|
Numéro 12 - 14 mars
2015
Samedi 14 mars: Journée
nationale d'action
contre le projet de loi C-51,
Loi antiterroriste de 2015
Le gouvernement Harper se sert
de la
peur pour établir son contrôle
•
Les opérations occultes et
les
opérations de camouflage
approuvées par l'État
- Pauline Easton et Anna Di Carlo -
• La «stratégie de la
Tension» dans la période de la guerre froide (extraits)
- Daniele Ganser -
Dans l'actualité
Cuba
• Rencontre de Fidel avec les Cinq
- Réflexions du camarade Fidel Castro -
• Au sujet des pourparlers pour rétablir
les relations
diplomatiques entre Cuba et les États-Unis
- Alejandro Gomez, Granma International -
28e session du Conseil
des droits de l'homme de l'ONU
• Déclaration du ministre cubain des
Affaires étrangères
Journée nationale d'action contre
le projet de loi C-51,
Loi antiterroriste de 2015
Le gouvernement Harper se sert de la peur
pour
établir son contrôle
Les gens partout au Canada sont très
préoccupés par la façon dont le gouvernement et
les médias à son service se servent de la peur. Cette
campagne de peur a comme objectif de paralyser leur action, de les
empêcher de se mobiliser contre l'offensive
néolibérale et antisociale et de prendre le
contrôle de leurs affaires. Elle vise également à
accabler l'opposition parlementaire et à submerger la campagne
électorale déjà en branle pour former le prochain
gouvernement. Le gouvernement et les services de sécurité
semblent déterminés à tout faire pour que la peur
domine les affaires politiques. Les Canadiens sont censés avoir
peur non seulement des attentats terroristes qui pourraient se
produire à tout moment en provenance de n'importe où,
mais surtout de forces « djihadistes »
maléfiques qui s'en prennent à leurs valeurs et à
leur mode de vie. Et par-dessus le marché, ils doivent avoir
peur de la police qui pourrait les interpeller, questionner leurs
motifs et même les arrêter et les enfermer à double
tour.
Les gens sont censés avoir peur des tunnels, de
la poudre blanche, des 'djihadistes', des femmes qui portent le hidjab
et le voile, de se rendre dans les centres commerciaux, des
mosquées, des cours d'arabe et sur le Coran, des militants
environnementaux, des marxistes-léninistes, des
intégristes religieux, des peuples autochtones, des travailleurs
qui luttent pour leurs droits. On doit éviter d'exprimer ses
opinions et de participer à toute activité politique, car
on risque de devenir la cible de la police politique et d'être
inscrit sur une liste d'interdiction de vol, ou d'être dans le
collimateur du gouvernement pour toutes sortes de raisons inconnues. La
peur de l'État et de ce qu'il peut vous faire,
l'impunité de la police et des forces de sécurité,
les invasions de la vie privée et les attaques contre les droits
sont autant d'inquiétudes réelles que les Canadiens de
tous les milieux expriment dans la discussion sur la nouvelle loi
antiterroriste du gouvernement Harper.
La peur est « un
sentiment
d'inquiétude éprouvée en présence ou
à la pensée du danger » (Larousse).
Elle peut être définie comme « un sentiment
d'angoisse quant à l'issue de quelque chose ou la
sécurité de quelqu'un ». L'angoisse est un
« malaise psychique et physique, né du sentiment de
l'imminence d'un danger, caractérisé par une crainte
diffuse pouvant aller de l'inquiétude à la
panique » (Le Petit Robert).
La peur est l'expression d'une incapacité
à contrôler l'issue d'une situation. C'est
à la fois une manifestation de l'incapacité à
décider des choses qui nous affectent et une façon
d'empêcher les gens d'analyser et d'agir pour se défaire
de l'incertitude qui leur est imposée et de l'angoisse qu'elle
provoque. Les Canadiens sont soumis à des
tensions permanentes pour leur faire perdre leurs repères. Au
lieu d'être proactifs et unis dans l'action pour faire face aux
dangers qui les menacent et qui menacent la société, ils
sont réduits à réagir aux campagnes de peur. Pour
surmonter cet état de tension, il faut identifier sa cause et
ses raisons et surmonter les obstacles à l'exercice d'un
contrôle sur leur vie.
La fraude perpétrée par le gouvernement et
les médias monopolisés en ce moment est que l'incertitude
quant à notre avenir est causée par le
« terrorisme djihadiste » et que la cause du
terrorisme est qu'il y a des gens diaboliques qui nous haïssent,
qui épousent des « idéologies
radicales » et qui complotent contre
nous.
Entre autres exemples de la campagne de peur à
laquelle se livre le gouvernement Harper, cette semaine CBC News a
signalé que des plaintes ont été portées au
sujet d'une page Facebook du Parti conservateur fédéral,
affichée le 2 mars, qui reproduit une menace terroriste
apparente contre le centre d'achat West Edmonton Mall faite par des
militants basés en Somalie.
La page utilise une capture d'écran et une
citation tirée d'une vidéo mise en ligne sur YouTube le
mois dernier par le groupe al-Shabaab, qui serait lié à
al-Qaïda et serait responsable de l'attentat contre le
« Westgate Mall » au Kenya en 2013 qui a fait 60
morts.
Vers la fin de la nouvelle vidéo, qui dure un peu
plus d'une heure, un homme masqué avec un accent anglais
encourage les disciples à lancer des attaques similaires contre
des centres commerciaux aux États-Unis, au Royaume-Uni, en
France et au Canada, comme le West Edmonton Mall, rapporte le
réseau CBC. « Les terroristes
djihadistes menacent le Canada. Nous devons donner aux forces de
sécurité et à la police les outils pour nous
protéger contre la menace terroriste », lit-on dans
l'annonce du Parti conservateur qui invite les visiteurs à
« Ajoutez votre nom si vous êtes
d'accord », et lorsqu'on clique on obtient une
pétition sur le site Web du Parti
conservateur.
« Nous avons des raisons d'être
inquiets quand des terroristes djihadistes ciblent des endroits
très précis dans notre pays et demandent à leurs
disciples de les attaquer », de déclarer le directeur
des communications du Parti conservateur, Cory Hann, à CBC News.
Par ailleurs, PressProgress, un site Web affilié
à l'Institut Broadbent, soutient que cette page Facebook
pourrait être illégale en vertu du projet de loi
antiterroriste C-51 du gouvernement, puisqu'il rend illégal de
sciemment préconiser ou fomenter la perpétration
d'infractions terroristes en général.
PressProgress écrit :
« Le projet de loi C-51 entend par
'propagande terroriste' 'tout écrit, signe,
représentation visible ou enregistrement sonore qui
préconise ou fomente la perpétration de terrorisme en
général'.
« On lit ensuite que si un juge 'a des motifs
raisonnables de croire qu'il y a du matériel de propagande
terroriste — propagande terroriste ou données qui rendent la
propagande terroriste accessible — stocké sur et mis à la
disposition du public au moyen d'un système informatique', la
Cour a le pouvoir de s'assurer qu'il est détruit.
« Est aussi troublant le fait que l'image ne
donne ni indication ni contexte permettant de savoir qui l'a produite
et dans quel but (on n'y trouve pas le logo du parti). Lorsque l'image
de l''appel à l'action' du militant d'al-Shabaab est
séparée du texte de présentation et du lien vers
la pétition pour nous protéger contre la 'menace du
terrorisme', elle devient pratiquement indiscernable de la propagande
violente et radicale qui circule sur les médias sociaux que C-51
est censé interdire.
« En fait, le texte de présentation du
Parti conservateur accompagnant l'image peut être sans importance
aux yeux de la loi, puisque le projet de loi C-51 dit que la seule
'communication déclaration' qui 'sciemment préconise ou
fomente la perpétration d'infractions terroristes en
général' est passible d'un maximum de cinq ans de
prison.
« Donc, s'il y a une différence entre
citer un appel aux armes d'un terroriste pour critiquer le terrorisme
et préconiser et fomenter le terrorisme, le projet de loi C-51
fournit peu de clarification sur cette distinction.
« En fait, on a
déjà fait
valoir que le fait d'agir dans l'intérêt public (comme les
journalistes ont tendance à faire) n'est pas admissible comme
défense valable sous C-51.
« Est-ce que la CBC enfreindrait la loi en
diffusant l'appel aux armes de al-Shabaab ? Tout ceux qui ont
partagé l'image du Parti conservateur du Canada sur sa page
Facebook commettraient-ils une infraction à C-51 pour diffusion
de propagande de al-Shabaab ?
« Selon le libellé actuel de C-51, il
semblerait que ce sera à la discrétion des services
policiers et des tribunaux d'interpréter ce point, et qui sait
comment cela pourrait être appliqué de façon
uniforme maintenant ou dans l'avenir ? »
Que ce soit légal ou illégal en vertu du
projet loi C-51, LML considère que l'annonce sur la
page Facebook du Parti conservateur s'inscrit dans la campagne de peur
et que c'est inacceptable.
Le fait est que le recours à la peur pour
contrôler des populations n'est pas une innovation du
gouvernement Harper ou du Parti conservateur du Canada. Il s'agit d'une
tactique bien précise utilisée par la police politique
depuis la fin du XIXe siècle, non seulement en Europe contre les
soulèvements des travailleurs, mais également en Russie
par
la police tsariste. Elle a été par la suite
dénommée « stratégie de la
tension » et a été perfectionnée par
les Anglo-Américains durant la guerre froide. La CIA et l'OTAN
sont passées maîtres dans l'utilisation de cette
stratégie pour combattre et renverser le communisme. Les
campagnes de peur, la guerre psychologique et les opérations
psychologiques sont une vieille stratégie utilisée avec
une férocité particulière par la CIA et les forces
sous sa direction.
Au Canada durant les années 1960 et 1970,
l'opération Checkmate s'est avérée être une
version canadienne de l'opération Chaos de la CIA aux
États-Unis, de l'opération Gladio en Italie et des
opérations du même type dans les autres pays d'Europe.
L'Opération Condor a été menée en
Amérique latine contre les peuples du Chili, d'Argentine
et d'autres pays du cône Sud et des opérations semblables
ont été menées dans les guerres sales au
Guatemala, au Salvador et au Nicaragua. Dans les pays d'Europe
orientale et dans les républiques de l'ancienne Union
soviétique, la CIA a lancé une série de ces
opérations.
Dans son numéro du 11 mars, LML publie
l'article « Les opérations occultes et les
opérations de camouflage approuvées par
l'État » qui traite de certains des exemples les plus
notoires des opérations secrètes et des opérations
psychologiques menées par la GRC au Canada à la fin des
années 1960 et dans années 1970
et 1980. Ces formes de terrorisme d'État avaient comme objectif
de discréditer les communistes et les forces progressistes et
démocratiques et de désorienter les gens pour les
empêcher de tirer les conclusions qui s'imposent et de s'engager
dans la politique pour changer la situation en leur faveur.
Pour informer les lecteurs sur l'histoire et la nature
de des campagnes de peur et des opérations psychologiques
organisées par l'État, nous publions également des
extraits d'un essai de Daniele Ganser, originalement publié dans
le Journal of 9/11 Studies. Daniele Ganser est un historien
suisse qui a écrit sur les réseaux paramilitaires
clandestins « stay-behind » coordonnés par
la CIA immédiatement après la Deuxième Guerre
mondiale, constitués de fascistes actifs, d'hommes de main de
l'OTAN et d'agents du renseignement de divers autres pays. Ganser a
également écrit Les Armées Secrètes de
l'OTAN, qui donne un compte rendu rigoureux de cet
épisode. Sous le commandement de la CIA et de l'OTAN, ces forces
ont commis des crimes odieux que l'on a commencé à
découvrir seulement dans les années 1980 et 1990.
Daniele Ganser décrit en détail les
campagnes d'opération psychologique en Europe et comment elles
ont été révélées longtemps
après le fait. Il les place dans le contexte de la
« stratégie de la tension » de la CIA et
de l'OTAN. Ce terme est celui utilisé par le juge italien Felice
Casson dans une entrevue à la BBC en 1991 pour
décrire le but de la guerre psychologique. Casson a fait
enquête sur une série d'attentats terroristes en Italie
des années 1960 aux années 1980 et a découvert
qu'ils avaient été perpétrés par des
paramilitaires anticommunistes et la police militaire italienne sous le
commandement de la CIA.
Note
Voir l'article sur la projet de loi C-51 dans LML
Numéro 9 - 4 mars 2015

Les opérations occultes et les opérations
de camouflage approuvées par l'État
- Pauline Easton et Anna Di Carlo -

À gauche :
après une perquisition de
la police contre un institut de recherche du PCC(M-L) en 1973 ;
À droite : l'incendie criminel contre le Bureau provincial
du PCC(M-L) en Colombie-Britannique, le 12 août 1983.
D'après les comptes rendus officiels et les
reportages des médias sur les crimes commis par la Gendarmerie
royale du Canada (GRC) contre les Canadiens, les
Québécois et les peuples autochtones, certains de ces
crimes n'ont jamais été commis, d'autres seraient des
aberrations inacceptables et, de toutes façons, la porte pour
qu'ils ne se
reproduisent plus a été fermée en 1984 avec la
création du Service canadien du renseignement de
sécurité (SCRS) qui avait pour mandat de recueillir du
renseignement et n'avait pas de pouvoir d'intervention. Dans ce
contexte, l'extension des pouvoirs du SCRS contenue dans le projet
de loi C-51, la Loi antiterroriste de 2015,
pour lui permettre de mener des activités qui ressemblent aux
activités de la GRC d'avant 1984 soulève beaucoup
d'inquiétudes.
Il n'est évidemment pas vrai qu'après 1984
les services de sécurité ont cessé de violer les
droits du peuple, loin s'en faut. C'est pourquoi il faut une autre
enquête nationale pour faire la lumière sur les
activités des agences d'espionnage depuis cette période
et jusqu'à présent, y compris sur le camouflage de leur
implication dans la catastrophe
d'Air India de 1985. Il est néanmonis instructif de revoir le
récit officiel de ce qui s'est passé et ce que le Parti
communiste du Canada
(marxiste-léniniste) a dit à ce sujet à
l'époque. Cet examen vise à résumer cette
expérience afin que les gens puissent se donner un guide
à l'action qui serve le présent et ouvre la voie à
un avenir brtillant et en sécurité.
