|
Numéro 136 - 24
octobre 2014
Le Canada a besoin d'un gouvernement
antiguerre
Participez aux manifestations pour
exiger le retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!
Tous aux actions de la fin de semaine!
 
Ottawa
Le samedi 25
octobre - 13 h
Monument pour les droits de la personne (Elgin et Lisgar)
Rassemblement à 13h suivi d'une marche.
Information: Facebook
Montréal
Manifestation
le dimanche 26 octobre - 13 h
Départ: Square Dorchester
Organisée
par Échec à la Guerre et l'Alliance canadienne pour la
paix
(Voir
actions
ailleurs
au
Canada)
|
Le
Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre
• Participez aux manifestations pour exiger le
retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!
• Déclaration de l'Alliance canadienne
pour la paix et du Collectif Échec à la guerre
Attentats de
l'État islamique à Ottawa?
• L'utilisation par Harper des
événements tragiques pour faire avancer l'ordre du jour
de guerre et de suppression des droits - Louis Lang
• Le gouvernement et les médias
canadiens créent une panique morale - Mahdi Darius
Nazemroaya
Le Canada a besoin d'un gouvernement
antiguerre
Participez aux manifestations pour
exiger le retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!
Le 21 octobre, des avions
de chasse ont quitté Cold Lake en Alberta pour se joindre
à l'intervention militaire dirigée par les
États-Unis en Irak. Ils vont participer à des
bombardements
aériens qu'on dit dirigés contre des bases de
l'État islamique en Irak et au Levant
(EIIL). Le Canada pour l'instant n'est pas encore impliqué dans
les frappes aériennes en Syrie, qui sont également une
violation du droit international. La campagne syrienne n'a ni
l'autorisation des Nations unies, ni celle du gouvernement syrien.
Le Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) appelle tous les
Canadiens qui recherchent une solution pacifique aux problèmes
entre et au sein des nations à participer aux manifestations
appelées en fin de semaine et
à prendre fermement position contre les
guerres d'agression et d'occupation et les changements de régime
menés par les États-Unis et contre la participation du
Canada à ces activités.
La justification qui est donnée pour ce
déploiement militaire en Irak est que l'EILL pose une menace
à la sécurité canadienne et que c'est donc une
question de défense de l'intérêt national du
Canada. Les événements tragiques de
Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa des 20 et 22 octobre sont
également utilisés pour déclarer que le Canada est
menacé par l'EILL et qu'il faut le combattre à la fois
sur son terrain et en sol canadien. L'objectif véritable est de
forcer un changement de régime en Syrie, d'établir des
bases militaires permanentes en Syrie et en Irak, de piller les
ressources de ces pays et cibler l'Iran tout en essayant de rescaper
Israël et son plan sinistre d'éliminer la Résistance
palestinienne afin de s'emparer du territoire entier de la Palestine
historique. Obama, qui en dernière analyse est le Commandant en
chef des forces armées du Canada qui sont
intégrées à la machine de guerre
américaine, parle de plusieurs années de bombardements
alors que les appels à une invasion et à des troupes au
sol se font chaque jour plus
pressants.
Non à la participation du Canada
aux guerres d'agression et d'occupation!
Non à l'utilisation de la force pour régler les conflits
entre nations!
Le Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre!

Déclaration de l'Alliance canadienne pour
la paix et du Collectif Échec à la guerre
- 13 octobre 2014 -
L'Alliance canadienne pour la paix et le
Collectif Échec à la guerre appellent à des
actions de protestation, lors de la fin de semaine des 25 et 26 octobre
prochains, contre la participation canadienne à la
troisième guerre en Irak.
Ces actions auront lieu 12 ans après les
premières mobilisations au Canada et aux États-Unis —
à l'automne 2002 — contre les préparatifs de l'invasion
étasunienne et de la guerre d'occupation de l'Irak qui allait
durer de 2003 à 2011.
