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Numéro 60 - 2 mai 2014
Opposition résolue
à la loi contre l'éducation
des Premières Nations du gouvernement Harper
Les Premières Nations exigent
le retrait du projet de loi C-33
Manifestation sur
territoire mohawk de Kahnawake le 28 janvier 2014, dans le caere du
mouvement d'opposition des
Premières Nations aux tentatives d'ingérence dans leur
système d'éducation et leur souveraineté. (Kahnawake
Youth
Forum)
Opposition
résolue
à la loi contre l'éducation des
Premières Nations du gouvernement Harper
• Les Premières Nations exigent le
retrait du projet de loi C-33
• Opposition l'ingérence dans le droit
d'être
des Premières Nations - Qui a dit quoi?
• Déclaration de Derek Nepinak, grand
chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba
• Information sur le projet de loi C-33
Opposition résolue
à la loi contre l'éducation
des Premières Nations du gouvernement Harper
Les Premières Nations exigent
le retrait du projet de loi C-33
Kahnawake le 28 janvier
2014
Les Premières Nations partout au Canada sont
montées aux barricades en opposition au projet de loi C-33 du
gouvernement Harper, la Loi sur le
contrôle par les Premières Nations de leur système
d'éducation,déposé au parlement le 10 avril
par Bernard Valcourt, le ministre des Affaires autochtones
et Développement du Nord Canada. Le projet de loi C-33 fait
suite à la publication en octobre dernier d'un document-cadre en
matière d'éducation des
Premières Nations, « Travaillons ensemble pour les
élèves des Premières Nations ». Le
gouvernement Harper veut se servir de sa majorité parlementaire
mal
acquise pour passer de force ce projet de loi et le faire adopter cet
été avant l'ajournement de la présente session du
parlement afin de le mettre en oeuvre dans
plus de 600 communautés des Premières Nations à la
nouvelle année scolaire en septembre 2014.
Les Premières Nations, avec l'appui de Canadiens
de tous milieux, ont demandé que ce projet de loi soit
retiré. Ils exigent un nouveau processus qui respecte
leurs préoccupations face à l'éducation de leurs
enfants et de la jeunesse. Un tel processus doit être mis en
place sur une base de nation à nation conformément
à leurs droits constitutionnels, ancestraux et
issus de traités. Les Premières Nations ont aussi
dénoncé les tentatives du gouvernement Harper de se
disculper
face
aux injustices historiques et aux crimes qui ont été
commis contre les Premières Nations au Canada, dont le
sous-financement absolu de leur droit à l'éducation
reconnu par les traités. Ce financement doit respecter les
demandes qu'elles font en tant que Premières Nations en
contrôle de leurs propres affaires.
La prétention que le projet de loi C-33 donne aux
Premières Nations le contrôle de leur éducation est
une fraude totale. En fait, le projet de loi retirera aux
Premières Nations le peu de voix qu'elles ont en ce moment en
matière d'éducation de leurs enfants et de la jeunesse.
Le projet de loi C-33 traite les Premières
Nations comme de petites municipalités ou encore comme des
Bantustans modernes, avec des commissions scolaires qui administrent le
budget consacré à
l'éducation, qui veillent au bon fonctionnement de
l'école et se plient au diktat du gouvernement, lequel peut agir
avec impunité contre eux.
Le communiqué émis par le gouvernement
Harper déforme complètement le contenu du projet de loi :
«La loi proposée offrira aux élèves des
Premières
Nations les normes, les mesures de soutien et les possibilités
dans le domaine de l'éducation que la plupart des Canadiens
tiennent pour acquises. Elle exigerait
que les écoles des Premières Nations développent
des programmes éducatifs permettant aux élèves de
passer aisément d'une école située dans une
réserve à une
école hors réserve, que les élèves
répondent à des exigences minimales en matière
d'assiduité, que les enseignants soient certifiés et que
les écoles des Premières
Nations décernent des diplômes ou des certificats
reconnus.»
