|
Numéro 56 - 25 avril
2014
Les libéraux relancent le Plan
Nord
Un vaste programme pour payer les riches
Les
libéraux
relancent
le Plan Nord
• Un vaste programme pour payer les riches
- Normand Fournier
• Stornoway et l'investissement public
Les métallos de
l'Ontario s'organisent pour bloquer la destruction nationale
• Les prophéties de malheur de US Steel
- Rolf Gerstenberger
• La ville de Hamilton cherche des solutions
• Guerre psychologique contre les
métallos
• La confusion de US Steel sur la
méthode Carnegie - Rolf Gerstenberger
Les libéraux relancent le Plan
Nord
Un vaste programme pour payer les riches
- Normand Fournier -
Le nouveau premier ministre du Québec Philippe
Couillard a annoncé à Thetford Mines le 9 avril la
relance du Plan Nord comme un projet majeur de « relance de
l'économie québécoise ».
Notons d'abord que rien n'a changé dans le
secteur minier qui permette de le claironner comme un « projet
majeur de relance économique ». Avant les
élections, les éléments qui expliquaient la baisse
d'activité du secteur minier, la chute des investissements dans
le domaine de l'exploration et de l'exploitation, l'absence de
découvertes de nouveaux gisements, sont aujourd'hui toujours
présents. Le contexte défavorable invoqué par les
sociétés minières et la chute des prix des
minerais qui justifiaient les minières à procéder
à des coupures de postes et à des fermetures des mines du
Québec, sont demeurés inchangés. Les villes de
Fermont, Chibougamau, Sept-Îles, Havre-St-Pierre, sont aux prises
avec les mêmes difficultés, soit les abandons des projets
d'expansion des mines et des infrastructures portuaires, ou de reports
à une date inconnue des projets d'exploration miniers. Les
juniors de l'exploration éprouvent encore des difficultés
à trouver le financement nécessaire à leurs
activités. Le prix de l'once d'or est toujours aussi bas,
à 1292 $. À première vue rien n'a vraiment
changé !
Au lendemain des
élections du 7 avril, les
sociétés minières opérant dans le
territoire du Plan Nord ont toutes renouvelé leurs demandes
auprès du nouveau premier ministre du Québec. Elles
demandent des investissements dans les infrastructures, comme les
routes et chemins de fer, pour les infrastructures portuaires leur
permettant d'exporter à l'étranger les ressources
minières du Québec. Ce sont les demandes formulées
par Tata Steel Minerals, ArcelorMittal et Cliffs Natural Resources,
qui déclarent avoir de la difficulté à obtenir du
financement sur le marché mondial.
Comme le premier ministre Couillard veut faire du
secteur minier un élément majeur de la relance
économique du Québec, où va-t-il trouver ou
prendre l'argent pour financer tous ces projets et répondre aux
demandes des minières ? Va-t-il pousser plus avant les mesures
antisociales et couper les fonds à l'éducation et aux
affaires sociales ? Va-t-il faire comme son prédécesseur
et accroître la dette du Québec en empruntant sur le
marché financier newyorkais ?
En fait, ce Plan Nord que nous connaissons
déjà ne s'attaque à aucun des problèmes
majeurs du secteur des ressources, comme l'exportation de
matières brutes par et au profit de grandes entreprises
internationales privées, l'absence de développement
manufacturier et du développement des régions, la
violation de la souveraineté des Premières Nations sur
leurs territoires, l'absence de mesures de protection de
l'économie face aux aléas du prix des matières
premières sur les marchés mondiaux et, surtout, l'absence
du pouvoir du peuple de décider quelles ressources seront
développées et au profit de qui. Le Plan Nord n'est rien
de plus qu'un programme pour mettre des fonds publics au service
d'entreprises monopolistes étrangères qui conservent le
pouvoir de décider de tout.
Nos ressources, nous
décidons!
Le besoin le plus pressant en ce qui concerne le
développement des ressources naturelles du Québec est
qu'il faut donner une nouvelle direction à l'économie. Il
faut renverser la direction actuelle de l'économie qui fait que
toutes les ressources naturelles et humaines sont orientées dans
le sens de répondre aux besoins des monopoles. Les
ressources doivent servir le bien-être du peuple et son
épanouissement, sous la responsabilité d'une
autorité publique, et non être au service
d'intérêts privés qui usurpent l'autorité
publique pour s'enrichir.