Nous invitons la population du Québec et du
Canada à manifester :
- contre une nouvelle guerre illégale, qui
contribue au démantèlement de l'ordre international
existant et qui menace « la paix et la sécurité
internationales », qu'elle prétend défendre;
- contre les prétextes sécuritaires et
humanitaires invoqués par les nouveaux coalisés : la
protection des populations en Irak n'a rien à voir avec les
véritables motifs de cette guerre, qui leur causera plus de
souffrances et détériorera encore davantage leurs
conditions de vie;
- contre une politique étrangère
canadienne axée sur l'exacerbation des conflits et la guerre;
- contre le détournement de ressources publiques
colossales pour faire la guerre, promouvoir l'industrie militaire,
glorifier l'armée et le passé militaire du Canada, alors
même que depuis des années des « mesures
d'austérité » frappent l'éducation, la
santé, les services publics, la promotion des droits des femmes,
la protection de l'environnement,
la coopération internationale, etc.
Ensemble, dans les rues, nous revendiquerons :
- la fin immédiate de toute participation
canadienne à cette nouvelle coalition d'agression mise en place
en fonction des intérêts stratégiques de l'empire
étasunien et de ses alliés;
- le gel de tous les projets d'acquisition majeurs de
l'armée canadienne;
- la tenue d'un vaste débat public sur la
politique étrangère canadienne, le rôle de
l'armée, l'industrie militaire et le commerce des armes;
- que le gouvernement canadien cesse
immédiatement toutes ses procédures de déportation
des vétérans étasuniens opposés à la
deuxième guerre en Irak et mette en place, une fois pour toutes,
un règlement qui leur permette de rester au Canada.
Si vous organisez une action locale, faites-la
connaître en contactant info@canadianpeace.org
www.echecalaguerre.org
www.canadianpeace.org

L'utilisation par Harper des événements
tragiques pour faire avancer l'ordre du jour de guerre et de
suppression des droits
- Louis Lang -
Dans la soirée du 22 octobre, le premier ministre
Harper s'est adressé au pays au sujet des
événements tragiques de la journée. Il l'a fait
une fois de plus le lendemain au Parlement. Son discours
télévisé et celui au Parlement avaient pour but de
poursuivre l'assaut contre la capacité de penser des gens et de
promouvoir la peur et la mentalité de
siège que la police, les agences de sécurité et
les médias ont propagées pendant toute la journée.
Le premier ministre a d'abord rendu hommage au
réserviste qui a
été tué et offert ses condoléances
à sa famille et ses amis et puis il a rendu hommage au soldat
qui a
été tué à Saint-Jean-sur-Richelieu deux
jours plus tôt. Puis M. Harper a entrepris d'imposer ses propres
conclusions aux événements tragiques sans aucun fait
pour étayer ses dires.
Il a dit qu'« au cours des prochains jours, nous
en apprendrons davantage sur le terroriste et ses possibles complices
». Il a aussi dit que l'attaque contre le soldat de Saint-Jean
était « inspiré par le groupe armé
État islamique ». Il a fait ces déclarations bien
que les représentants de la police aient dit en point de presse,
plus tôt dans l'après-midi,
que leur enquête en était juste à ses débuts
et qu'aucun fait ne permettait de tirer quelque conclusion que ce soit
sur le mobile derrière cette activité criminelle.
Il est clair que M. Harper a utilisé ses discours
à la nation pour imposer son propre point de vue qui promeut la
haine et la peur parmi le peuple dans un effort pour justifier son
propre ordre du jour de guerre. Plutôt que de contribuer à
une discussion calme et réfléchie sur les
problèmes auxquels les Canadiens, leur société et
le monde entier
font face, Harper a jeté de l'huile sur le feu en avertissant
les Canadiens que « le Canada n'est pas à l'abri des types
d'attaque que nous avons vues ailleurs dans le monde ».
Pour le chef du gouvernement canadien, faire des
déclarations non fondées et opportunistes quelques heures
à peine après des événements qui
requièrent une enquête pleine et entière est
irresponsable et inacceptable.
« Cela nous rappelle, a ajouté M. Harper,
que ces attaques sur notre personnel de sécurité et nos
institutions de gouvernance sont, de par leur nature même, des
attaques contre notre pays lui-même, nos valeurs, notre
société, contre nous Canadiens, comme peuple libre et
démocratique voulant la dignité humaine pour tous. »
Au nom des grands idéaux de liberté, de
démocratie et de défense de la dignité humaine, M.
Harper s'est trouvé sans s'en apercevoir à
révéler la politique du deux poids deux mesures qu'il
veut imposer à la société canadienne.
