Le Marxiste-Léniniste

Numéro 1 - 4 janvier 2015

20e anniversaire de l'Initiative historique du PCC(M-L)

L'édification nationale au Canada
ne peut signifier qu'une chose


Le communisme et les droits humains
La lutte contre le fascisme et le refus de se laisser
tromper par son «visage plus humain»

- Anne Jamieson -


56e anniversaire du triomphe de la révolution cubaine
Vive Cuba révolutionnaire!
56 ans de lutte héroïque! 56 ans de victoires historiques!
- Isaac Saney, Réseau canadien sur Cuba -

Les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis
- Ernesto Gómez Abascal -


211e anniversaire de la révolution haïtienne
Victoire éclatante pour la liberté et les droits humains

Venezuela
Le président Maduro appelle à des réformes
pour faire face à la guerre économique


Mexique
La Commission des droits humains examine le rôle de l'armée
dans la disparition des 43 étudiants


Russie
Les points clés du discours annuel à la nation de Vladimir Poutine

Ukraine
Des réfugiés juifs ukrainiens recevront la citoyenneté israélienne
tandis que l'Occident appuie les partis néonazis

- Dr. Christof Lehmann -

Quand la réalité dépasse la fiction
Le film The Interview et la politique de changement de régime
des États-Unis vis-à-vis la Corée du Nord

- Christine Hong, Asia-Pacific Journal -


20e anniversaire de l'Initiative historique du PCC(M-L)

L'édification nationale au Canada
ne peut signifier qu'une chose


« Édifier la nation au Canada ne peut signifier qu'une chose : que la classe ouvrière doit
donner à la société une nouvelle constitution, un mécanisme politique moderne,
un changement d'orientation de l'économie et l'indépendance. »
- Hardial Bains, 1er janvier 1995

Il y a vingt ans, pendant que toutes les forces politiques manoeuvraient pour se placer au pouvoir afin de gérer l'État dans leurs propres intérêts, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a lancé son plan d'action pour mettre la classe ouvrière au pouvoir, à la tête de l'édification nationale. Cette Initiative historique a été lancée par Hardial Bains, le fondateur et dirigeant du Parti, le 1er janvier 1995. Elle exige une constitution moderne qui place la souveraineté entre les mains du peuple et des mécanismes politiques démocratiques qui garantiront l'exercice du pouvoir par le peuple, et également une réorganisation consciente et rationnelle de l'économie et un changement de son orientation pour la mettre au service du bien-être du peuple.

C'était très émouvant d'entendre le camarade Bains la décrire dans tous ses détails en portant attention à l'objectivité de considération et également à l'interaction et à la clef: le rôle décisif de l'organisation du facteur humain, conscience sociale.

« Ce plan d'action est très concret et couvre tous les aspects du travail d'organisation de sorte que le succès sur un front conduira au succès de l'ensemble alors qu'un échec sur un front n'aura pas de conséquence sur le plan général. Plus important encore, et décisif sur le plan de la victoire, il met le facteur humain, la conscience sociale, au premier plan, dans une position décisive », avait déclaré le camarade Bains.

Dans sa présentation du lancement de l'Initiative historique le 1er janvier 1995, Hardial Bains a expliqué :

« Dans la lutte des peuples et des nations, l'une des choses les plus importantes et cruciales est de déterminer comment sont dépensées les énergies et les ressources. Sont-elles utilisées à des fins bien précises, ou sont-elles gaspillées ? Aujourd'hui dans le monde, généralement parlant, très peu de pays se sont fixé des objectifs, un but qui profiterait à la société, au bien-être du peuple.[...] Au Canada, en autant que le peuple canadien est concerné, il n'y a pas d'objectif vers lequel toutes les énergies et ressources sont canalisées et mises à contribution. Le seul but que proposent les gouvernements est de créer un climat favorable au succès des monopoles sur le marché mondial. Et même ce but a surtout une valeur de propagande, affirmant que la prospérité du pays dépend du succès des monopoles sur le marché mondial.

« Au Moyen-Âge, à l'âge des ténèbres, c'étaient les forces dominantes qui fixaient le but, soit l'Église et les seigneurs féodaux. Ils le faisaient dans leurs propres intérêts, au nom d'une puissance divine. Toutes les forces productives et tous les avoirs de la société étaient voués à leur satisfaction, à leur plus grande gloire. À une époque se produisit une rupture avec l'attitude médiévale, les gens furent définis suivant leurs droits individuels. La juridiction et les frontières des États furent définies à leur défense. Tout était en place pour que les ressources disponibles de la société soient orientées vers la plus grande gloire des droits individuels. Cela devint un obstacle à la satisfaction des droits collectifs.

« L'édification de la nation devint le contenu principal de la révolution démocratique. Quand la bourgeoisie eut pris le haut du pavé, l'édification de la nation ne fut menée à bien que dans le but de satisfaire les droits individuels. Avec la montée des monopoles, la bannière de la nation fut foulée aux pieds. Les États furent consolidés et leurs rôles développés dans l'intérêt des cercles dirigeants ou de l'oligarchie financière. Ainsi, la propagande américaine parle de défendre les intérêts nationaux des États-Unis où qu'ils se trouvent, mais elle ne dit pas un mot de ce que les Américains veulent accomplir dans ce monde. Les Canadiens non plus n'ont pas de but.

« Cela vaut à une exception près, la période des 'sales années 1930', alors que la bourgeoisie était aux prises avec le désastre de la dépression. La bourgeoisie était terrifiée à l'idée de tout perdre si elle ne parvenait pas à mettre en place l'objectif de satisfaire les intérêts collectifs. Ainsi, à la fin des années 1930 et après la guerre, divers pays ont adopté l'objectif de bâtir l'État providence. Ils ont mis de l'avant l'objectif de construire une 'société juste'. Ils ont parlé d'un héritage sacré qui doit être défendu. Cela venait aussi en réponse à l'objectif que l'Union soviétique s'était fixé en tant que pays socialiste, c'est-à-dire satisfaire les besoins matériels et culturels toujours croissants du peuple.

« Aujourd'hui, les intérêts collectifs sont à nouveau menacés. Toute la démagogie répandue et toutes les promesses faites n'ont pour résultat net que de rejeter tout ce qui a été dit auparavant sur le bien-être social. Et cela sous prétexte qu'en ce moment le but le plus important est d'effectuer les paiements sur la dette pour diminuer l'endettement national. En partant de la prétention qu'il s'agit là de ce qui est le mieux pour la collectivité et la société, on demande au peuple de faire tous les sacrifices.[...]

« La question centrale de l'Initiative historique est : quel devrait-être le but ? Souvent dans le passé, diverses forces ont fixé le but simplement à partir des prémisses théoriques et idéologiques que nous sommes en faveur du socialisme. Peut-on dire que le peuple devrait adopter le socialisme, que la classe ouvrière devrait adopter le socialisme comme but et qu'elle devrait mettre toutes ses ressources dans la construction du socialisme ? On peut prendre une telle décision. Elle découle de notre programme stratégique, mais cela n'empêchera pas la bourgeoisie d'avancer ses objectifs. Les considérations qui président à l'établissement de l'Initiative historique ne sont pas strictement théoriques et idéologiques. Elles ont surtout trait à comment la classe ouvrière doit arrêter le gaspillage des ressources nationales, le sacrifice de l'indépendance du pays et de son bien-être. Quel slogan la classe ouvrière doit-elle mettre de l'avant pour vaincre la bourgeoisie et rallier les masses du peuple de son côté ? La réponse à cette question est d'utiliser les ressources en faveur des intérêts collectifs.

« Le slogan de bâtir la nation est approprié non seulement parce qu'il va à l'encontre de ce que dit la bourgeoisie, à savoir que tous doivent créer un climat favorable au succès des entreprises sur le marché mondial, mais qu'il appelle aussi le peuple à prendre en mains ce qui lui appartient et à créer une société qui le favorisera. Évidemment, en dernière instance, bâtir la nation revient à construire le socialisme, mais ce serait une très grave erreur que de présenter les choses ainsi. Le programme doit être fixé non pas à partir d'un point de vue théorique, mais à partir des besoins de la société à un moment donné. La société canadienne a besoin d'un but en ce moment. Le peuple canadien a besoin d'un but que tous peuvent facilement comprendre et saisir. Il ne peut s'agir que de l'édification de la nation. Le contenu essentiel de ce projet est que la classe ouvrière doit se constituer en la nation. En d'autres mots, le but de la classe ouvrière doit devenir le but de la nation, tout comme la bourgeoisie dans sa période ascendante avait avancé son but, le but de défendre l'intérêt individuel et la propriété privée comme but de la nation, et avait même subordonné la nation à cet objectif.

« Le temps est venu pour la classe ouvrière de se constituer en la nation. Elle doit établir son objectif comme étant celui de la nation. En d'autres mots, la classe ouvrière doit elle-même prendre en mains de bâtir la nation. Elle doit aussi mener les larges masses du peuple à adopter cet objectif. La classe ouvrière ne peut pas orienter toutes ses ressources sans adopter l'objectif de satisfaire les intérêts collectifs de la société en ce moment. Cela revient à édifier la nation. Édifier la nation au Canada ne peut signifier qu'une chose : que la classe ouvrière doit donner à la société une nouvelle constitution, un mécanisme politique moderne, un changement d'orientation de l'économie et l'indépendance.

« Le problème n'est pas différent, que l'on parle de la nation du Québec, du Canada, ou des peuples autochtones. Quand on parle de la souveraineté du Québec, la classe ouvrière devrait adopter le but de bâtir la nation au point qui est le plus favorable pour la classe ouvrière. Le jour où le Oui remportera le référendum sur la souveraineté, la classe ouvrière doit avancer le slogan d'édifier la nation et se constituer en la nation. Elle doit aussi lutter pour un changement d'orientation de l'économie, une constitution moderne, le renouveau démocratique et l'indépendance.

« L'Initiative historique a pour but de provoquer une discussion sur l'édification de la nation parmi les larges masses du peuple en utilisant toutes les ressources à notre disposition. L'Initiative historique est un plan d'action, dont l'objectif premier est de s'assurer qu'une discussion a lieu à ce sujet. En d'autres mots, elle a pour objectif de faire en sorte que le peuple détermine l'ordre du jour de l'édification de la nation. Dans ce cadre, l'autre objectif de la classe ouvrière est de créer les conditions pour la formation du parti communiste de masse. Cela signifie qu'une des tâches les plus importantes de l'Initiative historique est de s'approprier le meilleur du passé et du présent. Cela signifie qu'un travail est nécessaire pour développer et enrichir la pensée marxiste-léniniste contemporaine. Cela signifie examiner tous les phénomènes et tous les événements et faire la promotion de ceux qui favorisent la classe ouvrière et l'objectif de bâtir la nation.


Le camarade Bains a expliqué :

« Outre s'approprier le meilleur du passé, les communistes peuvent trouver des solutions aux problèmes complexes du présent. Seuls les communistes peuvent diriger la société sur la grande voie de la civilisation. Seuls les communistes peuvent faire appel aux théories et notions humaines nécessaires pour ouvrir la voie au progrès de la société actuellement.

