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Numéro 180 - 28
décembre 2014
Dehors l'ancien, place au nouveau
Investissons le peuple
du pouvoir souverain!
Manifestation à
Montréal le 9
novembre 2014: la mobilisation contre l'austérité
néolibérale du gouvernement Couillard prend de l'ampleur.
Une
nouvelle
direction
pour
l'économie
• L'inégalité sociale et la
nécessité de restreindre le droit de monopole
Réunion
à Washington des ministres de l'énergie d'Amérique
du Nord
• L'intégration plus poussée du
«marché continental de l'énergie»
- Louis Lang -
Programme pilote de
capital de risque pour les investisseurs immigrants
• Le gouvernement Harper en contradiction avec
la définition
moderne de citoyenneté
- Peggy
Morton -
Cuba
• Célébrations de la
libération des Cinq Cubains et de l'anniversaire
du triomphe de
la Révolution cubaine: Calendrier d'événements
• Message aux partis et aux forces et
mouvements sociaux
et politiques du monde
-
Comité central du Parti communiste de Cuba -
• La confiance inébranlable en la
victoire que nous a inculquée
Fidel continuera de guider tout
notre peuple
- Discours de Raul Castro Ruz à
l'Assemblée nationale du pouvoir populaire -
Manipulation
anticommuniste des droits humains en RPD de Corée
• Les sales tours des États-Unis pour
justifier l'agression
impérialiste et le changement de
régime
• L'impérialisme américain
coupable devant l'humanité
• Pourquoi la question des droits humains est
si importante
- Mission permanente de la
RPDC à l'ONU -
• Une proposition réaliste et
raisonnable pour la réunification de la Corée
Palestine
• Ce qui a changé en Palestine en 2014
- Ramzy Baroud -
Syrie
• Entretien avec le président syrien
Bachar El-Assad
- Régis Le Sommier, Paris
Match -
Dehors l'ancien, place
au nouveau
Investissons le peuple du pouvoir souverain!
Alors que nous nous apprêtons à inaugurer
la nouvelle année, il y a une leçon à tirer des
développements de 2014 au Canada et dans le monde. Le temps est
venu de multiplier les efforts pour s'organiser à la
défense des droits de tous, pour investir le peuple du pouvoir
souverain et pour se donner un gouvernement antiguerre !
Débarquons Harper en 2015 !
Le peuple résiste aux politiques de
l'austérité antisociale de la classe dominante et
à sa restructuration néolibérale de l'État.
La classe dominante réorganise l'État pour faciliter
l'exploitation des travailleurs par le capital monopoliste et
écraser le mouvement pour l'affirmation du pouvoir du peuple et
pour un gouvernement antiguerre. La
résistance du peuple expose le caractère antisocial des
attaques contre les droits de tous et révèle la
nécessité d'un programme prosocial et d'une nouvelle
direction pour l'économie. La revue photos des
événements de l'année dans Le
Marxiste-Léniniste résume la résistance du
peuple à la défense de ses droits sur tous les fronts et
montre quel formidable potentiel il y a pour le changement.
Il y a une résistance grandissante au
façonnement de l'État pour mieux servir les besoins du
capital monopoliste au pays et à l'étranger.
L'autorité publique est devenue le monopole privé d'une
poignée de privilégiés qui s'enrichissent avec les
fonds publics et se servent des organes de l'État pour
étouffer la classe ouvrière et les droits de tous.
Des appels se font entendre : Droit public, oui ! Droit de
monopole, non ! Arrêtez de payer les riches ! Augmentez
les investissements dans les programmes sociaux ! Investissons le
peuple du pouvoir de décider et donnons-nous un gouvernement
antiguerre ! Organisons et luttons pour donner une nouvelle
direction à l'économie, une direction prosociale !
Harper a envoyé l'armée canadienne
combattre dans les guerres d'agression des États-Unis en Asie
occidentale et en Afrique du Nord et pour encercler la Russie et la
menacer de guerre nucléaire. L'impérialisme
américain continue d'instiguer des sales guerres pour provoquer
un changement de régime en Syrie, en République populaire
démocratique de Corée et ailleurs, et de parler des
droits humains et de la démocratie de manière à
justifier l'agression et la guerre. L'usage de la force dans le
règlement des conflits entre nations et une propagande
ouvertement guerrière remplissent les médias
monopolisés et le parlement d'une ferveur chauvine. L'histoire
appelle le peuple à
s'organiser pour se donner un gouvernement antiguerre qui retirera le
Canada du Northern Command, de l'OTAN, de NORAD et de toute
participation aux actions des forces militaires agressives des
États-Unis et de leurs agences d'espionnage, de torture et de
subversion des affaires souveraines des peuples du monde.
Opposons-nous à l'intégration du Canada,
des États-Unis et du Mexique
en une nouvelle structure
étatique dont se servent les impérialistes
américains pour dominer le monde
Les forces armées canadiennes se fusionnent
à celles des États-Unis sous leur commandement pour
imposer le diktat et le contrôle américains partout dans
le monde. La nouvelle année présente un danger de guerres
encore plus étendues et plus destructrices. Par le
libre-échange et d'autres arrangements internationaux, les
grands monopoles s'emparent du contrôle de l'économie des
peuples d'Amérique du Nord, anéantissent le droit du
peuple de décider et de contrôler la direction de
l'économie et
décider de la meilleure utilisation du travail, des machines et
des ressources pour servir son économie et répondre
à ses besoins. Sans le consentement du peuple, de gigantesques
monopoles dictent où et quand les investissements peuvent
être faits. L'avenir de secteurs entiers comme l'acier,
l'automobile, l'énergie et même l'agriculture est entre
les
mains d'un capital financier très éloigné du
peuple qui échappe au contrôle, aux demandes et aux
besoins du peuple. Des corridors de transport, d'énergie et de
sécurité couvrant de vastes territoires sont
planifiés ou en voie de construction aux dépens du
bien-être des peuples des trois pays et sans leur consentement.
Toute cette intégration se fait uniquement dans
l'intérêt des propriétaires des monopoles qui
promettent une prospérité éventuelle. Mais la
réalité montre que cela mène seulement à
une plus grande concentration de la richesse sociale, du pouvoir et du
contrôle entre les mains d'une poignée de
privilégiés et à des crises économiques
récurrentes
qui détruisent les rêves et les espoirs du peuple et
laissent plus souvent que jamais derrière elles un environnement
social et naturel en ruine.
La direction
néolibérale de
l'économie, qui vise à rendre les monopoles et
groupes financiers les plus puissants concurrentiels, s'accompagne
d'une concentration inégalée du pouvoir politique
directement entre les mains de ces mêmes monopoles et
intérêts financiers. De pair avec l'intégration
continentale accélérée sous contrôle
américain, cela a accéléré la destruction
de l'équilibre parlementaire basé sur l'existence d'un
parti au pouvoir et d'un parti dans l'opposition. Un système de
partis de cartel de type mafieux, qui organise des coups
électoraux, a usurpé le pouvoir et imposé des
arrangements néolibéraux qui ne peuvent être
contestés que par un mouvement de masse
pour le renouveau démocratique.
Les cercles dominants veulent
désespérément créer l'illusion d'un sauveur
dans le système de partis de cartel pour nier la
réalité à laquelle le peuple est confronté
et l'empêcher de s'investir du pouvoir et d'établir un
nouvel équilibre par le renouveau démocratique.
Le vieil équilibre ne peut pas être
rétabli avec un des partis ou une coalition de partis de
l'élite dominante qui a formé un système de partis
de cartel qui se font concurrence pour le pouvoir politique et
collaborent pour maintenir le peuple à l'écart du
pouvoir. La classe dominante cherche désespérément
à créer l'impression que la démocratie
canadienne va faire un choix de gouvernement en 2015. Elle favorisera
un remplacement du gouvernement Harper s'il se présente un
champion
de ses intérêts capable de vaincre sa machine
électorale corrompue, sinon elle tentera de créer
l'impression que
Harper est « populaire » et inattaquable, le tout
pour détourner l'attention du besoin du
renouveau démocratique du processus politique.
Déjà près de la moitié de
l'électorat ne participe pas aux fraudes électorales et
l'autre moitié est divisée en trois camps tandis que le
peuple est réduit au rôle de spectateur. L'alternative est
dans le travail pour le renouveau démocratique. Sur la base
d'avancer la politique indépendante de la classe
ouvrière, le peuple peut intervenir dans l'élection de
manière à obtenir un résultat qui lui soit
favorable. Cela commence par un effort concerté pour faire en
sorte que le gouvernement soit minoritaire et la demande d'une nouvelle
direction pour l'économie, une direction prosociale, et du
retrait du Canada de l'OTAN et de NORAD et que toutes ses
forces armées rentrent au pays.
La politique dégénérée
d'aujourd'hui, contrôlée par une petite élite,
appelle au renouveau du processus politique et à l'adoption
d'arrangements politiques qui éliminent le privilège et
reconnaissent les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont
humains, qui rétablissent les rapports de nation à nation
avec les peuples autochtones et reconnaissent
le droit du Québec à l'autodétermination et les
droits de citoyenneté égaux pour tous les citoyens et
résidents.
Les Comités de citoyens pour investir le peuple
du pouvoir de décider
Il est temps de développer
le mouvement de
résistance et de surmonter les faiblesses organisationnelles et
théoriques du mouvement du peuple en s'attaquant à la
nécessité de renforcer sa politique et sa voix
indépendantes. Les idées et la théorie dominante
de
la classe capitaliste monopoliste dominante s'infiltrent dans le
mouvement du peuple pour l'envoyer dans des voies sans issue si elles
ne sont pas combattues de façon systématique et
organisée. C'est pourquoi en 2015 le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) va déployer tous les efforts pour
renforcer le travail des Comités de citoyens
pour investir le peuple du pouvoir souverain en renforçant leurs
liens avec le peuple. En ce moment c'est l'acte le plus apte à
bloquer les tentatives de la classe dominante de réduire le
peuple à une masse désarticulée incapable
d'opposer une résistance effective à son offensive. Ces
Comités répondent également aux besoins du peuple
d'analyser les
conditions concrètes, la réalité telle qu'elle se
présente.
Le PCC(M-L) est convaincu que 2015 doit être
l'année du renforcement et de la croissance de la
résistance, de sa direction, de sa capacité de passer
d'une action et d'un niveau à un autre en renforçant le
travail des Comités de citoyens pour investir le peuple du
pouvoir souverain.
Le Renouveau
La présence suffocante des médias
monopolisés et de leurs experts, théories et opinions
doit être combattue férocement. Pour y contribuer, le
PCC(M-L) continuera de publier Le Marxiste-Léniniste et
le
Parti
marxiste-léniniste
du
Canada,
le
nom
sous
lequel
le
PCC(M-L) est enregistré pour les élections,
publiera Le Renouveau. Le Renouveau propagera les
points de vue, la pensée, les analyses, la conception du monde
et les actions du peuple et bloquera l'influence rétrograde des
élites dominantes. Le succès de ce projet est crucial
pour faire fructifier les efforts du peuple pour s'investir du pouvoir
de décider.
Le PCC(M-L) appelle les activistes et amis du Parti et
tous ceux et celles qui reconnaissent le besoin de renouveau à
appuyer Le Renouveau en le lisant et le distribuant et en y
écrivant, en amenant les gens à s'abonner et en
contribuant un appui financier à cet important travail.
Le PCC(M-L) appelle également ses membres et
activistes à s'opposer résolument à tout
relâchement ou repli de la classe ouvrière et de ses
alliés face à la tâche d'organiser ses propres
médias de masse. La dissémination de la politique
indépendante de la classe ouvrière par toutes les
sections du peuple est ce qui fera connaître son analyse
concrète des conditions politiques, économiques et
sociales et ce qu'il faut pour avancer vers le nouveau.
En renforçant ses propres formes sociales
organisationnelles indépendantes et sa propre voix, la
résistance ne sera pas en proie à la manipulation et
à la pensée néolibérales de l'élite
dominante. Le nouveau existe dans des formes organisationnelles
indépendantes et dans la forme de médias qui
présentent un point de vue et une action avec
analyse centrés sur l'être humain, qui font constamment le
bilan des luttes du peuple, analysent les conditions concrètes
et engagent le peuple dans une voie vers l'avant. Les formes et les
médias créés sont bâtis directement au coeur
du travail politique et sont liés à la lutte pour le
nouveau comme la chair à l'os.
À l'occasion du Nouvel An, le PCC(M-L) salue tous
ceux et celles qui font de grands efforts pour faire avancer le
mouvement de la classe ouvrière et les efforts du peuple pour
s'investir du pouvoir souverain, les activistes qui s'engagent dans un
travail ayant un caractère révolutionnaire de masse
organisé, avec sa propre voix. À cet égard, la
publication du journal Le Renouveau en ligne et en format
tabloïde imprimé de temps à autre jouera un
rôle crucial dans le développement et le renforcement de
la résistance et de sa forme organisationnelle et sa voix
indépendantes. En écrivant et en envoyant des rapports
pour Le
Renouveau,les Comités de citoyens aideront à coup
sûr le mouvement ouvrier et le mouvement du peuple pour
s'investir du pouvoir, lesquels doivent s'appuyer sur leur propre
pensée, analyse, effort et travail. En 2015, le PCC(M-L)
continuera de développer leur rôle crucial dans
l'ouverture d'une voie vers le nouveau.
En 2015, bâtissons les organisations et la voix du
mouvement de la classe ouvrière et du mouvement du peuple pour
s'investir du pouvoir et se donner un gouvernement antiguerre ! En
avant pour faire des Comités de citoyens et du Renouveau
un succès !
Débarquons Harper en 2015 !

