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Numéro 157 - 24
novembre 2014
Sommet du G-20 à Brisbane,
Australie
L'opposition populaire sous haute
surveillance
Manifestation à Brisbane au Sommet
du G20 le 15 novembre 2014
Sommet
du
G-20
à
Brisbane, Australie
• L'opposition populaire sous haute surveillance
• Coûteuse défense du droit de
monopole et de l'ordre du jour antipeuple
Sommet du G-20 à Brisbane,
Australie
L'opposition populaire sous haute surveillance
Les nombreuses manifestations à l'occasion du
sommet du G20 à Brisbane les 15 et 16 novembre ont mis en
lumière le conflit entre, d'une part, les conditions des
Australiens et de tous les peuples du monde qui sont privés du
pouvoir politique, et, de l'autre, l'autorité illégitime
du G20, une instance qui prétend les représenter.
Mesures de sécurité
La sécurité a été accrue
à Brisbane pour le sommet du G-20 2014. Selon le Brisbane
Times, « les manifestants ont dénoncé la
présence 'hautement exagérée' des forces
policières alors que Brisbane a été
littéralement fermée pour raisons de
sécurité dès le vendredi 14 novembre, la veille du
sommet ». Les dépenses totales pour la
sécurité ont atteint les 100 millions $. Rappelons
que, bien qu'élevée, cette somme est très
inférieure aux dépenses en sécurité du
sommet du G20 2010 à Toronto qui ont approché le milliard
de dollars.
Toujours selon le Brisbane Times, durant les
jours menant au sommet les forces de sécurité ont atteint
le nombre de « 5000 policiers - 3500 du Queensland et 1500
agents d'autres régions - de même que des agents de la
Nouvelle-Zélande et de la Police fédérale
australienne. La police du Queensland affirme qu'il s'agit de la
plus importante opération de sécurité en temps de
paix dans la région et possiblement l'opération de
sécurité la plus importante en temps de paix de
l'histoire de l'Australie.
« Les Forces armées australiennes ont
alloué 8 millions $ à des fins de
sécurité pour le Sommet du G20. Plus de 900 soldats
seront déployés à Brisbane pour l'occasion et 1000
autres seront sur appel.
« Les
dépenses en sécurité comprennent aussi les 370
millions $ en financement fédéral pour frais
généraux tels les frais d'emplacement et
d'hébergement, d'information technologique et de personnel. Par
exemple, le gouvernement a réservé un parc de limousines
à l'épreuve des bombes au coût de 1,8
millions $ dans le but
de protéger les chefs d'État et autres dignitaires. (On
rapporte que Barack Obama et Vladimir Poutine utiliseront leur propre
véhicule.) »
De plus, un projet de loi exceptionnel en matière
de sécurité a été adopté, semblable
à celui adopté en Ontario pour le G20 de 2010, par
l'État australien du Queensland. « L'année
dernière, le gouvernement du Queensland a adopté la
Loi en matière de sécurité 2013,
laquelle accorde des pouvoirs supplémentaires
aux policiers du Queensland pour procéder à des
arrestations, déclarer des 'zones interdites' et rendre
illégal aux gens de porter des 'articles interdits' à
Brisbane. »
Les Premières Nations résistent au
colonialisme
Parmi les manifestations les plus imposantes on compte
celles en appui aux Premières Nations de l'Australie. Comme
c'est le cas au Canada, la relation entre l'Australie et ses
Premières Nations est une vieille relation coloniale, aussi
injuste que brutale. Des manifestations de masse et des marches ont eu
lieu le 14 et le 15 novembre.
Le 15 novembre, environ 2000 manifestants ont marché dans les
rues du centre-ville de Brisbane pour la Marche du peuple, où
les Premières Nations marchaient en tête. Leur
bannière condamnait les excuses vides de l'État
australien pour son génocide des peuples autochtones.
Des activistes autochtones ont tenu une série
d'événements au cours de la semaine menant au sommet du
G20 pour souligner leurs revendications de décolonisation qui
comprennent la mise en place d'une ambassade autochtone souveraine dans
le centre-ville de Brisbane.