« L'Initiative historique est lancée afin de convier la classe ouvrière et les masses populaires à révéler ce qu'il y a de meilleur dans ce que l'humanité a produit jusqu'à ce jour et à le développer au niveau nécessaire aux profondes transformations qui s'imposent. En d'autres mots, il s'agit d'un programme visant à mettre la classe ouvrière au centre de tous les développements. Il s'agit plus précisément d'un programme pour placer le facteur humain, la conscience sociale, au centre de tous les développements. De tous les ingrédients nécessaires à l'élaboration d'un projet, il faut décider lequel est le plus important. Si le facteur humain est absent du projet d'édification de la nation, la révolution scientifique et technique, l'efficacité et les ressources naturelles et sociales ne suffiront pas à la tâche.

« Le facteur humain ne peut être amené au niveau nécessaire aux transformations sans conscience sociale, sans débats et discussions parmi les larges masses, sans mouvement révolutionnaire réel possédant un caractère de masse. En d'autres mots, l'Initiative historique vise à créer ces conditions et à assurer que plusieurs de ces traits se développent en tant que facteurs essentiels à la création des conditions subjectives pour la révolution. En dernière instance, le facteur humain est le facteur crucial. Il est impossible de faire entrer en jeu tous les facteurs sans le facteur humain. »

En ce 20e anniversaire de l'Initiative historique du PCC(M-L), il est plus urgent que jamais d'activer le facteur humain, la conscience sociale pour faire nôtre le but de l'édification de la nation et construire le parti communiste de masse pour transformer les succès historiques en victoire historique. Le pays entre dans une année électorale où tout ce que colportent les cercles dirigeants est contrefait, tout est fraude et escroquerie. Le facteur antihumain, la conscience antisociale dominent les actions des principaux partis politiques, des porte-parole de l'oligarchie financière et des médias monopolisés, qui espèrent que la classe ouvrière perde ses repères et se rallie à telle ou telle faction de la bourgeoisie qui cherche à usurper le pouvoir par la fraude électorale. Le PCC(M-L) interviendra dans ces élections pour imprégner la classe ouvrière du but de l'édification de la nation qui ne peut signifier qu'une chose : « que la classe ouvrière doit donner à la société une nouvelle constitution, un mécanisme politique moderne, un changement d'orientation de l'économie et l'indépendance ».

Aujourd'hui, encore plus qu'il y a vingt ans, l'Initiative historique du PCC(M-L) est essentielle pour tous ceux qui veulent contribuer à ouvrir la voie du progrès de la société.

Transformons les succès historiques en victoire historique !

Haut de page


Le communisme et les droits humains

La lutte contre le fascisme et le refus de se laisser tromper par son «visage plus humain»

Alors que des élections fédérales sont imminentes cette année et que les médias monopolisés font la promotion de différentes personnalités pour représenter l'oligarchie financière et gérer les affaires en son nom, il vaut vraiment la peine d'examiner certains écrits de Hardial Bains et du PCC(M-L) sur le fascisme et comment il faut le combattre.

« Une démocratie bourgeoise est d'abord une démocratie pour la bourgeoisie et une dictature véritable pour le peuple. Quand la situation politique et économique est bonne, et que le capitalisme moderne est en expansion, la bourgeoisie donne l'impression de ce qu'on appelle la démocratie libérale, mais aussitôt que la situation se détériore et que les contradictions s'aiguisent, c'est la même bourgeoisie qui épouse le fascisme. » (Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), 1976 [1974] ; p. 177)

Indiquant le nombre de fois où cet État a pratiqué le fascisme au Québec, l'auteur souligne que l'État canadien n'est pas différent et avertit :

« C'est très dangereux de voir l'État de Mussolini et d'Hitler comme si ce n'était pas la continuation naturelle du gouvernement du capital sur le travail dans sa forme la plus dénudée et la plus vicieuse, mais de le voir comme étant quelque chose d'autre. Il est extrêmement dangereux de créer des illusions à propos de la nature de l'État. » (PCC(M-L), 1976 [1974] ; p. 177)

Dans l'analyse Nécessité du changement !, l'auteur souligne l'importance cruciale de la rupture avec l'anticonscience en soi et dans le reste de la société, comme une étape nécessaire de la lutte contre l'idéologie fasciste qui est indissociable de l'appareil d'État bourgeois :

« Les manifestations du fascisme sont nombreuses, et une définition anticonsciente ne peut pas les expliquer. Nous croyons que du moment que nous croyons quelque chose sans avoir entrepris l'acte de découvrir, nous manifestons une tendance fasciste. L'acceptation sans remettre en cause des principes fondamentaux impliqués dans une déclaration, une analyse ou un concept jette les bases du fascisme. Les slogans de guerre froide fonctionnent de cette manière et se fondent sur des demi-vérités et des distorsions. » (Hardial Bains, 1998 [1967]).

En ce qui concerne le nombre de fois que l'État canadien a perpétré des actes fascistes contre le peuple du Québec, il suffit de se rappeler la Loi sur les mesures de guerre, utilisée par l'État en 1970 pour faire des arrestations de masse et emprisonner des centaines de Québécois soupçonnés de sympathie avec la cause d'un Québec indépendant. Le parti au pouvoir à cette époque était, bien sûr, le Parti libéral dirigé par Pierre Trudeau. Il existe de nombreux exemples dans le reste du Canada. Se limiter à souligner les tendances et les sympathies fascistes de l'actuel premier ministre, et donc suggérer implicitement que le chef actuel du Parti libéral, une fois au pouvoir, ne lancera jamais d'attaques fascistes contre le peuple, c'est créer des illusions sur l'État canadien. Exposer les sympathies et les intentions fascistes de Stephen Harper sans les expliquer comme étant une continuation de la politique de l'État à l'heure actuelle sert en effet l'État parce que cela non seulement crée des illusions sur la nature de l'État, mais accroît la peur et l'insécurité chez les gens sans les armer sur les plans idéologique et organisationnel pour qu'ils puissent se défendre. L'oligarchie financière et son représentant au Parlement sont plus qu'heureux si les gens sont poussés comme une masse votante à voter pour une fausse « alternative ».


Des soldats canadiens dans les rues de Montréal après la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre en octobre 1970.

Cependant, les préparatifs de guerre et les attaques fascistes contre le peuple au pays et à l'étranger de tous les ordres de gouvernements s'intensifient chaque jour : la « sécurité » dans les aéroports, les gares maritimes, les rues, les transports en commun fait désormais partie de la vie quotidienne. Il y a également les arrestations et les détentions arbitraires de personnes soupçonnées de « terrorisme » ou d'être « illégales ». (En décembre 2013, une femme migrante « illégale » du Mexique a été appréhendée par la sécurité du SkyTrain et remise aux agents de l'Agence des services frontaliers du Canada qui l'ont mise en détention à l'aéroport, où elle s'est suicidée. Cette affaire a été révélée uniquement grâce aux efforts des membres de la communauté latino-américaine de Vancouver.)

Les médias monopolisés dégradent le niveau culturel des gens et tentent de les durcir, tout comme « l'art » dominant qui, de la simple décadence et du pessimisme, est devenu de la propagande pure et simple pour l'ordre du jour de l'oligarchie financière (comme par exemple le récent film contre la République populaire démocratique de Corée). Il n'est donc pas surprenant que le premier ministre ait des sympathies et des intentions fascistes, ni que ce soit déjà l'expérience des gens. Le slogan du PCC(M-L) « Notre sécurité est dans la défense des droits de tous » est en opposition directe à la fascisation de la société.

Dans Combattons le fascisme montant (Hardial Bains, 1976 [1970]), l'analyse du fascisme — ses origines, ses traits et son modus operandi — s'accompagne d'une description détaillée (et de propositions) de comment les marxistes-léninistes et les personnes progressistes luttent contre le fascisme. Par exemple à la page 14, l'auteur indique que l'idéologie fasciste de l'impérialisme américain [auquel actuellement l'économie, la politique et la culture du Canada sont de plus en plus intégrées] est centrée autour de la confusion et de la mystification de trois aspects principaux de la société et de la vie : 1. la base du changement, du développement et du mouvement, 2. le rôle de la conscience dans l'histoire, et 3. la relation entre la superstructure et la base économique. Pour l'idéologie fasciste et antipeuple, tout est statique ; il n'y a aucun changement sauf l'augmentation de l'exploitation, et tous qui s'y opposent sont contre le « progrès » et contre la « loi et l'ordre ».

L'ordre du jour des marxistes-léninistes, d'autre part, est de s'opposer à l'idéologie fasciste sur ces trois aspects. Cela signifie nécessairement libérer l'initiative de la classe ouvrière et du peuple pour qu'ils puissent organiser leur défense et changer le monde. En opposition directe à l'idéologie fasciste qui n'offre aucun espoir pour l'avenir du peuple et pour la planète, les voeux du Nouvel An du PCC(M-L) « Notre avenir est dans la lutte pour les droits de tous ! » déclare qu'il y a un avenir pour lequel on peut et doit lutter.

Références

Bains, Hardial. 1998 [1967]. Nécessité du changement ! Ottawa : Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)

Bains, Hardial. 1976 [1970]. Combattons le fascisme montant. Toronto : L'Institut Norman Bethune

Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), 1976 [1974]. « Bilan du stade des discussions tenues entre le PCC(M-L) et En lutte ! » dans À propos de l'unité des marxistes-léninistes. Montréal, PCC(M-L).

Haut de page


56e anniversaire du triomphe de la révolution cubaine

Vive Cuba révolutionnaire!

Une salve de 21 coups de canon, le 31 décembre 2014, pour saluer le 56e anniversaire de la révolution cubaine et rendre hommage aux martyrs du peuple cubain

Cette année, la révolution cubaine célèbre son 56e anniversaire dans un esprit de combat à la défense de l'indépendance et du droit du peuple cubain de tracer sa propre voie. Cela est d'autant plus significatif cette année à cause de la victoire cubaine le 17 décembre dernier. Ce jour-là, le président Barack Obama annonçait au monde entier l'échec de la politique étasunienne envers Cuba et le rétablissement de relations diplomatiques avec l'île. Le peuple cubain a aussi accueilli les trois héros cubains restés emprisonnés aux États-Unis après avoir passé 16 ans en prison parce que les États-Unis ont voulu humilier Cuba. Or, leur retour a au contraire réalisé la promesse du dirigeant historique de la révolution cubaine, le camarade Fidel Castro, qui, en 2001, avait fait le serment : « Ils reviendront. »

En cette occasion, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) envoie ses salutations révolutionnaires militantes au camarade Fidel Castro, le dirigeant légendaire des réalisations de cette petite nation et de son peuple héroïque, au camarade Raul Castro, sous la direction duquel le peuple cubain relève de nouveaux défis pour surmonter les effets pernicieux de l'embargo criminel des États-Unis contre Cuba, et au courageux peuple cubain qui célèbre ce qui sera sans doute une nouvelle année de grandes réalisations.

En 2015, intensifions le travail pour mettre fin à l'embargo criminel des États-Unis contre Cuba et pour consolider l'amitié peuple à peuple !

Vive Cuba révolutionnaire !


Une des nombreuses célébrations du 56e anniversaire de la révolution cubaine, celle-ci
à Santi Spiritus, le 29 décembre 2014


Haut de page


56 ans de lutte héroïque!
56 ans de victoires historiques!

