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Numéro 135 - 23
octobre 2014
Réglementation et
non-réglementation de l'activité économique
L'objectif de l'accord de
libre-échange
Canada-Europe est de mettre fin à toute restriction
du droit de monopole
Manifestation contre l'AECG à l'Hôtel
de ville de London en Ontario, 25
septembre 2014. Les manifestants tiennent des
pancartes où sont
inscrits les noms des municipalités ayant pris position contre
l'AECG.
(M. Roy/The Indignants)
Réglementation
et
non-réglementation
de
l'activité économique
• L'objectif de l'accord de
libre-échange Canada-Europe est de mettre fin à toute
restriction du droit de monopole - Dougal MacDonald
• L'opposition à l'accord commercial
Canada-Union européenne se poursuit
Le besoin d'une
réglementation qui défend la sécurité de
l'environnement
naturel et social et celle des travailleurs
• Le déraillement de train en
Saskatchewan montre le besoin urgent de restreindre le droit de monopole
- George Allen
• Au sujet du rapport du Bureau de la
sécurité des transports du Canada sur la tragédie
de Lac-Mégantic
• Quelques moments clés de la
privatisation et de la déréglementation de l'industrie
ferroviaire canadienne
Réglementation et
non-réglementation de l'activité économique
L'objectif de l'accord de libre-échange
Canada-Europe est de mettre fin à toute
restriction du droit de monopole
- Dougal MacDonald -
Un des aspects de l'Accord économique et
commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union Européenne
(UE)[1] ayant des conséquences majeures pour l'avenir du peuple
canadien est la réglementation ou la non-réglementation
de l'activité économique par les gouvernements. Le
chapitre 14 de l'AECG traite des réglementations
intérieures, tandis que le chapitre 26 traite de la
coopération en matière de réglementation entre le
Canada et l'UE. C'est la première fois que de tels chapitres
apparaissent dans un accord de libre-échange canadien. Le fait
que tous les accords de libre-échange de Harper sont
créés pour servir les intérêts des monopoles
et non ceux du peuple
canadien est montré de manière flagrante dans ces deux
chapitres. Il est à noter que tout différend au sujet des
réglementations et toute autre question qui surviendrait
après que l'AECG ait été ratifié seront
réglés par des groupes d'arbitrage qui oeuvreront en
secret.
Le chapitre 14, Réglementations
intérieures, s'applique à « la fourniture
transfrontalière de services » et aux activités
économiques dans le territoire de « l'autre partie »
de l'accord. En ce qui concerne un monopole de l'UE ayant des
activités économiques au Canada, l'AECG stipule que les
réglementations intérieures du Canada doivent être
basées sur des critères qui « empêchent les
autorités compétentes d'exercer leur pouvoir de
manière arbitraire » — en d'autres mots, qui
empêchent les organismes nationaux souverains de restreindre le
droit de monopole. De plus, les critères pour les
régulations domestiques doivent être « objectifs
» — sans aucun doute du point de vue des
monopoles — et « établis d'avance » — indiquant que
de nouvelles réglementations ne pourront être mis en
oeuvre. Pour mieux accélérer la pénétration
économique des monopoles étrangers, il doit y avoir un
« examen rapide » des applications, des «
procédures simples » à suivre, pas de complications
ou retards injustifiés et des décisions finales
rendues dans une « période de temps raisonnable ».
Aucune référence n'est faite aux droits des travailleurs,
aux droits des peuples autochtones ou l'attention pour l'environnement
en tant que facteurs légitimes à prendre en compte.
Le chapitre 26 de l'AECG,
Coopération en matière de réglementation, commence
en précisant que la coopération en matière de
réglementations doit servir les intérêts des
monopoles. Ce chapitre déclare que l'objectif d'une telle
coopération est de « prévenir et éliminer
les barrières inutiles au commerce et à l'investissement
», « créer un climat