Une nouvelle direction pour
l'économie
L'inégalité sociale et la
nécessité
de restreindre le droit de monopole
L'année 2014 tire
à sa fin et il ressort
que l'une des importantes préoccupations des Canadiens est la
croissance de l'inégalité sociale, l'une des
conséquences de l'offensive antisociale
néolibérale. Afin de faire diversion sur cette
inégalité sociale et sur le besoin de changer la
direction de l'économie, on se réfère parfois
à ce phénomène comme
étant une problématique d'
« inégalité relative à la croissance du
revenu ». Un tel discours laisse entendre que le seul
responsable de cette situation est le gouvernement Harper et que ce
sont ses mauvaises politiques qui sont le facteur d'appauvrissement de
ce que l'on nomme la classe moyenne. En fait, l'inégalité
sociale est une
question que doit résoudre la société pour le
bienfait de la collectivité de tous ses membres et non pour une
poignée de privilégiés.
Séparer la question de l'inégalité
sociale de celle du privilège de classe sociale et du droit de
monopole veut dire en nier la signification et la réalité
pour ainsi affaiblir la riposte de la classe ouvrière. Le
professeur Miles Corak de l'Université d'Ottawa cite
l'Organisation pour la coopération et le développement
économiques (OCDE)
ainsi : « [L'inégalité relative à
la croissance des revenus] peut mettre en péril la
mobilité sociale vers le haut, faisant en sorte qu'il devient
plus difficile pour les gens talentueux et travaillants d'avoir
accès aux récompenses qu'ils méritent. La
mobilité intergénérationnelle des revenus est
faible dans les pays caractérisés par une grande
inégalité tels que l'Italie, le Royaume-Uni et les
États-Unis, alors qu'elle est plus élevée dans les
pays nordiques où le revenu est réparti de façon
plus équitable. »
Selon Corak :
« La suggestion voulant
qu'une plus grande inégalité amenuise les chances et
affecte à la baisse la mobilité
intergénérationnelle est le point de départ de
cette thèse - Inégalité du revenu,
égalité des chances et mobilité
intergénérationnelle. Plus particulièrement,
j'évalue jusqu'à quel point l'inégalité
croissante dans
un pays à haut revenu, en particulier les États-Unis, a
comme effet probable de limiter la mobilité économique de
la génération de jeunes adultes à venir. Je
propose ainsi une discussion descriptive quoique structurée de
ce
qui engendre de façon sousjacente la relation entre
l'inégalité et la mobilité
intergénérationnelles. »
L'élite politique, économique et
intellectuelle se préoccupe du fait que les différences
croissantes entre les classes ainsi que les stuctures rigides et les
privilèges qui restreignent la mobilité de classe
pousseront la classe ouvrière à organiser des actions
politiques. Elle prend toutes les mesures pour réduire la
discussion et les actions sur la question
de l'inégalité à une question de veiller à
ce que des mesures soient adoptées permettant davantage aux
individus talentueux provenant de la classe ouvrière de se
frayer un chemin pour devenir des membres bien
rémunérés de la couche moyenne ou encore des
entrepreneurs à succès pour ainsi goûter à
l'élixir qu'est le privilège de classe et ensuite
tourner le dos politiquement à leur ancienne classe sociale.
L'élite dominante concentre sa campagne sur la
question de l'inégalité du revenu. Cela fait diversion
pour empêcher la classe ouvrière de saisir l'essence du
problème qui est le contrôle de l'économie
socialisée et la nécessité de restreindre le droit
de monopole. Qui contrôle l'économie, ainsi que son
expression concentrée en politique, et qui
décide de ces questions qui affectent directement le peuple sont
la principale question et la principale problématique
confrontant la classe ouvrière.
Le privilège de classe dans le monde
d'aujourd'hui est directement lié au droit de monopole et
à la suppression du droit public. Le droit de monopole
contrôle et décide de tout, y compris la distribution du
produit social, à la fois en tant que revenu et en tant que
programmes et services publics. Aussi contrôle-t-il où
et quand investir la
richesse sociale accumulée produite par la classe
ouvrière.
En s'organisant pour restreindre le droit de monopole,
la classe ouvrière peut augmenter sa réclamation
collective au produit social qu'elle produit, mais aussi son
contrôle sur l'économie socialisée. Pour ce faire,
elle doit priver les monopoles et leurs propriétaires
individuels ou en groupe ainsi que leurs représentants
politiques de la capacité de
priver le peuple de ses droits économiques et politiques. Cette
lutte est celle du renouveau démocratique, de l'investissement
du pouvoir par le peuple et des droits de tous.
Le peuple doit accéder au pouvoir politique
nécessaire à la restriction du droit de monopole et il
doit défendre le droit public. Le fait de participer à la
politique pratique et de mobiliser le peuple dans la lutte pour le
renouveau démocratique permettra à la classe
ouvrière de connaître des succès dans la
défense des droits et de s'assurer que les
droits et les besoins du peuple sont défendus et que sa
réclamation sur le produit social collectif ainsi que son
contrôle de l'économie sont garantis en tout temps et en
toutes circonstances.

Réunion à Washington des
ministres de l'énergie d'Amérique du Nord
L'intégration plus poussée
du
«marché continental de l'énergie»
- Louis Lang -
Les ministres de l'énergie des États-Unis,
du Mexique et du Canada se sont réunis à Washington DC le
15 décembre 2014 pour discuter de la poursuite de
l'intégration du « marché continental de
l'énergie ».
Le secrétaire à l'Énergie des
États-Unis, Ernest Moniz, le secrétaire à
l'Énergie du Mexique, Pedro Joaquin Coldwell, et le ministre
canadien des Ressources naturelles, Greg Rickford, ont émis un
communiqué conjoint dans lequel ils réaffirment leur
engagement à mettre en oeuvre l'accord conclu lors du sommet des
dirigeants à Toluca, au
Mexique, en février 2014, qui considère la prise en main
de la question de l'énergie comme une
« priorité trilatérale ».
Le ministre Rickford a dit que la rencontre visait
à « examiner les options qui s'offrent à nos
dirigeants alors qu'ils se penchent sur comment un marché
nord-américain entièrement intégré pour des
raisons économiques, d'environnement et de
sécurité devrait et pourrait fonctionner ».
Dans leur communiqué
conjoint, les ministres ont
convenu de commencer par une collaboration trilatérale dans
trois domaines stratégiques qu'ils décrivent ainsi : la
collaboration
nord-américaine relativement aux données publiques, aux
statistiques et à la cartographie du secteur de
l'énergie ; l'exploitation responsable et durable du
pétrole et du gaz
naturel non classiques au moyen de pratiques exemplaires ; une
infrastructure énergétique moderne, résiliente
pour l'Amérique du Nord, dans tous ses aspects : outre
l'infrastructure physique, l'infrastructure institutionnelle — les
politiques, les règlements, la main-d'oeuvre, l'innovation, les
pratiques visant à promouvoir les biens et
services éconergétiques et les technologies viables.
Le communiqué conjoint fait l'éloge de la
nouvelle loi sur l'énergie que le Mexique a adoptée, qui
« révolutionnera son secteur de
l'énergie » et crée des possibilités
historiques, selon les ministres, « pour la
coopération trilatérale » permettant de
renforcer le potentiel énergétique de l'Amérique
du Nord et
« d'appuyer la mobilisation interentreprises dans le secteur
de l'énergie ».
Il s'agit de la loi sur l'énergie que le
gouvernement mexicain a adoptée récemment qui diminue le
contrôle de l'État sur le secteur de l'énergie.
L'exploration et le développement du pétrole et du gaz y
sont ouverts à l'industrie privée. Le Mexique a
déjà ouvert aux appels d'offres l'exploration en 14
endroits du Golfe du Mexique. La
compagnie canadienne basée à Toronto Rubiales Pacific a
récemment signé un Protocole d'entente avec la
société PEMEX du Mexique pour examiner les
possibilités d'exploration extracôtière.
La rencontre des ministres de l'Énergie s'est
terminée par la signature d'un Protocole d'entente sur la
« Coopération en matière d'information sur
l'énergie » et par l'annonce d'un « Plan
d'action » qui sera élaboré au cours des
prochaines semaines pour mettre en oeuvre cette collaboration, et un
rapport d'étape à
l'intention des dirigeants sera publié en décembre 2015.
Cette rencontre des ministres de l'Énergie, qui
fait suite à la rencontre des dirigeants des États-Unis,
du Mexique et du Canada, fait partie des plans d'intégration
continentale totale des grandes entreprises multinationales visant
à l'édification des États-Unis des monopoles de
l'Amérique du Nord comme rempart pour la domination mondiale de
l'impérialisme américain et pour faciliter l'exploitation
de la terre, des ressources et du travail des trois pays. Le
Partenariat pour la sécurité et la
prospérité de Bush, Fox et Martin, qui a mis sur pied un
certain nombre d'organismes continentaux comme le Groupe de travail
nord-américain sur l'énergie, est mis de
côté au profit d'un plan beaucoup
plus complet d'intensification de l'intégration nord-
américaine.
Le Groupe de travail mis sur pied par le Conseil des
relations étrangères en octobre 2014 présente
très clairement ce que ce plan comporte. Intitulé
« North America : Time for a New Focus »
(l'Amérique du Nord : un recentrage à faire), le
rapport mentionne que « donner plus d'importance et la
priorité aux
relations États-Unis-Canada-Mexique est la meilleure
façon de renforcer les États-Unis et sa place dans le
monde ».
Le Groupe de travail était
coprésidé par David H. Petraeus, général de
l'armée américaine à la retraite, ex-directeur de
la CIA et président actuel du KKR Global Institute, et Robert B.
Zoellick, ancien président du World Bank Group et
président actuel de Goldman Sachs's International Advisors.
Le rapport mentionne que l'initiative du Partenariat
pour la sécurité et la prospérité
« est loin d'avoir satisfait au besoin urgent de l'heure,
une véritable transformation de l'Amérique du
Nord ». Il décrit en détails la transformation
qui est requise. « Le Groupe de travail croit que le
défi aujourd'hui est d'envisager une vision
nord-américaine et d'élaborer le concept de politiques et
de coopération nord-américaines et de faire une
priorité de l'établissement de ces politiques. Une
Amérique du Nord plus forte va accroître la
compétitivité, la sécurité et le
bien-être des États-Unis et donner une impulsion à
l'influence des États-Unis dans le monde. Les États-Unis
doivent
investir chez eux afin de créer une base continentale plus forte
pour le XXIe siècle. »
Selon le Groupe de travail, l'énergie est l'un
des quatre secteurs clés d'une intégration
nord-américaine pleine et entière. « Le Groupe
de travail propose une série complète de recommandations
visant à l'approfondissement de l'intégration
nord-américaine selon 4 secteurs pivots : l'énergie,
la compétitivité économique, la
sécurité et
la communauté. »
La section sur l'énergie du rapport du Groupe de
travail formule presque mot à mot l'ordre du jour et les
tâches que le Sommet des ministres de l'Énergie a
adoptés. Par exemple, faisant une évaluation de la
situation actuelle qui est caractérisée par la
montée « de la production de pétrole et de gaz
non conventionnels aux
États-Unis », par « des réformes
charnières du secteur de l'énergie au
Mexique » de même que par « l'exploration
et le développement accrus des sables bitumineux du
Canada », le rapport conclut que « le potentiel
d'auto-suffisance et même de surplus existe ». Face
aux niveaux croissants de
production, le rapport souligne que « l'intégration
continentale renforcerait la sécurité
énergétique ».
Cherchant à maximiser les profits et les
avantages des monopoles pétroliers, le rapport recommande aux
pays d'Amérique du Nord de « clarifier les zones
d'ombre qui limitent l'investissement en aval lequel habituellement est
intensif en capital et de longue durée ». Les
États-Unis, le Canada et le Mexique doivent
« établir
des cadres réglementaires et de politiques d'intégration
et de coopération transfrontaliers sur la question de
l'énergie qui sont crédibles, stables et clairement
définis. »
Le rapport soulève aussi le problème du
manque d'infrastructure adéquate pour suivre le rythme du
développement pétrolier et gazier. Les monopoles de
l'énergie auraient besoin de changements dans le processus
d'approbation gouvernementale et de plus d'investissements dans la
construction et la rénovation de pipelines pour amener le
pétrole
et le gaz des puits aux raffineries et aux consommateurs de la
façon la plus économique et la plus efficiente possible.
Cela requiert diverses agences de réglementation et
« l'harmonisation des lois entre les trois
pays ». Le rapport conclut que « sans un cadre
trilatéral, les secteurs de l'énergie de la région
ne partagent pas leurs
meilleures pratiques et les leçons qu'ils tirent ; cela
mène à de l'inefficience, à des erreurs et
à des délais ».
Le fait que le Conseil des Relations
étrangères des États-Unis et les élites
politiques et d'affaires qu'il représente établissent
l'ordre du jour des gouvernements des États-Unis, du Mexique et
du Canada ne devrait surprendre personne. Au Canada, les conservateurs
sous Stephen Harper ont toujours appuyé avec enthousiasme
l'intégration
nord-américaine et ont montré un zèle particulier
à aller au devant des besoins des monopoles pétroliers.
Harper a systématiquement refusé d'adopter quelque
règlement que ce soit qui limiterait leur activité. Au
contraire, plus de 70 milliards $ de fonds publics ont
été mis à la disposition du programme Portes
d'entrée et corridors de
commerce stratégiques du Canada et notamment du Nouveau Plan
Chantiers Canada pour la construction de l'infrastructure
nécessaire à la création d'une économie
nord-américaine totalement intégrée qui sert les
intérêts monopolistes.
Harper travaille à ce plan depuis au moins 2007
lorsqu'il a fait la déclaration suivante :
« L'avènement des chaînes
d'approvisionnement mondiales en tant que modèle commercial
prééminent est un facteur clé des changements
économiques mondiaux. La prospérité et le niveau
de vie des Canadiens ne pourront être maintenus à moins
que le Canada ne devienne une plaque tournante du commerce
international des
marchandises entre l'Amérique du Nord, l'Asie et
l'Europe. »