Le Réseau canadien sur Cuba se joint au peuple cubain pour célébrer le 56e anniversaire du triomphe de la révolution cubaine. Cuba célèbre le triomphe de la révolution forte d'une éclatante victoire révolutionnaire : la libération le 17 décembre 2014 des trois derniers des Cinq héros cubains et l'annonce par le président des États-Unis, Barack Obama, que le gouvernement américain prendra des mesures vers la normalisation des relations avec Cuba. Quels que soient les efforts des médias, ces événements ne sauraient être dissociés de la riche histoire dans laquelle ils sont ancrés. La liberté de Gerardo Hernández, Ramón Labañino et Antonio Guerrero et les initiatives d'Obama sont l'aboutissement de la lutte de Cuba pour l'affirmation, la libération et l'indépendance nationales et pour la justice sociale.

Le 1er janvier 1959, le peuple de Cuba, dirigé par le leader historique de la révolution cubaine Fidel Castro, prend en mains sa destinée avec détermination. Après une longue lutte, Cuba s'engage enfin sur la voie de l'autodétermination authentique et place fermement l'avenir de la nation cubaine entre les mains du peuple de Cuba. Les années suivantes sont riches d'exemples inspirants d'édification nationale moderne qui démontrent ce qui peut être accompli lorsqu'un pays gagne et défend son indépendance et exerce son droit à l'autodétermination.

La portée de la révolution cubaine s'étend au-delà des frontières géographiques de la nation insulaire. Dès son début, la révolution cubaine a apporté une contribution inestimable à la lutte mondiale pour la justice, le développement social et la dignité humaine. Cuba a créé une tradition sans pareil d'internationalisme et d'humanisme, incarnant les paroles immortelles de José Martí : « La patrie, c'est l'humanité. L'humanité, c'est la patrie ». Ainsi, plus de 2 000 Cubains ont donné leur vie pour vaincre le régime raciste d'apartheid d'Afrique du Sud. Aujourd'hui, cet engagement de Cuba envers l'humanité se traduit par les dizaines de milliers de membres du personnel médical et d'éducateurs qui ont servi et continuent de servir dans le monde entier, qui combattent en première ligne la maladie et l'analphabétisme. Aujourd'hui, ce dévouement à la cause de l'humanité est illustré par la présence des missions médicales cubaines dans les pays d'Afrique de l'Ouest de Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone qui sont engagés dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola. La mission médicale cubaine est de loin la plus importante envoyée par un pays.

Cuba entre dans la 57e année de la révolution comme une nation unie et consciente, invaincue face à l'empire. Malgré tous les efforts de la superpuissance américaine pour obliger Cuba à capituler, la résilience et la détermination du peuple cubain à défendre l'indépendance et la dignité de sa patrie, qui est la base de sa propre liberté et dignité, l'ont emporté à maintes reprises. Comme le président Raúl Castro l'a réaffirmé le 20 décembre 2014, un peuple révolutionnaire, comme le peuple cubain, ne renoncera pas à ses principes révolutionnaires. Aujourd'hui, alors que le peuple cubain continue de renouveler sa révolution, il continue à être une source d'inspiration pour l'humanité, un exemple vivant qu'il est possible de construire des sociétés fondées sur des relations sociales de solidarité et d'amour social véritables.

À l'occasion du 56e anniversaire du triomphe de la révolution cubaine, nous célébrons également les 70 ans des relations diplomatiques entre le Canada et Cuba. Le Réseau canadien sur Cuba adresse au peuple de Cuba et à sa direction révolutionnaire ses salutations et félicitations les plus chaleureuses, et s'engage à faire avancer en 2015 la lutte pour mettre fin au blocus économique illégal de Cuba par les États-Unis.

Vive la révolution cubaine !


Le 1er janvier 2015, le président Raul Castro au monument des héros et
martyrs de la révolution cubaine

Haut de page


Les relations diplomatiques entre
Cuba et les États-Unis


 Fidel Castro à La Havane en septembre 1960, quelques mois après que les États-Unis aient rompu les relations diplomatiques avec Cuba

Par une journée comme aujourd'hui, à la fin de décembre 1960, tout Cuba se préparait à faire face à une agression militaire des États-Unis. Le gouvernement révolutionnaire était convaincu que le transfert de pouvoir d'Eisenhower à Kennedy, prévu pour janvier, donnerait à Washington l'occasion d'attaquer, et de nombreuses informations sur les préparatifs en Floride et en Amérique centrale venaient le confirmer. En octobre, j'avais terminé mon premier entraînement militaire, comme beaucoup de jeunes Cubains, et nous nous attendions, dans la nouvelle année, à creuser des tranchées autour de La Havane.

Le 3 janvier 1961, les États-Unis ont annoncé la rupture des relations diplomatiques. Aujourd'hui, le 17 décembre 2014, 54 ans plus tard et après avoir tenté de liquider la révolution cubaine par toutes sortes d'actes d'agression, dont des invasions militaires, un blocus commercial et financier, des sabotages, des attentats à la bombe et toute une série de plans diaboliques provenant du vaste arsenal de la CIA, des actes dans lesquels ont trempé onze administrations américaines, le gouvernement Obama a reconnu que cette politique est un échec et a annoncé sa décision de rétablir et de normaliser les relations.

« La façon dont nous avons agi depuis plus d'un demi-siècle a échoué. Nous allons la changer », a-t-il dit, avec le plus grand pragmatisme.

Obama n'est ni meilleur ni pire que les présidents qui l'ont précédé. Il représente les mêmes intérêts impériaux, mais 54 ans d'échec de la politique contre Cuba c'était trop. Chaque année, les États-Unis devaient faire face, à l'Assemblée générale de l'ONU, au vote d'une résolution contre le blocus de Cuba, et ils se sont retrouvés seuls, suivis seulement par l'État sioniste, face au vote de 188-189 pays, y compris la plupart de leurs propres alliés.

Leur influence en Amérique latine a beaucoup diminué alors que le prestige de Cuba n'a cessé d'augmenter. L'an dernier, Cuba a présidé la Communauté d'États latino-américains et caraïbes(CELAC), dont les États-Unis et le Canada ne font pas partie, a organisé une rencontre du Sommet de l'ALBA (L'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) et un autre sommet Cuba-CARICOM. Le succès de la politique étrangère cubaine est également évident en Afrique et Cuba est un des principaux dirigeants du mouvement des pays non alignés. Si les États-Unis avaient persisté dans leur politique dépassée de tenter d'isoler Cuba, en empêchant sa participation au Sommet des Amériques, qui aura lieu à Panama en avril prochain, ils auraient certainement provoqué l'échec de la rencontre elle-même car la majorité des pays de la région avaient annoncé qu'ils ne toléreraient pas une nouvelle absence de Cuba.

Toutefois, il ne faut pas avoir d'illusions ou d'idées grandioses : la politique de l'empire continue d'être au service de ses propres intérêts hégémoniques. Maintenant, nous voyons qu'avec le Venezuela, les États-Unis commettent les mêmes erreurs qu'ils ont commises avec leur politique hostile à Cuba pendant plus de 50 ans.

Bien sûr, l'histoire des relations entre les États-Unis et Cuba a ses propres particularités, et pour les comprendre, il faut remonter à bien plus loin qu'un demi-siècle. Il ne s'agit pas non plus seulement d'une confrontation idéologique. Elle a ses racines au début du XIXe siècle, lorsque les dirigeants de Washington ont déclaré ouvertement qu'il était dans leur intérêt que Cuba ne soit plus colonie espagnole afin de l'intégrer comme un autre État de l'Union. C'est cette politique qui domine jusqu'à aujourd'hui l'esprit de la plupart des hommes politiques américains. Ils ne reconnaissent pas et n'acceptent pas l'indépendance de Cuba.

Quand cela va changer et qu'ils vont comprendre et accepter que Cuba luttera toujours pour défendre son indépendance tant que ça sera nécessaire, alors il y aura des relations normales entre les deux pays. Obama l'a-t-il compris ?

(Traduction : LML)

Haut de page


211e anniversaire de la révolution haïtienne

Victoire éclatante pour la liberté et les droits humains


« Combat de Vertières » par Patrick Noze, huile sur toile, de L'art haïtien de la Diaspora. La Bataille de Vertières en novembre 1803 a été le conflit décisif de la révolution haïtienne.

Le 1er janvier 2014 est le 211e anniversaire de la révolution haïtienne. C'est en ce jour, en 1804, à Gonaïves, que Jean-Jacques Dessalines a proclamé l'indépendance haïtienne, proclamant la formation de la première république noire au monde, la République d'Haïti.

La révolution haïtienne est la seule révolte d'esclaves ayant mené à la création d'un État. De plus, il s'agit aux yeux de plusieurs de la rébellion d'esclaves la plus réussie de l'histoire et d'un moment décisif de l'histoire de l'Europe et des Amériques. La révolte a débuté avec la rébellion d'esclaves noirs africains en avril 1791, et a pris fin en novembre 1803 avec la défaite des Français à la bataille de Vertières. Haïti est devenu un pays indépendant le 1er janvier 1804, et Jean-Jacques Dessalines a été choisi par un conseil de généraux pour assumer le rôle de gouverneur-général.

La révolution haïtienne fut un développement grandiose dans la lutte pour l'émancipation du travail partout dans le monde et pour établir les droits de citoyen sur une base moderne. Dès 1791, les révolutionnaires haïtiens dirigés par Toussaint L'Ouverture et Jean-Jacques Dessalines ont combattu avec succès diverses puissances européennes - les Français, les Espagnols et les Britanniques - jusqu'au renversement de l'esclavage et du pouvoir colonial.


Jean-Jacques Dessalines (à gauche) et Toussaint L'Ouverture

Malheureusement, depuis cette période jusqu'à aujourd'hui, les puissances coloniales et impériales déploient d'énormes efforts pour s'ingérer dans le développement de la nation haïtienne et pour empêcher que ne se réalisent les aspirations de ces êtres humains courageux qui se sont libérés de leur condition d'esclavage et de la servitude.

Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) envoie ses militantes salutations révolutionnaires au peuple haïtien, en Haïti et dans la Diaspora, à l'occasion de son anniversaire historique. La reprise de l'asservissement d'Haïti et les conditions déplorables que lui imposent les États-Unis et d'autres puissances étrangères exposent le racisme et l'inhumanité débridés de ces grandes puissances et la nécessité de régler nos comptes avec elles une fois pour toutes. Les crimes commis par le Canada lui-même en Haïti en disent long sur les valeurs défendues par le Canada des monopoles.

Tous en appui au peuple haïtien pour que justice soit faite !

Haut de page


Venezuela

Le président Maduro appelle à des réformes
pour faire face à la guerre économique


Rassemblement à Caracas le 15 décembre pour célébrer les 15 ans de la constitution bolivarienne et dénoncer l'imposition de sanctions par les États-Unis

Le président Maduro a reconnu que son gouvernement fait toujours face à la tâche de contrer la guerre économique que mènent des secteurs du monde des affaires du Venezuela et les États-Unis contre le pays et déclaré que le pays doit changer son modèle économique.

Le mardi 30 décembre, le président Maduro a présenté le bilan de fin d'année de son gouvernement lors d'une conférence de presse internationale au cours de laquelle il a annoncé que, dans l'année qui vient, le pays va procéder à un changement majeur de ses politiques économiques afin de faire face à la « guerre économique » menée contre son pays.

