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Des gens de différentes nationalités ont péri en grand nombre. Il est estimé que des dizaines de millions sont morts. Mais le triomphe du nazisme allemand a été de courte durée. Ces jours sont inscrits dans les mémoires comme les événements les plus terribles de l'histoire européenne. Les camps de la mort couvraient l'Europe centrale et orientale comme des plaies de la peste bubonique. Selon les données officielles du ministère allemand de l'Intérieur, le régime fasciste a construit 1 634 camps de concentration. En outre, il y a eu beaucoup d'autres camps créés pour résoudre le problème de la solution finale des personnes de « deuxième rang » ou « des races inférieures ». Situé à 70 km de Cracovie, Auschwitz fut le plus grand complexe (d'une superficie de près de 40 km2) de camps de concentration et d'extermination construit et opéré par l'Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre. Il se composait d'Auschwitz I (le camp principal), d'Auschwitz II-Birkenau (un camp de concentration et d'extermination), d'Auschwitz III-Monowitz (le plus grand sous-camp d'Auschwitz) et de camps satellites. Les premiers prisonniers sont arrivés en juin 1940. Il y avait plus de 100 000 détenus en 1944. Le camp a été un lieu d'extermination de masse des peuples, surtout des Juifs. Il y avait des déportés de Pologne, d'URSS, d'Autriche, de Belgique, de Tchécoslovaquie, du Danemark, de France, de Grèce, des Pays-Bas, de Yougoslavie, de Norvège, de Roumanie, d'Italie et de Hongrie. Pendant longtemps, on a cru que le nombre de victimes était d'au moins 1,1 million. En 2010, le Service fédéral de sécurité de la Russie a déclassifié des données qui montrent que plus de 4 millions de déportés ont été tués par les nazis. Il y avait quatre chambres à gaz et fours crématoires et deux chambres à gaz provisoires. Les premiers essais homicides du Zyklon B ont été effectués sur des prisonniers soviétiques et des détenus faibles au printemps de 1942. Au début, les corps étaient enterrés, par la suite ils furent brûlés dans les fours crématoires et des fosses spécialement creusées pour cela. Des déportés ont été utilisés pour des expériences médicales. L'usine de la mort a tué 150 000 déportés par mois. Les fours crématoires et les feux qui brûlaient toute la nuit pouvaient éliminer 270 000 corps par mois. Le commandement suprême soviétique connaissait l'existence des camps de la mort. Il a ordonné au 1er et 4e Fronts ukrainiens de libérer Auschwitz au cours des opérations de l'offensive Vistule-Oder. La 100e division d'infanterie commandée par le général Fyodor Krasavin a pris Auschwitz le 27 janvier 1945 et sauvé la vie des 7 000 déportés encore dans le camp. La réalité était choquante. La machine d'extermination était parfaite et fonctionnait très bien. Voici quelques preuves fournies au service du contre-espionnage du SMERSH par les auteurs fascistes emprisonnés de ces atrocités. Elizabeth Gazelow (gardienne-chef à Ravensbrück, Majdanek, Auschwitz) dit : « il y avait 40 à 45 000 détenus de différentes nationalités : Russes, Ukrainiens, Polonais, Tchèques, Français. C'était un camp d'extermination. Il avait un four crématoire, des chambres à gaz... Les enfants ont été mis dans les chambres devant leurs parents. » Willie Steinborn (SS-Rottenführer, un garde) se souvient : « Un grand groupe de Polonais, de Russes et d'autres nationalités devait être exterminé. Les détenus ont résisté. Les gardes SS ont lâché les chiens sur eux. Ils se sont amusés de voir ces prisonniers être mis en pièce et mutilés vivants par les chiens. » Alfred Skchipek (responsable de la baraque N8) : « Il y avait une punition appelée « steinbunker ». De 20 à 30 personnes ont été placées dans une petite cellule. Avec si peu d'espace qu'elles ne pouvaient que rester debout. Sans fenêtre, il y avait seulement une large fissure de quelques millimètres dans le mur. Sans air, les détenus mourraient suffoqués. Transportés en hiver pour être exterminés, les déportés étaient forcés de travailler dehors sans chaussures ni vêtements jusqu'à ce qu'ils meurent de froid. Il y avait 200-300 victimes à la fois. »
Il y a des milliers de témoignages comme ceux-ci qui font frémir. Je crains que toutes ces preuves ne suffisent pas à tirer une seule larme des yeux de ceux qui aujourd'hui pleurent les morts à Washington, Londres, Bruxelles et Varsovie. Ils disent que c'est le temps de commémorer les victimes des chambres à gaz, mais en réalité, ils se rangent du côté des auteurs de ces crimes, pas des victimes. En Europe et à l'étranger, ils trouvent les mots justes pour se souvenir de ceux qui ont souffert de l'Holocauste tout en fermant les yeux sur les marches SS qui ont lieu régulièrement dans les pays baltes depuis déjà vingt ans. Ils hochent la tête en entendant le délire sur l'occupation soviétique de l'Europe de l'Est et même de l'Allemagne et disent que le coup d'État fasciste à Kiev n'est rien d'autre que l'expression de la volonté populaire. Ils disent que le soutien de Moscou aux compatriotes bombardés dans le Donbass est une agression. Les intrigues et les manoeuvres politiques inacceptables combinées à une russophobie archaïque rendent l'élite occidentale incapable de discerner la résurgence du fléau mondial qui dominerait le monde aujourd'hui, s'il n'en n'avait pas été de l'Union soviétique et de son Armée rouge qui ont accompli des exploits sans précédent il y a 70 ans. C'est se faire complice de ce fléau et accepter un environnement qui lui permet de prospérer aujourd'hui. Vladimir Poutine peut accepter le fait qu'il ne soit pas invité au grand événement à Auschwitz marquant le 70e anniversaire de la libération du camp puisque les déportés du camp d'extermination nazi ont été libérés par l'Armée rouge. Il n'y a aucun plaisir à rencontrer les flagorneurs qui ont rassemblé des millions de gens pour prendre part à la marche de Paris pour protester contre la mort de journalistes provocateurs et qui regardent avec indifférence le massacre de Katyn se répéter à Odessa. Ils ont le culot de dire qu'ils ne veulent pas voir à Auschwitz le chef d'État qui a ordonné l'agression de l'Ukraine. Les commanditaires du régime néo-nazi d'Ukraine considèrent qu'il n'est pas opportun d'inviter le chef de l'État qui se dit le successeur de l'Union soviétique, le pays qui a libéré Auschwitz et la moitié de l'Europe. Mais ils considèrent opportun d'inviter la chancelière d'Allemagne, qui soutient le régime nazi en Ukraine, ce qui montre qu'il est trop tôt pour dire que l'Allemagne a été dénazifiée. Ils trouvent que le nazisme est inacceptable sur leur sol, mais acceptable dans d'autres pays... Les organisateurs veulent commémorer les victimes d'Auschwitz aux côtés des dirigeants du régime fasciste d'Ukraine. Pourrait-il en être autrement ? Tous ces kapos (un prisonnier dans un camp de concentration nazi nommé par les gardes SS pour encadrer les autres déportés) et ces Blockälteste (doyens de Block dans un camp de concentration), les banderistes et leurs successeurs, sont des mentors spirituels de messieurs comme le président ukrainien, Petro Poroshenko, le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, du secrétaire de la Sécurité nationale et du Conseil de défense de l'Ukraine, Oleksandr Tourtchynov, et du leader du mouvement d'extrême-droite Secteur droit, Dmytro Yarosh. Il suffit de leur demander et ils se feront un plaisir de vous raconter une histoire sur comment ils ont défendu l'Europe civilisée contre les hordes venant de l'Est. Ils vous diront également comment faire marcher les fours d'Auschwitz, comment utiliser des personnes comme cobayes pour des expériences avec le Zyklon B et torturer des déportés sans arme. D'autant plus que ces faits sont dans la mémoire de tous alors l'Ukraine mène des opérations « de lutte contre le terrorisme » dans l'Est. La participation aux événements des dirigeants occidentaux qui dirigent des États qui étaient des alliés de l'URSS pendant la Deuxième Guerre mérite une attention particulière. Leurs discours sur les normes démocratiques à Auschwitz reviennent à parler de corde dans la maison d'un pendu. Surtout si l'on se souvient de ce qu'ont fait leurs prédécesseurs, Franklin Delano Roosevelt et Winston Churchill, des informations sur ce qui se passait dans les camps de concentration nazis. La doctorante britannique Barbara Rogers a découvert un document de 20 pages dans les archives du ministère des Affaires étrangères établissant de façon irréfutable que la Grande-Bretagne et les États-Unis connaissaient l'existence des chambres à gaz à Auschwitz dès décembre 1942. Cette information était contenue dans un rapport transmis au gouvernement britannique et remis par des dirigeants juifs au président américain Franklin Delano Roosevelt lors d'une réunion à la Maison-Blanche le 8 décembre 1942. Alors qu'on savait que les alliés étaient au courant de l'existence de la « solution finale », et même des chambres à gaz, c'est la première fois qu'il a été démontré que les alliés connaissaient dès 1942 l'existence des fours crématoires à Auschwitz. Le document informait Roosevelt que « des centres ont été créés dans diverses parties de l'Europe pour l'extermination massive des Juifs de manière scientifique et de sang-froid. Des travailleurs chrétiens polonais, des témoins oculaires, ont confirmé des rapports que des bâtiments en béton, sur les anciennes frontières de la Russie, sont utilisés par les Allemands comme chambres à gaz dans lesquelles des milliers de Juifs ont été mis à mort. » Le rapport, remis à Roosevelt, contenait également des informations spécifiques : « Le massacre de convois de trains d'adultes et d'enfants juifs dans de grands fours crématoires à Ozwiencim [Auschwitz] près de Cracovie est confirmé par des témoins oculaires dans les rapports qui sont récemment parvenus à Jérusalem ». Les alliés n'ont jamais réagi à cette information. La découverte de ce rapport ravive les débats sur pourquoi les alliés n'ont rien tenté et n'ont pas bombardé le camp d'Auschwitz afin de perturber son fonctionnement. La doctorante indique les raisons pourquoi Londres n'a pas communiqué avec Berlin sur cette question. Les britanniques craignaient un flot d'émigration des Juifs d'Europe vers la Palestine (La Palestine faisait alors partie de l'Empire britannique). L'autre raison est qu'ils voulaient éviter une réaction populaire si leur action était perçue comme la conduite « d'une guerre juive ». En d'autres termes, des nations entières ont
été sacrifiées dans l'intérêt de
l'Empire britannique. Même après l'ouverture du
deuxième front, alors que les forces anglo-américaines
avançaient vers l'Est et que leur aviation pouvait facilement
atteindre Auschwitz, rien n'a été fait pour au moins
détruire les voies ferrées qui conduisent au camp et
ainsi perturber la poursuite des crimes odieux commis par les
Allemands. Il ne faut pas s'étonner de l'hypocrisie des
successeurs contemporains de Roosevelt et Churchill. Lors de leur
rencontre à Washington le 16 janvier 2015, Barack Obama et David
Cameron ont convenu de maintenir les sanctions contre la Russie
jusqu'à ce qu'elle mette fin à
son « agression » en Ukraine. « Nous
sommes d'accord sur la nécessité de maintenir de fortes
sanctions contre la Russie jusqu'à ce qu'elle mette fin à
son agression en Ukraine et de soutenir l'Ukraine alors qu'elle
entreprend d'importantes réformes démocratiques et
économiques », a déclaré M. Obama lors
d'une
conférence de presse commune avec M. Cameron à la
Maison-Blanche. Quelle ressemblance remarquable : certains croient
que
les fours crématoires et les chambres à gaz servaient
à la désinfection et d'autres croient que l'utilisation
du napalm et des lance-roquettes multiples contre des civils dans le
Donbass servent à la mise en oeuvre des
« réformes démocratiques ». Ne
soyez pas surpris, Mesdames et Messieurs, que l'odeur de nouveaux fours
crématoires se fasse sentir à nouveau en Europe. ![]() Les forces qui cherchent à isoler la Russie soutiennent activement les organisations néonazies et fascistes en Ukraine aujourd'hui. Ces organisations commettent de multiples crimes comme le massacre du 2 mai 2014 à Odessa, quand les fascistes ukrainiens ont attaqué un groupe de personnes à la Maison des syndicats, forçant certaines personnes à se réfugier à l'intérieur avant d'incendier l'édifice. Des dizaines de personnes ont été tués et plusieurs autres blessées dans l'incendie. (Stop NATO) (Strategic Culture, 20 janvier 2015. Traduction : LML)
L'hypocrisie des dirigeants mondiaux à ParisDans la semaine suivant les terribles attaques contre un magazine parisien, une ancienne soldate incarcérée aux États-Unis a sans doute eu une lueur d'espoir. Dans la foulée des grandes déclarations défendant la liberté d'expression, une commutation de sa peine par le président Obama était-elle à portée de la main ? Après tout, elle-même avait été condamnée pour avoir exercé sa liberté de parole et de conscience, et Obama, tout comme de nombreux dirigeants mondiaux, avait émis des déclarations passionnées sur l'importance de la liberté de presse, de la dignité humaine, et de toutes ces grandes choses qui rendent ces pays comme le Canada et les États-Unis des endroits si indéniablement formidables.
