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Numéro 112 - 18
septembre 2014
Un gouvernement vindicatif envers les
travailleurs du secteur public
Faisons échouer cette attaque du
gouvernement Harper contre les travailleurs du secteur public!
  
Un
gouvernement vindicatif envers les travailleurs du secteur public
• Faisons échouer cette attaque du
gouvernement Harper contre les travailleurs du secteur public!
- Louis Lang
La réduction
des cotisations des petites entreprises au régime de
l'assurance-emploi
• Duperie et fraude sur la création
d'emplois
- Jim Nugent
La Cour suprême
rejette le recours des syndicats contre l'usurpation des surplus de
l'assurance-emploi par le gouvernement
• Un pouvoir de taxation qui viole
l'intérêt public - Pierre Chénier
Fragmentation des
métiers spécialisés
• Une autre manoeuvre antiouvière sous
prétexte de «pénuries d'emploi»
Lettre à la
rédaction
• La dictature Harper finance les monopoles de
la transformation des viandes
Un gouvernement vindicatif envers les
travailleurs du secteur public
Faisons échouer cette attaque du gouvernement
Harper contre les travailleurs du secteur public!
- Louis Lang -
Cela fait plusieurs mois que les négociations
sont en cours entre les plus de 100 000 employés de la fonction
publique fédérale, représentés par
l'Alliance de la fonction publique du Canada, et le Conseil du
Trésor. Le 10 septembre, les négociateurs du Conseil du
Trésor ont déposé une proposition qui saccage le
régime de congés de maladie de
ces travailleurs. Cette proposition s'ajoute à d'autres
changements que le Conseil du Trésor a annoncés qui
comprennent la privatisation de l'administration du régime des
congés de maladie.
Le Conseil du Trésor
propose de réduire les congés de maladie payés de
15 jours à 5 jours par année, dans le cadre de la
création d'un nouveau régime d'invalidité de
courte durée qui ne ferait pas partie de la convention
collective. Dans le régime, les travailleurs n'ont plus le droit
d'accumuler les congés de maladie et ceux qui sont
déjà
accumulés sont tout simplement annulés. Pour les
fonctionnaires fédéraux, cela signifie que 5,2 milliards
$ de crédits accumulés sont rayés de la carte par
le gouvernement conservateur.
Le nouveau régime d'invalidité à
court terme impose une période d'attente de sept « jours
civils » non payés avant que les travailleurs ne
deviennent admissibles aux prestations du régime. Celui-ci
prévoit une couverture maximum de 26 semaines. Les 4
premières semaines seront payées plein salaire et les
semaines restantes à 70 % du
salaire.
Tony Clement, le président du Conseil du
Trésor, a dit que le gouvernement entend mettre le nouveau
régime en oeuvre en septembre 2016. Il n'a rien dit encore de
son intention de privatiser le régime et des coûts qui
seraient impliqués.[1]
En plus de se tenir avec l'AFPC, les négociations
impliquent 16 autres syndicats de la fonction publique
fédérale, et tous les syndicats ont signé un pacte
de solidarité afin de faire front commun sur la question des
congés de maladie.
L'hypocrisie des conservateurs harpériens dans
ces négociations se voit au fait que Tony Clement blâme le
syndicat pour cette attaque contre les droits des travailleurs. Il a
dit publiquement que « le Conseil du Trésor a dû
refaire ses devoirs » et rédiger sa propre proposition
sans la contribution des fonctionnaires parce que « les syndicats
ont
catégoriquement rejeté » son offre de consultation.
Ce que Clement veut dire, c'est que l'Alliance de la
fonction publique mérite d'être punie parce qu'elle a
demandé, comme cela est prévu dans la loi, que toutes les
questions concernant les conditions de travail et les avantages sociaux
soient discutées à la table de négociation et
qu'elle a refusé de participer volontairement au saccage de sa
convention collective. Selon Clement, cela justifie cette attaque
vengeresse et brutale contre les droits des travailleurs du public qui
va même plus loin que ce qui a été fait aux
travailleurs des postes il y a quelques années.
