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Numéro 150 - 13
novembre 2014
19e anniversaire du
référendum de 1995
La souveraineté du Québec et une nouvelle
constitution pour le Québec et le Canada
demeurent l'ordre du jour
- Louis Lang -
Le 30 octobre était le 19e anniversaire du
référendum sur la souveraineté du Québec.
Le vote faisait suite à plus de vingt années
d'échecs des négociations
entre le fédéral et les provinces et au rejet tant au
Canada qu'au Québec de l'Accord du Lac Meech et de la
proposition constitutionnelle de Charlottetown. À
l'été 1995, le gouvernement du Parti
québécois de Jacques Parizeau déposait à
l'Assemblée nationale son projet de loi numéro 1, Loi
sur
l'avenir
du
Québec, qui comprenait une déclaration de
souveraineté.
L'objectif déclaré du projet de loi
était de donner à l'Assemblée nationale le pouvoir
de déclarer la souveraineté du Québec et de
réclamer « le pouvoir
exclusif de faire toutes ses lois, de percevoir tous ses impôts
et de conclure tous ses traités ». Il prévoyait
l'ébauche d'une nouvelle constitution du Québec, le
maintien des frontières actuelles du Québec, la
création d'une citoyenneté québécoise,
l'utilisation du dollar canadien et le maintien des lois et programmes
sociaux en vigueur. Il prévoyait aussi que le gouvernement du
Québec propose un traité de partenariat avec le reste du
Canada basé sur l'entente tripartite signée
le 12 juin 1995 par le chef du Parti québécois Jacques
Parizeau, le chef du Bloc québécois Lucien Bouchard et le
chef de l'Action démocratique Mario Dumont.
Cette entente contenait certaines propositions convenues par les trois
chefs qu'un Québec souverain ferait au Canada pour
définir les relations entre les deux
pays.
Le projet de loi est passé en première
lecture et une copie a été envoyée à tous
les foyers du Québec accompagnée de l'entente tripartite
en préparation pour
le référendum.
En septembre 1995, Jacques Parizeau a annoncé
à l'Assemblée nationale que le référendum
aurait lieu le 30 octobre et que le libellé de la question
posée
aux Québécois et Québécoises serait :
« Acceptez-vous que le Québec devienne
souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau
partenariat économique et politique, dans le cadre
du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente
signée le 12 juin 1995? Oui ou non. »
Durant la période menant au
référendum et les trente jours de campagne, le Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) et le Parti
marxiste-léniniste
du Québec sont intervenus régulièrement dans les
pages du Marxiste-Léniniste et d'autres publications
pour diriger la classe ouvrière et le peuple
dans une discussion sur les problèmes auxquels ils
étaient confrontés à ce moment charnière.
Le 2 septembre 1995, Le Marxiste-Léniniste
publiait l'appel du PMLQ à une conférence le 9 septembre
à Montréal sur le thème « Pourquoi un
oui du peuple ? » comme véhicule pour gagner la victoire
au
référendum sur la souveraineté du Québec.
L'appel se lisait :
« Nous ne croyons pas que le peuple
québécois soit divisé entre ceux qui disent Oui et
ceux qui disent Non à une question sur la souveraineté,
pas plus qu'il
se divise en fonction de la langue que chacun parle.
« Qu'ils décident de voter oui ou non, tous
sont des citoyens du Québec, tous font partie du peuple
québécois peu importe la langue d'expression, la couleur
de la peau, le sexe, la religion ou le mode de vie.
« Nous appelons les travailleurs à prendre
l'initiative d'établir des Comités populaires pour le Oui
car c'est la classe ouvrière qui doit diriger le peuple dans
son accession à la souveraineté. Et dans un Québec
souverain, c'est la classe ouvrière qui doit avoir la position
dirigeante si elle veut que le nouveau Québec
défende ses intérêts.