Selon le récit officiel, la GRC a mené des
activités illégales dans le cadre de son travail de
protection de la « sécurité
nationale » du Canada jusqu'en 1977, puis tout cela a
été assaini au cours de la période 1978-1984, dont
l'aboutissement a été la séparation des services
de renseignement des services de police de la GRC,
comme l'avait recommandé la Commission d'enquête
concernant certaines activités de la GRC (la Commission
McDonald). La période de 1977 à 1981 a été
la période d'enquête sur les méfaits de la GRC,
tandis que celle de 1981 à 1984 a été la
période de réorganisation des forces de
sécurité. Le nouveau régime a été
mis en place en novembre
1984 avec la création du Comité de surveillance des
activités de renseignements de sécurité .
Les événements qui ont conduit
à la création de la Commission McDonald
Le 26 juillet 1974, Robert Samson, gendarme de la GRC,
membre de l'escouade antiterroriste conjointe du Québec et du
Service de sécurité de la GRC, est blessé par
l'explosion d'une bombe devant la résidence du président
de la compagnie
Steinberg, M. Melvyn Dobrin, à Ville de Mont-Royal. En
interrogatoire, l'agent Samson dit qu'il s'était rendu à
cet endroit pour y rencontrer un informateur et qu'il avait
été blessé par l'explosion d'un colis suspect
qu'il avait ramassé. La GRC dément officiellement tout
lien avec l'activité de Samson et le rapporte à la police
de Montréal. Le
Commissaire des incendies du Québec qui interroge
Samson ne croit pas sa version des faits et Robert Samson est
accusé d'avoir placé une bombe. Au cours de son
procès, qui a lieu en 1976, Samson fait des
révélations sur ce qu'il appelle
l'opération Bricole. En échange de l'immunité, il
explique que l'opération Bricole est le nom du cambriolage
des locaux de Montréal de l'Agence de presse libre du
Québec (APLQ) dont le but est «de prendre des documents
qui
étaient les dossiers des membres plus militants, ainsi que des
documents pertinents ». Il explique que l'APLQ
« avait toujours eu une assez grande liste de militants de
gauche du Québec ». Encore aujourd'hui, ce
que Samson était en train de faire à Ville Mont-Royal le
26 juillet 1974 reste un
mystère.
Peu de temps après la fin du procès de
Samson, le solliciteur général du Canada de
l'époque, Warren Allmand, déclare à la Chambre des
communes que la perquisition de l'APLQ était un cas isolé
et l'oeuvre la police provinciale du Québec
ou la police de Montréal avec le soutien de la GRC.
À la même période, en juin 1977, le
gouvernement du Québec, un gouvernement du Parti
Québécois, décide d'ouvrir sa propre enquête
sur les activités de la police et crée la Commission
d'enquête sur des opérations policières en
territoire québécois (aussi connue sous le nom de la
Commission Keable). À chaque étape de son travail, la
Commission se heurte à la résistance et à
l'obstruction de la GRC et du gouvernement fédéral qui
conteste sa compétence à faire enquête
sur un organisme fédéral et soutient que c'est une
atteinte aux prérogatives du gouvernement fédéral.
Finalement, le gouvernement Trudeau obtient un jugement de la Cour
suprême qui
déclare l'enquête inconstitutionnelle, même si un
grand nombre des sales opérations dont il est question
étaient dirigées
contre le peuple du Québec. On accuse la Commission Keable
d'enfreindre la Loi sur les secrets officiels. Le solliciteur
général Francis Fox, qui a succédé à
Allmand, refuse de remettre les documents exigés en invoquant le
« privilège absolu » accordé au
solliciteur général en vertu de la Loi sur les Cours
fédérales du Canada, un privilège à
l'abri de toute procédure d'appel.
Toutefois, la Commission Keable réunit assez de
preuves pour établir que la GRC s'est livrée à un
certain nombre d'activités illégales dans le cadre de ses
opérations de surveillance après la crise d'octobre de
1970, notamment :
- le cambriolage à l'Agence de presse libre du
Québec (APLQ)
- l'incendie criminel, en 1971, d'une grange, La Ferme
du Québec Libre, dans les Cantons de l'Est, où devait se
tenir une rencontre entre des membres du Front de Libération du
Québec (FLQ) et des Black Panthers américains.
- l'émission de 13 faux communiqués du
FLQ en 1971, rédigés dans le cadre de la mise sur pied
d'une fausse cellule du FLQ, la cellule André Ouimet. La fausse
cellule revendiquera un attentat à la bombe incendiaire à
la compagnie Brinks de Montréal en janvier de la même
année. Le but de ces communiqués était de donner
l'impression
que le FLQ était encore actif après la crise d'octobre de
1970. Ces communiqués contienaient des menaces de
mort contre le ministre de la Justice, Jérôme Choquette,
et
revendiquaient la responsabilité d'attentats à la
bombe incendiaire qui n'ont jamais eu lieu. Sur la base de ces
communiqués, les médias, en particulier le Journal
de Montréal, ont publié des
articles avec des titres comme « Le FLQ n'est pas
mort » et « A-t-on sous-estimé la force du
FLQ ? » Le FLQ qui, en réalité, avait
été démantelé au cours de la crise
d'octobre, était maintenant présenté comme une
organisation
puissante avec de nombreuses cellules dont les
actions fréquentes « représentent une menace
active pour la sécurité de la personne et les
libertés civiles au Québec ». La Commission
Keable a consacré un chapitre entier au rôle des
médias.
- le vol de dynamite, dans la nuit du 26 au 27 avril
1972, à la poudrière de la Richelieu Explosives de
Rougemont, par le gendarme Rick Daigle ainsi que les caporaux Bernard
Dubuc et Normand Chamberland.
- l'enlèvement le 7 juin 1972 d'André
Chamard, stagiaire dans une étude de droit qui assure la
défense d'accusés du FLQ. Les agents de la GRC essaient
de le recruter comme indicateur en le faisant chanter pour une affaire
de drogue, en le maltraitant et en proférant des menaces de mort.
- le vol de listes de membres du Parti
Québécois en janvier 1973, au cours de l'opération
Ham lors du cambriolage de l'entreprise Messageries Dynamiques Inc.
Soixante-six agents de la GRC ont participé à cette
opération.[1]
L'agent de la GRC Donald Cobb, l'inspecteur Jean
Coutellier de la Sûreté du Québec et l'inspecteur
Roger Cormier de la police de Montréal sont
poursuivis pour avoir autorisé une perquisition sans mandat, la
perquisition illégale des locaux de l'APLQ. Lorsqu'ils
comparaissent en mai 1977, ils plaident tous les trois coupables aux
accusations portées contre eux, ainsi il n'y a pas de
divulgation de la preuve au cours d'audiences publiques. Leur avocat
plaide qu'ils sont des citoyens remarquables qui ont fait une erreur de
jugement momentanée en ne demandant
pas de mandat, mais que cela a été fait dans les
meilleures intentions, pour défendre la sécurité
nationale. En juin 1977, le juge les libére inconditionnellement
et ils sont retournés au service actif.
Le 6 juillet 1977, à la Chambre des communes, le
solliciteur général, Francis Fox, reconnaît que
« l'affaire de I'APLQ n'est pas un acte isolé ou
exceptionnel » et annonce une commission d'enquête.
Les audiences de la Commission McDonald
Les audiences de la Commission McDonald commencent le 18
octobre 1977. En tout, il y a 169 audiences,
dont 144 à huis clos. Le témoignage de 149 personnes est
entendu au sujet des activités de la GRC et
de la connaissance qu'avaient les ministres et les
hauts fonctionnaires des activités illégales de la GRC
Les principales questions traitées par la
commission sont :
- l'opération Bricole -- l'affaire de
l'APLQ ;
- l'opération Ham -- l'enlèvement de
bandes d'ordinateur contenant des données sur les membres du
Parti québécois, la reproduction de ces bandes ;
- les entrées subreptices ;
- les tentatives de recrutement de sources
humaines ;
- la vérification du courrier ;
- l'incendie d'une grange ; la subtilisation de
dynamite ;
- l'accès à l'information en la possession
du ministère du Revenu national, la Commission
d'assurance-chômage et d'autres ministères du
gouvernement ;
- l'opération Checkmate -- les contre-mesures et
les tactiques perturbatrices ;
- divers sujets ayant trait à la
responsabilité de la GRC au gouvernement ; la relation
entre le Service de sécurité et ses Sources humaines.
La Commission promet sous réserve
« des restrictions qui nous sont imposées par notre
mandat quant aux questions liées à la
sécurité nationale, l'intérêt du public et
l'intérêt de la vie privée des
personnes » de rendre public les témoignages entendus
« autant que possible ».
Cinquante-deux volumes des transcriptions des
témoignages entendus lors des audiences à huis clos sont
publiés sous forme de 45 volumes de documents
expurgés. Certains de ces volumes sont maintenant aux Archives
nationales et ne peuvent être consultés qu'avec une
autorisation du SCRS. Une fois autorisés, les documents peuvent
être
consultés. Beaucoup, sinon la plupart, des preuves se
rapportant à cette période jusqu'à 1988 ont
été détruites.
La destruction des dossiers Checkmate par la GRC
Lors des audiences de la Commission McDonald en novembre
1979 et février 1980, il est révélé que le
Service de sécurité de
la GRC a détruit des dossiers, en particulier ceux de
l'opération Checkmate. Ce service a détruit les dossiers
contenant des
informations sur des opérations réelles et d'autres
opérations qui n'étaient que « de simples
projets ».
Selon les informations fournies à la Commission,
le Service de sécurité a détruit ces dossiers
après les avoir soumis à deux revues internes, la
première, la Phase un, en 1974 et 1975, et la deuxième en
1977. Les dossiers Checkmate comprenaient environ 25 volumes en tout.
La Commission est informée que le
directeur général adjoint (Opérations) du Service
de sécurité de la GRC Howard Draper, le sergent
d'état-major Ron Yaworski et le surintendant principal Gustav
Begalki, responsable des opérations « D »,
le Service d'antisubversion qui a supervisé l'opération
Checkmate, ont recommandé la
destruction des dossiers. On lit dans le rapport de la
Commission que « dès novembre 1974, il [Yaworski]
croyait qu'un grand nombre des opérations Checkmate avaient
été menées 'à tort'
. Il en était venu à cette conclusion en grande partie
parce qu'il avait de plus en plus conscience des critiques croissantes
que
suscitaient aux États-Unis les programmes comparables
exécutés par le FBI.»
La Commission explique : « Puisqu'il y
avait eu peu de temps auparavant des fuites de documents
gouvernementaux, M . Yaworski craignait beaucoup que ne soient
divulgués ce qu'il considérait comme des renseignements
« très délicats et très
explosifs » et qu'ainsi l'ensemble du Service de
sécurité ne soit mis dans
l'embarras ». Il voulait « faire baisser le
risque de divulgation de l'opération Checkmate ».
La Commission note que les policiers
impliqués dans la destruction des dossiers avaient
examiné « la nature potentiellement
« très explosive » du peu de
matériel qui était encore dans les dossiers ».
La Elle déclare qu'aucune explication n'a
été donnée sur ce que voulait dire
« très
explosive » ou s'il s'agissait de
« problèmes liés à des activités
illégales ». Aucune liste des matériaux
détruits n'a été conservée.
Begalki a dit que les dossiers avaient été
détruits à cause de la « réduction
progressive » de l'opération. Selon la Commission, M.
Begalki « a ajouté que les ennuis que la divulgation
du contenu de ces dossiers aurait pu causer au Service de
sécurité n'ont pas joué 'séparément'
sur sa
décision d'en ordonner la
destruction. Il a expliqué plus tard que là
n'était pas la raison, qu'il ne savait pas ce que contenaient
les dossiers ou si des actes illégaux y étaient
décrits. Il a maintenu que leur valeur nulle du
point de vue du renseignement est le critère dont il a tenu
compte pour autoriser leur destruction et celui qu'il s'attendait de
voir le sergent d'état-major
Pethick appliquer en dépouillant les dossiers. »
Les personnes qui ont participé à la
destruction des dossiers, comme le sergent d'état-major Pethic,
ont dit à la Commission qu'ils n'avaient que de vagues souvenirs
des dossiers. M. Pethick « dit se souvenir vaguement tout au
plus d'avoir révisé un dossier sur un particulier et de
n'avoir retenu que trois documents : (1) un tableau
des finances soit du Parti communiste du Canada, soit d'une
organisation
crypto-communiste, (2) une description de l'abandon par un particulier
d'une organisation soupçonnée
d'être crypto-communiste et (3) un document provenant d'un
organisme autre que le Service de sécurité ».
La Commission conclut : « À
notre avis, si on analyse bien l'explication donnée par M .
Yaworski concernant la recommandation de 1974 de détruire les
dossiers Checkmate, elle n'équivaut à rien de moins que
l'intention de réduire la possibilité que le gouvernement
du Canada apprenne l'existence d'actes qu'il en était
lui-même
venu à juger répréhensibles. MM. Yaworski et
Draper ont passé outre délibérément aux
critères habituels de destruction des dossiers .
« Nous ne pouvons pas faire abstraction du
fait que plus de trois ans auparavant, soit le 30 juin 1971,une note de
service rédigée par M. Yaworski (mais signée par
le sergent Pethick) précisait que 'les mesures de
restriction tentées ou envisagées' pourraient
bien être 'd'une nature tellement délicate
qu'il ne faille
pas les consigner par écrit'. Selon M. Yaworski,
lorsqu'il a écrit 'délicate' il
ne voulait pas dire 'illégale', mais
plutôt que le Service de sécurité utilisait des
informations qui risquaient de mettre en danger la source qui les avait
fournies, et que le Service de sécurité prenait
lui-même des mesures, plutôt que de
faire part des renseignements qu'il possédait à un autre
secteur gouvernemental.