Il a dit que ces attaques «
contre notre personnel de sécurité et nos institutions de
gouvernance » sont des attaques contre le pays et la
société tout entière. Pourtant, lorsque
confronté aux demandes répétées de gens de
plusieurs milieux de faire enquête sur les milliers de femmes et
jeunes filles autochtones tuées et disparues parce que c'est un
grave problème pour la société, sa réponse
a été de dire que ces cas relèvent du code
criminel et doivent être résolus par des enquêtes
policières.
De quelles « valeurs » et de quelle «
dignité humaine » M. Harper parle-t-il alors ? Sa
préoccupation principale est de justifier l'utilisation de la
violence et l'ingérence dans les affaires intérieures
d'autres pays, de forcer des changements de régime, y compris en
appuyant des coups d'État pour renverser des gouvernements
élus
démocratiquement (comme en Ukraine), d'élever l'anarchie
au rang d'autorité et de créer l'instabilité
partout dans le monde afin d'appuyer les objectifs économiques
et géopolitiques de l'impérialisme américain dans
sa concurrence avec ses rivaux pour la domination mondiale.
Ce ne sont pas là les valeurs dont les Canadiens
ont besoin et qu'ils vont accepter.
Le discours de M. Harper comprenait également
plusieurs références à la «
nécessité » de renforcer le pouvoir des «
agences de sécurité » afin de défendre le
Canada contre les menaces terroristes. Déjà, le SCRS et
la GRC ont utilisé les médias monopolisés pour
réclamer des pouvoirs accrus comme celui de détenir les
gens qui ont des «
opinions extrémistes » afin de prévenir la
répétition des événements du 22 octobre.
C'est un fait bien connu que le SCRS surveille
déjà les groupes environnementaux, les syndicats, les
groupes antiguerre et les organisations de droits civils, ce qui a
donné lieu à de multiples violations des droits à
travers tout le pays. Le Centre de la sécurité des
télécommunications (CST) se voit lui aussi investi du
pouvoir d'agir avec impunité
au nom de la sécurité nationale. Les pouvoirs accrus que
le gouvernement Harper entend donner aux « agences de
sécurité » ont comme but d'empêcher le peuple
d'organiser quelque résistance que ce soit au programme
néolibéral qui est imposé au pays et à la
politique étrangère en appui aux mêmes ambitions
impérialistes à l'étranger. C'est
urgent de prendre fermement position contre cela à ce moment-ci.
Ces « agences de sécurité »
sont les mêmes qui sont déjà connues pour leurs
violations sans nombre des droits humains.
Par exemple, c'est sur la base de fausse information
fournie par la GRC et le SCRS aux services de renseignements
américains que Maher Arar a été kidnappé
par la CIA alors qu'il voyageait aux États-Unis, puis
retourné en Syrie où il a été
détenu, interrogé et torturé pendant près
d'un an avant d'être relâché.
L'imposition de certificats de sécurité
sans procédure régulière et sur la base
d'informations obtenues sous la torture a déjà conduit
à des détentions injustes et à la surveillance de
résidents canadiens. Ceux que le SCRS accuse d'être
liés aux terroristes n'ont même pas le droit de voir la
preuve qui a été montée contre eux.
Un des cas les plus flagrants de violation des droits
humains par le gouvernement canadien et les « agences de
sécurité » est celui d'Omar Khadr qui a
été capturé à l'âge de 15 ans par des
agresseurs américains en Afghanistan et a été
détenu et torturé à la base américaine de
la baie de Guantanamo. En 2008, la Cour suprême du Canada a
condamné la participation des représentants canadiens
dans les procédures à Guantanamo comme une violation
du droit international. Un deuxième jugement émis en 2010
condamnait les responsables canadiens en déclarant que leur
comportement avait contrevenu « aux normes canadiennes les plus
fondamentales sur le traitement des suspects
mineurs détenus ». Le gouvernement canadien n'a pas
obéi aux jugements de la Cour suprême et n'a rien fait
pour remédier aux abus de justice. Jusqu'à ce jour, dans
ses déclarations le gouvernement Harper qualifie toujours Omar
Khadr de « criminel de guerre » et de « terroriste
condamné », des expressions incendiaires qui ne respectent
ni les
faits ni les lois.