« Nous vous demandons de rejeter la tentative de
la
bourgeoisie de créer une grande ligne de partage entre le Oui et
le Non, entre 'fédéralisme' et 'séparatisme'. Le
camp du Oui est dominé par le
gouvernement, qui attaque les travailleurs de mille et une
façons, et le camp du Non est dominé par le Parti
libéral et d'autres à qui la loi accorde également
des ressources énormes. Avec ce processus chapeauté par
la Loi sur la consultation populaire,
les gens se voient littéralement interdire de participer au
débat référendaire comme ils l'entendent. Ce
partage des ressources entre deux groupes d'intérêts est
décidément antidémocratique, mais en plus cela
empoisonne les esprits et crée entre les gens de fausses
divisions en fonction de la race, de la langue ou de
la religion. Au fond le vote au référendum est une
affaire de conscience personnelle et l'unité du peuple est trop
précieuse pour être sacrifiée. »
 
Dès que le libellé de la question
référendaire a été rendu public, Le
Marxiste-Léniniste prit position sur la façon dont
le problème se posait.
Le 15 septembre, il écrivait :
« À notre avis, avec une question aussi
indirecte et confuse, la classe ouvrière doit
réfléchir à cette affaire très
sérieusement. Le moment est-il venu d'affirmer
la souveraineté du Québec ? Nous croyons que le moment
est
opportun. Le moment est-il venu d'établir 'un nouveau
partenariat économique et politique' entre
le Québec et le Canada ? Nous croyons que c'est un moment
très opportun pour cela également. Cela peut-il se faire 'dans
le cadre du projet de loi sur l'avenir
du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995' ? Il
n'est pas nécessaire de répondre à cette question
tout de suite, même s'il est tout à fait évident
que la
souveraineté du Québec et le 'nouveau partenariat
économique et politique' entre le Québec et le Canada
sont impossibles dans ce 'cadre'.
« La question du 'cadre' devra être
abordée après le 30 octobre, jour de
référendum. À notre avis, la classe
ouvrière ne doit pas s'en faire avec cela pour
l'instant. Nous franchirons cette étape lorsque nous y serons.
La question pour l'instant est l'intransigeance des libéraux
concernant la souveraineté du Québec,
concernant le renouveau démocratique et concernant 'un nouveau
partenariat économique et politique' entre le Québec et
le Canada. En oeuvrant pour un Oui
du Peuple le 30 octobre, c'est-à-dire en élevant le
niveau de la discussion parmi le peuple concernant le contenu essentiel
du référendum, la classe ouvrière peut
se préparer à aborder les problèmes
postréférendaires.
« À notre avis, tout l'accent doit
être mis sur l'intransigeance libérale et le Oui du
Peuple. La formation du Comité pour le Oui du Peuple
était le premier
pas dans cette direction. »
Les chefs de file du comité du Non (Daniel
Johnson, chef du Parti libéral du Québec, et Jean
Chrétien, premier ministre du Canada et chef du Parti
libéral
du Canada) ont tout fait pour bloquer toute discussion intelligente sur
le problème posé et à résoudre. Ils ont
recouru aux menaces et au chantage et tourné la
vérité
à l'envers en disant que voter « non » et soutenir
le
statu quo ouvrirait des possibilités de changement.
Les travailleurs du secteur public fédéral
et provincial au Québec se sont fait dire que le
« séparatisme » leur coûterait leur emploi;
les
Québécois ont été
menacés de perdre leur citoyenneté; les étudiants
d'université se sont fait dire qu'ils deviendraient des
étudiants étrangers et auraient donc à payer des
frais
additionnels. Bref, on a dit au peuple que si vous votez Oui vous
en payerez les conséquences.
Une semaine avant le vote du 30 octobre, même les
médias monopolisés ont commencé à parler de
la possibilité d'une victoire du Oui. Les libéraux, et
surtout Jean Chrétien, étaient ébranlés et
leurs déclarations publiques devenaient de plus en plus
menaçantes.