Maduro a rappelé les « guarimbas », ces manifestations violentes fomentées par les secteurs les plus radicaux de la droite en février 2014 et qui exigeaient que le président « dégage » à peine deux mois après que son parti ait remporté les élections.

Maduro a dit qu'en plus de la perte de « 43 compatriotes » tués lors de ces violences et les dommages causés à l'infrastructure publique, elles ont marqué le début de la phase la plus récente de la guerre économique menée par ces secteurs contre le Venezuela.

« L'inflation n'est pas une donnée statistique neutre mais le résultat d'une guerre économique », a-t-il expliqué, comparant la situation actuelle à celle de 2002 alors que la Fédération patronale du Venezuela et les syndicats de droite avaient organisé une longue grève avant de faire un coup contre l'ancien président Hugo Chavez.

« La déstabilisation qu'on a connue cette année est la tentative la plus violente de renverser le gouvernement vénézuélien depuis le coup d'État de 2002 », a ajouté Maduro.

Le dirigeant vénézuélien a dit que si la violence a pu être contrôlée, la deuxième moitié de l'année a connu « une escalade de la guerre économique ».

Maduro a dit que la baisse dramatique des prix du pétrole, d'au moins 50 % depuis 6 mois, fait partie d'une attaque qui vise principalement l'économie de la Russie, mais aussi le Venezuela qui est le premier producteur de pétrole de l'Amérique du Sud. Le président a fait référence à l'entrevue que le président des États-Unis, Barack Obama, a donnée au cours de laquelle il a admis coordonner les efforts contre l'économie de la Russie, qui repose sur le pétrole.

Washington mène une guerre économique contre le Venezuela comme il l'a fait contre Cuba et plus récemment contre la Russie, a dit le président.

« Leur but est de détruire l'OPEP, de provoquer l'effondrement des prix du pétrole ce qui aura d'autres effets désastreux pour le Sud et le monde entier. C'est une guerre », a dit Maduro.

Le président du Venezuela a présenté un plan de « changement de modèle économique » qui s'échelonnera sur des phases de 6 mois, deux ans et 4 ans.

Une des réformes immédiates annoncées est la nomination d'un conseil d'administration de Petróleos de Venezuela (Sociedad Anonima), la PDVSA, la société pétrolière et de gaz naturel d'État du Venezuela, qui doit « diversifier les investissements nationaux et internationaux de l'entreprise pétrolière ».

Maduro a aussi présenté une politique économique en 7 points dont la mise en oeuvre débute le 3 janvier et qui comprend les aspects suivants :

1. L'optimisation des investissements dans les programmes sociaux, l'infrastructure et la stabilisation des prix;

2. Le maintien et l'augmentation des investissements dans l'économie socialiste;

3. Garantir que les ressources nécessaires au fonctionnement de l'économie sont là et en particulier les devises étrangères;

4. L'ajustement des politiques afin de mieux combattre la contrebande;

5. La construction d'une vaste alliance productive qui comprend des zones économiques spéciales;

6. La mise sur pied d'un nouveau modèle de production pour l'État et les entreprises occupées; et

7. L'entrée en action de la nouvelle agence centrale de planification et de réactivation de l'économie.

Ces mesures seront supervisées par une équipe nommée par la nouvelle agence d'État, qui va appliquer des mesures dont :

1. La mise en oeuvre d'un nouveau système d'échange unifié;

2. Une réforme fiscale;

3. L'optimisation de l'investissement public;

4. La consolidation des réserves de devises étrangères et la création d'un système d'investissements de réserves en bolivars (la monnaie vénézuélienne);

5. Un système de prix équitables;

6. Le contrôle de l'excédent de liquidités afin d'aider à stabiliser les prix;

7. La mise en oeuvre de zones économiques spéciales.

(Telesur, le 30 décembre 2014)

Haut de page


Mexique

La Commission des droits humains examine le rôle
de l'armée dans la disparition des 43 étudiants


Le 1er décembre 2014 : manifestation à Mexico pour exiger justice pour les étudiants
disparus et la fin de l'impunité du gouvernement.

Le président de la Commission des droits de l'homme du Mexique (CNDH) a annoncé que la commission étudiera le rôle de l'armée mexicaine dans la disparition des 43 étudiants mexicains à Iguala, dans l'État du Guerrero, en septembre dernier.

Le 27 décembre, après avoir rencontré les parents des élèves, le protecteur du citoyen pour les droits humains, Luis Raul Gonzalez, a déclaré aux journalistes que la CNDH a demandé que l'armée mexicaine fournisse un rapport sur ses actions du 26 septembre à Iguala, lorsque les étudiants ont disparu.

Cette nuit-là, la police municipale d'Iguala et des hommes masqués armés ont enlevé 43 étudiants de l'École normale d'Ayotzinapa pour la formation des enseignants et les ont remis à un gang local qui fait le trafic de la drogue. Selon les autorités mexicaines, les étudiants ont été tués et leurs corps brûlés.

Début décembre, les restes d'un des étudiants disparus, Alexander Mora, ont été identifiés par les médecins légistes autrichiens, mais le sort des 42 autres étudiants demeure inconnu.

Les parents des étudiants n'ont pas accepté la version des autorités mexicaines sur ce qui s'est passé et ont travaillé avec d'autres organisations pour trouver leurs fils.

Dans leur rencontre avec Gonzalez, les parents lui ont demandé de faire enquête sur la raison pour laquelle l'armée mexicaine n'a pas aidé les étudiants alors que l'armée savait qu'ils étaient attaqués.

Gonzalez a déclaré aux journalistes que, même si la commission n'a pas le pouvoir d'enquêter sur des crimes, elle examinera toutes les violations des droits humains que les forces et les autorités fédérales auraient commises.

De nouvelles preuves indiquent que les forces fédérales ont non seulement refusé d'aider les étudiants la nuit de l'attaque, mais ont participé à sa planification, même si le procureur général du Mexique, Jésus Murillo Karam, a nié toute implication de la police fédérale.

(Telesur, le 29 décembre 2014)

Haut de page


Russie

Les points clés du discours annuel à la nation
de Vladimir Poutine

Le 4 décembre, le président russe Vladimir Poutine s'est adressé à la nation dans son discours annuel devant l'Assemblée fédérale, les deux chambres du parlement russe. L'adresse annuelle est un document qui présente les positions du président sur les grandes orientations de la politique non seulement pour l'année à venir mais aussi à plus long terme.

La position sur la crise ukrainienne et l'unification de la Crimée à la Russie

La Russie a le droit de façonner son développement selon sa volonté, a déclaré Poutine. « Cela s'applique aussi à l'Ukraine » a-t-il dit. Il a qualifié d'hypocrisie l'utilisation de la question des droits humains pour couvrir le coup d'État en Ukraine.

Poutine a rappelé le référendum en Crimée et la réunification de la république avec la Russie. La réunification, a-t-il dit, est un événement historique majeur. La Crimée a et aura toujours une importance pour la Russie.

Sur l'influence des États-Unis

Parlant des relations avec les États-Unis et l'Europe, Poutine a déclaré que la Russie est guidée par des intérêts plutôt que par les sentiments dans ses relations avec ses partenaires.

Abordant la façon dont la Russie développe le dialogue avec l'Europe et les États-Unis sur l'Ukraine, le président a dit : « Ce n'est pas par hasard que j'ai mentionné nos amis américains parce qu'ils ont toujours influencé directement ou en coulisses nos relations avec nos voisins. »

« Même si certains pays européens ont oublié depuis longtemps leur fierté nationale et considèrent la souveraineté comme un grand luxe, la véritable souveraineté d'État est une condition absolument essentielle à l'existence de la Russie », a déclaré Poutine.

Sur les sanctions

« Bien sûr, les sanctions sont nuisibles mais elles sont nuisibles pour tout le monde, y compris ceux qui les initient », a souligné Poutine. Le président russe a déclaré que des sanctions et des restrictions fournissent également le mobile pour atteindre des objectifs qu'on s'est fixés. Poutine a déclaré que les sanctions ne sont pas seulement une « réaction nerveuse des États-Unis et de ses alliés » face au comportement de la Russie dans le cadre des événements en Ukraine et ne sont pas une réponse au « printemps criméen ».

« La politique de confinement n'a pas été inventée hier. Elle a été menée contre ce pays depuis de nombreuses années, on pourrait dire depuis toujours, pendant des décennies sinon des siècles », a déclaré Poutine.

« Chaque fois que quelqu'un croit que la Russie est devenue trop forte et indépendante, on y recourt immédiatement », a déclaré le dirigeant russe.

La Russie ne va pas mettre fin à ses relations avec l'Europe ou l'Amérique. Ne nous y trompons pas, a déclaré Poutine, la Russie a beaucoup d'amis et de partenaires stratégiques dans le monde. Le pays continuera d'être ouvert au monde et d'attirer les investissements de l'étranger pour des projets conjoints, a déclaré le président. Il s'est donné comme tâche de porter l'investissement extérieur dans l'économie russe à 25 % du PIB d'ici 2018.

Sur les substitutions aux importations

La substitution raisonnable aux importations est un objectif stratégique de la Russie pour la période qui vient, a déclaré Vladimir Poutine dans son discours. La Russie doit se débarrasser de la dépendance envers l'équipement étranger, y compris pour le forage pétrolier dans l'Arctique, a-t-il dit. Poutine a dit que lorsque les sociétés étrangères achètent des équipements à l'étranger, cela n'apporte aucun bénéfice à la Russie et qu'ils devraient utiliser des produits locaux. Si la Russie achète quoi que ce soit à l'étranger, ce doit être pour des produits très rares. Poutine a dit vouloir créer les conditions pour que les petites et moyennes entreprises participent à des programmes d'achat du gouvernement.

Au sujet de l'aide étrangère en faveur du terrorisme en Russie
et du déséquilibre dans le monde

Selon Poutine, depuis 2002, lorsque les États-Unis ont abandonné le traité antimissiles balistiques, il y a eu une menace de déséquilibre stratégique dans le monde et il a ajouté : « Je pense que c'est nocif aussi pour les États-Unis car cela crée une illusion dangereuse d'invincibilité. »

Il a souligné que la Russie ne va pas s'impliquer dans la course aux armements tout en faisant de son mieux pour assurer sa sécurité. Le président a ajouté que la Russie a des solutions non conventionnelles. « Nous sommes forts parce que nous avons raison », at-il dit.

Il est inutile d'essayer de dialoguer avec la Russie à partir d'une position de force, a déclaré M. Poutine. « Nous nous souvenons des pays qui ont soutenu les terroristes en Russie ... et aujourd'hui ces gens font du trouble en Tchétchénie », a-t-il déclaré. Les terroristes, selon le président, reçoivent toujours un soutien de l'étranger. « Ces pays veulent que le scénario yougoslave se produise en Russie », a-t-il dit. Ils vont échouer comme Hitler a échoué, a-t-il déclaré.

À propos des dépenses publiques

Le ministère de la Défense devrait créer un nouveau système de contrôle des dépenses budgétaires, a déclaré le président, soulignant que « de mauvaises dépenses dans le domaine de la défense peuvent être considérées comme une menace pour la sécurité nationale ».

Il a dit que toutes les agences budgétaires devraient avoir une trésorerie commune et que toutes les entreprises avec une grande participation de l'État doivent réduire leurs coûts annuellement de plusieurs degrés de pourcentage.