Programme pilote de capital de risque
pour les investisseurs immigrants
Le gouvernement Harper en contradiction avec
la
définition moderne de citoyenneté
- Peggy Morton -
Le 16 décembre dernier, le gouvernement Harper a
annoncé la mise sur pied d'un nouveau programme d'investisseurs
immigrants qui selon lui attirera des investisseurs immigrants
« ayant un avoir élevé ». L'ancien
programme qui a été éclaboussé de scandales
n'a été annulé qu'en février 2014 mais
aucune nouvelle demande
n'avait été acceptée depuis 2012.
Le Programme pilote de capital de risque pour les
investisseurs immigrants est le plus récent des programmes
« d'investisseurs » qui ont d'abord
été lancés par le gouvernement Mulroney dans les
années 1980. En essence, ils sont une façon donnée
à des individus et des criminels riches d'acheter leur statut de
résidence permanente
au Canada et de devenir citoyens.
Le nouveau programme prévoit qu'au moins 50
immigrants investisseurs à « avoir
élevé » et leurs familles vont devenir
résidents permanents à partir de la fin janvier 2015. Ce
programme met la barre plus haute en ce qui concerne l'avoir net des
individus qui sont acceptés et le montant qu'ils doivent
investir. Il comprend aussi
des conditions qui n'existaient pas dans les programmes
précédents, comme la nécessité d'une
instruction postsecondaire et de la maîtrise de l'anglais et/ou
du français.
Les candidats qui sont admissibles doivent faire la
preuve qu'ils ont « un avoir net obtenu licitement d'au
moins 10 millions $ provenant d'activités commerciales
lucratives licites » et doivent « faire un
investissement non garanti de 2 millions $ dans le Programme
pilote de capital de risque pour les investisseurs
immigrants ». L'argent investi sera utilisé
« pour appuyer des entreprises canadiennes novatrices en
démarrage à fort potentiel de croissance ».
Un maximum de 500 demandes seront acceptées pour
évaluation. Les demandes seront sélectionnées de
façon aléatoire aux fins de traitement jusqu'à ce
qu'une cinquantaine de demandes aient été
approuvées.
Le Québec a aussi établi un Programme des
investisseurs qui peut accepter dans sa première phase
jusqu'à 1750 demandes dont 1200 au maximum provenant d'un seul
pays. Les candidats potentiels doivent posséder un avoir net de
1,6 million $ et signer une entente en vertu de laquelle ils vont
investir 800 000 $ avec un
intermédiaire financier autorisé, manifester leur
intention de vivre au Québec et remplir des critères
d'expérience en affaires.
Les programmes d'immigration « classe
d'affaires » ont commencé en 1986 sous le
gouvernement Mulroney. Dans les années 1980, le gouvernement
Mulroney a amendé la Loi sur l'immigration pour y
inclure une classe affaires comme nouvelle catégorie
d'immigration. Il a dit à l'époque que cela allait
apporter un
avantage net au Canada en attirant des gens qui amèneraient un
capital appréciable au pays afin d'y ouvrir une entreprise ou
faire des investissements au Canada. Cet amendement est devenu la voie
principale utilisée en particulier par de riches individus de
Hong Kong pour immigrer au Canada jusqu'à la fin du pouvoir
britannique sur Hong Kong
en 1997.
L'investissement au début consistait en un
prêt sans intérêt de 400 000 $, remboursable en
5 ans, à la province de résidence de l'immigrant
investisseur. Au vu et au su du gouvernement canadien, les banques
canadiennes ont établi un stratagème en vertu duquel
l'immigrant potentiel n'avait qu'à verser 120 000 $ et les
banques
versaient le reste, quelque chose qui a été très
profitable non seulement pour les banques mais pour les avocats et les
consultants en immigration qui étaient impliqués. En
2010, le montant du prêt a été augmenté
à 800 000 $. Ces mesures ont été
gelées en 2012 à cause de la corruption et des
allégations de fraude.
Le gouvernement Harper a gelé les demandes puis
annulé ces mesures en février 2014 en disant qu'elles
n'apportaient pas d'« avantage net » au Canada.
L'ancien ministre des finances Jim Flaherty avait alors dit qu'il y
avait « peu de preuves que les personnes entrant dans la
catégorie des investisseurs immigrants
maintiennent des liens avec le Canada ou qu'elles apportent une
contribution positive à l'économie
nationale », une déclaration qui a été
reprise dans le budget fédéral 2014.
Le ministre actuel de l'Immigration, Chris Alexander, et
son prédécesseur, Jason Kenney, ont tous deux dit que ces
programmes ont échoué à attirer l'investissement
étranger.
« Globalement, les investisseurs immigrants
font état de revenus d'emploi et de revenus d'investissement
inférieurs à la moyenne canadienne, lisait-on dans les
documents budgétaires, et ils paient beaucoup moins
d'impôt au fil de leur vie que les personnes appartenant à
d'autres catégories d'immigrants économiques. »
En fait, sur une période de 20 ans, les aides
familiales résidantes qui sont devenus résidentes
permanentes ont payé plus d'impôts en moyenne que les
investisseurs immigrants. Selon le gouvernement, c'est un signe qu'un
grand nombre d'investisseurs ne restent pas au Canada ou continuent
à faire leurs affaires à partir d'ailleurs.
Le gouvernement Harper n'a jamais fourni d'argument
sérieux pour expliquer pourquoi ces nouveaux programmes sont
maintenant mis sur pied. (Il reste encore deux autres programmes
d'affaires, soit le Visa pour démarrage d'entreprise et les
programmes de travailleurs indépendants qui permettent à
certains professionnels et innovateurs de
venir au Canada. Le Québec a aussi un programme du genre.)
En l'absence d'une loi de la citoyenneté qui
s'applique à tous et établit clairement les droits et les
responsabilités de la citoyenneté en tant que loi
fondamentale du pays, ce sont des considérations arbitraires qui
sont utilisées pour déterminer ce qui fait de quelqu'un
« un Canadien qu'on souhaite avoir ». Une
définition moderne de
la citoyenneté doit éliminer tout arbitraire et
enchâsser les droits et les devoirs de tous en vertu de leur
appartenance au corps politique, sans égard au fait qu'ils
obtiennent la citoyenneté par la naissance ou la naturalisation.
Un corps politique démocratique enchâsse une
définition moderne de la citoyenneté selon laquelle
l'appartenance à un corps
politique repose entièrement sur des droits et des devoirs
objectifs, sans égard à toute autre considération
d'origine nationale, de race, de langue, de religion, d'affiliation
politique, de genre, de richesse ou d'habileté. On ne peut en
aucune circonstance empiéter sur la liberté de
conscience. Cette définition moderne ne peut tolérer un
système basé sur
le privilège de classe, le trafic de main- d'oeuvre et
l'esclavage moderne ou sur le diktat des monopoles quant à qui
peut immigrer au Canada et demander la citoyenneté.

Cuba
|
|
Célébrations de la
libération des
Cinq Cubains
et de l'anniversaire du triomphe
de la Révolution cubaine
|
|

Message aux partis et aux forces et mouvements sociaux
et politiques du monde
- Comité central du Parti
communiste de Cuba -
C'est avec beaucoup de joie, comparable seulement
à celle du triomphe historique de la Révolution cubaine
le 1er janvier 1959, que notre peuple célèbre le retour
dans sa patrie des cinq héros antiterroristes injustement
incarcérés aux États-Unis pendant plus de 16 ans
et la décision des gouvernements de Cuba et des
États-Unis de rétablir leurs
relations diplomatiques et de travailler à leur normalisation.
La seule chose qui reste à faire est de lever le blocus
économique, commercial et financier qui est imposé
à Cuba.
Les États-Unis ont finalement reconnu, pour
reprendre les mots du président Barack Obama lui-même, que
la politique d'hostilité et de blocus de plus d'un
demi-siècle a échoué et que, plutôt que
d'isoler Cuba, elle a contribué à l'isolation
internationale des États-Unis.
Cette victoire historique a été rendue
possible d'abord par la longue lutte de notre peuple
révolutionnaire sous la direction de nos plus hauts dirigeants,
Fidel et Raúl, de même que par l'encouragement de
solidarité de nos amis de par le monde pendant ces cinq
décennies.
Nous tenons donc à transmettre à tous les
partis et toutes les forces et organisations de masse politiques et
sociales de même qu'aux personnalités et aux amis de Cuba
qui nous ont accompagnés, notre gratitude la plus sincère
pour leur confiance dans la Révolution cubaine. Nous sommes
convaincus que nous pouvons continuer de compter sur
votre appui face aux nouveaux défis qui nous attendent dans les
nouvelles conditions d'aujourd'hui. Nous pouvons vous assurer que Cuba
va continuer de défendre les idéaux de
l'indépendance, de la souveraineté nationale et du
socialisme.
Le Département des relations internationales
Comité central du Parti communiste de Cuba

La confiance inébranlable en la victoire
que
nous a inculquée Fidel continuera
de guider tout notre peuple
- Raul Castro Ruz, le 20 décembre
2014 -
Discours de Raul Castro Ruz, premier secrétaire
du Parti communiste de Cuba et président du Conseil
d'État et du Conseil des ministres, à la clôture de
la 4e Session ordinaire de la 8e Législature de
l'Assemblée nationale du pouvoir populaire, au palais des
Congrès, le 20 décembre 2014, An 56 de la
Révolution
* * *
Compañeras et compañeros,
Nous avons vécu ces derniers temps des
journées intenses et émouvantes.
Ce mois-ci, nous avons organisé avec
succès le 5e Sommet entre Cuba et la Communauté des
Caraïbes (Caricom), puis, dimanche dernier, le 13e Sommet de
l'Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique
(ALBA), où nous avons rendu l'hommage qu'ils méritaient
à ses deux chevilles ouvrières : le cher
président bolivarien
Hugo Chavez Frias et le commandant en chef de la Révolution
cubaine, le compañero Fidel Castro Ruz (Applaudissements).

