|
Numéro 63 - 7 mai 2014
Les réformes
électorales intéressées du gouvernement Harper
Le renouveau constitutionnel et la
réforme
électorale vont main dans la main
Manifestation à
Ottawa contre le projet de loi C-23 le 23 avril 2014
Les
réformes
électorales
intéressées du
gouvernement Harper
• Le renouveau constitutionnel et la
réforme électorale vont main dans la main
• Le mépris envers le parlement et
l'autorité publique : jusqu'où ira la dépravation
de la bande à Harper? - Pauline Easton
• Des concessions insignifiantes pour faire
passer le projet de loi
Réponses du
gouvernement Harper aux décisions de la Cour suprême du
Canada
• Réponse infantile à l'avis sur
la réforme du Sénat
• Attaque sans précédent contre
la juge en chef
Les réformes électorales
intéressées du gouvernement Harper
Le renouveau constitutionnel et la réforme
électorale vont main dans la main

Lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper a
déclaré que le projet de loi C-23 sera imposé avec
des modifications pour la forme, une ligne
a été tracée dans le sable entre les Canadiens
épris de justice et de démocratie et ceux qui favorisent
la destruction de l'autorité publique et de ses
institutions.
Un sérieux problème a été
créé. La Loi électorale, qui confère la
légitimité au gouvernement élu, est si
sérieusement entachée que les gouvernements élus
ne seront plus perçus comme jouissant d'un mandat populaire.
D'où alors tirent-ils leurs mandats ?
Parallèlement, le gouvernement Harper s'affaire
à saper et à attaquer pratiquement toutes les
institutions publiques qui forment l'autorité publique. Cela
comprend les bureaux indépendants du parlement, comme le
directeur parlementaire du budget, le commissaire à la vie
privée et le directeur général des
élections. Il a maintenant commencé à s'en prendre
à la Cour suprême du Canada.
Le Parti
marxiste-léniniste du Canada (PMLC) appelle les citoyens et
résidents canadiens à réfléchir à
ces développements et à organiser parmi leurs pairs
pour obtenir l'information requise pour tirer des conclusions et faire
quelque chose pour changer la situation. C'est le point de
départ pour s'investir eux-mêmes
du pouvoir souverain et ne plus se laisser humilier par la
minorité sans scrupules qui s'est emparée du pouvoir par
la manipulation et la fraude.
À cet égard, 2017 sera le 150e
anniversaire de la Confédération canadienne. Ce sera une
occasion importante pour les Canadiens et les Canadiennes de faire
le bilan de l'expérience d'édification nationale sous la
Constitution actuelle et bien se familiariser avec les institutions
démocratiques qui ont été créées,
leurs
forces et leurs limitations. Mais surtout, c'est une occasion de
comprendre que les institutions et les arrangements créés
en réponse à une situation historique
donnée ne permettent plus de répondre aux demandes
d'aujourd'hui. Il est temps de les moderniser, de les renouveler pour
qu'ils servent à réaliser le désir du
peuple de prendre ses affaires en main, comme l'exige objectivement la
société aujourd'hui.
Le PMLC appelle ses membres et organisations partout au
pays à initier des comités qui commenceront à
examiner sérieusement la Constitution et la Loi
électorale du Canada et ce qu'il faut
faire pour qu'elles répondent aux besoins d'aujourd'hui.

Le mépris envers le parlement et
l'autorité publique : jusqu'où ira la dépravation
de la bande à Harper?
- Pauline Easton -

Manifestation
contre le projet de loi C-23 à Halifax le 26 avril 2014
La dépravation est plus qu'un comportement
indésirable, c'est d'être dénudé de tout
sens moral et de toute valeur. C'est d'être totalement insensible
aux
êtres vivants, comme peut l'être un tueur en série.
Voilà à quoi font penser les agissements
du gouvernement Harper qui a ni sens moral ni valeurs, tout en restant
insensible aux êtres vivants, en particulier
au facteur humain/conscience sociale. C'est ce qui frappe avant tout
dans l'annonce du 25 avril faite par le ministre de la soi-disant
Réforme démocratique, Pierre
Poilievre, au sujet des changements que son gouvernement a
accepté d'apporter au projet de loi C-23, Loi modifiant la
Loi électorale du Canada et d'autres
lois et modifiant certaines lois en conséquence.