Sur la modernisation de l'industrie

Poutine a dit que la Russie est capable de moderniser son économie et d'être un leader mondial dans certains secteurs industriels. Pour atteindre cet objectif, la Russie doit faire appel à ses ressources internes, comme l'Académie des sciences, et attirer des ressortissants russes de l'étranger. D'ici 2020, la moitié des collèges russes devraient avoir des cours de formation pour les 50 professions les plus communes, a-t-il dit.

Sur la démographie et les soins aux personnes à mobilité réduite

Les programmes russes en matière de démographie se sont avérés efficaces et les programmes seront étendus à la Crimée, a rapporté Poutine.

« La population du pays atteint presque 144 millions de personnes, c'est 8 millions de plus que les perspectives de l'ONU », a déclaré Poutine. La Russie a une espérance de vie de plus de 71 ans et a de bonnes possibilités de l'augmenter à 74, a-t-il ajouté.

Poutine a remercié les athlètes russes pour leur participation aux Jeux paralympiques de Sotchi. La Russie devrait accroître son soutien aux personnes à mobilité réduite, a dit le président, y compris entre autres, la formation professionnelle et la production de biens spécifiques.

(ItarTass)

Haut de page


Ukraine

Des réfugiés juifs ukrainiens recevront
la citoyenneté israélienne tandis que l'Occident
appuie les partis néonazis


Manifestation du 5 octobre 2014 sur la colline du Parlement à Ottawa contre l'appui
du Canada aux forces fascistes ukrainiennes

Le gouvernement israélien tient des réunions à huis clos sur la question de l'accueil de quelque 6 000 citoyens ukrainiens juifs déplacés par la guerre civile en Ukraine, selon le journal israélien Maariv. Pendant ce temps, l'Occident appuie les militants et partis ouvertement national-socialistes et ultranationalistes en Ukraine.

Le cabinet du premier ministre Israélien Benyamin Nétanyahou planifie secrètement la construction de « camps de réfugiés » pour recevoir les « 6 000 déplacés » juifs ukrainiens, selon Maariv. La construction des camps de réfugiés pour recevoir les 6 000 Ukrainiens serait sous la supervision du ministre de l'Économie d'Israël, Naftali Bennett. Maariv n'a pas indiqué où ces 6 000 Ukrainiens seront installés.

Maariv publie cette nouvelle alors que le nombre de personnes tuées lors d'un récent attentat contre une synagogue juive à Jérusalem vient de passer à cinq et que le bras de fer entre le gouvernement Nétanyahou et le gouvernement palestinien sous la présidence de Mahmoud Abbas se poursuit. Nétanyahou blâme le Fatah et le Hamas pour le terrorisme et cet attentat tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas accuse l'occupation de la Palestine par Israël de causer le conflit et de pousser les gens au terrorisme.

La progression rapide de l'ultranationalisme, des milices et des partis ouvertement nazis, et leur ascension rapide au pouvoir lors des manifestations « Euromaïdan » à Kiev, appuyées par l'Occident ont provoqué des pogroms et des menaces contre les juifs et les communautés juives en Ukraine, sauf dans les zones dans la région rebelle du Donbass fermement sous le contrôle des gouvernements régionaux en rébellion, ainsi qu'en Crimée, qui s'est jointe à la Fédération de Russie après un référendum en Crimée le 16 mars 2014.

L'Ukraine risque de devenir un État failli après les pogroms, a écrit le collaborateur à la rédaction du magazine Route et correspondant de nsnbc, Igor Alexeev, en décembre 2013. Alexeev avait prédit les conséquences néfastes de ces événements sur l'économie ukrainienne qui s'est arrêtée. Alexeev a également mis en garde contre la montée au pouvoir du parti Svoboda en Ukraine. Dans son article de décembre 2013, Alexeev écrivait que :

Connu d'abord sous le nom de Parti national-socialiste, Svoboda tire ses racines dans la collaboration nazie. Svoboda honore aussi les « anciens combattants ukrainiens » qui ont combattus avec les nazis contre l'Union soviétique pendant la Deuxième Guerre mondiale dans la Division SS Galicie et ce parti lutte contre la menace du « communisme juif ». Ses origines sont expliquées dans un article de Michael Goldfarb dans le Global Post, intitulé « Le parti nationaliste de l'Ukraine adopte l'idéologie nazie ».

L'Assemblée nationale ukrainienne - Autodéfense ukrainienne (UNA-UNSO ), une force paramilitaire ouvertement nationale-socialiste associée à Secteur droit (Pravyï sektor), s'est depuis transformée en soi-disant « unités spéciales militaires » ou ADS corps qui agissent de manière semi-autonome et sont intégrées aux structures de commandement du Secteur droit, du ministère de l'Intérieur, du ministère de la Défense ainsi que des agences de renseignement étrangères et de l'OTAN. UNA-UNSO a été lié au prétendu réseau dormant de l'OTAN (Gladio).

Les États-Unis et d'autres gouvernements occidentaux ont toujours fait passer leurs « partenaires » en Ukraine pour des « modérés » et ont rejeté les allégations au sujet de la coopération avec les organisations et les partis ukrainiens ayant une idéologie nazie.

En mai 2014, la sous-secrétaire d'État pour l'Europe et l'Eurasie des États-Unis, Victoria Nuland, a cependant admis lors d'une comparution de deux heures devant la Chambre des représentants, que le gouvernement américain collabore avec les nazis Ukrainiens.

La collaboration avec les nazis Ukrainiens ne se limite cependant pas aux responsables du gouvernement Obama. Parmi ceux impliqués directement dans la collaboration avec le « dirigeant » de Svoboda Oleg Tyahnbok, on retrouve le sénateur américain John McCain, qui est aussi connu pour faire des « accords » avec le « calife Ibrahim » de l'EI, connu sous le nom d'al-Baghdadi ou al-Baghdadi.

Des unités militaires israéliennes auraient aussi été impliquées dans le coup d'État en Ukraine qui a mené à la montée des idéologues nazis et aux menaces contre les communautés et les citoyens juifs d'Ukraine.

Dans un article du 14 mars 2014, le directeur du Centre de recherche sur la mondialisation, basé au Canada, le professeur Michel Chossudovsky, notait que l'agence juive de nouvelles JTA rapportait la présence d'unités associées à l'Armée de défense d'Israël (Tsahal) en Ukraine. JTA cite « Delta », un membre de la brigade Guivati de Tsahal, confirmant la présence de forces israéliennes lors du coup d'État.

La brigade Guivati était, parmi d'autres, impliquée dans l'« Opération Plomb durci » contre la bande de Gaza ainsi que dans les massacres dans le quartier Tel El-Hawa à Gaza, écrit Chossudovsky.

Alors que les menaces contre les membres de la communauté juive de l'Ukraine sont réelles, la question se pose de savoir si le gouvernement Nétanyahou a participé à la création de cette menace dans le but de recruter de nouveaux immigrants et citoyens israéliens. Au cours des deux dernières années, Israël a connu une augmentation marquée des citoyens israéliens qui quittent Israël pour l'Allemagne, les États-Unis et d'autres pays occidentaux. Ces 6 000 nouveaux juifs ukrainiens pourraient soutenir le gouvernement Nétanyahou et la poursuite de la politique agressive d'Israël d'expansion des colonies dans les territoires palestiniens occupés illégalement.

(nsnbc international, 19 novembre 2014. Traduction : LML)

Haut de page


Quand la réalité dépasse la fiction

Le film The Interview et la politique de changement de régime des États-Unis vis-à-vis la Corée du Nord

« Et advenant que le film déclenche une guerre, j'espère que les gens diront : 'Oui mais, ça valait la peine. C'est vraiment un bon film !' » - Seth Rogen

« Les dictateurs fêlés sont de bons vendeurs de journaux et de magazines - pensons à la une du Newsweek en 2003 montrant Kim [Jong Il] en verres fumés et portant le titre : 'docteur Denfer'...Mais la démonisation et le ridicule comportent des dangers. À la limite, le fait de déshumaniser l'adversaire prépare le terrain à la guerre. » - Donald Macintyre

Les images que l'on projette de la Corée du Nord au grand écran aux États-Unis - images à la fois grotesques et menaçantes - sont sans doute aussi anciennes et démodées que l'expression l' « axe du mal » datant de l'ère de George W. Bush. Le « terroriste » musulman, les images stéréotypées d'un dirigeant nord-coréen diabolique à la « docteur Terreur », le sinistre espion nord-coréen, le commando robotique nord-coréen et tous les autres Bonhommes sept-heures de l'après-Guerre froide, acteurs du péril rouge et jaune - ont tous été les ennemis de service de l'industrie du film commercial et de ses fantasmes géopolitiques et racistes. Expliquant pourquoi le dirigeant nord-coréen avait été le choix par défaut dans le rôle du vilain dans sa récente comédie de changement de régime, The Interview, Seth Rogen a déclaré : « Ce n'est pas si controversé que cela que d'étiqueter la Corée du Nord comme étant méchante. La raison en est simple : elle est méchante. »[1] En effet, les caricatures unidimensionnelles de la Corée du Nord sont chose commune dans les médias occidentaux pour la simple raison que « les dictateurs fêlés » sont de bons vendeurs.[2] Or, pour ce qui est des histoires de changement de régime nord-coréen hollywoodien, la ligne de démarcation entre la réalité et la fiction - sans parler de celle entre la liberté d'expression et la propagande gouvernementale - est à peine perceptible. Que ce soit à Hollywood ou à Washington, la seule description acceptable de la Corée du Nord, selon Donald Macintyre, ancien chef de bureau à Séoul pour le magazine Time, est « le scénario de la démonisation ».[3] Non seulement les fabricants de rêves de l'industrie du divertissement ont-ils depuis longtemps joué un rôle déterminant dans les théâtres de guerre des États-Unis mais les haut fonctionnaires et les commentateurs politiques ont aussi grandement influencé le langage du spectacle - par exemple, on dit des exercices militaires conjoints des États-Unis et de la Corée du Sud qu'ils sont des « jeux de guerre » et lorsque l'administration Obama décrit les manoeuvres militaires des États-Unis dans et autour de la péninsule coréenne, on parle du « plan de match » du Pentagone envers la Corée du Nord.