Il ressort clairement du discours à la nation de
M. Harper qu'il entend utiliser ces événements tragiques
pour éliminer toute opposition à la participation du
Canada à l'agression armée des États-Unis contre
l'Irak et la Syrie. Les Canadiens ne doivent pas se laisser tromper par
ces appels hypocrites qui invoquent les grands idéaux pour
permettre
aux États-Unis et à leurs alliés dont le Canada de
poursuivre leurs politiques qui ont déjà fait des
centaines de milliers de morts et de blessés et causé le
déplacement de millions de gens. On ne peut pas défaire
le terrorisme de l'EILL par du terrorisme d'État. Cette fausse
option doit être rejetée.
Nous devons lutter pour une résolution pacifique
des conflits entre nations et nous opposer à l'utilisation de la
force pour régler les problèmes. La démonisation
par Harper d'ennemis présumés ne peut pas constituer une
base d'unité du peuple canadien parce qu'elle repose sur la
haine et la discrimination et le peuple doit la rejeter.
(Photos: TML,
K. J.
Tarasoff)

Attentats de l'État islamique
à Ottawa?
Le gouvernement et les médias canadiens
créent une panique morale
- Mahdi Darius Nazemroaya -
Le premier ministre Stephen Harper et le gouvernement
canadien se servent de la fusillade sur la colline du Parlement pour
justifier l'imposition de mesures
de surveillance et de détention qui sont déjà
appliquées en pratique et auxquelles ils procèdent
à l'adoption.
Le 22 octobre 2014, un homme armé agissant seul,
Michael Zehaf-Bibeau (originalement Michael Joseph Hall), originaire de
Laval au Québec, a ouvert
une fusillade dans le centre-ville d'Ottawa, la capitale du Canada.
D'abord on a rapporté qu'il y avait une fusillade
au Centre Rideau situé tout juste au nord des Quartiers
généraux de la Défense nationale, de l'autre
côté
du pont Mackenzie-King. On a su par la suite que cette information
était fausse ou erronée. Le tireur avait tué un
réserviste devant le Monument commémoratif
de guerre pour ensuite aller en direction nord vers la colline du
Parlement.
Puis on a rapporté qu'il y avait plusieurs
tireurs. Tous les employés gouvernementaux se sont donc vu
interdits d'entrer ou de sortir de leurs immeubles
dans toute la région interprovinciale de la capitale nationale,
qui comprend la ville de Gatineau. Bien que les autorités
policières aient bien fait de prendre des
mesures de précaution pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'autres
tireurs et aient refusé de donner des explications, le public
était amené à croire qu'il y avait
plusieurs tireurs. Cela a permis aux autorités policières
de justifier le confinement et la suspension de la mobilité
pendant plusieurs heures.
Il y a également plusieurs questions qui restent
sans réponse. Le réseau NBC News rapportait le 8 octobre
2014 que des porte-parole des services de
renseignement américains lui ont dit « que les
autorités canadiennes ont entendu dire que des terroristes en
herbe discutaient de possibles attentats 'couteau et
arme de poing' » au Canada. Les représentants canadiens
n'ont toutefois pas tenu compte du rapport. Le renseignement
américain sait-il quelque chose que sa
contrepartie canadienne ne sait pas ? Comment expliquer cette
discordance ?
Une autre question importante est celle-ci : comment un
homme armé qui a déjà commencé à
tirer sur des gens peut-il se rendre jusqu'à l'intérieur
du Bloc
central du Parlement canadien sans entrave ? Quiconque est allé
sur la colline du Parlement sait qu'il y a une imposante
présence policière dans littéralement
tout le secteur et notamment à l'entrée et aux portes
constituée de la police nationale du Canada (la Gendarmerie
royale du Canada), de la police municipale
(les Services de police de la Ville de Ottawa) et de deux corps
spéciaux fédéraux (les Services de
sécurité de la Chambre des communes et la
Sécurité du
Sénat).
Fabrication d'un portrait :
discours médiatique et liens avec les politiques gouvernementales
Aussi, s'il est vrai qu'il était en contact avec
des groupes terroristes, comment communiquait-il avec eux ?
Pour compliquer les choses il y a le cas de Martin
Couture-Rouleau. Couture-Rouleau est un Canadien français devenu
musulman en 2013. Il a délibérément
happé deux soldats canadiens à Saint-Jean-sur-Richelieu
au Québec le 20 octobre 2014. Un des deux soldats est
décédé par la suite.
