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Numéro 82 - 23 juin
2014
24 juin 2014
Bonne Fête nationale du
Québec
Des
Montréalais de tous les milieux célèbrent la
Fête nationale du Québec le 24 juin 2012 dans le contexte
des grandes
manifestations étudiantes à la défense
du droit à l'éducation.
24
juin 2014
• Bonne Fête nationale du Québec
- Geneviève Royer
• Les origines de la fête du 24 juin
- Serge Patenaude
24 juin 2014
Bonne Fête nationale du Québec
- Geneviève Royer -
La Fête nationale du Québec le 24 juin est
l'occasion de célébrer
par la musique et la chanson, les rencontres, les défilés
et les
activités de quartier ce que
nous sommes en tant que peuple, d'où nous venons et où
nous allons.
C'est une fête multidimensionnelle qui s'apparente beaucoup au
solstice
d'été et à la
tradition immémoriale de la fête de la moisson, ou tout
simplement au
changement de saison et au besoin de se rassembler pour faire le point,
ensemble, toutes
origines sociales et nationales confondues, sur notre histoire commune.
C'est aussi une fête politique qui s'exprime
différemment et avec
plus ou moins de clarté selon les époques et les
circonstances. C'est
l'occasion de réfléchir
à la conduite de nos gouvernants et de discuter de l'état
du pays. Le
besoin de se rassembler grandit avec la marginalisation du peuple par
rapport au pouvoir
politique.
Le sentiment de n'avoir pas de contrôle sur
ce qui nous arrive, de ne pas pouvoir apporter de solutions aux
problèmes de la société qui soient à notre
image,
n'a jamais été aussi grand. En puisant dans sa riche
histoire et son
expérience unique du vivre-ensemble et en s'appuyant sur sa
jeunesse
qui questionne tous les dogmes, le peuple québécois est
à l'aube d'un
grand renouveau. Pour cela, il faut d'abord régler la question
de
qui
décide. Trouver une solution au problème de qui
décide est la quête la
plus unificatrice qui soit. C'est un problème qui est en droite
ligne
avec la lutte des patriotes de 1837-1838.
Les gouvernements actuels au fédéral et au
provincial déclarent que la question de qui décide est
« une chicane »
qu'il faut éviter à tout prix. Sous prétexte de
s'occuper des « vraies
affaires », ils imposent les préoccupations de puissants
intérêts
économiques privés. Ils le font à la fois
grâce à un système électoral
corrompu et
par la division du corps politique sur la base de vieux
préjugés. Dans
son discours inaugural, Philippe Couillard a dit que
l'élection du Parti libéral était une
« victoire de la diversité » (en
opposition à ce que les libéraux et les conservateurs
appellent la
« xénophobie »). Et pourtant, deux paragraphes plus
loin, il montrait que
cette conception de la « diversité » est
précisément la conception à la
base de la division du corps
politique
depuis 200 ans. Il a dit que son ancêtre à lui vient de
Bretagne en
1613
mais que nous sommes tous égaux dans la mesure où nous
démontrons
« l'attachement à nos valeurs communes » qui
seraient,
selon lui, « le
français comme langue commune de notre espace public, dans le
respect
des droits et de la contribution historique de nos compatriotes
anglophones ». On ne trouvera pas de conceptions plus
étriquées et
archaïques des droits.
La réalité est que les vieux
modèles
anglo-canadiens et européens du multiculturalisme et de
l'intégration
sont foncièrement racistes et sont en crise partout où
ils sont
appliqués. Ces quelques phrases de M. Couillard montrent que le
refus
de régler la question de qui décide s'accompagne de
l'imposition des
vieux modèles en crise et que cela prépare des
tempêtes encore pires.
Elles montrent que c'est seulement en défendant une conception
moderne
des droits qu'on résoudra la crise identitaire et qu'on ouvrira
la voie
au progrès du Québec.
Il est donc pressant de répondre à la
situation en tirant les leçons
du passé. L'intelligence d'un peuple vient de sa capacité
à assumer son
histoire et le pouvoir
de décider. La Fête nationale est une autre occasion de
revoir notre
parcours historique et de voir comment, à tous les grands jalons
historiques, les défenseurs
de la minorité riche au Québec et au Canada bloquent
l'effort du peuple
pour prendre ses affaires en mains avec des « crises » qui
saisissent
l'esprit, pour
défendre jalousement un processus politique qui garantit leur
emprise
sur le pouvoir et qui décourage de plus en plus la participation
du
peuple.
À l'occasion de la Fête nationale du
Québec,
dans ces rassemblements
populaires où les gens vont à la rencontre les uns des
autres, songeons
à la nécessité
de nous organiser politiquement et de briser notre isolement et
marginalisation par rapport aux prises de décisions qui nous
affectent.
Songeons à comment nous
regrouper dans des comités de citoyens pour le renouveau
démocratique
dans les quartiers et les endroits de travail pour garder l'initiative
en main et assumer
la direction du Québec.