Le 16 novembre, le groupe
Warriors for Aboriginal Resistance (WAR) a brûlé six
drapeaux australiens. Dans un communiqué de presse, WAR
a expliqué le pourquoi de cet acte de résistance :
« Le 16 novembre, des membres de WAR ont
brûlé six drapeaux australiens. C'est un geste de
défi face à l'État colonial, un message au
gouvernement et au public australiens pour dire que nous poursuivons
notre résistance à l'offensive de la colonisation, aux
empiètements sur nos terres et sur nos vies. Le drapeau
australien représente
les piliers de l'idéologie coloniale, l'appât du gain et
le racisme. Encore récemment les propos de Tony Allen ont
été imprégnés de cette idéologie
[à l'occasion d'un déjeuner avec le premier
ministre du Royaume-Uni, David Cameron, le 14 novembre - LML]
alors qu'il a déclaré qu'avant l'invasion de 1788, ce
continent n'était rien
qu'une 'vaste brousse'.
« Juste au cours
du mois précédant le G20 à Brisbane, quatre
personnes autochtones sont mortes aux mains des policiers, plusieurs
autres enfants autochtones ont été enlevés de
force à leurs familles et des compagnies minières ont
continué de ravager les terres sacrées des autochtones.
Les autochtones sont incarcérés à un taux cinq
fois
plus élevé que ne l'ont été les Noirs sous
le régime d'apartheid de l'Afrique du Sud. L'Australie est
première au monde en matière de linguicide,
l'espérance de vie des autochtones est toujours de 10 ans de
moins que celle des Australiens, et les incursions discriminatoires
racistes de John Howard dans les communautés autochtones du
territoire du
nord de l'Australie vont se poursuivre pendant une autre
décennie. Nous sommes un peuple du Quart Monde vivant au sein
d'un pays du premier monde. Notre peuple vit dans des conditions de
Tiers-Monde et son droit à l'autodétermination a
été violé par l'État colonial. Les
gouvernements australiens qui se sont succédé nous ont
laissé tomber et
ces mêmes gouvernements nous ont fait porter le blâme pour
notre propre situation. Le drapeau australien ne représente pas
la liberté. Brûler ce drapeau est un acte de défi,
un symbole de notre lutte pour la liberté. En brûlant le
drapeau australien, nous envoyons un message clair à l'Australie
et au monde entier à l'effet que nous sommes toujours
ici, que la négation de nos droits humains les plus fondamentaux
persiste toujours et qu'un changement radical est nécessaire.
« Comme son prédécesseur le
Union Jack, le drapeau australien représente le bastion de
l'arrogance coloniale. Brûler le drapeau australien est un acte
de résistance anticoloniale. Nous ne désirons pas
coexister avec l'État colonial. Notre but ultime est de mettre
fin au contrôle colonial de nos terres et de nos vies et
d'oeuvrer à la
restauration de notre souveraineté tribale. Nous
résistons à la colonisation tout comme le font les
autochtones d'Amérique, les Maoris d'Aotearoa et les autochtones
de l'Amérique du Sud. Tout comme les nationalistes
écossais et les peuples indigènes de l'Amérique du
Sud, nous luttons pour la liberté et pour l'indépendance.
Nous lutterons pour
débarrasser notre peuple et nos communautés de
l'ingérence et de l'oppression de l'État colonial
australien. Nous oeuvrons pour un ordre du jour d'affirmation de nos
droits fondamentaux et de nos responsabilités en tant que
peuples autochtones. Le temps d'attendre la justice de la part du
colonisateur est révolu. Désormais nous allons la gagner
nous-mêmes. »
 
Changement climatique
L'une des autres grandes priorités des
manifestants lors de la Marche du peuple du 15 novembre était le
changement climatique et le manque d'initiative de l'Australie sur
cette question. L'un des groupes, les Anges gardiens du Climat, qui a
été formé il y a un an pour souligner l'importance
de prendre en
main la question du changement climatique, est venu de Melbourne pour y
participer.
La porte-parole Liz Conor a dit :
« Nous avons formé les Anges gardiens
du Climat
parce que nous étions désespérés de voir
que le gouvernement ne faisait rien pour la crise climatique et que
l'avenir de nos enfants était totalement incertain pour nos
enfants. »
Sur la plage Bondi à Sydney le 13 novembre, plus
de 400 manifestants ont enfoui leur tête dans le sable à
l'occasion du G20 pour dénoncer le premier ministre australien
Tony Abbott et son refus de faire quoi que ce soit sur le changement
climatique.