L'AFPC et les autres syndicats qui représentent
les fonctionnaires fédéraux ont tout à fait raison
de refuser de se laisser nier leur droit à leurs congés
de
maladie pour lequel ils se sont battus. Dans les années 60 et au
début des années 70, lorsque les employés
fédéraux ont gagné le droit à la
négociation collective à commencer par le droit de
grève, le droit à 15 congés de maladie
payés par année a été incorporé dans
toutes les conventions collectives qui ont été
signées avec le Conseil du Trésor. C'était une
reconnaissance, de la part du gouvernement fédéral, qu'il
a la responsabilité de maintenir les salaires des travailleurs
qui ne peuvent pas travailler à cause de la maladie et que les
travailleurs avaient sacrifié une partie importante de leurs
salaires en échange du régime de congés de maladie
payés.
Même si c'est
difficile d'avancer un chiffre concret, c'est un fait que dans les 40
dernières années les travailleurs ont renoncé
à des milliards de dollars en salaires pour garder leurs
congés de maladie payés. C'est cet arrangement que le
gouvernement Harper veut abolir. Peu importe les mensonges que Clement
accumule en accusant les
travailleurs « d'abuser des congés de maladie » et
d'ainsi « en faire porter le fardeau financier au gouvernement et
aux contribuables », rien ne saurait justifier les actions de ce
gouvernement qui s'attaque aux droits des travailleurs à des
conditions de vie décentes et transfère des milliards de
dollars dans les coffres des monopoles afin de garantir
leurs profits.
Cette attaque du gouvernement Harper contre les
travailleurs du secteur public et leur droit à des congés
de maladie est une attaque aux droits et aux conditions de travail de
tous et aux services publics que ces travailleurs fournissent. Nous
devons rejeter la notion néolibérale selon laquelle les
travailleurs et leurs conditions de travail sont un
coût pour la société; ce sont les travailleurs qui
créent la richesse sociale et ce sont eux qui ont
première réclamation à cette richesse. En
défendant ces travailleurs, on défend les services
publics dont tous les Canadiens ont besoin pour vivre dans une
société moderne.
Appuyons
tous
la
lutte
des
fonctionnaires
fédéraux
à
la
défense de leurs droits!
Luttons pour la dignité du travail!
Note
1. Voir l'article précédent sur le
régime d'invalidité de courte durée, «
La
lutte des fonctionnaires fédéraux à la
défense de leurs droits » par Louis Lang, dans Le
Marxiste-Léniniste
du 10 septembre 2014.

La réduction des cotisations des
petites entreprises
au régime de l'assurance-emploi
Duperie et fraude sur la création d'emplois
- Jim Nugent -
Le 11 septembre, le ministre fédéral des
Finances Joe Oliver a tenu un événement médiatique
dans une petite usine de Toronto pour créer l'impression que le
gouvernement Harper est préoccupé par le chômage
massif qui frappe le pays et qu'il fait quelque chose à ce
sujet. Ce geste est une réponse du gouvernement aux
données récentes sur l'emploi publiées par
Statistique Canada qui montrent que la situation de l'emploi se
détériore encore, d'un état de faible croissance
à celui de pertes d'emplois. Quelques jours avant l'annonce
d'Oliver, les données du mois d'août ont été
publiées, montrant une perte globale de 11 000 emplois dans
l'économie au cours du mois. L'examen des annonces faites par
Oliver lors de l'événement montre cependant que le
gouvernement Harper n'est ni préoccupé par le
chômage ou l'emploi, ni capable de faire quoi que ce soit
à leur sujet.
Oliver a utilisé sa sortie pour annoncer la mise
en place de ce qu'il a appelé un nouveau crédit
d'impôt pour les petites entreprises et il a
déclaré: « Notre nouveau crédit pour
l'emploi visant les petites entreprises réduira l'impôt
des propriétaires d'entreprises, tout en leur permettant de
créer plus facilement des emplois à l'intention des
Canadiennes et des Canadiens. » Un représentant de la
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
(FCEI), un groupe de pression conservateur, participait à la
présentation. La FCEI a appuyé Oliver en disant que le
crédit d'impôt créera 25 000
personnes/années d'emploi dans le secteur des petites
entreprises.