Depuis le dépôt du projet de loi C-23 et
l'annonce qu'il « mettrait le citoyen ordinaire aux
contrôles de la démocratie », le gouvernement Harper
a exposé
à quel point il n'a que mépris pour tout ce qui est
lié au processus législatif parlementaire et aux
institutions d'autorité publique.
La bande à Harper a d'abord
révélé les détails de son projet de loi
électoral devant la tribune de presse parlementaire et non
à la Chambre des communes.
Ensuite le ministre Poilievre a fait fi de toute objection à
l'échéancier imposé par le gouvernement sur le
débat lors de la deuxième lecture en prétendant
que
le projet de loi serait débattu au sein du Comité
permanent de la procédure et des affaires de la chambre (CPAC).
« Tous les Canadiens pourront se faire
entendre. Nous les encourageons à faire des soumissions au
comité et celui-ci peut décider des témoins qu'il
veut entendre, témoins provenant de partout au
Canada », a-t-il dit à la Chambre des communes.
Les conservateurs ont vite fait d'imposer leur diktat au
sein du CPAC. Ils ont voté contre une motion demandant la tenue
d'audiences publiques pancanadiennes sur la question du projet de loi
C-23 en disant que de telles audiences ne seraient rien d'autre qu'un
cirque rocambolesque. Ils ont rejeté du revers
de la main les expressions d'opposition de la part de témoins
devant le CPAC, témoins qui sont venus des quatre coins du
Canada pour exprimer leurs
inquiétudes au sujet du projet de loi C-23, en disant qu'il ne
s'agissait que de phrase vides prononcées par des «
élites ». « Lorsqu'on s'éloigne de la rumeur
politique d'Ottawa, tout le monde comprend que ce projet de loi est
basé sur le gros bon sens », selon Poilievre.
Au beau milieu des audiences du CPAC, le gouvernement a
commandé une étude préliminaire du Comité
sénatorial permanent des affaires juridiques et
constitutionnelles sur le projet de loi C-23. Le premier à se
présenter devant le comité sénatorial est
Poilievre lui-même, dont le seul véritable exploit dans la
vie est d'avoir été choisi comme homme de main pour mener
l'offensive contre l'autorité publique et d'avoir le douteux
talent d'enfiler le plus grand nombre
de mensonges en un temps record. À des questions très
bien préparées à l'avance, Poilievre a agi comme
le menteur pathologique qu'il est pour livrer la
marchandise.

À
Toronto
le
26 avril 2014
|
Il a dit au Comité sénatorial : « En
fait, il y a eu beaucoup de débats entourant ce projet de loi.
Le directeur général des élections s'y est
opposé. Je n'ai
pas de problème avec ça, parce que peu importe le nombre
d'amendements et d'améliorations qu'on pourrait apporter au
projet de loi, le DGE s'y serait quand
même opposé. Si nous tenons compte de ses recommandations,
celles-ci se résument à trois points décrivant
bien ce qu'il veut : plus de pouvoir, un plus gros
budget et moins de reddition de compte... Je connais très bien
les recommandations du DGE, mais je ne suis pas d'accord avec elles
pour autant. La démocratie
dans laquelle nous vivons fait en sorte que ce sont les parlementaires
qui décident des législations. Les agents du parlement
sont là pour faire des
recommandations. Le DGE est donc au service du parlement, et non
l'inverse. »
Semer le doute sur l'intégrité personnelle
d'un individu, en particulier d'un agent du parlement comme le DGE qui
a assumé ses responsabilités de façon
honorable en défendant et en expliquant la Loi
électorale, est l'apanage d'un menteur pathologique. Poilievre
ternit l'honneur et l'intégrité du directeur
général
des élections, et en fait le point de référence
qu'il faut soit défendre ou dénigrer, dans le but de
faire oublier la Loi électorale et le rôle qu'il joue
à servir ou
non le corps politique. Cette méthode est l'apanage de tout
journalisme jaune qui a comme point de départ d'inventer un
mensonge et de le propager avec
impunité.
Le but déclaré de l'étude
préliminaire du sénat était de se faire une
« idée générale du principe et de la
politique du projet de loi (le sujet du projet de loi) ».