À gauche: les
présidents des pays fondateurs de l'ALBA, Cuba et le Venezuela,
au XIIIe Sommet. À droite: les délégués au
5e sommet Caricom-Cuba
Nous avons parmi nous Gerardo, Ramon et Antonio, ce qui
est un motif de réjouissance et de joie profondes pour tout
notre peuple, mais je reviendrai sur ce point important à la fin
de mon intervention. Sont aussi présents les compañeros
Fernando et René, et les proches des Cinq Héros, ainsi
que le jeune Elian Gonzalez, son père Juan Miguel
et le colonel Orlando Cardoso Villavicencio, Héros de la
République de Cuba, qui a été soumis à un
emprisonnement rigoureux de plus de dix ans en Somalie.
Comme de coutume aux sessions de notre Parlement, il
m'incombe de passer en revue l'évolution de notre
économie en cette année qui tire à sa fin, ainsi
que le Plan et le Budget pour 2015, dont les députés ont
profondément débattus dans les dix commissions et
à la séance plénière d'hier.
Le 9e Plénum du Comité central du Parti
tenu jeudi dernier ayant été aussi consacré
à l'analyse de ces questions, je n'y ferai qu'une brève
référence.
Notre Produit intérieur brut (PIB), on le sait, a
enregistré une croissance de 1,3 %, inférieure aux
prévisions initiales, du fait, entre autres, des
résultats insuffisants du premier semestre pendant lequel nous
avons affronté de graves limitations financières faute
des revenus extérieurs escomptés, de conditions
climatiques défavorables et de
carences internes de la gestion économique. Nous sommes parvenus
au second semestre à inverser modestement cette tendance et
à atteindre des résultats supérieurs.
Le plan de l'an prochain raffermit et renforce cette
tendance d'une croissance plus solide de l'économie cubaine,
basée sur l'élévation des réserves
d'efficience internes, sur la relance des secteurs productifs, en
particulier de l'industrie manufacturière, sur l'optimisation
des porteurs énergétiques et sur des investissements
supérieurs en
infrastructures et en production matérielle, tout en
préservant des services sociaux essentiels à notre
population, telles la santé publique et l'éducation.
On prévoit pour 2015 une croissance du PIB
légèrement supérieure à 4 %, un
objectif que nous pouvons atteindre dans la mesure où nous
disposons suffisamment à l'avance de meilleures ressources
financières qu'au début de 2014. Ce qui ne veut pas dire,
tant s'en faut, que cela sera facile. Nous devrons continuer
d'affronter les effets
de la crise économique mondiale et du blocus étasunien
qui se maintient, ces deux facteurs entraînant incontestablement
des obstacles au développement de notre économie.
Nous continuerons parallèlement d'honorer
rigoureusement les engagements que nous avons pris pour restructurer
nos dettes envers nos principaux créanciers et contribuer ainsi
à la récupération graduelle de la
crédibilité de l'économie cubaine dans
l'arène internationale.
Hier après-midi, l'Assemblée nationale a
voté la Loi budgétaire
de l'État pour 2015,
laquelle envisage un déficit de 6,2 % du PIB,
considéré acceptable dans les circonstances actuelles.
Elle incorpore de nouveaux impôts et réduit la taxe
fiscale qui frappe le système d'entreprises en correspondance
avec l'application graduelle de la Loi
fiscale.
Différentes mesures adoptées renforceront
le contrôle fiscal face aux indisciplines et à la fraude
fiscale par les personnes juridiques et naturelles.
En l'occurrence, il ne faut pas se contenter de punir
les transgresseurs, puisque l'impunité équivaudrait
à encourager la violation des normes légales en
vigueur ; il faut aussi stimuler dans les institutions, les
entreprises, les coopératives et chez les travailleurs à
leur compte une culture du « civisme fiscal »,
pour faire
comprendre que les impôts constituent la formule principale pour
redistribuer le revenu national dans l'intérêt de tous les
citoyens.
Par ailleurs, nous avons continué de mettre en
oeuvre les Orientations de la politique économique et sociale du
Parti et de la Révolution adoptées par le 6e
Congrès. Nous sommes entrés à cet égard,
comme nous l'avons dit, dans une étape qualitativement
supérieure où l'on abordera des tâches
extrêmement complexes dont la solution aura des
retombées sur tous les aspects de l'activité nationale.
Je veux parler, en premier lieu, de l'unification
monétaire en vue de laquelle nous avons solidement
progressé au second semestre du point de vue conceptuel et
tracé un train de mesures d'envergure pour éviter que
l'économie et la population en souffrent.
La décision de généraliser les
ventes en pesos convertibles (CUP) dans les magasins en devises a
été favorablement accueillie, et nous l'élargirons
d'une manière graduelle.
Je saisis l'occasion pour ratifier deux concepts
incontournables :
Tout d'abord, l'unification monétaire n'est ni la
panacée, ni la solution immédiate à tous nos
problèmes économiques.
Cette décision importante doit s'accompagner d'un
train de mesures macroéconomiques qui favoriseront la
réorganisation monétaire du pays par des instruments
capables de garantir l'équilibre des finances nationales, ce qui
contribuera de façon décisive à améliorer
le fonctionnement de notre économie et la construction à
Cuba d'un socialisme
prospère et durable.
Le second concept n'est pas moins important : les
dépôts bancaires en devises étrangères, en
pesos convertibles cubains (CUC) et en pesos cubains (CUP), ainsi que
les liquidités aux mains de la population et des personnes
juridiques nationales et étrangères seront garantis.
Nous n'ignorons pas que certains, dans le pays et
à l'étranger, n'ont cessé de se prononcer, parfois
d'une façon saine, parfois d'une façon absolument
malsaine, sur le rythme de la mise à jour de notre modèle
économique.
On n'a pas manqué non plus, depuis
l'étranger, de nous exhorter à hâter la
privatisation, y compris des principaux secteurs de production et de
services, ce qui reviendrait à baisser le pavillon du socialisme
à Cuba.
Ces gens-là, à ce qu'il semble, n'ont
même pas pris la peine de lire nos Orientations, où il est
écrit clairement : « ...le système
économique qui prévaudra continuera de reposer sur la
propriété socialiste de tout le peuple sur les moyens de
production fondamentaux, et le principe de distribution
socialiste : ' De chacun selon
ses capacités ; à chacun selon son travail' devra
régir. »
Nous continuerons de mettre en oeuvre les accords du 6e
Congrès du Parti communiste de Cuba, en toute
responsabilité, fermement, à la vitesse dont nous
déciderons ici souverainement, sans mettre en péril
l'unité des Cubains, sans laisser qui que ce soit livré
à son sort, sans appliquer de thérapies de choc et sans
jamais renoncer aux idées de
justice sociale de cette Révolution des humbles, par les humbles
et pour les humbles.
Nous lancerons l'an prochain les préparatifs du
7e Congrès du Parti, qui se tiendra en avril 2016, et en vue
duquel les militants communistes et tout le peuple débattront de
manière démocratique et ample de la mise en oeuvre de ces
Orientations.
La mise à jour de notre modèle va
étroitement de pair avec la décentralisation graduelle —
je répète : graduelle — des facultés, depuis
les ministères jusqu'au système d'entreprises.
Impossible de le faire en un tournemain, si nous voulons
réussir. Nous devons nous donner le temps de préparer et
de former, comme nous le faisons, les cadres à tous les niveaux,
de modifier les mentalités archaïques, de rejeter de
vieilles habitudes, ainsi que d'élaborer et mettre en place le
cadre juridique et les procédés précis qui
permettront
aux uns et aux autres de contrôler si les décisions sont
appliquées correctement, de rectifier les erreurs en temps
opportun et d'éviter ainsi des reculs fâcheux.
C'est pour favoriser une plus grande autonomie de
l'entreprise publique socialiste que, entre autres mesures, son objet
social a été élargi et assoupli, que les fonctions
de l'État ont été définies et que des
facultés lui ont été concédées pour
vendre ses excédents de production. Par ailleurs, les limites
administratives concernant les salaires liés aux
résultats ont été supprimées.
Ces transformations devront s'exécuter
graduellement, sans hâte, dans l'ordre, la discipline et
l'exigence.
La juste aspiration à de meilleurs salaires est
une question très sensible, et nous n'avons pas le droit de nous
tromper, ni de nous laisser emporter par des voeux pieux ni
d'improviser.
Nous nous réjouissons de voir s'élever peu
à peu les salaires de ceux qui travaillent dans les
activités où les résultats sont les plus efficaces
et qui apportent des bénéfices ayant un impact
économique et social spécifique.
Toutefois, qu'il soit bien clair que nous ne pouvons
distribuer une richesse que nous avons été incapables de
créer. Le faire aurait de graves conséquences sur
l'économie nationale et sur chaque citoyen. Inonder les rues
d'argent sans une croissance équivalente de l'offre de biens et
services provoquerait une inflation, un phénomène qui,
entre
bien d'autres effets, réduirait le pouvoir d'achat des salaires
et des pensions, et frapperait en premier lieu les plus modestes. Et
nous ne pouvons pas le permettre.
Durant la première année d'application de
la nouvelle politique salariale, de nombreuses entreprises ont
violé l'indice de dépense salariale ajustée au
peso de valeur ajoutée brute, autrement dit, elles ont
payé des salaires plus élevés sans la valeur
correspondante en production. Et c'est là, comme j'en ai averti
à plusieurs reprises, une indiscipline
grave, très grave, que les dirigeants administratifs et les
organisations syndicales doivent combattre résolument.
Dans notre système social, nul ne l'ignore, les
syndicats défendent les droits des travailleurs, et, pour ce
faire, ils doivent être les premiers à veiller non
seulement sur les intérêts d'un lieu de travail
déterminé, mais sur les intérêts de toute la
classe ouvrière, lesquels sont, par essence, les mêmes que
ceux que soutient la nation entière.
Nous ne pouvons laisser se développer et se
renforcer l'égoïsme et la cupidité chez nos
travailleurs. Nous voulons tous de meilleurs salaires, et nous en avons
tous besoin, mais il faut auparavant créer la richesse pour
pouvoir la distribuer ensuite selon la contribution de chacun.
Bien entendu, je n'ai pas mentionné de nombreuses
autres questions liées à la mise à jour de notre
modèle économique : d'autres déviations se
sont présentées que nous devons rectifier à temps
pour ne pas avoir à faire marche arrière. Mais pour cela,
nous devons travailler avec beaucoup de sérieux et de sens de
nos responsabilités.
Personne au monde ne peut contester l'action remarquable
de Cuba, cette année-ci, dans l'arène internationale. Le
défi que nous avons à relever en tant que Cubains est
très grand : situer l'économie à la hauteur
du prestige politique que notre petite île des Antilles a conquis
grâce à la Révolution, à
l'héroïsme et à la capacité de
résistance
de son peuple. L'économie restant l'examen qu'il nous faut
encore réussir, nous avons le devoir de l'acheminer
définitivement vers le développement durable et
irréversible du socialisme cubain.
Comme je l'ai dit au début, les
députés et le peuple tout entier ressentent une
émotion et une joie énormes devant le retour dans notre
patrie de Gerardo, de Ramon, d'Antonio, de Fernando et de René.
La promesse de Fidel, voilà maintenant treize ans, s'est
accomplie ! L'exemple de fermeté, de sacrifice et de
dignité extraordinaire des
Cinq enorgueillit la nation tout entière, qui a bataillé
inlassablement pour leur libération et qui les accueille
aujourd'hui en véritables héros (Applaudissements).
Je tiens à réitérer ma profonde et
sincère gratitude à tous les mouvements et comités
de solidarité qui se sont battus pour arracher leur
liberté, aux gouvernements, aux parlements, aux organisations,
aux institutions et aux personnalités qui, en grand nombre, y
ont grandement contribué.
Le peuple cubain sait gré au président des
États-Unis, Barack Obama, de cette juste décision. Il a
levé ainsi un obstacle aux relations entre nos pays.
Le monde entier a réagi positivement aux annonces
faites mercredi dernier, appréciant leur importance pour les
relations internationales, surtout pour les relations des
États-Unis avec la région, ce qui a suscité des
déclarations favorables de gouvernements, de présidents
et de personnalités reconnues, ce dont nous les remercions
sincèrement.
Elles ont été le fruit de conversations
soutenues au plus haut niveau, dans la plus grande discrétion,
et qui ont bénéficié de la contribution du Pape
François et des facilités offertes par le gouvernement
canadien.
Ce résultat découle aussi des profonds
changements intervenus en Amérique latine et dans les
Caraïbes, dont les gouvernements et les peuples réclament
à l'unisson que les États-Unis suivent une autre
politique envers Cuba.
Nous nous félicitons de la décision du
président Obama d'écrire un nouveau chapitre dans les
relations entre nos deux nations et d'opérer dans la politique
étasunienne les changements les plus marquants de ces cinquante
dernières années.
Nous apprécions comme elle le mérite sa
disposition d'engager au Congrès un débat sur la
levée du blocus, ainsi que son souhait d'instaurer un avenir
meilleur pour nos deux peuples, pour le continent et pour le monde.
Nous partageons l'idée qu'une nouvelle
étape peut s'ouvrir entre les États-Unis et Cuba,
à commencer par le rétablissement des relations
diplomatiques qui devront reposer sur les conventions relatives aux
relations diplomatiques et consulaires régissant la conduite des
missions correspondantes et de leurs fonctionnaires.
Nous assisterons aux contacts de haut niveau entre les
deux gouvernements dans un esprit constructif, de respect et de
réciprocité, afin de progresser vers la normalisation des
relations bilatérales.
Comme je l'ai dit le 17 décembre, un pas
important a été fait, mais reste à régler
l'essentiel : la levée du blocus économique,
commercial et financier imposé à Cuba, et qui s'est
renforcé ces dernières années, surtout dans le
domaine des transactions financières où les
États-Unis ont infligé des amendes aussi énormes
qu'illégitimes à des
banques de différents pays.
Le président Raul
Castro accueille les trois héros cubains le 17 décembre
2014
Compte tenu des conditions qui ont été
annoncées, notre peuple doit comprendre qu'il s'agit là
d'une lutte longue et difficile, qui exigera que la communauté
internationale se mobilise et que la société
étasunienne continue de réclamer la levée du
blocus.
Tous les sondages indiquent que la majorité des
Étasuniens et une majorité encore plus large de
l'émigration cubaines sont favorables à la normalisation
des relations bilatérales. Au Congrès, qui a converti en
loi les dispositions du blocus, grandit aussi l'opposition à
cette politique.
Nous espérons que le président Obama
utilisera avec décision ses prérogatives
exécutives pour modifier substantiellement les aspects du blocus
qui n'exigent pas l'approbation du Congrès.
Pour notre part, nous étudierons la portée
et les modalités d'application des mesures exécutives
positives que le président Obama a annoncées.
L'instruction qu'il a donnée de réviser
l'inscription injustifiable de Cuba sur la liste des États
parrainant le terrorisme est encourageante. Les faits prouvent que Cuba
a justement été victime de nombreux attentats
terroristes, dont beaucoup des auteurs, comme on le sait, jouissent
aujourd'hui de l'impunité, et qui ont occasionné parmi
notre
peuple des milliers de morts et de mutilés.
Les prétextes avancés à ces fins
sont absolument infondés, comme le sait le monde entier. Ils ne
servent que d'arguties à certains intérêts
politiques pour justifier la recrudescence du blocus, notamment dans le
secteur financier.
Cuba n'a jamais organisé, ou financé, ou
exécuté un seul acte terroriste contre aucune personne,
aucun intérêt ni aucun territoire des États-Unis,
et elle ne le permettra pas. Chaque fois que nous avons eu des
informations sur des plans terroristes contre ce pays, nous en avons
informé son gouvernement auquel voilà des années
que nous
proposons d'établir un accord de coopération en la
matière.
Nous avons toujours été disposés
à un dialogue respectueux et réciproque, sur un pied
d'égalité, afin de traiter les points les plus divers,
sans la moindre atteinte à notre indépendance et à
notre autodétermination, et sans renoncer, comme l'a toujours
signalé Fidel, à un seul de nos principes.
Il ne sera possible de progresser, je le
répète, que dans le respect mutuel, lequel implique
l'observation des principes du Droit international et de la Charte des
Nations unies, dont l'égalité souveraine des
États, l'égalité en droits et
l'autodétermination des peuples, le règlement des
différends internationaux par des voies pacifiques, le
non-recours
à la force ou à la menace de la force contre
l'intégrité territoriale ou l'indépendance de
n'importe quel État, l'obligation de ne pas intervenir dans les
affaires relevant de la juridiction des États, ce qui implique
que toute forme d'ingérence ou de menace visant les facteurs
politiques, économiques et culturels d'un État constitue
une violation du droit
international.
La Proclamation de l'Amérique latine et des
Caraïbes comme Région de paix, signée par les chefs
d'État ou de gouvernement des pays membres de la
Communauté des États latino-américains et
caribéens (CELAC) au Sommet tenu le 29 janvier dernier à
La Havane, affirme que tout État a le droit inaliénable
de choisir son système politique,
économique, social et culturel sans aucune forme
d'ingérence de la part d'un autre État, ce qui constitue
un principe du droit international. Ce document a été
signé ici, à La Havane, par tous les chefs d'État
ou de gouvernement de ce sous-continent, exception faite, bien entendu,
des États-Unis et du Canada, qui n'y assistaient pas.
De profondes différences séparent les
gouvernements étasunien et cubain, entre autres des conceptions
distinctes sur l'exercice de la souveraineté nationale, sur la
démocratie, sur les modèles politiques et sur les
relations internationales.
Nous réitérons notre disposition à
un dialogue respectueux et réciproque sur nos divergences. Nous
avons des convictions arrêtées et de nombreuses
inquiétudes sur ce qu'il se passe aux États-Unis en
matière de démocratie et de droits de l'Homme, et si nous
acceptons de discuter, à partir des fondements
déjà énoncés, de n'importe quel point
que les États-Unis voudraient aborder, eh bien nous le ferons,
sur les réalités d'ici, mais aussi sur celles de
là-bas.
Que l'on ne prétende pas, pour une
amélioration de ses relations avec les États-Unis, que
Cuba renonce aux idées pour lesquelles elle a lutté plus
d'un siècle durant, pour lesquelles son peuple a versé
beaucoup de sang et au nom desquelles elle a couru les plus grands
périls !
Que l'on comprenne bien que Cuba est un État
souverain, dont le peuple a voté librement par
référendum une Constitution qui a décidé de
son cap socialiste et de son système politique,
économique et social ! (Applaudissements.)
De la même manière que nous n'avons jamais
demandé aux États-Unis de changer leur système
politique, de la même manière nous exigeons qu'ils
respectent le nôtre !
En tant que gouvernements, nous devons adopter des
mesures mutuelles à même de prévenir et
d'éviter des faits qui pourraient entraver les progrès
escomptés dans les relations bilatérales, dans le respect
des lois et de l'ordre constitutionnel de chaque partie.
Nous n'ignorons pas que le président Obama, une
fois ces mesures annoncées, a dû supporter des critiques
virulentes de la part de forces qui s'opposent à la
normalisation des relations avec Cuba, dont des législateurs
d'origine cubaine et des meneurs de groupuscules
contre-révolutionnaires qui refusent de perdre le train de vie
que leur ont
procuré des dizaines d'années d'affrontement entre nos
pays. Ils feront tout leur possible pour saboter cette
évolution, et il faut s'attendre à des provocations de
toute sorte. De notre côté, nous ferons preuve d'une
conduite prudente, modérée, réflexive, mais
résolue (Applaudissements).
Cuba compte de nombreuses et diverses organisations de
masse, syndicales et sociales, de paysans, de femmes, de lycéens
et d'étudiants, d'écrivains et d'artistes, qui sont
même représentées au Conseil d'État, ainsi
que des organisations non gouvernementales dont beaucoup sont
représentées à cette Assemblée de
députés, et qui s'offenseraient
qu'on puisse les confondre avec quelques centaines d'individus qui
reçoivent de l'argent, des instructions et de l'oxygène
de l'étranger.
Nous continuerons de défendre devant les
organismes multilatéraux, telle l'Organisation des Nations
Unies, la paix, le droit international et les causes justes, ainsi que
de dénoncer les menaces à la survie de l'espèce
humaine que constituent les changements climatiques et les arsenaux
atomiques.
Nous continuerons de promouvoir la jouissance, par
toutes les personnes, des droits de l'Homme, dont les droits
économiques, sociaux et culturels, ainsi que le droit des
peuples à la paix et à l'autodétermination.
La Révolution cubaine sait profondément
gré aux peuples, aux partis et aux gouvernements qui lui ont
témoigné une solidarité invariable et permanente,
et elle continuera de fonder sa politique extérieure sur la
fidélité indéfectible à ses principes
(Applaudissements).
Les relations spéciales que nous entretenons avec
la République bolivarienne du Venezuela en sont tout un symbole.
Nous continuerons de l'appuyer face aux tentatives de
déstabilisation que souffre son gouvernement légitime,
dirigé par le compañero président Nicolas Maduro
Moros, et nous rejetons les prétentions d'imposer des sanctions
à
cette nation soeur (Applaudissements).
Nous sommes prêts, comme je l'ai dit voilà
quelques jours, à coopérer avec les États-Unis de
manière multilatérale et bilatérale face aux
dangers qui exigent des interventions humanitaires collectives et
efficaces, qu'on ne devrait jamais politiser.
Les
délégués au sommet de l'ALBA sur l'Ébola
à
La Havane rencontrent des médecins cubains qui se
préparent à partir pour l'Afrique le 20 octobre 2014.
C'est le cas de la lutte contre l'épidémie
à virus Ébola en Afrique de l'Ouest et de sa
prévention dans les Amériques, comme l'a affirmé
le Sommet extraordinaire de l'ALBA sur ce thème, qui s'est tenu
en octobre dernier à La Havane.
Je répète ce que j'ai dit aux
récents Sommet de la Caricom et de l'ALBA : je remercie le
président panaméen, Juan Carlos Varela, de m'avoir
invité à participer au 7e Sommet des Amériques, et
je confirme que j'y assisterai pour exprimer les positions de Cuba,
sincèrement et en y respectant tous les chefs d'État ou
de gouvernement sans
exception.
La participation de Cuba est le fruit du consensus
solide et unanime de l'Amérique latine et des Caraïbes, qui
vivent une époque spéciale et qui se sont unies dans leur
diversité au sein de la CELAC, que Cuba s'est honorée de
présider l'an dernier.
Nous n'oublions pas que l'ALBA, en le réclamant
inlassablement avec le concours de tous les pays de la région, a
réussi à faire éliminer les vieilles et honteuses
sanctions imposées à Cuba en 1962 par l'Organisation des
États américains, et ce au Honduras où, à
peine un mois après, son président, le compañero
Zelaya, était renversé par un
coup d'État.
Compañeras et compañeros,
Nous fêterons dans quelques jours le Nouvel An et
le 56e anniversaire de la Révolution ; voilà
seulement deux jours, le 18 décembre, nous avons
évoqué le 58e anniversaire de ma rencontre avec Fidel
à Cinco Palmas de Vicana, en plein coeur de la Sierra Maestra
(Applaudissements) et de son exclamation historique, quand il eut
appris
que nous pouvions compter sur sept fusils pour reprendre la
lutte : « Cette fois, la guerre est
gagnée ! » (Applaudissements.)
La confiance inébranlable en la victoire que nous
a inculquée Fidel continuera de guider tout notre peuple
défendant et perfectionnant l'oeuvre de sa Révolution.
Je vous félicite pour le Nouvel An !
Saluons l'An 57 de la Révolution cubaine !
Je vous remercie. (Ovation.)