Mais au-delà de l'appétit insatiable de l'industrie du divertissement étasunienne pour les vilains, comment expliquer le choix anachronique de la Corée du Nord comme adversaire, vieil adversaire issu de la Guerre froide, qui perdure depuis la fin de cette époque et qui demeure le préféré des vilains parmi tous les vilains d'Hollywood depuis le 11 septembre. Alors que les yeux du monde entier sont tournés vers divers points chauds du Moyen-Orient, quel avantage y-a-t-il à vouloir brandir un « méchant » coréen à Hollywood ? Bien qu'il soit possible que l'amateur de cinéma puisse avoir une vague notion de contexte géopolitique - peut-être certains ont-ils une certaine compréhension des réalités qui sous-tendent les plus récents films d'aventures interventionnistes islamophobes de Hollywood - mais il est peu probable que la Corée du Nord, que l'on décrit dans les médias étasuniens comme étant un pays impossible à comprendre et entouré de mystère, puisse évoquer de telles lueurs de compréhension. La vérité, nous dit-on, est encore plus grotesque que tout ce que l'on puisse imaginer au sujet de la Corée du Nord, donc, règle générale, lorsque Hollywood veut décrire ce pays, tout est permis - même des films qui montrent la tête de Kim Jong Un en train de se déconstruire et de s'enflammer. Ainsi les scènes de violence remplacent le fond, ne nous permettant aucunement de connaître quoi que ce soit de la Corée du Nord. Rappelons que l'ancien directeur de la CIA, Robert Gates, disait de la Corée du Nord qu'elle était un « trou noir » et selon l'ancien responsable de la CIA à Séoul et ancien ambassadeur des États-Unis en Corée du Sud, Donald Clegg, elle est « l'échec de renseignement le plus spectaculaire de l'histoire de l'espionnage », et selon la représentante du Congrès, Ileana Ros-Lehtinen, elle est « au coeur des ténèbres ».[4] C'est donc cette ignorance quasi-totale au sujet de la Corée du Nord, pour laquelle les Américains nourrissent beaucoup de conviction tout en ne connaissant à peu près rien de ce pays, qui sert d'écran malléable sur lequel l'industrie du divertissement projette ses fantasmes, lesquels ont peu à voir avec la réalité de la Corée du Nord mais en disent long sur du substrat idéologique dans lequel s'embourbe Hollywood.

Il serait utile de tenir compte de deux films de l'« axe du mal » tournés après le 11 septembre, deux films dont les scénarios sont basés sur des prémisses contraires mais qui entrecroisent la politique des États-Unis, bien que peu de critiques l'aient observé : L'aube rouge, un remake par MGM en 2012 d'un film de l'époque de la Guerre froide tourné en 1984, dans lequel des envahisseurs nord-coréens tentent présomptueusement de provoquer un changement de régime aux États-Unis mais sont battus par une bande d'adolescents américains s'appelant les « Wolverines », et The Interview, comédie loufoque dans laquelle un animateur de talk-show idiot et son producteur sont enrôlés par la CIA pour « éliminer » Kim Jong Un, moyen infaillible pour faire tomber le régime nord-coréen.[5] Tandis que Red Dawn 2, décrit par Wired comme étant « le film le plus stupide jamais fait », est devenu par la force des choses une farce, ses réalisateurs croyant que les cinéphiles américains allaient « percevoir la Corée du Nord comme étant une véritable menace », The Interview,qui du jour au lendemain a connu une notoriété mondiale, est devenu le sujet d'une sérieuse controverse et de commentaires tout azimut dans les médias occidentaux.[6]

Le principal vilain de The Interview est issu de la Corée du Nord, bien qu'il soit plus rustre que dictateur, ayant d'importants problèmes d'« estime de soi » et de « questions non réglées avec son père », selon les fuites de courriels de Sony.[7] Et c'est ainsi que, dans toute la tempête médiatique au sujet du piratage de Sony, la Corée du Nord est devenue, au delà de l'écran, un bouc émissaire facile. Alors que la Maison-Blanche vient de tourner une page importante vis-à-vis Cuba, allant jusqu'à affirmer que la politique isolationniste des États-Unis en vigueur pendant un demi-siècle et visant un changement de régime à Cuba s'est avérée un échec, la Corée du Nord, pour sa part, elle aussi une cible des projets de changement de régime des États-Unis, pourrait très bien se retrouver sur la liste des États qui soutiennent le terrorisme du Département d'État, même si un dénommé George W. Bush l'avait retirée de cette liste en 2008.[8] En d'autres mots, alors que Cuba sera en toute vraisemblance retiré de cette liste de quatre pays, qui comprend aussi l'Iran, le Soudan et la Syrie, il est fort possible que la Corée du Nord, accusée d'avoir piraté Sony et d'avoir proféré des menaces terroristes pour empêcher la projection du film The Interview, se retrouve à nouveau sur cette fameuse liste. [9] Nous sommes ainsi devant deux dynamiques complètement différentes : d'une part, la perspective d'un rapprochement, d'une normalisation et d'un engagement tant attendus avec Cuba, et de l'autre, une guerre des mots, des menaces de riposte et d'escalade de conflit face à la Corée du Nord. En parlant du piratage de Sony, que le FBI prétend dur comme fer avoir retracé jusqu'à la Corée du Nord - accusation que le New York Times a publiée en dépit d'un raz-de-marée d'évaluations et d'opinions contraires provenant de la communauté élargie de la cybersécurité - la porte-parole du Département d'État des États-Unis, Marie Harf, le 22 décembre 2014, faisait, au nom de Sony, une surprenante demande d'indemnisation auprès de la Corée du Nord : « Le gouvernement de la Corée du Nord a une longue tradition de nier ses actes de destruction et de provocation et elle pourrait aider dans cette affaire en avouant sa culpabilité et en compensant Sony pour les dommages encourus. »[10]

Or, dans cette discussion biaisée faite de réparations et d'amnésie collective, les États-Unis ne font aucun effort pour mesurer le sérieux coût humain résultant de six décennies d'interventions hostiles de la part des États-Unis contre la péninsule coréenne, ni ne tiennent-ils compte du fait que la relation officielle entre les États-Unis et la Corée du Nord en est une de guerre non terminée. Au milieu du 20e siècle, les États-Unis, préparant le terrain pour leur bain de sang en divisant la péninsule coréenne en deux en 1945 sans aucun apport de la Corée elle-même, et en appuyant des élections séparées dans le sud en 1948, sont ensuite intervenus militairement en 1950 au nom de leur allié de la Corée du Sud, Syngman Rhee (un dictateur sanguinaire, sans doute, mais « notre homme », selon le vocabulaire du Département d'État de la Guerre froide) pour mener la guerre de réunification nationale qui s'est ensuivie. La tragédie c'est que cette guerre, la guerre de Corée, est restée sans solution jusqu'à ce jour. Les États-Unis ont mené le combat avec une nette supériorité aérienne dans cette guerre inégale, menant à des conséquences dévastatrices, en particulier pour la Corée du Nord. À la fin, il est estimé que quatre millions de Coréens furent tués, dont 70 % étaient des civils. Des millions sont devenus des réfugiés et une famille coréenne sur trois a été séparée par une ligne de démarcation qui, la guerre aidant, est devenue une frontière des plus infranchissables, extrêmement fortifiée et militarisée, que les présidents étasuniens depuis ont appelé « La frontière de la liberté ». Comme le note l'historien Bruce Cumings, la mémoire n'est pas aussi sélective au nord de la dite frontière. « Ce qui ne s'efface pas, c'est la destruction massive causée par les campagnes aériennes des États-Unis contre la Corée du Nord. Les États-Unis ont eu recours à des bombes incendiaires (en particulier le napalm), mais aussi aux menaces d'armes nucléaires et chimiques, et à la destruction d'immenses barrages nord-coréens dans la phase finale de la guerre. »[11] Ce souvenir de l'hécatombe, si central à la consolidation de la Corée du Nord en tant qu'État, n'a peu ou pas d'écho aux États-Unis où on nomme la guerre de Corée « la guerre oubliée ». En effet, peu de personnes aux États-Unis se rendent compte que cette guerre n'est pas terminée, tandis qu'en Corée du Nord, personne ne peut l'oublier.


Obama observe la RPDC à partir de ce qu’il appelle la « Frontière de la liberté », le 25 mars 2012.

Et pourtant, qu'ils s'en rendent compte ou pas, les Américains perçoivent la Corée du Nord par le petit trou de la lorgnette, elle-même embuée par cette guerre non terminée. Dans ce qui allait devenir l'une des campagnes de relation publique les plus bizarres pour un film de Noël de Hollywood , les affirmations du FBI à l'effet que la Corée du Nord était responsable de la cyberattaque contre Sony - une affirmation présentée sans preuve aucune mais acceptée comme un fait accompli par l'administration Obama - met en lumière le rôle des agences de renseignement qui servent de filtre pour tamiser notre perception de la Corée du Nord et d'autres ennemis historiques des États-Unis. Il est bon aussi de noter que les deux principales façons par lesquelles un Américain peut « connaître » la Corée du Nord sont les transfuges et les satellites, deux preuves à toute épreuve, à tel point que c'est sur la base de tels renseignements que l'ancien secrétaire d'État, Colin Powell, a présenté au Conseil de Sécurité des Nations unies en 2003 la « preuve » irréfutable à l'effet que l'Irak avait en sa possession des armes de destruction massive. Aujourd'hui, comme à cette époque, l'information au sujet d'une cible militaire de longue date des États-Unis n'a pas comme objectif de peindre un portrait fidèle de cette société ou de son leadership mais plutôt de vaincre ce dit ennemi - en somme, de préparer le terrain pour un changement de régime. C'est précisément derrière cet écran de désinformation au sujet de la Corée du Nord que Hollywood produit de façon industrielle des films qui alimentent la politique inlassable de changement de régime des États-Unis.

Obama s’engage à répondre à la cyberattaque contre Sony lors de sa conférence de presse de fin d’année le 19 décembre 2014

Avec Obama qui assume le rôle de principal porte-parole pour The Interview, attardons-nous aux lignes de démarcation floues qui séparent ce que le président des États-Unis et Seth Rogan ont ensemble présenté comme étant une question de liberté de parole et d'expression artistique, d'une part, et la propagande gouvernementale, de l'autre. La collusion entre Sony, la Maison- Blanche et le complexe militaro-industriel, telle que révélée par les fuites de courriels, mérite aussi qu'on s'y attarde. Non seulement Obama, lors de sa dernière conférence de presse de 2014, a-t-il réussi à éviter toute discussion sur le rapport de la CIA sur la torture, mais il a prêté une attention excessive à un film que Sony avait déclaré avoir mis sur les tablettes, louangeant le film et lui offrant un appui sans pareil. En invoquant la Corée du Nord comme étant « la question du jour », l'importante question de la reddition de comptes des États-Unis pour la torture, au sujet de laquelle même d'importants médias réclamaient une enquête criminelle sur la responsabilité de l'ancien vice-président, Dick Cheney, de l'ancien directeur de la CIA, George Tenet, de l'architecte légal des programmes de torture, John Yoo, et d'autres, a été mise sous le tapis. [12] Au lieu de cela, la Corée du Nord s'est trouvée à la une et la décision provisoire, un soi-disant coup fumant de relation publique, de retirer The Interview, a été présentée, conjointement avec les commentaires d'Obama, comme étant une capitulation à la censure imposée par un « dictateur quelque part dans le monde ».[13] Posons-nous la question : quel capital politique peut-on penser gagner en maintenant la ligne dure envers la Corée du Nord, alors qu'avec Cuba on prône la détente ? Comme l'indiquent les courriels piratés provenant du dirigeant de Sony Entertainment, Michael Lynton, le tête-à-tête de Sony avec l'administration Obama au sujet de The Interview, remonte à l'étape embryonnaire du film. Ayant visionné une version non éditée du film au Département d'État même, Sony a sans doute sondé les gens haut-placés présents, y compris l'envoyé spécial des Nations unies pour les droits de l'homme en Corée du Nord, Robert King, en particulier au sujet de ce quo lui semblait être une scène de violence excessive où Kim Jong Un (joué par Randall Park) est assassiné alors que sa tête explose. Ne souffrant pas de tels scrupules, le Département d'État a donné le feu vert au film.