Le crédit d'impôt annoncé par Oliver
n'est pas vraiment nouveau mais plutôt une version
révisée du « crédit pour l'embauche visant
les petites entreprises » (CEPE) en place depuis trois ans, qui
donnait un crédit maximum de 1000 $ par entreprise. On ne sait
pas si le CEPE a créé même un seul emploi. Par
contre, ce stratagème a permis aux conservateurs d'utiliser plus
de 700 millions $ de fonds publics, soit les sommes d'argent
retournées sous forme de crédits aux propriétaires
de petites entreprises entre 2011 et 2013 afin de microcibler cette
clientèle potentiellement favorable.
Le « nouveau » crédit d'impôt
ressemble beaucoup à l'ancien. La seule différence est
que le crédit maximum par entreprise passera de 1000 $ à
2200 $. En 2014 et 2015, le gouvernement va envoyer des chèques
à plus de 500 000 propriétaires de petites entreprises
admissibles au crédit. Le coût total que le trésor
public défraiera pour que les conservateurs de Stephen Harper
soient dans les bonnes grâces des propriétaires des
petites entreprises sera d'environ 550 millions $.
Une analyse plus détaillée de la
façon dont le crédit d'impôt est calculé
montre combien ridicule est l'affirmation qu'on a affaire à une
mesure de création d'emplois. Le crédit d'impôt est
calculé comme un rabais de 15 % sur les cotisations de
l'employeur à l'assurance-emploi (AE) pour les entreprises dont
la masse salariale est de moins de 1 million $. Pour les employeurs
provenant de secteurs à bas salaires comme l'hôtellerie et
la restauration, cela revient à un remboursement de l'ordre de
1,50 $ par semaine par employé. Pour les employeurs qui paient
les travailleurs au salaire moyen canadien, le remboursement sera de
l'ordre de 3,80 $ par semaine par employé.
Personne ne peut croire qu’un employeur va courir
engager plus de travailleurs pour encaisser ces « incitations
à l’embauche », pourtant les partis d’opposition se sont
jetés à pieds joints dans cette fraude. Eux aussi
voulaient avoir l’air de « faire quelque chose » au sujet
du
chômage.
Le critique du NPD en matière de finances Nathan
Cullens a déclaré aux médias que les conservateurs
ont copié une proposition du NPD en lançant un
crédit d’impôt pour les petites entreprises pour stimuler
l'embauche. Cullens a dit selon les médias: « Elle [la
proposition du NPD] était assortie de conditions: vous obtenez
le crédit d’impôt quand vous avez créé
l’emploi... Au lieu de cela, ils réintroduisent la même
politique aujourd’hui sans la partie sur l’emploi. »
Le chef libéral Justin Trudeau a proposé
un congé de cotisation de 2 ans à l’AE à
l’employeur pour chaque employé engagé, ce qui
revient à environ une semaine de paie par employé. Cela
ne créerait pas plus d’emplois que le crédit
d’impôt annoncé par Oliver, mais ferait en sorte que
certaines petites entreprises recevraient des chèques beaucoup
plus élevés.
Ce crédit d'impôt calculé comme
réduction de la cotisation de l'employeur à l'AE
soulève une autre préoccupation des travailleurs, celle
causée par les efforts du gouvernement Harper pour
démanteler le régime de l'AE et les autres filets de
sécurité sociale. La réduction des cotisations
patronales au régime pour les petites entreprises au moyen d'un
crédit d'impôt fait partie des changements
régressifs d'ensemble au régime de l'AE que le
gouvernement Harper a commencé à mettre en oeuvre dans
ses budgets 2012 et 2013. Cette transformation comprend des mesures
immédiates pour sabrer dans les prestations versées par
le régime aux chômeurs, mais elle comprend aussi des
mesures à long terme visant à miner davantage le
programme d'assurance-emploi.
