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Numéro 58 - 30 avril
2014
La visite d'Obama au Japon
La nécessité de rompre
avec le cadre
de référence imposé par l'élite dirigeante
Manifestation à Tokyo contre la visite
du président Obama au Japon le 23 avril 2014. Les manifestants
s’opposent en particulier à la direction
que donne le premier ministre Shinzo Abe au Japon et à la
demande américaine de relocaliser sa base miiltaire de Futenma
à Okinawa
dans la Baie de Henoko qui est fragile écologiquement.
La
visite d'Obama au Japon
• La nécessité de rompre avec le
cadre de référence imposé par l'élite
dirigeante - Correspondant du LML au Japon
Corée
• Les impérialistes étasuniens et
les forces militaires sud-coréennes doivent cesser leurs
exercices de guerre!
• Les insulaires de Jeju tiennent bon face
à l'occupation militaire de la Corée du Sud -
Philip Fernandez
La visite d'Obama au Japon
La nécessité de rompre avec le cadre
de référence imposé par l'élite dirigeante
- Correspondant du LML au Japon -
Le président américain Barack Obama et le
premier ministre japonais Shinzo Abe se sont rencontrés à
Tokyo du 23 au 25 avril 2014 pour consolider l'alliance militaire
agressive américano-japonaise. Le président
américain fait pression sur l'armée japonaise pour
qu'elle participe directement aux guerres d'agression des
États-Unis où qu'elles se
produisent et accepte encore plus d'armes de destruction massive
américaines sur son territoire. Obama est allé au Japon
pour formaliser la demande à l'effet que le pouvoir militaire et
industriel du Japon ne peut plus se contenter d'être une
arrière-garde de l'empire américain et de ses guerres de
conquête.
Pour lui permettre d'adopter une position militariste
plus agressive, les États-Unis ont donné leur feu vert
à l'élite dirigeante japonaise pour qu'elle poursuive des
conflits territoriaux avec la Chine, la Corée du Sud et la
Russie, et menace directement la République populaire
démocratique de Corée. L'élite dirigeante du Japon
a utilisé les conflits
territoriaux avec la RPDC et les menaces contre elle pour
générer une hystérie pro-guerre au sein des mass
médias et de la politique en général. Les
récentes visites du premier ministre Abe, de ses ministres et de
150 autres membres de la Diète nationale (parlement
bicaméral) au sanctuaire de Yasukuni, où se trouvent les
cendres de plusieurs des
hauts dirigeants et autres criminels de guerre japonais, expriment bien
la frénésie de guerre qui agite présentement
l'élite dirigeante japonaise.
Manifestation contre les
bases des États-Unis à Okinawa le 19 avril 2014. La
présence militaire massive des États-Unis
sur l’île est un rappel de l’occupation militaire
américaine du Japon.
L'alliance militaire États-Unis-Japon, qui
remonte à1960, a remplacé la déclaration de
capitulation sans condition aux forces armées des
États-Unis qui a suivi l'effondrement et la défaite
militaire de l'empire militaire japonais en août 1945.
L'occupation militaire du Japon par les États-Unis en 1947 a
donné naissance à un système de
gouvernance politique de type Westminster-États-Unis largement
dominé par des partis politiques organisés et
financés par l'État. La force d'occupation
américaine a également écrit une nouvelle
constitution et a exigé son adoption.
Le système de gouvernance et de constitution
imposé par les États-Unis, et l'alliance militaire
américano-japonaise sont considérés
présentement comme l'expression légitime de la
volonté juridique du Japon, régissant les affaires
intérieures et extérieures du peuple.
Surtout suite à la guerre de conquête des
États-Unis contre la Corée (1950-1953), la
majorité des monopoles japonais et de l'élite au pouvoir
ont perçu l'imposition d'une constitution et du système
de gouvernance, ainsi que la capitulation et éventuellement
l'alliance militaire avec l'impérialisme américain comme
leur cadre de référence. Ils ont
imposé ce cadre de référence à tous les
partis politiques et à tous les individus sans exception sous
peine d'expulsion du corps politique et de sanctions graves dont la
mort civile.
