions de personnes de 34 pays ont eu accès à une chirurgie de l'oeil gratuite. De plus, 9 millions de personnes ont déjà suivi le programme d'alphabétisation « Oui, je peux », et 1,113 million de personnes ont suivi le programme de suivi « Oui, je peux continuer ».

Aujourd'hui, plus de 51 000 travailleurs coopérants de la santé offrent leurs services dans 67 pays du monde.

Nous continuerons d'offrir notre coopération dans la lutte contre le virus Ebola en Afrique. Plus de 250 volontaires et travailleurs coopérants spécialistes de la santé de la brigade médicale « Henri Reeve » prennent part à cette lutte dans les régions les plus touchées. Quatre mille autres travailleurs coopérants de la santé participent au programme de prévention qui est implanté dans 32 pays africains.

Monsieur le Président :

La Révolution cubaine continuera de défendre, inlassablement et avec la même détermination, les causes justes, sachant que la patrie, c'est l'humanité.

À l'occasion du soixante-dixième anniversaire des Nations unies, les principes et les objectifs qui ont été enchâssés dans la Charte et ont appuyé sa création sont plus valides que jamais. Comme l'a récemment déclaré le président Raúl Castro Ruz :« Nous ne renoncerons jamais à nos idéaux d'indépendance et de justice sociale, n'abandonnerons jamais un seul de nos principes ni ne céderons un millimètre dans la défense de notre souveraineté nationale. Nous n'accepterons aucune pression au sujet de nos affaires intérieures. Nous avons gagné ce droit souverain par de grands sacrifices et au prix de grands risques. »

Merci beaucoup.

(Traduit de l'anglais par LML)

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