« Cette explication ne nous a pas convaincus
et nous croyons que, dans la note de service pour la signature du
sergent Pethick, M . Yaworski, voulait dire qu'on était
prêt à recourir à des moyens de dissuasion,
illégaux au besoin, pour parvenir, comme il le dit dans la note
de service, à une 'façon plus agressive et
positive' d'exécuter des
opérations destinées à entraver, contrecarrer ou
saper les groupes cibles. »
Aucune accusation n'a été portée
pour cette destruction délibérée des preuves des
crimes commis contre le peuple du Canada et du Québec. Pendant
un certain temps, Ron Yaworski a été un
« consultant en sécurité » qui,
plus tard, en 2002, a témoigné devant une Commission du
Sénat comme témoin expert à une audience à
huis
clos qui examinait les questions budgétaires reliées
à la sécurité. (Le poste de directeur adjoint des
opérations du SCRS est occupé par un Jeff Yaworski. LML
n'a pas pu établir s'il y a un lien de parenté.)
À part la destruction des dossiers liés
à la période allant de 1974 à 1977, dans la
période transitoire où le Service de
sécurité de la GRC est devenu le SCRS, une des
questions qui se posaient était comment disposer des dossiers
accumulés depuis plus de 50 années d'activités
subversives. Un universitaire ayant enquêté sur le sort
réservé aux
dossiers écrit : « Le service de
sécurité, avec l'autorisation du gouvernement
fédéral, a détruit 208 481 de ces dossiers entre
juillet 1983 et mai 1984. Lorsque la nouvelle agence d'espionnage a vu
le jour, la décision a été prise de
transférer certains des dossiers aux Archives nationales du
Canada. En 1987, le SCRS a mis sur pied la
Sous-section des exigences des Archives nationales afin d'examiner les
dossiers en consultation avec des archivistes. Sur près de
500 000 dossiers, 440 000 ont été détruits.
29
000
dossiers sont allés aux archives tandis que 28 000 ont
été retenus par le SCRS parce qu'ils étaient
toujours pertinents. Le facteur embarras a joué dans au moins un
dossier au moment de leur examen. Après avoir examiné une
compilation de dossiers liés à l'Université
McGill, un employé du SCRS est arrivé à la
conclusion qu'il fallait à tout prix détruire ce dossier
puisque le nouveau service d'espionnage du Canada devait
« se défaire d'un dossier qui avait été
spécifiquement ouvert pour espionner une
université (effacé). Le fait de conserver un tel dossier
ne peut que nous attirer des problèmes ».[2]
Les délibérations du PCC(M-L) sur la
Commission MacDonald
et la création du SCRS
Le 19 février 1975, le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) a tenu un point de presse à Toronto
pour répudier une nouvelle sensationnaliste publiée par
le Toronto Star dans laquelle on prétend qu'un agent
du FBI du
nom de Joseph Burton avait infiltré le Parti et qu'il avait
recueilli de des renseignements internes. Dans sa déclaration
à l'époque, le Parti avait dit : « Cette
manoeuvre
de la part de la presse capitaliste était si malhabile qu'elle a
révélé l'objectif sinistre qui est de
discréditer le Parti en soulevant des doutes sur ses
activités et en
remettant en doute son intégrité aux yeux du
peuple. » La présumée taupe avait
supposément appris que « Hardial Bains était
sorti de l'ambassade de la Corée du Nord à Paris avec 30
000 $ » alors qu'une telle ambassade n'existait tout
simplement pas.
Il s'agissait de l'une des nombreuses activités
menées contre le PCC (M-L). Ce ne fut pas la première
opération sale menée contre le Parti par le Service de
sécurité de la GRC et c'était loin d'être la
dernière. Le temps viendra sans doute où les peuples du
Canada reconstruiront la vérité sur les activités
traîtres et sordides menées contre eux au
cours de cette période qui a supposément
été examinée et élucidée. La plus
grande fraude de toutes, cependant, est qu'avec le SCRS était
né une « nouvelle » agence civile pour
s'occuper du renseignement de sécurité nationale. En
réalité, le SCRS a recruté les agents du Service
de sécurité de la GRC qui désiraient passer au
SCRS. On
dit que plusieurs d'entre eux ont même conservé leur
bureau et que la nouvelle agence d'espionnage était
composée avant tout d'anciens du Service de
sécurité de la GRC.
Dans la période de transition vers le SCRS, le 12
août 1984, le bureau du PCC (M-L) en Colombie-Britannique ainsi
que les entreprises avoisinantes ont été
complètement ravagés par un incendie, causant des
dommages de l'ordre de 3 millions $. C'est comme si le SCRS
voulait envoyer un message que rien n'allait changer. Un citoyen
américain âgé de 22 ans du nom de Rolland Degroot a
été arrêté en lien avec l'incendie, mais la
police et les médias ont refusé d'enquêter
adéquatement et personne n'a été accusé et
aucune compensation n'a été versée. Dans les jours
et les semaines qui
ont précédé la destruction du bureau du Parti en
Colombie-Britannique, plusieurs autres attaques ont
été perpétrées, non seulement en
Colombie-Britannique, mais aussi à Montréal.
Rolland Degroot, un néonazi autoproclamé,
n'a jamais été accusé par la police ni traduit en
justice. Cette attaque faisait partie de l'offensive raciste de
l'État contre le peuple en Colombie-Britannique et à
l'échelle du pays pour terroriser les
immigrants et les forcer à cesser de se battre pour leurs
droits. L'État a mis sur pied
des organisations nazies et suprémacistes blanches et les a
utilisées pour commettre des attaques racistes. Il a
essayé de blâmer le peuple pour ce racisme, comme il le
fait aujourd'hui en accusant les Québécois d'être
islamophobes ou en disant que les Canadiens exigent que les musulmans
soient « modérés » et jurent
loyauté à ce qu'on appelle les valeurs canadiennes. Toute
cette propagande a servi
à justifier l'intervention de l'État contre le peuple au
Canada et en Inde et elle est utilisée dans le même but
aujourd'hui au pays et à l'étranger.
Dans la période où ces attaques
étaient perpétrées, le PCC(M-L) et son dirigeant
Hardial Bains ont avancé le slogan «Blâmons
l'État
et non le peuple pour les attaques racistes et la violence
fasciste», et
ont appelé le peuple à s'organiser pour se
défendre lui-même puisque de toute évidence la
police n'allait pas
le défendre. Le Comité de défense indien a
été fondé en 1975 et le Front du peuple contre la
violence raciste et fasciste en novembre 1980. Les deux organisations
ont développé leur travail sous la direction du Parti et
de Hardial Bains. Cela a donné une forme organisée au
travail qui était fait depuis le début de l'année
1973 pour unir dans l'action les gens de tous milieux et aux
expériences
diverses contre la violence raciste et fasciste et s'assurer qu'elle ne
s'enracine pas au Canada. Des centaines de milliers de Canadiens ont
bâti ensemble une opposition de masse à la violence
raciste et fasciste et, notamment au Livre vert raciste sur
l'immigration présenté par le gouvernement libéral
en 1975, une lutte qui elle aussi a été dirigée
par
le Parti. Le Livre vert divisait les Canadiens entre
« blancs » et « personnes de couleurs
aux traits nouveaux et distinctifs » et enchâssait la
catégorie «Autochtone» pour faire en
sorte que toutes les nations autochtones soient mises dans un
même paquet sur une base raciste. Suite au Livre vert, alors que
dans la conscience
canadienne s'incrustait l'idée que le racisme était
organisé par l'État, l'Ontario a présenté
le Rapport Pitman (du nom de son auteur Walter Pitman ) qui affirmait
qu'il n'y a aucune preuve de l'existence d'un racisme organisé
par l'État et que les Canadiens sont « tous un petit
peu racistes ». Toute cette période a exposé
que l'État était à l'origine de la violence
raciste et fasciste. Elle a confirmé la
véracité de ce que le PCC(M-L) disait. Face à
cela, l'État a tout mis en oeuvre pour isoler le PCC(M-L) et a
notamment organisé les attaques d'agents de police contre lui au
sein du mouvement populaire et a accusé le Parti de fomenter la
violence alors qu'il ne faisait que se défendre
contre ces attaques. Le PCC(M-L) a eu gain de cause en cour où
la preuve a été faite que le Parti
était celui qui était victime des assauts et qu'il
n'avait agressé personne même en se défendant
contre les assauts.
Plus tard, l'État canadien a intensifié
son utilisation du terrorisme d'État contre le peuple. Entre
autres, il a concocté la théorie de
l'« intégrisme » et de
l'« extrémisme » sikhs pour justifier les
attaques de l'État contre ceux qui luttaient contre l'injustice
au Canada et en Inde, s'opposaient au régime d'Indira Gandhi, et
surtout contre la nation du Pendjab qui revendiquait son
indépendance de l'Inde. Des attaques criminelles ont aussi
été lancées contre le peuple du Cachemire et les
autres nations et peuples tribaux en Inde qui luttaient pour leur
émancipation de l'exploitation et de l'oppression brutales des
industriels et des propriétaires fonciers et de leur État.
C'est dans ces conditions que se produisit l'attentat
à la bombe d'Air India. Malgré les tentatives faites pour
blâmer les « extrémistes sikhs »,
rien n'a pu cacher le rôle des agences d'espionnage dans la
création de ces « extrémistes » et
la fabrication de ce complot.
Dans ces conditions, des milliers de Pendjabis ont
été massacrés au Pendjab, alors que les
« lois antiterroristes » et les opérations
occultes étaient utilisées pour réprimer
l'opposition. Finalement, c'est dans ce contexte d'anarchie et de
violence en Inde que se produisit en 1984 l'Opération Blue Star
au cours de laquelle le Temple
d'Or d'Amritsar, au Pendjab, le temple le plus sacré des Sikhs,
a
été attaqué par l'armée indienne et un
grand nombre de personnes ont été tuées. Cela
ouvrit toutes grandes les
portes de l'intervention de l'État dans les affaires religieuses
où celui-ci dicte au peuple sa conscience, ce qu'il peut et ne
peut pas faire et son mode de vie. Les actes individuels de
terrorisme et les assassinats ciblés devinrent la méthode
privilégiée pour exclure le peuple des affaires
politiques. Indira Gandhi et son fils Rajiv Gandhi tombèrent eux
aussi victimes de cette politique.
C'est ainsi que l'État canadien a
créé le spectre de l'« intégrisme
sikh ». Après les attentats du 11 Septembre contre
les tours jumelles de New York et le Pentagone à Washington, ce
spectre a rendu un grand service au système impérialiste
d'États. L'« intégrisme sikh » a
servi de modèle à la CIA pour créer le spectre
de l'« intégrisme islamique » en tant
qu'extrémisme qui représente la plus grande menace pour
la société. Sur cette base, une fois de plus, c'est le
peuple qui est blâmé pour les attaques terroristes tandis
que le terrorisme d'État au nom de la lutte au terrorisme
devient la solution. Tout ceci révèle le modus operandi
de ces services de
renseignement et leur « stratégie de
tension » qui, en même temps, vise à faire en
sorte que les problèmes économiques, sociaux et autres ne
reçoivent pas de solutions politiques.
Pendant toute cette période, le PCC(M-L) a
démontré son caractère et son courage
révolutionnaires en unissant le peuple dans l'action contre les
attaques racistes et fascistes de l'État.
La réponse du PCC(M-L) à l'incendie
criminel
Suite à l'incendie criminel du Bureau
provincial
du PCC(M-L) en Colombie-Britannique, le Parti a convoqué un
Plénum élargi du Comité central du Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) les 20 et 21
août 1983 où a été présenté le
rapport intitulé
« L'incendie criminel du Bureau provincial du PCC(M-L) en
Colombie-Britannique - un geste insensé de violence individuelle
ou un crime inspiré par l'État contre le Parti et le
peuple ? » Le Parti a placé l'incendie criminel
dans le contexte de la longue série d'attaques sous diverses
formes perpétrées contre le Parti, ses
membres, ses sympathisants et ses locaux depuis 1970 jusqu'à cet
incendie criminel.
Le rapport présenté au Comité
central du Parti a tiré la conclusion que l'incendie criminel et
la réponse de la police et des médias avaient comme
objectif de :
1) convaincre l'opinion publique que l'incendie
criminel n'avait pas grande importance et donc que ces attaques contre
le Parti étaient une chose normale et acceptable ;
2) créer de la confusion dans l'esprit du peuple
afin de sous-estimer et nier le danger de fascisme ;
3) créer l'opinion publique que c'est la victime
des attaques qui les provoque ;
4) promouvoir la théorie anticommuniste en
banqueroute « des deux extrêmes » selon
laquelle les marxistes-léninistes et les fascistes se combattent
l'un l'autre tandis que le gouvernement et les agences de l'État
sont la voie modérée opposée aux deux.
Dans ce contexte, le Plénum a
analysé que
les mesures étaient en train d'être mises en place pour
renforcer l'appareil répressif de l'État comme une
composante de la fascisation de la vie, de la répression des
marxistes-léninistes et des autres forces progressistes et pour
« inciter à des crimes de violence
insensée » comme cet
incendie criminel en Colombie-Britannique.
Le rapport du Comité central a traité de
la question du Rapport de la Commission McDonald, et montré la
similitude entre l'incendie criminel au Québec en 1974 et
l'incendie de la librairie. Il a déclaré :
« Loin de condamner de tels crimes, la Commission McDonald
sur les méfaits de la GRC a cherché à les
justifier et à élaborer
un cadre légal pour les activités criminelles de la GRC
contre les luttes du peuple et les intérêts de la nation,
ainsi que pour les opérations au Canada des services
d'espionnage de l'impérialisme américain, le FBI et la
CIA et l'intervention directe dans les affaires du Canada des plus
hautes instances du gouvernement américain.[...] » Le
rapport a souligné que le Service canadien du renseignement de
Sécurité « pourra légalement mener
toutes les activités de voyous que la GRC, la CIA et le FBI ont
menées illégalement par le passé, et cela au nom
de la défense de la démocratie et des
intérêts de la nation contre la subversion ».
Attaque de la police
contre une manifestation
dirigée par les militants du PCC(M-L) devant l'hôtel Royal
York à Toronto, le 3 mars 1971. Cette manifestation était
en appui au peuple québécois et contre les attaques du
premier ministre Pierre Trudeau.
Le Comité central a posé la
question : « Qui sont les terroristes et qui provoque
des actes de violence politique au Canada ? » La
réponse à cette question se trouve dans le rapport de la
Commission McDonald.