De nos jours, l'élite dirigeante japonaise se
compose essentiellement des descendants des mêmes capitalistes
monopolistes et de leurs représentants politiques qui ont
dominé les affaires économiques et politiques avant et
durant la Seconde Guerre mondiale. Il existe des exceptions parmi les
éléments politiques et professionnels qui se sont
trouvés un créneau dans les arrangements de
l'après-guerre imposés par les États-Unis, soit en
tant que membres éminents de la société civile ou
dirigeants des partis politiques. Après la Seconde Guerre
mondiale, l'élite dirigeante a embrassé l'occupation et
les formes de gouvernance militaire des États-Unis pour
neutraliser la classe ouvrière,
reconstruire ses empires privés et éviter d'être
tenue responsable de ses crimes de guerre commis à
l'étranger et contre le peuple japonais.
L'armée américaine, dans le cadre de sa
campagne meurtrière pour contenir le communisme et
étendre son empire, a déclenché en 1950 la guerre
génocidaire contre la Corée. L'élite dirigeante
japonaise a utilisé la guerre d'agression américaine
contre la Corée comme une occasion de rétablir son
économie et son pouvoir politique. Pour
conquérir la Corée et détruire la RPDC et les
aspirations du peuple coréen pour l'indépendance et le
développement souverain, l'armée américaine est
devenue l'avant-garde et le fer de lance de la guerre. Les moyens de
production industriels et agricoles japonais sont devenus
l'arrière-garde en fournissant un soutien matériel
essentiel pour la guerre
d'agression contre la Corée. La guerre a ravivé
l'élite dirigeante moribonde japonaise de sa défaite de
la Seconde Guerre mondiale et l'a convaincue que sa survie pour le
moment du moins est du côté de l'empire américain
et sa campagne pour contenir le communisme, supprimer la classe
ouvrière internationale et confronter directement tout pays
qui choisit le développement indépendant en dehors du
système impérialiste d'États dominé par les
États-Unis.
L'élite dirigeante japonaise a grandement
profité des guerres meurtrières et des campagnes
subversives américaines qui se sont succédé en
Asie, surtout la guerre contre le Vietnam. Le fait de profiter des
guerres menées par les États-Unis et du marché
américain n'a fait que renforcer l'idée que son existence
dépend pour l'instant de l'alliance
militaire États- Unis-Japon et que le cadre de
référence de la politique doit être les formes de
gouvernance et de constitution imposées par les
États-Unis.

Il y a eu de multiples
manifestations en Asie et ailleurs contre la remontée du
militarisme japonais, surtout contre les visites du premier ministre
Abe au sanctuaire de Yasukuni. De haut en bas, de droite à
gauche: Taipei à Taiwan le 15 août 2013; Hong Kong en
Chine, le 13 décembre 2013; pour le 76e anniversaire du massacre
de Nanjing par les impérialistes japonais, à Séoul
en Corée le 27 décembre 2013; manifestation de
résidents chinois aux États-Unis à Chicago le 28
janvier 2014 et manifestation de résidents de Tokyo contre les
visites de Abe au sanctuaire le 21 avril 2014.
Pour soutenir son pouvoir politique, l'élite
dirigeante japonaise a constamment mobilisé les immenses
ressources matérielles et subjectives de l'Etat ainsi que les
médias de masse pour saper et désarmer la classe
ouvrière et les couches intermédiaires japonaises et
désarmer toute opposition qui ose remettre en question le cadre
de référence établi.
Une importance particulière a été portée
à l'utilisation d'agents au sein du mouvement de la classe
ouvrière pour semer la confusion idéologique et politique
et bloquer le développement de la politique, de la pensée
et de la perspective indépendante de la classe ouvrière
ainsi qu'un cadre de référence moderne. Tous les efforts
ont été faits pour
empêcher la classe ouvrière d'échapper au point de
référence imposé et représenté par
le système américain de gouvernance et de constitution,
et de l'alliance militaire États-Unis/Japon. La classe
ouvrière a été forcée de mener ses luttes
de résistance pour défendre ses droits et s'assurer de
son avenir selon le point de référence de l'élite
dirigeante.
Une tâche centrale qui confronte partout la classe
ouvrière est de développer son propre point de
référence dans la lutte pour le Nouveau contre l'Ancien,
la lutte pour des définitions modernes, de nouvelles formes de
gouvernance et de constitution en harmonie avec les conditions sociales
et économiques. Au Japon, une tâche importante est
d'établir un gouvernement anti-guerre qui met fin à
l'alliance militaire avec les États-Unis, expulse de son
territoire les dizaines de milliers de troupes américaines et
leurs armes de destruction massive, établit avec tous ses
voisins de l'Asie de l'Est des relations sur la base d'un
développement et d'un avantage mutuel. Le point de
référence pour la
classe ouvrière japonaise qui veut s'affirmer est la lutte entre
l'Ancien et le Nouveau, et pour des définitions modernes
basées sur les conditions et contradictions matérielles
et subjectives. La politique indépendante de la classe
ouvrière est nécessaire à la classe
ouvrière afin de réfuter sa négation en tant que
réserve de l'impérialisme japonais et
américain.