(Tiré de
Chantier politique)

Les origines de la fête du 24 juin
- Serge Patenaude -
Les patriotes révolutionnaires et
progressistes
du XIXe siècle fondèrent à Montréal, il y a
180 ans, le 8 mars 1834, la
société nommée
« Aide-toi, le ciel t'aidera ». Cette institution
patriotique avait pour but de « se doter d'un lieu de
réflexion désigné (pour tous ceux qui
reconnaissaient la nécessité de changement) pour
discuter de l'état du pays » et « de
ranimer le feu sacré de l'amour de la patrie, soit en
éclairant la conduite de nos gouvernants, soit en accordant un
juste tribut de louanges aux éloquents et braves
défenseurs de nos droits ». C'est cette
société, dirigée par le patriote et
député Ludger Duvernay, éditeur et
rédacteur du journal
patriote La Minerve, qui organisa, le 24 juin 1834, le
banquet dans le jardin de l'avocat MacDonnell pour instituer la
fête nationale des Canadiens de toutes origines. Aujourd'hui,
nous disons des Québécois de toutes origines.
Ce qui y a été inauguré ce 24 juin
1834 par Ludger Duvernay et les patriotes et députés du
Parti patriote, c'est bien la fête nationale de notre
nationalité et non la fête de la Saint-Jean-Baptiste qui
existait depuis belle lurette, créée à
l'instigation du roi de France et du haut clergé catholique dans
les colonies de l'empire de la France pour
s'opposer à la fête civile du solstice d'été
le 21 juin, que célèbrent les nations autochtones.
Rappelons qu'avec le
Concile de Trente
(1545-1563),
l'Église tente de christianiser cette coutume de la
célébration de la lumière autour d'un grand feu de
joie pour lui substituer une représentation de soumission en la
personne de Saint Jean, « l'agneau de Dieu ».
Dans cette même lignée, en 1702, monseigneur de
Saint-Vallier, dans
son Catéchisme du diocèse de Québec à
l'intention des Canadiens, signale que l'Église catholique au
Nouveau Monde (entendre dans les colonies de l'empire français)
dit qu'il s'agit d'une cérémonie parfaite pourvu qu'on en
bannisse les danses et les superstitions, sous-entendues les croyances
des nations autochtones. Et ce n'est qu'en 1908 que le
pape Pie X, supportant la division du peuple canadien en soi-disant
« Canadiens-français » et
« Canadiens-anglais » que voulait imposer
l'empire britannique, décréta Saint Jean-Baptiste patron
des « Canadiens-français ». Enfin, ce fut
lors des fêtes nationales du peuple québécois le 24
juin de 1968 et 1969, en
pleine période de résurgence du mouvement pour
l'indépendance du Québec et de la souveraineté du
peuple, que le symbole de la division et de la soumission fut
écarté de la scène et que le peuple dansa autour
d'un grand feu de joie. Il est intéressant de noter que depuis
cinq ans, le 21 juin, lors de la Journée nationale des peuples
autochtones est
organisé le « Solstice des Nations, une manifestation
d'échange et d'amitié entre les nations qui peuplent le
Québec », et qu'est mise en place par les nations
autochtones la « Cérémonie du feu pour le
rapprochement des peuples vivant sur le territoire
québécois » et que « les braises de
ce feu allument le feu de joie
du Grand spectacle de la Fête nationale du Québec, sur les
plaines d'Abraham ».
Pour revenir au propos initial, ce qui est
organisé par Ludger Duvernay, les patriotes et leur parti
politique, c'est la célébration de la nation canadienne
aujourd'hui appelée québécoise. Historiquement,
c'est donc la première célébration du peuple de
cette nation, la première célébration du
« peuple, source primitive de toute autorité
légitime ». Duvernay, les patriotes, les
députés patriotes et leur parti reconnaissaient notre
« peuple, source primitive de toute autorité
légitime ». Ils reconnaissaient donc la
souveraineté du peuple.
Cette nationalité s'est constituée dans la
lutte du peuple contre l'agression et l'occupation militaire de
l'empire britannique, de sa patrie, contre la destruction et la
domination de l'économie nationale par les monopoles de l'empire
britannique tels la British American Land Company (Compagnie
britannique des Terres en Amérique), par les
capitalistes financiers tels que les McGill, Molson et Moffat qui,
entre autres, contrôlent la Bank of Montreal, le commerce
import-export, la construction et le transport naval et ferroviaire,
l'industrie minière et la métallurgie, la compagnie de
l'éclairage au gaz de Montréal, l'Université
McGill, etc. Ce sont eux, qu'on appelait la Clique du Château,
qui dictèrent aux administrateurs et aux armées
britanniques en nos terres de supprimer par le feu et par le sang la
république naissante du Québec.