Manipulation anticommuniste des droits
humains en RPD de Corée
Les sales tours des États-Unis pour justifier
l'agression impérialiste et le changement de régime
L'année 2014 se termine avec l'approfondissement
de la crise de la politique mondiale. Cette crise s'exprime entre
autres sur la question des droits humains, sa politisation et la
sélectivité et la pratique du deux poids deux mesures des
États-Unis, de l'Union européenne et de divers pays du
Commonwealth et de l'OTAN, incluant le Canada. Ces
pays utilisent les Nations unies pour avancer leurs ambitions
derrière leur prétention à défendre les
droits humains. Pour les peuples du monde, c'est non seulement une
source d'inquiétudes mais une indication du besoin urgent de
renouveler les arrangements internationaux si l'on veut créer un
monde où de telles choses ne se produisent pas. Il ne
fait pas de doute que durant l'année qui vient la demande d'un
nouvel ordre mondial se fera entendre en tant qu'expression de
l'aspiration de l'humanité à garantir la paix.
Dans ce numéro, LML
fait valoir qu'il
est très préoccupant de voir un État membre de
l'ONU, la République populaire démocratique de
Corée (RPDC), être démonisée par les
États-Unis et les grandes puissances de la vieille Europe. Ces
puissances impérialistes politisent la question des droits
humains afin de criminaliser la RPDC
et substituer la confrontation et le bellicisme au dialogue tant
nécessaire et à la signature d'un traité de paix
entre la RPDC et les États-Unis.
Le 18 décembre, dans le contexte de menaces et de
pressions des États-Unis, de l'Union européenne et de
leurs alliés sur plusieurs États membres,
l'Assemblée générale des Nations unies a
adopté une résolution contre la RPDC pour sa
supposée violation des droits humains et ses soi-disant crimes
contre l'humanité et demandé que la question
soit référée à la Cour pénale
internationale (CPI). La résolution non exécutoire a
été adoptée à 116 votes pour, 20 contre et
52 abstentions, sur un total de 193 pays membres. La politisation
impérialiste des droits humains était évidente
dans l'énorme pression exercée sur les pays comme le
Salvador, la Grenade et le Soudan du Sud, qui avaient voté
contre la résolution à l'étape de la
Troisième Commission.
L'ambassadeur adjoint de la RPDC à l'ONU, An
Myong Hun, a dit à l'Assemblée générale que
sa délégation rejette la résolution. Il a
expliqué qu'elle repose sur une fabrication, un rapport
signé par des gens qui n'ont jamais visité son pays et
ont empêché toute possibilité de dialogue et de
coopération. Il a ajouté que la délégation
de la RPDC
rejette l'utilisation des droits humains comme une arme politique pour
justifier le changement de régime.
Par ailleurs, encore une fois par suite de manoeuvres
des États-Unis, le Conseil de sécurité de l'ONU a
mis « la question des droits de l'homme en RPDC »
à l'ordre du jour de l'organisme composé de 15 membres
lors d'un vote de procédure le 22 décembre. La Chine et
la Russie s'y sont opposées alors que le Tchad et le
Nigéria
se sont abstenus. La RPDC a condamné et rejeté le vote,
faisant valoir que le Conseil de sécurité n'a pas de
mandat pour discuter de droits humains et peut uniquement discuter de
questions de sécurité. Avant le vote, l'ambassadeur de la
Chine à l'ONU Liu Jieyi a dit que « le Conseil de
sécurité n'est pas le forum pour débattre de la
question
des droits humains » et a demandé au Conseil
« de ne rien faire qui puisse provoquer une
escalade ».
L'ambassadeur Liu a dit que
la
dénucléarisation, l'encouragement au dialogue et le
maintien de la stabilité dans la péninsule
coréenne sont les priorités que partage toute la
communauté mondiale et que « l'intervention sur la
situation des droits humains est une violation des objectifs ci-haut
mentionnés et ne peut que nuire à la
situation ».
De concert avec la manipulation qui se fait à
l'ONU, Sony Pictures et le gouvernement des États-Unis
orchestrent en ce moment une arnaque pour promouvoir un film raciste,
pro-guerre et haineux envers la RPDC, sa direction et son peuple.
Dès le début, la désinformation et les accusations
quant à une supposée cyberattaque de la RPDC
contre Sony Pictures étaient sans fondement. Ni les agences
d'État des États-Unis ni personne d'autre n'ont
présenté de preuve pour appuyer ces accusations. Le 20
décembre, le ministère des Affaires
étrangères de la RPDC a énergiquement
rejeté ces accusations et ces atteintes à la
dignité de son pays et sa direction.
Toute l'affaire est très nébuleuse. On
peut voir que Sony Pictures est à même de se faire
beaucoup de publicité et de revenus avec ces fausses accusations
tandis que le gouvernement des États-Unis les utilise pour
multiplier ses menaces de guerre contre la RPDC et les pressions pour
un changement de régime. Cela donne à penser que cette
affaire pourrait très bien avoir été
manigancée par le gouvernement des États-Unis et Sony
Pictures pour promouvoir la haine raciste contre les Coréens et
la guerre contre la RPDC, tout en maximisant le rendement du film au
box office. Il s'agit en fait d'un crime de guerre grave.
Le Marxiste-Léniniste appelle toutes
les personnes éprises de paix au Canada et dans le monde
à se tenir en toute conscience aux côtés du peuple
de la RPDC et de sa direction comme un geste d'appui au droit à
l'autodétermination de tous les pays du monde et du droit des
peuples de décider de leur mode de vie. La politique de
changement de régime au nom de grands idéaux est
entièrement exposée comme une manoeuvre pour imposer la
domination impérialiste et n'a rien à voir avec la
promotion
de la liberté, de la démocratie et des droits humains.
Tel est le fond de la question.

L'impérialisme américain coupable devant
l'humanité
Les menées des
États-Unis contre la RPDC
sont la poursuite de la Guerre de Corée sous une autre forme.
Les États-Unis n'ont jamais accepté leur défaite
dans cette guerre injuste qui avait commencé avec une
manipulation au Conseil de sécurité de l'ONU. En 1950,
les États-Unis se sont arrangés pour que le Conseil de
sécurité s'immisce dans
la guerre civile qui avait éclaté en Corée quand
les patriotes ont forcé ceux qui avaient collaboré avec
la colonisation cruelle du pays par le Japon pendant des
décennies à rendre des comptes. La guerre des
États-Unis contre la Corée a causé la mort de
quatre millions de Coréens et la destruction totale de
l'infrastructure de la RPDC. Loin
d'admettre leurs torts, les États-Unis continuent d'utiliser
leurs positions de pouvoir pour démoniser la RPDC et essayer de
provoquer un changement de régime.
En mêlant toutes les questions sur ce qui se passe
sur la péninsule coréenne, avec leur prétention de
défendre les droits humains, et en traitant de questions
importantes avec une propagande incessante et des films pro-guerre,
racistes et anti-coréens, les États-Unis cherchent
à semer le doute sur la RPDC et à générer
de l'appui pour leurs plans
d'agression, de guerre et de changement de régime. Ils veulent
faire en sorte que personne ne prenne la défense de la juste
cause du peuple coréen.
Les peuples doivent s'y
opposer en défendant le
principe qu'aucune puissance n'a le droit de s'ingérer dans les
affaires internes de nations souveraines, et toutes les nations doivent
soutenir les principes de coexistence pacifique,
d'égalité des nations, de non-ingérence dans les
affaires internes des nations souveraines et de l'interdiction de
l'usage de la force pour résoudre les conflits entre les
nations. Dans la péninsule coréenne, il faut que les
États-Unis signent un traité de paix permanent et
retirent complètement leurs troupes et leurs armes. La situation
démontre également la nécessité du
renouveau de l'ONU et du Conseil de sécurité afin que
soient garantis l'égalité des nations et
des peuples, la non-ingérence dans les affaires des nations
souveraines et le droit de toutes les nations et de tous les peuples
à l'indépendance, l'autodétermination et la paix.
L'exemple récent de la normalisation des
relations entre Cuba et les États-Unis, qui est le
résultat du dialogue et de la négociation et du non usage
de la force, est la preuve que les conflits entre les nations et les
peuples peuvent être réglés pacifiquement. Quelles
que soient les différences qui existent sur les questions
politiques, sociales,
économiques et autres, les problèmes peuvent être
résolus par des discussions et la diplomatie aux plus hauts
niveaux, et c'est précisément cela que la RPDC invite
constamment les États-Unis à faire.
Le Marxiste-Léniniste appelle les
personnes éprises de paix et de justice au Canada et dans le
monde à faire échec à ces manoeuvres flagrantes
des États-Unis et de leurs alliés aux Nations unies, ces
mêmes États-Unis qui sont les plus grands violateurs des
droits humains dans le monde. Cela est possible en condamnant la
campagne
guerrière qui vise la RPDC. En 2015, il faut intensifier la
lutte pour que les États-Unis cessent leurs activités
criminelles contre la RPDC et signent un traité de paix avec
elle. C'est cela qui va mettre fin à la Guerre de Corée
et favoriser les intérêts de tous les peuples.
Dans ces conditions, les Canadiens doivent se mobiliser
pour un gouvernement anti¸guerre qui favorise le maintien de
relations
pacifiques entres les nations et les peuples et qui ne permettra pas
une autre guerre d'agression contre le peuple coréen.