« La Commission royale a carrément
admis que c'est la bourgeoisie, sa GRC et ses autres forces
policières et d'espionnage, ainsi que les bandes fascistes, qui
ont été la source d'actes de terrorisme, d'incendie de
granges, d'enlèvements, de tortures et de chantage pour recruter
des espions et des indicateurs, de messages téléphoniques
enregistrés véhiculant la haine raciste et fasciste,
d'attaques violentes contre les minorités nationales, contre les
luttes ouvrières, contre les forces démocratiques et
progressistes et les marxistes-léninistes, de tentatives
d'assassinats, etc. Le rapport de cette commission révèle
également que la police et les autorités gouvernementales
ont apporté leur
pleine collaboration aux services d'espionnage et aux forces
policières des États-Unis pour faire venir au Canada des
espions afin de saboter le PCC(M-L) et la lutte des autochtones et
d'autres groupes au Canada. Cependant, il est significatif que
certaines sections du Rapport de la Commission McDonald, notamment
celle sur l'« opération
Checkmate », qui traitent spécifiquement des attaques
terroristes menées contre le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) et son dirigeant, le camarade Hardial
Bains, n'ont pas été publiées. Ce mutisme aussi
sert la tactique de la bourgeoisie qui consiste à calomnier les
marxistes-léninistes en disant qu'ils sont la source du crime et
de la violence et en les comparant aux fascistes et terroristes, tout
en gardant le silence quant à leurs vraies activités et
positions progressistes. »
Manifestation de masse sur
la Colline du parlement en
septembre 1974, en appui à la lutte des peuples autochtones.
Cette manifestation a été sauvagement attaquée par
la GRC. Par la suite, la bourgeoisie, les autorités
gouvernementales, les médias monopolisés et les
opportunistes ont accusé le PCC(M-L) de provoquer la violence.
En fait, le
PCC(M-L) a été un défenseur ardent de la juste
cause de la nation Anishnabe et des Premières Nations et un des
principaux organisateurs de la manifestation. Suivant une logique
tordue, la police et ses agents ont déclaré après
leur échec que parce que le PCC(M-L) avait organisé la
manifestation, il était responsable de cette attaque violente.
Tout a
été fait pour accuser la lutte de résistance
d'être responsable de la répression de l'État.
« Blâmer l'État et non le peuple pour la
violence raciste et fasciste » était le slogan
fidèle à la réalité à cette
époque et l'est toujours aujourd'hui.
« Le rapport de la Commission McDonald a
également servi à justifier la fascisation de
l'État et le renforcement de l'appareil de répression,
notamment la création d'un service d'espionnage civil, le SCRS,
prétextant que la sécurité nationale exige la
légalisation des activités illégales, que les
intérêts du Canada sont inséparables de ceux
de l'impérialisme américain, que ceux qui luttent pour
les droits démocratiques du peuple et les intérêts
de la nation ... sont les ennemis des intérêts du peuple
et de la nation et la source du danger qui plane sur la paix, la
sécurité et la démocratie au Canada. »
Ainsi, dans son rapport, la Commission McDonald
déclare que les principales menaces à la
sécurité du Canada « proviennent des
activités clandestines d'agents de puissances
étrangères au Canada, d'organisations terroristes et de
groupes qui travaillent activement à renverser le fondement de
la démocratie parlementaire ».
Le rapport du Comité central soulignait :
« Dans la catégorie de « groupes qui
travaillent activement au renversement du fondement de la
démocratie parlementaire », la commission
réunit les marxistes-léninistes et les fascistes de sorte
à créer le maximum de confusion, puis déclare que
les fascistes sont inactifs et ne
représentent aucun danger ». Le rapport indiquait
également que ce n'est pas un hasard si la Commission ne
précise pas davantage la catégorie des
« organisations terroristes », puisqu'on ne
manque pas de preuves pour établir le fait que la GRC et
d'autres forces policières étaient derrière toutes
les activités terroristes dont on a
accusé le FLQ et derrière les actes terroristes de la
Western Guard et les autres groupes néonazis
suprémacistes blancs. « La Commission McDonald
elle-même traite de certaines de ces attaques, ainsi que du
travail d'agents de police américains au Canada, et elle
cautionne ces activités infâmes. »
Le rapport du Comité central soulignait que la
Commission McDonald reconnaissait le caractère policier de
l'État canadien et que « les activités du
PCC(M-L) ont fait l'objet d'une enquête détaillée
dans les années 1970. Son dirigeant a fait l'objet à la
fois de surveillance étroite et de certaines des tactiques de
sabotage menées dans le
cadre de l'opération Checkmate. La Commission avoue aussi qu'il
y a eu contre les membres et sympathisants du Parti « un
vaste harcèlement en toute occasion », notamment des
congédiements et des expulsions du pays ainsi que des attentats
à la vie. Plusieurs de ces activités ont
échoué grâce à la vigilance du Parti, qui
les a
condamnées et combattues au moment même où elles
étaient perpétrées ».
Manifestation devant le
Palais de justice de Waterloo,
en mai 1977, pour dénoncer la persécution politique du
PCC(M-L). Cette manifestation a condamné l'arrestation du
camarade Hardial Bains et de plusieurs camarades le 23 février
1977. Les accusations portées contre les camarades
étaient tellement fausses qu'elles ont été
rejetées par la
cour. Le rôle de la police politique pour concocter ces
accusations bidon a été complètement
démasqué, mais les médias sont restés muets
sur cette question.
Le rapport avertissait que « la Commission
McDonald prétend qu'elle s'oppose à ces activités,
mais c'est seulement pour tromper les naïfs, pour justifier ses
propres agissements et la fascisation de l'État et pour
préparer d'autres attaques. En réalité, elle avait
la mission d'attaquer directement les marxistes-léninistes sous
prétexte de
défendre « la primauté du droit ».
Pendant que la Commission McDonald écrivait ses justifications
de « la loi et l'ordre », les attaques contre les
marxistes-léninistes et les autres forces progressistes se
poursuivaient dans tout le pays, et elles se poursuivent encore
aujourd'hui. Elles n'ont jamais cessé, ne fut-ce qu'un
instant. »
Le rapport concluait que la création du SCRS
« est un pas de plus vers la fascisation de l'État
dans le cadre de ce qu'on appelle le processus parlementaire et par les
« moyens constitutionnels » et constitue une
réelle menace pour la vie et les libertés du
peuple ». Le rapport soulignait notamment que le projet de
loi
accorderait l'immunité aux agents des services de
sécurité et ferait la divulgation de leur identité
un acte criminel.
Le rapport identifiait également la
prétendue lutte au terrorisme comme « une arme de
propagande importante de tromperie idéologique et
politique » du peuple dans le but de détourner et de
liquider ses luttes.
À venir : un compte rendu des travaux du
Plénum élargi du Comité central du Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) d'août 1983 qui
a répertorié les nombreuses opérations occultes
contre le Parti et a analysé les importants
développements nationaux et internationaux d'alors sur lesquels
il est important de revenir à un moment
où le gouvernement Harper est déterminé à
engager le Canada encore plus loin sur la voie dangereuse de la
régression.
Notes
1. Rapport de la
Commission Keable et Wikipédia
2. Spying 101 :
the RCMP's Secret Activities at
Canadian Universities, 1917-1997, Steve Hewitt, (Toronto :
University of Toronto Press, c2002).

La «stratégie de la Tension» dans la
période
de la guerre froide (extraits)
- Daniele Ganser -
[...]
La stratégie de la tension forme une partie de
ce que l'on appelle
communément « la guerre psychologique »
(Psychological warfare, ou
PSYWAR en anglais — NdT). Comme l'indique l'expression, cette forme de
guerre ne s'attaque pas aux corps des êtres humains, aux tanks,
navires, satellites ou maisons dans le but de les
détruire, mais vise les esprits, le psychisme. Laissons de
côté le fait
que les philosophes, psychologues, neurologues ou théologiens ne
sont
jamais parvenus à définir complètement ce qu'est
l' « esprit », et
partons du principe, dans le cadre de cet article, qu'il s'agit
simplement de la capacité humaine à penser et à
ressentir. Si des
personnes peuvent accéder à nos pensées et
à notre ressenti sans que
nous le remarquions, elles peuvent exercer un énorme pouvoir sur
nous.
[...]
À ce jour, les informations les plus pertinentes
sur la stratégie
de la tension sont sans aucun doute celles provenant d'Italie,
où des
juges, des parlementaires et des universitaires continuent de mettre en
commun leurs efforts pour essayer de comprendre et de détailler
cette
stratégie secrète.
Le juge Casson et l'attentat terroriste de Peteano
Le juge italien Felice Casson a redécouvert
cette stratégie lors de
son enquête sur plusieurs attaques terroristes survenues en
Italie dans
les années 1960, 1970 et 1980. D'après Casson, l'affaire
la mieux
documentée dans laquelle la stratégie de la tension a
été utilisée
s'est produite dans le village italien de Peteano. C'est là que
le 31
mai 1972,
trois membres de la police paramilitaire italienne, les Carabinieri,
ont été attirés vers une Fiat 500
abandonnée par un appel anonyme et
ont été tués lorsqu'ils ont ouvert le coffre du
véhicule en déclenchant
la bombe qui s'y trouvait.
Pendant des années, cet attentat terroriste a
été mis sur le compte
des Brigades rouges, une organisation terroriste d'extrême gauche
en
Italie. Mais lorsque le juge Casson a rouvert cette affaire, il a
découvert que c'était en réalité le
néofasciste catholique Vincenzo
Vinciguerra, un militant anticommuniste, qui avait commis ce crime.
Casson a également découvert, à sa
grande surprise, que Vinciguerra
n'avait pas opéré seul, mais qu'il avait
été protégé par des membres
des services secrets militaires italiens, appelés aujourd'hui
SISMI
(Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).
Le juge Casson a procédé à
l'arrestation de Vinciguerra, lequel a
confirmé lors de son procès en 1984 qu'il avait
été relativement aisé
pour lui d'échapper à la justice et de se cacher,
étant donné qu'une
large portion de l'appareil sécuritaire italien, y compris le
SISMI,
partageait ses convictions anticommunistes, et avait par
conséquent
soutenu
en silence ces crimes afin de discréditer la gauche italienne et
tout
particulièrement le Parti communiste (PCI), lequel était
relativement
fort à l'époque. Après l'attentat à la
bombe, Vinciguerra se souvient
que « c'est tout un mécanisme qui s'est mis en
route... Les
carabiniers, le ministre de l'Intérieur, les services de douane,
et les
services
secrets civils et militaires ont accepté de fait les raisons
idéologiques derrière cette attaque. »
Casson a mis en évidence le fait qu'au travers de
ce crime et
d'autres pour lesquels on avait accusé les Brigades rouges —
l'ennemi
politique par excellence — c'était en fait le Parti communiste
italien
qui avait été discrédité. Les chefs des
services secrets militaires et
les politiques ont avancé qu'après ce crime,
le »danger
communiste » justifiait l'augmentation des dépenses
militaires et la
réduction des libertés civiles dans
l'intérêt de la sécurité de l'État.
De cette façon, la stratégie de la tension, comme celle
mise en oeuvre
par l'acte terroriste de Pataneo, a permis de propager la peur dans
toute l'Italie, de discréditer un opposant politique, et de
mettre en
place
des mesures de sécurité conservatrices. Ce fut
très efficace, puisque
personne ne savait à l'époque que les services secrets
étaient derrière
cette attaque.[1]
« La tension créée à
l'intérieur du pays a servi à promouvoir des
tendances sociales et politiques extrêmement
réactionnaires et
conservatrices. Alors que cette stratégie était mise en
oeuvre, il
était nécessaire de protéger ceux qui
étaient effectivement derrière,
puisque des preuves les impliquant étaient peu à peu
découvertes.
Des témoins ont dissimulé des
informations pour couvrir les extrémistes de droite.[2]
Vinciguerra faisait partie de l'organisation fasciste
italienne,
Ordine Nuovo (Nouvel Ordre) qui cultivait d'étroites relations
avec le
SISMI. Un haut membre d'Ordine Nuovo, Clemente Graziani, a
affirmé dans
un livre paru en 1963, qu'en tant que catholique, il était de
son
devoir de combattre par tous les moyens les communistes impies, y
compris par des opérations de »tension »
qui, à première vue peuvent
paraitre brutales et immorales. Il expliqua que les communistes
s'étaient eux aussi engagés dans des méthodes
sales, et que si Ordine
Nuovo n'utilisait pas le terrorisme pour les combattre, ils ne seraient
jamais vaincus : « le terrorisme a évidemment
l'inconvénient de tuer aussi des personnes âgées,
des femmes, des
enfants, » a fait remarquer Graziani. Il a ajouté que
« des opérations
de cette nature sont encore considérées comme des crimes
méprisables et
abjects, et surtout inutiles pour vaincre un conflit. Mais les
standards de la guerre révolutionnaire renversent ces principes
moraux et humanitaires. Ces formes d'intimidation terroriste sont
aujourd'hui considérées non seulement comme acceptables,
mais
absolument nécessaires. »[3]
Autres attentats terroristes
Peteano n'est pas un cas isolé en Italie, mais
fait partie d'une
longue série d'attentats terroristes qui a débuté
en 1969. Le 12
décembre de cette année-là, quatre bombes
explosaient sur les places
publiques à Rome et Milan, tuant 16 civils innocents et en
blessant 80
autres ; la plupart des victimes sont tombées à
Milan, Piazza Fontana.
Après le massacre, comme le veulent les règles de la
stratégie de la
tension, les services secrets militaires italiens, le SID, a
posé des
bombes dans la villa de l'éditeur gauchiste bien connu,
Giangiacomo
Feltrinelli, de façon à pouvoir accuser de terrorisme les
communistes
et d'autres membres de l'extrême gauche.[4] Ce n'est que des
années
plus
tard qu'on a appris que Feltrinelli n'avait absolument rien à
voir avec
ce crime et qu'en réalité, l'extrême droite
italienne, dont Ordine
Nuovo, avait perpétré ces atrocités dans le but de
promouvoir la
stratégie de la tension.
Les attentats les plus meurtriers eurent lieu en 1974,
environ deux ans après celui de Peteano.