Après avoir entendu le témoignage de 21 personnes,
lesquelles ont presque toutes formulé des critiques envers le
projet de loi, le 15 avril le comité a émis son
rapport contenant neuf recommandations loufoques dont le
préambule se lit comme ceci : « Le projet de loi C-23, Loi
sur
l'intégrité
des élections,
a été déposé parce qu'il est important de
défendre la confiance, la participation et la fiabilité
du système électoral. » C'est là un exemple
typique du saccage des
conservateurs. Ce qui a déjà été un lieu de
réflexion sensée - qu'on soit en accord ou pas avec les
propos tenus - a été réduit à une simple
chambre de
résonnance.
Le vendredi 25 avril, la touche finale des conservateurs
à leur tentative méprisante de ridiculiser le parlement a
été un point de presse où Poilievre a
déclaré
que le gouvernement « suivait le débat sur la Loi sur
l'intégrité des élections avec ouverture
d'esprit aux idées qui rendraient ce projet de loi du
gros bon sens encore plus solide [sic] ». Il a ensuite
énuméré certains des changements sans
conséquence que le gouvernement accepterait d'apporter. Il a dit
que ces changements étaient en vue de l'étude article par
article du CPAC.
En fait, des témoins passaient toujours devant le
CPAC au moment de cette annonce et le comité n'avait pas encore
fait le bilan des douzaines de
témoignages ni n'en avait-il débattu. Cela n'a pas
empêché Poilievre d'annoncer les amendements que le
gouvernement trouvait acceptables, écartant la moindre
inquiétude exprimée au sujet du projet de loi C-23 par
les principaux experts en la matière. Ce qui signifie que pour
les conservateurs de Stephen Harper, le
parlement n'est rien, l'autorité publique n'existe pas et ils
peuvent agir ainsi en toute impunité. À quoi riment les
délibérations du CPAC si le gouvernement
a déjà annoncé ce qu'il acceptera ou n'acceptera
pas ? Quant à l'étude préliminaire du
comité
sénatorial, Poilievre n'en a même pas glissé mot.
Le CPAC a entendu le témoignage du directeur des
poursuites pénales, Brian Saunders, lors de la dernière
journée des audiences, le 28 avril. Le comité
a ensuite examiné l'horaire de son étude article par
article du projet de loi C-23, l'échéancier imposé
par le gouvernement étant le jeudi 1er mai à 17 heures.
Le
député néodémocrate de Hamilton Centre a
demandé des clarifications sur la démarche et voici ce
qui s'est ensuivi :
Christopherson : « J'invoque le Règlement,
pour m'assurer que je comprends bien le processus. La motion
adoptée par le gouvernement disait que, jeudi,
à 17 heures, nous aurons terminé. Nous devons
étudier un projet de loi de 242 pages plus environ 300 pages
d'amendements. Le bon sens nous dit que nous
n'aurons probablement pas terminé avant cette heure. Dans ce
cas, le gouvernement est-il disposé à nous laisser
poursuivre au-delà de cette heure, pour que
nous ne limitions pas nos discussions sur les articles et les
amendements, tout en sachant qu'il y a un délai à
respecter? [...] »
Président : (M. Joe Preston
(Elgin-Middlesex-London, Parti conservateur)) : « Le débat
finira jeudi, à 17 heures. Il faut encore compter la mise aux
voix de
chaque article, à mesure que nous... »
Christopherson : « D'accord. Mais je dis qu'il n'y
aurait plus de discussion, plus de débat, peu importe l'article
où nous sommes arrivés. Cela s'arrêtera tout
simplement là. »
Président : « Ce qui est un indice de
l'importance de ne pas gaspiller son temps à l'étude
article par article pour... »
Christopherson : « Deux minutes vont compter dans
l'étude d'un projet de loi de 242 pages assorti de 300 pages
d'amendements. Trois minutes vont vraiment
compter. C'est encore plus ridicule. Il y a 242 pages... »
Président : « Monsieur Christopherson, ce
n'est pas votre tour pour un discours. »
Christopherson : « ... et 300 pages d'amendements
et
nous aurons jusqu'à 17 heures, jeudi, et aucune séance
de 24 heures d'affilée n'est prévue pour y
parvenir. C'est insensé. »
Président : « Eh bien, c'est aussi
insensé que les deux ou trois jours gaspillés par une
obstruction systématique, mais je constate qu'il est 13 heures.