En désespoir de cause, Chrétien a
déclaré que même si le Oui l'emporte, il n'y aura
personne pour négocier avec un Québec souverain. Il
déclarait ni plus
ni moins que sans le Québec il n'y a pas de pays qui s'appelle
Canada. C'est étonnant comme déclaration de la part d'un
premier ministre de l'État canadien.
Il avouait en fait que la crise du fédéralisme canadien
n'avait rien à voir avec le désir des
Québécois d'affirmer leur souveraineté et tout
à voir avec les
arrangements du XIXe siècle qui ne conviennent plus aux besoins
d'un pays qui s'apprêtait à entrer dans le XXIe
siècle. Dans sa panique Chrétien a montré
qu'il était un piètre homme d'État, incapable de
parler au nom des Canadiens et dépourvu de toute vision d'une
nation canadienne qu'il prétendait défendre si
ardemment.

Rassemblement pour le Oui à Verdun le
25 octobre 1995
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La panique et l'hystérie du camp du Non furent
pleinement exposées avec l'organisation d'un
« rassemblement pour l'unité » au centre-ville de
Montréal le
27 octobre, trois jours avant le vote, en contravention des
règles sur les dépenses prévues dans la Loi
référendaire du Québec. Deux jours avant le
rassemblement,
le transporteur Canadian Airlines annonçait des « tarifs
pour l'unité », un rabais allant jusqu'à 90 % pour
tous les points de départ canadiens en direction de
Montréal.
Le directeur général des élections
du Québec Pierre-F. Côté émis des
avertissements à six transporteurs canadiens, dont Air Canada,
Canadian Airlines et
Via Rail : ils seraient passibles d'amendes allant jusqu'à
10 000 $ pour toute dépense illégale relative au
transport de personnes vers Montréal. Les
libéraux ont raillé l'autorité du directeur
général des élections et n'ont tenu aucun compte
des avis.
L'organisateur en chef du rassemblement, Brian Tobin, un
ministre fédéral, admit plus tard que plusieurs
entreprises canadiennes avaient financé
l'événement.
Les contraventions à la Loi référendaire du
Québec par les libéraux ont fait l'objet d'un livre de
Robin Philpot et Norman Lester intitulé Les secrets
d'Option Canada. On y apprend entre autres quel rôle a
joué Brian Tobin et que le groupe de lobbyistes Option Canada[1]
a reçu une somme de 4,8
millions $ de Patrimoine Canada à l'automne 1995 pour faire
campagne pour le Non. Les auteurs estiment que plus de 5 millions $ ont
ainsi été dépensés
illégalement par le camp du Non au-delà de la limite
permise par la loi référendaire. Et ces dépenses
ne seraient en fait, selon les auteurs du livre, que la pointe
de l'iceberg.
En 2006, le directeur général des
élections du Québec a demandé au juge Bernard
Grenier d'enquêter sur les allégations de dépenses
illégales du camp du Non
et d'Option Canada. Le juge a conclu que 539 000 $ ont
été dépensés illégalement par le
comité du Non durant la campagne référendaire sans
compter
le « rassemblement pour l'unité ».
Suite à la publication du rapport du juge Grenier
en 2007, des voix se sont élevées pour exiger une pleine
enquête fédérale sur les entorses à la Loi
référendaire du Québec et la demande a
été soulevée au parlement canadien par le Bloc
québécois. La demande d'enquête a été
rejetée par le premier ministre
Stephen Harper.
Le résultat final du vote du 30 octobre 1995 a
été 50,58 % pour le Non et 49,42 % pour le Oui.
Quatre-vingt-quatorze pour cent des électeurs inscrits se sont
prévalus de leur droit de vote. Sur 5 087 009
électeurs, le Non a remporté à peine 54 288
votes de plus que le Oui. C'est moins d'un pour
cent.