Les réductions des cotisations patronales
à l'AE
Une partie importante du plan de Harper de transformer
le régime de l'AE consiste dans ses efforts pour le priver de
fonds comme on le voit avec la réduction des cotisations de
l'employeur. Les budgets 2012 et 2013 ont gelé le taux de
cotisation des employeurs et mis en place des mesures qui
réduiront les taux de cotisation de tous les employeurs de plus
de 21 % à compter de 2017 et plafonneront les augmentations des
taux de cotisation pour les années subséquentes. Cela
permettra de réduire les cotisations de l'employeur à la
caisse de l'AE de plus de 5 milliards $ par an et les réductions
les plus grandes iront aux monopoles qui ont les masses salariales les
plus élevées.
Ces réductions de cotisations des employeurs
doivent entrer en vigueur l'année même où Harper
prévoit que le régime de l'AE va être «
autosuffisant financièrement » et ne connaître
« ni déficit ni surplus ». Fonctionner sans
déficit alors que le chômage est élevé et
que les cotisations des employeurs sont en baisse signifie
nécessairement plus de pressions et d'excuses pour sabrer dans
les prestations des chômeurs.
Depuis que la nouvelle réglementation
antitravailleur sur les prestations d'assurance-emploi est
entrée en vigueur suite aux budgets 2012 et 2013, le nombre de
chômeurs admissibles aux prestations a chuté de
façon constante au point où seulement 38 % des
chômeurs reçoivent aujourd'hui des prestations
d'assurance-emploi. Les coupures dans les prestations ont produit un
excédent temporaire dans la caisse du régime que Harper
est en train de voler pour équilibrer son budget, payer les
riches par le biais de diverses manoeuvres et financer le microciblage
des conservateurs en vue de l'élection 2015. À partir de
2017, les compressions soutirées aux chômeurs seront
remises directement aux monopoles et aux autres employeurs, sous forme
de réductions des cotisations des employeurs à l'AE.
Le spectacle récent fourni par Oliver
perpétue la fraude et la destruction qui sont la marque de
commerce des conservateurs de Stephen Harper. Cela montre une nouvelle
fois le manque de sérieux dont fait preuve le gouvernement
Harper face à la profonde préoccupation des travailleurs
pour le chômage. La durée entière du mandat du
gouvernement Harper a été marquée par la
stagnation économique malgré toutes les promesses sur
« l'emploi, la croissance et la prospérité ».
Le taux de chômage officiel s'est maintenu à une moyenne
annuelle de 7 % ou plus au cours des six dernières
années,
et dans la mesure où l'économie s'est remise de la crise
de 2008-2009, c'est une autre reprise économique sans emploi
qu'on a vécue.
L'impuissance et l'indifférence du gouvernement
Harper en ce qui concerne le chômage, sans parler de son
caractère antisocial, antidémocratique qu'on voit sur
toutes les questions, privent les conservateurs harpériens de
toute prétention à la légitimité aux yeux
des travailleurs. Ils doivent rendre des comptes et Harper doit
être défait.

La Cour suprême rejette le recours
des syndicats contre l'usurpation des surplus de l'assurance-emploi par
le gouvernement
Un pouvoir de taxation qui viole l'intérêt
public
- Pierre Chénier -

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Le 21 juillet dernier, la Cour suprême a
jugé irrecevable le recours légal entrepris par deux
centrales syndicales du Québec pour faire déclarer
inconstitutionnels l'utilisation des surplus de l'assurance-emploi par
le gouvernement canadien en le déclarant « voué
à l'échec ». La question remonte à 2010,
lorsque le gouvernement Harper a décidé
de fermer le vieux compte de l'assurance-emploi sans en
transférer le solde cumulatif de 57 milliards $ dans le nouveau
fonds qu'il a créé; le solde cumulatif a
été transféré au fonds
général de revenus du gouvernement fédéral.
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la
Fédération des travailleurs et travailleuses du
Québec (FTQ) ont
fait un recours légal en 2011 pour faire déclarer ce
transfert inconstitutionnel en soulevant que le solde appartient aux
contributeurs du régime, soit les travailleurs et les employeurs
qui y paient les primes. La Cour supérieure du Québec
avait à ce moment-là rejeté l'argument des
syndicats en disant que la Cour suprême avait déjà
émis un jugement
sur la question en 2008 (voir
plus bas). Quelque temps plus tard, la
Cour d'appel du Québec avait statué que la requête
des syndicats avait soulevé des questions nouvelles qui
demandaient examen. Le procureur général du Canada avait
par la suite fait appel de cette décision et c'est cet appel que
la Cour suprême vient d'appuyer en déclarant que
la requête syndicale n'est pas recevable parce que vouée
à l'échec.