Pourquoi la question des droits humains
est si
importante
- Mission permanente de la RPDC à
l'ONU -
Aujourd'hui, les États-Unis et d'autres pays
occidentaux s'attaquent de plus en plus aux droits humains de leurs
propres citoyens, notamment à leurs droits
socio-économiques et culturels et à leurs droits et
libertés politiques.
Aux États-Unis, les prisonniers
représentent 25 % du nombre total de prisonniers dans le
monde alors que la population des États- Unis représente
5 % de la population mondiale. Aujourd'hui, lorsque
l'humanité se mobilise pour atteindre de nouveaux sommets de
civilisation humaine, on a recours dans les camps de prisonniers des
États-Unis à la torture médiévale et
à d'autres formes de violations des droits humains.
La discrimination raciale aux États-Unis, un pays
qui se prétend un modèle en matière de droits
humains, est endémique et approuvée ouvertement par les
milieux officiels.
La suite d'assassinats de jeunes noirs innocents par des
policiers blancs a récemment plongé le monde entier dans
la consternation.
Un grand nombre de travailleurs à qui on nie le
droit à l'existence et au travail, errent sans travail dans les
rues des États-Unis et d'autres pays occidentaux.
L'égoïsme extrême, la misanthropie,
les crimes comme l'homicide, le vol, le viol, la prostitution, la
discrimination raciale de même que la discrimination et le
mauvais traitement des Premières Nations et des immigrants
imprègnent la société américaine et le
peuple vit dans un état de peur et de misère constantes.
Sous prétexte de « défendre les
droits humains », les États-Unis déclenchent
des guerres d'agression, asservissent les peuples d'autres pays et
s'ingèrent ouvertement dans leurs
affaires intérieures, se rendant ainsi coupables de violation de
leurs droits humains. Non seulement ces guerres d'agression
foulent-elles aux pieds
leur souveraineté mais elles tuent des gens, menacent leur droit
à l'existence et minent leur progrès
socio-économique et culturel. Les exemples les plus flagrants
sont l'agression armée contre la Grenade, la campagne
aérienne contre l'ancienne Yougoslavie et les guerres en Irak et
en Afghanistan.
Les États-Unis ont mis sur pied des camps de
prisonniers dans plusieurs régions du monde, ont kidnappé
des gens pour les y soumettre à la torture. Cent soixante
personnes languissent toujours dans le camp de prisonniers de la base
navale étasunienne de Guantanamo.
Les attaques de drones lancées par les
États-Unis continuent de semer la mort au Pakistan, au
Yémen et dans d'autres pays.
Les écoutes téléphoniques sans
discrimination et le vol de courriers électroniques par les
États-Unis, qui ont été exposés
récemment, sont des actes d'espionnage illégaux et une
violation flagrante des droits humains. Les États-Unis ont
maintenant des centres d'écoute téléphonique dans
plus de 80 régions du monde. Ils ont espionné les
conversations téléphoniques non seulement de
présidents et de représentants de haut niveau de pays
alliés mais également de citoyens ordinaires, par le
biais de leur Agence de sécurité nationale et d'autres
agences de renseignement.
Cherchant querelle au moyen de la « question
des droits humains » avec les pays qui suivent la voie de
l'indépendance, les États-Unis et d'autres pays
occidentaux s'ingèrent dans leurs affaires intérieures,
renversent leurs gouvernements légitimes et y répriment
les droits humains. En ce moment, les États-Unis et d'autres
pays
occidentaux poussent certaines organisations internationales à
créer une hystérie au sujet de la « question
des droits humains » dans la République populaire
démocratique de Corée. C'est là essentiellement un
acte grave d'agression visant à renverser son système et
son gouvernement. Cela ne fait qu'aggraver la situation dans la
péninsule coréenne et dans la région avoisinante.
De nombreux pays dans le monde souffrent toujours de
conflits et d'instabilité internes et le droit de leurs peuples
à la vie est sérieusement menacé. La raison
principale en est que les États-Unis et d'autres pays
occidentaux exacerbent la situation et tentent de pêcher en eaux
troubles en tirant profit de ces conflits et de cette
instabilité. Plusieurs
pays sont aux prises avec d'importantes difficultés
économiques et le droit de ces peuples à l'existence est
gravement menacé par les sanctions économiques et les
blocus imposés par les États-Unis et d'autres pays
occidentaux.
La question des droits humains devient chaque jour plus
sérieuse en raison de l'attitude autoritaire et arbitraire des
États-Unis et de leur pratique de deux poids, deux mesures. Ces
jours-ci, le dialogue et la collaboration pour la promotion de droits
humains authentiques à l'échelle mondiale n'existent plus
et ont fait place à l'autoritarisme, à
l'arbitraire et leur pratique de deux poids, deux mesures à
grande
échelle qui sont imposés par les intérêts
politiques de certains pays. Rejetant les principes de respect, de
confiance et d'avantage réciproques et de non-ingérence
dans les affaires intérieures des autres, ces
intérêts commandent de façon unilatérale la
« coopération » et la
« collaboration » dans le domaine des droits
humains afin de s'ingérer dans les affaires intérieures
d'autres pays.
Il va de soi que la coopération et la
collaboration entre pays sont nécessaires pour résoudre
la question des droits humains. Cependant, cette coopération et
cette collaboration doivent être soumises aux principes reconnus
du droit international et ne doivent pas servir de prémisse
à l'ingérence dans les affaires intérieures des
autres.
Les États-Unis et d'autres pays occidentaux
rendent cette question encore plus complexe en la mettant à
l'ordre du jour non seulement de l'ONU et d'autres organisations
politiques internationales mais aussi d'organisations
économiques et commerciales internationales. Des organisations
économiques et commerciales internationales se sont mises
à discuter de la question des droits humains, qui n'ont rien
à voir avec les questions économiques et commerciales, ce
qui mène à des antagonismes prononcés entre pays.
Voilà la dure réalité d'aujourd'hui.
Le fait que les États-Unis publient à
chaque année un « rapport sur les droits
humains » et adoptent des lois fédérales
contre d'autres États souverains montre jusqu'où en sont
rendus leur autoritarisme, leur arbitraire et leur pratique de deux
poids, deux mesures. Ils ont publié un rapport
sur le sujet encore cette année
dans lequel ils accusent la Chine, la Russie, Cuba et l'Iran ainsi que
d'autres pays d'avoir violé les droits humains de leur peuple et
y prétendent que les États-Unis sont le seul pays qui
déploie des efforts pour défendre les droits humains.
La communauté internationale déplore le
fait que le plus grand ennemi des droits humains se conduit
lui-même comme « le juge en matière de droits
humains ».

Une proposition réaliste et raisonnable
pour la
réunification de la Corée
Bannière d'une
manifestation pour la réunification à Séoul le 9
juin 2011
Près de 70 ans se sont passés depuis que
la Corée a été divisée. La division de la
Corée est un grand malheur pour le peuple coréen, qui a
vécu en tant que nation homogène sur le même
territoire pendant 5000 ans, et elle est une menace constante à
la paix et à la stabilité mondiales.
Comment, alors, la Corée devrait-elle être
réunifiée ?
De nombreuses propositions ont été faites
jusqu'à maintenant. Des propositions « d'unification
des systèmes » et « d'unification par
absorption » ne sont pas dignes de discussion. Comme le nord
et le sud ne vont pas abandonner leurs idéologies et
systèmes respectifs, la réunification par l'absorption de
l'un par l'autre
n'amènera que calamités à la nation
coréenne et tragédie à la région.
La meilleure façon est de réunifier le
pays au moyen d'une fédération.
Le président Kim Il Sung (1912-1994), qui a
consacré sa vie à la réunification de la
Corée, a proposé que la réunification du pays se
fasse par la fondation de la République fédérale
démocratique du Koryo (RFDK).
Le point principal de ce plan est de laisser intacts les
idéologies et les systèmes du nord et du sud et de
réaliser sur cette base la réunification du pays et de la
nation en unissant les deux parties sous la forme d'un État
fédéral.
Le plan menant à la
fondation de la RFDK
définit le principe de la formation du gouvernement
unifié de l'État fédéral et
l'étendue de ses activités. Dans cet État
réunifié de type fédéral, une
assemblée fédérale nationale suprême serait
formée, composée d'un nombre égal de
représentants du nord et du sud et d'un nombre approprié
de Coréens
résidant à l'étranger. Cette assemblée
organiserait un comité permanent fédéral dont la
mission consisterait à diriger les gouvernements
régionaux du nord et du sud et à contrôler
l'ensemble des activités de l'État fédéral.
En tant qu'État réunifié qui laisse intacts les
différents systèmes et idéologies et repose sur
une nation et sur l'autonomie
régionale, la RFDK représentera l'ensemble du territoire
coréen et la nation coréenne dans son entier.
Le plan définit également les fonctions et
le rôle du gouvernement fédéral et des
gouvernements régionaux. En tant que gouvernement
réunifié de l'État fédéral,
l'assemblée fédérale nationale suprême et
son organe permanent, le comité permanent fédéral,
vont discuter et décider des questions de politique, de
défense nationale et de relations
étrangères et d'autres questions de préoccupation
commune liées aux intérêts du pays et de la nation
dans son ensemble. Ils le feront sur la base du principe de
l'impartialité et conformément à l'aspiration de
toute la nation à l'union, à la collaboration et à
la réunification, et travailleront au développement
unifié du pays et de la nation et à l'unité et
à la collaboration entre le nord et le sud dans tous les
domaines. Le gouvernement réunifié va respecter les
régimes sociaux et les organisations administratives, les
partis, les groupes et toutes les couches sociales du nord et du sud,
et empêchera qu'une partie n'impose sa volonté à
l'autre.
Sous la direction du gouvernement fédéral,
les gouvernements régionaux du nord et du sud devraient suivre
une politique indépendante dans des limites qui correspondent
aux intérêts fondamentaux et aux exigences de toute la
nation, et chercheraient à réduire le fossé entre
le nord et le sud dans tous les domaines ainsi qu'à
réaliser le
développement unifié du pays et de la nation.
En ce qui concerne le nom de l'État
réunifié, le président Kim Il Sung a
proposé celui de République fédérale
démocratique du Koryo, d'après le premier État
unifié de la nation coréenne, le Koryo, qui a
existé de 918 à 1392 et est bien connu dans le monde. Ce
nom qui est proposé exprime l'idéal politique commun du
nord et du sud, qui
aspirent à la démocratie. Le nom de Corée provient
lui-même de Koryo.
Le président a indiqué que la RFDK devrait
être un État neutre qui ne se joint à aucun bloc ou
aucune alliance politique ou militaire.
Il a également présenté un
programme en dix points que devrait suivre l'État
fédéral.
La RFDK devrait :
- premièrement, adhérer à
l'indépendance dans toutes les activités de l'État
et suivre une politique indépendante ;
- deuxièmement, appliquer la démocratie
dans tout le pays et dans tous les secteurs de la société
et promouvoir une grande unité nationale ;
- troisièmement, assurer la coopération
économique et les échanges entre le nord et le sud de
même que le développement d'une économie nationale
indépendante ;
- quatrièmement, réaliser les
échanges et la coopération nord-sud dans le domaine de la
science, de la culture et de l'éducation et assurer le
progrès uniforme du pays dans le domaine de la science et de la
technologie, de la culture nationale et des arts et de
l'éducation nationale ;
- cinquièmement, rétablir les liens de
transport et de communications entre le nord et le sud et garantir
l'utilisation libre des moyens de transport et de communications
à l'échelle du pays ;
- sixièmement, assurer un moyen de subsistance
stable à tout le peuple y compris les travailleurs et les
paysans et promouvoir leur bien-être de façon
systématique ;
- septièmement, mettre fin à l'état
de confrontation militaire entre le nord et le sud et former une
armée nationale combinée qui défend la nation
contre l'invasion ;
- huitièmement, défendre et
protéger les droits nationaux et les intérêts de
tous les Coréens d'outremer ;
- neuvièmement, traiter adéquatement des
relations étrangères qui ont été
établies par le nord et le sud avant la réunification et
coordonner les activités étrangères des deux
gouvernements régionaux de manière unifiée ;
et
- dixièmement, en tant qu'État
unifié qui représente l'ensemble de la nation,
développer des relations d'amitié avec tous les pays du
monde et appliquer une politique étrangère de paix.
Le plan de l'établissement de la RPDK exprime
l'aspiration unanime de longue date du peuple coréen à la
réunification de son pays et la réalité
spécifique de la péninsule coréenne où le
nord et le sud ont des idéologies et des systèmes
différents.
Il existe plus d'un État fédéral ou
confédéral dans le monde. Des exemples typiques en sont
les États-Unis, la Suisse, la Malaisie et la Tanzanie.
La RPDK possède cependant des
caractéristiques qui la distinguent des états
fédéraux qui existent en ce moment.
Contrairement à d'autres États
fédéraux, la RFDK est formée d'une nation
homogène ; elle est basée sur des systèmes
sociaux différents et est composée d'une nation et de
deux gouvernements régionaux autonomes au sein d'un État
unifié. Pour cette raison, la RFDK possède des
caractéristiques qui lui sont uniques qui s'expriment dans
le principe de la formation et de la distribution du pouvoir entre le
gouvernement unifié et les gouvernements régionaux
autonomes.
Comme le mentionne le plan du président Kim Il
Sung pour la RFDK, une nouvelle phase pourrait s'ouvrir pour la
construction d'un État fédéral représentant
une même nation en dépit de la différence de
système socio-politique.
La RFDK est la forme la plus rationnelle d'État
unifié parce qu'elle donne la priorité aux demandes
communes et aux intérêts communs de la nation et accomplit
l'unité nationale, transcendant la différence
d'idéologie et de système.
La communauté internationale souhaite
sincèrement que la nation coréenne réalise la
réunification pacifique de son pays au moyen de la
fédération.