propice à la concurrence » et soutenir les «
objectifs de la politique publique ». En gros, ce sont les
objectifs de gouvernements comme la dictature Harper qui défend
sans vergogne les monopoles. Un autre aspect de la coopération
en matière de réglementation est d'identifier des «
solutions de remplacement » à la
réglementation, ce
qui dans le jargon néolibéral signifie «
autoréglementation » par les monopoles — laissant le
renard gérer le poulailler. Toute consultation Canada-UE sur la
coopération en matière de réglementation sera
« non publique », c'est-à-dire menée en
secret. Il devient évident dans le chapitre 26 que le but
réel n'est pas seulement la coopération en matière
de réglementation mais la « convergence » et
l'« harmonisation » de la réglementation. Les deux
parties doivent s'engager dans une course mutuelle vers le bas
jusqu'à ce que les monopoles aient le champ totalement libre
pour mieux piller les économies du Canada et de l'UE.
L'AECG montre une fois de plus que la domination
politique et l'expression concentrée de libre-échange est
l'exercice du droit de monopole contre le droit public dans tous les
domaines et questions, les intérêts privés
monopolistes supplantant l'autorité publique et le service civil
au sein des institutions politiques. L'attaque contre les
réglementations intérieures et le but de faire converger
les réglementations du Canada avec celles de ses plus puissants
partenaires européens l'illustrent bien, la même chose se
réalise avec les accords de libre-échange avec les
États-Unis. Toutes les importantes questions politiques sont
décidées derrière des portes closes par ces
intérêts
monopolistes privés directement impliqués dans la prise
de décisions qui affectent l'autorité publique. Les
droits de tous, spécialement la classe ouvrière, sont
sous une pression extrême. Toutes formes de lois civiles et du
travail, ainsi que les droits autrefois considérées
importants pour maintenir la stabilité de la
société sont rapidement abolis dans
la précipitation à faire du Canada un vassal des
États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord.
Afin d'établir une économie
autosuffisante avec l'industrie manufacturière en tant que
fondation afin de garantir le bien-être du peuple en toutes
circonstances, tous les accords de libre-échange doivent
être annulés, incluant l'AECG. Ils doivent être
remplacés par le commerce égal pour l'avantage
réciproque de toutes les nations, grandes ou
petites, reconnaissant le droit inaliénable du peuple canadien
et des Premières Nations à la propriété et
au contrôle de leurs ressources naturelles ainsi que le droit
inaliénable du peuple canadien à contrôler les
décisions qui affectent l'économie socialisée
ainsi que l'environnement social et naturel. Tous les accords
militaires avec les États-Unis et la
participation à leurs guerres à l'étranger doivent
être annulées. Finalement, cela requiert l'habilitation du
peuple souverain au sein d'institutions modernes renouvelées qui
garantissent le droit du peuple de se gouverner lui-même ainsi
que ses propres affaires.
Note
1. Il y a un an, le 18 octobre 2013, le premier
ministre du Canada Stephen Harper et le président de l'UE
José Manuel Barroso annonçaient la signature de l'Accord
économique commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union
Européenne (UE). L'AECG doit toujours être ratifié
par les 28 États membres de l'UE ainsi que les provinces
canadiennes, un processus qui doit prendre deux ans ou plus. Le plan
pour l'AECG a été initialement élaboré
après la publication d'une étude conjointe UE-Canada
publiée en 2008, les négociations ont officiellement
commencées en mai 2009. Comme toutes les ententes de
libre-échange de Harper, les négociations ont
été délibérément tenues
secrètes vis-à-vis le peuple canadien. Toutefois, le 13
août, une copie de 521 pages de l'ébauche finale de
l'AECG, datée du 5 août à Bruxelles, a
été divulguée au public.