Pour revenir au jugement de 2008, il faut se rappeler
que la Cour suprême avait rejeté une requête
déposée en 1998 et 1999 par le Syndicat national des
employés de l'aluminium d'Arvida et la CSN qui contestaient la
constitutionnalité de certaines clauses de la Loi sur
l'assurance-emploi qui avait été adoptée par
le gouvernement
Chrétien. Les clauses visées étaient celles qui
modifiaient le mécanisme de détermination des primes. La
Loi, sous prétexte d'assurer la viabilité à long
terme du régime, avait prescrit que les primes devaient
dorénavant être suffisamment élevées pour
couvrir les besoins du régime pour une période plus
longue que ce n'était le cas précédemment et la
Loi avait aussi établi un fonds de réserve dans le
régime. Cette mesure, combinée aux changements
dramatiques qui ont été faits par la Loi pour resserrer
les critères d'admissibilité aux prestations
(prolongement de la période de travail nécessaire avant
l'admissibilité, réduction des prestations, etc.), a fait
en sorte qu'un énorme « surplus » a
été créé
en quelques années seulement.
Les changements
régressifs au régime de l'assurance-emploi remontent
à plus loin encore. C'est le gouvernement Mulroney qui, en 1990,
a décidé que le gouvernement ne mettrait plus d'argent
dans le régime. Cela a été fait au nom de la
« réduction du déficit », sous l'argument
frauduleux à l'effet que si le gouvernement persistait à
mettre de
l'argent dans le régime de l'AE pour en éponger les
déficits, cela contribuait au déficit budgétaire
du
gouvernement. La « réduction du déficit »
était un des mots d'ordre de l'offensive
néolibérale antisociale des années 1990 et elle
l'est encore aujourd'hui. Avec les mesures drastiques que le
gouvernement Chrétien a prises pour resserrer
l'admissibilité aux prestations d'assurance-emploi, de
soi-disant surplus ont été créés qui ont
été utilisés par le gouvernement pour des
magouilles pour payer les riches au nom de la réduction du
déficit et de la dette.
Pour récapituler, le « surplus » de
57 milliards $ du régime de l'assurance-emploi a
été annulé par le gouvernement et alloué
à la réduction du déficit. Les syndicats ont fait
valoir dans leurs requêtes que ces mesures brisaient le lien
entre les primes versées à l'AE et le régime
lui-même. La Cour en a décidé autrement en disant
que le lien était
maintenu puisque le compte de l'assurance-emploi mentionnait le
surplus. La Cour suprême a statué que l'imposition de
primes faisait partie du pouvoir constitutionnel de taxation du
Parlement et donc qu'on ne pouvait pas dire que le gouvernement devait
57 milliards $ au régime parce que le gouvernement ne peut pas
être endetté envers lui-même. Selon la Cour, le
gouvernement a le droit d'utiliser ces
argents comme bon lui semble. En 2010, le gouvernement Harper a
éliminé tout de bon le vieux compte de l'assurance-emploi
et en a créé un nouveau sans y inscrire le «
surplus » de 57 milliards $ qui avait servi à la
réduction du déficit.
La constitutionnalité de ce traitement des
soi-disant surplus de l'AE soulève plusieurs sérieux
problèmes. Peut-être que ces mesures sont
constitutionnelles, mais il n'en reste pas moins qu'elles sont
injustes. Ces mesures partent d'un intérêt étroit
et, en fait, elles font partie du saccage du régime qui se fait
en
en faisant un instrument de transfert
de richesse pour payer les riches. Le programme de l'assurance-emploi
était une composante des arrangements de l'État qu'on a
appelé État-providence en vertu desquels une portion de
la richesse sociale était distribuée aux chômeurs
pour qu'ils demeurent une main-d'oeuvre disponible aux riches quand
ceux-ci en avaient besoin. Depuis les années
1980-1990, on a coupé avec une telle force dans le régime
de l'assurance-emploi qu'aujourd'hui le pourcentage des chômeurs
qui y sont admissibles n'atteint même pas 40 %. Les travailleurs
s'en sont trouvés transformés en un bassin de
main-d'oeuvre jetable après usage privée de toute
stabilité.