Couture-Rouleau a été pourchassé
par la police puis abattu après une chasse après le
délit de fuite. Bien que le meurtre par délit de fuite
à
Saint-Jean-sur-Richelieu soit un acte criminel, il a été
présenté comme un acte terroriste lié à la
participation du Canada aux combats au Moyen-Orient. Les
attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa n'ont aucun rapport
entre eux et ne s'inscrivent pas dans un effort coordonné, mais
on les a quand même reliés.
Les attentats de délit de fuite ont été
ajoutés au récit de ce qui s'est passé à
Ottawa le 22 octobre pour construire l'image d'une bataille en bonne et
due forme.
C'est ce que les sociologues appellent une panique morale, sur laquelle
on reviendra.
Quel était précisément le motif du
tireur ? Michael Zehaf-Bibeau ou Michael Joseph Hall ne semble pas
faire partie d'un complot contre le Canada ourdi
par le soi-disant État islamique d'Irak et du Levant (EIIL). Il
avait un dossier criminel et semblait sur la voie d'une détresse
psychologique à cause de l'usage
croissant de narcotiques. Il avait des hallucinations et consommait des
drogues fortes et il n'est devenu musulman que tout récemment.
Selon les informations
de gens qui le connaissaient, il se sentait harcelé par
« le gouvernement » qui ne le laissait pas tranquille.
Cette
colère peut être reliée à la présence
de travailleurs
sociaux et d'agents de libération conditionnelle dans sa vie et
le sentiment étouffant d'être pris dans une spirale en
chute libre.
Michael Zehaf-Bibeau logeait à la Mission Ottawa,
un centre pour sans-abri, depuis deux semaines à un mois. Avant
les événements du 22 octobre, il a
dit à des gens au centre pour sans-abri de prier parce que la
fin du monde s'en venait. Dans ce contexte, il est important de se
poser la question : comment un
homme avec des problèmes de santé mentale logeant
à la Mission Ottawa, un centre pour sans-abri, fait-il pour
obtenir une arme ?
Or, Michael Zehaf-Bibeau a été
dépeint à différents degrés comme un membre
de l'EIIL, ce qui permet à des acteurs sociétaux, que les
psychologues
appellent « entrepreneurs moraux », de soutenir la
prétention que le Canada est sous la menace immédiate
d'attaque par l'EIIL. L'objectif des entrepreneurs moraux
est de changer les normes sociétales, les valeurs, les lois et
les règlements. Dans le cas présent les entrepreneurs
moraux veulent faire passer un agenda de
sécurité.
Bien que le tireur était un Canadien
français qui avait adopté le nom de famille de son
beau-père arabo-canadien et le nom de fille de sa mère
biologique
et a été la majeure partie de sa vie chrétien,
catholique (au début un catholique dévot puis abandonnant
la pratique avec le temps), on l'a présenté bien
différemment. Dès le début on lui a tacitement
attribué une personnalité arabe ou musulmane. Même
une fois que son identité fût connue, son beau-père
arabo-canadien a été présenté comme
étant son père biologique. L'adoption du nom de famille
arabe du beau-père a été tacitement
présentée comme le signe
d'une identité musulmane, bien qu'il ait été
chrétien au moment du changement de nom pour des raisons
légales.
La façon dont les médias ont
présenté Zehaf-Bibeau au début est très
révélatrice. Ils ont utilisé l'expression
« un homme né au Canada » ou d'origine canadienne.
C'est un langage trompeur et cette façon de faire doit
être examinée de près. Lorsqu'on dit d'une personne
qu'elle est « née au Canada » ou d'« origine
canadienne »,
on laisse entendre qu'elle n'est pas vraiment canadienne, elle est
juste née au Canada. Quand on parle ainsi d'un citoyen canadien
on le dépouille de son identité
canadienne et on le définit comme « l'autre », comme
un étranger qui n'appartient pas au collectif.