Pour Chelsea, la réponse fut simple : elle a copié ces documents sur une clé USB et les a partagés avec le monde entier via Wikileaks. Ce qu'elle a révélé ne représentait aucunement une menace pour la sécurité nationale de quiconque mais a, par contre, mis en lumière que les guerres de « liberté et de libération » menées par nos grandes démocraties n'étaient en réalité que des actes de répression massive, d'attentats généraux et de torture. Ceci n'avait rien de nouveau pour la plupart des peuples vivant ailleurs que dans le « monde libre » et ayant vécu les horreurs de ces « guerres pour la liberté » , mais voilà que la dure réalité était au vu et au su de tous — sur la base de dépêches gouvernementales et d'une vidéo inquiétante de « dommage collatéral » montrant deux journalistes de Reuters et neuf autres civils se faisant tuer sans merci par des soldats étasuniens riant de leur exploit. Mais la réaction mondiale face à ces atrocités ne fut pas la même que pour les attentats contre Charlie Hebdo. Les images troublantes révélées par Manning, en fait l'ensemble de ses révélations, ont rarement été mises à la une dans les journaux internationaux pour dénoncer la brutalité des autorités qui l'avaient incarcérée pour avoir affirmé sa liberté d'expression. Son cas n'a pas été crié sur tous les toits par les braves médias ni y a-t-il eu des manifestations de masse avec des citoyens du monde scandant « Je suis Chelsea ». Ses révélations n'ont pas été imprimées en millions de copies et financées par le gouvernement (le gouvernement français a dépensé plus d'un million d'euros pour publier le numéro de Charlie Hebdo suivant l'attaque, sachant très bien qu'il allait heurter la sensibilité d'un grand nombre de ses propres citoyens musulmans). Ni la clé USB n'a-t-elle servi de symbole pour indiquer comment vaincre le terrorisme, comme le furent les crayons pour Charlie Hebdo. Les grands journaux et commentateurs moralisateurs n'ont pas non plus déclaré : « si vous n'aimez pas ces révélations, ne les regardez pas ». Au contraire, la plupart d'entre eux ont préféré les ignorer, les traiter comme des événements isolés ou même proférer des menaces personnelles contre Manning elle-même. Et puis Manning a été condamnée sans cérémonie à une peine de trente ans et demi d'incarcération, tandis que ceux dont elle a exposé les crimes — les Bush et Cheney — ont continué de se targuer de leurs décisions, même à la lumière des sérieuses allégations soulevées dans le rapport sur la torture du sénat étasunien, dont les révélations ont rapidement été reléguées à l'arrière-plan suite aux attentats de Paris. (Manning elle-même a été placée dans une cellule d'isolement pendant les trois années de son procès préliminaire, ou on lui a souvent refusé de quoi se vêtir, dans des conditions qualifiées de « cruelles » et d'« inhumaines » par les Nations unies). Le terrorisme du gouvernement françaisLe dilemme de Manning vaut la peine qu'on s'y attarde à la lumière des attentats de Paris, puisqu'il met en relief une vérité de La Palice s'il en est une : lorsque c'est nous qui commettons des actes terroristes, ceux-ci ne sont pas interprétés comme étant terroristes, et sont inévitablement justifiés, et ce, lorsqu'on se donne même la peine de les justifier. Ces justifications, nous les connaissons : appui aux femmes opprimées, amener les pays étrangers vers la démocratie, etc. Mais lorsque les rôles sont inversés et que c'est nous qui subissons de telles attaques — nous étant le « monde libre » ou « l'occident eurocentriste » — les auteurs de tels actes sont inévitablement qualifiés de cruels, de barbares et d'être l'incarnation du Mal. Mais en fait, si on ne peut justifier ou défendre les attaques terroristes contre les bureaux du Charlie Hebdo ou contre l'épicerie cascher de Paris, on ne peut non plus justifier ni défendre la longue liste d'actes terroristes commis au cours des années par le gouvernement français : l'attentat terroriste perpétré par la France contre le navire de Greenpeace en Nouvelle-Zélande, les essais criminels d'armes nucléaires du gouvernement français dans le Pacifique du Sud (sachant très bien que ces essais allaient mener à la destruction génocidaire des populations locales), ou le massacre de 1961 perpétré par la police de Paris contre 200 personnes manifestant pour la paix en Algérie, et par la suite, la détention de plus de 11 000 manifestants qui furent entassés, entre autres, dans le stade même où, deux décennies avant, des Juifs avaient été détenus avant d'être exterminés par les nazis.
Nous en voyons déjà les conséquences à Paris et partout en France, où des dizaines de milliers d'individus armés patrouillent les rues et d'innombrables individus sont arrêtés dans des circonstances suspectes. Le correspondant européen du Globe and Mail, Mark MacKinnon, rapportait plus tôt cette semaine que des individus « à la peau basanée », qui auraient exprimé des opinions « regrettables », ont été enlevés sur-le-champ dans des cafés de Paris par des policiers armés jusqu'aux dents. Les journalistes qui tentent de rapporter de tels enlèvements sont rapidement interpellés et sont forcés d'arrêter de filmer et de quitter l'endroit. On leur dit, quittez, si vous êtes « avec nous ». La dynamique du « nous contre eux » est celle qui régnait au lendemain du 11 septembre. Aussi les autorités françaises ont mis peu de temps à se venger en faisant le procès éclair d'un chauffeur ivre condamné pour avoir « glorifié le terrorisme », parce qu'il aurait dit à un agent de police qu'il était d'accord avec les deux frères qui avaient mené l'attaque contre Charlie Hebdo. Pour ses propos tout au plus insensibles, il sera incarcéré pour quatre ans. Un autre individu a été condamné à un an de prison pour avoir déclaré : « Je suis fier d'être musulman. Je n'aime pas Charlie. Ils ont raison de faire ce qu'ils ont fait. » Bien que ces propos soient déplacés et passablement blessants, méritent-ils un châtiment aussi draconien ? Personne, que ce soit en France ou ailleurs sur la planète Terre, n'a subi de tels châtiments pour avoir applaudi et célébré l'assassinat d'Osama bin Laden, un acte de terrorisme explicitement illégal, surtout en vertu du fait qu'il était sans arme et aurait pu facilement être tout simplement arrêté et détenu pour ensuite subir un procès pour les accusations portées contre lui. De nombreuses personnes ont été arrêtées pour avoir « défendu » le terrorisme. Elles ont aussi été arrêtées pour avoir supposément tenu un discours raciste et antisémite. Il est possible de deviner sans trop se tromper la couleur et la religion des personnes accusées. En même temps, on discute très peu du choix discriminatoire de la liberté de parole. Par exemple, aujourd'hui, la définition de l'antisémitisme est tellement vaste qu'elle inclut toute critique des politiques du gouvernement israélien. Ainsi, on vise à empêcher toute discussion des droits des Palestiniens, surtout qu'en ce moment on menace même les Palestiniens pour leur démarche auprès du Tribunal pénal international pour exiger une enquête sur les crimes de guerre commis contre eux. Le Canada a même déclaré que les Palestiniens auront à subir les « conséquences » pour avoir cherché une solution basée sur la primauté du droit. Un magazine racisteSi les Français sont véritablement offusqués par les discours et les images haineux, pourquoi financent-ils officiellement Charlie Hebdo ? Comme le dit Teju Cole dans The New Yorker, est-il possible de condamner un acte terroriste sans nécessairement approuver les activités de ses victimes ?
Entretemps, Journalistes sans frontières, entre autres, a fait valoir que plusieurs des dirigeants mondiaux qui se sont empressés de participer à ce qui ressemblait étrangement au rassemblement de Nuremberg — méfiez-vous des rassemblements de masse organisés avec l'appui et la participation de gouvernements impliqués dans des crimes de guerre — sont eux-mêmes responsables de graves violations de la liberté de presse dans leurs propres pays. Pour ne prendre que l'exemple de notre voisin immédiat, les États-Unis, Obama, en vertu de la Loi sur l'espionnage, a fait taire et emprisonner plus de dénonciateurs et de journalistes que tous les présidents du siècle dernier pris ensemble. Pour avoir simplement parlé de la participation des États-Unis à la torture et à d'autres crimes, des gens comme James Risen du New York Times font face à des peines de prison. De façon plus globale, ces condamnations font partie d'une tendance visant à cibler tous les médias qui tentent d'exposer les atrocités des États-Unis. Il est bien connu que les États-Unis ont ciblé les réseaux d'Al Jazeera en Irak et à Kaboul dans le but de les bombarder, même si le réseau informe toujours les forces militaires de leurs coordonnés exactes. Six semaines après que le réseau eut informé les officiels militaires étasuniens en 2003 du lieu de leur bureau de Bagdad, un missile étasunien a été lancé sur le bureau d'Al Jazeera, tuant le journaliste Tareq Ayyoub. L'ancien secrétaire de l'Intérieur de la Grande-Bretagne, David Blunkett, a écrit dans ses mémoires de 2006 qu'il avait clairement suggéré à Tony Blair de larguer une bombe sur le transmetteur de télévision d'Al Jazeera à Bagdad.[...] Aussi Fox News avait-il fait appel à l'administration Bush pour qu'il « élimine Al Jazeera », rappelant aux téléspectateurs : « Certains pourraient dénoncer ces actions comme étant de la censure, mais rappelons-nous l'injonction du président Bush au lendemain de l'attaque d'il y a deux ans : dans la guerre contre la Terreur, ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes avec les terroristes. » L'assassinat de journalistes d'Al JazeeraLe contrat d'assassinat émis par Fox News n'était pas qu'un voeu pieux. C'est une politique d'État. La stratégie en ce sens a été confirmée dans le notoire journal de planification du bombardement d'Al Jazeera, dont les détails ont été publiés dans le Daily Mirror britannique. Au cours des crimes de guerre commis par les États-Unis à Fallujah en 2004, George W. Bush et le premier ministre de la Grande-Bretagne, Tony Blair, ont de toute évidence discuté de l'idée de bombarder les bureaux d'Al Jazeera à Qatar en guise de représailles contre ce réseau pour avoir fidèlement rapporté la situation en Irak. Un mémo rapportant cette discussion a fait jour mais a éventuellement été mis au rancart suite à l'arrestation de deux hommes britanniques (l'un, un chercheur pour le Parti travailliste, et l'autre un fonctionnaire), les deux ayant été condamnés à des peines d'emprisonnement de trois et de six mois pour avoir violé la Loi sur les secrets officiels, suite à un procès... des plus secrets. Aussi le gouvernement britannique a-t-il menacé en quasi totalité la presse britannique, brandissant aussi la menace de sanctions officielles en vertu de la Loi sur les secrets officiels. À ce moment-là, Journalistes sans frontières avait émis une déclaration : « Nous sommes estomaqués par la décision du gouvernement britannique visant à bannir la publication par la presse britannique d'informations touchant au contenu de ce mémo, lequel porte le sceau ' Top Secret '. Le fait d'invoquer la Loi sur les secrets officiels de 1989 et de menacer de traîner les journaux devant les tribunaux est inquiétant dans un pays qui est habituellement respectueux de la liberté de presse. » Aussi le gouvernement britannique a-t-il tenté de poursuivre en justice un représentant des Affaires étrangères, Derek Pasquill, qui avait révélé de l'information au sujet du rôle du Royaume-Uni dans le programme de reddition à la torture. Il a éventuellement laissé tomber la poursuite, le procureur de la Couronne ayant conclu que « les documents devant être présentés comme preuves auraient miné l'argument même à l'effet que les fuites étaient dommageables pour la sécurité. » Le rédacteur de New Statesmen avait conclu : « Il s'agissait d'une poursuite mal conçue et malicieuse, compte-tenu que dès le départ plusieurs ministres gouvernementaux avaient reconnu, en privé, que l'information que Derek Pasquill nous avait remise était d'intérêt public et allait jouer un rôle important dans tout changement positif à la politique gouvernementale touchant à la reddition extraordinaire et à la politique envers l'Islam radical [sic]. » La discussion menée par les États-Unis menant aux attentats contre Al-Jazeera fait partie d'une longue tradition propre à ce pays visant à étouffer la liberté de presse par tous les moyens nécessaires. Par exemple, Richard Nixon conservait une liste constamment mise à jour d'ennemis devant être neutralisés. Il se demandait quoi faire du journaliste Jack Anderson dont les articles au sujet de ses crimes de guerre et de ses activités illégales rendaient furieux le président déchu. Selon une note de la Maison-Blanche, « nous avons étudié toutes les alternatives et sommes arrivés à la conclusion que la seule façon de l'arrêter est de le tuer ». Les nouveaux projets de loi canadiens