La responsabilité derrière le pouvoir
constitutionnel de taxation du Parlement est détruite du fait
que les gouvernements sont devenus des instruments de
détournement de toutes les richesses de la société
dans les coffres des monopoles, ce qui crée le chaos dans la vie
des travailleurs et dans l'économie. Il faut construire de
nouveaux
arrangements en vertu desquels ce sont les travailleurs et le peuple
qui prennent les décisions et qui entre autres choses
décident de la façon dont les fonds publics sont
amassés et distribués, pour servir l'intérêt
public et non l'intérêt privé.
Manifestation à Montréal le 23
février 2013, l'une des multiples actions qui ont
mobilisé
des milliers de personnes au Canada et au Québec pour exiger la
fin du démantèlement de l’AE.

Fragmentation des métiers
spécialisés
Une autre manoeuvre antiouvière
sous prétexte de «pénuries d'emploi»
Plusieurs initiatives antiouvières et
antisyndicales ont été prises au nom des «
pénuries d'emploi » et des « pénuries
d'emploi
spécialisées », le Programme des travailleurs
étrangers temporaires en étant l'exemple le plus
saillant. Une autre initiative en ce sens est la fragmentation des
métiers spécialisés en compétences en vertu
de laquelle des
travailleurs sont formés pour accomplir un sous-ensemble de
travaux qu'accomplissent habituellement des travailleurs de
métiers spécialisés. Un tel arrangement ferait
bien l'affaire des employeurs cherchant des travailleurs de
métier spécialisé puisqu'il ouvrirait la porte
à une concurrence plus féroce et exercerait une pression
à la baisse sur les
salaires.
Les syndicats de métiers ont jusqu'ici
réussi dans une certaine mesure à protéger les
salaires et les conditions de travail en veillant à ce que la
certification des gens de métier réponde à la
demande pour des travailleurs. En ce sens, la fragmentation des
métiers réduirait le pouvoir des syndicats de
métier de limiter le fonctionnement du marché
du travail. L'avantage serait alors dans le camp de l'employeur en
termes du processus d'accession des nouveaux travailleurs aux
métiers, au détriment des organisations de défense
des travailleurs et de leur capacité de défendre des
normes acceptables dans le processus de formation d'apprentis.
Ce qui suit sont deux exemples de fragmentation du
métier d'électricien, l'un en Colombie-Britannique,
l'autre en Saskatchewan. En Colombie-Britannique, le gouvernement a
inventé un certificat de « Technicien en travail
électrique », qui permet aux travailleurs de faire un
certain travail dans le domaine de l'électricité
après une formation et
un système d'apprentissage beaucoup moins élaboré
que pour une apprenti-électricien.
En Saskatchewan, les compagnies devant poser les
nouveaux « compteurs intelligents » partout dans la
province
ont obtenu des licences leur permettant d'embaucher des personnes sans
qu'elles ne soient électriciens, mais qui ont été
formées seulement dans le but de poser des compteurs. De tels
compteurs sont habituellement posés par des
électriciens certifiés. Une controverse a
éclaté à ce sujet suite à de nombreux
incendies liés à l'installation de ces compteurs, bien
que l'origine des incendies n'ait pas été
élucidé (est-ce la faute des compteurs ou de la
façon dont ils ont été installés?). Ces
compteurs seront aussi installés en Ontario.
L'Association des inspecteurs en
électricité de la Colombie-Britannique : lettre ouverte
à la première ministre Clark (extraits)
Le 9 juillet, l'Association des inspecteurs en
électricité de la Colombie-Britannique (AIECB) a fait
parvenir une lettre à la première ministre de la
Colombie-Britannique, Christy Clark, soulevant
d'importantes inquiétudes suite à la récente
décision de l'Autorité pour la sécurité de
la Colombie-Britannique (ASCB) de reconnaître des certificats
restreints de techniciens en travail électrique émis par
les Technologues et techniciens en science appliquée de la
Colombie-Britannique (TTSACB).