« La loi est le résultat sans
précédent de plusieurs années de consultation, de
discussions, de dialogues et d'études qui mettent en
lumière les efforts de
nombreuses personnes et organisations des Premières Nations de
partout au pays», déclare le gouvernement, qui
prétend que dorénavant « les étudiants des
Premières Nations auront accès à une
éducation de qualité, conforme aux systèmes
d'éducation provinciaux partout au Canada ».
Le ministre Valcourt a dit ceci sur le projet de loi :
« Notre gouvernement sait qu'une bonne éducation peut
changer une vie. C'est pourquoi je suis si
heureux que nous nous donnions comme priorité de réformer
l'éducation des Premières Nations et présentions
la Loi sur le contrôle par les Premières
Nations de leur système d'éducation.Cette loi aidera
les membres des Premières Nations à acquérir les
compétences dont ils ont besoin pour réussir et
mener une vie saine. C'est une bonne nouvelle pour les Premières
Nations, les Canadiens et l'avenir du pays. »
Le projet de loi C-33 est le produit d'une vision
colonialiste raciste issue du XIXe siècle de l'État
canadien, vision exprimée non seulement par le
gouvernement Harper, mais aussi par les gouvernements provinciaux et
territoriaux, qui refusent de reconnaître les lois
internationales et les obligations issues
de traités de même que les droits constitutionnels,
internationaux et issus de traités des Premières Nations
du Canada. Qui plus est, les systèmes scolaires
provinciaux ont laissé tomber les étudiants, les
enseignants et les travailleurs de l'éducation canadiens suite
à l'offensive antisociale des gouvernements
provinciaux. Comment le sous-financement et l'austérité
néolibérale peuvent-ils être la solution aux
problèmes de l'éducation vécus par les plus de 600
Premières
Nations du Canada?
Le gouvernement Harper fait fi de la colère et de
la résistance que les Premières Nations et leurs
organisations politiques ont exprimées avant et
immédiatement après le dépôt du projet de
loi. Toute la désinformation au sujet de consultations
auprès des Premières Nations avant que ce projet de loi
ne
soit déposé, et les soi-disant années de
consultations, de discussions et d'études sans
précédent, démontrent que l'objectif politique du
gouvernement Harper est
d'éliminer les droits constitutionnels,
héréditaires et issus de traités des
Premières Nations au Canada, droits reconnus par le droit
international, et d'éliminer
le droit des Premières Nations à décider des
questions touchant à l'éducation de leurs enfants. Tout
cela ravive de vieilles blessures entre l'État colonial canadien
et les Premières Nations en leur imposant un régime
paternaliste en matière d'éducation. Le projet de loi
C-33 ne doit pas passer!
LML appelle tous les Canadiens à se
joindre aux Premières Nations et à dénoncer le
gouvernement Harper pour avoir déposé ce projet de loi
et à en exiger le retrait. Les chefs des Premières
Nations partout au pays appellent à une nouvelle relation
politique entre le Canada et les Premières Nations.
Cette question touche au coeur de la question constitutionnelle au
Canada, et les riches et leurs gouvernements ne veulent surtout pas
l'aborder.
Alors que nous approchons du 150e anniversaire de la
Confédération en 2017, ce qui devient incontournable est
la nécessité pour les Premières Nations,
le peuple du Québec et les Canadiens de travailler ensemble au
renouvellement des institutions et des processus politiques au Canada
et à l'établissement d'une
constitution nouvelle et moderne basée sur l'enchâssement
des droits des Premières Nations et des Métis, de la
nation québécoise et de tous les citoyens et
résidents de ce pays qu'est le Canada. C'est impossible pour le
Canada de laisser tomber son passé colonialiste si l'État
canadien persiste à traiter les Premières
Nations comme des peuples assujettis et non comme des peuples
souverains ayant le droit à l'auto-détermination dans
toutes les affaires qui les concernent. En
ce sens, l'avenir des peuples des Premières Nations, du peuple
québécois et du peuple du Canada est inexorablement
lié à notre unité politique à la
défense des
droits de tous!