Voilà l'environnement incertain d'aujourd'hui, où il devient de plus en plus dangereux de soulever certaines de ces vérités qui rendent mal à l'aise. Le faire n'est pas pour le moins nécessaire. Dans ce contexte, le dirigeant du gouvernement Harper a déclaré qu'un « mouvement djihadiste international... a déclaré la guerre contre les pays comme le nôtre qui chérissent les valeurs que sont la liberté, l'ouverture sur le monde et la tolérance ». Du même souffle, il s'apprête à adopter des mesures encore plus répressives qui vont complètement à l'encontre de ces dites valeurs. Ainsi il veut rendre encore plus facile les arrestations dites préventives, porter encore plus atteinte à la vie privée et faciliter encore davantage le partage d'informations entre agences de renseignement (laquelle mesure a déjà mené à la torture de nombreux citoyens canadiens). Une autre mesure consiste à donner le feu vert à la police nationale canadienne — celle-là même qui s'est de façon complice prêtée à la torture de Canadiens à l'étranger, au harcèlement et à la violence contre des agents féminins au pays ainsi qu'à d'autres crimes — pour qu'elle mène une campagne contre tous ceux qui rejettent de telles injustices, c'est-à-dire, tous ceux qui se « radicalisent ». Ces projets de loi ne sont pas encore adoptés que déjà un nombre croissant de jeunes hommes sont arrêtés et accusés de délits liés au terrorisme, dont trois récemment à Ottawa, qui voulaient présumément aller se battre en Syrie. Les détails de ces arrestations resteront sans doute très vagues puisque le gouvernement peut invoquer à tout moment « la confidentialité dans l'intérêt de la sécurité nationale » afin que la nature des accusations portées contre eux ne soit pas divulguée. Les hommes ont déjà été déclarés coupables par la plupart des médias et persona non grata dans certaines communautés où on rejette les individus « radicalisés ». Et de façon tout à fait kafkaesque, si vous êtes arrêtés en vertu de nouveaux projets de loi à venir contre la glorification du terrorisme, vous serez sans doute jugés dans un procès secret, puisque rendre illégal le fait de « glorifier » le terrorisme — notion à la fois vaste et vague — fera en sorte qu'aucun détail du procès ne pourra être rendu public pour la simple raison que le fait de rendre public de telles informations devant les tribunaux violerait la loi même qui a servi à vous arrêter. Les événements de la dernière semaine vont servir d'eau au moulin aux gouvernements qui ont soif d'événements-choc qui peuvent leur servir d'arguments favorisant la répression. Lors de leurs discours et de leurs allocutions au parlement, par exemple, les élus, lorsqu'ils veulent argumenter en faveur de nouvelles lois restrictives, se délectent à invoquer la condamnation en 2006 des individus de Brampton. (Dans ce cas précis, deux informateurs du gouvernement, payés entre 400 000 $ et 1,5 million $ chacun, avaient pour tout dire piégé un groupe de malheureux individus — dont certains, il est vrai, avaient des opinions tout à fait répugnantes — pour qu'ils participent à un complot d'attentat, menant à de nombreuses peines d'emprisonnement.) Il en sera de même pour le gouvernement français qui pourra désormais s'appuyer sur les récents événements de Paris pour mettre en place ses propres projets de loi modelés selon le Patriot Act. * Matthew Behrens est un journaliste indépendant et un défenseur de causes sociales. Il est coordonnateur de Homes not Bombs, un réseau d'action directe non violente. Depuis plusieurs années il travaille auprès des victimes du profilage mené au nom de la « sécurité nationale » canadienne et étasunienne. Traduction : LML La France commence à enfermer
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![]() Couverture simulée d'une édition de Charlie Hebdo qui a circulé après les attentats contre les caricaturistes |
France 3 ne montre pas la caricature en question, présumément par crainte de poursuites, alors nous ne savons pas exactement de quoi l'adolescent est accusé.
Mais la caricature ici à droite correspond parfaitement à la description. Elle a été largement diffusée sur les médias sociaux et publiée le 7 janvier sur le site web de l'humoriste français controversé Dieudonné. Il s'agit d'une page couverture simulée de Charlie Hebdo par le caricaturiste Dedko.
On y lit : « Charlie Hebdo, c'est de la merde... Ça n'arrête pas les balles. » Cela peut sembler très cruel à première vue mais regardez la copie de la revue que tient la personne dans la caricature. Elle représente la vraie page couverture de Charlie Hebdo publiée en juillet 2013, quelques jours après le coup d'État militaire en Égypte. Elle a provoqué un tollé à l'époque à cause de sa cruauté et de son manque de jugement.
On y voit un manifestant égyptien qui se fait trouer de balles qui passent à travers le Coran qu'il tient contre lui. Le texte : « Le Coran c'est de la merde, ça n'arrête pas les balles. »
Si l'on présume que c'est cette couverture simulée que le jeune homme a publiée sur Facebook, cet incident exprime l'hypocrisie de l'esprit national français actuel.
Tout ce qui raille et dénigre l'Islam et les musulmans est considéré comme une défense courageuse de la liberté d'expression, mais tout ce qui raille ceux qui dénigrent, même quand ils utilisent les mêmes méthodes, peut vous mériter une peine de prison.
« Au moins 69 arrestations ont été effectuées en France cette semaine, les prévenus accusés ' d'apologie du terrorisme ', infraction dont la définition reste vague, a déclaré Amnistie internationale. Le risque est grand que ces arrestations violent la liberté d'expression. »
« Toutes ces arrestations ont été effectuées, visiblement, sur la base de propos tenus à la suite des attentats meurtriers commis à Paris contre le magazine Charlie Hebdo, un supermarché casher et des agents de la force publique, le mercredi 7 et le vendredi 9 janvier », poursuit l'organisme dans son communiqué.
L'arrestation la plus en vue est celle de Dieudonné, lui aussi pour commentaire ironique.
Plusieurs de ces arrestations sont tout simplement absurdes et il est impossible d'imaginer à quoi elles servent sinon à permettre au gouvernement français de se donner une allure d'intransigeance dans un contexte politique de xénophobie et de vent de droite et de satisfaire le désir d'une partie du public et des médias qui réclament des boucs émissaires.
Cela comprend les arrestations suivantes :
- Une jeune fille de 14 ans accusée de « faire l'apologie du terrorisme ». Elle aurait crié à un conducteur de tramway : « Nous sommes les soeurs Kouachi, nous allons charger nos Kalashnikov. » Chérif et Saïd Kouachi sont les deux frères français qui selon les autorités ont commis les attentats à Charlie Hebdo.
- Un jeune homme de 21 ans a été pris sans billet sur un tramway et condamné à dix mois de prison pour avoir dit : « Les frères Kouachi, c'est que le début, j'aurais dû être avec eux pour tuer plus de monde », selon Amnistie internationale.
- À Lille, dans le nord de la France, les autorités ont suspendu trois employés d'école pour avoir refusé d'observer un moment de silence en hommage aux victimes des attentats et avoir ensuite justifié les attentats. L'un d'entre eux est accusé de « faire l'apologie du terrorisme ». Il dit qu'il n'a pas refusé d'observer une minute de silence mais qu'il en a « parlé avec des collègues en dehors des heures de travail ».
- À Paris, un homme en état d'ébriété et un autre souffrant de problèmes psychiatriques ont été condamnés à quatorze et trois mois de prison pour « apologie du terrorisme » pour les propos qu'ils ont tenus. Un troisième a été condamné à 15 mois et le juge a ordonné que leur peine commence immédiatement.
- À Bordeaux, la police a stoppé une voiture. Une femme de 18 ans très ivre en est sortie en proférant prétendument des insultes au policier et en tenant des propos sympathiques envers les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo. Elle est accusée d'« apologie du terrorisme » et condamnée à 210 heures de travaux communautaires. Les procureurs ont demandé une peine de quatre mois de prison.
Dans presque tous les cas où le nom du détenu est connu, il s'agit d'une personne de descendance nord-africaine, ce qui laisse entendre que la campagne antiterroriste est très ciblée.
Si ce n'est pas fait exprès pour aliéner le grand nombre de jeunes citoyens français dont les parents ou grands-parents proviennent des anciennes colonies, il y a fort à parier que c'est précisément ce que cela va faire de toute façon.
Il semble y avoir une tendance où des altercations mineures avec la police (des jeunes ou des gens en état d'ébriété) dégénèrent rapidement en accusations de « terrorisme ». Le fait que des jeunes gens de couleur se plaignent depuis longtemps d'être la cible de harcèlement policier signifie qu'ils vont être beaucoup plus vulnérables que les autres.
Selon Amnistie Internationale, la rafle a commencé suite à une note qu'a fait parvenir aux procureurs le 12 janvier la ministre de la Justice, Christiane Taubira, les chargeant de « combattre avec la plus grande rigueur toute parole ou méfait, expression de haine ou de mépris commise contre quelqu'un pour des raisons religieuses. »
S'il existe des cas où quelqu'un a été accusé ou incarcéré pour des propos antimusulmans ou d'autres propos racistes ou sectaires en vertu de cette loi « empêchant le terrorisme », je n'en ai pas entendu parler.
Au lendemain des attaques, le journaliste connu Philippe Tesson, sur les ondes d'Europe 1, l'un des réseaux radiophoniques les plus importants de la France, a déclaré que les musulmans étaient responsables des menaces portées contre le laïcisme français tant vanté.
« Ce sont les musulmans qui amènent cette merde à la France par les temps qui courent », a-t-il dit.
Un citoyen aurait officiellement porté plainte contre Tesson pour avoir « incité à la haine raciale », mais les autorités n'ont pas encore porté d'accusation contre ce dernier.
Cécile Duflot, une législatrice du Parti vert, a vu la contradiction et a exhorté que « la réaction aux paroles méprisantes et islamophobes de Philippe Tesson prenne de l'ampleur ».
(Mise à jour de l'auteur : selon Le Parisien d'aujourd'hui, le lundi 19 janvier, des procureurs de Paris auraient ouvert une enquête sur Tesson pour avoir possiblement « incité à la haine ».)
Des groupes de surveillance ont relevé au moins 83 menaces et attaques islamophobes en France depuis l'attaque contre Charlie Hebdo.
Il y a eu au moins 21 incidents de coups de feu ou de lancement de grenades contre des édifices.
La police enquête présentement sur le meurtre de Mohammed El Makouli, un Marocain d'une ville de l'est de la France, Beaucet, pour savoir s'il s'agit d'un meurtre motivé par la haine antimusulmane.
El-Makali a été poignardé dix-sept fois par un voisin qui est entré chez lui par infraction en criant des slogans antimusulmans. La conjointe d'El-Makouli a été blessée tandis que son jeune fils s'en est sorti indemne.
Il peut sembler assez surprenant que les autorités françaises puissent accuser et incarcérer les gens de façon aussi expéditive. Ces procès sommaires et ces longues peines d'emprisonnement viennent du fait que les lois ont été changées en novembre dernier, l'accusation de « défendre le terrorisme » étant devenue une offense criminelle sujette à des procès éclair.
La semaine dernière, la Ligue française des droits humains avait fait valoir que dès l'adoption de cette loi, il était évident qu'elle « serait inefficace en termes de sécurité, dangereuse pour les libertés et dommageable à la crédibilité du système judiciaire ».
L'organisation a noté que le nombre d'accusations sommaires contre des « ivrognes et des imbéciles » avait confirmé cette prédiction.
Plusieurs de ces personnes risquent de se retrouver dans le « registre antiterroriste » de l'État.
Les accusations pour les propos tenus ne sont pas portées uniquement en vertu des efforts pour « empêcher le terrorisme ». Cette semaine le rappeur Saidou du groupe ZEP et le sociologue Said Bouamama ont été accusés à Lille « d'insulte publique » et « d'incitation à la discrimination, à la haine et à la violence ».
L'accusation est le fruit de la démarche d'un groupe nationaliste de droite, comme l'indique MR Zine, suite à la parution d'un livre signé Said, Nique la France, et d'une chanson de ZEP portant le même titre.