La pression de considérer tous les aspects de la
politique selon le point de référence de l'élite
dirigeante est énorme. Par exemple, sur la question de lutter
pour un gouvernement anti-guerre qui met fin à l'alliance
militaire États-Unis/Japon et expulse du Japon les forces
armées des États-Unis qui y sont cantonnées, la
question se limite souvent
à défendre l'article 9 de la constitution imposée
par les États-Unis auquel on se réfère comme
étant l'article sur la paix. Cela réduit le mouvement
anti-guerre à lancer des appels en faveur
d'énoncés de politique qui sont rapidement
rejetés, en particulier selon les circonstances dites
exceptionnelles et les situations d'urgence impliquant des
provocations où les Japonais sont dépeints comme des
victimes, comme ce fut le cas des prétendus enlèvements
parla RPDC et l'insistance de la Chine sur la souveraineté
territoriale d'une série de petites îles qui sont
très éloignées du Japon.
Plus de 5000 personnes
prennent part à un rassemblement et à une marche contre
la tentative de l’élite dirigeante japonaise de retirer
l’article 9 de la constitution du Japon à Tokyo le 8 avril 2014.
Dans les affaires politiques, la classe ouvrière
a été encouragée à limiter l'utilisation de
ses ressources et la force de son nombre pour gagner des sièges
dans les différentes formes sociales législatives. Durant
toutes les campagnes électorales un immense effort est fait pour
séduire la classe ouvrière à mettre tous ses
espoirs, sa sécurité et ses
droits et son avenir derrière la bannière des
énoncés de politique des partis politiques, autant de la
gauche que de la droite. La lutte pour investir le peuple du pouvoir
selon de nouvelles formes sociales de gouvernance conformément
aux conditions modernes a été confinée à
des débats intellectuels sur les énoncés de
politique plutôt qu'à une lutte
pour investir le peuple du pouvoir de façon réelle. La
nécessité de priver l'élite dirigeante de son
pouvoir de priver le peuple de ses droits est souvent rejetée de
la main en faveur de ce qui est souvent appelé la politique
pragmatique.
La visite d'Obama, dans le cadre de la stratégie
du pivot asiatique de l'impérialisme américain, a
été faite pour exiger de l'élite dirigeante
japonaise qu'elle ne se contente pas de mobiliser le peuple et les
forces armées comme une arrière-garde pour
défendre et accroître l'empire américain mais soit
être un membre actif de la garde avancée qui
prend directement part aux aventures militaires menées par les
États-unis contre les peuples du monde, où que soit le
champ de bataille. Tout débat au sein de l'élite
dirigeante américaine sur cette décision est de savoir si
ce changement va poser un défi à son propre pouvoir. Le
fait d'encourager l'élite dirigeante japonaise à devenir
active en
participant à des guerres à l'étranger, ouvre la
possibilité que l'impérialisme japonais voudra plus pour
lui-même que ce que les États-Unis sont prêts
à partager et tentera de se faire une place comme concurrent
agressif cherchant à établir son propre empire militaire.
La classe ouvrière internationale tend la main
à tous ses contingents et les encourage à établir
leurs propres points de référence en matière
d'affaires politiques, théoriques et sociales, et lutte pour la
défense des droits de tous en montrant la voie à suivre
pour l'émancipation complète de la classe
ouvrière. Rompre avec le cadre de référence
imposé par l'élite dirigeante est une étape
importante dans la négation de la fausse conscience de la classe
ouvrière, une étape nécessaire vers l'organisation
de sa politique indépendante et pour mener la lutte de classe de
façon cohérente et réussie sur tous les fronts.


Manifestation contre la
visite d’Obama en Asie: aux Philippines (photos du haut), en Malaisie
(photos du bas)

Corée
Les impérialistes étasuniens et les forces
militaires sud-coréennes doivent cesser
leurs exercices de guerre!

La bannière des actions de 2013 à Séoul contre les
exercices militaires annuels États-Unis-Corée du Sud.