Opposition à l'ingérence contre le droit
d'être
des
Premières Nations - Qui a dit quoi?
Le projet de loi C-33, la Loi sur le contrôle
par les Premières Nations de leur système
d'éducation, déposé
au parlement le 10 avril, a été vertement
dénoncé par les
Premières Nations partout au Canada.
Au lendemain de son dépôt, le grand chef
Stewart Philip du
Conseil des chefs de l'Union des chefs autochtones de la
Colombie-Britannique a exigé que le projet de loi C-33 soit
retiré. Il a dit : « Le projet de loi C-33 montre bien
l'idée que
le Canada se fait du « contrôle» en assurant un
contrôle absolu
au ministre des Affaires autochtones qui va recevoir les «
conseils » d'un Conseil conjoint des professionnels de
l'éducation, ce qui revient à laisser les
Premières Nations du
pays choisir à partir d'un menu fixé par le gouvernement
fédéral[...] Le projet de loi accroît la
supervision fédérale et
impose un cadre réglementaire très lourd en imposant des
standards nationaux unilatéraux et en demandant plus de rapports
administratifs. Avec ce projet de loi, le gouvernement
fédéral
poursuit son attitude punitive de ‘c'est à prendre ou à
laisser,
toute résistance est futile' envers les Premières
Nations, où
c'est le ministre qui règne et demeure l'autorité
suprême pouvant
nommer des tierces parties pour des questions de gestion ou
révoquer une désignation provenant du Comité
directeur des
Premières Nations en matière d'éducation.»
Qualifiant le projet de loi d'« insulte envers les
Premières
Nations», le chef de l'Assemblée des Premières
Nations du
Québec-Labrador, Ghislain Picard, a dit : « Selon ce
gouvernement, seul compte son propre ordre du jour législatif.
Après avoir négligé pendant des années
l'éducation de nos jeunes,
maintenant tout ce qui compte pour le gouvernement Harper est
d'imposer rapidement ses opinions et d'adopter un projet de loi
dont personne ne veut et qui n'est rien de moins qu' une attaque
frontale contre l'autonomie de nos nations.»
Le chef de Kitigan Zibi et porte-parole du dossier de
l'éducation, Gilbert Whiteduck, a dit : « Soyons clair,
tous nos
chefs, tous nos enseignants et tous nos spécialistes veillent
depuis des décennies à ce que nos jeunes reçoivent
des services
de qualité en matière d'éducation, services
auxquels ils ont
droit, tandis que de son côté le gouvernement
fédéral refuse de
les fournir. Nous avons sans cesse proposé des solutions
concrètes mais le gouvernement fédéral refuse
systématiquement de
les considérer. Il préfère imposer son point de
vue.»
Le 14 avril, le Grand conseil des Premières
Nations de Prince
Albert (Woodland Cree, Swampy Cree, Plains Cree, Dene et Dakota)
a déclaré qu'il rejetait le projet de loi C-33, notant
entre
autres : « En tant que Premières Nations nous devons
pouvoir
fixer nos propres balises en ‘besoins en matière
d'éducation '
tout en tenant compte de nos défis particuliers en la
matière.
Selon le gouvernement fédéral, le contrôle par les
Premières
Nations de leur éducation continue de se résumer à
ceci: ‘Nous
devons contrôler l'éducation des Premières Nations
au nom des
Premières Nations'. Ce gouvernement continue de nier les
principes éthiques de la Responsabilité de consulter et
d'accommoder, des droits de la personne et de la Déclaration des
Nations-Unies sur les droits de la personne.»
