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Numéro 151 - 14
novembre 2014
Élections de mi-mandat aux
États-Unis
Majorité républicaine : le
dysfonctionnement,
les extrêmes et un pouvoir exécutif accru
Élections
de
mi-mandat
aux États-Unis
• Majorité républicaine : le
dysfonctionnement, les extrêmes et un pouvoir exécutif
accru - Voice of Revolution
• Un système bipartite en ruine
• Les deux-tiers des électeurs inscrits
n'ont pas voté
• L'argent dépensé dans les
élections
Élections de mi-mandat aux
États-Unis
Majorité républicaine : le
dysfonctionnement,
les extrêmes et un pouvoir exécutif accru
- Voice of Revolution* -
Les républicains ont gagné des
sièges à la Chambre des représentants aux
élections 2014 de mi-mandat. Ils ont désormais une
majorité de 243 sièges contre 176 pour les
démocrates, soit dix de plus. Les républicains ont aussi
gagné une petite majorité au sein du Sénat de 100
membres : 52 contre 44, avec deux indépendants. L'Alaska et la
Louisiane n'ont pu déclarer de gagnants au dépouillement
des votes. L'Alaska n'a fait le décompte des votes
d'électeurs absents et des votes contestés qu'une semaine
après l'élection et c'est le candidat républicain
qui a finalement été déclaré vainqueur. Le
siège du Sénat pour la Louisiane sera
décidé à un deuxième tour le 6
décembre car aucun
candidat n'a gagné plus de 50% des votes.

Une majorité au Sénat ne changera rien aux
obstructions (60) et aux vetos (67). Le nombre de sièges
républicains à la Chambre des représentants est
lui aussi insuffisant pour éviter les vétos du
président (291). Ce qui veut dire que même si les
républicains réussissent à adopter des projets de
loi dans les deux chambres - ce qui est peu probable
en raison des nombreuses querelles intestines entre partis et au sein
des partis mêmes - le président Obama peut toujours
opposer son veto aux lois adoptées. Cette situation pourrait
bien sembler pire que la situation actuelle, justifiant le recours
accru aux décisions à caractère exécutif de
la part d'Obama.
Un changement au niveau de la majorité au
Sénat ne limite pas la capacité du président
d'avoir recours à l'action exécutive unilatérale.
Au contraire, étant donné la grogne grandissante envers
le gouvernement et le Congrès, il pourrait être encore
plus facile pour le président de justifier le recours à
l'action exécutive unilatérale. On dirait alors
qu'au moins « quelque chose a été accompli ».
Obama a déjà démontré qu'il est
disposé à le faire, lui qui a bombardé la Syrie et
y a poursuivi ses tentatives agressives de changement de régime
sans autorisation du Congrès.
Somme toute, il y a peu de raisons de croire que le
Congrès sera plus fonctionnel dans les mois qui suivent, parce
que les conflits qui font rage dans les cercles dominants et parmi
leurs représentants au Congrès continuent de s'accentuer.
On peut le constater suite aux commentaires du sénateur
républicain Ted Cruz (Texas), qui a déclaré qu'il
comptait contester le leadership du sénateur Mitch McConnell
(Kentucky), lequel a été réélu et doit
diriger la nouvelle majorité républicaine. Comme on a pu
le voir, même en ayant une majorité considérable
à la Chambre des représentants depuis deux ans, les
républicains n'ont souvent pas réussi à faire
adopter leurs propres projets de loi.
Il est tout à fait possible qu'Obama et un bloc
de républicains et de démocrates, dirigé par
McConnell et le sénateur démocrate Harry Reid (Nevada),
se mettent d'accord pour mener de nouvelles attaques antisociales,
contre le régime d'assurance-maladie et de
sécurité sociale par exemple. Le prochain débat
sur le plafond d'endettement en mars
2015 pourrait offrir une occasion du genre. Des efforts pourraient
être faits pour cibler les « extrêmes » dans
les
deux camps et créer un bloc qui d'un commun accord imposerait
les compressions. Aussi, les compressions budgétaires sont dues
en janvier et pourraient être une autre occasion de manoeuvres
qui seront sans doute faites au nom d'une
approche « bipartisane » et de la nécessité
de mettre fin à l'impasse au Congrès. La plupart des
candidats républicains du Tea Party ont été
éliminés lors des primaires et les élus suivront
fort probablement McConnell alors que les autres seront accusés
d'« extrémisme ». Obama pourra aussi se servir du
soi-disant mandat donné par les élections pour
exiger que les démocrates se rallient et il pourra du même
coup qualifier ceux qui refusent de se soumettre d'«
extrémistes ». L'élimination de ces «
extrêmes » sera perçue comme une façon de
mettre fin à l'impasse. En réalité, ce sera un
moyen d'imposer des attaques antisociales encore plus brutales.