Vaste opposition au libre-échange
néolibéral
L'opposition à l'accord commercial Canada-Union
européenne se poursuit
Suite à l'action enthousiaste du 26 septembre
2014 sur la colline du Parlement contre l'Accord économique et
commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union Européenne
organisée par la Coalition du syndicat canadien de la marine
marchande et de la filière alimentaire, les travailleurs de
l'industrie maritime ont donné suite à leur
engagement de veiller à ce que le peuple partout au pays soit
mobilisé pour arrêter l'AECG. Ils veillent ainsi à
ce que les gens soient bien informés des dangers que
représente l'AECG, comment celui-ci attaque les
réglementations mises en place pour protéger cette
industrie canadienne d'importance vitale, les droits des travailleurs,
les services
publics ainsi que l'autorité publique. En Ontario, au
Québec et en Colombie-Britannique, les travailleurs ont
distribué des tracts sur les trottoirs et aux bouches de
métro, faisant du porte-à-porte ainsi que des appels
téléphoniques, envoyant des courriels et visitant des
députés et des ministres du gouvernement.
Le 11 octobre, des manifestations ont eu lieu partout en
Europe exigeant de mettre fin aux négociations touchant à
trois principaux accords : le Partenariat d'investissement et de
commerce transatlantique (PICT), l'Accord entre le Canada et l'Union
européenne (l'AECG), ainsi que l'Accord du commerce des services
(ACS) qui est présentement
négocié par 23 membres de l'Organisation mondiale du
commerce (OMC). Des actions ont eu lieu dans 22 pays de l'Europe, dont
des marches, des rassemblements et d'autres évènements
publics tenus dans plus de 1000 endroits différents. Les
Européens s'inquiètent grandement de comment ces ententes
vont empiéter l'autorité publique et le droit
du peuple de décider de ses affaires.
Dans un article sur l'importance de ces actions, le
Parti communiste révolutionnaire de Grande-Bretagne
(marxiste-léniniste) fait valoir que « le PICT vise
à faciliter la libre circulation du capital financier tout en
violant les souverainetés nationales et en niant
l'autorité publique de ces pays au nom du droit du capital
financier international. [...]
Il s'agit d'un arrangement néolibéral pour faciliter le
diktat débridé des monopoles. Entre autres, il rendrait
les services publics, notamment les écoles et les
hôpitaux, vulnérables à la privatisation sous la
direction des monopoles de la santé, en particulier ceux des
États-Unis, sous prétexte d'« harmoniser »
les
réglementations. Cela viserait plus
particulièrement à rendre irréversible le
processus de privatisation, ce qui ne veut pas dire que le rôle
de l'État serait laissé pour compte. Au contraire, le
rôle de l'État en tant qu'agent des monopoles serait
rehaussé au moyen du PICT. » Avec le PICT, les monopoles,
par le biais du système de règlement des
différends entre investisseurs et États
(RDIE), pourraient poursuivre en justice des institutions publiques
qu'ils soupçonneraient d'« expropriation indirecte »
de profits potentiels.[...]
« L'Accord sur le commerce des services (ACS) vise
à libéraliser le commerce de services tels les services
bancaires et de transport entre 23 parties [dont le Canada et l'Union
européenne], tel qu'initié par les
États-Unis. »
St. Catharines; devant le bureau du ministre de
la Justice,
Rob Nicholson, Niagara Falls
 