Le Chef du grand conseil de la nation Anishinabek de
l'Ontario,
Patrick Madahbee, a dit: « Soit qu'ils ne comprennent vraiment
pas, soit qu'ils sont décidés à
légiférer l’extinction des
Premières Nations ». Il dit que la nation Anishinabek a
mené des
négociations avec le gouvernement Harper sur la question d'un
système d'éducation qui soit développé par
les parents et les
éducateurs provenant des Premières Nations. « Un
système
d'éducation anishinabek digne de ce nom n'est pas une question
de
contrôle, mais de veiller à ce que nos enfants soient
éduqués
dans le plus grand respect de leur identité culturelle...Le
ministre des Affaires autochtones aurait tout pouvoir et toute
autorité sur l'éducation des Premières Nations
sans pour autant
avoir aucune responsabilité légale quelle qu'elle soit -
voilà la
sorte de contrôle que ce gouvernement a en tête...Ils
prétendent
que ce projet de loi est ce qu'il y a de mieux pour les
Premières
Nations, même s'il ne ressemble en rien à ce que les
Premières
Nations demandent depuis toujours...S'ils voulaient vraiment que
les Premières Nations prennent le contrôle de leur propre
éducation, ils commenceraient par éliminer l'écart
de financement
immédiatement, et reconnaîtraient nos propres processus
élaborés
par nos parents et nos enseignants. Ce n'est vraiment pas plus
compliqué que ça.»
Dans une lettre ouverte du
14 avril adressée au
ministre des
Affaire autochtones et Développement du Nord Canada, Bernard
Valcourt, et rejetant le projet de loi, le grand chef Michael
Delisle Jr.du conseil mohawk de Kahnawà:ke, parle d'une lettre
qu'il a reçu du bureau du ministre le 2 avril. Il y explique que
la lettre du gouvernement « illustre bien comment le ministre s'y
est pris pour que l'Assemblée des Premières Nations (APN)
mobilise un certain appui pour ce projet de loi. Par la
présente, nous tenons à vous informer que nous
n'approuvons
aucunement l'utilisation de l'APN par le gouvernement
fédéral
comme une instance dûment mandatée pour participer
à des
consultations sur des questions qui affectent nos droits, tout en
négligeant de consulter les véritables détenteurs
de droits.
L'APN n'est pas un détenteur de droits. Elle est seulement un
porte-parole qui peut servir à faciliter la communication avec
les Premières Nations.» Le grand chef Delisle affirme
aussi: «
Notre histoire collective en éducation a été
très turbulente.
Kahnawà:ke a eu le malheur de voir notre ressource la plus
précieuse, nos enfants, se faire enlever et être
forcés d'aller
dans des écoles résidentielles et dans des externats. Ces
dernières décennies, Kahnawà:ke a mené une
forte bataille pour
établir et développer un système
d'éducation qui reflète les
réalités uniques de notre communauté.
Kahnawà:ke ne cèdera pas ce
droit. Cette communauté ne cèdera pas ce droit et ne se
pliera
pas à un projet de loi imposé qui viole nos droits
à gérer notre
propre système. Il est urgent que le Canada tienne compte de
cela
et qu'il rencontre notre communauté afin de trouver une
réponse à
nos préoccupations.»
(Source: www.turtleisland.org ,
www.kahnawake.com,
www.ubcic.bc.ca; Photos: IAIA, Kahnawake Youth Forum)

Déclaration de Derek Nepinak, grand chef de
l'Assemblée des chefs du Manitoba
11 avril 2014
La loi sur l'éducation des Premières
Nations au parlement hier crée l'illusion d'un contrôle de
l'éducation par les Premières Nations. Et pourtant, elle
maintient -- dans la tradition des législations coloniales
canadiennes -- une discrétion sans entraves
réservée au ministre et lui accorde de vastes pouvoirs et
le
contrôle sur plusieurs aspects matière d'éducation.
Ce projet de loi laisse miroiter un sens du «
contrôle» alors qu'il continue de nier l'existence des
droits inhérents et issus de traités (voire juridiction)
des
peuples autochtones. Le facteur qui vient compliquer les choses, c'est
que l'illusion d'un contrôle des Premières Nations sur
l'éducation est maintenue par Shawn
Atleo, le chef national de l'Assemblée des Premières
Nations (APN), et une poignée de chefs des communautés
membres de l'APN. Mais l'appui du chef national
au projet de loi a peu de poids puisque l'APN ne détient
décisionnel liant les décideurs dans les
communautés.