Le refrain du tube déclare :
Nique la France
Et son passé colonialiste
Ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes
Nique la France
Et son histoire impérialiste
Ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes
Assez ironiquement, ZEP est l'acronyme de « Zone d'expression populaire ». Mais voilà que l'ironie est devenue un crime en France.
Ce n'est qu'une question de temps avant que ces lois ne servent, avec une vigueur renouvelée, à agir contre une panoplie de propos qui pourraient contrarier l'État français, en particulier ces propos venant de personnes défendant les droits des Palestiniens et exigeant le boycottage d'Israël.
À la lumière de tout ce que j'ai lu depuis les attaques de Paris, certaines questions doivent être mises en lumière de par leur nature particulièrement instructive et éducative.
Un article qui date de 2013 signé Olivier Cyran, un ancien journaliste de Charlie Hebdo, retrace le virage au sectarisme contre les musulmans suite aux attaques du 11 septembre.
L'article, sous forme de lettre ouverte au rédacteur du magazine, Stéphane Charbonnier, est une vive réplique à toutes les prétentions de la part de Charlie Hebdo à l'effet que celui-ci était irrévérencieux envers tout le monde et que les musulmans étaient tout simplement trop sensibles.
Charbonnier est l'un des caricaturistes qui ont été tués.
« Le harcèlement obsessif des musulmans auquel votre hebdomadaire s'est consacré depuis plus d'une décennie a eu des effets palpables », a écrit Cyran à Charbonnier.
« Il a contribué de façon importante à implanter au sein de l'opinion de la ' gauche ' l'idée à l'effet que l'Islam est un ' problème ' majeur pour la société française, que le fait de mépriser les musulmans n'est plus dorénavant le privilège unique de l'extrême-droite et qu'un certain ' droit d'offenser ' est dorénavant devenu légitime au nom du laïcisme, de la République et de la ' coexistence '. »
Selon Mayanthi Fernando, une professeure en anthropologie de l'Université de Californie, à Santa Cruz, « Des commentateurs de France et d'ailleurs ont saisi l'occasion des récentes attaques terroristes à Paris pour pousser leur réflexion sur la place des musulmans en France ».
« Plusieurs interprètent ces attaques comme étant un signe du refus d'intégration de la part des musulmans français. Ils ont plein de questionnements à savoir si les musulmans peuvent vraiment être laïcs et si un musulman peut vraiment être Français », soulève Fernando dans un article publié dans The Conversation.
Elle prévient : « Méfions-nous des mythes au sujet de la laïcité française et de la citoyenneté française suite aux attaques. »
Fernando explique qu'en dépit d'une certaine laïcité, l'État français a toujours privilégié certains groupes religieux plus que d'autres. Par exemple, lorsque les musulmans revendiquent les mêmes accommodements que les autres, « on leur rappelle que la France est un pays laïc où la notion de citoyenneté veut dire que la religion est séparée de la vie publique ».
Tout cela a lieu, dit Fernando, dans un pays où la moindre recherche indique que « les immigrants non blancs et leurs descendants souffrent, en tant que groupe, d'une discrimination systématique sur la base de leur race, de leur culture et de leur religion ».
Bien que les musulmans représentent 7,5 % de la population en France, ils représentent 60 % de la population carcérale.
L'auteur Joseph Massad aborde la question de l'« Islam et la démocratie » ou de « l'Islam et la laïcité » dans son livre qu'il faut absolument lire, « L'Islam et le libéralisme ».
Massad fait valoir que « les missionnaires étasuniens et européens du libéralisme » mènent une campagne pour remodeler l'Islam et les musulmans à leur image, c'est-à-dire, à l'image du « christianisme protestant libéral ».
« La résistance musulmane à cette mission de bienfaisance est interprétée comme étant un rejet de la modernité et des valeurs de liberté, d'égalité, de la citoyenneté démocratique et des droits individuels, des droits des femmes, des droits sexuels, de la liberté religieuse, du laïcisme et de la rationalité », écrit Massad.
« Si les musulmans refusent de se convertir de façon volontaire », de poursuivre Massad, « alors ils doivent être forcés de se convertir par le biais de la force militaire, puisque leur résistance menacerait ce qui est au coeur même du libéralisme, c'est-à-dire son universalité et la nécessité de répandre cette universalisation partout dans le monde ».
« Ce livre tombe vraiment à point », dit Jonathon Sturgeon, rédacteur littéraire pour Flavorwire.
Je partage entièrement cette opinion.
* Ali Abunimah est co-fondateur du Electronic Intifada et auteur de « La lutte pour la justice en Palestine », publié par Haymarket Books.
(Electronic Intifada, le 19 janvier 2015. Traduction : LML)

Le mercredi 14 janvier, le département de la Justice a émis un communiqué de presse pour vanter son plus récent succès à faire échouer un complot terroriste au pays, annonçant que l'Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme avait arrêté un homme de Cincinnati pour avoir ourdi un complot visant à attaquer le Capitole à Washington et à tuer des représentants politiques. Le présumé terroriste est un jeune homme de 20 ans, Christopher Cornell, qui est sans emploi, vit à la maison, passe le plus gros de son temps à jouer des jeux vidéo dans sa chambre, appelle sa mère « Mommy » et considère que son chat est son meilleur ami. Le directeur de l'école secondaire où Cornell a fait ses études jusqu'en 2012 le décrit comme étant un « étudiant comme tous les autres...réservé, mais pas de façon excessive ».
Dans la déclaration d'un enquêteur du FBI suite à l'arrestation, celui-ci allègue que Cornell avait « publié sur internet des propos et de l'information appuyant le groupe État islamique par le biais de son compte Twitter. » Le FBI a pris connaissance de Cornell par le biais d'un informateur qui, selon le FBI, « a commencé à coopérer avec le FBI en échange d'un traitement favorable suite à un délit criminel non-relié à cette affaire ». Guidé par le FBI, l'informateur a organisé deux rencontres en personne avec Cornell où ils auraient discuté d'attaquer le Capitole, et le FBI dit qu'il a arrêté Cornell afin de l'empêcher de mener cet attentat à terme.
Les membres de la famille de Cornell disent qu'il s'est converti à l'Islam il y a à peine six mois et prétendent qu'il s'est mis à fréquenter une mosquée locale. Pourtant, le Cincinnati Enquirer n'a pu trouver une seule personne à cette mosquée capable de l'identifier, notant qu'un jeune Blanc récemment converti peut difficilement passer inaperçu dans une mosquée fréquentée en grande partie par des « immigrants de l'Afrique de l'Ouest », dont plusieurs parlent peu ou pas du tout l'anglais.
Comme de raison, le communiqué du département de la Justice a engendré une avalanche de titres médiatiques louangeant le FBI : « Le FBI affirme que l'attentat contre le Capitole était imminent. » (CNN) « Le FBI arrête un homme de l'Ohio, faisant échouer un complot terroriste. » (MSNBC) « Individu de l'Ohio accusé d'avoir ourdi un complot inspiré de l'État islamique pour attaquer le Capitole. » (Wall Street Journal)
De façon aussi prévisible, les représentants politiques se sont mis sur-le-champ à exploiter cette annonce pour justifier l'expansion de leurs pouvoirs d'espionnage au pays. Le représentant de la Chambre, John Boehmer, a affirmé hier que « les pouvoirs de surveillance de l'Agence de sécurité nationale avaient permis d'empêcher une tentative d'attentat contre le Capitole et qu'il était important que ses collègues en tiennent compte lorsque ils débattront le renouvellement du projet de loi qui autorise le gouvernement à cueillir de vastes informations sur ses citoyens. » Il les a mis en garde : « Nous vivons dans un pays dangereux, et de tels événements nous rappellent à toutes les semaines à quel point c'est vrai. »
Les faits connus de ce plus récent événement s'immiscent bien dans un scénario déjà familier selon lequel le FBI, loin de faire échouer des complots d'attaques terroristes au pays, les crée de toutes pièces pour ensuite se féliciter lui-même d'avoir fait échouer des complots dont il est le principal instigateur.
Voici le scénario : d'abord, cibler un musulman, non pas sur la base de preuves à l'effet qu'il a l'intention ou même la capacité de mener un acte terroriste, mais plutôt sur la base des opinions politiques qu'il défend. Dans la plupart des cas, le musulman ciblé par le FBI est très jeune (adolescent ou jeune vingtaine), instable, solitaire, sans emploi, qui a à peine la capacité de gérer ses affaires, encore moins de mener à bien une sérieuse attaque terroriste, et qui, de surcroît, ne semble pas impliqué dans aucun groupe terroriste comme tel.
Ensuite, trouver un autre musulman qui est très motivé à aider à faire échouer un « complot terroriste », soit parce qu'il recevra un montant alléchant d'argent du FBI ou encore — ce qui semble être le cas dans l'affaire Cornell — parce qu'il est déjà accusé d'un crime n'ayant aucun lien avec ce qu'on lui propose et cherche désespérément à coopérer avec le FBI soit pour l'argent, soit pour une peine plus indulgente, ou pour les deux. Le FBI confie alors à l'informateur un plan d'attaque détaillé, et parfois même l'argent et d'autres instruments pour mener le complot à bien, et l'informateur à son tour partage le tout avec la personne ciblée. Aussi l'informateur aura-t-il recours aux leurres, aux cajoleries et à la persuasion pour que celle-ci s'engage à mener à terme le complot ourdi par le FBI. Dans certains cas où la personne ciblée refuse de coopérer, on autorise l'informateur à lui offrir de grosses sommes d'argent pour convaincre cette personne, souvent sans le sou, de coopérer.
Dès que l'informateur a convaincu la personne ciblée d'agir, le FBI intervient à la dernière minute, la met en état d'arrestation, émet un communiqué se félicitant d'avoir fait échouer une attaque dangereuse (laquelle le FBI a conçue et financée, tout en recrutant les personnes nécessaires pour mener le tout à bien). Et voilà que le département de la Justice et les juges fédéraux font incarcérer la personne ciblée pour plusieurs années sinon des décennies (où elle est confinée à une cellule comme celles qu'on retrouve à Guantanamo). Les tribunaux étasuniens serviles soutiennent les accusations sur la base d'une interprétation large et flexible de la notion de « tendre un piège », ce qui peut rarement être invoqué par la défense. Comme l'a dit l'Associated Press hier soir : « Les arguments de la défense sont toujours rejetés par les juges et ces arnaques ont donné un grand nombre de convictions. »
Prenons en exemple l'accusation portée contre James Cromitie, un cas remarquable mais non hors-norme. James Cromitie était un Afro-Américain sans le sou s'étant converti à la religion musulmane et qui avait proféré des opinions antisémites, mais qui jusqu'à l'âge de 45 ans n'avait jamais démontré aucune tendance à vouloir participer à une attaque violente. Pendant pas moins de huit mois, le FBI a eu recours à un informateur — qui était déjà accusé d'un crime et qui était rémunéré par le FBI — afin qu'il tente de convaincre Cromitie d'accepter de participer à un complot terroriste que le FBI avait concocté. Et tout au long de ces huit mois, Cromitie a catégoriquement refusé. Mais voilà que le FBI lui a brandi 250 000 $ au bout du nez au moment même où il avait perdu son emploi. C'est alors qu'il a accepté, menant à son arrestation par le FBI. Le département de la Justice avait alors triomphalement annoncé l'importante arrestation d'un terroriste, pour ensuite le juger et l'expédier en prison pour 25 ans.
La juge fédérale dans ce procès, Colleen McMahon, a de façon répétitive critiqué le gouvernement pour avoir manufacturé ce complot d'un bout à l'autre. Lorsqu'elle a prononcé la sentence de Cromitie, elle a avoué que Cromitie « était incapable de commettre un acte de terrorisme par lui-même », et que c'est le FBI qui avait « créé de toute pièce des actes de terrorisme à partir des fantasmes de bravade et d'étroitesse d'esprit de l'accusé pour ensuite les rendre réels. » Elle a ajouté que « seul le gouvernement avait pu faire un terroriste de M. Cromitie, dont les bouffonneries n'ont d'égal que celles des personnages de Shakespeare. »
Dans son jugement soutenant sa condamnation, l'honorable McMahon a indiqué que Cromitie « avait tout de même résisté pendant huit mois », et a fait valoir que c'est seulement après que « le gouvernement eut offert une tentation irrésistible à un homme sans le sou provenant d'une communauté que je considère, en tant que juge y ayant présidé des douzaines de causes, l'une des communautés plus appauvries et dysfonctionnelles du district sud de New-York. » C'est en effet l'informateur du FBI, a-t-elle précisé, « qui fut le principal organisateur et instigateur de toute l'activité criminelle qui a suivi. » Elle a ensuite écrit (emphase ajoutée) :
« Il s'avère que le gouvernement a fait absolument tout ce que la défense avait prédit dans sa motion antérieure demandant que l'accusation soit retirée. Le gouvernement a sans aucun doute « manufacturé » les crimes pour lesquels ces individus sont accusés. Le gouvernement a inventé tous les détails du complot — plusieurs de ces détails — dont le voyage au Connecticut et l'inclusion de Stewart AFB comme personne cible — servant des objectifs légaux très précis dont les accusés ne pouvaient aucunement être conscients (le voyage soulevant la question de la juridiction fédérale et l'inclusion de Stewart AFB amenant une peine minimale de 25 ans). Le gouvernement a choisi les personnes à cibler. Le gouvernement a conçu et construit la fausse bombe que les accusés ont plantée (ou devaient planter) à des cibles choisies par le gouvernement. C'est le gouvernement qui a fourni tout le matériel servant au complot : caméras, téléphones cellulaires, autos, cartes et même un fusil. Le gouvernement a conduit tout ce beau monde partout, puisqu'aucun des accusés n'avait une auto ou un permis de conduire). Le gouvernement a financé le projet d'un bout à l'autre. Sans oublier que le gouvernement, par le biais de son agent, a offert aux accusés d'importantes sommes d'argent alléchantes pour inciter leur participation à ces crimes haineux.