Le peuple canadien et tous les peuples du monde doivent
se faire entendre et exiger que cessent les exercices militaires
annuels menés par les États-Unis et la Corée du
Sud. Les exercices qui viennent de prendre fin, les Key Resolve/Foal
Eagle, dont le deuxième volet s'est déployé au sud
de la péninsule coréenne, sont parmi les exercices de
guerre les plus élaborés au monde. Y participent 200 000
soldats coréens et plus de 10 000 soldats des États-Unis.
Ces exercices sont basés sur des scénarios simulant par
ordinateur l'invasion de la République populaire
démocratique de Corée (RPDC).
Ces jeux de guerre engendrent une situation des plus
volatiles dans la péninsule coréenne, situation que les
médias monopolisés aggravent avec leur hystérie
anticommuniste, accusant la RPDC d'être une menace à la
paix.
Le gouvernement de la RPDC a condamné ces
exercices comme étant une grave provocation contre la RPDC et
l'ensemble du peuple coréen. Au début de cette
année la RDPC en a appelé aux forces militaires de la
Corée du Sud de cesser ces vastes exercices annuels qui ne sont
rien de moins que des préparatifs de guerre, disant qu'elles
constituent l'un des obstacles qui empêchent la normalisation des
relations entre eux. Cette année, les exercices Key Resolve/Foal
Eagle ont eu lieu malgré les propositions mises de l'avant plus
tôt cette année par la RPDC à l'effet
d'entreprendre des pourparlers directs avec les États-Unis, des
pourparlers de paix visant à mettre fin à la guerre de
Corée et à conclure un traité de paix entre les
deux pays.
Comme les États-Unis et la RPDC sont toujours
officiellement en état de guerre - l'entente d'armistice pour
mettre fin à la guerre de Corée n'étant pas un
traité de paix - ces exercices militaires des États-Unis
et de la Corée du Sud et leur nature provocatrice ne sont rien
de moins qu'une extension de la guerre de Corée. Tenir la RPDC
responsable de ces exercices militaires est de la propagande
éhontée des impérialistes étasuniens
à laquelle fait écho le gouvernement belliciste de Harper
et les médias monopolisés au Canada. Le fait que les
fauteurs de guerre étasuniens et leurs alliés au Canada
et ailleurs planifient et cherchent à justifier la guerre et
l'agression contre la RPDC
constitue un « crime contre la paix » que la
déclaration de Nuremberg (aujourd'hui incorporée à
la Charte des Nations-Unies) définit comme le crime
international suprême. Les peuples du monde doivent exiger que
tous ceux qui incitent à une autre guerre coréenne et
à un changement de régime en RPDC soient accusés
de crimes contre la
paix!
Le gouvernement de la RPDC
a depuis toujours demandé qu'on mette fin à ces exercices
de guerre et qu'on signe un traité de paix. Il déploie
tous les efforts pour établir un état d'équilibre
dans la péninsule coréenne, ce qui est conforme à
la volonté de l'ensemble du peuple coréen. Pour ce faire,
il doit aussi améliorer sa capacité de défense
afin de défendre sa souveraineté et son
indépendance, consacrant à son corps défendant une
grande partie de son budget d'État à cette fin.
L'année dernière, la RPDC a indiqué que
l'extension de la guerre de Corée l'avait obligée
à « détourner d'importantes ressources humaines et
matérielles vers la consolidation des forces armées,
ressources qui
auraient dû être consacrées au développement
économique et à l'amélioration du niveau de vie du
peuple». Il y a là matière à
réflexion pour les gens épris de paix et de justice au
Canada et partout dans le monde.
La RPDC n'a pas d'autre choix que de prendre toutes les
mesures nécessaires pour consolider sa capacité
défensive, car elle prend très au sérieux ces
exercices militaires des États-Unis et de la Corée du
Sud, compte-tenu de tout le passé des impérialistes
étasuniens et de leurs visées à l'égard de
la péninsule coréenne et de l'expérience directe
de la RPDC qui a mené la guerre contre les impérialistes
étasuniens et leurs alliés pendant la Guerre de
Corée (1950-1953).