L'association fait valoir que cette décision de
l'Autorité pour la sécurité « est en
violation de l'article 15(k) de la Loi sur les normes de
sécurité de la Colombie-Britannique (BCSSA), qui
autorise seulement l'administrateur en sécurité
provinciale de l'ASCB à reconnaître les programmes de
formation à des fins de qualification à
une licence, un certificat, un permis ou toute autre autorisation en
vertu de la loi. Le fait d'autoriser des travailleurs
semi-qualifiés à accomplir du travail
d'électricien, travail réglementé en
Colombie-Britannique, sur des systèmes électriques pour
lesquels ils n'ont pas la formation adéquate, ne réussira
pas à rehausser la sécurité comme on le
prétend. Au contraire, cela représente un risque pour la
santé et la sécurité publiques en
Colombie-Britannique. Cette décision constitue non seulement un
conflit juridique en vertu de l'article 15 de la BCSSA, mais mine le
système de formation d'apprentis-électriciens et le 'Sceau
rouge' national [...]. Cette formation 'Sceau rouge' est
reconnue à la
fois aux niveaux national et international car elle reconnaît la
formation de travailleurs en électricité ayant la
connaissance technique et la formation sur le terrain requis pour
l'installation et l'entretien d'équipement électrique
soumis à une réglementation visant la protection
des travailleurs et du public en général, les
protégeant d'incendies et de
risques d'électrocution.
« En vertu de l'ébauche de bulletin de
l'ASCB, seulement 480 heures d'expérience sur le terrain sous la
supervision d'une personne qualifiée sont requises pour qu'un
membre de l'ASTT soit autorisé à accomplir du travail
électrique réglementé, et ce, sans supervision.
Une personne ayant suivi un programme de technicien d'un an ou un
programme de technologue de deux ans se qualifierait pour un certificat
en tant que technicien en travail électrique restreint. Une
personne apprenant le métier d'électricien doit suivre un
apprentissage en électricité de 6 000 heures
d'expérience sur le terrain et de 1 200 heures de formation
technique avant d'obtenir un certificat de qualification. La
sécurité des travailleurs et du public en
général dans la province de la Colombie-Britannique va
être mise à risque par cette mesure de l'ASCB. La BCSSA
n'autorise pas le TTSACB à faire de la formation et ceux-ci
n'ont pas de programme leur permettant de faire ce travail. En
surcroît, ils vont eux-mêmes surveiller leurs propres
membres pour
veiller à ce que les normes soient respectées. Il en sera
ainsi puisqu'un inspecteur en sécurité électrique
ne sera pas en mesure de déterminer les qualifications d'un
détenteur de certificat (à savoir s'il est un
électricien de métier ou un technicien en travail
électrique tel qu'autorisé par le TTSACB) responsable
d'un travail spécifique en vertu d'un
permis d'électricité.
« Aussi, cette décision de l'ASBC ne
reconnaît pas adéquatement l'Autorité en formation
industrielle (AFI) qui est mandatée par la province de la
Colombie-Britannique en tant qu'instance dirigeante responsable de la
formation des métiers et des qualifications aux métiers
dans la province de la Colombie-Britannique. Le directeur de la
sécurité
provinciale de l'ASBC a passé outre à l'autorité
de l'AFI en prenant cette décision.
« Aussi l'ASBC n'a pas mis sur pied un processus
de consultation approprié afin de chercher l'avis des principaux
partenaires avant de prendre cette décision. L'industrie
électrique dans son ensemble a depuis deux ans exprimé
son opposition à cette proposition de l'ASBC. Celle-ci n'a
cessé d'ignorer les inquiétudes soulevées par
l'industrie.[...]
« L'ASBC propose de reconnaître les
programmes de formation ainsi que les certificats offerts par le
TTSABC, et cette décision pourrait être contesté
sur le plan juridique en tant que violation de la Loi sur les
normes de sécurité de la Colombie-Britannique.