Un changement de majorité au Sénat
n'éliminera pas le problème du dysfonctionnement du
Congrès puisque la cause du problème est ailleurs. Les
cercles dirigeants ont mis en place des arrangements de gouvernance de
pouvoir exécutif, minant grandement le pouvoir du Congrès
et le transformant en rien de plus qu'une instance consultative.
Les partis eux-mêmes n'agissent plus comme des partis politiques
mais comme des cartels d'escrocs qui se prennent à la gorge. Les
intérêts privés, qui ont concentré le
pouvoir entre les mains d'une minorité de plus en plus
restreinte tout en se livrant une bataille sans merci pour avoir encore
plus de pouvoir, ont directement pris le contrôle des
institutions publiques. Ce faisant, ces intérêts ont
cherché à éliminer le concept même d'un
gouvernement du bien public. Celui-ci est un instrument dans leurs
mains pour garantir leurs intérêts privés
étroits. Cela comprend mettre la main sur tout le trésor
public, sur les régimes de retraite publics, sur les terres et
les immeubles publics comme les
écoles publiques, etc. Dans la mesure où le
Congrès ou les législatures de quelque niveau font
obstacle à ces manoeuvres, leurs pouvoirs sont et seront
restreints au profit d'une consolidation du pouvoir exécutif.
Le danger vient donc, non
pas d'une majorité républicaine, mais plutôt de la
consolidation du pouvoir exécutif et de l'élimination
constante du public de la gouvernance. Cette direction des choses
comporte de graves dangers, comme l'ont déjà
démontré la violence, le chaos et la nature antisociale
de l'administration Obama, tant au
pays qu'à l'étranger. On peut le constater à la
colère généralisée du public à
l'égard de ces élections et du gouvernement en
général. Pour bloquer cette direction
antidémocratique, il faut intensifier la lutte pour bâtir
la politique indépendante afin de s'investir du pouvoir. Cela
veut dire s'organiser pour combattre le diktat de l'exécutif et
exiger que
le pouvoir décisionnel soit pris en main par et pour le peuple
lui-même alors que tous ensemble nous défendons les droits
de tous. C'est une démocratie que nous façonnons
nous-mêmes et qui place les droits de tous, au pays et à
l'étranger, au centre de la lutte d'aujourd'hui.

Un système bipartite en ruine
Pour détourner l'attention du fait que le
système bipartite américain est en crise, les
médias monopolisés ont présenté les gains
républicains aux élections comme un
référendum contre le président Obama.
Malgré qu'il est vrai que les Américains en ont assez
d'Obama, le journal Voice of Revolution souligne que les
sondages tenus à
la sortie des bureaux de scrutin, et ceux tenus peu avant
l'élection, indiquent une toute autre chose: « les
électeurs sont en colère contre le gouvernement, estiment
que le pays s'en va dans la mauvaise direction et ne pensent pas que
leur vote va compter. »
VOR souligne:
« Cela a
été exprimé par les électeurs
démocrates, républicains et indépendants. Les
sondages indiquent, par exemple, que six personnes sur dix disent
qu'ils ne peuvent pas faire confiance au gouvernement à
Washington pour faire ce qui est juste. Dans un autre sondage, 74 % se
sont dits insatisfaits de la façon dont le pays est
gouverné. De
même, 68 %, ou deux tiers disent que le pays s'en va dans la
mauvaise direction. Cela représente une hausse par rapport aux
50 % qui ont dit la même chose dans les sondages tenus à
la sortie des bureaux de scrutin en 2012. Les personnes visées
sont le président Obama et le Congrès, les
républicains et les démocrates, les riches contributeurs
à
l'extérieur des partis et les décisions de la Cour
suprême qui ont ouvert les vannes financières pour des
publicités négatives.
« La grande majorité ont
exprimé leur colère et leur rejet des arrangements
politiques actuellement en place en ne votant pas, ce qui a
donné lieu à une participation dans la plupart des
régions d'environ 40 % et, dans certaines de seulement 25
à 30 %. La majorité s'en est tenue fermement à
« Aucune de ces réponses ! » sur le bulletin de
vote.
D'autres ont exprimé leur colère en refusant de voter
pour les membres sortants. Les électeurs à travers le
pays ont unanimement dénoncé les milliards $
gaspillés pour les élections et les publicités
négatives sans fin. Elles ont servi à dissuader les gens
de voter alors que les élections sont censées encourager
la participation à la vie politique.