Ce sont en fait les États-Unis, leurs
alliés sud-coréens et le Japon - lequel se militarise de
plus en plus - qui créent un déséquilibre en
mettant en oeuvre leur politique du Pivot vers l'Asie - une
stratégie géopolitique qui utilise la Corée du Sud
et d'autres pays, y compris le Japon et les Philippines, pour affirmer
son hégémonie en Asie de l'Est
et pour contenir et menacer la Chine. Il en coûte près de
un milliard $ par année au gouvernement sud-coréen pour
maintenir 28 000 troupes des États-Unis sur son territoire. Ces
coûts pour le peuple sud-coréen vont s'escalader dans les
années à venir. En Corée du Sud, des organisations
pour la paix et pour la réunification s'opposent depuis
longtemps à ces exercices de guerre. Elles revendiquent une
démilitarisation intégrale de la péninsule y
compris le retrait éventuel des troupes étasuniennes. Une
de ces organisations a déjà dit à ce sujet :
« À moins d'un retrait intégral et permanent des
forces étasuniennes de la Corée du Sud, il sera
impossible d'établir la paix dans la péninsule
coréenne».
Toutes les personnes éprises de paix et de
justice au Canada et partout dans le monde doivent appuyer les efforts
de la RDPC ainsi que le mouvement contre la guerre dans le sud de la
Corée revendiquant sécurité, paix et
stabilité dans la péninsule coréenne. Elles
doivent appuyer le peuple coréen dans sa lutte pour
débarrasser son pays divisé
du fléau de l'impérialisme étasunien, et
l'assister dans la réunification indépendante et
pacifique de son pays et mettre un terme une fois pour toutes à
la menace constante de guerre nucléaire qui pèse sur la
péninsule coréenne et sur le monde entier.

Les insulaires de Jeju tiennent bon face
à l'occupation militaire de la Corée du Sud
- Philip Fernandez -
Des manifestations se
tiennent depuis des années contre la construction de la base
navale sur l’Île de Jeju. Sur la photo, des activistes du
Comité de l’Île de Jeju contre la base militaire bloquent
l’entrée du site de la construction le 12 avril 2013. On lit sur
la bannière: « Arrêtez la construction
illégale de la base! Faites une évaluation
environnementale conjointe! ». (Save Jeju Now!)
Il y a 66 ans, le 3 avril 1948, la population de
l'île de Jeju s'est soulevée contre l'occupation militaire
des États-Unis et la division du pays et a affirmé le
droit à l'existence du peuple coréen. Sa
résistance historique a toujours été une source
d'inspiration pour le peuple coréen et pour tous les peuples qui
luttent pour leur droit à l'indépendance,
à l'autodétermination et à la paix.
Le soulèvement de l'île de Jeju est
toujours vivant dans les manifestations sans relâche des
insulaires qui demandent que cesse l'occupation militaire du sud de la
Corée par les États-Unis et que cesse plus
spécifiquement la
construction d'une gigantesque base navale sur leur île qui est
située au sud-ouest de la péninsule coréenne. Par
exemple, le 13 avril, le professeur Yang Yoon-Mo, l'un des dirigeants
de la lutte des insulaires de Jeju contre la construction de cette base
navale, a mis fin à sa quatrième grève de la faim
après avoir passé 435 jours en prison. À un
dîner donné suite à sa libération, il a
déclaré qu'il allait commencer une pétition
nationale avec l'objectif de recueillir 10 millions de signatures
partout en Corée en faveur de la démilitarisation de
l'île de Jeju et de la proclamer « Île de la
paix» d'ici 2017, année de la prochaine élection
présidentielle en
Corée du Sud.
Suite à sa victoire militaire sur les Japonais le
15 août 1945, le peuple coréen n'a pas perdu temps
à s'organiser en tant que peuple victorieux pour établir
la République du peuple de la Corée qu'il a
proclamée à Séoul le 6 septembre 1945. Cette
république naissante a été
démantelée de force par les impérialistes
étasuniens qui sont arrivés en
Corée du Sud deux jours plus tard pour recevoir de façon
« officielle» la capitulation du Japon et pour mettre en
place un gouvernement « démocratique» qui serait au
service des intérêts des États-unis en Corée
du Sud. C'est ainsi que le peuple coréen, qui avait joué
un rôle important dans la défaite des puissances de l'Axe
durant la Deuxième
Guerre mondiale, a été privé de son droit à
l'indépendance et à une Corée unifiée.
Depuis, il a mené lutte politique déterminée, y
compris la guérilla, pour contrer ces mesures cavalières
et brutales du gouvernement militaire des États-Unis en
Corée du Sud.