Palestine
Ce qui a changé en Palestine en 2014
- Ramzy Baroud* -
L'année 2014 a été une année
terriblement douloureuse pour la Palestine, mais également une
année où la résistance collective des Palestiniens
s'est avérée trop forte pour être brisée.
Tandis que certains aspects du conflit stagnent entre
une Autorité Palestinienne corrompue et inefficace et la nature
criminelle des guerres et de l'occupation israéliennes, il
serait juste de considérer que 2014 a vu un début de
changement des règles du jeu - et il n'y a pas que de mauvaises
nouvelles.
Jusqu'à un certain point, 2014 a
été une année de clarification pour tous ceux
désireux de comprendre la réalité du conflit
israélo-palestinien, mais sincèrement rendus perplexes
par des récits contrastés.
Voici quelques raisons qui appuient l'affirmation que
les choses ont bougé.
1. Une autre unité palestinienne
Bien que les deux principales organisations, le Hamas et
le Fatah, se soient mises d'accord en avril dernier pour un
gouvernement d'unité, peu de choses ont changé sur le
terrain. Un gouvernement a bien été officiellement
intronisé en juin et a tenu sa première réunion en
octobre, mais Gaza est encore en réalité sous le
contrôle du Hamas, qui
a été en grande partie laissé à
lui-même à devoir gérer les affaires du territoire
sous blocus après la guerre israélienne de
juillet-août. L'Autorité [palestinienne] de Mahmoud Abbas
comptait sur le fait que les destructions massives infligées
à Gaza affaibliraient le Hamas et l'amèneraient à
se soumettre politiquement, d'autant plus que l'Égypte
continue à verrouiller la frontière de Rafah.

Mais tandis que les factions peinent à s'unir, la
guerre israélienne sur Gaza a donné une nouvelle
impulsion à la lutte en Cisjordanie. Les plans israéliens
visant à annexer les lieux saints à Jérusalem, en
particulier la Mosquée d'Al-Aqsa, et le profond sentiment de
révolte vécu par la plupart des Palestiniens après
les massacres commis par Israël
à Gaza, prennent lentement forme dans une vague de
mini-soulèvements. Certains spéculent sur le fait que
cette situation finira par entraîner une Intifada qui engloutira
tous les territoires, mais qu'une troisième Intifada ait lieu en
2015 ou non, est une autre question. Ce qui importe, c'est qu'ait
échoué le complot ourdi de longue date visant à
diviser les Palestiniens, et qu'un nouveau récit collectif d'une
lutte commune contre l'occupation prenne finalement forme.
2. Un nouvelle approche de la résistance
À Naplouse le 29
août 2014
La discussion sur les formes de résistance que
les Palestiniens devraient ou ne devraient pas adopter est
tranchée et mise de côté, non par des âmes
charitables extérieures mais par les Palestiniens
eux-mêmes. Ceux-ci font le choix d'opter pour toute forme
efficace de résistance possible qui puisse décourager les
avancées militaires israéliennes,
comme les groupes de la résistance l'ont si bien fait dans Gaza.
Bien que la dernière guerre lancée par Israël ait
tué presque 2200 Palestiniens et en ait blessé plus de
11000 — en très grande partie des civils — aucun de ses
objectifs avoués ou cachés n'a été atteint.
C'est à nouveau un rappel que la force militaire la plus brutale
n'est plus l'élément
dominant dans la conduite d'Israël envers des Palestiniens. Tandis
qu'Israël martyrisait des civils, la résistance tuait 70
Israéliens dont plus de 60 étaient des soldats.
C'était une étape importante témoignant de la
maturité de la résistance palestinienne, alors que la
seconde Intifada s'en était plutôt pris aux civils, ce qui
reflétait alors plus une stratégie
du désespoir qu'autre chose.
La légitimation de la résistance s'est
reflétée, jusqu'à un certain degré, dans la
récente décision par la Cour Européenne de rayer
le mouvement Hamas de la liste des organisations classées comme
terroristes.
La résistance prend d'autres formes en
Cisjordanie. Bien qu'elle doit encore mûrir dans une campagne
régulière d'initiatives anti-occupation, elle parait
créer sa propre identité, prenant en considération
ce qui est possible et ce qui est utile. Le fait est que le
débat sur le mode de résistance devant dominer les autres
est aujourd'hui dépassé, la
résistance étant considérée comme un tout
dont le contenu est décidé par les Palestiniens
eux-mêmes.
3. La campagne BDS a normalisé la discussion
sur les crimes israéliens
Une autre forme de résistance se cristallise dans
la campagne internationale pour le Boycott, le Désinvestissement
et les Sanctions (BDS) qui continue à se développer,
recueillant sans cesse de nouveaux appuis et produisant de nouveaux
succès. 2014 a été non seulement l'année
où la campagne BDS a su gagner l'appui de nombreuses
organisations de la société civile, d'universitaires, de
scientifiques, de diverses célébrités comme des
gens de toutes les conditions sociales, mais elle a aussi
été l'année d'un pas important en avant :
cette campagne a normalisé le débat sur la politique
israélienne dans beaucoup de cercles autour du monde. Alors que
n'importe quelle critique
d'Israël était considérée jadis comme tabou,
il n'est plus question de cela aujourd'hui. Questionner l'aspect moral
et utile du boycott d'Israël n'est plus un sujet qui paralyse, et
la discussion est totalement ouverte dans de nombreux médias,
universités et autres plates-formes.
2014 a été une année qui a vu se
généraliser la discussion sur le boycott d'Israël.
Tandis qu'une masse critique doit encore être atteinte aux
États-Unis, l'élan du mouvement ne fait que grandir,
conduit par des étudiants, des hommes et des femmes
d'églises, des célébrités et des gens de
tous les milieux. En Europe, le mouvement a connu de
considérables succès.
4. Les Parlements sentent le vent tourner
Tandis que traditionnellement une grande partie de
l'hémisphère sud offrait son soutien aux Palestiniens,
l'occident supportait Israël sans la moindre vergogne.
Après les Accords d'Oslo, une position européenne
totalement irrationnelle a pris forme où il devint question de
trouver un « équilibre » entre une nation
occupée et
l'occupant. À certaines occasions, l'Union Européenne
(UE) a timidement critiqué l'occupation, mais tout en restant le
premier partenaire commercial d'Israël et lui fournissant les
armes que l'armée israélienne utilise pour commettre ses
crimes de guerre dans Gaza et maintenir et développer son
occupation en Cisjordanie.
Cette politique dépourvue de toute morale est
contestée par les citoyens des divers pays européens. La
guerre israélienne de cet été sur Gaza a
révélé au grand jour et comme jamais auparavant,
les violations des droits de l'homme et les crimes de guerre commis par
Israël, dévoilant toute l'hypocrisie de l'UE. Pour soulager
la pression de leurs
opinions, quelques pays européens semblent prendre des positions
plus fermes à l'encontre l'Israël, rediscutant leur
coopération militaire et remettant plus hardiment en cause les
politiques de droite du premier ministre israélien Benjamin
Netanyahu.
Toute une série de votes parlementaires ont
suivi, votant en premier pour reconnaître la Palestine comme
État. Bien que ces décisions demeurent en grande partie
symboliques, elles représentent une indubitable évolution
dans l'attitude de l'UE envers Israël. Netanyahu peut continuer
à râler contre « l'hypocrisie »
européenne, assuré
qu'il l'est de l'appui inconditionnel de Washington. Mais avec les
États-Unis qui perdent peu à peu le contrôle d'un
Moyen-Orient en plein bouleversement, le premier ministre
Israélien pourrait bientôt être forcé de
revoir son obstination à la baisse.
5. La « démocratie »
israélienne démasquée
À
Tel
Aviv
le 27 juillet 2014
Pendant des décennies, Israël s'est
auto-proclamé comme État démocratique et juif.
L'objectif était clair : maintenir la
supériorité juive sur les Arabes palestiniens, tout en
continuant à se présenter comme une démocratie
occidentale « moderne » - en fait, la
« seule démocratie au Moyen-Orient ».
Tandis que les
Palestiniens et beaucoup d'autres n'ont jamais été dupes
de cette sinistre plaisanterie, nombreux étaient ceux qui se
laissaient duper et se posaient peu de questions.
Israël n'a pas de constitution mais un code
appelé la Loi Fondamentale. Puisqu'il n'y a aucun
équivalent israélien à un amendement
constitutionnel, le gouvernement de Netanyahu a proposé
directement une nouvelle loi au parlement israélien, la Knesset.
Cette nouvelle loi mettra fondamentalement en avant les nouveaux
principes sous lesquels
Israël se définira. Un de ces principes stipule
qu'Israël est l'État national des seuls juifs, faisant de
tous les citoyens non juifs d'Israël des citoyens de seconde zone.
Alors que de tous les temps, les citoyens palestiniens d'Israël
ont été traités comme des parias et ont subi
toutes sortes de discriminations, la nouvelle Loi Fondamentale
institutionnalisera leur infériorité imposée par
l'État. Le paradigme juif et démocratique est
définitivement mort, montrant Israël tel qu'il est.
L'année devant nous
Nous verrons en 2015 une grande partie de ce que nous
avons vu l'année qui a précédé.
L'Autorité palestinienne va lutter pour sa propre survie en
essayant par tous les moyens possibles de conserver les quelques
privilèges concédés par Israël, les
États-Unis et quelques autres. Israël continuera à
se sentir encouragé par les financements des
États-Unis et leur support politique et militaire sans
conditions. Oui, l'année prochaine restera frustrante à
bien des égards. Mais le nouvel élan que nous constatons
sera peu susceptible de diminuer, d'un côté contestant et
dénonçant l'occupation israélienne, et de l'autre
mettant sur la touche une Autorité palestinienne inefficace et
corrompue.
2014 a été une année très
douloureuse pour la Palestine, mais également une année
où la résistance collective du peuple palestinien et de
ses partisans s'est avérée trop forte pour être
pliée ou brisée. Et c'est un grand encouragement.