Le 28 mai, une bombe explosait lors d'une manifestation
anti-fasciste à Brescia, où s'étaient
rassemblées plus de 3000
personnes, tuant 8 personnes et en blessant 102 autres. Pour couvrir
les traces des poseurs de bombe d'extrême droite, la place avait
été
nettoyée au jet d'eau plusieurs heures avant que les magistrats
enquêteurs ne puissent se
rendre sur la scène de crime pour protéger les preuves.
Une commission
du Sénat italien a plus tard fait observer que « les
enquêtes menées
immédiatement après le massacre étaient
caractérisées par un tel nombre
d'erreurs incroyables que cela laissait sans voix. »[5]
Puis, le 4
août, une bombe explosait dans le train express Italicus
reliant Rome à Berlin, tuant 12 civils innocents et en blessant
48
autres.
Mais l'attaque la plus meurtrière eut lieu en
1980, un samedi
après-midi chaud et ensoleillé qui se trouvait aussi
être le premier
jour des grandes vacances d'été en Italie. Une explosion
massive
ravagea la salle d'attente de seconde classe à la gare de
Bologne,
tuant 85 personnes lors de la déflagration et faisant 200
blessés.
La raison de ces attaques
Cette série d'attentats terroristes jeta le
discrédit sur les
communistes italiens et propagea la terreur parmi la population
italienne, étant donné que personne ne savait qui allait
être le
prochain sur la liste. Il était impossible de protéger
l'ensemble des
infrastructures de transport, sans parler des places publiques, et il
était donc clair pour tous les
spécialistes en sécurité de l'époque que
les sociétés démocratiques
seraient toujours vulnérables à ce genre d'attentats
terroristes. « Il
fallait s'en prendre aux civils, au peuple, aux femmes, aux enfants,
aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique, » a
déclaré le
néofasciste Vincenzo Vinciguerra après son arrestation,
lorsqu'il détailla la stratégie de la tension à
laquelle il avait
lui-même participé.
« La raison en est très
simple, » a-t-il ajouté : « [ces
actions]
étaient censées forcer les gens, le peuple italien,
à se tourner vers
l'État pour demander plus de sécurité.
C'était la logique politique
derrière tous ces massacres et les attentats à la bombe
qui restèrent
impunis, du fait que l'État ne peut pas s'accuser
lui-même,
ou se déclarer lui-même responsable pour ce qui s'est
passé. »[6]
Les révélations sur Gladio
Le juge italien Felice Casson, qui avait
redécouvert la stratégie
de la tension, voulait savoir pourquoi des individus au sein même
du
gouvernement et des services secrets italiens avaient soutenu cette
stratégie criminelle.
Après l'arrestation de Vinciguerra, le poseur de
bombe de Peteano,
il décida d'en savoir plus. « Je voulais faire la
lumière sur ces
années de mensonges et de mystères, c'est tout. [Je
voulais] que
l'Italie, pour une fois, connaisse la
vérité. »[7] À l'été
1990, le
juge Casson a demandé l'autorisation au premier ministre italien
Giulio
Andreotti de pouvoir fouiller dans les archives des services secrets
militaires (SISMI) à Rome.
Permission lui fut accordée, et Casson fit une
découverte
sensationnelle : il découvrit que sous le nom de code
« Gladio »
(glaive), se cachait une armée secrète qui avait
été mise en place par
les services de renseignement militaires italiens en étroite
collaboration avec la CIA dans les années qui avaient suivi la
Deuxième
Guerre mondiale. Cette armée secrète devait fonctionne
comme une unité
de guérilla en cas d'invasion et d'occupation de l'Italie par
l'armée
soviétique. Les données mises à jour par Casson
indiquaient que cette
mystérieuse armée Gladio était liée
à l'OTAN et qu'en l'absence
d'invasion de la part des Soviétiques, elle semblait avoir
manipulé la
politique italienne au travers d'un certain nombre d'actions
secrètes
pendant la guerre froide dans le but d'affaiblir les communistes
italiens.
Casson informa par voie confidentielle une commission
parlementaire
de ses recherches qui allaient bien au-delà de son enquête
initiale. Ce
fut une surprise totale pour les Sénateurs, et le 2 août
1990, le
premier ministre et chef de l'exécutif italien, Giulio
Andreotti,
ordonna « d'informer le parlement dans les 60 jours à
venir au sujet de
l'existence, des caractéristiques et des raisons d'être
d'une structure
parallèle occulte dont on dit qu'elle a opéré au
sein de nos services
de renseignements militaires, avec l'objectif de conditionner la vie
politique du pays. »[8]
Le 24 octobre 1990, Andreotti remit un rapport de 10
pages intitulé
« Ce qu'on appelle le 'SID parallèle ' — ou Affaire
Gladio » à la
Commission d'enquête du Sénat dirigée par le
sénateur Gualtieri. Le
rapport d'Andreotti confirmait l'existence d'une armée
secrète à
l'intérieur des services secrets militaires, connue sous le nom
de
code de »Gladio ». Andreotti ajouta que cette
structure existait
toujours et était opérationnelle. Ne voulant pas endosser
seul toutes
les conséquences de ces accusations de conspiration, Andreotti
insista
le jour même devant le parlement sur le fait que
« chacun des chefs de
gouvernements avait été mis au courant de l'existence de
Gladio. »[9] Cette affirmation mettait notamment en cause
l'ex-premier
ministre Bettino Craxi (1983-1987) et surtout Francesco Cossiga, un
ancien premier ministre (1978 — 1979) qui occupait le poste de
président en 1990.
Les hauts magistrats furent obligés de prendre
position. Craxi
affirma qu'il n'avait pas été informé, jusqu'au
moment où il fut
confronté à un document sur Gladio portant sa propre
signature en tant
que premier ministre. Cossiga expliqua qu'il était
« fier d'avoir pu
garder le secret pendant 45 ans. »[10]
Dans son rapport, Andreotti confirmait les
découvertes de Casson,
et expliquait que Gladio était la branche italienne d'une
armée
secrète »Stay-Behind » mise en place au
lendemain de la Seconde Guerre
mondiale par la CIA et le SIFAR [les services secret de l'armée
italienne 1949-1965 -- LML ndlr] , dans le cadre d'un réseau
international de groupes clandestins de résistance dans les pays
de
l'OTAN, pour combattre une éventuelle invasion
soviétique. En cas
d'invasion, les armées Stay-Behind devraient organiser un
mouvement de
résistance et opérer derrière les lignes ennemies.
Ces armées étaient
supervisées et coordonnées par deux centres top-secret de
guerre non
conventionnelle de l'OTAN nommés Allied Clandestine Committee
(ACC) et
Clandestine Planning Committee (CPC).
Andreotti raconta qu' « une fois
constituée cette organisation de
résistance secrète, l'Italie était appelée
à participer... aux tâches
du CCP (Clandestine Planning Committee) fondé en 1959,
opérant au sein
du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe, de
l'OTAN]... ; en
1964, les services secrets italiens intégrèrent
également l'ACC (Allied Clandestine Committee).[11]
[...]
Les précédents chefs des services de
renseignements italiens furent
choqués par les révélations du premier ministre
Andreotti, qui avait
révélé ce que beaucoup considéraient comme
l'un des plus grands
secrets. Le Général Vito Miceli, chef du Renseignement
italien de 1970
à 1974, protesta dans la presse italienne :
« J'ai été
emprisonné parce que je refusais de révéler
l'existence de cette
super-organisation secrète, et voilà qu'Andreotti
s'amène devant le
Parlement et raconte tout ! »[12]
[...]
Le rôle de la CIA
Aux États-Unis, cette affaire a
été parfaitement ignorée par les
médias. Dans l'un des rares articles traitant du sujet, le
Washington
Post, titrant « »CIA Organized Secret Army in Western
Europe ;
Paramilitary Force Created to Resist Soviet Occupation » (La
CIA
organise une armée secrète en Europe de l'Ouest ;
des
forces paramilitaires créées pour résister
à une occupation
soviétique), expliquait qu'un officier du renseignement avait,
sous
couvert d'anonymat, déclaré : « Cette
opération concerne uniquement
l'Italie. Nous n'avons aucun contrôle sur elle. S'il y a des
allégations selon lesquelles la CIA est impliquée dans
des activités
terroristes en
Italie, elles sont totalement dépourvues de
sens. »[13]
Il est extrêmement difficile de faire des
recherches et de
clarifier les détails des opérations de stratégie
de la tension, car
personne n'est prêt à confirmer publiquement qu'un tel a
ordonné ceci,
ou qu'un autre a participé à une opération
terroriste qui a fait des
victimes parmi les civils innocents et a jeté l'effroi parmi la
population visée avant
d'accuser un ennemi politique de l'avoir perpétrée. Si,
comme dans le
cas de l'Italie, différents services de renseignement sont
impliqués,
en l'occurrence le SISMI italien et la CIA américaine, alors la
tâche
devient encore plus ardue, car les services commencent à
s'accuser et à
se contredire mutuellement.
À la différence de l'officier anonyme du
renseignement US cité par
le Washington Post qui accusait implicitement les Italiens pour la
campagne de terreur subie par leur pays, le chercheur Philip Willan a
affirmé que le gouvernement US et sa communauté du
renseignement en
étaient responsables : « Il est loin
d'être aisé de
déterminer qui était responsable des décisions au
jour le jour quant à
la stratégie de la tension. Mais il ne fait pratiquement aucun
doute
que la responsabilité globale pour cette stratégie repose
sur les
épaules du gouvernement et des services secrets des
États-Unis... Des
questions restent à propos de l'adoption de méthode ayant
amené à la
mort de
centaines de victimes innocentes. »[14]
Lors d'une émission
télévisée italienne en 1990, l'amiral
Stansfiels Turner, directeur de la CIA entre 1977 et 1981, ne voulut
pas confirmer les déclarations de Willan et refusa
obstinément de
répondre aux questions sur Gladio. Par respect pour les victimes
des
nombreux massacres, le journaliste italien qui menait l'interview
insista pour que
Turner clarifie ce qu'était la stratégie de la tension.
Turner arracha
alors son micro et cria : « j'ai dit, pas de questions
sur Gladio ! »
et l'interview prit fin.[15]
Certains officiers de la CIA se sont montrés
plus bavards sur les
stratégies secrètes durant la Guerre froide et sur les
opérations
illicites de la CIA. L'un d'eux s'appelle Thomas Polgar,
retraité en
1981 après une carrière de 30 ans à la CIA.
Questionné sur les armées
secrètes de Gladio en Europe, Polgar confirma que les
armées secrètes
Stay-Behind étaient coordonnées « par une
sorte de groupe de
planification de guerre non conventionnelle lié à
l'OTAN. » Polgar
insista sur le fait que « tous les services secrets
nationaux avaient
été impliqués à un degré ou à
un autre, » ajoutant qu'« en Italie dans
les années 1970, certaines personnes étaient
allées
un peu plus loin que la charte définie par
l'OTAN. »[16]
Des membres du Parlement italien
décidèrent de creuser davantage.
Huit sénateurs, la plupart appartenant au parti
démocratique de gauche
(PDS pour Partito Democratico della Sinistra), qui avait
remplacé
l'ancien PCI après l'effondrement de l'Union soviétique
en 1991,
poursuivirent leur enquête sur Gladio et la stratégie de
la tension.
Sous la présidence du sénateur Giovanni
Pellegrini, ils entendirent
des témoins, prirent connaissance des documents et
présentèrent un
rapport de 326 pages en 2000.[17] Les anciens communistes conclurent
que pendant la Guerre froide, l'armée secrète Gladio
avait, avec la
CIA, les services secrets militaires et certains néofascistes
italiens,
combattu les communistes et les socialistes italiens de peur de trahir
l'OTAN « de l'intérieur. » Le rapport
expliquait que « ces massacres,
ces bombes, ces opérations militaires avaient été
organisés, promus, ou
soutenus par des hommes à l'intérieur des institutions
italiennes, et
comme cela a été découvert plus récemment,
par
des gens liés aux structures de renseignement des
États-Unis. »[18]
D'après les importantes découvertes du
Sénat italien, la stratégie
de la tension avait donc été mise en oeuvre par des
membres appartenant
aussi bien aux communautés de sécurité nationale
italiennes
qu'américaines, dont la CIA et le SISMI, qui avaient
établi des liens
avec des extrémistes pour poser les bombes. Le
Général Giandelio
Maletti,
ancien chef des services de contre-espionnage italiens, l'a
confirmé en
mars 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du
11 septembre 2001.
Lors d'un procès contre des membres
d'extrême droite accusés d'être
impliqués dans le massacre en 1969 de Piazza FOntana à
Milan, le
Général Maletti a déclaré :
« La CIA, appliquant les directives de son
gouvernement, voulait créer un nationalisme italien capable de
stopper
ce qu'elle voyait comme un glissement à gauche, et
pour cette raison, elle peut avoir utilisé le terrorisme
d'extrême
droite... L'impression générale était que les
Américains étaient prêts
à tout pour arrêter le glissement de l'Italie à
gauche. » Et il a
ajouté : « N'oubliez pas que Nixon était
au pouvoir et que c'était un
homme étrange, un politicien très intelligent, mais aussi
quelqu'un
qui prenait des initiatives peu orthodoxes. »[19]
[...]
La réponse de l'OTAN
En révélant que l'OTAN coordonnait le
réseau international secret
dont Gladio était seulement l'une des branches, Andreotti avait
mis une
grosse pression sur le quartier général de l'OTAN en
Belgique. Mes
recherches ultérieures ont confirmé que des armées
secrètes Stay-Behind
ont existé dans tous les pays d'Europe de l'Ouest,
opérant sous
différents noms de code : au
Danemark «Absalon », en Allemagne «TD
BDJ », en Grèce « LOK », au
Luxembourg «Stay-Behind », aux
Pays-Bas «I&O », en
Norvège «ROC, » au
Portugal «Aginter, » en
Suisse «P26, » en
Turquie «Counter-Guerrilla» et en
Autriche «OWSGV. »[20]
L'OTAN, la plus grande alliance militaire au monde,
réagit de
manière confuse aux révélations sur ce
réseau secret, en diffusant deux
commentaires contradictoires. Le 5 novembre 1990, après presque
un mois
de silence, l'OTAN nia catégoriquement les allégations
d'Andreotti au
sujet de l'implication de l'OTAN dans l'opération Gladio et ses
armées secrètes. Jean Marcotta, porte-parole
sénior de l'OTAN, déclara
depuis le quartier général de l'OTAN à Mons en
Belgique, que « l'OTAN
n'a jamais considéré la guérilla ou les
opérations clandestines ; elle
s'est toujours occupée d'affaires militaires et de la
défense des
frontières alliées. »[19] Pourtant, le 6
novembre
1990, un autre porte-parole de l'OTAN expliqua que le démenti de
l'OTAN
formulé les jours précédents était faux.