Nulle part au sud cette résistance a-t-elle
été aussi concentrée que sur l'île de Jeju,
où les insulaires avaient établi leur propre
résistance politique par le biais de comités populaires
et géraient leurs affaires paisiblement et sans ingérence
de l'extérieur. Ils se sont aussi opposés à la
division de leur pays et ont revendiqué que la Corée soit
unifiée
et que les troupes étasuniennes quittent leur patrie.
L'incident qui a déclenché le
soulèvement de Jeju a eu lieu le 1 mars 1948, lorsque les
insulaires ont souligné la Journée du mouvement de
l'indépendance de la Corée en manifestant contre les
élections frauduleuses prévues pour le 10 mai par les
États-Unis, qui recevaient alors l'appui de la Commission
temporaire des Nations unies sur la
Corée (UNCOK), avec le but d'y installer un gouvernement
fantoche des États-Unis dans le sud de la Corée. Des
policiers du continent ont ouvert le feu sur les manifestants, tuant
six personnes et en blessant plusieurs autres. Le peuple a
riposté et, armé d'armes les plus rudimentaires comme des
couteaux et des fourches, s'est mis à attaquer les
postes de police locaux, à mettre le feu aux bureaux de vote et
à attaquer des représentants gouvernementaux et
militaires réactionnaires. Le gouvernement militaire des
États-Unis et leurs forces paramilitaires locales ont
riposté à leur tour par une tuerie de masse et par
l'emprisonnement de gens sous prétexte qu'ils étaient des
« gauchistes», des «
communistes» et ou tout simplement des patriotes.
Des résidents de
Jeju attendent leur exécution en mai 1948. Charnier de cadavres
près
de l’Aéroport de l’Île de Jeju en 2008.
Le 3 avril, une rébellion en règle a
éclaté. Le peuple s'est alors organisé en groupes
de guérilla, portant le nom d'Armée populaire,
ébranlant l'ennemi jusqu'à la moelle malgré sa
force militaire, les forces d'occupation étasuniennes et les
forces paramilitaires locales du régime fantoche de Syngman Rhee
mis en place dans le sud de la Corée par
les États-Unis. Cette guerre de guérilla, les insulaires
l'ont menée pendant près de deux ans.
Des 250 000 personnes vivant sur l'île de Jeju, on
estime que jusqu'à 80 000 personnes ont été
tuées. Plus de 5 000 personnes se sont enfuies au Japon en tant
que réfugiées. D'autres ont été «
disparues» en grands nombres. Plus de 40 000 maisons ont
été détruites et des 400 villages, il n'en restait
plus que 170. Encore aujourd'hui, on découvre les corps de gens
tués et enfouis dans des fosses communes.
Pendant plus de 50 ans, il a été
défendu aux insulaires ou à qui que ce soit en
Corée du Sud de parler ouvertement du soulèvement de
Jeju, sous peine d'emprisonnement. Ce n'est qu'en janvier 2000 qu'une
loi spéciale a été adoptée exigeant que le
gouvernement sud-coréen examine la vérité sur ce
qu'on a appelé l'incident 4.3. Le
soulèvement de l'île de Jeju et la répression
brutale qui a suivi font aussi partie du verdict de culpabilité
porté contre les gouvernements étasuniens successifs
depuis la Deuxième Guerre mondiale pour crimes contre
l'humanité, crimes contre la paix et crimes de guerre, verdicts
rendus par divers tribunaux de la Commission de vérité
coréenne sur
les crimes de guerre.
Aujourd'hui, le peuple coréen craint grandement
que la construction d'une immense base navale
États-Unis/Corée du Sud à Jeju fera de l'île
un tremplin pour le déclenchement d'une guerre et d'une
agression militaire étasunienne contre la Chine et contre la
République populaire démocratique de Corée,
déstabilisant encore davantage la
situation politique en Corée et en Asie de l'Est,
conformément à la stratégie du Pivot vers l'Asie
d'Obama. Par conséquent, la population de l'île de Jeju a
intensifié son travail pour organiser le peuple, exigeant que
les troupes des
États-Unis sortent de la Corée, que cessent les exercices
de guerre conjoints entre les États-Unis et la Corée du
Sud en Corée du Sud et
dans les alentours, et que la réunification nationale de la
Corée soit l'oeuvre du peuple coréen lui-même. Sa
lutte, qui perdure depuis 66 ans et qui vise à libérer la
Corée du Sud de l'occupation militaire des États-Unis,
continue d'inspirer le peuple coréen ainsi que le mouvement
contre la guerre partout dans le monde.

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