Solidarité avec les étudiants mexicains
disparus
Les manifestants ont dénoncé la visite du
président mexicain, Enrique Pena, au sommet du G20 et ont
exigé que justice soit faite pour les 43 étudiants
disparus d'Ayotzinapa dans l'État du Guerrero. Des gens se sont
rassemblés dans sept villes de l'Australie - Hobart, Canberra,
Adelaide, Perth, Melbourne, Sydney et Brisbane - pour
demander que Pena Nieto quitte l'Australie. Le président
mexicain a été sévèrement critiqué
au Mexique pour avoir quitté le pays pour participer au Forum de
coopération économique Asie-Pacifique en Chine et au
sommet du G20 malgré les problèmes sérieux qui
font rage au Mexique.
À Brisbane, un groupe de manifestants portant les
drapeaux australien et mexicain arborant le numéro 43 s'est
rassemblé à la place de Rome. Sur leurs bannières
on pouvait lire : « Tu n'es pas le bienvenu en
Australie ! », ainsi que des slogans exigeant la
démission de Nieto.

Coûteuse défense du droit de monopole
et de l'ordre du jour antipeuple
Le Groupe des vingt (G20) a tenu son sommet du 15 au 16
novembre à Brisbane en Australie. En plus des dirigeants des
pays membres, quelque 4000 délégués y ont
assisté. Le G20 comprend l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Arabie
Saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, la
Chine, la Corée du sud, les États-Unis, la France,
l'Inde, l'Indonésie, l'Italie, le Japon, le Mexique, le
Royaume-Uni, la Russie, la Turquie et l'Union européenne.
Autre photo de la manifestation de Brisbane
le 15 novembre 2014
Le système impérialiste d'États
dirigé par les États-Unis a créé le G20 en
1999 pour maintenir le contrôle des États-Unis et du
Royaume-Uni sur le système financier international, en
particulier l'influence de la Banque mondiale et du Fonds
monétaire international. Le G20 a été
créé pour mettre directement en contact les pays en
développement les plus forts avec les grandes puissances et
empêcher des États comme la Chine, l'Inde, la Russie,
l'Indonésie et le Brésil de former leur propre bloc.
Le G20 est une autre organisation que le bloc
impérialiste anglo-américain a formée pour
façonner l'économie internationale en sa faveur. Les
Nations unies en principe défendent l'égalité des
nations grandes ou petites et tentent de donner une voix à
toutes. Le système impérialiste d'États
mené par les États-Unis a créé des
organisations en
dehors des limites et principes de l'ONU. Le G7 et les autres
organisations internationales sous le contrôle des grandes
puissances et de leurs alliés créent une
hiérarchie de pays selon leur puissance économique et
militaire et leur allégeance politique au bloc
impérialiste anglo-américain.
Les sommets du G20 incluent des représentants
gouvernementaux, principalement des chefs d'États et des
gouverneurs de banques centrales, apparemment pour discuter de
questions générales reliées à la situation
économique mondiale et de comment atténuer les
conséquences des crises récurrentes. Habituellement, les
préoccupations politiques
spécifiques des grandes puissances s'infiltrent dans l'ordre du
jour et le Sommet de Brisbane n'y a pas échappé.
La «croissance économique et la
résilience financière»
du Sommet de Brisbane
Le G20 a dit accorder la première place à
la « croissance économique et à la
résilience financière ». L'ordre du jour a
débuté lors du Sommet en 2013 à
Saint-Pétersbourg en Russie, visant à
« élaborer des stratégies globales de
croissance pour chacun des pays d'ici le Sommet de Brisbane en 2014. Le
défi pour le
G20 en 2014 a été de transformer cet engagement en
résultats concrets. »
L'ordre du jour indique : « Les
stratégies de croissance des pays du G20 contiendront un
mélange de réformes macroéconomiques et
structurelles au niveau national qui répondent à la
situation de chaque pays dans les zones ayant le plus grand potentiel
pour stimuler la croissance mondiale », en augmentant les
investissements dans les infrastructures, en libéralisant le
commerce, en promouvant la concurrence, en réduisant la
paperasserie administrative et en augmentant l'emploi. D'autres
domaines d'attention comprenaient des mesures anticorruption,
l'énergie, les réglementations financières, les
stratégies de croissance, la réforme des institutions
mondiales, la fiscalité et le commerce.