Montréal;
Québec; Vancouver
Bureau du ministre du
commerce international Ed Fast à Abbotsford
 
Royaume-Uni
Londres
 
Londres; Cheltham
Finlande

Helsinki
Allemagne
Berlin

Hamburg

Leipzig
Luxembourg
Pays-Bas

Maastricht
 
Amsterdam
France

Le besoin d'une réglementation qui
défend la sécurité de l'environnement naturel et
social et celle des travailleurs
Le déraillement de train en Saskatchewan montre
le besoin urgent de restreindre le droit de monopole
- George Allen -

Wagon-citerne transportant des distillats de
pétrole qui a été éventré
et a pris feu lors du déraillement à
Wadena (Saskatchewan), 7 octobre
2014.
Le 7 octobre 2014, un autre déraillement majeur
de train s'est produit au Canada, cette fois à environ 20
kilomètres à l'ouest de Wadena en Saskatchewan. Le convoi
comprenait 100 wagons et 26 d'entre eux ont déraillé et
pris feu et brûlé pendant plusieurs heures. Six des wagons
qui ont déraillé contenaient des matières
dangereuses dont 2 qui
transportaient des distillats de pétrole. Les wagons qui se sont
fissurés et ont pris feu sont de la Classe 111, la même
classe désuète que les wagons du désastre du
Lac-Mégantic le 6 juillet.[1] Environ 50 personnes ont
été évacuées du village de Clair, une
petite communauté située à environ 1
kilomètre du lieu du déraillement de Wadena et des
fermiers ont été évacués de leur ferme
dans la région.
L'information sur les déraillements de train est
cachée ou déformée par les entreprises
ferroviaires et le gouvernement fédéral. Un document de
recherche régulièrement mis à jour, « Les
déraillements et autres accidents et incidents au CN »,
qu'on trouve sur le site web Railroad, en donne 300 exemples et ajoute
qu'il y en a des milliers d'autres
qui se produisent au CN sans parler d'événements
semblables qui impliquent d'autres entreprises ferroviaires au Canada,
aux États-Unis et ailleurs.[2]
Voici 5 de ces exemples qui sont relatés dans le
document de recherche: « En novembre 2012, 5700 litres de diesel
se déversent sur la voie ferrée et dans l'estuaire de
Squamish en Colombie- Britannique... En décembre 2009,
déversement de propane, de benzène et de granules de
plastique près de la colline de Hill en Saskatchewan, qui met le
feu à 34 wagons qui brûlent pendant 6 jours... En juin
2006, un déversement de 233 000 litres d'hydrocarbures se
produit, dont 7 % se retrouvent dans la rivière du Loup au
Québec... En août 2005, 1,3 million de litres de mazout
lourd de type C et 700 000 litres d'huile servant au traitement de
poteaux se déversent dans le lac Wabamun en
Alberta, tuant des centaines d'oiseaux, de poissons et autres
éléments de la faune. Près de 2,7 millions de
litres d'hydrocarbures se sont déversés et ont pris feu
près de Mont- Saint-Hilaire au Québec en décembre
1999, causant l'incendie des wagons qui ont brûlé pendant
plus de 4 jours. »
Selon l'étude du Railroad, on compte parmi les
causes spécifiques de ces déraillements à
répétition la détérioration des voies
ferrées, des rails tordus, la détérioration des
wagons, des trains trop longs et trop lourds, toutes des choses qui
sont la responsabilité des entreprises ferroviaires et du
gouvernement fédéral. On y lit: « Plusieurs des
déraillements, déversements et autres accidents au CN ont
été causés par des violations de la
législation environnementale et de sécurité
ferroviaire du gouvernement fédéral, de la
législation de protection environnementale des provinces, du
Règlement d'exploitation ferroviaire du Canada et des politiques
de sécurité et d'environnement du CN
lui-même. » Une autre cause est la fatigue extrême
des conducteurs de train à cause de leurs horaires de travail,
qui a été confirmée par une étude
récente de Transports Canada (TC) qui a fait état de
niveaux d'épuisement très élevés parmi les
travailleurs qui conduisent des trains de marchandises. L'étude
de TC met en lumière sept accidents sur
lesquels le Bureau de la sécurité des transports a fait
enquête où les quarts de travail irréguliers ont
contribué « à un état d'extrême
fatigue de l'équipage » mais les entreprises ferroviaires
écartent ces constatations pourtant bien documentées
comme étant « biaisées ».

Manifestations contre les normes laxistes des
compagnies ferroviaires
et leur mépris total pour la sécurité, peu
après un déraillement de
train du CP à Calgary, septembre 2013.
Le nombre des accidents ferroviaires et les profits des
monopoles du rail sont tous deux en hausse à cause
principalement de l'utilisation accrue des chemins de fer pour le
transport du pétrole brut et d'autres produits
pétroliers. CN et CP ont rapporté des profits de premier
semestre 2014 de 254 millions $ et 623 millions $, des hausses de 17 %
et 12 % respectivement par rapport au même semestre l'an dernier.
Selon Statistique Canada, les chemins de fer au Canada ont
transporté environ 237 000 wagons de mazout, de pétrole
brut et de gaz à l'état liquide en 2013, incluant les
voyages qui traversent la frontière américaine. C'est peu
cependant comparé au développement
frénétique du
bitume des sables bitumineux et du pétrole conventionnel qui
pointe à l'horizon en Alberta. Le Financial Post
rapporte qu'une capacité de transport par rail de 850 000 barils
par jour est présentement en préparation en Alberta, ce
qui est plus que ne pourrait transporter le pipeline Keystone XL. On
estime qu'a la fin de 2014, ce sont
550 000 barils par jour qui seront transportés par train.
La privatisation des chemins de fer et
l'autoréglementation par l'industrie de choses qui
appartiennent à la société ont produit des crimes
contre le peuple, le plus tragique étant celui de
Lac-Mégantic. Il faudrait accuser de négligence
criminelle le
gouvernement fédéral qui est responsable de la
réglementation de l'industrie ferroviaire. L'assaut
contre le facteur humain a été poussé très
loin, surtout par la réduction constante du nombre de
travailleurs et du personnel gouvernemental responsable de la
sécurité, et à cause des ententes secrètes
avec les entreprises ferroviaires qui leur ont permis d'opérer
en dessous des standards de sécurité. Toutes ces actions
du gouvernement qui favorisent
les monopoles au détriment de l'intérêt public sont
le facteur principal qui a causé les désastres
ferroviaires continuels. Cela fait des années que les
travailleurs affirment avec raison que le refus des gouvernements
fédéral et provinciaux de faire appliquer la
réglementation et de rendre les entreprises ferroviaires
redevables est ce qui leur permet
d'agir continuellement avec impunité.
Le déraillement de Wadena démontre une
fois de plus que les monopoles privés comme le CN ont
usurpé le pouvoir de prendre les décisions sur les
questions qui affectent la société. Cela met la
société en danger et c'est également destructeur
pour l'environnement naturel. Cela démontre aux Canadiens qu'ils
doivent combattre pour s'assurer
que la réglementation soit conforme aux standards qui sont
nécessaires pour garantir la sécurité de la
société, de l'environnement naturel et des travailleurs.
Notes
1. Pour lire davantage sur la tragédie de
Lac-Mégantic, lire les LML du 10 juillet 2013,
Numéro 112 et du 6 juillet 2014, Numéro 88
2. Lire l'étude du Railroader en cliquant ici
(Photos: TSB Canada, G.C. Carra)

Au sujet du rapport du Bureau de la
sécurité des transports du Canada sur la tragédie
de Lac-Mégantic
À
Lac-Mégantic le 6 juillet 2013
Le 19 août dernier, le Bureau de la
sécurité des transports du Canada (BST) a émis son
rapport d'enquête sur la tragédie de Lac-Mégantic.
Créé par une
loi du Parlement en 1990, le BST se définit comme un organisme
indépendant dont le mandat est de promouvoir la
sécurité du transport maritime, ferroviaire
et aérien, ainsi que du transport par pipeline. Le rapport du
BST sur la tragédie de Lac-Mégantic, qui comprend 219
pages, examine les faits qui se sont déroulés
les 5 et 6 juillet 2014, présente son opinion sur les causes et
facteurs contributifs de la tragédie et discute des mesures
prises et à prendre pour qu'une telle
tragédie ne se reproduise pas. On peut lire le texte
intégral du rapport au
www.tsb.gc.ca/fra/rapports-reports/rail/2013/r13d0054/r13d0054.pdf
Confirmation de certains faits
Sans vouloir présenter un résumé
exhaustif du rapport, on peut dire qu'il confirme certains faits parmi
les plus
troublants relatifs à la catastrophe.
Il confirme d'abord que la locomotive de tête du
convoi de trains était dans un état défectueux, ce
qui explique l'incendie qui s'y est produit à peine un
peu plus d'une heure avant la catastrophe. La locomotive avait des
problèmes mécaniques, avait craché une
fumée excessive noire et blanche pendant le trajet
vers Nantes et son moteur avait des fuites d'huile. La Montreal, Maine
& Atlantic (MMA), qui était responsable du convoi de trains,
était informée des
défectuosités (les mêmes problèmes avaient
été signalés la veille de la catastrophe), mais
n'a pris aucune mesure pour les corriger et a maintenu la locomotive
en service. Le rapport confirme aussi que le convoi de trains a
été stationné et laissé sans surveillance
sur une voie principale à Nantes sur une pente descendante
en direction du centre-ville de Lac-Mégantic, ce qui
était chose courante selon le rapport (plutôt que de
stationner le train sur la voie de service qui est munie
d'un dérailleur au cas où le train partirait à la
dérive).
Lorsque le mécanicien de locomotive, qui
opérait le train seul, a immobilisé le train pour la
nuit, il a serré 7 freins à main et activé les
freins à air
indépendants des cinq locomotives et du fourgon
d'équipement de télécommandes des locomotives, ce
qui aussi était pratique courante à la MMA. Pour
maintenir
en fonction les freins à air, le mécanicien de locomotive
a laissé allumer le moteur de la locomotive de tête,
ce qui maintenait en marche le compresseur
alimentant en air le système de freins à air des
locomotives. L'écoulement d'huile du moteur allumé de la
locomotive y a provoqué un incendie, lequel, pour
être éteint, exigeait qu'on coupe le moteur.
L'équipe d'urgence formée des pompiers et du
représentant de la MMA appelé sur les lieux (qui
n'était pas formé
par la MMA selon le rapport en matière d'immobilisation de
train) a quitté les lieux une fois l'incendie éteint,
sans qu'aucun moteur de locomotive ne soit
allumé. Sans arrivée d'air du compresseur, les freins
à air des locomotives se sont progressivement
relâchés et le train, retenu uniquement par les 7 freins
à main,
s'est mis en marche et a dévalé la pente et 63 des 72
wagons-citernes ont déraillé dans le centre-ville de
Lac-Mégantic, y semant la mort et la destruction. Le
BST estime que compte tenu de la charge que portait le convoi de
trains,
il aurait fallu serrer entre 15 et 20 freins à main pour
immobiliser le train de façon
sécuritaire. Le BST révèle que le Règlement
d'exploitation ferroviaire de Transports Canada laisse les entreprises
ferroviaires libres de décider du nombre de
freins qu'elles doivent appliquer pour immobiliser leurs trains, se
limitant à demander que les entreprises appliquent un nombre
« suffisant » de freins. La
politique officielle de la MMA était de serrer 10 % des wagons
plus 2, ce qui aurait voulu dire 9 ou 10 freins à main, mais le
rapport révèle que c'était pratique
courante de serrer moins de freins à main que prévu et de
compenser en gardant en fonction les freins à air qui
immobilisent les locomotives. À noter qu'au
fil des années les entreprises ferroviaires ont abandonné
la pratique d'actionner tous les freins à air de leurs convois
(locomotives et wagons) pour les
immobiliser. Ils l'ont fait pour sauver du temps au redémarrage
et les gouvernements ont couvert ce geste d'impunité.
Un autre fait qui est confirmé est que
l'étiquetage du pétrole brut qui était
transporté par le convoi était faux. L'entreprise
pétrolière, la Western Petroleum,
qui avait vendu le pétrole brut au destinataire du convoi, la
compagnie Irving basée à St-Jean au Nouveau-Brunswick,
l'avait étiqueté comme s'il appartenait
à une catégorie moins volatile et inflammable, ce qui
fait que les wagons utilisés, déjà
inadéquats au transport de matières dangereuses,
l'étaient encore plus
compte tenu du degré de volatilité du pétrole
transporté par le convoi.
Ce sont les entreprises ferroviaires qui ont le pouvoir
de décision
Le rapport présente aussi de nombreux faits qui
illustrent à quel point
Transports Canada refuse de jouer son rôle d'autorité
publique chargée d'assurer la sécurité des
transports. On voit à travers les pages du rapport comment
Transports Canada ne considère pas qu'il a le rôle de
faire appliquer la réglementation de sécurité mais
bien celui de vérifier si les entreprises produisent des
rapports sur leur gestion de la sécurité et de faire des
suggestions au besoin. Depuis 2001, Transports Canada demande aux
entreprises ferroviaires de produire
des Systèmes de gestion de sécurité (SGS) dans
lesquels elles définissent elles-mêmes leur programme de
sécurité. Transports Canada vérifie une partie de
ces
rapports (il n'a pas les ressources nécessaires pour les
vérifier tous) et émet des suggestions, des avis de
non-conformité aux entreprises mais il ne force pas
l'application de mesures de sécurité. Dans le cas de la
MMA, le rapport mentionne que la compagnie s'est fait donner de
multiples avis de non-conformité au
fil des années, mais aucune mesure punitive n'a
été prise à son égard. En fait, selon le
rapport, la MMA a mis en place son SGS en 2002 mais ne l'a pas mis
en oeuvre avant 2010 et cela seulement après vérification
par Transports Canada.
Le rapport discute plus loin de la décision qui a
été prise par MMA en 2012 d'opérer ses trains au
Canada avec une seule personne à bord. On a lu dans les
médias que Transports Canada a autorisé MMA à
opérer avec une seule personne à bord. En fait, la chose
va encore plus loin et le rapport montre que la MMA
a informé Transports Canada de sa décision
d'opérer ses trains à partir de la frontière
canado-américaine vers Farnham et Lac-Mégantic et qu'elle
a simplement
mis sa décision en application. Transport Canada a dit n'avoir
pas l'autorité d'approuver ou de rejeter une telle chose, mais
seulement de faire pression sur l'entreprise
pour qu'elle prenne des mesures d'atténuation des risques.
Causes et facteurs de la tragédie et
recommandations
En fait de causes et facteurs contributifs de cette
tragédie, et en fait de risques qui rendent
possibles de telles tragédies, le rapport en cite quelques
dizaines qui vont du stationnement de ce train transportant des
matières dangereuses sans surveillance
sur une voie principale, la mauvaise immobilisation du convoi à
cause du trop petit nombre de freins à main appliqués,
à l'état de la locomotive de tête, à la
faible culture de sécurité à la MMA et à
l'insuffisance généralisée du travail de
Transports Canada pour s'assurer que les mesures adéquates de
sécurité sont
prises par les entreprises.
Le rapport discute de mesures prises depuis la
catastrophe et à prendre pour améliorer la
sécurité ferroviaire et éviter des catastrophes
comme celle de Lac-Mégantic. Il cite notamment ses propres
recommandations.
Une de ces recommandations est à l'effet que
Transports Canada et son pendant américain Pipeline and
Hazardous Safety Administration exigent que tous
les wagons-citernes de catégorie 111 affectés au
transport de liquides inflammables soient conformes à des normes
de protection renforcées qui réduisent
considérablement le risque de déversement de produits
lorsque ces wagons sont impliqués dans des accidents. Une autre
recommandation demande à Transports
Canada de forcer les compagnies ferroviaires qui transportent des
matières dangereuses à planifier leurs itinéraires
et de faire des évaluations périodiques de
risques; une autre demande que Transports Canada exige des plans
d'intervention d'urgence lors du transport de grandes quantités
d'hydrocarbures liquides. On
compte aussi des recommandations pour une immobilisation plus
sécuritaire des trains transportant des marchandises
dangereuses, que les trains par exemple
ne puissent pas être laissés sans surveillance sur la voie
principale et que Transports Canada revoit le règlement qui se
contente actuellement de prescrire qu'un
nombre suffisant de freins soit appliqué pour immobiliser le
train.
Le BST se dit partiellement satisfait des mesures prises
par Transports Canada et les entreprises ferroviaires depuis le
déraillement.
La réponse de Transports Canada
Par le biais de la ministre des Transports Lisa Raitt,
Transports Canada a tout de suite répondu au rapport
du BST dans un bref communiqué. La ministre ne fait aucune
référence aux critiques qui sont émises par le
rapport envers Transports Canada. Elle déclare
d'emblée que la catastrophe a été causée
par le non-respect des règles en matière de freinage et
elle dit que la preuve, ce sont les accusations criminelles
qui ont été portées contre les trois
employés de la MMA. Elle présente certaines des mesures
que Transports Canada a prises depuis la tragédie de
Mégantic,
que
ce soit que les trains transportant des matières dangereuses
seront désormais pilotés par au moins deux personnes, ou
que ces trains ne pourront plus être
laissés sans surveillance sur une voie principale. Elle refuse
de traiter de la question que le gouvernement a abandonné aux
intérêts privés la prise de décision
en ce qui concerne l'industrie ferroviaire ce qui fait que même
la réglementation existante n'est pas appliquée.

Quelques moments clés de la privatisation et de
la déréglementation de l'industrie ferroviaire canadienne
1985: La politique de déréglementation
« Aller sans entraves » est introduite par le gouvernement
fédéral. Ce changement de politique a
séparé la
législation économique de la législation sur la
sécurité et a éliminé les obstacles
à la transformation structurale de l'industrie ferroviaire. En
vertu de ce
changement, les chemins de fer nationaux se sont restructurés en
fermant des lignes et en cédant des milliers de voies à
des compagnies d'intérêt local.
La période s'étendant de 1984 à
1989 a servi à ajuster certaines lois canadiennes aux
exigences présentes et à venir de l'Accord de
libre-échange
(ALE) entre les États-Unis et le Canada (1987) et l'accord futur
de l'ALENA, l'Accord de libre-échange nord-américain
entre les États-Unis, le Canada et
le Mexique (1994). Les chemins de fer étaient
particulièrement concernés.
1987: Le gouvernement du Canada vote la Loi
sur les chemins de fer nationaux du Canada qui
déréglemente les tarifs ainsi que
la restructuration des réseaux ferroviaires. L'argument qui est
invoqué est que les entreprises ferroviaires canadiennes ne sont
pas concurrentielles avec les
entreprises américaines qui peuvent maintenant abandonner les
lignes non rentables et fixer leurs propres tarifs en vertu de la Staggers
Rail
Act
de 1980.
1989 : La Loi sur la sécurité
ferroviaire (LSF) entre en vigueur. C'est une époque de
profondes métamorphoses du transport
ferroviaire au Canada, marquée par les privatisations et la
restructuration de l'industrie et par la déréglementation
gouvernementale. La LSF a été élaborée
dans un esprit de collaboration entre le privé et les pouvoirs
publics et elle traduit une désaffection à l'égard
d'une approche réglementaire prescriptive au
profit d'une approche qui donne aux chemins de fer le rôle de
déterminer eux-mêmes la sécurité de leur
exploitation.
1995 : Le CN qui avait été une
société d'État, est privatisé. Entre 1990
et 2006 près de 10 000 km de voies ferrées ont
été abandonnées, à peu
près à part égale par le CN et le Canadien
Pacifique.
Le CN et le CFCP sont devenues des entreprises qui
exploitent environ 74 % du réseau ferré du Canada,
contre 90 % dans les années 1990. On compte
aujourd'hui une quarantaine de compagnies d'intérêt local
qui exploitent plus de 16 000 km de voies. VIA Rail continue de dominer
le secteur des services
ferroviaires voyageurs, en transportant 95 % des voyageurs ferroviaires
interurbains.
1996 : Le gouvernement fédéral
adopte la Loi sur les transports au Canada (LTC de 1996),
peu après la privatisation du CN. Elle
codifie et révise la Loi sur les chemins de fer nationaux
du Canada de 1987 afin d'accroître la
déréglementation pour que la réglementation
canadienne s'harmonise davantage à la réglementation
américaine de la Staggers Rail Act. Elle simplifie le
processus de vente et d'abandon de
lignes en déclarant que la vente et l'abandon de lignes de
chemins de fer découlent de décisions
d'intérêt commercial plutôt que
d'intérêt public. Les sociétés
ferroviaires n'étaient plus tenues de démontrer que la
vente ou l'abandon de lignes non rentables servirait
l'intérêt public. De plus, les nouveaux règlements
réduisaient la période d'attente d'approbation des ventes
de courtes lignes ferroviaires à des exploitants d'environ deux
ans à seulement quelques semaines.
Enfin, la LTC de 1996 a réduit le pouvoir qu'avait l'Office des
transports du Canada d'intervenir dans les prises de décision
sur les itinéraires, l'emploi
et les politiques de la société.
1999 : D'autres modifications sont
apportées à la LSF. On procède à des
réformes de la réglementation en introduisant
l'obligation d'un chemin
de fer à se doter d'un système de gestion de la
sécurité (SGS) qu'il élabore lui-même. De
nouveaux rôles sont alors dévolus à l'industrie et
au gouvernement.
Les compagnies de chemin de fer élaborent et adoptent un SGS. Le
ministère vérifie le système de gestion de la
sécurité d'une compagnie en se fondant
sur ses résultats plutôt qu'en procédant à
des inspections détaillées de sa conduite du point de vue
des normes de sécurité. La logique qui est
présentée est
que les entreprises ferroviaires doivent gérer des
priorités concurrentes: la sécurité est
considérée comme une des priorités à
équilibrer avec le rapport coût-efficacité, la
technologie, le rendement des investissements, etc. C'est donc aux
entreprises selon cette logique que revient le rôle
d'élaborer des programmes
de sécurité (SGS) et le rôle du ministère en
est un de vérificateur des rapports de l'entreprise. Même
dans son rôle de vérificateur de ces rapports, Transports
Canada n'en vérifie qu'une partie et la MMA a pu opérer
pendant 8 ans sans même avoir mis en application un SGS.

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