« Aussi, avant de décider si les accusés (en particulier Cromitie, qui avait été approché pendant neuf mois) représentaient un véritable danger, le gouvernement a manqué de vigilance, se fiant plutôt aux rapports d'un informateur confidentiel qui refilait de l'information au sujet de Cromitie, laquelle information pouvait facilement être vérifiée (ou pas, puisqu'elle était presque totalement fausse). Toujours est-il que personne n'a jugé bon de vérifier tout cela avant d'offrir une balade djihadiste à un homme qui n'avait jamais été en contact avec des groupes extrémistes et qui n'avait d'autres antécédents que des délits liés à la drogue. »
À une autre occasion, l'honorable McMahon a écrit : « Il n'y a pas le moindre doute dans mon esprit que James Cromitie n'aurait jamais pu imaginer ce scénario dans lequel il s'est retrouvé. Et même s'il l'avait imaginé, comment aurait-il pu le mettre en oeuvre ? » Elle a ajouté que « bien que Cromitie était terriblement appauvri, et qu'il acceptait des repas et de l'argent pour le loyer des mains de l'informateur, il a sans cesse reculé sur chacune de ses déclarations violentes lorsqu'il s'agissait de les mettre en pratique », et que « c'est seulement lorsque les offres monétaires sont devenues extrêmement élevées — et qu'en plus Cromitie était vulnérable suite à la perte de son emploi — que celui-ci a enfin succombé. »
Ce sont bel et bien des accusations préventives : cibler des citoyens non pas sur la base de leur activité criminelle mais en fonction de leurs opinions politiques. Il s'agit d'une tentative de la part du gouvernement des États-Unis d'anticiper qui deviendra un criminel dans un avenir imprévisible en fonction de leurs opinions politiques — un peu comme la prémisse dystopienne du film Minority Report — pour ensuite exploiter les ressources financières, organisationnelles et même psychologiques du FBI, ainsi que les faiblesses des individus, pour réaliser le tout.
En 2005, un juge de la Cour d'appel, A. Wallace Tashima — le premier Nippo-Américain à être nommé au banc fédéral et qui avait été emprisonné dans un camp d'internement étasunien — s'est opposé avec véhémence à l'une de ces accusations et avait condamné ces incidents du FBI, disant qu'ils étaient « la conséquence troublante et malheureuse du recours par le gouvernement à des accusations anticipatoires comme arme pour mener la ' guerre contre le terrorisme ' ».
Il y a de nombreux cas semblables où le FBI annonce avec fanfare qu'il a fait échouer un de ses propres complots. Trevor Aaronson a systématiquement étudié ce qui est en fait le réseau de terreur du FBI au pays, et il a conclu que « près de la moitié de toutes les accusations de terrorisme par le département de la Justice implique des informateurs, dont plusieurs ont été motivés par l'appât financier (n'oublions pas qu'un agent peut recevoir jusqu'à 100 000 $ par tâche assignée) ou par l'appât de faire tomber des accusations liées au criminel ou à l'immigration. » Il a répertorié « 49 accusés de terrorisme ayant participé à des complots dirigés par un agent provocateur — un agent du FBI qui instigue un acte terroriste. » En 2012, Petra Bartosiewicz a passé en revue tous les cas de terrorisme suite au 11 septembre pour le journal The Nation et a conclu que :
« La presque totalité des accusations liées au terrorisme suite au 11 septembre sont le fruit d'une arnaque, avec la participation inévitable d'un informateur gouvernemental en tant qu'acteur principal. Dans tous ces cas, les informateurs — qui travaillent pour de l'argent ou qui cherchent à se débarrasser de leurs propres dossiers criminels — ont outrepassé les limites entre simplement observer un comportement potentiellement criminel et encourager et assister quelqu'un à participer aux complots qui sont en grande partie l'oeuvre du FBI lui-même. Sous la direction du FBI, les informateurs fournissent des armes, proposent des cibles et provoquent même les propos politiques inflammatoires qui mènent éventuellement à des accusations de terrorisme. »
Le gouvernement des États-Unis exerce une pression parfois très forte sur ses alliés afin que ceux-ci adoptent les mêmes tactiques frauduleuses contre leurs propres citoyens musulmans (et comme pour la plupart des abus issus de la guerre contre le terrorisme, cette pratique a maintenant infiltré les lois du pays n'ayant rien à voir avec le terrorisme : dans une accusation pour trafic de stupéfiants l'an dernier, un juge fédéral a condamné la Drug Enforcement Agency pour avoir entraîné quelqu'un dans une affaire de trafic de cocaïne, disant que « dans l'enquête du gouvernement, celui-ci avait eu recours à des techniques qui avaient engendré un nouveau crime seulement dans le but de porter des accusations criminelles contre l'accusé ».)
Beaucoup de faits
importants dans le cas de Cornell sont
inconnus, mais il est tout de même de mise de prendre cet
incident avec une bonne dose de scepticisme. Oui, en tant que mineur,
Cornell a eu des ennuis avec la loi laissant transparaître
certains problèmes de colère, mais rien dans le
passé de l'homme de 20 ans ne laisse entendre qu'il a
été attiré par la violence politique (il a
hué une cérémonie commémorative locale du
11 septembre l'année dernière, mais n'a pas
été arrêté). Il n'y a aucune preuve à
l'effet qu'il a eu quelque contact avec des agents terroristes, soit
d'un
pays étranger ou aux États-Unis (l'informateur affirme
vaguement que Cornell prétend avoir été
« en contact
avec des individus d'outremer », mais avait
ultérieurement expliqué à l'informateur qu'il ne
pensait pas « recevoir une autorisation spécifique
pour mener une attaque terroriste aux États-Unis ».)
Le père de Cornell a accusé le FBI d'être responsable de ce complot, disant de son fils : « Il est un fils à maman. Son meilleur ami est son chat Mikey. Il appelle encore sa mère ' Mommy ' » Son père dit aussi que son fils « a 20 ans mais qu'il est davantage comme un garçon de 16 ans qui n'a jamais quitté la maison ». Il a ajouté que son fils avait seulement 1 200 $ dans son compte de banque, et que l'argent servant à se procurer des armes ne pouvait venir que du FBI. C'est le FBI, a-t-il dit, qui l'a « mené par le bout du nez, lui remplissant la tête de toutes sortes de balivernes. »
La mosquée où supposément Cornell allait prier est petite et fonctionne par bénévolat. Son revenu annuel pour l'année dernière ne s'élève qu'à 115 000 $. Aussi n'a-t-elle aucun passé lié à entretenir des suspects terroristes ou des radicaux violents.
Peu importe tous les autres détails, il faut prendre les prétentions du FBI avec un esprit critique et une bonne dose de scepticisme. Aussi les organisations médiatiques ne devraient surtout pas présenter cet incident comme un dangereux complot terroriste qui a pris fin grâce à l'intervention héroïque du FBI. Il faut cesser de dire aux téléspectateurs que le FBI a « découvert » un complot qu'il a lui-même créé, et surtout ne pas le présenter — comme l'a fait Steve Kornacki du MSNBC — comme faisant partie d'un complot plus important fomenté par des groupes terroristes internationaux, du moins, pas avant d'avoir en main de nouvelles preuves. (Et en passant, M. Kornacki, Anwar Awlaki n'était pas « le dirigeant d'Al Qaida au Yémen », même si le fait de répéter cette fausseté peut venir au secours du président Obama qui a ordonné l'assassinat de ce citoyen des États-Unis en faisant fi de la voie légale.) Ni des politiciens comme John Boehner ne devraient-ils avoir le droit de prétendre sans opposition comment ce grave complot est la preuve de la nécessité du Patriot Act et du programme d'espionnage intérieur de la National Security Agency.
Le fait que des personnes solitaires et instables se procurent des armes et cherchent à tirer sur les gens représente bien sûr un danger. Mais autoriser le FBI à créer des complots de toutes pièces représente aussi un danger, tout en servant à maintenir de hauts niveaux d'inquiétude face au terrorisme ainsi que de hauts niveaux de budget et de pouvoir d'espionnage. Ohio est un important bénéficiaire des dépenses consacrées à la sécurité du pays : il s'y trouve « quatre centres de fusion, plus que tout autre État mis à part la Californie, New York et le Texas. L'Ohio est aussi le quatrième État (avec New York) au pays à avoir quatre Équipes spéciales de lutte contre le terrorisme du FBI. »
Pour justifier toutes ces dépenses consacrées au combat contre le terrorisme, il n'y a rien comme offrir à tous ces agents de police aux prises avec l'oisiveté de se réunir et d'ourdir des complots afin de justifier ces dépenses, tout en faisant de la publicité pour leur idéologie favorable à l'espionnage. Les réseaux médiatiques ont la responsabilité d'enquêter les dires du FBI, et non de les répéter sans réfléchir tout en affichant des visages terrorisés et en offrant aux téléspectateurs une brochette de scènes troublantes.
(Traduction : LML)
Le 13 janvier, le procès de l'ex-responsable de la CIA, Jeffrey Sterling, s'est ouvert au tribunal de district d'Alexandria en Virginie. Sterling est accusé, en vertu de la Loi sur l'espionnage, d'avoir révélé illégalement de l'information relative à la défense nationale en révélant les détails d'une opération de la CIA, l'Opération Merlin, au journaliste James Risen. Afin de monter sa preuve, le gouvernement avait cité Risen à comparaître pour le forcer à divulguer ses sources confidentielles tout en disant appuyer la liberté de presse.
L'opération Merlin a
été
menée dans le contexte des efforts des États-Unis pour
isoler l'Iran et y faire un changement de régime. Les
États-Unis lançaient depuis longtemps des accusations non
fondées contre l'Iran à l'effet qu'il avait un programme
secret d'armes nucléaires. Dans le cadre de l'Opération
Merlin, qui a débuté en 1996 et a été
appuyée par le président de l'époque Bill Clinton,
la CIA a fourni des plans à l'Iran au sujet d'un composant
essentiel à la réalisation d'un programme
nucléaire.
L'activiste antiguerre David Swanson a assisté à la première séance du procès de Sterling et a fourni ce reportage :
« La CIA a dessiné les plans d'un composant essentiel d'une bombe nucléaire, ce qu'un agent de la CIA a décrit dans son témoignage du mercredi 14 janvier comme ' les joyaux de la couronne ' d'un programme d'armes nucléaires », y a inséré des erreurs et a donné ces plans erronés à un Russe pour qu'il les transmette à l'Iran.
« Pendant le procès, mercredi matin, les témoins de la couronne ont dit clairement que d'aider l'Iran à développer un composant d'une bombe était illégal en vertu des lois américaines sur le contrôle des exportations et qu'ils étaient conscients au moment de l'opération que c'est précisément ce qu'ils faisaient. »
« L'objectif déclaré de [...] l'Opération Merlin était de ralentir le programme d'armes nucléaires de l'Iran en forçant les scientifiques iraniens à dépenser temps et ressources sur un programme voué à l'échec.
« [...]Le gouvernement des États-Unis manquait de preuves de l'existence d'un programme d'armement nucléaire iranien et est devenu convaincu peu après que ce programme n'existait pas et n'avait pas existé dans un passé récent non plus. Malgré cela, des années d'efforts et des millions de dollars ont été engloutis pour essayer de ralentir le programme en termes de mois. La CIA l'a conçu, en a fait des plans et a dressé une liste de composants pour un engin de tir nucléaire (le composant de la bombe nucléaire). Elle a laissé le projet intentionnellement incomplet en pensant qu'aucun scientifique russe ne verrait que le projet était incomplet..[...]