La séance
est donc levée. »
Manifestation contre le projet de loi C-23 à
Winnipeg le 26 avril 2014
Tout cela expose le mépris que nourrissent les
conservateurs à l'égard du parlement, ce qui est en soi
une question très sérieuse. Cependant, cela
démontre
l'ampleur du dommage causé par la corruption des institutions
démocratiques en raison de la destruction nationale
néolibérale menée par les gouvernements
successifs depuis les trois dernières décennies. Cette
destruction, la bande à Harper en a fait un emblème
canadien. L'autorité publique étant assimilée par
le
diktat monopoliste auquel elle est subordonnée, les institutions
dont la raison d'être était de régler les litiges
au sein de l'élite dominante ne fonctionnent tout
simplement plus. Jusqu'où les conservateurs peuvent aller dans
leur dépravation surprend même les experts politiques les
plus aguerris.
Devant cette situation alarmante, le PMLC est d'avis
qu'il ne s'agit pas que d'une force dépravée ayant saisi
le pouvoir et qui se croit invincible. Ces
agissements sont le produit de l'effondrement d'institutions ayant
été créées par l'autorité publique
à une époque où la défense de
l'intérêt public dans divers
domaines servait l'élite dominante. Les institutions qui furent
créées par cette autorité publique ne fonctionnent
plus selon leur intention première parce que
l'autorité publique n'est plus défendue et que ce sont
les intérêts privés qui prédominent. Les
développements tels qu'ils se déroulent
révèlent la nécessité de
faire en sorte que l'autorité publique soit au diapason avec les
exigences d'aujourd'hui et pour ce faire, de nouveaux arrangements sont
nécessaires pour mettre
un terme à toutes notions et formes de privilège et de
pouvoir exercé par certains sur d'autres et pour
reconnaître que tous les individus ont des droits en vertu
de leur humanité.
Il ne s'agit pas ici pour le PMLC de défendre des
intérêts partisans et intéressés. Il y a
besoin urgent de traiter de la dépossession du peuple. De nos
jours,
même ceux qui sont censés être les
représentants élus au parlement n'ont plus de voix.
L'humiliation et la dépossession qu'on fait subir aux agents du
parlement
en sont un autre exemple. Il en va de même pour la situation peu
reluisante dans laquelle quelques nominations intéressées
ont plongé le sénat et comment cela
a contribué à déshonorer cette institution aux
yeux du corps politique.
Si les conservateurs réussissent à se
servir du processus politique pour manigancer un autre soi-disant
mandat et que les violations les plus flagrantes de
la Loi électorale sont maintenant rendues «
légales », quel recours ont les Canadiens ? Ils ne peuvent
se fier à ceux qui ne cherchent qu'à se placer les pieds
en
s'accaparant le pouvoir pour remédier à la situation.
Puisque les partis politiques de l'establishment ont manqué
à l'appel et ont refusé de renouveler les
institutions et le processus démocratiques de façon
sérieuse, il ne reste qu'au peuple canadien de mettre sur pied
ses
propres comités de citoyens et de s'unir dans
l'action partout au pays pour s'investir du pouvoir. Il n'y a pas
d'autre solution.

Des concessions insignifiantes
pour faire passer le projet de loi
La version finale des amendements
intéressés que le gouvernement Harper a apportés
au projet de Loi électorale a été
rédigée par le Comité de la procédure
et des affaires de la chambre sous un contrôle serré de la
majorité conservatrice. Le projet de loi retourne maintenant
à la Chambre des communes pour une
troisième lecture. Bien que la version finale du projet de loi
C-23 ne soit pas encore disponible, on rapporte qu'il contient environ
45 amendements par rapport
à la version originale. Le comité parlementaire a
proposé 300 amendements mais le ministre de la «
Réforme démocratique » du gouvernement Harper
avait déjà
dressé une liste de ce qui est acceptable comme amendements
avant que le comité ne débute son étude. De plus,
le comité sénatorial sur les affaires légales
et constitutionnelles, lui aussi dominé par les conservateurs, a
émis ses recommandations durant un pré-examen du projet
de loi.