Les peuples autochtones vivant dans l'État
successeur du Canada (liés ou non par des traités) ont le
droit à l'autodétermination en vertu de lois
internationales. Ce droit est rejeté par le projet de loi dans
sa forme actuelle. Cela est confirmé par le fait que le ministre
conserve toujours son rôle d'« agent
indien» et peut prendre le contrôle d'un programme
d'éducation communautaire sur la base de résultats
académiques qui n'ont pas été
déterminés par nos
communautés, mais par des normes développées au
sein de systèmes d'éducation provinciaux, auxquels nous
n'avons aucunement contribué historiquement.
Cela pose problème si vous croyez, comme moi,
qu'en tant que peuples autochtones nous tenons le droit de concevoir et
de mettre en oeuvre les opportunités
de développer le potentiel de nos enfants et de nos jeunes gens
sur la base de nos propres critères et des priorités de
nos sociétés et de nos cultures uniques.
Certains prétendent
que nous pouvons atteindre
cet objectif avec le projet de loi. Cependant, il est important de
reconnaître que l'établissement d'un système
d'éducation sur la base de nos langues et de nos pratiques
culturelles donneraient des résultats difficilement mesurables
avec des critères et des priorités tels
que reconnus par les systèmes d'éducation provinciaux. De
nombreuses études ont démontré que les
systèmes d'éducation des provinces de l'ouest n'ont pas
répondu aux besoins de nos enfants. Nos étudiants ne
pourront s'épanouir que dans un système
d'éducation développé par nous-mêmes, sur la
base de notre
pédagogie et de nos façons de faire autochtones.
L'objectif de nos familles en tant que peuples
autochtones est toujours d'assurer une bonne vie pour nos enfants.
Comme tels, les critères de succès dans
les systèmes d'éducation de l'ouest ont peu à voir
avec le développement d'une belle expérience de vie
autochtone. On vante énormément l'investissement de
1,9 milliards $ et la fin de la « limite de financement»
qui servent à rendre le projet de loi plus attirant. Par contre
l'existence d'une limite à l'investissement
pour réduire le grand écart qui existe entre les
écoles des réserves et les systèmes
d'éducation provinciaux est plutôt une nouvelle preuvre du
manque réel
d'engagement pour trouver de véritables solutions.
Pour espérer atteindre une réelle
égalité des chances en matière d'éducation
pour nos jeunes gens, il faudra faire mieux qu'un financement partiel
pour
combler une inéquité qui perdure depuis des
décennies. Pour en arriver à un véritable
engagement pour mettre terme à l'écart de financement il
faudrait
commencer par établir ce qu'est le déficit
d'investissement réel et actuel. Ce serait un point de
départ pour toute discussion sur ce qui est nécessaire en
termes
d'investissements. Il faudrait, aussitôt la décision
prise, la mettre en oeuvre, au lieu de laisser cela toujours et
inévitablement remis à plus tard.
Toute cette question de mécanisme de financement
pour rendre le projet de loi plus acceptable n'est rien de moins qu'une
promesse électorale -- la sorte
de promesse que le gouvernement et sa bureaucratie qualifient de
« corruption» lorsque notre leadership aux niveaux locaux
les émettent lors des campagnes
électorales menées en vertu de la Loi sur les Indiens.
Il
est
aussi fort possible, si nous nous fions au passé, que les
conservateurs cherchent à gagner
du temps pour trouver où couper dans les programmes et services
de la Loi sur les Indiens, afin de libérer le capital
nécessaire pour financer leur
promesse.
N'oublions pas non plus que des
générations successives d'enfants de nos
communautés ont été les victimes d'une crise de
financement créée de toute pièce,
crise qui a été exacerbée du fait qu'on a
refusé de reconnaître la croissance démographique
qui caractérise nos familles et nos communautés. La crise
de
financement ainsi créée a obligé plusieurs de nos
communautés à se tourner vers des ententes provinciales
ces dernières années puisque c'était la seule
option
pour se sortir de la stratégie d'amaigrissement financier des
gouvernements fédéraux.