Un État moderne du Québec doit se doter
d'une loi sur les mines qui reconnaît que le propriétaire
des ressources minières est le peuple québécois et
les Premières Nations. Le gouvernement doit alors se comporter
comme le fiduciaire des propriétaires des ressources
minières et ne plus se contenter de redevances et de «
création d'emplois
».
Dans ces circonstances, dans un Québec moderne
possédant une loi des mines moderne, pourquoi l'État
n'adopterait-il pas une loi lui réservant la vente et la
distribution des minéraux ? L'État pourrait
établir le prix de vente et ainsi s'assurer que le
développement des ressources naturelles, dont les mines, servent
les intérêts de la nation et du
peuple. Pourquoi laisser les intérêts privés
prendre possession des ressources naturelles, s'ils ne veulent et ne
peuvent les développer dans la phase la plus critique,
l'exploration, sans aide financière publique ?
Un peu d'histoire
Le Québec dans les années 60 avait
créé des sociétés d'État pour voir
au développement des ressources naturelles des secteurs minier,
pétrolier, forestier, agricole et hydro-électrique
québécois. Les sociétés SOQUEM, SOQUIP,
REXFOR et le Crédit agricole devaient assumer ce mandat.
Hydro-Québec, fondée en
1962, fut précédée par la nationalisation de 1944
à 1955 d'entreprises privées d'électricité,
qui pratiquaient des tarifs d'électricité prohibitifs.
En 1962 était créée la
Société générale de financement (SGF) et en
1964 le gouvernement Lesage fondait Sidbec (Sidérurgie du
Québec) pour transformer au Québec le minerai de fer de
la Côte-Nord. Un immense complexe sidérurgique devait
être construit à Bécancour. Le projet a
été abandonné en 1968 pour se rabattre sur l'achat
de l'aciérie
Dosco à Contrecoeur, une entreprise en difficulté
financière. Apparaît alors en 1968 Sidbec-Dosco, qui
accumulera jusqu'au début des années 90, des pertes de
près de 1 milliard $. En 1965, la Caisse de dépôt
et placement du Québec (CDPQ) fut créée, elle
recevait les sommes versées au Régime des rentes du
Québec, les fonds de pension des
employés de l'État. Elle allait agir comme « la
banque du Québec ».
En 1965 est mise sur pied la Société
d'exploration minière (SOQUEM). Suivirent la
Société québécoise d'initiatives
pétrolières (SOQUIP) et la Société
d'exploitation, de récupération et de
développement forestier (REXFOR).
À l'exception d'Hydro-Québec, tout ce
développement a aujourd'hui été abandonné
progressivement en faveur de remettre le contrôle et l'argent
à des monopoles privés. Tous les grands projets
industriels permettant la construction de la nation
québécoise ont été détruits. Dans le
secteur minier, le projet collectif de développer la
sidérurgie a été
abandonné par le gouvernement Bourassa, sous la pression des
monopoles qui disaient à l'époque, « les
sociétés d'État ne doivent pas concurrencer les
entreprises privées ».
Certaines sociétés d'État ont
été démantelées ou mises en veilleuse
(SOQUEM, SOQUIP, Sidbec). REXFOR a été
détourné de son mandat initial pour devenir un sauveteur
des moulins de sciage en difficulté financière ou
carrément en faillite, appartenant aux amis des partis
politiques. Cette société a servi à faire
qualifier des travailleurs
forestiers à l'assurance-chômage par l'exécution de
travaux forestiers à caractères douteux et fortement
critiqués par la population (le saccage des lots forestiers
intramunicipaux dans l'Est du Québec).
Pour Sidbec, tous les actifs de l'entreprise ont
été liquidés en 1999. Le Crédit agricole
devenu la Société financière agricole du
Québec (FAQ) finance des productions qui n'ont rien à
voir avec l'agriculture proprement dite (érablière,
fromagerie, vignoble, pisciculture, boulangerie, boucherie, terre
à bois, etc.).