Les amendements que les conservateurs se disent
prêts à accepter sont les suivants :
Identification de l'électeur : Les
conservateurs disent qu'ils vont permettre l'identification d'un
électeur par un répondant qui peut prouver
où l'électeur demeure. Deux pièces
d'identification seront requises, tandis qu'un individu vivant dans le
même secteur pourra témoigner par écrit de
l'adresse
de l'électeur.
Les dispositions du projet de loi C-23 qui interdisent
à Élections Canada d'autoriser l'utilisation de la carte
d'identification de l'électeur comme pièce
acceptable dans certaines conditions ne sont pas retirées.
Le Sénat a recommandé que les
autorités et administrateurs d'endroit comme les soupes
populaires, les gîtes pour sans abri et les centres de soins de
longue
durée soient requis d'émettre des lettres d'attestation
d'identité.
Restructuration et dépouillement des pouvoirs
d'Élections Canada : Le Comité
sénatorial a recommandé que le gouvernement «
précise le rôle redéfini et restreint
d'Élections Canada, qui n'a plus pour mandat de promouvoir la
démocratie ». Dans ce sens, le ministre de la «
Réforme démocratique »
a annoncé que les amendements au projet de loi
préciseront que « le directeur général des
élections peut communiquer avec le public ». Il a dit que
« le directeur
général des élections peut développer des
programmes d'éducation civique pour les écoles primaires
et secondaires » mais « lorsqu'il fait de la
publicité
pour
informer les électeurs concernant l'exercice de leurs droits
démocratiques, il ne peut que fournir de l'information sur la
façon de se porter candidat, quand, où
et comment voter, et sur les outils offerts aux électeurs
handicapés ».
Le gouvernement Harper persiste à
s'ingérer dans le fonctionnement d'une instance qui est
censée être libre de toute ingérence
gouvernementale pour
administrer des élections de manière à garantir
que les Canadiens puissent exercer leur droit d'élire et
d'être élu tel que défini par la Loi
électorale du
Canada. Le seul amendement acceptable sur ce plan serait que le
gouvernement conservateur révise complètement sa position.
Pour ce qui est du transfert du commissaire aux
élections fédérales au directeur des poursuites
pénales, les conservateurs disent qu'ils « permettront
» au
directeur général des élections et au commissaire
aux élections d'échanger des informations et des
documents et le commissaire « pourra publiquement diffuser
de l'information sur les enquêtes, lorsqu'il est dans
l'intérêt public de le faire ». Les amendements
précisent que le rapport annuel du directeur des poursuites
pénales au procureur général du Canada devra
contenir une section préparée par le commissaire aux
élections fédérales sur les activités de
son bureau, « sans
fournir d'information sur des enquêtes
particulières ».
Tout cela ne change pas le fait que
l'indépendance du bureau du commissaire aux élections
sera à tout le moins perçue comme étant
diminuée s'il est soumis
au département des poursuites pénales, qui est une
instance du gouvernement.
Le projet de loi C-23 change
la durée du mandat du directeur général des
élections : d'une nomination à vie, avec une
retraite à 65 ans, il est
maintenant limité à 10 ans. Les conservateurs vont
maintenant amender cette disposition pour préciser que la
nomination est non renouvelable. Cela ne change
en rien l'essence de l'attaque contre l'indépendance de ces
bureaux du parlement, dont la durée des fonctions est
conçue pour les protéger contre le chantage,
l'intimidation et les menaces.
Nominations partisanes aux bureaux de scrutin :
La clause sur les nominations partisanes aux bureaux de scrutin qui
autorise le parti
et le candidat gagnants à nommer le superviseur sera abolie. On
ne précise pas si les autres nominations partisanes resteront en
place.
Par contre, la disposition qui autorise les scrutateurs
de parti à intervenir dans le processus en leur permettant de
voir (sans toucher) les documents
d'identification des électeurs reste intouchée. Cela
ouvre la porte à l'ingérence partisane dans
l'administration des élections. Les partis politiques
disposeront
d'un outil pour créer un environnement hostile et
menaçant et des lignes d'attente lorsque cela fait leur affaire.
Dispositions sur le financement
électoral : Les conservateurs disent qu'ils retireront
l'exemption qui était accordée pour les levées de
fonds
auprès de gens qui ont contribué à un parti
politique ou une association de circonscription au cours des cinq
années précédentes. L'augmentation de la limite
des contributions politiques de 1200 $ à 1500 $ reste en place.