L'épidémie
d'Ebola et le changement climatique ont fait partie des questions
spécifiques présentées comme prioritaires au
Sommet de Brisbane. Avant le Sommet, les États-Unis, le
Royaume-Uni et l'UE ont dit que la Russie et l'Ukraine feraient aussi
partie des priorités de l'ordre du jour.
Plan d'action pour l'économie mondiale
Dans ses remarques de conclusion du Sommet, le premier
ministre australien Tony Abbott a déclaré que le plan
d'action de Brisbane émis par le Sommet,
« permettrait d'atteindre une augmentation de 2,1 % de
la croissance mondiale au cours des cinq prochaines années
au-delà de la performance prévue normalement. Le
plan d'action de Brisbane contient plus de 800 mesures distinctes de
réformes et si nous faisons tout ce que nous nous sommes
engagés à faire, le FMI et l'OCDE nous disent que notre
PIB sera ... plus élevé de 2,1 %... »
Utilisant le verbiage
néolibéral typique pour attaquer l'autorité
publique, Abbott a ajouté : « [Le G20 est]
centré sur des politiques qui visent à accroître la
concurrence » et « à libérer le
secteur privé de la réglementation inutile. »
Abbott a aussi dit que le G20 lance une initiative
d'infrastructure mondiale « pour combler l'écart de
70 000 milliards $ dans l'infrastructure nécessaire en 15
ans d'ici 2030 et un mécanisme clé pour mener cette
initiative à bien est le Centre mondial des infrastructures qui
sera situé à Sydney. Cela sera financé par les
contributions
des gouvernements et aussi du secteur privé. »
Cela concorde avec les accords existants et
proposés de libre-échange qui remettent le
développement des infrastructures aux monopoles mondiaux de la
construction et du financement les plus puissants. Cela supprime toutes
les initiatives et les obstacles des autorités publiques qui
défendent les économies régionales et
l'environnement social et
naturel.
Égalité des sexes pour les travailleurs
Le G20 s'est emparé du langage de
l'égalité des sexes. Pour citer Abbott :
« Nous avons eu un engagement de 25 par 25 de tous les pays
du G20 à réduire d'un quart l'écart entre la
participation de la main-d'oeuvre féminine et masculine au cours
des 10 prochaines années, ce qui a le potentiel d'ajouter 100
millions de
femmes à la main-d'oeuvre mondiale - une réalisation
extraordinaire si nous pouvons y arriver, mais c'est une aspiration
claire et un objectif réalisable, responsable. »
Abbott présente cela comme une victoire pour les
femmes mais n'offre que des mots creux quand on sait que les
salaires et conditions de travail des travailleuses dans les grands
pays impérialistes sont encore systématiquement
inférieurs à ceux des hommes.
Les impérialistes salivent à la
perspective de 100 millions de travailleuses additionnelles à
exploiter mondialement, surtout s'agissant d'une section historiquement
surexploitée. Les femmes seront de plus en plus
entraînées dans la compétition du marché du
travail capitaliste mettant une pression à la baisse sur les
salaires et conditions de travail
de tous.
La classe ouvrière fait face au défi de
défendre les droits de tous. Un aspect de ce défi est
d'éliminer le marché du travail capitaliste comme un pas
en avant pour l'élimination du chômage, de la
discrimination sur la base du genre et de toutes les autres formes de
discrimination aux endroits de travail. La « liberté
pour tous » pour
les détenteurs de capital, qui est maintenant le marché
du travail capitaliste, doit être abolie et remplacée par
des garanties dans la loi des droits des travailleurs à un moyen
d'existence et des salaires, avantages, pensions et conditions de
travail qui défendent la dignité de la classe
ouvrière en tant que productrice de toute valeur. De telles
garanties
apportent la sécurité d'esprit et de corps à tous
les travailleurs, sachant que leur bien-être est assuré
politiquement et économiquement, et par conséquent, en
bonne conscience, ils peuvent pleinement contribuer au bien-être
de tous et à l'amélioration de leur société.