Par la suite, l'OTAN se
contenta d'un court communiqué à l'adresse des
journalistes, expliquant
que l'OTAN ne faisait pas de commentaires sur des affaires relevant du
secret militaire et que Marcotta n'aurait rien dû dire du
tout.[21]
[...]
Afin de clarifier la position de l'OTAN, j'ai
appelé leur Bureau de
la Sécurité où Isabelle Jacob m'a informé
qu'il était peu probable que
quiconque réponde à des questions sensibles sur Gladio,
et m'a
conseillé de coucher par écrit ces questions et de les
leur faire
parvenir par mon ambassade. La mission suisse de l'OTAN à
Bruxelles fit
alors
suivre mes questions sur Gladio à l'OTAN, l'une d'elles
étant :
« Pourquoi le porte-parole sénior de l'OTAN,
Marcotta, a-t-il démenti
catégoriquement le 5 novembre 1990 toute connexion entre l'OTAN
et
Gladio, tandis que le 7 novembre, un autre porte-parole de l'OTAN
affirmait que la déclaration formulée par Marcotta deux
jours
auparavant était fausse ? »
En mai 2001, le chef du service de presse et des
services médias de
l'OTAN, Lee McClenny, se fendit d'un simple démenti :
« Je ne suis pas
au courant qu'un lien quelconque entre l'OTAN et l'Opération
Gladio'.
De plus, je ne trouve aucun document indiquant que quelqu'un du nom de
Jean Marcotta ait été un porte-parole de
l'OTAN. »[22]
Mais en coulisses, l'OTAN fut forcée de
communiquer plus
ouvertement sur cette affaire sensible de Gladio, comme le
révèlent
d'autres sources. Après la débâcle des
communiqués publics, le
secrétaire général de l'OTAN, Manfred Wörner,
briefa à huis clos les
différents ambassadeurs de l'OTAN sur Stay-Behind, le 7 novembre
1990.
Un
article paru dans la presse espagnole, commentait ce briefing :
« Le
SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) qui est l'organe
dirigeant de l'appareil militaire de l'OTAN, a coordonné les
actions de
Gladio, d'après les révélations du
Secrétaire général Manfred Wörner
lors d'une réunion avec les ambassadeurs de l'OTAN
des 16 nations alliées. »
[...]
En France
[...] Les révélations du premier ministre
italien Giulio Andreotti
prirent par surprise François Mittérrand, le
président socialiste
français de 1981 à 1995. Alors qu'il était
interrogé par la presse
française en 1990, Mitterrand tenta de se distancier de
l'affaire des
armées secrètes en France, affirmant qu'elles avaient
été dissoutes
depuis longtemps.
Il a notamment déclaré : « Lorsque je
suis arrivé, il n'y avait plus
grand-chose à dissoudre. Juste quelques vestiges, dont j'ai
appris
l'existence avec étonnement, car tout le monde avait
oublié de m'en
parler. »[23]
Mais le premier ministre italien Andreotti ne parut pas
apprécier
particulièrement la manière dont la Grande Nation
essayait de minimiser
son rôle dans le complot Stay-Behind. Il déclara sans
ambages à la
presse que l'armée secrète en France, loin d'avoir
été dissoute depuis
longtemps, avait récemment — le 24 octobre 1990 — envoyé
des
représentants à une réunion secrète au
comité d'Allied Clandestine
Committee (ACC) de l'OTAN sur Stay-Behind à Bruxelles. Lorsque
ces
allégations furent confirmées, cela créa un
embarras certain à Paris.
Mitterrand se refusa alors à tout commentaire.
Un officier de la CIA à la retraite, Edward
Barnes, qui avait
travaillé en France durant la IVe république avant de
quitter le pays
en 1956, voulut apporter plus de précisions. Barnes expliqua
qu'alors
que la menace d'un parti communiste fort persistait en France, les
services secrets militaires (SDECE, pour Service de Documentation
extérieure
et de Contre-Espionnage), sous la direction d'Henri Alexis
Ribière, mit
sur pied une armée secrète anticommuniste.
« Il y avait probablement
beaucoup de Français qui voulaient être prêts si
quelque chose se
produisait, » indiqua Barnes. Se rappelant son propre
travail en
France, il expliqua que l'invasion soviétique était la
première
raison d'être de l'armée secrète française,
mais que la promotion
d'activités politiques anticommunistes dans le pays
« pourrait avoir
constitué une deuxième motivation. »[24]
Actions terroristes en Algérie
Au début des années 1960, une grande
partie de l'armée française et
des services secrets commencèrent à désapprouver
fortement l'intention
du président Charles de Gaulle de permettre à
l'Algérie, une ancienne
colonie, de devenir indépendante. L'armée secrète,
percevant De Gaulle
comme un ennemi, s'engagea d'évidence dans des opérations
de stratégie de la tension contre ce projet.
Certaines »actions
terroristes » contre De Gaulle et son plan de paix pour
l'Algérie
furent menées par des groupes qui incluaient »un
nombre limité
d'individus » du réseau Stay-Behind français,
comme l'admit en 1990
l'amiral Pierre Lacoste, ex-directeur des services de
renseignements français (DGSE, ancien SDECE). Lacoste, qui a
démissionné en 1985 après que la DGSE eut fait
exploser le Rainbow
Warrior, le navire de Greenpeace alors que celui-ci protestait contre
les essais nucléaires dans le Pacifique, a déclaré
que malgré ses liens
avec le terrorisme, le programme Stay-Behind en France était
justifié
par les
éventuels plans d'invasion soviétique.[25]
Un des promoteurs des techniques de terreur de la
stratégie de la
tension était Yves Guerin-Serac, un militant catholique
anticommuniste.
C'était un spécialiste de la guerre de l'ombre, il avait
servi en
Corée, au Vietnam et (en tant que membre de la 11e demi-brigade
parachutiste de choc), pendant la guerre d'Algérie.
L'écrivain et
spécialiste
des services secrets français, Roger Faligot, appelait cette
unité « le
fer de lance de la guerre clandestine en Algérie entre 1954 et
1962. »[43] En 1954, environ 300 hommes appartenant à
cette unité
spéciale avaient débarqué en Algérie. La
plupart avaient une grande
expérience des opérations secrètes et de la
guérilla, puisqu'ils
arrivaient directement du Vietnam après que la défaite de
la France
lors de la bataille de Diên Biên Phu ait mis fin aux
velléités de la
France de recoloniser ce pays. La mission de Serac et de ses
collègues
était parfaitement claire : abattre le Front le
Libération algérien
(FLN) en Afrique du Nord par tous les moyens, après les
humiliantes
défaites de la Seconde Guerre mondiale et du Vietnam. Ces
efforts
incluaient l'appel à des opérations de stratégie
de la tension visant à
discréditer le mouvement de libération algérien.
Après la défaite de la France et la
déclaration d'indépendance de
l'Algérie en 1962, la guerre secrète ne prit pas fin pour
Guerin-Serac,
qui tout comme un certain nombre d'autres officiers, se sentaient
trahis par le gouvernement français et décidèrent
de continuer leur
guerre secrète.
Serac savait exactement comment mener des
opérations de stratégie
de la tension pour discréditer les communistes et les membres
des
mouvements de libération tout autour du globe. Dans un texte de
novembre 1969, « Notre activité
politique », Serac et d'autres
officiers soulignèrent le fait qu'ils avaient dû infiltrer
l'ennemi, et
perpétrer des atrocités en son nom. Ils
écrivaient : « La première
phase de notre activité politique consiste à créer
le chaos dans toutes
les structures du régime... La destruction de l'État
démocratique doit
s'opérer autant que possible sous couvert d'activités
communistes et
prochinoises... De plus, nous avons des gens infiltrés dans ces
groupes et évidemment, nous devons adapter nos actions à
l'esprit de ce
milieu — par la propagande et des actions d'un genre qui semble
émaner
de nos adversaires communistes... Cela créera un sentiment
d'hostilité
envers ceux qui menacent la sécurité dans chacun de ces
pays, et nous
devons en même temps nous dresser comme les défenseurs
des citoyens contre la désintégration qu'apportent le
terrorisme et la
subversion. »[26]
Le juge italien Guido Salvini, qui a
enquêté sur la stratégie de la
tension, a montré que Serac avait effectivement mené
à bien ses plans
de stratégie de la tension. Il écrivit :
« En 1975, le groupe
Guerin-Serac, avec l'Américain Salby et des militants
d'extrême droite
français, italiens et espagnols, organisèrent une
série d'attentats à
la bombe... Les bombes visaient les ambassades algériennes dans
différents pays, la France, l'Allemagne, l'Italie et la
Grande-Bretagne... En réalité, ces attentats
étaient l'oeuvre du groupe
de Guerin-Serac, qui montrait par là ses grandes facultés
de camouflage
et d'infiltration... La bombe posée devant l'ambassade
algérienne à
Frankfort n'explosa
pas, et fut méticuleusement analysée par la police
allemande... Il faut
noter la particulière complexité de fabrication de cette
bombe. Elle
contenait du C4, un explosif utilisé exclusivement par les
forces US
qui n'a jamais été utilisé dans aucun attentat par
des
anarchistes. »[27]
Notes
1. Hugh O'Shaughnessy, « Gladio :
Europe's Best Kept Secret », The Observer, 7 juin
1992.
2. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991
3. Cité dans « Sénat de la
République italienne : Commission
d'enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les
causes
de l'échec dans l'arrestation des responsables des
tragédies : le
terrorisme, les tragédies et le contexte politico-historique. »
(Rome :
rédigé
par le président de la
Commission, le sénateur Giovanni Pellegrin, 1995), p 261.
4. Sénat de la république, p 157.
5. Sénat de la république, p 220.
6. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991
7. Observer, 18 novembre 1990.
8. Mario Coglitore, ed., La Notte dei Gladiatori.
Omissioni e silenzi della Repubblica (Padoue, 1992) p 131.
9. Reuters, 12 novembre 1990.
10. Franco Ferraresi, « A Secret Structure
Codenamed Gladio », Italian Politics : A Review,
1992 :
p. 30. Ferraresi cite directement le document qu'Andreotti
a remis à la Commission parlementaire. Le quotidien italien L'Unità
l'a publié dans une édition
spéciale du 14 novembre 1990. Il figure
également dans le livre de Jean Francois Brozzu-Gentile, L'affaire
Gladio (Paris : Editions Albin Michel, 1994).
11. Dans le magazine politique italien, Europeo,
16
novembre
1990.
Miceli a effectivement été condamné
à une peine de
prison dans les années 1970 et a passé 6 mois dans un
hôpital
militaire. En 1974, le magistrat enquêteur, Giovanni Tamburino,
au
cours de ses investigations sur le terrorisme d'extrême droite en
Italie, avait pris
l'initiative inédite d'arrêter le général
Miceli en l'accusant d'avoir
« promu, mis en oeuvre et organisé, avec d'autres,
une association
secrète mêlant militaires et civiles et visant à
provoquer une
insurrection armée afin d'amener des modifications
illégales de la
Constitution de l'État et à la forme de
gouvernement. » (Voir aussi le
magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991).
Lors de son procès en novembre 1974, Miceli, auparavant
responsable du
Bureau de sécurité de l'OTAN, confirma avec
nervosité qu'une unité
spéciale avait bien existé au sein des services secrets
militaires, le
SID, mais que ce n'était pas lui qu'il fallait
blâmer : ''Un
super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l'ai
pas moi-même
organisé pour faire un coup d'État. C'étaient les
États-Unis et l'OTAN
qui m'ont demandé de le faire ! » (Voir aussi
Brozzu-Gentile, p. 105.)
C'était vers la fin de sa carrière dans les services
secrets militaires
italiens. Après avoir purgé sa peine de
prison, il devint parlementaire en 1976 et bénéficia pour
le restant de
sa vie de l'immunité parlementaire en tant que
député fasciste du
Movimento Sociale Italiano (MSI). Réélu par deux fois, il
démissionna
en 1987 à cause d'une maladie et mourut trois ans plus tard.
12. Washington Post, 14 novembre 1990. Le seul
autre article du Post
qui comporte le mot-clef «Gladio» fut
publié le 8 août 1993. La
comparaison avec les 39 articles sur Gladio parus dans le journal
britannique Guardian montre bien la pauvreté de la
couverture médiatique de Gladio aux
États-Unis.
13. Philip P. Willan, Puppetmasters : The
Political Use of Terrorism in Italy (Londres : Constable,
1991) p. 28.
14. Independent, 1er décembre 1990.
15. Jonathan Kwitny, »The CIA's Secret Armies
in Europe, » Nation, 6 avril 1992 : p. 445.
16. Sénat de la République
italienne : Commission d'enquête
parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de
l'échec
dans l'arrestation des responsables des tragédies :
tragédies et
terrorisme dans l'Italie de l'après-guerre à 1974.
Rapport du Groupe démocratique de gauche, l'Ulivo (Rome, juin
2000).
Cité dans « Le rapport de l'an 2000 du Sénat
italien sur Gladio et les massacres. »
17. Cité dans Philip
Willan : «US 'Supported Anti-left Terror in
Italy.' Le rapport affirme que Washington a utilisé la
stratégie de la
tension durant la Guerre froide pour stabiliser le Centre-Droit, Guardian,
24
juin
2000.
18. Philip Willan, «Terrorists 'Helped by
CIA' to Stop Rise of Left
in Italy, » Guardian, 26 mars 2001. Willan, un expert des
actions
secrètes américaines en Italie, a publié le
remarquable ouvrage Puppetmasters.
19. Voir Daniele Ganser, «Les
armées secrètes de l'OTAN », Demi-Lune,
2007.
20. European, 9 novembre 1990. Il semble que
le
représentant de l'OTAN qui a émis ce correctif soit
Robert Stratford.