La réaction médiatique
Beaucoup de Canadiens sont fiers de la réaction
de leurs médias et aiment le contraster avec le sensationnalisme
des
médias américains. Bien que les médias au Canada
soient beaucoup plus calmes que ne l'auraient été les
médias américains dans des circonstances semblables
aux États-Unis, ils ont quand même créé une
charge émotive en décrivant la situation comme si Ottawa
était assiégé. On a vu des titres comme
« Ottawa est
sous attaque ». Les Ottaviens craignaient littéralement
que
l'État islamique attaque les côtes du Canada.
Les médias se sont livrés toute la
journée à des conjectures sur des liens possibles avec ce
qui se passe au Moyen-Orient. Quand le premier ministre Harper
a pris la parole en soirée, il est clair qu'il voulait lier les
événements de la journée à ce qui se passe
au Moyen-Orient et à la panique terroriste pour justifier
les mesures de sécurité qu'il veut imposer.
La couverture médiatique, le confinement massif
dans le coeur du centre-ville d'Ottawa et les mesures nationales prises
par le gouvernement fédéral ont
créé une certaine panique à Ottawa et parmi
l'ensemble des Canadiens. Dans ces conditions, les gens peuvent agir de
façon imprévisible ou anormale et ils sont
prêts à faire des concessions au gouvernement qu'ils ne
feraient pas normalement. Autrement dit, lorsque la
société est aux mains de la peur, beaucoup de ses
membres sont disposés à renoncer à leurs
libertés civiles et à s'en laisser dépouiller par
les autorités.
Le nouveau normal et le retrait de libertés
civiles
Lorsque le Centre Rideau a été pris
d'assaut par des voleurs armés en 2003 et que la moitié
des patrouilleurs de la police locale s'est lancée à la
poursuite de deux d'entre eux qui s'étaient
échappés, on n'a pas vu ce genre de panique et les
médias n'y
ont pas porté autant d'attention. On pourrait aisément
soutenir que le danger était beaucoup plus grand même si
une institution nationale importante n'était pas
sous attaque.
Légalement, Martin Couture-Rouleau et Michael
Zehaf-Bibeau sont des meurtriers. Au lieu de les traiter comme des
criminels, on a utilisé le mot «
terrorisme » à charge politique et psychologique
évidente. Toutes les lois nécessaires pour traiter avec
ces criminels existent déjà au Canada, mais on institue
de nouvelles lois qui peuvent potentiellement être
utilisées contre des dissidents légitimes qui s'opposent
aux politiques du gouvernement.
De plus, la police est en train d'être
militarisée dans le nouveau contexte de la lutte au terrorisme.
Le lendemain de l'attentat sur la colline du Parlement,
le 23 octobre, la force de la réaction de la police quand un
itinérant a traversé un cordon de sécurité
près du monument de la guerre témoigne d'un changement
dans les habitudes et des tensions parmi les policiers d'Ottawa. Les
mesures que le gouvernement Harper veut normaliser comprennent
également le contrôle
et la censure d'Internet, le retrait inconstitutionnel et
illégal de la citoyenneté et le retrait des droits de
mobilité accordés par la Charte canadienne des
droits et libertés. Cela a déjà
commencé avec la confiscation de passeports.
Tous les Canadiens ont le droit de quitter le Canada et
d'y revenir librement, à moins d'avoir commis une offense
criminelle. Le gouvernement veut s'arroger
le pouvoir de retirer les passeports au moindre doute de méfait,
sans preuve. Dans le cas de Martin Couture-Rouleau, il a
été détenu et son passeport lui a
été
retiré lorsqu'il a voulu se rendre en Turquie en juin ou juillet
2014. La police ne pouvait pas le mettre en état d'arrestation
à cause de ses idées. « Nous ne
pouvons pas arrêter quelqu'un parce qu'il a des idées
radicales. Ce n'est pas un crime au Canada », a dit la
superintendante de la GRC Martine Fontaine en
conférence de presse le 21 octobre 2014.
La position de la GRC en dit long sur où le
gouvernement Harper veut en venir avec son nouveau programme
sécuritaire. Il veut pouvoir arrêter des gens
pour leurs idées.
Révocation de la citoyenneté?