Fiscalité et austérité
Selon Abbott, le G20 veut que les
« compagnies paient leur juste part d'impôt et nous
voulons qu'elles paient leurs impôts dans les juridictions
où leurs profits sont tirés. Cela est
particulièrement important pour les économies
émergentes et en développement et nous prenons des
mesures concrètes et pratiques pour y arriver. Il
faut que les pays du monde, et les peuples du monde, reçoivent
les avantages fiscaux qui leur sont dus et cela leur est
nécessaire pour que les gouvernements puissent financer les
infrastructures et les services auxquels les gens s'attendent et qu'ils
méritent. »
Les gouvernements néolibéraux, par le
système impérialiste d'États, imposent
l'austérité brutale aux peuples. La plus grande partie de
l'argent des impôts provient des individus, en particulier
l'impôt sur le revenu de la classe ouvrière, les
déductions à la source, taxes de vente et frais
d'utilisateur, pas des sociétés. Le manque de taxation
des
sociétés est en partie dû à l'effondrement
de l'autorité publique, la concentration des pouvoirs dans les
mains d'intérêts privés et les monopoles financiers
et industriels qu'ils contrôlent.
En plus du manque de taxation des
sociétés, l'autre question est comment les fonds publics
sont utilisés. Les intérêts privés dictent
où sont dépensés les fonds publics parce qu'ils
contrôlent les gouvernements. Le concept de gouvernement au
service de l'intérêt et du bien public a été
renversé et corrompu par le pouvoir concentré des
monopoles
mondiaux se saisissant du contrôle des institutions publiques. Un
aspect important de cette corruption sont les ententes de
libre-échange niant le pouvoir de l'autorité publique et
les réglementations.
Les Canadiens, ayant une longue expérience des
gouvernements néolibéraux qui imposent
l'austérité au peuple tout en payant les riches — par des
subventions et allégements fiscaux — sont à même de
voir que le discours d'Abbott ne reflète pas leur
réalité, peu importe ce à quoi le gouvernement
Harper ait pu s'engager à Brisbane.
La préoccupation d'Abbott est que suffisamment
d'argent des taxes soit disponible pour financer les infrastructures et
autres projets que les monopoles mondiaux ont en tête pour faire
faire un gros coup d'argent à leurs intérêts
privés. Le projet favori d'Abbott est le « Centre
mondial des infrastructures qui sera situé à Sydney. Il
sera
financé par les contributions des gouvernements et du secteur
privé également. » L'ordre du jour
d'austérité comprend les manigances pour payer les riches
mais exclut l'augmentation des investissements dans les programmes
sociaux et les services publics pour servir l'intérêt et
le bien public.
Le président Obama exprime les
préoccupations de l'impérialisme américain
Le président Barack Obama a pris la parole lors
d'une conférence de presse de clôture avec l'arrogance
typique qui lui vient de sa vision impérialiste. Selon Obama, le
monde tourne autour des intérêts américains qui ont
la préséance sur tous les autres. Le leadership des
États-Unis signifie soumettre les autres aux
intérêts américains
par la force des armes ou la puissance économique.
Obama a dit : « [Les États-Unis]
vivent la plus longue période ininterrompue de croissance de
l'emploi du secteur privé de leur histoire. Durant les
dernières années, nous avons remis plus de gens au
travail que toutes les autres économies avancées
combinées. Et cette force économique croissante au pays
prépare le terrain pour les
progrès que nous avons faits lors de ce voyage. Cela a
été une bonne semaine pour la direction américaine
et pour les travailleurs américains. »
Il a parlé du rétablissement de la
richesse des riches, alors que les marchés boursiers
américains ont atteint de nouveaux sommets. Ce qui n'est pas dit
c'est l'inondation du monde entier par le pétrole de
fracturation, qui, en coordination avec l'Arabie Saoudite, a fait
baisser le prix du pétrole en dépit du chaos, de la
violence et de l'anarchie que
les États-Unis ont déclenchés en Libye, en Irak et
en Syrie et de la perturbation de l'activité
pétrolière de ces régions. Le bas prix du
pétrole vise la Russie, l'Iran et le Venezuela et leurs efforts
pour se défaire du diktat d'un monde dominé par
l'impérialisme américain.
Obama a déclaré ce qui suit sans faire
allusion au fait que les divers accords conclus avec la Chine au Sommet
du G20 sont en contradiction avec le Partenariat transpacifique, qui
exclut délibérément et tente d'isoler la Chine. Il
a aussi dit cela alors que son pivot militaire en Asie est en cours et
que les États-Unis construisent une énorme base
militaire sur l'île de Jeju, en Corée du sud, faisant
directement face à la côte chinoise :
« Nous avons fait d'importants progrès dans nos
efforts pour ouvrir des marchés aux biens américains et
pour augmenter les exportations qui soutiennent les emplois des
Américains, a-t-il dit. Nous continuons de faire des
progrès vers le Partenariat
transpacifique. Notre entente avec la Chine pour étendre les
visas pour les gens d'affaires, les touristes et les étudiants
stimulera le tourisme, la croissance de nos deux économies et
créera des emplois pour les Américains et les Chinois.