Le Plan Nord de Jean Charest et de Philippe Couillard
s'inscrit dans la lignée de ce démantèlement et
c'est une farce cruelle qu'on fait au peuple québécois
que de présenter cela comme un « projet majeur de relance
de l'économie québécoise ». Il faut
rétablir que les ressources naturelles appartiennent au peuple
et que c'est lui qui doit décider
de leur développement. Une nouvelle direction pour
l'économie d'un Québec moderne est possible. Ça
peut se faire ! Ça doit se faire !

Stornoway et l'investissement public
Le mercredi 26 mars, la société
minière Stornoway a annoncé l'obtention d'un
investissement de 220 M $ d'Investissement Québec. De son
côté, la Caisse de dépôt et placement y
allait pour un montant de 70 M $. Cet investissement de 290 M $ servira
à financer le développement et la mise en production du
projet diamantaire Renard dans les
monts Otish. Pour sa part, Investissement Québec avait
reçu du gouvernement Marois le mandat de prendre une prise de
participation additionnelle de 100M $ dans Stornoway Diamonds
Corporation
Le projet Renard sera la première mine de diamant
du Québec. La mise en production débutera en 2016 dans la
partie à ciel ouvert et pour la partie souterraine en 2018. La
production totale prévue est de 17,6 M de carats, pour une
production annuelle de 1,6 M carats. Des revenus de 5 milliards $ sont
attendus avec une marge du coût
d'opération de 67%.
Selon des études de faisabilité
déposées en mars 2013, il est démontré que
le projet Renard est un des plus gros gisements de diamants non
développés au monde. Sa valeur nette actuelle est de 683
M $ avec un taux de rendement de 20 % avant impôt et les
redevances minières. Stornoway a onze années
définies de réserve minière. Les forages
ont confirmé la présence en profondeur, de diamants, ce
qui peut amener la vie de la mine à plus de 20 ans.
Le gouvernement du Québec est le plus important
actionnaire du Projet Renard, par la filiale Diaquem d'Investissement
Québec, avec près de 25 % des actions en circulation de
Stornoway. Si l'on tient compte des actions convertibles sans droit de
vote que la société d'État détient, sa
participation dépasse 33%. L'objectif de Diaquem est de
maintenir son pourcentage de participation au même niveau (33 %),
car Stornoway discute présentement avec d'autres partenaires. Le
projet Renard appartient en sa totalité à la
société minière Stornoway. Il est situé
dans la région des monts Otish, à 350 km au Nord de
Chibougamau.
D'autres exemples récents de financement publics
dans le secteur minier
La Caisse de dépôt et placement du
Québec détient un fonds du nom de SODÉMEX, par
lequel elle investit dans le secteur minier québécois.
Voici un aperçu de ces investissements en date du 31
décembre 2012. (Les données de 2013 ne sont pas encore
disponibles.)
Mines
Virginia
Mines Richmont
Stornoway
Exploration Midland
Junex
Nemaska Lithium
Ressources Eastmain
Focus Graphite
Donner Metals
Ressources Yorbeau
Pour un grand total
de:
|
18,1 M $
11,3 M $
7,9 M $
3,5 M $
2,3 M $
2,2 M $
1,8 M $
1,7 M $
1,7 M $
1,0 M $
51,5 Millions $
|
Comme on peut le voir avec le projet de diamants de
Stornoway, la très grande majorité des autres projets
miniers des juniors ne pourraient pas voir le jour pour plusieurs et
pour les autres, atteindre un niveau de développement suffisant
pour attirer le financement privé pour mettre en production les
gisements découverts, sans le financement public des
sociétés d'État.

Les métallos de l'Ontario
s'organisent pour bloquer la destruction nationale
Les prophéties de malheur de US Steel
- Rolf Gerstenberger -
Après avoir envahi le Canada en 2007 pour
s'emparer du complexe métallurgique Stelco, US Steel est devenu
prophète de malheur. Il parle de la futilité
de la production à Hamilton et maintenant à
l'aciérie de Lake Erie également, inventant un
prétexte après l'autre. US Steel voit la destruction de
la production
de l'acier au Canada comme un moyen d'affaiblir la concurrence pour ses
aciéries aux Etats-Unis qui fonctionnent au ralenti depuis des
années.
US Steel a recruté des propagateurs de son
message que «tout est perdu» dans les parlements et les
médias à Hamilton, Toronto et Ottawa. Au lieu d'aider
à créer une opinion publique en faveur de la
résistance à la destruction de l'économie,
certains médias locaux optent pour le message de
désespoir, avec des
titres comme «Terrible malaise : US Steel s'apprête
à quitter le Canada».