« Selon un message qui a été lu en cour, la CIA aurait voulu fournir à l'Iran le composant en question tout construit mais ne l'a pas fait parce que cela n'aurait pas été crédible que le scientifique russe l'ait eu lui aussi en sa possession. »
C'est ainsi que des plans nucléaires « erronés » ont été fournis à l'Iran en février 2000, et à cause de ces erreurs on pensait ralentir la construction par l'Iran d'un engin de tir fonctionnel.
L'Opération Merlin montre combien les impérialistes américains sont détachés de la réalité. À tout le moins, bien que l'Iran n'ait pas de programme d'armes nucléaires, le fait qu'il accepte les plans était censé « prouver » que le programme existe et justifier l'affirmation des États-Unis que l'Iran fabriquait des armes nucléaires. Swanson note que « un autre fait qui explique l'Opération Merlin et le caractère défensif de la poursuite et des témoins [...] est que c'était une tentative de placer des devis nucléaires en Iran [...] ». Il a fait remarquer qu'en 2004 on avait placé en Iran une preuve semblable pour tenter de faire un coup monté contre l'Iran et justifier l'agression américaine.
Le 12 janvier, le gouvernement des États-Unis a annoncé que l'écrivain James Risen ne serait pas cité à comparaître au procès contre l'ancien responsable de la CIA Jeffrey Sterling.
Un article du New York Times se lisait ainsi :
« M. Risen, deux fois gagnant du Prix Pulitzer, est le journaliste le plus en vue que l'administration Obama avait recruté pour sévir contre les représentants du gouvernement qui parlent aux journalistes des questions de sécurité nationale. Le département de la Justice a levé plus d'accusations pour des cas de fuite que toutes les administrations précédentes prises ensemble
« Le département de la Justice a d'abord assigné M. Risen à comparaître pour témoigner en 2008 sous l'administration Bush. [Le procureur général des États-Unis Eric] Holder a émis un deuxième subpoena en 2011. En plus d'assigner M. Risen à comparaître, le département de la Justice s'est secrètement emparé d'enregistrements téléphoniques de l'Associated Press, a traité un journaliste de Fox News de co-conspirateur criminel et a appelé un autre à témoigner devant un grand jury.
Selon le Times, les tentatives du gouvernement « ont provoqué une réaction parmi les groupes de journalistes et les défenseurs des droits civils. Alors que le cas de M. Risen s'éternisait, M. Holder, qui a maintenant annoncé sa retraite, a effectué un changement de politique. Il a réécrit les règlements d'assignation à comparaître du département de la Justice et dit qu'il n'essaierait pas de mettre les journalistes en prison pour avoir fait leur travail.
« Cette ordonnance a donné lieu à une audience en cour très particulière (une semaine avant le procès de Sterling). M. Risen est venu témoigner et a dit qu'il ne révélerait pas ses sources et ne fournirait pas de détails sur la provenance de son information. Les procureurs, sous les ordres de M. Holder, n'ont pas demandé de réponses parce que cela aurait exposé M. Risen à des accusations d'outrage et à une peine de prison. »
Conséquemment, Risen ne va pas témoigner au procès de Sterling. Le Times note que les procureurs au procès de Sterling ont dit qu'ils ne pourront pas gagner leur procès sans le témoignage de Risen.
L'avocat de Risen Joel Kurtzberg a dit que, même si M. Risen ne va pas témoigner, le département de la Justice a utilisé le cas pour créer un précédent judiciaire qui pourra être utilisé à l'avenir pour forcer des journalistes à témoigner.
« Je m'inquiète de ce que vont faire les futures administrations a-t-il dit. Ce précédent est mauvais, et ce n'est pas chaque branche de l'exécutif qui dans l'avenir va user de sa discrétion de la façon dont celle-ci l'a fait. Cela aurait pu se passer autrement. »
(Sources : Information Clearing House, New York Times)
Rencontre de haut niveau pour la
normalisation
des relations États-Unis-Cuba

Le 21 janvier, Cuba et les États-Unis ont débuté les pourparlers au plus haut niveau depuis des décennies afin d'ouvrir la voie vers le rétablissement des relations diplomatiques et examiner d'autres questions d'intérêt bilatéral.
La délégation américaine était menée par la sous-secrétaire au Département d'État pour les affaires interaméricaines Roberta Jacobson, la fonctionnaire de plus haut niveau à avoir visité Cuba depuis les années 70.
La délégation de Cuba était dirigée par Josefina Vidal Ferreiro, directrice générale du Département chargé des États-Unis au ministère des Relations extérieures (Minrex).
Avant la rencontre, un représentant du Minrex a assuré la presse que le pays approche ces pourparlers dans un esprit constructif, aspirant à un dialogue respectueux entre égaux, basé sur la souveraineté nationale et la réciprocité, qui ne compromet pas l'indépendance du pays ou le droit du peuple à l'autodétermination.
« Nous ne devons pas prétendre que tout peut être résolu dans une rencontre » a dit le diplomate, alors que ce sont les premiers pas vers la restauration des relations diplomatiques rompues il y a plus de 50 années. Il a poursuivi : « La normalisation des relations est un processus beaucoup plus long et complexe durant lequel les questions d'intérêt pour les deux parties doivent être abordées. »
Il a ajouté que les mesures annoncées par le président Obama sont positives mais beaucoup reste à faire au sujet du blocus économique, commercial et financier imposé unilatéralement par les États-Unis contre Cuba. Le diplomate a expliqué que, après que les annonces aient été faites par le président Barack Obama et Raúl Castro le 17 décembre, les deux parties se sont entendues pour modifier l'ordre du jour d'une rencontre déjà planifiée pour discuter des questions migratoires.
Durant les deux journées, trois rencontres ont
été planifiées afin de discuter des questions
suivantes : 1) migration ; 2) l'initiation du processus pour
rétablir les relations diplomatiques et 3) autres questions
d'intérêt mutuel et de coopération.


Les pourparlers sur les questions migratoires le 21 janvier marquaient la 28e série de discussions. Les dirigeantes des deux délégations ont décrit la teneur du dialogue comme respectueux et constructif, rendant compte des progrès sur des sujets spécifiques.
Vidal Ferreiro a indiqué que plusieurs aspects des relations migratoires ont été évalués, incluant l'adhésion aux ententes effectives depuis 1994-95 et l'émission des visas pour les émigrants et les visiteurs. Également abordés ont été les résultats des actions prises par les deux parties pour combattre l'émigration illégale, le trafic de personnes et la fraude migratoire, selon Vidal.
Le sous-secrétaire d'État adjoint pour les Amériques, Edward Alex Lee a dit à la presse que lors des pourparlers, Cuba et les États-Unis ont souligné leur engagement en faveur d'une migration sûre, légale et ordonnée.
Le diplomate américain a ajouté que les pourparlers ont été productifs et que l'esprit de collaboration prévalait en dépit des différences entre les pays, et que des opportunités existent pour poursuivre ensemble le travail sur des questions d'intérêt mutuel.
La situation de la Section des Intérêts de Cuba à Washington, qui est sans services bancaires depuis presqu'un an résultant du blocus américain, affecte sévèrement les services qu'elle doit fournir à ceux qui renouvellent leur passeport ou demandent un visa, indique un communiqué de presse du Minrex.
La deuxième journée des pourparlers s'est concentrée sur le rétablissement des relations diplomatiques, l'ouverture des ambassades et autres questions d'intérêt bilatéral.
Un représentant du Minrex a dit que l'ouverture des ambassades dans les deux capitales devrait être basée sur les principes de la Charte des Nations unies et la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires.
Lors de cette rencontre, Cuba a réitéré la proposition qu'elle a faite l'année dernière au gouvernement des États-Unis de tenir un dialogue respectueux sur la base de la réciprocité au sujet des droits humains, a rapporté un porte-parole du Minrex.
Le 19 janvier, le ministre des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parrilla, a reçu une délégation de sénateurs du parti démocrate : Patrick Leahy (Vermont), Richard Durbin (Illinois), Sheldon Whitehouse (Rhode Island) et Debbie Stabenow (Michigan), ainsi que les représentants Christopher Van Hollen (Maryland) et Peter Welch (Vermont), C'est la première visite par des législateurs américains à Cuba depuis l'annonce historique du 17 décembre que les États-Unis rétabliraient les relations avec Cuba.
La directrice générale du Département chargé des États-Unis au Minrex et le chef de la Section des Intérêts de Cuba à Washington, José Ramon Cabañas, ont participé à ces rencontres, où des questions d'intérêt mutuel ont été discutées.
Dans le même ordre d'idées, le gouverneur de New York Andrew Cuomo dirigera une mission commerciale à Cuba dans les prochains mois. « Dans le cadre de l'initiative mondiale NY, le gouverneur Cuomo planifie de mener une mission commerciale à Cuba. C'est un des nombreux voyages de ce genre qu'il planifie de mener lors de son nouveau mandat afin de promouvoir New York », a déclaré la directrice des communications du gouverneur Melissa Derosa le 18 janvier.
Avec le voyage, le gouverneur de New York deviendra un des premiers politiciens américains de haut niveau à visiter Cuba depuis l'annonce avant-gardiste du 17 décembre.
Cuomo a été réélu en novembre dernier et doit mener une série de cinq missions commerciales lors de son deuxième mandat. Il a décidé que Cuba serait sa première destination, un geste coïncidant avec l'allègement des restrictions sur les voyages par les Américains à ce pays des Caraïbes, écrit le Wall Street Journal.
(Avec des articles de Radio Havana Cuba, EFE, Granma International, Prensa Latina. Photos : CubaDebate)
Le 20 janvier, lors de son adresse sur l'État de l'Union à la session conjointe du Congrès, regroupant le Sénat et la Chambre des représentants, le président des États-Unis Barack Obama a demandé au Congrès de lever le blocus de Cuba que les États-Unis appellent embargo pour nier son caractère extraterritorial. Obama a réaffirmé que la politique des États-Unis envers Cuba est un échec et réitéré les changements importants qu'il avait annoncés et le travail pour rétablir les relations diplomatiques.
« À Cuba, nous mettons fin à une politique qui avait depuis longtemps dépassé sa date d'expiration. Lorsque ce que vous faites ne fonctionne pas durant cinquante années, il est temps d'essayer quelque chose de nouveau. Notre changement de politique envers Cuba a le potentiel de mettre fin à l'héritage de la méfiance dans notre hémisphère ; il supprime un faux prétexte pour les restrictions à Cuba, défend les valeurs démocratiques et tend la main de l'amitié au peuple cubain. Et cette année, le Congrès devrait commencer le travail visant à lever le blocus. Comme Sa Sainteté, le Pape François, a dit, la diplomatie est l'oeuvre de petits pas. Ces petits pas ont mené à un nouvel espoir pour l'avenir à Cuba. »
ABC News a fait remarquer que « cet appel à l'action survient après que le président ait fait tout ce que la branche exécutive est en droit de faire pour normaliser les relations avec ce pays communiste mais seul le Congrès peut lever le blocus qui perdure depuis longtemps ».
Les différences qui existent au sein des cercles dirigeants des États-Unis sur la politique envers Cuba étaient évidentes lors de l'Adresse sur l'État de l'Union. L'entrepreneur américain Alan Gros s'est assis à côté de la Première dame Michelle Obama en tant qu'invité de la Maison-Blanche. Gross, qui a été impliqué dans la construction d'un réseau de télécommunications clandestin visant à subvertir l'État cubain, a été libéré par Cuba sur une base humanitaire en décembre, une libération qui a contribué au rétablissement des relations formelles. Pendant ce temps, la congressiste anticubaine notoire, Ileana Ros-Lehtinen, a invité deux soi-disant dissidents cubains. Ros-Lehtinen, une républicaine dont le district comprend Miami, est liée de près avec des organisations anticubaines de la région. Le républicain et président de la Chambre John Boehner a invité une femme dont le père était membre de l'organisation Frères à la rescousse, considérée comme une organisation terroriste à la fois par Cuba et le FBI, dont l'avion a été abattu pour avoir violé et refusé de quitter l'espace aérien cubain. Ces gestes montrent que les républicains ne veulent pas abandonner leur politique en déroute envers Cuba qui comprend le terrorisme d'État, l'intensification du blocus et d'autres mesures qui n'ont pas réussi à renverser le peuple cubain, sa direction et sa révolution.
La veille de l'adresse sur l'État de l'Union, 78 anciens politiciens, hommes d'affaires et membres de la communauté cubano-américaine ont envoyé une lettre ouverte au président Obama. La lettre, qui est signée par trois anciens secrétaires d'État adjoints pour les relations dans l'hémisphère occidental, d'anciens hauts fonctionnaires de toutes les couleurs politiques et des hommes d'affaires cubano-américains importants, demande à Obama de « travailler avec le Congrès pour mettre à jour le cadre législatif à l'égard de Cuba afin qu'il ... reflète les réalités du XXIe siècle ».