La
plupart des observateurs informés croient que cela favorisera
les conservateurs.
Décisions anticipées d'Élections
Canada et notes d'interprétation : Le projet de loi
C-23 sera amendé pour donner à Élections Canada
plus de temps pour émettre des « décisions
anticipées » et des « notes
interprétatives » à la demande des partis
politiques. La clause qui dit que les partis politiques
ne seront pas tenus de respecter ces décisions anticipées
reste intacte.
Règles sur l'enregistrement des appels aux
électeurs : Les règles sur le maintien des
enregistrements des appels faits aux électeurs seront
modifiées pour que les fournisseurs de services de communication
par téléphone soient tenus de conserver le texte et
l'enregistrement des appels pendant trois
années au lieu d'une.
Plafond des dépenses des tierces parties :
Une nouvelle mesure d'interdiction sera ajoutée relativement aux
tierces parties qui ne sont pas
en mesure de faire la preuve d'un lien avec le Canada lorsqu'elles
engagent des dépenses de plus de 500 $ dans le cadre d'une
élection.
Délai de prescription : Le projet de
loi sera modifié pour ce qui est de ne pas prévoir de
délai de prescription pour les infractions
intentionnelles à la Loi électorale du Canada.
Les conservateurs n'ont pas tenu compte de la plupart
des propositions et recommandations des partis d'opposition au sein du
comité parlementaire et des
témoins qui y ont comparus.[1]
La caractéristique des changements
concédés par le gouvernement Harper est qu'ils
maintiennent toutes les prémisses inacceptables des amendements
originaux à la Loi électorale. L'aspect principal est la
manière autoritaire et absolutiste avec laquelle les
conservateurs affirment avoir le droit de changer comme
ils veulent une des lois les plus fondamentales du pays. S'ils
concèdent sur plusieurs aspects secondaires, là-dessus
ils ne concèdent rien.
Le gouvernement n'a pas retiré sa
prémisse, son prétexte, que le problème avec le
système électoral est que les électeurs commettent
des fraudes. Il n'a pas
retiré la prémisse non fondée qu'il y a un
problème avec l'administration des élections
nécessitant une restructuration et un dépouillement des
pouvoirs
d'Élections Canada. Dans ce sens il persiste à attaquer
la crédibilité du directeur général des
élections et du commissaire aux élections
fédérales. Cela est très
grave. C'est une atteinte à l'administration impartiale et
indépendante des élections et de l'application de la Loi
électorale pour permettre l'impunité. Il maintient
la prémisse que les partis politiques sont au-dessus de la loi
et doivent être exemptés des dispositions les plus
élémentaires sur le respect de la vie privée, que
les partis sont autorisés à recueillir des renseignements
sur les électeurs et de s'en servir pour subvertir le processus
politique qui échoue déjà dans sa mission
d'établir la volonté populaire pour qu'elle soit traduite
en volonté légale dans la forme d'un gouvernement de
parti dûment élu. Le Parti marxiste-léniniste du
Canada réitère sa position que le projet de loi C-23 doit
être retiré au complet.
Note
1. L'opinion majoritaire était accompagnée
d'une opinion minoritaire défendue par les sénateurs
libéraux George Baker, Serge Joyal et
Wilfred Moore. Ces derniers considèrent que le projet de loi
C-23 est inconstitutionnel parce qu'il ne prévoit pas
suffisamment de sauvegardes pour s'assurer
que des électeurs ne soient pas privés de leur droit de
vote pour des raisons d'identification. Ils demandent le
rétablissement de la clause permettant
l'identification par un répondant et l'utilisation de la carte
d'identification de l'électeur dans certains cas. Ils demandent
également le rétablissement du mandat
du directeur général des élections, notamment en
ce qui concerne la communication avec le public. En plus, les
sénateurs libéraux disent que le commissaire
aux élections doit être habileté à demander
une ordonnance d'un juge pour forcer des témoins à
comparaître et à divulguer les renseignements relatifs
à ses
enquêtes. Ils demandent le retrait d'une disposition qui exige
qu'Élections Canada obtienne l'approbation du Conseil du
trésor pour embaucher des gens avec
une expertise électorale, comme ceux chargés
d'étudier le taux de participation aux élections.