Lors d'une entrevue au New York Times le 16 décembre 2014, à la question à savoir s'ils étaient inquiets des « menaces initiales proférées par la Corée du Nord », l'acteur principal, James Franco, a déclaré : « Ils s'en prennent à Obama autant qu'à nous », ajoutant d'un air pince-sans-rire, « Parce qu'Obama est le véritable producteur de ce film. » Seth Rogen, qui partage le premier rôle dans le film et en est le co-réalisateur avec Evan Godberg, a clarifié : « Ils ne connaissent pas la liberté de parole là-bas et ils ne comprennent pas que les gens puissent inventer des choses. »[14] Par contre, plus tard dans l'entrevue, Rogen a donné une version moins inoffensive du processus de production : « Tout au long de ce processus, nous avons développé des relations avec certaines personnes qui travaillent au gouvernement en tant que consultants, et je suis convaincu qu'il s'agit d'agents de la CIA. » En effet, non seulement des fonctionnaires du Département d'État y ont-ils participé, mais Bruce Bennett, un observateur de la Corée du Nord et un partisan de changement de régime au sein même de la Rand Corporation, un groupe d'experts financé par le complexe militaro-industriel des États-Unis, et consultant au gouvernement sur la Corée du Nord, a aussi fait jouer son expertise de consultant auprès de Sony pour la conception du film. La thèse de Bennett sur la Corée du Nord - thèse qui n'a rien d'original - est que l'assassinat du dirigeant nord-coréen est la meilleure façon d'entraîner une chute du régime dans ce pays. Dans un courriel du 25 juin 2014 qu'il a fait parvenir à Michael Lynton, le PDG de Sony Entertainment, qui siège aussi au conseil d'administration de Sony Entertainment - une autre preuve de la relation douillette qu'entretient Sony avec le complexe militaro-industriel - Bennett a laissé entendre qu'un scénario de changement de régime en Corée du Nord, qui serait accueilli de façon politique dans la péninsule coréenne, pourrait huiler la machine pour faciliter la chute du régime. Se référant à son propre livre publié en 2013, Preparing for the Possibility of a North Korean Collapse, il a déclaré : « J'ai bien indiqué que l'assassinat de Kim Jong-Un est ce qui permettrait en toute certitude de faire tomber le gouvernement nord-coréen. Atténuer la scène finale [la scène de l'assassinat] pourrait rendre le film plus acceptable pour les Coréens du Nord, mais je crois plutôt qu'un scénario qui prône l'élimination du régime de la famille Kim et la création d'un nouveau gouvernement par le peuple nord-coréen (du moins, de ses élites) provoquera une véritable réflexion en Corée du Sud et, je crois, en Corée du Nord dès que le DVD aura infiltré le Nord (ce qui est fort probable). Donc, personnellement, je ne toucherais pas à la scène finale. »[15] Défendant l'intégrité créatrice du film (juste avant les fuites de courriels), Rogen et Goldberg ont prétendu que leur décision d'identifier de façon explicite Kim Jong-Un comme étant le dirigeant nord-coréen du film avait soulevé une « certaine résistance » chez Sony, et pourtant, selon un article publié plus tard dans The Daily Beast, la fuite de courriels « suggère fortement que l'idée d'intégrer Kim Jong Un comme personnage à abattre dans The Interview était de Sony ». Cela s'est fait suite à une consultation « avec un ancien agent de la CIA et avec un individu qui avait déjà travaillé avec Hillary Clinton. »[16]

Mais doit-on s'en surprendre ? Après tout, Hollywood nous a donné La Chute du faucon noir, Opération avant l'aube, Argo, et beaucoup d'autres films de propagande. Et pourtant, The Interview est tout sauf un divertissement inoffensif. Il soulève encore moins la question de la liberté de parole et d'expression artistique. Tout cela nous rappelle que lorsqu'il s'agit des ennemis des États-Unis, la culture a toujours été un terrain de manipulation et de guerre. Au cours des intenses combats menés au moment de la Guerre de Corée, les États-Unis ont laissé tomber au bas mot 2,5 milliards de pamphlets de propagande sur la Corée du Nord comme partie intégrante de leur guerre psychologique pour gagner « les coeurs et les esprits » des Coréens. Tout au long de la Guerre froide, cela est bien connu, la CIA a subventionné les arts et les lettres étasuniens par le biais d'un kulturkampf au sein même du bloc socialiste, agissant en catimini pour promouvoir des expressions culturelles dites démocratiques qui pouvaient ensuite servir de preuves pour démontrer la supériorité de la culture de la liberté étasunienne. Aujourd'hui, le National Endowment for Democracy (NED), une agence dite non-gouvernementale mise en place à l'ère Reagan pour accomplir ce que la CIA faisait clandestinement pendant la Guerre froide et financée dans sa quasi totalité par le Congrès, est le commanditaire et le diffuseur des témoignages de transfuges, ce que la CIA appelle « renseignements humains », lesquels sont supposément la vérité incarnée en ce qui concerne la Corée du Nord.[17] L'un des principaux objectifs du NED est la promotion de produits de « culture seconde » au sujet de pays ciblés ou « prioritaires », par exemple, la « dissémination de livres, de films et d'émissions télévisées qui prônent la démocratie », en tant que moyen de dé- légitimer et d'éventuellement déstabiliser le leadership de sociétés dites « fermées ».[18] Pour ce qui est de la Corée du Nord, le NED appuie des organisations transfuges en Corée du Sud et au Japon, qu'il mobilise en tant qu'alternative exogène à la société civile nord-coréenne - une seconde culture dont on peut disséminer la propagande via les émissions radiophoniques, le parachutage de ballons, l'infiltration clandestine de clés USB, et d'autres moyens de distribution clandestins, en Corée du Nord. Bien que les fuites de courriels aient indiqué que la filiale sud-coréenne de Sony avait choisi dès le départ de ne pas mettre The Interview à l'affiche en Corée du Sud, citant l'aversion de celle-ci pour la caricature du dirigeant de la Corée du Nord et pour le fait de se moquer de l'accent « nord-coréen », le choix de la Corée du Sud pour une distribution du film avec une portée sinistre porte à réfléchir.[19] Suivant de près l'exemple de Bennett, des organisations telles la Human Rights Foundation, organisation de droite des États-Unis, avec à sa tête le « combattant de la liberté » vénézuélien auto-proclamé, Thor Halvorssen Mendoza, ainsi que des groupes de transfuges en Corée du Sud, ont affirmé qu'ils étaient prêts en tout temps, même avant que Sony ne retire provisoirement le film, à faire le parachutage illégal de copies DVD de The Interview en Corée du Nord à partir de la Corée du Sud. Par exemple, l'un des sous-titres coréens présents sur l'affiche promotionnelle du film de Sony s'adresse explicitement à un auditoire nord-coréen : « Ne croyez pas aux Américains. Ils sont aussi idiots qu'ignorants. » Au sujet de la valeur du film en tant qu'outil de propagande, Halvorssen, qui pense que les comédies sont « en définitive le moyen contre-révolutionnaire le plus efficace » - reprenant les propos de Rogen qui avait loué le potentiel prétendument subversif du film en disant « Peut-être le film trouvera-il son chemin jusqu'en Corée du Nord et déclenchera une foutue de révolution » - a dit à Newsweek : « La parodie et la satire sont puissantes. Ce sont les idées qui vont l'emporter en Corée du Nord. Les idées vont faire chuter ce régime. »[20]


La Fondation des droits humains lance des ballons de propagande sur la Corée du Nord.

Aussi, ceux qui prétendent parler au nom de la démocratie en défendant The Interview, n'examinent que rarement ou même jamais les ramifications profondément antidémocratiques du « pivot » militarisé d'Obama à l'endroit de l'Asie et du Pacifique. Il faut voir le « méchant » nord-coréen hollywoodien dans le contexte de la politique des États-Unis, passée et actuelle, touchant à la vaste région de l'Asie-Pacifique où les États-Unis tentent d'imposer leur domination. Bien que la politique étrangère de Barack Obama est inévitablement associée au Moyen-Orient où il a continué d'appliquer encore plus rigoureusement les politiques interventionnistes de Bush, sa politique étrangère dès les premiers jours vise explicitement le Pacifique. En tant que secrétaire d'État d'Obama, Hillary Clinton avait souligné l'importance de l'Asie en s'y rendant avant même de se rendre en Europe, celle-ci étant traditionnellement le premier point d'arrêt lors des voyages de ses prédécesseurs. Révélant les projets des États-Unis en tant que puissance du 21e siècle dans la région de l'Asie-Pacifique, qu'il a décrite comme étant « l'avenir » de l'Amérique, « la région la plus expansive au monde » et « foyer de la moitié de l'économie mondiale », Obama, lors d'un discours en novembre 2011 devant le parlement australien, avait déclaré : « Notre nouvel intérêt pour cette région reflète une vérité essentielle - les États-Unis ont toujours été, et seront toujours, une nation du Pacifique ».[21] Donc Obama et les membres de son administration font des pieds et des mains pour faire comprendre que les États-Unis doivent être perçus comme une « puissance du Pacifique »[22]


Photo tirée de L'aube rouge (2012) dans laquelle le drapeau de la RPC été altéré par ordinateur pour devenir le drapeau de la RPDC

Empruntée du scénario de L'aube rouge, l'arnaque mise en place par Obama vis-à-vis l'Asie et le Pacifique nécessite qu'on fasse jouer un rôle de démon à la Corée du Nord. Rappelons qu'en 2012, L'aube rouge de MGM s'était attiré un raz-de-marée de critiques de la part des médias chinois - la Chine étant, soit dit en passant, le marché cinématographique le deuxième en importance au monde et un marché qui a permis à L'aube rouge d'atteindre les 1,4 milliard $ au box office l'année de la sortie du film. MGM avait alors décidé à la toute dernière minute de remplacer les vilains chinois dans le film par des vilains nord-coréens. La Corée du Nord, qui ne pèse pas lourd dans le marché de consommateurs de l'industrie mondiale du divertissement, pouvait être copiée collée à la place de la Chine, sans grandes conséquences financières. La modification par ordinateur des drapeaux de la République populaire de Chine, des insignes militaires et des affiches de propagande pour leur donner une allure « nord-coréenne » a coûté au studio plus d'un million de dollars dans la phase de post-production. Bien que, selon ses conseillers, la politique officielle d'Obama envers la Corée du Nord en a toujours été une de « patience stratégique », ou de non-engagement, la Corée du Nord a toujours servi de pierre angulaire à l'approche interventionniste de cette administration vis-à-vis la région de l'Asie-Pacifique. Aussi, bien que le rôle militaire accru des États-Unis dans cette région, avec un rééquilibrage des forces navales étasuniennes atteignant 60 % dans la région (tandis qu'elles sont de 40 % dans l'Atlantique), semble plutôt viser à contenir une Chine en ascension, on a toujours justifié la présence militaire accrue des États-Unis dans cette région - la politique du pivot d'Obama - en invoquant le spectre d'une Corée du Nord volatile, brandissant des armes nucléaires.