Le plus étonnant pour les métallos et
leurs alliés dans la région a été de
constater la résignation totale et immédiate des
gouvernements du Canada et de
l'Ontario. Ils ont tout fait pour faciliter la destruction des
aciéries et s'apprêtent maintenant à
«libérer» US Steel de ses obligations concernant la
production et
les pensions d'ici 2015.
C'est curieux de voir le premier ministre Stephen Harper
parcourir le monde comme le guerrier d'une «nouvelle guerre
froide», se mêler des affaires des
autres en Asie occidentale, en Afrique du Nord et maintenant en
Ukraine, maudissant les méchants et les «ennemis de
l'occident», alors qu'il refuse de lever
le petit doigt pour protéger ses propres citoyens contre cette
agression provenant des Etats-Unis. Harper prêche le malheur
comme religion et mode de vie et
cela convient très bien aux plans destructeurs de US Steel.
Il n'y a que le conseil municipal de Hamilton qui a
joué un rôle positif et trouvé le courage
d'élever la voix collective contre la politique du
désespoir. Il
s'est mérité pour cela la hargne de US Steel, qui refuse
de le rencontrer et de lui parler de ses intentions.
Pour les métallos
actifs et à la retraite, la politique du désespoir n'a
jamais été une option et ne le sera jamais. Nous ne
sommes pas voués à la perte parce
que nous sommes humains : nous sommes les véritables
producteurs de la valeur et nous sommes canadiens. Nous refusons les
prophéties de malheur
et n'acceptons pas que nos chefs politiques capitulent devant cette
invasion et cette destruction de nos aciéries et de nos pensions.
Les Canadiens veulent être maîtres de leurs
affaires et vont défendre leurs droits à un moyen de
subsistance et à la sécurité à la retraite,
ils vont défendre
leur économie et leurs moyens de production. L'économie
est notre vie collective et individuelle; sans contrôle sur notre
économie nous n'avons pas de contrôle
sur nos vies.
Les métallos de Hamilton sont
dégoûtés par la couardise des gouvernements du
Canada et de l'Ontario et leur capitulation face à la
destruction de notre
secteur métallurgique et notre mode de vie par US Steel. C'est
assez! Ou bien vous restreignez US Steel et refusez ses
prophéties de malheur, ou bien vous
vous enlevez de là et laissez les Canadiens prendre les choses
en mains eux-mêmes.
US Steel et tous ceux qui ont bu son sirop feraient
mieux de faire attention! Nous en avons assez! Le Canada a besoin
d'une nouvelle direction pour
l'économie qui soit favorable au peuple et une nouvelle
direction dans les affaires politiques qui refuse le chantage.

La ville de Hamilton cherche des solutions
Le comité de l'aciérie du conseil
municipal de la Ville de Hamilton tient des réunions et des
audiences sur la réponse à donner à la
décision de US Steel
de fermer la production de l'acier à Hamilton. Depuis que le
monopole américain a acquis Stelco, il renie ses engagements
l'un après l'autre, avec l'aide des
gouvernements du Canada et de l'Ontario. Ces gouvernements agissent par
des ententes secrètes pour aider les grandes entreprises et
prétendent que ces ententes
sont bonnes pour l'économie. Mais quand il s'agit d'apporter des
solutions à de véritables problèmes de
l'économie, comme la création d'emploi et la protection
des pensions, ils sont nulle part.
Le 9 janvier, le comité de l'acier du conseil de
ville a écrit une lettre au premier ministre Stephen Harper
suivant la décision de US Steel de fermer la
production de l'acier à Hamilton de façon
définitive. Il a entre autres demandé au premier ministre
plus d'information sur ce que contient l'entente secrète conclue
entre US Steel et le gouvernement fédéral.
Le responsable des correspondances du bureau du premier
ministre a répondu à la lettre de la ville le 12
février en disant que l'affaire a été
référée au
ministre de l'Industrie James Moore qui, lui, ne considère pas
la chose assez importante pour lui donner son attention, malgré
le fait que les pensions de quelque
9 000 personnes soient en jeu.
«Je vous envoie un accusé de
réception pour votre lettre du 9 janvier concernant US Steel et
ses retraités», dit la note du bureau du premier ministre.