Plus dangereux encore est le flirt avec l'idée de
révoquer la citoyenneté. Des précédents de
retrait de citoyenneté
contraires à la constitution sont déjà
établis parmi les pays de la soi-disant coalition occidentale
qui parlent constamment au nom de la démocratie mais appuient
toujours les dictatures comme en Arabie saoudite, au Bahreïn, en
Jordanie et au Qatar. Par exemple, en 2012 le parlement britannique a
retiré la citoyenneté
à Asma el-Assad, qui est pourtant née en Grande-Bretagne,
tout juste parce qu'elle est l'épouse du président syrien
Bachar el-Assad.
Le système judiciaire canadien ne traite pas tout
le monde de façon égale et tous ne sont pas égaux
devant les tribunaux. Les non-citoyens sont désavantagés
par rapport aux citoyens canadiens. Dans ce contexte, la menace de
révocation de la citoyenneté est vue comme un moyen de
contourner les lois et les droits
qui sont là pour protéger les citoyens canadiens. Sans
ces droits, le gouvernement peut détenir une personne pour une
période indéterminée et sans accusation,
lui intenter un procès devant un tribunal spécial
où l'accusé ne connaît pas la preuve contre lui et
n'a pas accès à un avocat. C'est ce qui est arrivé
à des
non-citoyens qui ont été détenus pendant plusieurs
années en vertu de certificats de sécurité.
L'idée de retirer la citoyenneté est
également une question politique dans la mesure où elle
sert à alimenter les préjugés parmi certaines
sections de la société
dans différents pays qui ont des points de vue xénophobes
et qui n'aiment pas certaines couches de la société pour
différentes raisons.
Ne pas vouloir regarder la source du problème
Selon un vieil adage, la société a tous
les criminels qu'elle mérite, c'est-à-dire que dans bien
des cas les criminels sont le produit d'un problème structurel
de la société.
Ça n'est pas par hasard que Michael Zehaf-Bibeau
avait déjà demandé à être
interné pour pouvoir combattre sa dépendance à la
cocaïne et au crack. Les
deux assaillants consommaient de la drogue et souffraient de
problèmes psychologiques qui nécessitaient des soins. Le
tireur d'Ottawa avait cherché de l'aide
et étouffait de désespoir et de non-appartenance.
Au lieu de regarder à l'étranger et de
blâmer des forces extérieures, le Canada doit faire son
propre examen de conscience. La source du problème comprend
le déclin des services sociaux au Canada qui ont subi les
coupures et les mesures d'austérité du gouvernement. En
blâmant l'EIIL et Internet le gouvernement
refuse du même coup de reconnaître son propre échec
et la marginalisation d'un grand nombre de membres de la
société au Canada qui ne reçoivent pas l'aide
dont ils ont besoin.
La pente glissante et le sale rôle du
gouvernement Harper
On appelle les Canadiens à être vigilants
contre la menace terroriste du EILL qu'on
grossit. C'est dans ce but que le premier ministre Stephen Harper et
son gouvernement font tout pour dépeindre les
événements au Canada comme une extension
de ce qui se passe au Moyen-Orient. Redéfinir des criminels
comme étant des terroristes alimente cette perception.
Cependant, les Canadiens et les citoyens
des autres pays doivent être vigilants sur la question de leurs
droits et libertés qu'il a fallu des siècles à
obtenir.
Le changement de critère pour l'octroi de la
citoyenneté est un sujet différent mais la
révocation de la citoyenneté est une pente glissante et
dangereuse.
Même si on affirme que ce genre de mesures sert un
intérêt supérieur et la sécurité
publique, l'histoire a montré que ce sont souvent d'autres
motifs qui président
à la suspension des libertés civiles.
Pour terminer, ceux-là mêmes qui
grossissent aujourd'hui la peur du terrorisme au Canada sont ceux qui
l'ont appuyé à l'étranger. On ne doit jamais
oublier
que le premier ministre Harper et son cabinet ont appuyé les
« terroristes » qu'ils prétendent maintenant
combattre. Le gouvernement Harper a tacitement
encouragé les Canadiens à aller combattre dans des pays
comme la Libye et la Syrie pour appuyer la politique
étrangère de Washington de changement de
régime. Le Canada a même armé des militants
liés à Al-Qaeda en Libye avec des drones et de l'armement
en 2011 et a permis à des firmes privées de
sécurité
(des mercenaires) de les aider. Les gens ne doivent pas négliger
ces choses-là quand ils se demandent comment on est
arrivé à la situation d'aujourd'hui.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca
|