Adhérer à des ententes provinciales
n'était pas une question de choix puisque nos
communautés voulaient offrir à nos enfants une
instruction de base
et embaucher des enseignants à des salaires concurrentiels. On
prétend que le nouveau projet de loi est une bonification ou une
consolidation de ces ententes
provinciales, alors qu'en réalité plusieurs de nos
communautés n'ont pas eu le choix que de faire des ententes avec
les provinces.
Il y a au Canada une longue histoire de
législateurs coloniaux qui adoptent des lois et des politiques
pour rendre les peuples autochtones semblables à eux.
Par exemple ceux qui prétendent qu'il faut «
réduire le fossé» des résultats
académiques ne font que confirmer que nos enfants seront
évalués selon des critères
de résultats académiques fixés par d'autres.
Le recours aux projets de loi et aux politiques pour
établir des critères d'évaluation pour les
familles et les communautés autochtones est partie
intégrante
d'un ordre du jour d'assimilation qui a vu naître les
écoles résidentielles et le système d'aide
à l'enfance. Au coeur de cet projet assimilateur il y a la
discrimination et la prétention d'une supériorité
raciale, toutes deux des éléments systémiques dans
notre relation avec les gouvernements canadiens. Le nouveau
projet de loi ne change rien à cette problématique de
longue date, il ne fait que la perpétuer.

Information sur le projet de loi C-33
La Loi sur le contrôle par les Premières
Nations de leur système d'éducation qui a
été déposée le 10
avril avait été précédée d'un autre
projet de loi, la Loi sur
l'éducation des Premières Nations, qui avait
été mise de
l'avant par le gouvernement Harper l'automne dernier.
L'opposition des Premières Nations à ce projet de loi
avait été
si vive que le gouvernement Harper essaie maintenant d'en passer
une vite en présentant à toutes fins pratiques tout le
contenu de
l'ancien projet de loi mais avec l'embellissement d'un «
contrôle
par les Premières Nations», qui vise à camoufler le
fait que le
gouvernement Harper dicte toujours sa politique en matière
d'éducation aux Premières Nations. En
réalité, l'esprit et le
contenu du projet de loi n'ont rien à voir avec une prise de
contrôle de l'éducation de leurs enfants et de leurs
jeunes par
les Premières Nations et en sont aux antipodes.
Le projet de loi impose de façon
unilatérale des
mécanismes aux
Premières Nations, comme le Conseil conjoint de professionnels
de
l'éducation, composé d'experts en éducation qui
doivent
conseiller les Premières Nations et le gouvernement du Canada
sur
comment mettre en oeuvre le projet de loi et mettre en place la
réglementation.
Le projet de loi impose aussi des normes provinciales
aux
Premières Nations et leur impose de rendre encore plus de
comptes en lien avec le financement qui est supposé entrer en
vigueur après la prochaine élection
fédérale. Les règlements
seront les mêmes que ceux des commissions scolaires provinciales.
Le projet de loi introduit des responsabilités
spécifiques
assignées à un directeur de l'éducation, comme
celles entre
autres de veiller à ce que l'école des Premières
Nations ait un
directeur qui « respecte son budget », à ce que
l'école atteigne
ses objectifs en matière d'éducation et qu'elle
prépare les
étudiants pour l'enseignement post-secondaire.
N'oublions pas que les systèmes
d'éducation provinciaux
sont
attaqués de toutes parts par les gouvernements
néolibéraux et
leur soi-disant ordre du jour d'austérité. Les
enseignants et les
travailleurs de l'éducation des systèmes provinciaux
luttent
présentement pour des conditions de travail qui affirment le
droit à l'éducation des étudiants et rejettent
cette offensive
antisociale contre l'éducation. Est-ce bien ça le
modèle de
sous-financement et d'attaques contre les droits des enseignants
et des travailleurs de l'éducation que le gouvernement Harper
pense imposer aux Premières Nations? En Ontario, par exemple,
les
commissions scolaires qu'on pousse à l'endettement suite au
sous-financement sont ensuite placées sous tutelle par la
province. En plus, les systèmes d'éducation des
Premières Nations
ont été encore plus sous-financés que les
systèmes provinciaux et
le projet de loi ne fait absolument rien pour rectifier cette
situation.