Cf. Regine Igel, Andreotti : Politik zwischen Geheimdienst und
Mafia (Munich : Herbig Verlag, 1997) p. 343.
21. Lettre de Lee McClenny, resp. des relations presse
de l'OTAN, à l'auteur, datée du 2 mai 2001.
22. Cité dans Brozzu-Gentile, p. 141.
Également par Associated Press, p. 13, novembre 1990.
23. Kwitny, «The CIA's Secret Armies in
Europe », pp. 446, 447.
24. Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine :
Les Services Secrets Français 1944—1984 (Paris :
Editions du Seuil, 1985), p. 165.
25. Cité dans Stuart Christie, Stefano
Delle Chiaie
(Londres : Anarchy Publications, 1984) p. 32. Ce document aurait
été
trouvé dans l'ancien bureau de Guerin-Serac après la
révolution
portugaise de 1974.
26. Commission d'enquête parlementaire sur
le terrorisme en
Italie et sur les causes de l'échec dans l'arrestation des
responsables
des tragédies. 9e session, 12 février 1997
(www.senato.it/parlam/bicam/terror/stenografici/steno9.htm).
( Traduction GV pour IlFattoQuotidiano.fr)

Cuba
Rencontre de Fidel avec les Cinq
- Réflexions du camarade Fidel
Castro -
Le 28 février, le
leader cubain a reçu les
cinq combattants antiterroristes et s'est entretenu avec eux sur les
années d'injustice qu'ils ont subie. Voici une réflexion
du camarade Fidel suite à la rencontre.
* * *
Je les ai reçus le
samedi 28 février, 73
jours après qu'ils aient foulé le sol cubain. Trois
d'entre eux avaient passé 16 longues années de leur plus
belle jeunesse à respirer l'air humide, malodorant et
répugnant des sous-sols d'une prison yankee, après avoir
été condamnés par des juges vénaux. Deux
autres, qui tentaient également d'empêcher les
plans criminels de l'empire contre leur Patrie, furent aussi
condamnés à plusieurs années d'un emprisonnement
cruel.
Les organismes chargés de l'enquête
eux-mêmes, au mépris du plus élémentaire
sens de la justice, participèrent à cette inhumaine
chasse à l'homme.
Les services de renseignement cubains n'avaient
absolument pas besoin de suivre les mouvements d'un seul engin
militaire des États-Unis, parce qu'ils pouvaient observer,
depuis l'espace, tout ce qui bougeait sur notre planète à
travers la Base d'exploration radio-électronique
« Lourdes », au sud de la capitale de Cuba. Ce
centre
était capable de détecter tout objet qui aurait
bougé à des milliers de milles de notre pays.
Les Cinq Héros antiterroristes, qui n'ont jamais
fait de tort aux États-Unis, tentaient de prévenir et
d'empêcher les actes terroristes contre notre peuple,
organisés par les services de renseignement
nord-américains, que l'opinion mondiale connaît
parfaitement.
Aucun des Cinq Héros n'a effectué ses
missions en quête d'applaudissements, de prix ou de gloire. Ils
ont reçu leurs titres honorifiques parce qu'ils ne les ont pas
cherchés. Eux, leurs épouses, leurs parents, leurs
enfants, leurs frères et leurs concitoyens, nous avons tous le
droit légitime d'en être fiers.
En juillet 1953, lorsque
nous avons attaqué la
Moncada, j'avais 26 ans et beaucoup moins d'expérience que celle
dont ils ont fait preuve. S'ils étaient aux États-Unis,
ce n'était pas pour porter préjudice à ce pays ou
pour se venger des crimes qui y étaient organisés et
d'où l'on fournissait des explosifs contre notre pays. Tenter
d'empêcher ces
actions était parfaitement légitime.
Le plus important pour eux à leur arrivée
était de saluer les membres de leur famille, leurs amis et le
peuple, sans négliger une minute leur santé et le
rigoureux contrôle médical.
J'ai été heureux pendant des heures, hier.
J'ai écouté des récits merveilleux
d'héroïsme du groupe dirigé par Gerardo, et
secondé par tous, y compris le peintre et poète, que j'ai
connu alors qu'il construisait l'un de ses ouvrages à
l'aéroport de Santiago de Cuba. Et les épouses ? Les
fils et les filles ? Les soeurs et les mères ?
Ne va-t-il pas les recevoir aussi ? Car il faut aussi fêter
le retour et la joie avec la famille !
Hier, dans l'immédiat, je tenais à
échanger des idées avec les Cinq Héros. Pendant 5
heures, ce fut le sujet. Je dispose depuis hier, heureusement, de
suffisamment de temps pour leur demander d'investir une partie de leur
immense prestige dans quelque chose qui sera extrêmement utile
à notre peuple.
Fidel Castro Ruz
Le 1er mars 2015
22h12

Au sujet des pourparlers pour rétablir les
relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis
- Alejandro Gomez, Granma International -
La deuxième ronde de discussions face à
face entre les diplomates de Cuba et des États-Unis a pris fin
le 27 février, et des progrès ont été
accomplis dans la mise en oeuvre des mesures annoncées par les
présidents Raul Castro et Barack Obama le 17 décembre
2014.
La réunion s'est tenue au département
d'État de la capitale des États-Unis avec l'objectif
d'ouvrir la voie au rétablissement des relations et à
l'ouverture d'ambassades, et elle s'est déroulée dans
« une ambiance respectueuse et professionnelle »,
selon Josefina Vidal, directrice générale pour les
États-Unis du ministère des Relations
étrangères (MINREX) et chef de la
délégation cubaine.
« Nous avons eu une bonne rencontre et avons
fait des progrès. »
Roberta Jacobson, secrétaire adjointe
d'État pour les Affaires de l'Hémisphère
occidental et hôte au nom des États-Unis, a dit que selon
elle les réunions ont permis « le genre
d'échanges constructifs nous permettant d'avancer vers une
relation diplomatique plus productive ».
« Ce fut une conversation ouverte,
honnête, présentant parfois des défis, mais
toujours respectueuse, où nous avons abordé les demandes
mises de l'avant par chacune des parties de même que les
divergences que nous avons identifiées lors de notre discussion
initiale à la Havane il y a un mois, et nous avons accompli des
progrès
significatifs en vue de leur résolution », a-t-elle
ajouté.
Des obstacles sur la voie qui mène à
des progrès
La délégation cubaine a
réitéré dans ses échanges l'importance de
trouver une solution à un ensemble de questions afin de
créer un contexte approprié aux dernières
étapes du rétablissement des relations diplomatiques.
Vidal a mentionné plus spécifiquement le
fait de retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme
international et la nécessité de prévoir des
services financiers pour la mission cubaine à Washington, qui ne
bénéficie d'aucun service bancaire depuis plus d'un an.
Pour ce qui est de la première question, la
diplomate cubaine a expliqué qu'il ne s'agit pas d'une
précondition, mais que c'est une question qui doit être
résolue au cours du processus menant au rétablissement
des relations diplomatiques.
« Pour nous, il serait difficile d'expliquer
comment les liens ont pu être rétablis alors que Cuba
figure toujours sur la liste, où selon nous elle n'aurait jamais
dû se retrouver », a-t-elle ajouté.
« C'est une question de s'ajuster à la
réalité et de rendre justice. »

Josefina Vidal
(centre) et la délégation cubaine
|
« D'un point de vue moral et éthique,
il est très important d'aborder cette question, afin que le
rétablissement des relations soit le début d'une
véritable nouvelle phase dans les relations entre Cuba et les
États-Unis, selon des conditions différentes et sur un
fondement solide, qui représente vraiment un changement
qualitatif dans le genre
de relations dont nous avons discuté au cours de ces derniers
jours », a-t-elle dit.
Pour sa part, la représentante des
États-Unis a expliqué que le département
d'État juge que le rétablissement des liens diplomatiques
et une révision de la liste qui a été
dressée unilatéralement sont deux questions distinctes.
« Nous comprenons et j'ai appr
écié le fait que pour la délégation cubaine
cette question soit prioritaire. Nous jugeons qu'il est important de
terminer notre examen de la question, qui est toujours en cours, et
nous croyons depuis le début que nous devons le faire le plus
rapidement possible », a affirmé Jacobson.
Pour ce qui est des services bancaires, elle a
ajouté que des diplomates étasuniens ont cherché
à résoudre ce problème même avant les
annonces du 17 décembre. Ils n'ont cependant pas encore
trouvé de solution.
Jeter de nouveaux ponts
Les deux parties ont expliqué que la
réunion a compris un échange d'information au sujet des
visites bilatérales et des réunions techniques devant
avoir lieu dans les semaines qui viennent sur des sujets comme
l'aviation civile, le trafic humain, les
télécommunications, la prévention de la fraude
liée à l'immigration et les changements à la
réglementation qui modifient l'application du blocus.
Jacobson a dit que l'ordre du jour des semaines et des
mois qui viennent est un signe de l'esprit d'échange et une
expression « du dynamisme et du mouvement qui existent dans
la relation ».
La chef de la délégation cubaine a
expliqué que la gamme de questions ayant été
abordée sur le plan technique depuis près de trois ans va
s'élargir.
« Nous aurons des réunions qui seront
une première », a-t-elle dit, un échange, par
exemple, de niveau officiel sur l'information et les
télécommunications entre les représentants du
département d'État et les agences du gouvernement cubain.
Elle a aussi dit que pour la première fois, la
question de la protection des zones de protection marine sera
abordée par les experts, cette question étant des plus
importantes pour les deux parties en raison de l'intérêt
commun pour les questions de conservation environnementale.
Vidal a confirmé que les opinions des deux
parties en matière de droits humains seront abordées.
« Cuba a déjà proposé en juillet
dernier au gouvernement des États-Unis d'entreprendre une
conversation civilisée, respectueuse et
réciproque » sur le sujet, a-t-elle rappelé.
Jacobson a elle aussi soulevé l'importance du
dialogue sur cette question, qu'elle a qualifiée
« d'un des dialogues sans doute les plus difficiles, pleins
de grands défis, mais aussi les plus importants que nous devons
entreprendre ».
La diplomate cubaine a aussi répondu à une
question touchant à la possibilité d'extradition de gens
entre Cuba et les États-Unis.
Elle a expliqué que cette question avait
été discutée à plusieurs reprises dans le
passé. Elle a rappelé que les deux pays avaient conclu un
traité sur le sujet en 1906.
« Après 1959, ce traité
d'extradition a cessé d'être respecté lorsque Cuba
a demandé aux États-Unis d'extrader des membres de la
dictature cubaine
responsables de crimes terribles », a-t-elle dit.
« Ce traité est toujours en vigueur mais n'est pas
fonctionnel ».
Elle a aussi affirmé que le document contenait
une clause qui exemptait les cas d'activité politique.
« Ainsi Cuba, en toute légitimité, a offert
asile politique à un petit groupe de citoyens des
États-Unis, pour la simple raison que nous croyons qu'ils le
méritaient, et la question s'arrête là. L'asile
politique est exclu de ces
discussions », a-t-elle dit.
Les prochaines étapes
Vidal a dit que c'est tout à fait possible que de
bons résultats soient obtenus par les parties, qui permettront
d'accéder aux dermières étapes menant au
rétablissement des relations diplomatiques et à la
fixation d'une date d'ouverture des ambassades.

Roberta Jacobson
|
Dans un point de presse devant la presse cubaine et en
réponse à une question de Granma, elle a
expliqué que la Convention de Vienne n'est pas restrictive quant
à la façon d'établir des liens diplomatiques et
n'est pas compétente quant à l'ouverture immédiate
d'une mission diplomatique.
La représentante cubaine a présenté
les différents scénarios qui existent dans le cas
spécifique de Cuba et des États-Unis, où la
question de la liste des pays soutenant le terrorisme pourrait
influencer le rétablissement des relations, et l'absence de
services bancaires pourrait affecter l'ouverture d'une ambassade.
En ce sens, elle n'a pas complètement
écarté la possibilité que ces deux étapes
ne se réalisent pas de façon simultanée.
Entretemps, Roberta Jacobson a dit souhaiter que les
deux pays puissent obtenir leurs ambassades avant la tenue du Sommet
des Amériques, prévu au début d'avril à
Panama.
« À la lumière de la
coopération que nous avons connue aujourd'hui, c'est avec un
optimisme certain que je pars d'ici », a-t-elle dit,
ajoutant que : « Le sommet se présente comme une
bonne opportunité si nous pouvons terminer nos affaires à
temps ».
La délégation cubaine a
réitéré sa volonté de poursuivre le
dialogue sur la base du respect, de l'égalité souveraine
et de la réciprocité.
Vidal a noté que la date de la prochaine
réunion entre les deux parties n'avait pas été
fixée, mais qu'elles s'étaient tout de même
entendues
pour maintenir une « communication constante »
dans les prochains jours et les prochaines semaines afin de continuer
d'échanger sur les sujets discutés.
Pour sa part, Jacobson a mis en relief l'importance de
ces échanges personnels de haut niveau. « Bien
sûr, nos deux pays ont des sections d'intérêts dans
l'autre pays et nous pourrions communiquer sans des réunions en
face à face. Mais nous avons, lors de ces deux rencontres, je
pense, solidifié l'importance de la diplomatie face à
face. »
« ...quand vous avez tellement d'obstacles
à surmonter et que des différences existent, la
capacité de tenir ce genre de conversations très ouvertes
est quelque chose qui peut jouer un rôle clé »,
a-t-elle dit.
Jacobson a dit avoir été
« impressionnée par le sérieux de la
conversation. J'ai été impressionnée du niveau de
franchise avec laquelle nos deux délégations ont mis
toutes les différences sur la table et
réfléchissent de façon créative à
comment surmonter certaines d'entre elles, sans, en ce qui nous
concerne, compromettre nos
valeurs. »
« La discussion d'aujourd'hui a
été une étape importante dans cette direction.
J'ai hâte de poursuivre mes discussions avec la directrice
générale Vidal », a-t-elle affirmé.
« Nous avons confiance que nous pouvons
établir des relations civilisées de coexistence entre nos
deux pays et que nous pourrons à la fois reconnaître et
respecter nos différences afin d'identifier, en tant que
voisins, les domaines d'intérêt réciproque et
coopérer pour le bienfait de nos pays, de la région et du
monde », a conclu
Vidal.