Réponses du gouvernement Harper
aux décisions
de la Cour suprême du Canada
Réponse infantile à l'avis sur la
réforme du Sénat
Le 25 avril, la Cour
suprême du Canada a émis un avis de 73 pages sur la
réforme du Sénat telle que proposée par le
gouvernement Harper. C'est le
gouvernement lui-même qui avait demandé cet avis en vertu
de l'article 53 de la Loi sur la Cour suprême qui
permet au gouvernement en conseil
de faire appel à la plus haute instance juridique du pays pour
obtenir son avis sur des questions importantes ou sur
l'interprétation de la Constitution.
Le gouvernement Harper a demandé à la Cour
suprême son avis sur le projet de loi avec lequel il entendait se
servir de ses pouvoirs législatifs pour
arbitrairement limiter le mandat des sénateurs et établir
une consultation volontaire des provinces et des territoires sur les
nominations au Sénat. Il lui a posé
au total six questions sur comment le parlement du Canada pouvait
être réformé et le Sénat aboli.
L'objectif du gouvernement Harper est
d'« accélérer le rythme de la réforme
engagée et de préparer le terrain en vue de futures
réformes » du Sénat, c'est-à-dire qu'il
voulait réformer le Sénat sans rouvrir la Constitution.
La Cour suprême a répondu en disant que le parlement
pouvait en effet engager des formes
importantes mais seulement en respectant la Constitution.
Si la Cour suprême a répondu par un avis
détaillé aux questions du gouvernement, le gouvernement
conservateur a répondu le même jour avec une
déclaration de 135 mots qui rappelle la réplique d'un
enfant à un parent qui lui dit de ne pas jouer avec des
explosifs. La note dit en essence : « La vaste
majorité des Canadiens croient que le Sénat doit
être réformé. Notre gouvernement est, depuis
toujours, déterminé à réformer le
Sénat. Malheureusement, la
Cour suprême a statué que le Parlement ne pouvait pas y
apporter de réformes substantielles. Notre gouvernement n'a pas
l'intention de rouvrir le débat
constitutionnel pour le moment. »
Maintenant que la Cour suprême a mis un terme
à leurs plans de réformer le Sénat en profitant de
leur majoritaire parlementaire mal acquise, les
conservateurs disent que la réforme du Sénat que «
la vaste majorité des Canadiens » demandent est
avortée par la faute des juges. C'est donc que même la
Cour
suprême du Canada est devenue un irritant pour les conservateurs
malgré toutes les nominations qu'ils y ont faites dans l'espoir
de faire avaliser leur marque
particulière de la destruction nationale
néolibérale.
Le Parti marxiste-léniniste du Canada
étudie l'avis de la Cour suprême sur la réforme du
Sénat. Son impression initiale est que la Cour suprême
s'est guidée
sur la loi plutôt que sur les tendances idéologiques des
juges. C'est un développement favorable à la
lumière des violations flagrantes par le gouvernement
conservateur des normes qui informent une autorité publique.

Attaque sans précédent contre la juge en
chef
Les conservateurs de Stephen Harper ont récemment
publié une déclaration qui s'adresse à la juge en
chef de la Cour suprême du Canada, la très honorable
Beverley McLachlin, suggérant une conduite
répréhensible de sa part.
L'affaire concerne la tentative de la dictature Harper
de combler le poste vacant du Québec à la Cour
suprême du Canada, avec la nomination du juge Marc
Nadon, de la Cour fédérale, le 30 septembre 2013. Le 21
mars de cette année, la Cour suprême a rejeté la
nomination dans une décision de 6 contre 1 parce
que, constitutionnellement, le juge Nadon n'est pas admissible à
représenter le Québec. Bien qu'il ait été
juge de la Cour fédérale à Ottawa pendant vingt
ans,
il n'a pas été juge de la Cour supérieure ou de la
cour d'appel du Québec, et n'est pas présentement membre
du Barreau du Québec, comme la loi l'exige pour
combler un poste vacant. Le bureau du premier ministre s'est dit
surpris de cette décision, affirmant que sa nomination a
été examinée par deux anciens juges
de la Cour suprême.