« Beaucoup ont fait le commentaire qu'au moment de
voter il n'y avait pas de candidats pour qui ils voulaient voter. Il
n'y avait personne qui représentait leurs intérêts
et défendait des principes. Cela reflète en partie le
fait que le système est organisé pour s'opposer à
ce que nous ayons nos propres politiciens ouvriers. Dans l'ensemble, 8
des
10 sièges du Congrès étaient des sièges
assurés au membre sortant. Cela découle principalement de
la façon dont les circonscriptions électorales sont
établies alors que les deux grands partis des riches se sont
entendus pour les redessiner de manière à ce que les
chances de l'un des deux partis soient proches de zéro et que
les autres candidats aient
toutes les difficultés à participer à
l'élection.
« Les électeurs ne sont pas ceux qui
choisissent les candidats. Ils ne sont pas ceux qui décident que
des milliards de dollars seront dépensés en
publicité. S'il avait le pouvoir, le peuple aurait sans doute
dépensé les fonds pour des choses plus importantes comme
l'éducation. Il exigerait également que les ondes
publiques servent le public en
l'informant du contenu des propositions des candidats tout en
interdisant les attaques personnelles.
« Le changement de majorité au Sénat
ne va pas changer les arrangements qui sont conçus pour
maintenir le peuple travailleur marginalisé et les riches au
poste de contrôle. Nous avons besoin d'une nouvelle direction
dans les affaires politiques, une qui habilite le peuple du pouvoir
à tous les niveaux. Nous avons besoin d'arrangements où
nous décidons, à nos endroits de travail, dans les
universités, les centres pour personnes âgées, de
l'ordre du jour et où nous choisissons les candidats parmi nos
pairs pour représenter ce programme. Nous avons besoin de nos
propres politiciens ouvriers redevables à nous et non pas aux
mégadonateurs et aux monopoles. Nous avons besoin
d'arrangements où les élections sont une occasion pour
informer le public sur les problèmes sociaux et l'engager dans
une discussion sur leurs solutions. Nous avons besoin d'une
démocratie que nous façonnerons à notre image,
où c'est nous, le peuple, qui décidons ! Organisons-nous
aujourd'hui pour édifier la politique indépendante du
peuple et
un front uni de combat à la défense des droits de tous:
cela peut être fait, cela doit être fait ! »

Les deux-tiers des électeurs inscrits n'ont pas
voté
Le taux de participation aux élections de
mi-mandat de 2014 aux
États-Unis a été d'environ 36,4 %, ce qui signifie
que près des
deux-tiers des électeurs n'ont pas voté. On estime que
seulement 13 %
de ceux qui ont voté ont moins de 30 ans et qu'environ 40 % des
non-votants sont des afro-américains ou des
latino-américains.
Dans la grande majorité des luttes pour les
sièges, cela signifie
que les candidats qui ont gagné non seulement n'ont pas obtenu
une
majorité des électeurs éligibles mais ils ont
gagné avec moins de 25 %
du vote. Dans des endroits comme New-York, ce taux a été
d'environ 15
%, voire moins. Cela peut difficilement être
considéré comme une
élection représentative de la population de chaque
État.
La participation a été inférieure
à celle des élections de mi-mandat
de 2010 dans tous les États sauf douze et cela en dépit
du fait que les
électeurs ont été inondés d'annonces de
campagne électorale et de
matériel publicitaire de toutes sortes pour une somme record de
4
milliards $. Certains États, comme la Californie, ont perdu plus
de 10
%
de participation électorale. (La comparaison est faite à
mi-mandat,
lors des élections non-présidentielles, car il y a
toujours une plus
grande participation lorsque le président est élu.)
Dans tout le pays les électeurs ont
exprimé leur colère face à
toutes les publicités négatives, à l'ensemble du
gouvernement et au
manque de candidats pour lesquels ils voulaient voter, en ne votant
pas. Les grands États comme New-York et le Texas ont les taux de
participation parmi les plus bas, soit 29,5 % et 28,5 % respectivement.
Cinq
autres États ont eu un taux de participation entre 28 et 30 %:
l'Indiana, le Mississippi, l'Oklahoma, le Tennessee et l'Utah. De
nombreux autres États ont eu un taux de participation de 37 % ou
moins,
y compris la Géorgie avec 34,1 %; le New Jersey avec 30,4 %;
l'Ohio
avec 36,2 %; la Pennsylvanie avec 36,1 %; la Caroline du Sud avec 34,9
%;
et la Virginie avec 36,7 %. Même les États qui ont
été présentés comme
étant le lieu de « chaudes luttes » ont
enregistré un faible taux de
participation. La Caroline du Nord, où un nombre record en
millions de
dollars ont été dépensés, a
enregistré un taux de participation de
seulement 40,7 %. La Floride, également avec des dépenses
record, a
enregistré un taux de participation de 43,1 %. L'Illinois, a eu
un taux
de participation de 39,5 %, le Michigan 42,7 %, et le Kansas 42,8 %.