Nous avons également convenu avec la Chine de poursuivre un
traité bilatéral d'investissement, ainsi que de nous
accorder sur une approche de l'Accord sur les technologies de
l'information qui, est-il estimé, appuierait quelque 60 000
emplois américains. Et ici, au G20, la Chine s'est
engagée à plus de transparence sur ses données
économiques, y compris ses réserves de change. C'est une
étape vers le taux de change dirigé par le marché
sur lequel nous
insistons car il permettrait de promouvoir des règles du jeu
équitables pour les entreprises américaines et les
travailleurs Américains. »
Ebola
Obama prétend que les États-Unis sont
à la tête de la lutte contre le virus Ebola, ce qui n'est
pas le cas. La plupart des commentateurs reconnaissent que Cuba, en
dépit de sa petite taille, a fait beaucoup plus que les
États-Unis pour ceux qui souffrent de l'épidémie.
Obama a offert une évaluation condescendante :
« Je suis
heureux que plusieurs pays se soient avancés et se soient joints
à l'effort des États-Unis pour mettre fin à
l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Dans la
foulée de notre programme aux États-Unis sur la
sécurité sanitaire mondiale, les pays du G20 se sont
engagés à aider les pays comme ceux de l'Afrique de
l'Ouest à renforcer leur capacité à
prévenir, détecter et répondre à de futures
éclosions avant qu'elles ne deviennent des
épidémies. »
Sur la question du virus Ebola, le premier ministre
britannique Cameron a dit : « La Grande-Bretagne a
joué un rôle de premier plan avec le partenariat que nous
avons avec la Sierra Leone où nous avons déployé
des troupes, des navires de guerre britanniques, des
hélicoptères britanniques et où nous formons 800
personnes chaque
semaine en Sierra Leone ».
L'arrivée des forces armées
américaines avec toutes sortes de matériel militaire et
d'armes de destruction massive, ainsi que celle d'une ancienne
puissance coloniale doit être une source de grande
inquiétude pour ceux vivant en Sierra Leone et ailleurs en
Afrique de l'Ouest, en plus de la misère qu'entraîne
l'épidémie.
Sensiblement absente des reportages des médias
sur la crise de l'Ebola et de la déclaration officielle
émise par le G20 est toute tentative d'enquêter et
d'isoler la cause de cette épidémie. Certains
commentateurs ont mis en évidence un manque inquiétant
d'installations médicales modernes et de tout système de
santé public accessible à tous dans
les pays touchés. Beaucoup attribuent ce manque aux
siècles de pillage des ressources humaines et naturelles dans
les mains violentes de colons européens et américains et
des marchands d'esclaves dont l'Afrique de l'Ouest a souffert. S'ils
ont le moindre semblant d'humanité, ces pays responsables de la
situation actuelle confrontant les Africains
de l'Ouest devraient à tout le moins offrir réparation
pour les dommages qu'ils ont causés aux peuples, ce qui a
conduit directement à leurs difficultés actuelles.
Les changements climatiques
Le président Obama a pris une approche similaire
sur la question des changements climatiques comme il l'a fait dans le
cas du virus Ebola, affirmant que le récent accord entre les
États-Unis et la Chine confirme ainsi que les États-Unis
sont un leader sur cette question. Mis à part le fait que les
États-Unis ont une longue histoire de
subversion des actions à l'échelle mondiale pour
atténuer les changements climatiques, il faut bien sûr ne
pas oublier que les émissions massives de gaz à effet de
serre des forces armées américaines sont
considérées comme classifiées et ne sont pas
comptabilisées dans le volume total des émissions ou de
combien elles doivent vraiment être
réduites.
Le premier ministre britannique David Cameron
Le premier ministre britannique a tenu des propos des
plus incompréhensibles : « Mon objectif est
très clair. C'est de mettre en place un plan économique
à long terme qui contribue à remettre sur pied la
Grande-Bretagne, c'est aider nos gens à retrouver du travail.