Plus d'un mois plus tard, le 1er mai, le bureau du
premier ministre a émis une déclaration en rapport
à des événements connexes dans laquelle il
prétend
que la juge en chef McLachlin, en juillet 2013, a contacté de
manière inopportune le gouvernement pour offrir des conseils en
ce qui concerne le poste vacant
du Québec à la Cour suprême. La déclaration
dit que le ministre de la Justice, Peter MacKay, a informé le
premier ministre Stephen Harper que le fait de prendre
un appel de la juge en chef serait « mal avisé et
inapproprié. Le premier ministre s'est dit d'accord et n'a pas
pris l'appel. »
La déclaration du bureau du premier ministre dit
aussi: « Le premier ministre ou le ministre de la Justice
n'appellerait jamais un juge en exercice au sujet
d'une affaire qui est portée devant son tribunal ou qui pourrait
éventuellement l'être. »
Lorsque McLachlin a appelé MacKay à la fin
de juillet, c'est peu de temps après qu'elle ait parlé au
comité de sélection examinant une liste
écourtée de
candidats au poste vacant. À ce moment, il n'y a pas eu de
nomination et encore moins une affaire judiciaire. Nadon n'a
été nommé à la Cour suprême que
deux mois plus tard, ce qui a été contesté par un
avocat de Toronto devant un tribunal fédéral au
début octobre.
Le 2 mai, la juge en chef McLachlin a émis une
déclaration pour remettre les pendules à l'heure. Elle a
abordé les « insinuations de conduite inappropriée
provenant du bureau du premier ministre et largement rapportées
dans la presse ». Selon le communiqué de presse de la juge
en chef :
« Il n'y a à aucun moment eu quelque
communication que ce soit entre la juge en chef McLachlin et le
gouvernement au sujet d'instances devant les
tribunaux. Voici les faits pertinents:
« Le 22 avril 2013, par courtoisie, la juge en
chef
a rencontré le premier ministre afin de lui remettre la lettre
annonçant le départ à la retraite du juge Fish.
Comme c'est l'habitude dans de telles occasions, la juge en chef et le
premier ministre ont discuté des besoins de la Cour
suprême du Canada.
« Le 29 juillet 2013, dans le cadre du processus
habituel de nomination, la juge en chef a rencontré le
comité parlementaire au sujet de la nomination du
successeur du juge Fish. Elle a fait part au comité de ses vues
concernant les besoins de la Cour suprême.
« Le 31 juillet 2013, le cabinet de la juge en
chef
a téléphoné au bureau du ministre de la Justice et
au chef de cabinet du premier ministre, M. Novak, pour
signaler une possible difficulté relativement à
l'admissibilité des juges des cours fédérales
à occuper un des postes de juge de la Cour suprême
réservés au
Québec. Plus tard le même jour, la juge en chef a
parlé avec le ministre de la Justice, M. MacKay, pour lui
signaler cette possible difficulté. Le cabinet de la juge en
chef a également exploré de
façon préliminaire la possibilité d'organiser un
appel ou une rencontre avec le premier ministre, mais la juge en chef
a en définitive décidé de ne pas procéder
à un appel ou à une rencontre. »
Cette attaque contre la juge en chef McLachlin est sans
précédent et inacceptable. La Cour suprême du
Canada est constitutionnellement établie comme
un organe impartial, ce qui signifie qu'elle doit être au-dessus
des considérations politiques partisanes. La
crédibilité de ce qu'on appelle une démocratie,
à
l'opposé d'une dictature, réside dans l'existence d'une
division claire des pouvoirs des institutions judiciaires et
législatives de l'État. La tentative du gouvernement
Harper de mettre en doute l'intégrité et l'honneur de la
juge en chef fait partie de son modus operandi, à
savoir : dénigrer les institutions publiques
pour justifier sa propre dictature et l'usage du privilège pour
agir en toute impunité. La pratique de la diffamation pour
déclarer un sujet extérieur à la loi était
une pratique courante au Moyen-Âge. Cela n'est pas permis dans un
cadre démocratique où il est censé y avoir une
preuve prima facie d'un méfait
avant le dépôt du chef d'accusations. Cette méthode
de délit de fuite des conservateurs de Stephen Harper est pour
le moins qu'on puisse dire méprisable.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca
|