« L'article 15 de la Loi sur les normes de
sécurité en Colombie-Britannique
prévoit des 'programmes de
formation' qui pourraient être acceptables au directeur de la
sécurité provincial. Le TTSABC n'est pas une organisation
oeuvrant dans la formation. La loi et les règlements sur les
TTSABC de la Colombie-Britannique ne prévoient pas non plus
des programmes de formation.[...]
« Le TTSABC a affirmé qu'il y a une
pénurie de personnes ayant la formation requise pour accomplir
certains types de travaux techniques en électricité et
que les certificats offerts en vertu de cette proposition
répondront à ce manque-à-gagner tout en
légitimant certains des travaux qu'ils accomplissent
présentement. Plusieurs électriciens
dûment autorisés ont augmenté leurs qualifications
et leur expertise dans certains domaines, leur accordant les
compétences requises pour accomplir les tâches
soulevées par le TTSABC et pour lesquelles celui-ci
prétend qu'il n'y a pas de personnes qualifiées. Certains
de ces électriciens sont même devenus technologues ou
techniciens. [...]
« Si cette proposition de l'ASBC va de l'avant,
elle ne pourra que créer un conflit juridique en vertu de
l'article 15 des normes de sécurité de la
Colombie-Britannique. En surcroît, elle créera un
précédent, ouvrant la porte à d'autres
propositions allant dans le même sens et qui feront en sorte que
la Colombie-Britannique ne pourra respecter les
normes requises en vertu du programme du 'Sceau rouge'.
« Les membres de l'AIECB s'opposent
résolument à cette proposition. [...] Cette opposition
est aussi fortement appuyée par l'Association des contracteurs
en électricité de la Colombie-Britannique (ACECB), la
Fraternité internationale des ouvriers en
électricité (FIOE) et le Electrical Articulation
Committee (EAC). Un grand nombre de petits
hommes d'affaires, de travailleurs en entretien et de la construction,
le GVRD, le BC Hydro ainsi que l'industrie électrique dans son
ensemble ont exprimé leur opposition à cette proposition
en signant la pétition 'Pour protéger les métiers
du Sceau rouge' et le nombre de ces signatures ne cesse
d'augmenter.[...] »

Lettre à la rédaction
La dictature Harper finance les monopoles
de la transformation des viandes
Des articles récents
dans Le Marxiste-Léniniste sur l'industrie de la
transformation des viandes montrent clairement comment les
gouvernements provinciaux et fédéral font tout en leur
pouvoir pour défendre le droit de monopole en attaquant
constamment les travailleurs du secteur en brisant leurs syndicats et
en faisant reculer leurs
salaires au bénéfice des propriétaires. Le
Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTÉT)
en est un exemple particulièrement insidieux. Les gouvernements
appuient également les monopoles de la transformation des
viandes en leur fournissant de la recherche et de la formation
gratuites par l'entremise des universités.
Le 4 juin 2014, le Conseil de recherches en sciences
naturelles et en génie du Canada (CRSNG), qui relève du
ministre de l'Industrie, annonçait une subvention de 1,650 $
million au nouveau Canadian Meat Education and Training Network
(MEaTnet) basé à l'Université de l'Alberta.
L'objectif déclaré du programme MEaTnet est de produire
50 diplômés d'ici les six prochaines années pour
remplacer les « dirigeants et le personnel cadre » qui
prennent leur retraite dans l'industrie de la viande. Cela est conforme
à la nouvelle direction du CRSNG qui est de financer le plus
possible les chercheurs pour la solution d'un problème «
spécifique à l'entreprise » d'un partenaire de
l'industrie.
Presque tous les bénéfices du programme MEaTnet iront
directement aux quatre monopoles étrangers qui contrôlent
à présent 80 % de l'industrie de la transformation des
viandes dont deux, JSB et Cargill, dominent le secteur en Alberta. Pas
surprenant alors que les 14 membres du conseil exécutif du CRSNG
ont des liens avec le secteur privé et
qu'un certain nombre ne sont même pas des scientifiques. C'est le
cas par exemple du président du comité du CRSNG sur les
partenariats de recherche (CPR) qui est le président et chef de
la direction du Conference Board du Canada, qui est lui-même
administré par les chefs de certains des plus grands monopoles
privés au Canada.
Un éducateur universitaire d'Edmonton

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