(Le 4 mars 2015.
Traduction: LML)

28e session du Conseil des droits de
l'homme de l'ONU
Déclaration du ministre cubain
des Affaires
étrangères
Réunion du conseil
des droits de l'homme de l'ONU à Geneve le 2 mars 2015
Déclaration de son
excellence M. Bruno Rodriguez
Parilla, ministre des Affaires étrangères de la
République de Cuba au segment de haut niveau de la 28e session
du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, le 2 mars 2015
Monsieur le président,
Il faudrait laisser s'exprimer dans cette salle les
quelque 842 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le
monde, les quelque 774 millions d'analphabètes adultes et les
quelque 6 millions d'enfants qui meurent chaque année de
maladies évitables qui, à cause de l'existence d'un ordre
international fermé, injuste et inégal, ne font pas
partie de la vision particulière des pays du Nord sur les droits
humains et sur les libertés fondamentales.
Il faudrait laisser
s'exprimer aussi les personnes qui
vivent dans les poches de pauvreté dans le monde
industrialisé, les travailleurs et les étudiants, les
victimes des programmes d'austérité, ceux qui ont perdu
leurs logements, les immigrants qui souffrent de la discrimination et
de la xénophobie, ceux qui souffrent de la répression et
de la
brutalité policière et les enfants et les jeunes qui
n'ont pas de nourriture, de services médicaux et
d'éducation de qualité ».
Les faits nous disent que nous avons besoin d'une
discussion sérieuse, plutôt que de simple
rhétorique politique, sur la perte croissante de
légitimité des systèmes et partis politiques, sur
l'effondrement des systèmes électoraux aux taux
élevés d'abstention qui reposent sur les contributions
financières et la manipulation des médias, et sur la
corruption politique, surtout dans certains pays
développés.
Dans notre pays, plus de deux mille organisations et
associations d'une diversité infinie contribuent activement
à la vie économique, sociale et culturelle. Comme nous
n'avons pas le temps de nous engager dans un débat sur la nature
de la société civile et sa relation avec l'État,
quelque chose qui fait l'objet de beaucoup de manipulation de la
part des élites politiques dans un objectif de cooptation, nous
devrons nous en tenir à l'essentiel, soit, selon nous, la
participation du peuple dans le processus de prise de décision
du gouvernement, et donc dans le gouvernement lui-même, comme l'a
dit Lincoln, telle qu'elle a été mise en oeuvre par la
révolution cubaine.
Le Neuvième
Congrès de la
Fédération des femmes cubaines, les 7 et 8 mars 2014,
affirme son engagement envers le leadership du pays et son
modèle et ses réformes économiques.
Suivant la tradition de consultations populaires qui a
connu son sommet lors d'un référendum appelé pour
approuver la Constitution, laquelle a été adoptée
par une écrasante majorité, notre peuple a
approuvé en 2011 le programme économique et social qui
est maintenant en train d'être appliqué, après une
discussion de masse, la présentation de
400 000 amendements et la modification des deux tiers du texte
original. Plus récemment, un nouveau Code du travail a
été
discuté
selon
le même mécanisme.
Nous avons remarqué, avec grande
inquiétude, que certaines des plus grandes économies
occidentales affichent les taux de syndicalisation les plus bas,
d'à peine entre 8 % et 12 % des travailleurs. Elles
n'ont pas toutes ratifié la Convention n° 87 de
l'Organisation internationale du travail sur la liberté
syndicale et la protection du
droit syndical ou la Convention n° 98 de la même organisation
sur le droit d'organisation et de négociation collective.
C'est un fait bien connu que dans certaines de ces
économies, les lois et la jurisprudence du travail
prévoient des mises à pied de travailleurs dans les cas
de grève légale ; que des lois de l'État
restreignent sérieusement le droit de grève pour de
vastes catégories de travailleurs ; que le droit à
la liberté d'association et de libre
négociation est restreint dans les universités
privées. C'est aussi un fait bien connu qu'il existe des lois
qui interdisent la négociation de conventions collectives dans
le secteur public là où se retrouvent les associations
regroupant les travailleurs les plus mal payés ; et que des
décisions sont prises par des tribunaux qui violent le droit
d'association et empêchent le versement de paiements de
compensation pour les travailleurs qui ont été mis
à pied illégalement.
Dans notre pays, presque tous les travailleurs, y
compris ceux qui travaillent dans de petites entreprises
privées, sont syndiqués et protégés par une
convention collective. On trouve des représentants syndicaux au
Conseil des ministres et dans les organes ministériels et
commerciaux. En 1938, le mouvement ouvrier cubain a réussi
à mettre sur
pied une Centrale des travailleurs unitaire qui comprend aujourd'hui 17
syndicats différents et des milliers d'autres organisations
à la base.
Je voudrais suggérer au Conseil des droits de
l'homme qu'il tienne des discussions et étende la
coopération internationale sur ces questions.
Nous espérons que lors des prochains sommets du
G-7, de l'OTAN, de l'Union européenne, de l'OSCE, du FMI, de la
Banque mondiale, de la Banque centrale européenne et surtout de
la Conférence de Paris sur les changements climatiques, on fera
une place importante à la société civile et
sollicitera ses contributions ; que son droit de
manifester sera garanti et qu'aucune barrière physique ni
répression policière ne lui seront imposées comme
ce fut souvent le cas jusqu'à maintenant.
On ferait bien aussi de faire une place bien
méritée dans ces événements au Mouvement
des indignés et à Occupy Wall Street.
La République de Cuba a aussi de grandes
préoccupations et elle est disposée à
débattre et à coopérer en ce qui concerne la
démocratisation de l'information et du cyberespace. Le fait que
65 % de l'information qui circule sur la planète soit
contrôlé par sept gigantesques corporations privées
est alarmant. Les pays du Sud n'ont
pratiquement aucune participation à l'élaboration de
contenus. Les discussions sur la gouvernance d'Internet n'ont pas eu de
résultats concrets en ce qui concerne sa démocratisation.
On devrait interdire la prise de mesures coercitives
unilatérales dans le domaine de l'information, des
télécommunications et de l'informatique.
Il devient indispensable de prendre des mesures
efficaces et urgentes pour empêcher la militarisation du
cyberespace et la réalisation d'attaques informatiques utilisant
de façon illégale et cachée les systèmes
d'un pays tiers. La suggestion qu'on devrait répondre aux
cyberattaques en faisant usage des armes conventionnelles n'est pas
acceptable
parce que cela mettrait en péril la paix et la
sécurité internationales.
Les changements dans les doctrines de défense et
de sécurité nationales de certains États et de
l'OTAN, où l'accent est mis sur les guerres non conventionnelles
ou soi-disant guerres de quatrième génération, qui
ont été mis en application dans des conflits
récents du Moyen-Orient à l'Europe, ont mené
à la destruction d'États et de nations,
sérieusement mis à risque la paix et la
sécurité régionales et internationales et
miné les efforts qui sont faits pour combattre le terrorisme
dans toutes ses formes et manifestations.
La tendance à utiliser le Conseil des droits de
l'homme pour mettre de nouveaux conflits à l'ordre du jour du
Conseil de sécurité et entreprendre des procédures
judiciaires à la Cour pénale internationale dans le but
de réaliser des objectifs politiques et militaires est quelque
chose de très sérieux et de dangereux.
Monsieur le président,
Nous appuyons le droit inaliénable du peuple
Palestinien à son propre État, avec les frontières
d'avant 1967 et ayant Jérusalem Est pour capitale.
L'Assemblée générale des Nations unies devrait
agir avec détermination et garantir, sans plus tarder, la pleine
adhésion de la Palestine. La fourniture d'armes et le veto au
Conseil de sécurité qui
assurent l'impunité des crimes commis par Israël, en
particulier à Gaza, devraient cesser.
 
Rassemblement
à
La
Havane, 14 janvier 2009. Sur
la pancarte de droite : Israël, hors de Gaza !
Nous réitérons notre ferme condamnation
des sanctions inacceptables et injustifiables imposées contre la
nation soeur du Venezuela et l'ingérence étrangère
continue ayant pour but d'y créer un climat
d'instabilité. Nous affirmons notre soutien le plus ferme
à la Révolution bolivarienne et au gouvernement
légitime dirigé par le Président Nicolás
Maduro Moros.
Monsieur le Président :
Cuba confirme son engagement à une
véritable coopération internationale basée sur
l'indivisibilité des droits humains, la non
sélectivité et la non politisation. Nous confirmons
également notre engagement à la lutte pour
l'établissement d'un ordre mondial plus juste,
démocratique et équitable qui enlèverait les
obstacles qui entravent tous les
efforts nationaux qui sont faits pour garantir l'exercice de tous les
droits humains.
Nous maintenons un haut niveau de coopération et
d'interaction avec les procédures et mécanismes des
Nations unies lorsqu'il s'agit des droits humains universels et un
dialogue positif avec les organes créés en vertu des
traités internationaux.
C'est dans cet esprit que nous lançons une
invitation au président du Comité international de la
Croix-Rouge et au Rapporteur sur la traite des personnes à
visiter notre pays.
Nous avons aussi conclu une entente avec le Haut
représentant de l'Union européenne pour les Affaires
étrangères et les politiques de sécurité,
pour reprendre le dialogue bilatéral de haut niveau et nous
continuerons de nous engager, sur la base de notre entente commune de
réciprocité, d'égalité souveraine, de
respect mutuel, de non-ingérence
dans les affaires internes des États et de respect pour les
systèmes légaux des parties impliquées, dans la
négociation d'une entente de coopération entre l'Union
européenne et Cuba.
Conscients du fait que nous avons des divergences
profondes avec le gouvernement des États-Unis en matière
de systèmes politiques, de démocratie, de droits humains
et de droit international, et avec la ferme conviction que les deux
pays sont capables d'établir une relation civilisée, en
dépit de ces différences, nous avons
suggéré en juillet de
l'année dernière, de tenir un dialogue bilatéral
mutuel respectueux sur la base de la réciprocité. Il y a
quelque jours, le Département d'État a annoncé
qu'il acceptait et ce dialogue sera initié dans les prochaines
semaines.
Cuba participera à ce dialogue dans un esprit
constructif, profondément attaché à ses
convictions, prêt à s'engager dans une coopération
internationale, et il adoptera une attitude respectueuse et
transparente en exprimant ses sérieuses préoccupations au
sujet de ce qui se passe aux États-Unis pour ce qui est des
droits humains.
Cuba croit que le blocus,
économique, commercial
et financier imposé contre lui est une violation flagrante,
massive et systématique des droits humains de tous les Cubains.
Il continuera de soulever cette question, tant qu'elle
existera, au Conseil et à l'Assemblée
générales des Nations unies, par la présentation
de la résolution correspondante. En exprimant aux nations
représentées ici notre profonde gratitude pour leur appui
continu, je vous demande également de renouveler ce même
appui par votre vote et votre
participation dans les sessions qui auront lieu l'automne prochain.
Le gouvernement cubain apprécie la
déclaration faite par le président Barack Obama lorsqu'il
a admis que le blocus était néfaste pour le peuple et
exprimé sa bonne volonté de travailler avec le
Congrès de son pays pour y mettre fin.
Je suis reconnaissant des déclarations
spéciales importantes et opportunes adoptées au Sommet de
la Communauté d'États latino-américains et
Caraïbes et au Sommet de l'Union africaine qui ont eu lieu
à la fin de janvier cette année, qui demandent la
levée du blocus et que le président des États-Unis
ait recours à ses vastes pouvoirs exécutifs
pour modifier substantiellement son application avec le but de
l'éliminer.
Monsieur le Président,
L'Examen périodique universel a été
validé en tant que mécanisme utile pour appuyer la
coopération internationale. Nous ne devrions pas permettre la
réintégration des pratiques comme la persécution
politique contre les pays du Sud qui vise à porter atteinte
à leurs droits souverains, alors que les crimes et les tortures
qui étaient commis à Abou
Ghraib et à la base navale de Gantanamo, un territoire qui a
été arraché à mon pays, étaient
passés sous silence, ce qui a discrédité et
causé l'implosion de l'ancienne Commission des droits de l'homme.
Monsieur le Président,
En dépit de ses déficiences et
difficultés, Cuba a partagé et continuera de partager ses
accomplissements et son expérience avec d'autres nations, avec
lesquelles nous avons fait une contribution altruiste à
l'exercice par les autres peuples du monde de leurs droits humains.
À cet égard,
grâce au projet de
coopération connu sous le nom d'« Opération
miracle », 3,4 millions de personnes de 34 pays ont eu
accès à une chirurgie de l'oeil gratuite. De plus, 9
millions de personnes ont déjà suivi le programme
d'alphabétisation « Oui, je peux », et
1,113 million de personnes ont suivi le
programme de suivi « Oui, je peux continuer ».
Aujourd'hui, plus de 51 000
travailleurs
coopérants de la santé offrent leurs services dans 67
pays du monde.
Nous continuerons d'offrir notre coopération dans
la lutte contre le virus Ebola en Afrique. Plus de 250 volontaires et
travailleurs coopérants spécialistes de la santé
de la brigade médicale « Henri Reeve »
prennent part à cette lutte dans les régions les plus
touchées. Quatre mille autres travailleurs coopérants de
la santé participent
au programme de prévention qui est implanté dans 32 pays
africains.
Monsieur le Président :
La Révolution cubaine continuera de
défendre, inlassablement et avec la même
détermination, les causes justes, sachant que la patrie, c'est
l'humanité.
À l'occasion du soixante-dixième
anniversaire des Nations unies, les principes et les objectifs qui ont
été enchâssés dans la Charte et ont
appuyé sa création sont plus valides que jamais. Comme
l'a récemment déclaré le président
Raúl Castro Ruz :« Nous ne renoncerons jamais
à nos idéaux d'indépendance et de justice sociale,
n'abandonnerons jamais un seul de nos principes ni ne céderons
un millimètre dans la défense de notre
souveraineté nationale. Nous n'accepterons aucune pression au
sujet de nos affaires intérieures. Nous avons gagné ce
droit souverain par de grands sacrifices et au prix de grands
risques. »
Merci beaucoup.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca
|