Cela
veut dire assurer la prospérité pour chaque famille en
Grande-Bretagne. C'est mon objectif et cela a été mon
objectif ici durant les dernières 48 heures. Je pense que nous
avons fait des avancées importantes qui vont vraiment porter
assistance à ce plan économique à long terme, et
aider à la croissance et aux emplois que les gens veulent en
Grande-Bretagne. »
Les gens continuent d'être surpris d'entendre les
politiciens impérialistes parler et parler sans jamais rien dire.
« Tout d'abord, a continué Cameron,
nous nous sommes concentrés sur le commerce : si longtemps
paralysé par le processus, l'accord de facilitation des
échanges est bon et va maintenant aller de l'avant. Cela a
été une percée au G20. Aussi, nous avons
concentré nos efforts sur les accords commerciaux qui sont un
ajout à la
croissance britannique, aux emplois britanniques, et en particulier,
nous venons juste d'avoir une réunion fructueuse entre les pays
de l'Union européenne d'une part, et les États-Unis de
l'autre, afin d'accélérer le Partenariat pour le commerce
et l'investissement transatlantique, le PCIT qui, croyons-nous, va
ajouter quelques 10 milliards de £ à
notre côté de l'équation, et pourra conduire
à de vrais emplois. Je pense qu'il est important de commencer
à répondre à nos détracteurs face à
cette entente et démasquer certains de leurs contre-arguments.
C'est bon pour la Grande-Bretagne, bon pour l'emploi, bon pour la
croissance, bon pour les familles britanniques. »
Cameron a oublié de dire « bon pour
les monopoles mondiaux ». Alors que lui et d'autres comme
lui au G20 épousent le besoin du libre-échange
néolibéral pour que les monopoles ne soient pas
entravés par la souveraineté des nations, la
réglementation, les impôts et les tarifs douaniers,
Cameron affirme du même souffle que le
Royaume-Uni va également sévir contre les entreprises qui
ne paient pas leurs impôts : « [la] question que
j'ai mise à l'avant-plan lors du G8 que j'ai accueilli il y a
quelques années en Irlande du Nord ... est de s'assurer que les
grandes entreprises paient les impôts qu'ils doivent. Nous avons
fait des progrès réels sur le plan de la
coopération entre les différentes autorités
fiscales afin d'avoir une plus grande transparence sur les impôts
et de s'assurer qu'il y ait une plus grande équité face
à l'impôt. Il y a maintenant plus de 92 pays et
autorités fiscales différentes qui partagent correctement
l'information. Comme l'OCDE les a énoncées lors de cette
réunion du G20, les
mesures que nous avons déjà prises ont abouti à 37
milliards $ en impôts supplémentaires payés
par
les grandes entreprises ».
La contradiction entre le libre-échange et
« sévir contre les entreprises » montre la
crise dans laquelle le G20 est embourbé et l'incohérence
promue comme solution aux crises économiques et autres crises
récurrentes.
Stephen «hors de l'Ukraine»
Harper
Pour sa part, le premier ministre du Canada Stephen
Harper, en plus d'être l'ultime hooligan par son comportement
envers la Russie, qui n'a rien de la conduite d'un homme d'État,
a publié un communiqué de presse après le sommet
qui le cite ainsi :
« La réunion du G20 de cette
année a été couronnée de succès. Les
membres se sont engagés à prendre des mesures qui
permettront à l'économie mondiale de connaître une
forte croissance. Je félicite l'Australie d'avoir accueilli ce
sommet et d'avoir vu à ce que le programme soit bien
ciblé sur la promotion d'une plus grande croissance
économique, sur les résultats en matière d'emploi
et sur le renforcement de la résilience de l'économie
mondiale. J'étais heureux de dire aux autres membres que les
solutions de relance à court terme, la réduction des
coûts et le programme ambitieux de libre-échange de notre
gouvernement contribuent à renforcer l'économie du
Canada. »
Son commentaire au sujet de l'Australie
« d'avoir vu à ce que le programme soit bien
ciblé » est intéressant. Cela fait penser
qu'Abbott n'a pas été content des frasques antirusses de
Harper et qu'il lui a sans doute dit de « rester sur le
sujet ».