Le texte salue la mesure prise par Obama le 17 décembre lorsqu'il a annoncé la normalisation attendue des relations diplomatiques avec Cuba. Les signataires ont souligné l'échec de la politique du blocus américain contre Cuba. Bon nombre des personnes qui ont signé cette lettre sont parmi ceux qui ont envoyé une lettre ouverte à Obama l'an dernier, lui disant qu'il avait l'occasion de prendre des mesures exécutives pour modifier des aspects de la politique américano-cubaine. Cette lettre ouverte, publiée à la veille de l'adresse d'Obama sur l'État de l'Union, a également été appuyée par des hommes d'affaires bien connus, dont les frères Fanjul, qui sont cubano-américains ainsi que le magnat vénézuélien Gustavo Cisneros, qui est né à Cuba.
Par leur lettre, les signataires ont également rappelé à Obama la possibilité offerte par le prochain Sommet des Amériques, qui se tiendra à Panama en avril et où, pour la première fois, Cuba a été invité.
Dans le même ordre d'idées, quelque 30
organisations et entreprises agricoles se sont réunies pour
former la Coalition agricole américaine en appui à Cuba
(USACC) afin de promouvoir la fin du blocus américain contre
Cuba, qu'ils décrivent comme un obstacle que les
États-Unis se sont eux-mêmes imposé pour contrer
l'augmentation des échanges.

Dans une déclaration faite le 8 janvier en conférence de presse, Bob Stallman, président de l'American Farm Bureau Federation a dit : « Améliorer les relations commerciales entre les États-Unis et Cuba va augmenter l'accès à un marché de 11 millions de consommateurs aux produits agricoles des États-Unis. » Il a ajouté : « À l'heure actuelle, les agriculteurs américains peuvent exporter à Cuba mais les exigences bancaires des tierces parties et le financement limité de crédits rendent la concurrence sur le marché plus difficile qu'elle ne devrait l'être. Nous nous réjouissons à l'idée d'une levée rapide de ces restrictions. » En fait, à cause de ces obstacles, les agriculteurs américains ont cessé en 2008 de vendre du riz à Cuba.
Stallman a fait remarquer que de nombreux autres pays ont élargi librement leurs relations et leur commerce avec Cuba tandis que les agriculteurs américains sont désavantagés. Il a insisté pour que les agriculteurs et les entreprises agricoles aient eux aussi la possibilité de le faire.
L'American Farm Bureau Federation comprend 28 des principales organisations agricoles du pays représentant les producteurs de sorgho, de soja, de maïs, de lait et de viande, parmi les autres cultures vivrières, y compris les géants de l'industrie tels que Cargill et Smithfield Foods.
Paul Johnson, président de Chicago Foods International LLC et vice-président de l'USACC a dit qu'il faudra un certain temps pour que le Congrès aille de l'avant avec la normalisation des relations avec Cuba mais qu'il faut mettre fin au blocus.
Durant l'événement, le secrétaire américain à l'Agriculture Tom Vilsack a souligné les possibilités de commerce avec Cuba. Cuba importe une quantité importante de nourriture et représente un marché de 1,7 milliard $, a-t-il dit.
Représentant l'industrie agro-alimentaire américaine, en particulier celle du Midwest, le gouverneur du Missouri Jay Nixon a critiqué le processus bureaucratique complexe en ce qui a trait au commerce avec Cuba, décrivant les restrictions comme un obstacle que les États-Unis se sont eux-mêmes imposé.
Nixon a déclaré que les exportations du Brésil vers Cuba ont quadruplé au cours de la dernière décennie alors que l'Espagne, l'Argentine et le Canada élargissent leur part d'un marché qui est fermé aux agriculteurs et à l'industrie agro-alimentaire américaine.
(Sources : La Maison blanche, ABC News, U.S. News, Granma International ; Photo :. AFBF)
Lorsque le président américain Barack Obama a annoncé le 17 décembre qu'il a donné la directive que son administration démarre le processus de normalisation des relations avec Cuba, il restait un grand obstacle : le blocus contre Cuba qui demeurait en place. Comme l'a déclaré Obama, le blocus a été codifié dans la législation. Il a annoncé son intention d'entreprendre des pourparlers avec le Congrès pour lever le blocus. Mais avec les deux chambres du Congrès maintenant entre les mains du parti républicain, cela semble peu probable. Mais la réalité est qu'Obama n'a pas besoin de la permission du Congrès. Comme il l'a fait quand il a annoncé qu'il allait différer l'expulsion de certains résidents sans papiers, Obama peut et doit agir de sa propre initiative, a déclaré Matt Poppe dans un article publié le 19 janvier dans le bulletin de nouvelles Counterpunch.
Il semble que c'est le Congrès qui doit abroger la loi Helms-Burton pour mettre fin au blocus, sinon les mains du président sont liées. Sauf qu'en réalité, les règlements que le président est condamné à faire respecter ne sont pas valides et ne doivent pas être juridiquement contraignants pour lui. C'est parce que la réglementation contre Cuba est sans fondement juridique parce qu'elle est écrite sur la base de l'application contre Cuba du statut d'ennemi.
Mais Cuba ne répond pas à la définition d'un ennemi. Selon le Trading with the Enemy Act (TWEA), un « ennemi » est défini comme « toute personne » ou « gouvernement d'une nation avec laquelle les États-Unis sont en guerre ». La Loi précise que « le début de la guerre » est « à minuit du jour se terminant où le Congrès a déclaré ou doit déclarer la guerre ou l'existence d'un état de guerre ».
Le Congrès n'a jamais déclaré la guerre à Cuba. En fait, il n'a jamais déclaré la guerre depuis qu'il l'a fait en 1941 au Japon et à l'Allemagne, pas à la Corée, au Vietnam, au Cambodge, au Laos, à la Grenade, au Nicaragua, au Panama, à l'Afghanistan, à l'Irak, ou à tout autre pays. Il n'y a donc aucune autorité légale pour appliquer à Cuba le TWEA.
L'ensemble de la réglementation contrôlant les actifs cubains, qui est codifiée au Conseil du trésor est illégitime. Si Cuba n'est pas un ennemi, on ne peut utiliser une loi qui s'applique uniquement aux ennemis sur la base d'un ensemble de règlements promulgués en vertu de cette loi.
Le président peut utiliser son pouvoir exécutif afin d'abroger les règlements qui n'ont pas force de loi. Si le Congrès veut que le président continue de faire respecter le blocus, il doit amender le TWEA de façon à modifier la définition d'un ennemi ou adopter une nouvelle loi qui donne au président le pouvoir de faire respecter un blocus contre un pays alors que les États-Unis ne sont pas en guerre contre ce pays.
L'abrogation de la réglementation du Conseil du trésor permettrait aux citoyens américains de voyager à Cuba et permettrait la plupart des échanges commerciaux entre les deux pays. Il existe plusieurs autres dispositions du blocus qui demeureraient. Toutefois, bon nombre de ces dispositions sont en violation directe du droit international et sont également illégitimes.
Si Obama devait invalider la réglementation du Conseil du trésor pour en finir avec le blocus, il aurait encore sans doute l'autorité en vertu de la Loi sur l'aide étrangère pour faire respecter un blocus contre Cuba. Mais ce serait juste une option, pas une obligation. Si Obama veut mettre fin au blocus, il n'a pas besoin de la permission du Congrès. Il peut simplement émettre une directive à son administration d'éliminer la réglementation qui a été appliquée illégalement par le gouvernement américain contre ses citoyens et contre Cuba durant les 51 dernières années.
Obama a montré qu'il est prêt à
utiliser son pouvoir exécutif sur d'autres questions, plus
récemment en novembre sur l'immigration. Ce qu'il n'est
peut-être pas prêt à faire est de
révéler les fondements frauduleux de l'une des politiques
les plus largement détestées de l'histoire des relations
internationales.


Le 15 janvier, le gouvernement des États-Unis a annoncé la mise en place des mesures annoncées par le président des États-Unis Barack Obama le 17 décembre 2014, éliminant certaines restrictions sur le commerce avec Cuba et les voyages vers le pays par les citoyens américains dans certaines catégories. Une lecture préliminaire des règlements publiés par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor des États-Unis indique que ces changements modifient l'application de certains aspects du blocus, rapporte la presse cubaine.
Bien que l'interdiction des
voyages n'ait pas
été éliminée — ce qui demanderait une
action du Congrès — certaines restrictions sur les voyages par
les citoyens américains et les résidents permanents dans
12 catégories préétablies ont été
allégées. Parmi les changements on retrouve le retrait
des limites des dépenses des voyageurs à Cuba, la
permission d'utiliser des cartes de crédit et de débit,
et l'autorisation pour les agences de voyages, les compagnies
aériennes et les compagnies d'assurances d'organiser des
services de voyage à Cuba. Cependant, le tourisme et les
voyages maritimes demeurent interdits.
Parmi d'autres changements, on compte une augmentation des limites d'envois d'argent à Cuba par des membres de la famille résidant aux États-Unis, de 500 $ à 2 000 $ trimestriellement.
Au sujet du commerce, les restrictions sur les exportations américaines à Cuba demeurent en place, incluant les produits de technologie avancée, bien que des ventes limitées à des parties privées, par le biais de compagnies cubaines d'import-export, de matériaux de construction et d'équipement agricole soient permises. L'interdiction de l'exportation de produits cubains aux marchés américains demeure en place, bien que les visiteurs puissent ramener des achats allant jusqu'à 400 $, incluant 100 $ de cigares et de rhum.
Les changements américains affectent aussi les services de télécommunications. Notablement, c'est le seul secteur dans lequel l'investissement américain dans les infrastructures est autorisé, avec les ventes de services, logiciels et équipements — excluant les produits de technologie avancée. Cela reflète l'objectif déclaré des États-Unis d'utiliser ces moyens pour s'ingérer dans la société cubaine.
De plus, les institutions financières américaines peuvent ouvrir des comptes dans des banques cubaines pour des transactions reliées aux activités autorisées mais le changement n'est pas réciproque. Les banques cubaines ne peuvent ouvrir de comptes aux États-Unis.
Les nouveaux règlements ne modifient pas les restrictions existantes sur les voyages maritimes, bien que les navires d'autres pays transportant de la nourriture, de l'équipement médical ou du matériel d'urgence à Cuba ne soient plus empêchés de voyager directement aux États-Unis après avoir quitté les ports cubains. Les autres navires devront continuer d'attendre 180 jours avant d'entrer dans un port américain, en raison de la loi Torricelli de 1992.
Les aspects clés du blocus qui ne sont pas affectés par les modifications incluent l'interdiction de l'utilisation du dollar américain dans les transactions internationales ; l'acquisition dans d'autres marchés de produits de technologie et l'équipement contenant plus de 10 % de composants fabriqués aux États-Unis ; les relations commerciales avec les filiales de sociétés américaines dans d'autres pays et l'importation aux États-Unis de produits contenant des matières premières de Cuba.
« Les mesures annoncées constituent un pas dans la bonne direction, mais beaucoup reste à faire pour démanteler les autres aspects du blocus économique, commercial et financier par l'autorité exécutive présidentielle, et l'action du Congrès pour mettre fin au blocus une fois pour toutes », écrit Granma International.
(Granma International)
Justice pour Haïti! Dehors, les exploiteurs impérialistes et leurs collaborateurs!

Le 13 janvier, le parlement haïtien a été dissous après que le président Michel Martelly ait échoué à négocier une nouvelle loi électorale et à gagner de l'appui pour son plan endossé par les États-Unis de reporter les élections encore une fois. Cela fait plus de 3 ans que les élections sont continuellement reportées. Martelly est arrivé au pouvoir avec l'appui des États-Unis suite au tremblement de terre de 2010. La situation actuelle ne fait que rendre plus évident le caractère illégitime du régime de Martelly qui gouverne par décret au nom des intérêts américains. Le 16 janvier, Martelly a nommé Evans Paul premier ministre et dit qu'il allait faire usage de « l'autorité exécutive » pour former un « gouvernement de consensus », une contradiction dans les termes. Ce soi-disant gouvernement a été nommé par Martelly le 18 janvier.
Thomas Péralte, écrivant dans Haïti Liberté le 21 janvier, décrit ainsi la crise politique en Haïti :
« Depuis son arrivée au pouvoir le 14 mai 2011, le président Michel Martelly a réussi à éviter la tenue d'élections en Haïti. Cela a provoqué une crise politique qui a bouleversé les institutions démocratiques et la vie quotidienne du peuple. Il s'en est suivi la hausse du coût de la vie, la dévaluation de la gourde haïtienne, la dissolution du Parlement et des actions et manoeuvres judiciaires arbitraires et folles.