Une conclusion raisonnable serait que le problème
reste entier et qu'il fallait entreprendre une vaste discussion pour
trouver des solutions aux problèmes
constitutionnels non résolus. Mais comme nous l'avons tous vu,
il n'y a rien eu de la sorte. Jean Chrétien et les
libéraux ont proclamé une grande victoire contre
le « séparatisme » et ont refusé de
répondre aux demandes de nouveaux arrangements et d'une nouvelle
constitution propre à une société moderne.
Durant la campagne référendaire,
Chrétien a promis qu'il s'attaquerait au besoin de
réforme constitutionnelle si le Non l'emportait. Mais ni le
gouvernement
Chrétien, ni aucun des gouvernements qui lui ont
succédé n'ont entrepris de résoudre les
problèmes laissés non résolus par le
référendum. Il est clair qu'ils ne
voulaient que préserver le statu quo à tout prix.
En apparence, les libéraux ont atteint leur
objectif de maintenir le statu quo mais en réalité rien
n'est moins sûr. Le référendum de 1995,
l'aspiration du peuple
québécois à la souveraineté et la demande
d'une nouvelle constitution ont approfondi la crise des arrangements
dépassés qui sont à la base du
fédéralisme
canadien et accentué les contradictions dans les rangs de la
bourgeoisie. Le référendum a montré à quel
point la crise est profonde.
Après le 30 octobre, Jean Chrétien a
promis qu'il ne permettrait jamais que les « conditions
gagnantes » soient réunies pour un autre
référendum. Il a mis
sur pied un programme de commandites pour acheminer des fonds publics
et privés dans des efforts pour saboter toute discussion
intelligente sur l'avenir du
Québec. Cette activité du Parti libéral est
à l'origine d'un des plus grands scandales politiques de
l'histoire du Canada.
En 2004, la vérificatrice générale
Sheila Fraser écrivait dans son rapport que « de 1997
jusqu'au 31 mars 2003, le gouvernement du Canada a
dépensé environ
250 millions $ pour commanditer 1 987 événements. De
cette somme, plus de 100 millions $ ont été versés
à des agences de communications en frais de
production et en commissions.» Elle révèle que des
millions de dollars ont été dépensés au
Québec pour combattre la « menace du
séparatisme » et faire la
promotion de l'« unité nationale ».
Le premier ministre d'alors, Paul Martin, fut
forcé d'établir la Commission Gomery pour enquêter
sur le programme fédéral de commandites. La commission
a mené à plusieurs enquêtes criminelles de fraude
et de corruption et à la condamnation de plusieurs hommes de
main du Parti libéral au Québec. Le Parti libéral
ne s'est toujours pas remis du discrédit que cela lui a
apporté, ni des divisions que cela a créées dans
ses rangs.
À l'occasion du 19e
anniversaire du référendum sur la souveraineté du
Québec, il faut se rappeler que cette page importante de
l'histoire du Québec et du
Canada mérite un examen approfondi. Il est important de
reconnaître que cette période de l'histoire de la lutte du
peuple québécois a ouvert de nouvelles
possibilités pour élever le niveau de la discussion et
politiser les masses du peuple. Le référendum a eu
plusieurs autres conséquences qu'il faut examiner.
Saisissons l'occasion pour lire les publications du PCC(M-L) et du PMLQ
de cette période, surtout la série de cinq articles sur
« La signification des résultats
du référendum sur l'avenir du Québec ».
Note
1. Option Canada, un groupe de lobbying basé
à
Montréal, fut établi huit semaines avant le
référendum de 1995. Selon les formulaires
d'inscription déposés, ce groupe privé fut
incorporé par les directeurs du Conseil pour l'unité
canadienne le 7 septembre 1995. Il a été dissous
après le
référendum.
Option Canada était constitué d'hommes
d'affaires et d'organisateurs politiques de trois associés
à trois partis politiques : le Parti libéral du
Canada,
le Parti libéral du Québec et le Parti progressiste
conservateur du Canada. Le président d'Option Canada
était Claude Dauphin, conseiller principal du ministre
des Finances d'alors, Paul Martin.

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