À première vue, il n'y a rien
d'extraordinaire à
suggérer que les
systèmes d'éducation respectent leurs budgets. Cependant,
il
s'agit ici d'une approche raciste et paternaliste de l'État
canadien dont le modus operandi est de provoquer des difficultés
financières pour les Premières Nations en n'honorant pas
ses
obligations de fiduciaire envers elles, ce qui mène à des
carences en éducation, à la pauvreté et à
d'autres problèmes
sociaux, sans parler des dettes encourues. L'État canadien
présente ensuite tous ces problèmes hors de leur contexte
pour
justifier son contrôle et son ingérence, enfreignant
systématiquement les droits et la souveraineté des
Premières
Nations. C'est ce qui s'est produit en décembre 2011 lorsque le
gouvernement fédéral a tenté d'imposer un tuteur
chargé de la
gestion aux Premières Nations d'Attawapiskat et tenté
aussi de
salir la réputation de la chef Theresa Spence, plutôt que
de
veiller à régler la crise du logement de la
communauté causée par
les politiques de l'État canadien.
Aussi, le projet de loi prévoit l'intervention
d'un inspecteur
d'école qui veillerait à ce que les écoles des
Premières Nations
sous leur responsabilité sont conformes au projet de loi. Ces
inspecteurs devront soumettre un rapport à l'Autorité de
l'éducation des Premières Nations et au Conseil de bande
et
soumettre une copie de ce rapport au ministre pour que celui-ci
puisse intervenir sans délai advenant que la Première
Nation
n'est pas conforme ou contrevient à la loi. Advenant qu'une
Première Nation n'agirait pas conformément au projet de
loi, le
ministre aurait le pouvoir d'imposer un conseiller spécial qui
devra suggérer comment cette école des Premières
Nations devra
s'y prendre pour lui redevenir conforme.
Le projet de loi C-33 demande aussi que la
Première Nation offre
l'anglais ou le français comme langue d'enseignement, tout en
offrant en complément une langue autochtone comme langue
d'enseignement, marginalisant ainsi le statut des langues des
Premières Nations. Celles-ci revendiquent que leurs langues
soient les langues d'enseignement sur leurs territoires. C’est une
nécessité absolue si les jeunes des Premières
Nations veulent
comprendre leurs cultures et contribuer à les consolider,
question de contrecarrer la décimation culturelle entreprise par
l'État colonial canadien. Le projet de loi C-33 fait en sorte
que
la langue même des Premières Nations est
reléguée au plan des
curiosités qui en fait feraient obstacle au succès
scolaire des
étudiants des Premières Nations. Cette marginalisation
est le
propre de l'État canadien et de sa négation des
Premières Nations
en tant que nations, qui deviennent ainsi une «
ethnicité» parmi
d'autres qu'on reconnaît pour la forme en vertu d'un Canada dit
multiculturel.
Une autre caractéristique importante du projet de
loi C-33 est
la
question de qui détient le pouvoir. Il est clair en vertu du
projet de loi que les Premières Nations sont redevables envers
l'État canadien sans pour autant que cette redevabilité
ne soit
réciproque. En vertu de la loi, aucune action ne peut être
prise
à l'encontre de Sa Majesté, ce qui comprend le
gouvernement
fédéral, un ministre ou un agent, pour tout acte ou acte
d'omission fait de bonne foi dans l'exercice de leurs pouvoirs ou
de leurs fonctions en vertu de cette loi. En d'autres mots, la
responsabilité de se conformer à cette loi repose sur les
Premières Nations. Elles devront donc se soumettre à
cette
nouvelle loi, même si depuis des années elles ont
travaillé pour
avoir leur propre programme et leurs propres façons de faire en
éducation.
(Source: Affaires autochtones et
Développement du Nord Canada)

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