« La crise a finalement mené à la formation d'un gouvernement installé de facto, dirigé par un premier ministre nouveau et totalement illégal, le politicien opportuniste par excellence Evans Paul, connu sous le nom de Konpè Plim ou K-Plim.
« Pendant ce temps,
l'ex-premier ministre
Laurent Lamothe, qui a démissionné suite aux
manifestations massives du 13 décembre, est
soupçonné par plusieurs d'avoir détourné ou
volé des millions de dollars quand il était au pouvoir.
Aucune comptabilité n'a été tenue de la gestion de
son régime. Le peuple revendique la transparence, et
si nécessaire, l'arrestation de Lamothe.
« La décision unilatérale de Martelly de nommer Paul premier ministre est un affront. Même si l'ancien dramaturge a certaines lettres de créance en tant qu'ancien artiste et activiste antiduvaliériste et qu'il était l'organisateur de la campagne présidentielle victorieuse de Jean-Bertrand Aristide en 1990, il est devenu un opposant farouche d'Aristide dans les années qui ont suivi et a été aux premières lignes du coup d'État contre son ancien allié politique.
« Le premier janvier 2014, à Gonaïves, Paul a commis un outrage contre ses anciens camarades en se joignant à l'ex-dictateur Jean-Claude Duvalier et au néoduvaliériste, l'ancien général et dictateur Prosper Avril pour célébrer avec le président Martelly le 210e anniversaire de l'indépendance haïtienne.[...]
« Dans la période qui a mené à la crise actuelle, quelques acteurs politiques ont appelé à un accord politique et à un gouvernement de consensus de salut public. Cela aurait pu être possible par le biais de négociations de bonne foi avec les partis politiques d'opposition et d'autres institutions de l'État. Mais l'intransigeance et l'arrogance de Martelly ont rendu impossibles de telles négociations. Il a choisi unilatéralement Evans comme premier ministre et l'a installé au pouvoir le 16 janvier sans l'assentiment du Parlement bien que la constitution l'exige. K-Plim est donc devenu un autre premier ministre de facto, comme Gérard Latortue que Washington a placé au pouvoir en Haïti suite au coup de 2004 contre Aristide.
« Je n'ai pas fait campagne pour le candidat Martelly et je n'ai pas voté pour lui non plus ', a dit Evans à son intronisation. 'Il a fait campagne autour d'un programme politique. Aujourd'hui, je suis devenu son premier ministre, alors je dois respecter son programme. Je ne suis pas le premier ministre d'un parti politique. Mon gouvernement a deux objectifs principaux : créer les conditions à la tenue d'élections et assurer la continuité de l'État. '
« Avez-vous bien entendu ? À ceux qui appellent à un gouvernement de consensus, il répond que ce n'est pas son ordre du jour. Il entend ' assurer la continuité ' du régime de Laurent Lamothe, un régime de corruption politique, de pillage des ressources de l'État, de mensonges et de servilité envers les États-Unis et leurs alliés.
« Devant cette réalité, La
Plateforme les enfants de Dessalines, Le parti Famille Lavalas (FL), le
Mouvement patriotique de l'opposition démocratique (MOPOD) ont
poursuivi la mobilisation dans la capitale Port-au-Prince et dans
d'autres villes, les 16, 17 et 20 janvier, réclamant le
départ de Martelly et la formation d'un gouvernement
provisoire. Des organisations comme la Coordination Dessalines (COD)
demandent aussi le départ immédiat des 7,500 soldats de
l'ONU (MINUSTAH) qui occupent présentement Haïti.

« À bas Martelly ! À bas Evans Paul ! À bas le pouvoir de facto ! À bas l'occupation !, scandent les manifestants. Pour des élections libres sans ingérence étrangère ! Nous ne voulons pas de décrets, Martelly doit partir !
« Les manifestants ont aussi condamné
les États-Unis, la France, le Canada, la MINUSTAH,
l'Organisation des États américains (OEA) et l'Union
européenne pour leur appui à Martelly et son installation
d'un pouvoir de facto. Les manifestants ont condamné la
présence injustifiable au Parlement haïtien la nuit du 11
janvier 2015, de
l'ambassadrice des États-Unis, Pamela White, de l'ambassadrice
du Canada, Paula Valdwell St-Onge, de la chef de la MINUSTAH, Sandra
Honore et du représentant de l'OAS Frédéric
Bolduc. Ils ont fait pression sur les législateurs haïtiens
pour qu'ils prolongent leur mandat en violation de la
constitution. »

(Photos : Haïti News Network)
Le 12 janvier, le peuple d'Haïti et les Haïtiens de la diaspora ont tenu des actions pour commémorer le cinquième anniversaire du séisme qui a dévasté Haïti. Cinq ans plus tard, la reconstruction et l'effort du peuple pour le contrôle de la nation ont été bloqués par l'impérialisme américain et ses laquais en Haïti.
Dans tout le pays, les groupes communautaires et
organisations politiques ont tenu des activités pour
commémorer les morts et poursuivre le travail afin d'obtenir
justice pour tous ceux qui souffrent toujours des conséquences
du séisme. Une cérémonie officielle a eu lieu
à Port-au-Prince avec un service religieux tôt le matin et
un
rassemblement de dignitaires près d'une fosse commune. Le
président Michel Martelly y assistait. Le fait que ce chef
d'État installé par les États-Unis ait
présidé la cérémonie officielle est
sûrement une pilule difficile à avaler pour les
Haïtiens, car c'est précisément l'ingérence
des impérialistes américains, de pair avec ceux du Canada
et de la
France, qui a fait en sorte qu'Haïti ne puisse se remettre du
séisme et que le peuple continue à être
déresponsabilisé. C'est précisément
pourquoi la préoccupation première des Haïtiens en
ce sombre anniversaire est comment se libérer du gouvernement
Martelly et de ses maîtres américains, ainsi que des
forces d'occupation de la MINUSTAH. La
veille de l'anniversaire, des manifestations de masse ont une nouvelle
fois eu lieu pour réclamer la démission du
président Martelly.

Le séisme du 20 janvier 2010 était de magnitude de 7 sur l'échelle Richter. Les zones affectées incluent la région métropolitaine de Port-au-Prince et Léogâne. Quelque 300 000 personnes furent tuées et des centaines de milliers ont été handicapées. C'est la deuxième plus grande perte de vies dans l'histoire écrite.[1] Haïti compte seulement 10 millions de personnes, rendant la perte de vies beaucoup plus sévère. Quelque 1,3 millions de personnes est sans domicile et cinq ans plus tard certains vivent toujours dans des cabanes de fortune tandis qu'environ 80 000 personnes continuent de vivre dans des tentes.
À l'occasion du cinquième anniversaire du séisme, une grande désinformation est répandue au sujet du rétablissement du désastre. Certains rapports, tels celui du Miami Herald, déclarent que : « Les Nations unies disent qu'Haïti a reçu plus de 80 % des 12,45 milliards $ promis par plus de 50 pays et agences multilatérales depuis le désastre, une combinaison d'assistance humanitaire, d'aide à la reconstruction et secours en cas de catastrophe. » Cela masque totalement le fait que les milliards de dollars de l'argent soi-disant récolté pour Haïti n'ont jamais atteint le pays. Dans une entrevue le 9 janvier avec Bloomberg News, Raymond Joseph, ancien ambassadeur d'Haïti aux États-Unis, a déclaré au sujet de l'argent manquant : « Nous ne savons pas où est allé l'argent... Il a mystérieusement disparu. » C'est aussi très hypocrite, étant donné qu'il est bien documenté que pour les parasites impérialistes, le séisme en Haïti a simplement servi d'occasion pour exploiter une fois de plus le peuple haïtien. Au premier rang de ces criminels, on retrouve l'ancien président des États-Unis Bill Clinton et son épouse Hillary Clinton, qui était secrétaire d'État en 2010.
Le poète, dramaturge et journaliste né en Haïti, Dady Chery, dans un article du 15 décembre 2014, rappelle le rôle des Clinton dans l'exploitation d'Haïti dans ses heures les plus sombres :
« Clinton a vu dans le séisme de 2010
cette opportunité de devenir le nouveau haut-commissaire
américain en Haïti. Dans les quatre mois suivant le
séisme, il a formé la Commission intérimaire pour
la reconstruction d'Haïti (CIRH), un groupe strictement
payé pour jouer d'officiels/riches hommes d'affaire des pays de
la MINUSTAH et
autres qui ont accepté de contribuer du personnel armé de
leurs pays ou de l'argent en retour d'une part de l'action en
Haïti. Après du tordage de bras et de la corruption, le
parlement haïtien a été obligé de
déclarer l'état d'urgence pour 18 mois durant lesquels
Clinton et sa bande du CIRH pouvaient faire comme bon leur semble au
sujet de la
reconstruction, sans risque de responsabilité. Un an et demi est
passé et lorsque le sénat haïtien a observé
que rien de grandiose n'a été accompli, l'état
d'urgence n'a pas été renouvelé et le CIRH a
été présumé frauduleux. »


Dans un article du 2 juillet 2023, Ezili Dantò, du Réseau du leadership des avocats haïtiens, souligne le rôle des ONG liés aux impérialistes américains :
« Les ONG appliquent les politiques impérialistes américaines en Haïti en échange de fonds de charité qui signifient de l'argent blanchi des contribuables américains et des donateurs mis dans leurs poches. Les politiques impériales américaines signifient détruire l'économie manufacturière et locale, exproprier les ressources naturelles d'Haïti et créer un plus grand marché haïtien pour leurs monopoles subventionnés de Wall Street. »
D'autres activistes soulignent que les agences gouvernementales américaines ont utilisé le prétexte de fournir de l'aide à Haïti pour ouvrir ses marchés et saper la sécurité alimentaire du pays et le secteur agricole.
Pendant ce temps, un éditorial du Toronto Star est révélateur de l'attitude condescendante des cercles dirigeants au Canada envers Haïti et son peuple, en dépit de la responsabilité du Canada dans la déstabilisation du pays :
« Des donateurs
tels le Canada, qui ont
' révisé ' leur engagement en aide pour l'année
dernière, auront de la difficulté à justifier la
poursuite du financement de la reconstruction. Alors que les
Haïtiens se sont fait promettre 6 milliards $
supplémentaires durant les cinq prochaines années,
l'argent est subordonné à la stabilité
politique, une gouvernance transparente et assez bonne ainsi qu'un
minimum de corruption.
« Ces conditions rencontrées, le Canada devrait continuer à être généreux et devrait donner plus d'aide directement dans les mains des Haïtiens. À présent, seulement 10 % de l'aide est canalisée par le gouvernement Martelly et les groupes locaux, en raison de préoccupations au sujet de l'incompétence, de la corruption et du gaspillage. »
La reconnaissance de cet important anniversaire par l'État canadien était une conférence de presse par le ministre du Développement international et de la Francophonie, Christian Paradis accompagné par le maire de Québec Régis Labeaume, lors de laquelle ils ont annoncé « l'appui du Canada au projet Renforcement durable des capacités d'intervention des sapeurs-pompiers haïtiens, qui sera mis en oeuvre par la Ville de Québec.[...] Le projet permettra de réduire la vulnérabilité des citoyens de Port-au-Prince aux incendies en procédant à des travaux de reconstruction de la caserne de pompiers municipale, et en offrant de la formation à ses employés. » Un communiqué de presse à cette occasion dresse la liste des diverses aides humanitaires que le Canada a offertes à Haïti, précisément le genre d'aide visant à déresponsabiliser son peuple. C'est aussi pour masquer le rôle infâme lors du coup d'État de 2004 en Haïti et la déstabilisation et l'exploitation du pays depuis lors.
LML condamne ceux qui ont utilisé et continuent d'utiliser la souffrance du peuple haïtien à des fins intéressées et pour l'enrichissement personnel et condamne aussi le rôle des impérialistes américains et de l'État canadien en Haïti qui sapent la souveraineté du peuple. LML transmet ses plus sincères condoléances à Haïti et tous ses fils et filles dans le monde à l'occasion de l'anniversaire du séisme et appelle les Canadiens à continuer la lutte pour la justice et l'indépendance d'Haïti.
1. Le plus grand nombre de décès en raison d'un séisme était à Shaanxi, en Chine le 23 janvier 1556 dans lequel 830 000 personnes sont décédées. Le troisième était à Tangshan, en Chine, le 27 juillet 1976 où 242 769 personnes ont été tuées. Le tremblement de terre et le tsunami de Sumatra en Indonésie a pris environ 228 000 vies.
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