Échec des tentatives d'isoler la Russie
Les médias de l'empire anglo-américain ont
d'abord mis l'accent sur la présence du président russe
Vladimir Poutine lors du sommet. Ils ont spéculé quant
à savoir si sa présence conduirait à une
confrontation sur la question de l'Ukraine. Le coup d'État en
Ukraine et les attaques armées ultérieures contre le
peuple de l'Est de
l'Ukraine orchestrées par le gouvernement issu du coup
d'État à Kiev sont manipulés par les pays dans
l'orbite de l'impérialisme américain, dont le Canada,
dans une tentative d'isoler la Russie. Leurs efforts à Brisbane
n'ont pas réussi.
Les médias canadiens en particulier ont
joué à fond « la confrontation » du
premier ministre Stephen Harper avec Poutine, rapportant les paroles de
Harper qui sont celles d'un écolier voyou plutôt que d'un
homme d'État lors d'une réunion internationale. Pour les
Canadiens engagés dans la défense du pays face à
l'annexion par
l'impérialisme américain, il est assez pénible de
regarder le spectacle de Harper défendant un régime
néo-fasciste réactionnaire en Ukraine, qui a pris le
pouvoir par un coup d'État ni plus ni moins. Harper refuse de
défendre la souveraineté de son pays, de
reconnaître la souveraineté des Premières Nations
et du Québec ou les droits qui
appartiennent à tous les Canadiens du fait qu'ils sont des
êtres humains.
Avant le sommet, le premier ministre australien Tony
Abbott s'est vanté publiquement en disant qu'il servirait
à Poutine un « shirtfront », un terme de
football australien où un joueur est renversé afin de
prendre le contrôle du ballon. Dès que la réunion a
commencé, au lieu d'un « shirtfront », les
médias ont montré un
Abbott souriant côte à côte avec Poutine qui donnait
des câlins à des koalas.
Lors de sa conférence de presse de clôture
du G20, le président Obama a répondu à une
question concernant ses discussions avec le président Poutine,
en prenant le manteau du défenseur de la souveraineté de
l'Ukraine face à toute ingérence présumée
russe. Cela vient du commandant-en-chef des forces armées des
États-Unis, qui se sont
engagées dans des guerres actives et la subversion politique
d'États souverains en Asie de l'Ouest, en Afrique du Nord, dans
les Amériques, les Caraïbes et ailleurs.
Il a déclaré aux médias avec une
satisfaction évidente que les sanctions américaines
contre l'économie de la Russie ont porté fruit :
« [Mes] communications avec [Poutine] n'ont pas
été différentes de ce que j'ai dit publiquement
ainsi que ce que je lui ai dit en privé durant cette crise en
Ukraine, et c'est que la Russie a la possibilité
de prendre un chemin différent, pour résoudre le
problème de l'Ukraine d'une manière qui respecte la
souveraineté de l'Ukraine et qui est conforme au droit
international. C'est ce que nous souhaitons et s'il le fait alors je
serai le premier à suggérer que nous reculions sur les
sanctions qui ont, franchement, un effet dévastateur sur
l'économie
russe. »
Pour sa part, le président Poutine a
déclaré que les sanctions étaient contraires au
droit international et aux règles et règlements de
l'Organisation mondiale du commerce. En dépit des divergences
sur le coup d'État en Ukraine et de la répression
violente continuelle des personnes dans l'Est de l'Ukraine par le
régime issu du coup d'État, Poutine
a déclaré que la délégation russe a
été accueillie chaleureusement et que le sommet a
été très utile. En réponse à une
question à propos du commentaire sur le
« shirtfront » fait par le premier ministre
Abbott avant le Sommet, Poutine a déclaré :
« Les partenaires australiens ont créé une
ambiance très conviviale pour notre
travail, très cordiale, je dirais, et cela nous a
encouragés à rechercher des solutions aux
problèmes auxquels l'économie mondiale est
confrontée. »
Poutine a déclaré qu'il attribuait les
déclarations négatives dans la presse aux politiciens de
bassecour : « Rien de tout cela ne s'est passé
durant les travaux [au Sommet]. Nous avons abordé de
manière très constructive non seulement les sujets que
nous sommes venus discuter, mais aussi des questions très
complexes concernant
l'écrasement du Boeing malaysien, de manière approfondie
et constructive. Je vous assure que tout s'est déroulé
non seulement de manière très civilisée mais aussi
très bienveillante. »
Les documents du G-20
Le G20 a publié un communiqué pour
résumer le Sommet, ainsi que divers documents, y compris le Plan
d'action de Brisbane et une Déclaration sur l'Ebola. Ils
sont disponibles sur le site Web du G20 :
https ://www.g20.org/

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