Bien au-delà des fantasmes hollywoodiens, la Corée du Nord, présentée comme une menace existentielle, a été indispensable pour, par exemple, « le déploiement de missiles balistiques de défense à proximité de la Corée du Nord », sans parler de la vente de technologie de surveillance par drone aux alliés régionaux.[23] En effet, au coeur de ce déploiement de systèmes de missiles de défense étasuniens - les Aegis, Patriot, et THAAD (Terminal High-Altitude Area Defense) - à proximité de la côte d'Hawai, de Guam, de Taiwan, du Japon, d'Okinawa et de la Corée du Sud (y compris éventuellement sur l'île de Jeju) sont les dangers que représenteraient une Corée du Nord armée, dangereuse et complètement imprévisible pour la côte ouest des États-Unis et pour ses alliés régionaux dans le Pacifique. Ces dernières années, cette image d'une Corée du Nord instable et ayant le doigt sur la gâchette est ce qui a justifié la mise en place accélérée du système THAAD à Guam, d'un deuxième système de missiles de défense près de Kyoto, au Japon, du déploiement de porte-avions nucléaires dans tout le Pacifique, et de ventes lucratives de systèmes d'armes aux pays clients des États-Unis dans toute la région de l'Asie-Pacifique. Quoiqu'un élément clé dans ces plans de premières frappes des États-Unis, cette militarisation accrue du « Lac étasunien » est justifiée par le Pentagone qui prétend qu'il ne s'agit que d'une « mesure de précaution visant à consolider notre dispositif de défense face à la menace régionale de missiles balistiques de la Corée du Nord. » [25] En avril 2013, dans un communiqué de presse annonçant le déploiement de ses missiles de défense dans toute la région de l'Asie-Pacifique, le Pentagone a affirmé : « Les États-Unis demeurent vigilants face aux provocations de la Corée du Nord et se déclarent prêts à défendre le territoire des États-Unis, nos alliés ainsi que nos intérêts nationaux. »[26] Ainsi le système de radar X-band que les États-Unis ont vendu au Japon sous prétexte de protéger « la région contre la menace nord-coréenne », « ne vise pas la Chine », selon les porte-parole étasuniens, mais est tout simplement une mesure défensive adoptée face au danger que pose Pyongyang.[27]

Des critiques ont fait valoir que ces mesures « n'ont rien de défensif » , en particulier pour ce qui est « des bombardiers nucléaires stratégiques B-52 et B-2 », que l'administration Obama a déployés dans la péninsule coréenne.[28] En effet, de tels « vols visaient à démontrer, d'abord à la Corée du Nord, sa capacité de mener des attaques nucléaires à volonté n'importe où en Asie du Nord-Est. »[29] Et pourtant, alors même que les Nord-Coréens se sont mis à l'abri et ont fait preuve d'une « unité déterminée » tout en se préparant à une confrontation possible entre David et Goliath, le véritable auditoire de cette dramaturgie étasunienne nommée « politique du pivot » a toujours été la Chine.

Prétendant avoir fait « énormément » de recherche sur la Corée du Nord, Seth Rogen insiste que The Interview est le miroir de la réalité en Corée du Nord : « Nous n'avons rien inventé. Tout est véridique. » Et quelle est sa conclusion suite à cette recherche exhaustive ? « C'est foutument bizarre. »[30] Et alors que les rideaux se lèveront dans les cinémas des États-Unis pour la présentation de The Interview, le rôle que jouera le démon nord-coréen dans la politique du pivot d'Obama au sein de l'Asie et du Pacifique, eux-mêmes un théâtre historique de guerres étasuniennes, s'avérera une réalité qui dépassera de loin la fiction.

Christine Hong est professeure adjointe d'UC Santa Cruz. Elle est membre du comité exécutif de l'Institut pour une politique coréenne, du comité de coordination de la Campagne nationale pour mettre fin à la guerre de Corée, et du Groupe de travail sur la paix et la démilitarisation en Asie et dans le Pacifique.

Articles pertinents

• Sahr Conway-Lanz, The Ethics of Bombing Civilians After World War II: The Persistence of Norms Against Targeting Civilians in the Korean War
• Mel Gurtov, Time for the U.S. to Engage North Korea
• Ruediger Frank, Why now is a good time for economic engagement of North Korea
• Morton H. Halperin, A New Approach to Security in Northeast Asia: Breaking the Gridlock

Notes

1. Josh Rottenberg, «Seth Rogen and Evan Goldberg Like that Kim Jong Un Doesn’t Get the Joke», LA Times, 3 décembre 2014 . Comme le révèlent les propos de Rogen dans son entrevue au LA Times, les détails biographiques sur le dirigeant nord-coréen n'avait pas d'importance: un autre leader aurait fait l'affaire. Rogen et son co-réalisateur Evan Goldberg avaient d'abord considéré Kim Jong Il comme figure du méchant par excellence mais suite à son décès en décembre 2011 ils l'ont tout simplement remplacé par Kim Jong Un.

2. Donald Macintyre, «U.S. Media and the Korean Peninsula» Korea Witness: 135 Years of War, Crisis and News in the Land of the Morning Calm, ed. Donald Kirk et Choe Sang Hun (Seoul: EunHaeng Namu, 2006), 404.

3. Ibid., 407.

4. Tel que cité dans: Don Oberdorfer, The Two Koreas: A Contemporary History (New York: Basic-Perseus Books, 2001) 60; “North Korea’s Heart of Darkness,” Dong-A Ilbo, 23 May 2012. Disponible ici.

5. Sandy Schaefer, «The Interview Red Band Trailer: Rogen and Franco Serve Their Comedy», Screen Rant, September 2014 

6. David Axe, «North Korea Invades America in Dumbest Movie Ever», Wired, 4 août 2012

7. Sam Biddle, «Leaked Emails: Sony Execs Scared of ‘Desperately Unfunny’ Interview», Defamer, 15 décembre 2014

8. Comme l’a rapporté le Daily Beast, citant les propos d'Obama pour clarifier la nouvelle approche des États-Unis dans leur politique envers Cuba: « Je ne pense pas que nous pouvons continuer de faire la même chose pendant 50 autres années et nous attendre à un résultat différent, a dit Obama dans une allusion assez directe à ce qu’on entend en général par l’insanité ». Lire  l'article « Obama Realizes What 10 Presidents Didn’t: Isolating Cuba Doesn’t Work », de Christopher Dickey, dans le The Daily Beast  du 18 décembre 2014.

9. Lire « Obama Says He’ll Weigh Returning North Korea to Terror List », par Amy Chozick, dans le New York Times du 21 décembre 2014

10. Département d'État, point de presse quotidien, Washington, DC, le 22 décembre 2014. Faisant remarquer que le système de lourdes sanctions des États-Unis et des institutions internationales interdit les tractations financières directes avec la Corée du Nord, le journaliste de l'AP Matt Lee a demandé à Harf de clarifier ce qu'elle entend par «compensation »: « Comment Sony pourrait-il accepter légalement une compensation de la Corée du Nord? Y-a-t-il une exception? », a demandé Lee. ' À ce que je sache, si vous recevez un paiement, un paiement direct, du gouvernement nord-coréen, vous brisez la loi. » Lire « Reporter Dismantles State Dept Suggestion that North Korea Pay Compensation to Sony », dans le Free Beacon du 22 décembre 2014. Pour en savoir plus sur le scepticisme des experts en cyber-sécurité à l'effet que la Corée du Nord soit responsable du piratage, lire « In Plain English: Five Reasons Why Security Experts Are Skeptical North Korea Masterminded the Sony Attack», par Elissa Shevinsky, dans le Business Insider du 22 décembre 2014 et l'article de Marc Rogers «No, North Korea Didn’t Hack Sony», dans le Daily Beast du 24 décembre 2014.

11. Bruce Cumings, «On the Strategy and Morality of American Nuclear Policy in Korea, 1950 to the Present», Social Science Japan Journal 1:1 (1998): 57

12. «Remarks by the President in Year-End Press Conference», The White House, 19 décembre 2014; La rédaction du New York Times, «Prosecute Torturers and Their Bosses», The New York Times, 21 décembre 2014

13. «Remarks by the President in Year-End Press Conference»

14. Dave Itzkoff, «James Franco and Seth Rogen Talk about The Interview», The New York Times, 16 décembre 2014

15. L'avis de Bennett, qui est censé être un expert de la péninsule coréenne, sur la réception de The Interview en Corée du Sud est contredit par les courriers internes de Sony. Craignant la controverse, la division sud-coréenne de Sony a préféré ne pas présenter le film en première en Corée du Sud. Il faut aussi savoir que le thriller Die Another Day (2002), un film de James Bond, un autre qui s'en prend à l'«axe du mal», a provoqué de grandes manifestations en Corée du Sud. Voir à ce sujet Hye Seung Chung, «From Die Another Day to ‘Another Day’: The South Korean Anti-007 Movement and Regional Nationalism in Post-Cold War Asia», Hybrid Media, Ambivalent Feelings, ed. Hyung-Sook Lee, édition spéciale de Spectator 27:2 (2007): 64-78.

16. Rottenberg, «Seth Rogen and Evan Goldberg Like That Kim Jong Un Doesn’t Get the Joke»; William Boot, «Exclusive: Sony Emails Say Studio Exec Picked Kim Jong-Un as the Villain of ‘The Interview’», The Daily Beast, 18 décembre 2014

17. À ce sujet William Blum écrit: «Allein Weinstein, qui a participé à la rédaction de la loi établissant le NED, admettait assez candidement en 1991: 'Beaucoup de ce que nous faisons aujourd'hui était fait secrètement par la CIA il y a 25 ans.'» Voir William Blum, Rogue State: A Guide to the World’s Only Superpower (Monroe, ME: Common Courage, 2000), 180

18. NED, «Statement of Principles and Objectives: Strengthening Democracy Abroad: The Role of the National Endowment for Democracy», NED

19. Voir Biddle, “Leaked Emails”

20. Josh Eells, «Seth Rogen’s ‘Interview’: Inside the Film North Korea Really Doesn’t Want You to See», Rolling Stone, 17 décembre 2014; Paul Bond, «Sony Hack: Activists to Drop ‘Interview’ DVDs over North Korea via Balloon», The Hollywood Reporter, 16 décembre 2014; Katherine Phillips, «Activists to Send DVDs of ‘The Interview’ to North Korea by Balloon», Newsweek, 17 décembre 2014 

21. Barack Obama, «Remarks by President Obama to the Australian Parliament», 17 novembre 2011

22. Hillary Clinton, «America’s Pacific Century», Foreign Policy, 11 octobre 2014

23. Barbara Starr et Tom Cohen, «U.S. Reducing Rhetoric That Feeds North Korea’s Belligerence», CNN 13 avril 2013

24. Department of Defense, News Release No. 208-13, 3 avril 2013

25. John J. Kruzel, «U.S. Prepares Missile Defense, Continues Shipping Interdictions», U.S. Department of Defense, 18 juin 2009

26. «Department of Defense Announces Missile Deployment», Press Release, Department of Defense, 3 April 2014

27. Lolita Baldor and Matthew Lee, «US and Japan Revamp Defense Alliance to Counter North Korean Threat», Business Insider, 3 octobre 2013

28. Peter Symonds, «Obama’s ‘Playbook’ and the Threat of Nuclear War in Asia», World Socialist Web Site, 5 avril 2013.

29. Ibid

30. Judy Kurtz, «FLASHBACK -- Seth Rogen: No Regrets about Making ‘The Interview,’» The Hill, 17 décembre 2014

(Traduction : LML)

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca