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Numéro 120 - 1er
octobre 2014
Annulez l'Accord de
libre-échange Canada-Union européenne!
« Pas de quartier pour les pirates
néolibéraux
du libre-échange! » disent les marins
Annulez
l'Accord
de
libre-échange
Canada-Union européenne!
• « Pas de quartier pour les pirates
néolibéraux du libre-échange! » disent les
marins
• Ce que les travailleurs avaient à dire
• On est en train d'ouvrir la porte au
démantèlement de notre secteur - Entrevue
avec Patrice Caron, vice-président
exécutif du Syndicat international des marins canadiens
À titre
d'information
• Qu'est-ce que l'AÉCG ? Et quels sont
les effets pour l'industrie maritime canadienne? - Syndicat
international des marins canadiens
Annulez l'Accord de libre-échange
Canada-Union européenne!
« Pas de quartier pour les pirates
néolibéraux
du libre-échange! » disent les marins
Le 26 septembre, des centaines de marins venus de
Thorold, Toronto, Montréal, Québec, Trois-Rivières
et d'autres villes ont tenu une manifestation militante sur la colline
du Parlement à Ottawa contre l'Accord économique
commercial global entre le Canada (AÉCG) et l'Union
européenne et pour défendre les droits de cabotage. (Voir
l'article
d'information
sur
le
cabotage ci-dessous)
Le même jour, le premier ministre Stephen Harper
recevait Herman Van Rompuy, le président du Conseil
européen, et Jose Manuel Barroso, le président de la
Commission européenne. Harper, Van Rompuy et Barroso ont
utilisé l'occasion pour déclarer que l'accord a
maintenant été finalisé et qu'il reste seulement
aux parlements des États
membres à le ratifier pour qu'il entre en vigueur.
Avec à leurs côtés des
débardeurs, des fermiers, des postiers et d'autres travailleurs
du secteur public, des représentants du Conseil des canadiens et
du Réseau québécois sur l'intégration
continentale, des activistes du Parti marxiste-léniniste et des
activistes allemands contre l'AÉCG, les marins ont
déclaré avec force : « C'est loin d'être
fini !
»
À mesure qu'ils descendaient des autobus venus du
Québec et de l'Ontario, les marins se rassemblaient sur la rue
Sparks devant les bureaux de Transports Canada, l'agence responsable
des voies d'eau du Canada et des eaux environnantes.
Avant que la marche ne s'ébranle en direction du
Parlement, le président du Syndicat international des marins
canadiens (SIMC), James Given, a tout de suite donné le ton
à la manifestation.
« L'AÉCG est un mauvais accord pour le
Canada. C'est un mauvais accord pour notre industrie et pas question
pour nous de nous laisser faire ! Nous n'allons pas rester les bras
croisés pendant que les bureaucrates et les politiciens nous
dictent comment nous allons gagner notre vie ! Nous avons
été tranquilles trop longtemps ! C'est assez
maintenant. À partir d'aujourd'hui, ils vont entendre parler de
nous, ils vont devoir nous écouter et faire ce que nous leurs
disons de faire ! », a-t-il dit.
Précédés des joueurs de cornemuse,
et avec dans le contingent un gigantesque marteau de juge gonflable
représentant la cession par l'AÉCG de l'autorité
publique au droit de monopole, les manifestants ont marché vers
le nord sur Sparks puis vers l'est sur l'avenue Wellington en direction
du Parlement. Les rues résonnaient des slogans: « Non
à l'AÉCG ! » et « Arrêtons
l'AÉCG ! »
Des barricades avaient été montées
devant les marches du Parlement à cause de la présence
à l'intérieur de Van Rompuy et de Barroso. Les marins et
leurs supporters se sont rassemblés devant les barricades pour
écouter attentivement le président du SIMC James Given.

James Given
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« Nous sommes venus ici au Parlement mais les
marches sont bloquées par les barricades et les portes sont
closes, a-t-il dit. C'est notre Parlement ! Pas leur Parlement, notre
Parlement ! »
« ' La démocratie en action ': vous n'avez
pas
à venir parler aux gens que vous êtes en train d'attaquer.
Laissez-les gens dans le noir. Travaillez en cachette. Pas de
transparence. »
« Puis ils parlent de nous — ils parlent des
travailleurs. Pour eux nous sommes juste une marchandise que vous
pouvez échanger d'un trait de plume. Nous avons des petites
nouvelles pour vous aujourd'hui: c'est notre Parlement ! Nous allons le
reprendre. Ce n'est que le début, pas la fin. Que personne ne
pense que c'est la fin. On commence
aujourd'hui. Aujourd'hui nous sommes des centaines. La prochaine fois
des milliers. Puis des dizaines de milliers. Le mouvement syndical du
pays vient de se réveiller. C'est une fois de trop monsieur
Harper, et maintenant vous allez rendre des comptes.
« C'est à cause de l'AÉCG que nous
avons créé la Coalition maritime. L'AÉCG va
détruire l'industrie du transport maritime. Aucune illusion
à se faire là-dessus, ne croyez pas leurs mensonges, si
ça passe, ça va nous détruire. Pas de quartier
avec ce gouvernement, ils ne pourront pas se cacher. Chaque fois qu'ils
vont sortir en public pour dire
combien ils sont merveilleux, nous allons être là pour
dire la vérité.
« La vérité est que cet accord n'est
pas transparent. Il n'est pas question que cet accord soit conclu avant
qu'il ne soit soumis au peuple. C'est nous qui contrôlons le
Parlement ! C'est notre Parlement ! Notre Parlement !
« Nous avons plein d'amis avec nous aujourd'hui.
Ne pensez pas que nous sommes seuls. Si vous regardez ce qui se passe
à l'UE, vous verrez que l'accord de monsieur Harper est en
difficulté. Combien de fois vont-ils nous dire que c'est conclu
alors que ce ne l'est pas ! C'est loin d'être dans le sac ! L'UE
veut des changements, nous voulons
des changements ! Ce n'est pas fini, peu importe combien de fois ils
disent que c'est fini, ce n'est pas fini ! Et ça ne sera pas
fini
tant que le peuple ne se sera pas prononcé. Et aujourd'hui les
marins et la Coalition, nous nous prononçons. Nous disons:
Arrêtons l'AÉCG ! Arrêtons l'AÉCG !
Arrêtons l'AÉCG !
« La solidarité avec nous ne cesse de
grandir. Les marins, nous avons toujours été bons
à la bataille. Puis on s'est laissé aller. On a pris du
poids un peu. Nous pensions que les choses allaient bien. Le temps de
la complaisance dans notre industrie est fini. Nous sommes debout, et
nous nous battons, et nous nous battrons encore jusqu'à la fin,
jusqu'à ce que cet accord soit relégué aux
oubliettes. Plus encore, nous voulons que nos lois de cabotage soient
renforcées, pas affaiblies, renforcées !
« Ça, c'est la voix du peuple, pas la voix
de ceux qui se cachent derrière des portes closes. La voix de
ceux qui se dissimulent dans les salles de réunion et accouchent
de ces accords. Ceux qui vous vendent quelques jours seulement avant de
signer l'accord, peut-être parce qu'ils vont obtenir quelque
chose en retour pour eux. On ne sait jamais,
peut-être bien que quelqu'un a gagné un voyage à
Paris pour la fin de semaine. Peut-être que c'est tout ce que
nous valons pour eux !
« C'en est assez maintenant, confrères et
consoeurs, c'en est assez ! Je ne me suis jamais senti aussi prêt
à me battre. Il y a un vieux dicton, je l'ai déjà
utilisé dans le passé: nous ne cherchons pas la bataille,
mais si vous nous cherchez vous allez nous trouver. C'est pour
ça que nous sommes ici aujourd'hui! » [ Les slogans
retentissent: «
Arrêtons l'AÉCG ! « Luttons pour nos droits !
» ]

Pierre-Yves Serinet
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Given a ensuite donné la parole à
Pierre-Yves Serinet, le coordonnateur du Réseau
québécois sur l'intégration continentale. Il a dit
que l'AÉCG concerne tous les Canadiens. Il a aussi rejeté
la prétention de Harper et des dirigeants de l'UE à
l'effet que l'AÉCG est conclu maintenant.
« C'est faux. Les États membres de
l'Europe, les citoyens et citoyennes, les organisations sociales ont
dit que cet accord doit faire l'objet d'un débat public. C'est
un accord qui va avoir un effet fondamental sur nos services publics,
sur nos emplois. Sur les services comme la santé ils nous
annoncent qu'avec cet accord-là, cela va avoir un
impact de plus de 800 millions $ sur le coût des
médicaments. On a le droit à un accès universel
pour tous et toutes à nos services de santé. »
Il a appelé les députés et les
municipalités du Québec et du Canada à analyser et
débattre du texte de l'accord afin de protéger les
services publics.
Katie Ward, la représentante de l'Ontario au
Comité consultatif des femmes du Syndicat national des
cultivateurs, a parlé de l'impact que l'AÉCG va avoir sur
les fermiers au Canada.

Katie Ward
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« Je parle ici au nom du Syndicat national des
cultivateurs et je veux vous dire que cet accord est mauvais pour les
cultivateurs, et mauvais pour les Canadiens qui veulent consommer des
produits locaux. Avec cet accord, les producteurs laitiers du Canada
vont perdre 4 % du marché domestique du fromage, ce qui ne
semble
pas beaucoup, mais
en réalité cela représente l'ensemble de la
production laitière de toute la Nouvelle-Écosse.
« C'est un mauvais accord pour les fermiers. Un
fermier qui garde ses propres semences et est accusé de
violation des brevets peut se faire confisquer tous ses avoirs avant
même de paraître devant un tribunal, et ce n'est pas facile
de faire une poursuite en cour si vous ne pouvez pas vous payer un
avocat. L'AÉCG est un mauvais accord pour
les fermiers canadiens.
« En ce qui concerne l'affirmation que cela va
accroître l'accès de notre porc et de notre boeuf aux
marchés européens, c'est une illusion. Nous avons
déjà un quota libre de tarifs de 23 000 tonnes et nous ne
sommes même pas capables de l'atteindre. Alors augmenter les
quotas à 40 000 tonnes ne va rien changer en ce qui concerne les
fermiers canadiens. Cet accord est un mauvais accord pour les fermiers
canadiens. Non à l'AÉCG ! Non à l'AÉCG !
Non
à l'AÉCG ! »
Scott Harris du Conseil des canadiens et du
Réseau pour le commerce équitable a parlé des
coûts élevés que le libre-échange
néolibéral avec l'UE va ajouter au système de
santé au Canada. Il a ajouté que, comme le Chapitre 11 de
l'ALÉNA, les monopoles canadiens et européens se sont
assurés d'inclure un mécanisme de règlement des
différends entre investisseurs dans le texte de l'AÉCG
qui leur permet de poursuivre les gouvernements de tous niveaux qui
font quelque effort pour limiter leur pouvoir d'investir dans les
services publics et de les privatiser.

Denise Gagnon
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Denise Gagnon, directrice du Service de la
solidarité internationale de la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), a souligné
que les travailleurs exigent un débat public sur l'AÉCG.
« Cela fait trois ans qu'on demande d'avoir des
pourparlers et des négociations sur les accords de
libre-échange autant au Québec que dans le reste du
Canada. Il n'y a rien qui a été fait et aujourd'hui on
veut nous annoncer que l'accord est conclu ! On n'est pas d'accord avec
cela. Non à l'AÉCG ! On ne laissera pas les
transnationales modifier
nos politiques publiques en matière de développement
d'emploi, de santé ou de protection de l'environnement. Tout le
secteur du transport maritime qui est ici, ce n'est que la pointe de
l'iceberg, les autres secteurs vont prendre connaissance des accords et
on va être de plus en plus nombreux à contester cet
accord-là et à appeler nos gouvernements
à le rejeter tel qu'il est formulé », a-t-elle dit.
Un représentant de Campact, une organisation
citoyenne d'Allemagne qui a envoyé trois de ses activistes
à la manifestation, a dit que plus de 383 000 Allemands ont
signé leur pétition contre l'AÉCG. Il a
ajouté que c'est la plus grosse pétition que
l'organisation ait fait signer de toute son histoire.

À gauche: des représentants de
Campact. A droite: Marie Clarke Walker
Marie-Clarke Walker, la vice-présidente
exécutive du Congrès du travail du Canada, a promis
l'appui de son organisation et de ses membres à la lutte contre
l'AÉCG.
Un représentant de la Fédération
internationale des ouvriers du transport a parlé du
caractère international de la lutte des marins
québécois et canadiens contre l'AÉCG. Il a dit
qu'en se battant pour bloquer l'AÉCG et en défendant le
cabotage canadien, les membres du SIMC défendent tous les
marins, leur industrie et les droits de cabotage
partout.
Given a conclu le rassemblement en réaffirmant
que peu importe ce que prétendent Harper et les dirigeants de
l'UE, l'AÉCG n'est pas conclu et les marins, en défendant
leur industrie et les droits de cabotage, ne vont pas permettre aux
gouvernements d'agir en toute impunité.
Le Marxiste-Léniniste réaffirme
combien il est
nécessaire que tous prennent position pour le droit public et
s'opposent à l'AÉCG qui attaque l'autorité
publique et soutient le droit de monopole. Le
Marxiste-Léniniste appelle
tout
le monde à intensifier le travail pour informer la
population et la mobiliser contre les dangers que représente
cet accord néolibéral et pour empêcher sa
ratification.
Appuyons tous la
lutte des marins à la défense de leurs droits,
de l'intérêt public et des droits de tous!
L'avenir est dans la lutte pour les droits de tous!
Pas de quartier pour les pirates néolibéraux du
libre-échange!
Oui au droit public! Non au droit de monopole!
Faisons échec à l'AÉCG!

Ce que les travailleurs avaient à dire
Les marins, membres du Syndicat International des
marins canadiens
L'AÉCG va affecter tous les Canadiens qui
travaillent dans le transport maritime et les travailleurs des autres
industries également. Les métallos, les travailleurs du
rail, tous vont être affectés. Le plus fort c'est que
presque personne ne sait ce dont il s'agit. Nos
membres sont allés rencontrer les députés
fédéraux, très peu d'entre eux avaient même
entendu parler de l'accord.
* * *
Je suis venu ici pour défendre nos emplois, pour
la démocratie et l'environnement. Nos fleuves vont être
inondés de ces bateaux qui vont y venir en nombre de plus en
plus grand, cela va endommager l'écosystème. Si cet
accord est bon pour nous, alors pourquoi il est fait en secret,
derrière des portes closes. Pourquoi est-ce qu'ils ne consultent
pas le public et à tout le moins le Parlement. Même les
parlementaires n'ont pas été consultés. Qu'est-ce
qui se passe. On se pose la question: on vit dans une démocratie
ou quoi ?
* * *
Je suis un apprenti et je suis ici pour voir s'il y a un
avenir pour moi dans cette industrie. C'est pénible qu'on soit
forcé de se rendre au Parlement pour savoir ce qui se passe et
essayer d'avoir notre mot à dire.
* * *
L'AÉCG est une brèche dans nos lois sur le
cabotage qui existent depuis 50 ans et dans nos conditions de travail
pour lesquelles nous nous sommes battus depuis 50 ans. C'est aussi un
gros manque de communications, ces gens qui veulent bafouer nos droits
acquis depuis 50 ans et sans même venir nous parler alors que
c'est nous qui allons
être affectés. Il a fallu qu'on vienne ici pour manifester
pour au moins avoir notre mot à dire. Nous avons le droit
d'avoir notre mot à dire, ce sont nos emplois.
* * *
C'est une attaque contre la démocratie. Pour les
grandes multinationales, les travailleurs sont juste une marchandise.
Il n'y a aucun respect pour le travail. Regarde ce qu'ils ont fait avec
le PDG de la Caisse de dépôt quand il a perdu 40 milliards
$ sur les marchés financiers en 2008. Ils lui ont donné
une promotion ! Ils l'ont nommé à un poste
de direction chez Power Corporation avec une prime énorme. Nous
autres, ils ne nous parlent même pas.
Débardeurs, membres du Syndicat international
des débardeurs et magasiniers et du Syndicat canadien de la
fonction publique
Je suis de Trois-Rivières et nous sommes
très inquiets que les compagnies maritimes vont essayer de nous
remplacer par des travailleurs étrangers sous-payés si
l'AÉCG est adopté. S'ils peuvent le faire
avec les marins, ils peuvent le faire à nous aussi. Les
compagnies maritimes peuvent décider que si elles peuvent amener
leurs propres marins alors elles peuvent engager les débardeurs
qu'elles veulent pour augmenter leurs profits.
* * *
Nous sommes venus ici aujourd'hui pour appuyer les
marins bien sûr mais également tous les travailleurs. Tout
est attaqué avec l'AÉCG, l'industrie maritime, les
régimes de retraite, les services publics. C'est très
bien qu'on ait créé la Coalition maritime, tous les
travailleurs maritimes en font partie. Nous sommes tous
attaqués, nous devons
nous tenir ensemble et tous mettre la main à la tâche.
* * *
Nous sommes venus ici pour être avec les marins
parce que notre affiliation syndicale spécifique à chacun
n'est plus ce qui compte. Nous sommes tous visés par
l'AÉCG. C'est seulement en se tenant tous ensemble qu'on peut
vaincre. S'ils sont capables de se débarrasser de leurs marins
ils vont nous faire la même chose à nous aussi et en fait
à tous les travailleurs qui vont être à leur
portée.
Travailleurs du secteur public
Nous sommes venus de Toronto appuyer nos
confrères du Syndicat international des marins canadiens. Un bon
emploi, ça a un impact sur nous tous. Nous devons nous tenir
ensemble. L'AÉCG est aussi une attaque contre les services
publics et les travailleurs du secteur public. On blâme les
travailleurs du secteur public pour tous les problèmes.
Laisse-moi te dire à quel point nous sommes fiers de voir les
employés municipaux au Québec se battre pour leurs
pensions. C'est du vol pur et simple qui est en train de se passer
là-bas.
* * *
L'AÉCG est aussi une grande attaque contre les
services publics. Ceux-ci vont être réduits et
coûter plus cher. Ils veulent privatiser les services publics en
douce et tout ce que ça va faire c'est réduire les
services et les rendre plus coûteux.

On est en train d'ouvrir la porte au
démantèlement de notre secteur
- Entrevue avec Patrice Caron,
vice-président exécutif du Syndicat international des
marins canadiens -
Le
Marxiste-Léniniste: Si l'accord de libre-échange
entre le Canada et l'Union européenne est adopté, quels
changements cela va-t-il apporter à l'industrie canadienne du
transport maritime et aux conditions de travail des travailleurs ?
Patrice Caron: Selon la Loi sur le cabotage
du Canada, quand des produits sont transportés
en eaux canadiennes, cela doit se faire avec des navires canadiens, des
équipages canadiens et à des conditions canadiennes.
L'AECG va permettre à des navires naviguant sous pavillon de
l'Union européenne d'avoir libre accès au
commerce dans les eaux canadiennes sans restriction sur la
nationalité de l'équipage ou du niveau de salaires et de
conditions de travail. Cela comprend des entreprises européennes
qui utilisent des navires arborant des pavillons de complaisance sur
lesquels les travailleurs ont des conditions de travail très
mauvaises, très inférieures à celles de nos
marins. À moins de nous faire travailler pour presque rien,
jamais les compagnies canadiennes ne vont être capables de
concurrencer ces compagnies.
Pour nous, cela veut dire la mort du secteur au Canada.
L'accord mentionne trois aspects spécifiques qui
vont maintenant être ouverts aux navires européens: le
repositionnement de conteneurs vides entre les ports au Canada, la
prestation de services d'apport pour les marchandises
transportées entre les ports de Halifax et de Montréal
quand cela fait partie d'un trajet international et les services de
dragage commercial. Selon nous, il s'agit d'une brèche dans
notre loi sur le cabotage et une porte ouverte au
démantèlement de notre secteur.
Les communautés vont en souffrir. Je pense par
exemple à la communauté de Burnt Islands à
Terre-Neuve où près de 80 % des gens gagnent leur vie en
naviguant sur les Grands Lacs. Pour eux, cela va leur rappeler la
première crise qu'ils ont vécue quand ils ont perdu les
pêcheries et maintenant ils perdent le transport maritime.
LML: Est-ce que le syndicat voit cela
comme une façon de pousser la déréglementation du
secteur du transport maritime ?
PC: C'est bien possible que ce soit le cas. Le
point en ce qui nous concerne est que Harper est en train d'utiliser
cela pour obtenir un avantage mais on n'arrive pas à voir ce que
le gouvernement a obtenu en retour. Ils ne veulent rien nous dire
à ce sujet. Nous avons des gens au syndicat qui sont
allés voir Lisa Raitt, la ministre des
Transports, et elle leur a dit qu'elle n'avait pas lu l'accord, que les
ministres ne sont pas capables de lire tous les accords et qu'il faut
faire confiance au gouvernement Harper. On n'arrive pas à avoir
quelque information que ce soit sur ce que le gouvernement Harper a en
tête. Attendez et vous verrez, on se fait dire. Pourtant on sait
qu'en vertu de
l'AÉCG, les compagnies peuvent poursuivre les gouvernements qui
ont des politiques qui réglementent l'industrie.
En ce moment, dans notre secteur, nous vivons une
pénurie de main-d'oeuvre. Il n'y a pas tant de gens qui
postulent pour devenir marins. Nous avons demandé qu'il y ait
des programmes de formation, de l'aide pour rendre le secteur plus
intéressant pour les jeunes, mais le gouvernement n'est pas
intéressé. Cela ne les dérange pas de laisser
mourir notre secteur parce qu'ils peuvent amener des travailleurs
étrangers aux pires conditions de travail. Nos marins sont
très bien formés pour naviguer dans les eaux canadiennes
en toute sécurité, ils connaissent très bien les
eaux canadiennes, ils font attention à l'environnement quand ils
naviguent, pourquoi est-ce qu'on voudrait s'en
débarrasser ?
LML: Comment le syndicat voit-il son
travail dans la période qui vient ?
PC: Il y a la manifestation d'aujourd'hui, qui
est très importante. Récemment, suite à notre
travail de recherche sur l'AÉCG que nous avons fait avec le
côté nord-américain du Syndicat international des
marins, nous avons formé la Coalition canadienne maritime et
chaîne logistique qui comprend plusieurs
syndicats.
C'est une coalition forte. Nous sommes en train de planifier les
actions pour la période qui vient.

À titre d'information
Qu'est-ce que l'AÉCG? Et quels sont les effets
pour l'industrie maritime canadienne?
- Syndicat international des marins
canadiens -
L'Accord économique et commercial global
(AÉCG) entre le Canada et
l'Union Européenne est le plus ambitieux et exhaustif accord
commercial
jamais accepté par l'une des parties, qui comprend un ensemble
de
facteurs qui peut complètement anéantir l'industrie
maritime canadienne
et, par conséquent, la chaîne logistique globale, y
compris
la route, le rail et l'air. Bien que certains aspects de l'AÉCG
puissent avoir des points positifs pour le Canada, il y a des
éléments majeurs
néfastes pour l'industrie maritime canadienne qui ne peuvent
être
ignorés.
L'AÉCG permet un meilleur accès au
marché de l'UE. Toutefois, le
gouvernement du Canada est allé beaucoup trop loin. Cet accord
n'est
pas équilibré et interrompra le succès et la
croissance future de la
marine marchande canadienne et des communautés qui en ont
longtemps
dépendu.
Les effets à long terme de l'AÉCG vont
changer la gestion de la
chaîne d'approvisionnement, la logistique et la face des ports
canadiens. Les marins canadiens sont fiers et patriotiques; ils
respectent le Canada et veillent à ce que
l'écosystème fragile soit
respecté et protégé et que nos eaux
côtières soient naviguées en toute
sécurité. Les marins
canadiens sont en première ligne pour la sécurité
du Canada sur les
voies navigables aidant notre sécurité nationale.
Les grandes lignes de l'AÉCG
En ce qui concerne les
services maritimes en particulier, l'AÉCG permettra aux
entités de l'UE
ou une entreprise hors de l'UE (qui est détenue ou
contrôlée par des
ressortissants de l'UE au moyen de navires immatriculés dans
l'UE)
d'effectuer les activités suivantes:
- le repositionnement des conteneurs vides entre les
ports du
Canada, sur une base non génératrice de revenu à
l'aide de navires de
tout registre;
- la prestation de services de feeder pour le fret entre
les ports
d'Halifax et de Montréal à bord des navires
immatriculés UE - à la fois
en vrac (liquide en vrac) et le fret conteneurisé pour un
service
continu à l'aide de navires immatriculés en UE; et,
placés dans des
conteneurs en un seul voyage qui fait partie d'un parcours
international en
utilisant des navires de l'UE sur les premiers ou deuxièmes
registres;
et
- les services de dragage commerciaux contractés
par des entités
privées à l'aide de navires de tout registre. De plus,
pour les
contrats de dragage fédéraux achetés, les
entreprises de l'UE,
utilisant des navires immatriculés en UE
(construits/modifiés), seront
autorisés à se positionner sur des contrats
dépassant les seuils de
passation des marchés
de services de construction. Ces seuils sont les mêmes que ceux
qui
sont actuellement liés à l'Accord de l'Organisation
mondiale du
commerce sur les marchés publics (7,8 millions $CAN).
Ce que le Canada est sur le point de perdre
La
bataille de l'Atlantique a été remportée par le
courage, la force et la
détermination de la marine marchande canadienne. En soutenant
une
solide base commerciale des marins et des navires canadiens, cela
permet le flux du commerce maritime intérieur.
Être dépendant des transporteurs
étrangers va affaiblir l'économie
du Canada et mettre notre chaîne d'approvisionnement en danger,
car ils
n'ont pas de racines dans notre pays.
Les marins canadiens rapportent à l'État
plus de 100 millions $ de
taxes, ils contribuent à plus de 500 millions $ pour les
entreprises et
les services locaux dans leurs communautés. Sur les Grands Lacs
et la
voie navigable du Saint-Laurent, le transport maritime a un impact
économique annuel de 36 milliards $.
Qu'est-ce-que le cabotage ?
Le cabotage maritime, ou
commerce côtier comme il est mentionné au Canada, peut
généralement
être défini comme la circulation des marchandises ou des
passagers
entre deux ports ou lieux dans un même État.
Alors qu'au Canada la définition a
été élargie pour inclure d'autres
activités connexes, les conditions de cabotage et le cabotage
sont
utilisés de manière interchangeable et se
réfèrent aux mouvements
intérieurs de fret et de passagers.
La restriction de l'accès au commerce du cabotage
est une mesure de
protection qui a toujours été un choix politique de
nombreux États
maritimes, à la fois développés et en
développement. Son objectif est
de réserver, aux navires battant pavillon national, les
activités qui
impliquent des mouvements nationaux de marchandises et de passagers.
Plus récemment, cet objectif a été élargi
dans certains cas, incluant
des activités commerciales telles que l'exploration des
ressources non
renouvelables et de leur exploitation. Au Canada, seuls les navires
enregistrés pavillon canadien et sur lequel tous les droits
applicables
ont été payés, ont un accès
illimité aux activités qui relèvent du
cabotage.
Que pouvez-vous faire?
Nous pouvons arrêter cette trahison de notre
gouvernement... Nous devons intervenir, et nous devons agir !
Appeler et/ou écrire à votre
Député local et lui dire que le Canada a besoin d'une
industrie maritime forte.
Le Syndicat International des marins canadiens peut vous
fournir un exemple de lettre.
Écrivez-nous à: siuofcanada@seafarers.ca
La Coalition maritime canadienne et chaîne
logistique
Agissons pour le Canada
AFL- CIO Maritime Trades Department
Alliance du St-Laurent
BC Ferry and Marine Workers Union
Canadian Labour Congress
Canadian Maritime Workers' Council
Canadian Merchant Service Guild
Canadian Union of Public Employees- Dockers
European Transport Workers' Federation
International Association of Machinists
International Association of Machinists and Aerospace Workers Seaway
Task Force
International Longshore and Warehouse Union
International Longshoremen's Association
International Transport Workers' Federation
Maritime Union of Australia
Nautilus
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