Seulement six États ont eu plus de 50 % en taux de
participation: le
Colorado, l'Iowa, le Minnesota, le Maine, l'Oregon et le Wisconsin.

L'argent dépensé dans les
élections
Un montant record de presque 4 milliards $ a
été dépensé dans les courses
fédérales 2014 de mi-parcours au Congrès et au
Sénat qui incluent les gouverneurs dans 36 États, dont la
Californie, la Floride, l'Illinois, le Michigan, New York, l'Ohio, le
Wisconsin et le Texas. La course pour le gouverneur de la Floride a
coûté 104 millions $, en
Illinois un montant record de 100 millions $ et au Texas 90 millions $,
la plus grande partie dans des publicités négatives. Ces
fonds n'incluent pas les dizaines de millions dépensés 60
jours avant l'élection par des groupes externes n'ayant pas
à faire rapport à la commission électorale
fédérale (FEC).
Les dépenses totales pour les candidats sont
d'environ 1,66 milliard $, en baisse du total de 1,79 milliards $
qu'ils ont dépensé en 2010. Les Super PACs
(comités d'action politique) et autres groupes politiques —
communément des forces qui n'existent même pas dans
l'État ou le district — ont dépensé près de
1 milliard $, dont environ 80%
dans des publicités négatives. Six dollars sur dix dans
les dépenses rapportées par les groupes externes venaient
des Super PACs.
Cent millions $ additionnels et plus ont
été dépensés dans des «
publicités d'intérêt général »
qui ne nomment pas un candidat. Elles sont souvent l'oeuvre de groupes
artificiels, à savoir des simulacres de groupes de la base sans
but lucratif se posant en défenseurs d'une cause donnée
mais faisant campagne pour des intérêts monopolistes
privés
particuliers et les candidats qu'ils appuient, tant conservateurs que
libéraux.
Dans la plupart des dépenses des courses
menées par des forces autres que le candidat, tels les Super
PACs, les groupes artificiels et les comités des partis, elles
excèdent de loin celles des candidats. Dans plusieurs courses
ces dépenses équivalent au double ou plus de celles du
candidat. C'est une indication que les limites des dépenses des
candidats ne résolvent pas le problème des
dépenses massives de campagne et les publicités
négatives.
Ces contributeurs externes sont aussi une indication du
changement dans le rôle des partis. Les partis au niveau de
l'État, qui étaient le rempart des Démocrates et
des Républicains, ne jouent presque pas de rôle. Et tandis
que les comités nationaux des Démocrates et des
Républicains fonctionnent toujours, ceux-ci ont
été surpassés par le rôle
des Super PACs et autres contributeurs externes. Cela est
démontré par les dépenses des deux, en baisse en
2014 comparé à 2010. Sur les presque 4 milliards $, le
comité national démocrate devait dépenser environ
148 millions $, une baisse par rapport aux 176,5 millions $
dépensés en 2010 (la dernière élection
mi-mandat, non-présidentielle). Le
comité national républicain devait dépenser
environ 164,9 millions $, une baisse par rapport aux 185 millions
dépensés en 2010.
La candidate prévue pour l'élection
présidentielle 2016 Hillary Clinton a participé dans 45
événements en 54 jours menant au jour du scrutin, en
partie pour bâtir sa machine. Le Chef de la majorité au
Sénat, Harry Reid, qui ne sera pas en élection, a le
« PAC de la majorité au Sénat » qu'il
contrôle. Ce dernier était parmi les cinq principaux
groupes achetant des publicités dans les deux dernières
semaines de l'élection. Le groupe artificiel Crossroads
Grassroots Policy Strategies (Crossroads GPS) et le Super PAC American
Crossroads étaient aussi parmi les cinq principaux. Les deux
sont des machines au service des intérêts de Karl Rove et
du Carlyle Group (une « société
internationale de gestion d'actifs » qui ont appuyé les
présidences de Bush. Les frères Koch,
représentants des intérêts pétroliers, ont
un nouveau Super PAC appelé Freedom Partners Action Fund. Ils
ont aussi donné plus de 196 millions $ dans les dernières
années à des douzaines d'organisation artificielles de
défense intervenant dans les élections,
communément avec des publicités «
d'intérêt général » négatives.

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