Les hommes et les femmes de notre nation
originaient de
la Bretagne, de la Normandie, de la France, de l'Irlande, de
l'Écosse et de l'Angleterre. Étaient Canadiennes et
Canadiens tous celles et ceux qui provenaient du peuple et
étaient le peuple de cette nouvelle nation qui s'est
constituée au fil du temps et des luttes pour son
développement
indépendant, à la défense de son droit à la
souveraineté. Il est nécessaire et juste de rappeler que,
dans les années 1830-1839, les patriotes de toutes origines et
leur Parti patriote, dans leur projet d'édification nationale,
ne se divisaient pas en fonction de l'origine nationale ou de la langue
d'expression. Ils n'ont jamais promu ou agi de façon sectaire,
sur la seule base de la langue, la religion ou l'origine nationale dans
leur projet d'édification nationale. Ils n'ont jamais
déclaré être des
« Canadiens-français », ou ne se sont
jamais déclarés ou portés à la
défense des « Canadiens-français »
au détriment des Canadiens d'autres origines.
Ludger Duvernay et les
patriotes le 24 juin 1834. (Photo: Site de la Fête nationale du
Québec.)
Les écrits des patriotes, du Parti patriote
et de
ses dirigeants les plus éminents tels les Nelson, De Lorimier,
Chénier, Côté, Duvernay (La Minerve),
O'Callaghan (The Vindictator), etc. n'ont jamais
utilisé le vocable ou concept de
« Canadiens-français ».
Rappelons-nous que les fondateurs de
sociétés fondées sur la base des origines
ethnoculturelles, linguistiques ou religieuses de leurs membres furent
au XIXe siècle en nos terres des gens tels que les McGill, les
Molson et les Moffat, desquelles sociétés ils se
servirent pour diviser le peuple et pour combattre l'union des
Canadiens à la défense de
leur patrie, de leur économie nationale, engagés dans
leur projet d'édification de leur république.
Ce concept de
« Canadiens-français » et les concepts de
« Québécois de souche » et
« Québécois » dans le sens voulant dire
seulement les Québécois « de souche » ont
leur origine dans la politique de l'empire qui consistait à
diviser le peuple et la nation pour perpétuer le pouvoir des
exploiteurs et oppresseurs. Plus spécifiquement, il est le fait
de l'émissaire et
administrateur de l'empire britannique Lord Durham qui, suite à
la suppression de la république naissante du Québec par
le feu et par le sang, divisa de façon arbitraire et injuste
notre nationalité en
« Canadiens-français »
et
« Canadiens-anglais ». Il a falsifié
l'histoire en prétendant qu'en tant qu'émissaire de
l'empire
britannique, il avait trouvé en nos terres une
« guerre fratricide entre deux peuples », et non
pas la lutte d'un peuple contre l'occupation et la domination par un
empire étranger, contre un État et un gouvernement
absolutiste et tyrannique, une lutte pour que sa patrie soit
indépendante et pour une république démocratique.
Cette
falsification vient tout droit de son imaginaire.
La division marquée ou, dit autrement, la
ligne
de démarcation franche, ce n'est pas entre « deux
peuples » chimériques, inventés de toutes
pièces par les monopolistes et capitalistes de l'empire
britannique et de leurs administrateurs mais bien entre, d'une part,
une nation dans la conquête de son indépendance et de sa
souveraineté
et sa détermination à établir sa république
démocratique et, d'autre part, un empire colonialiste qui niait
le droit d'être de cette nation.
Le génie et la force de caractère de ce
peuple qui s'est constitué en nation en ces terres
déjà habitées par des nations autochtones et qui a
adopté la qualité de canadien, héritée des
Premières Nations sont, entre autres, d'avoir refusé la
négation de sa nationalité par les occupants de l'empire
britannique, de ses administrateurs anglais et de leurs
collaborateurs et conciliateurs canadiens qui firent tout pour la
diviser sur une base ethnoculturelle et linguistique avec leurs
appellations outrageuses
« Canadiens-français » et
« Canadiens-anglais ».
Le peuple refusa la négation de son droit
d'être une nation constituée de tous les membres de sa
société quelles que soient leur origine nationale, leur
langue
et leurs croyances. Il a plutôt adopté et promu le mot ou
concept issu d'une langue autochtone, soit
« kebek », pour s'affirmer comme nation, la
nation québécoise.
La célébration de la fête nationale
du peuple du Québec inclut la célébration de nos
patriotes du XIXe siècle, tels que les Nelson, De Lorimier,
Côté, Chénier, Duvernay, O'Callaghan, etc., qui ont
combattu pour une patrie indépendante et une république
qui investit le peuple de la souveraineté. Elle inclut la
célébration de tous ceux qui ont
épousé la cause des patriotes du Québec et en
particulier ceux qui sont résolus à élaborer un
projet d'édification nationale conforme aux exigences de l'heure.
Aujourd'hui encore une fois la nation est
appelée à se définir dans
le contexte du bouleversement planétaire provoqué par le
néolibéralisme,
et la résolution
du problème historique sera guidée par les mêmes
principes qui ont
inspiré les patriotes et en opposition à
l'interprétation contemporaine
des vieux dogmes
hérités du passé colonial. Ce projet est encore
une fois intimement lié
au besoin de conquérir notre droit de décider et de faire
éclater les
vieux obstacles à
l'épanouissement d'une nation moderne qui reconnaît et
défend les
droits de tous.

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