Syrie
Entretien avec le président syrien Bachar
El-Assad
- Régis Le Sommier, Paris Match,
le samedi 28 novembre 2014 -
Paris
Match : Monsieur le Président,
après trois ans de guerre, au point où nous en sommes
aujourd'hui, regrettez-vous de ne pas avoir géré les
choses différemment au début, lorsque les premiers signes
de révolte sont apparus, en mars 2011 ? Vous sentez-vous
responsable ?
Bachar El-Assad : Dès les
premiers jours, il y avait des martyrs de l'armée et de la
police. Nous avons donc, dès cette époque, fait face au
terrorisme. Il y avait des manifestations, certes, mais pas en grand
nombre. Notre seul choix était de défendre le peuple
contre les terroristes. Il n'y en avait pas d'autres. Nous
ne pouvons pas dire que nous le regrettons, puisque nous luttions
uniquement contre le terrorisme. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas
eu d'erreurs commises dans la pratique. Il y a toujours des erreurs.
Parlons aussi franchement : si le Qatar n'avait pas financé
dès le début ces terroristes, si la Turquie ne leur avait
pas apporté un soutien
logistique et l'Occident un soutien politique, les choses auraient
été différentes. La Syrie connaissait des
problèmes avant la crise, ce qui est normal, mais cela ne
signifie pas qu'il faille trouver aux événements une
origine intérieure.
Paris Match : Durant cette
guerre, on reproche à votre armée d'avoir utilisé
massivement la force. Pourquoi bombarder des civils ?
Bachar El-Assad : Lorsqu'un
terroriste vous attaque, croyez-vous que vous pouvez vous
défendre par le dialogue ? L'armée a eu recours aux
armes lorsque l'autre partie en a fait usage. Notre but ne saurait
être de frapper les civils. Comment peut-on résister
pendant près de quatre ans en tuant des civils,
c'est-à-dire son propre peuple, et en même temps combattre
les terroristes et les pays hostiles qui les soutiennent, à
savoir ceux du Golfe, la Turquie et l'Occident ? Si nous ne
défendions pas notre peuple, nous serions incapables de
résister. Par conséquent, il n'est pas logique de dire
que nous bombardons les civils.
Paris Match : Des images par
satellite de Homs ou de Hama montrent des quartiers
oblitérés. L'ONU, à laquelle adhère votre
pays, parle de 190 000 morts au cours de cette guerre. Les habitants de
ces quartiers étaient-ils tous des terroristes ?
Bachar El-Assad : D'abord, il
faudrait vérifier les statistiques des Nations unies. Quelles en
sont les sources ? Les chiffres qui circulent aujourd'hui dans le
monde, notamment dans les médias, sont exagérés.
Ils sont faux. Ensuite, les images de destructions ne sont pas
seulement des photos par satellite, mais
des photos prises sur le terrain. Ces destructions sont réelles.
Lorsque des terroristes pénètrent dans une région
et l'occupent, l'armée doit la libérer. Des combats sont
alors engagés. Il est donc normal qu'il y ait destruction. Dans
la plupart des cas, lorsque les terroristes s'installent, les civils
prennent la fuite. En vérité, le plus grand nombre de
victimes en Syrie se compte parmi les partisans de l'État et non
l'inverse. Beaucoup ont été tués lors d'attentats.
Quand vous avez la guerre et le terrorisme, il y a hélas des
victimes innocentes. Ça arrive n'importe où, d'ailleurs.
Mais il n'est pas concevable qu'un État vise ses propres
citoyens.
Paris Match : Toujours selon
l'ONU, trois millions de Syriens sont réfugiés dans les
pays
limitrophes, soit un huitième de la population. Est-ce que ce
sont tous des alliés des terroristes ?
Bachar El-Assad : Non, non. La
plupart de ceux qui ont quitté la Syrie l'ont fait à
cause du terrorisme. Parmi ces réfugiés, certains
soutiennent les terroristes, d'autres l'État. Ces derniers ont
quitté le pays pour des raisons de sécurité. Une
grande partie des réfugiés ne soutient personne.
Paris Match : D'un point de
vue militaire, avez-vous les moyens de gagner la guerre ?
Bachar El-Assad : À
présent, nous combattons des États, pas seulement des
bandes. Des milliards de dollars leur sont versés. Des armes
leur ont été fournies par des pays comme la Turquie. Il
ne s'agit pas d'une guerre facile d'un point de vue militaire.
Pourtant, l'armée syrienne progresse dans beaucoup de
régions.
Personne ne peut encore prévoir quand cette guerre prendra fin,
ni comment. Nos adversaires pensaient, au début, gagner le coeur
des Syriens. Ils n'y sont pas parvenus. Ils ont perdu le soutien de la
population locale. C'est précisément ce qui a permis
à l'armée de progresser. Nous devons envisager la guerre
d'un point de vue militaire, social et
politique.
Paris Match : Mais ils n'ont
pas encore perdu, puisque la moitié de votre pays vous
échappe.
Bachar El-Assad : L'armée
syrienne ne peut être partout à la fois. Là
où elle n'est pas présente, les terroristes en profitent
pour franchir les frontières et s'infiltrer dans telle ou telle
zone. Mais chaque fois que l'armée décide de reprendre
une région, elle y parvient. Il ne s'agit pas d'une guerre entre
deux armées, où
l'une occupe un territoire et la seconde un autre. Il s'agit d'un autre
type de guerre. Nous avons affaire à des groupes terroristes qui
s'infiltrent dans une ville ou dans un village. Cette guerre sera donc
longue et difficile.
Paris Match : Beaucoup
disent que la solution, c'est votre départ. L'avez-vous
vous-même envisagé ?
Bachar El-Assad : Partout dans le
monde, un chef d'État arrive au pouvoir par un mécanisme
constitutionnel et le quitte par le même mécanisme. Un
président ne peut ni s'imposer ni quitter le pouvoir par le
chaos. La preuve tangible, ce sont les conséquences de la
politique française en Libye avec la décision
d'attaquer Kadhafi. Quel en a été le
résultat ? Après son départ, il y a eu le
chaos. Son départ était-il la solution ? La
situation s'est-elle améliorée ? La Libye est-elle
devenue démocratique ? L'État est comme un
navire : dans la tempête, le capitaine ne prend pas la
fuite. Il ne quitte pas le bord. Si les passagers
doivent s'en aller, alors il sera le dernier à partir.
Paris Match : Cela veut dire
que le capitaine est prêt à mourir. Vous avez
évoqué Mouammar Kadhafi. Est-ce que vous avez peur de
mourir de la même façon que Saddam Hussein ou
Kadhafi ?
Bachar El-Assad : Le capitaine ne
pense pas à la mort, ni à la vie. Il pense à
sauver son navire. S'il fait naufrage, tout le monde mourra. Il vaut
donc mieux tout faire pour sauver son pays. Mais je voudrais souligner
une chose importante. Mon but n'est pas de rester président, ni
avant, ni pendant, ni après la crise.
Mais quoi qu'il arrive, nous autres Syriens n'accepterons jamais que
notre pays devienne un jouet entre les mains de l'Occident. C'est un
principe fondamental pour nous.
Paris Match : Parlons du
groupe État islamique. On entend dire parfois que, au
départ, le régime syrien a encouragé la
montée des radicaux islamistes pour diviser l'opposition. Que
répondez-vous ?
Bachar El-Assad : D'abord, en
Syrie, nous avons un État, pas un régime. Soyons clairs
sur la terminologie. Si nous supposons que cela est vrai, et donc que
nous avons soutenu l'État islamique, cela revient à dire
que nous leur avons demandé de nous attaquer, d'attaquer nos
aéroports militaires, de tuer des centaines
de nos militaires, d'occuper nos villes et nos villages. Où est
la logique là-dedans ? Qu'avions-nous à gagner dans
tout cela ? Diviser et affaiblir l'opposition, comme vous le
dites ? Nous n'avions pas besoin de le faire. L'Occident
lui-même reconnaît que cette opposition était
fantoche. C'est ce qu'Obama lui-même a dit.
L'hypothèse est donc fausse. Mais alors, où est la
vérité ? En réalité, l'État
islamique a été créé en Irak en 2006. Ce
sont bien les États-Unis et non la Syrie qui occupaient l'Irak.
Abou Bakr Al-Baghdadi était dans les geôles
américaines et non dans les prisons syriennes. Qui a donc
créé l'État islamique ? La Syrie ou les
États-Unis ?
Paris Match : Les Syriens
que nous rencontrons à Damas font plus allusion aux cellules
dormantes djihadistes en Occident qu'à la guerre contre
l'État islamique. C'est étonnant, non ?
Bachar El-Assad : Le terrorisme est
une idéologie et non une organisation ou une structure. Or,
l'idéologie ne connaît pas de frontières. Il y a
vingt ans, le terrorisme s'exportait depuis notre région, en
particulier depuis les pays du Golfe, comme l'Arabie saoudite. À
présent, il nous vient d'Europe, et notamment de
France. Le plus gros contingent de terroristes occidentaux venus en
Syrie est français. Ils commettent des attentats en France. En
Belgique, ils ont attaqué le musée juif. Le terrorisme en
Europe n'est plus dormant, il s'est réveillé.
Paris Match : Les
Américains sont aujourd'hui, contre l'État islamique, des
alliés tactiques. Considérez-vous toujours leur
intervention comme une violation du territoire syrien ?
Bachar El-Assad : Vous avez
utilisé le mot « tactique », et c'est
là un point important. Vous savez bien qu'une tactique n'a aucun
sens sans une stratégie. Car elle seule n'arrivera pas à
venir à bout du terrorisme. Il s'agit d'une intervention
illégale, d'abord parce qu'elle n'a pas reçu
l'approbation du
Conseil de sécurité, ensuite parce qu'elle n'a pas tenu
compte de la souveraineté d'un État, qui est la Syrie. La
réponse est oui. C'est une intervention illégale et donc
une violation de la souveraineté nationale.
Paris Match : L'AFP rapporte
que votre aviation a effectué 2 000 sorties aériennes en
moins de quarante jours, ce qui est énorme. Quand vos avions
croisent ceux des Américains, par exemple en allant bombarder
Raqqa, existe-t-il un protocole de non-agression ?
Bachar El-Assad : Il n'y a pas de
coordination directe. Nous attaquons le terrorisme là où
il se trouve, sans prendre en considération ce que font les
États-Unis ou la coalition. Vous seriez sans doute surpris
d'apprendre que le nombre quotidien de sorties de l'aviation syrienne
pour frapper les terroristes est supérieur
à celui de la coalition. Donc, d'abord, il n'y a pas de
coordination. Ensuite, les frappes de la coalition ne sont que
cosmétiques.
Paris Match : Mais ces
frappes-là vous aident. La démission du secrétaire
américain à la Défense, Chuck Hagel, s'explique en
partie parce qu'il pensait qu'elles renforçaient votre
gouvernement et vos positions.
Bachar El-Assad : Notez que votre
question contredit celle dans laquelle nous sommes accusés de
soutenir Daech. Ça veut dire plutôt que nous sommes des
ennemis de Daech.
Paris Match : J'ai dit qu'on
entend qu'au départ vous avez soutenu Daech pour diviser
l'opposition.
Bachar El-Assad : Je ne vous accuse
pas, je fais plutôt allusion à ceux qui le pensent.
Paris Match : Maintenant,
une des conséquences est cette démission, du point de vue
américain. Estimez-vous quand même que les frappes de la
coalition vous aident ?
Bachar El-Assad : On ne peut pas
mettre fin au terrorisme par des frappes aériennes. Des forces
terrestres qui connaissent la géographie et agissent en
même temps sont indispensables. C'est la raison pour laquelle il
n'y a pas eu de résultats réels après deux mois de
campagnes menées par la coalition. Ce n'est donc
pas vrai que les frappes de la coalition nous aident. Elles nous
auraient certainement aidés si elles étaient
sérieuses et efficaces. C'est nous qui menons les combats
terrestres contre Daech et nous n'avons constaté aucun
changement, surtout que la Turquie apporte toujours un soutien direct
dans ces régions.
Paris Match : Le 14 juillet
2008, vous étiez à la tribune, sur les
Champs-Elysées, en marge du sommet pour la
Méditerranée. Aujourd'hui, le gouvernement
français vous considère comme un paria. Comment
vivez-vous cette situation ?
Bachar El-Assad : Les bonnes
relations entre 2008 et 2011 n'étaient pas le résultat
d'une initiative française. Il y a eu d'abord les
Américains qui ont chargé l'administration
française, à l'époque, de faire pression sur la
Syrie au sujet de l'Iran. Il y a eu ensuite le Qatar qui poussait la
France à améliorer ses relations
avec la Syrie. Entretenir de bonnes relations avec nous
n'émanait donc pas d'une volonté indépendante de
la France. Aujourd'hui, les choses n'ont pas changé. Hollande,
comme Sarkozy, n'agit pas de son propre gré.
Paris Match :
François Hollande continue de vous considérer comme un
adversaire. Pensez-vous qu'à un moment le contact pourra
être renoué ?
Bachar El-Assad : Ce n'est pas une
question de relations personnelles. D'ailleurs, je ne le connais
même pas. Il s'agit de relations entre États et
institutions et dans l'intérêt des deux peuples. Nous
traiterons avec tout responsable ou gouvernement français dans
l'intérêt commun. Mais l'administration actuelle oeuvre
à l'encontre des intérêts de notre peuple et de
ceux du peuple français. Je ne suis ni l'ennemi personnel ni le
rival de Hollande. Je pense que c'est plutôt Daech qui est son
rival, puisque leurs cotes de popularité sont très
proches.
Paris Match : Oui ou non, y
a-t-il aujourd'hui en Syrie des armes chimiques ?
Bachar El-Assad : Non, nous l'avons
très clairement déclaré. Et lorsque nous avons
décidé de renoncer aux armes chimiques, c'était de
manière définitive et totale.
Paris Match : Pourtant, le
secrétaire d'État américain John Kerry vous accuse
d'avoir violé le traité en faisant usage de chlore.
Est-ce vrai ?
Bachar El-Assad : Vous pouvez
trouver du chlore dans n'importe quel foyer syrien. N'importe quelle
faction peut l'utiliser. Mais nous, nous ne l'avons pas utilisé,
car nous avons des armes conventionnelles plus efficaces, que nous
employons dans notre guerre contre les terroristes. Nous ne le cachons
pas, car c'est
notre droit. Ces accusations ne nous surprennent pas. D'ailleurs,
depuis quand les Américains disent-ils la vérité
à propos de la crise syrienne ?
Paris Match : Avez-vous
utilisé des armes chimiques ?
Bachar El-Assad : Nous n'avons pas
utilisé ce genre d'armes. Autrement, il y aurait eu des dizaines
de morts, sinon des centaines de milliers, et pas simplement 100 ou
200, comme on l'a dit l'année dernière, surtout dans des
régions peuplées de centaines de milliers, voire de
millions de Syriens.
Paris Match : À
l'occasion de votre dernier séjour à Paris, fin 2010,
j'avais interviewé votre femme, Asma. Est-ce que ça vous
manque de ne plus pouvoir voyager hors de vos frontières ?
Bachar El-Assad : Je ne suis pas
amateur de voyages et mes visites n'étaient pas pour faire du
tourisme. Ce qui me manque vraiment, c'est la Syrie telle qu'elle
était. Ce qui nous manque, bien sûr, c'est un monde
différent où règnent des relations logiques et
morales. Nous avions à l'époque de grands espoirs de
développer notre région, de lui assurer une plus grande
ouverture intellectuellement. Nous pensions que la France était,
par son patrimoine culturel, la mieux placée pour jouer ce
rôle avec la Syrie au Moyen-Orient.
Paris Match : Votre
épouse se voyait comme une ambassadrice de la modernité.
Comment vit-elle cette situation, maintenant qu'elle est recluse en
Syrie ?
Bachar El-Assad : Comme tous les
Syriens, comme moi, elle éprouve de la douleur devant la
destruction et le sang versé. Cela nous peine de voir notre
patrie revenir des décennies en arrière et devenir un
foyer de terrorisme après avoir été parmi les cinq
premiers pays sur le plan de la sécurité. Tous les deux,
nous
sommes navrés de voir l'Occident, qu'on croyait capable d'aider
à l'ouverture et au développement, prendre la direction
inverse. Pire encore, nous déplorons que ses alliés
soient des pays moyenâgeux du Golfe, comme l'Arabie saoudite et
le Qatar.
Paris Match : On vous
décrit comme quelqu'un d'extrêmement proche de ses
enfants. Le soir, en rentrant chez vous, comment leur expliquez-vous ce
qui se passe dans votre pays ?
Bachar El-Assad : Ce dialogue se
déroule dans chaque foyer syrien. Le plus difficile est
lorsqu'on a affaire à des enfants dont la conscience sociale
s'est formée durant la crise. Les deux principales questions
qu'ils posent sont les suivantes : comment des gens qui croient ou
disent défendre Dieu et l'islam
peuvent-ils tuer et décapiter ? C'est une contradiction
difficile à expliquer. Les enfants demandent aussi si ces
gens-là savent qu'ils se trompent. La réponse est que
certains le savent et exploitent la religion à des fins
particulières ; d'autres sont des ignorants, qui ne savent
pas que la religion, c'est le bien et non le meurtre.
Ils nous posent une dernière question :
« Pourquoi l'Occident nous attaque-t-il et soutient-il les
terroristes ? » Ils ne parlent pas de l'Occident en
tant que tel, mais évoquent des pays précis comme les
États-Unis, la France, la Grande-Bretagne. « Pourquoi
agissent-ils de la sorte ? Est-ce qu'on leur a fait du
mal ? » Nous leur expliquons alors que les peuples,
c'est une chose, et que les États, c'en est une autre.

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