«Soyez assurés que les opinions
exprimées dans la lettre approuvée par le Conseil
municipal de Hamilton ont été notées. Une copie de
votre correspondance
a été envoyée à l'honorable James Moore,
ministre de l'Industrie, pour information et considération.
«Merci d'avoir écrit au premier
ministre.»
Le ministre Moore a par la
suite écrit au maire de Hamilton Bob Bratina, le 7 mars. Selon
les rapports de presse, il a justifié l'action de son
gouvernement
en disant qu'il agit pour préserver l'industrie de l'acier au
Canada (ce qui est drôle puisque qu'il fait le contraire!),
«tout en reléguant la question délicate des
pensions au gouvernement de l'Ontario», écrit le
journaliste. «En tant que ministre responsable de la Loi sur
Investissement Canada, je surveille
de près la situation à US Steel, notamment concernant le
respect des engagements pris lors de l'acquisition de Stelco»,
écrit James More, qui refuse toujours
de préciser quels sont ces engagements.
Puis, après des mois d'effort pour obtenir que
des représentants de US Steel rencontrent le comité
municipal, son porte-parole Trevor Harris a envoyé au
greffier de la ville une lettre le 6 mars dans laquelle il dit que la
compagnie «ne participera pas, en tout respect, à ces
réunions du comité municipal».
«Nous croyons qu'un forum civique n'est pas
l'endroit convenu pour discuter de choses qui concernent des
stratégies internes d'entreprise», écrit Harris.
Selon lui, la compagnie procède actuellement à «une
révision approfondie de toutes ses opérations, y compris
au Canada, pour rétablir une profitabilité durable»
et «communiquera comme il se doit avec les personnes
concernées».
La section locale 1005 du Syndicat des métallos
rejette cet argument d'irresponsabilité sociale selon lequel les
décisions de US Steel sont une affaire privée.
Que les gouvernements du Canada et de l'Ontario soient redevables
à des intérêts d'affaires privés et pas au
public est inacceptable, souligne le syndicat.
Selon les rapports de presse, le comité de
l'acier du conseil municipal prévoit faire une étude
d'impact économique qui examinera les conséquences pour
la ville si l'aciérie ferme ses portes pour de bon. On attend le
rapport dans deux ou trois mois.
Kevin Werner écrit : «Mike Zegarac,
directeur des affaires financières des sociétés
à la ville de Hamilton, a laissé savoir plus tôt
que US Steel avait
obtenu un jugement contre la Société d'évaluation
de la propriété municipale et obtiendra une
dévaluation de 32,1% de sa propriété de Burlington
dans le budget
de 2014. Cela signifie une épargne d'environ 2,25 millions $ en
impôt foncier pour elle et une hausse de 9$ pour tous les autres
propriétaires de la ville.»
«Le troisième plus grand
propriétaire foncier de la ville a dans le passé
payé 9
millions $ en impôt, dont environ 7 millions $ à la ville.
Sa propriété était
alors évaluée à 110 millions $. Le plus troublant,
écrit Zegarac, est que US Steel cherche à obtenir une
autre réduction en contestant l'évaluation faite par la
Société d'évaluation de 2009 à aujourd'hui,
ce qui va accroître le fardeau fiscal pour les autres
propriétaires de la ville.»

Guerre psychologique contre les métallos
US Steel a publié la sixième
édition de sa brochure The Carnegie Way Connection.
Les métallos se posent des questions sur la pertinence de
cette information pour leur vie, sécurité et avenir. Au
Canada, la question se pose à savoir si la «méthode
Carnegie» peut rétablir la production de l'acier à
Hamilton, assurer le maintien de la production à
l'aciérie de Lake Erie et assurer les pensions des
métallos actifs et à la retraite et autres
salariés.
Selon la brochure,
«il est impératif que nous travaillions ensemble avec un
sens d'urgence pour réaliser les objectifs de notre plan
d'affaires pour 2014 et
rendre notre entreprise considérablement plus profitable. Notre
approche disciplinée requiert qu'on porte une attention de
premier ordre au profit, aux clients,
aux coûts structuraux et à l'innovation.»
L'«attention de premier plan au profit» est
présente dans toutes les éditions de la brochure. La
pyramide qui y est présentée, et qu'on a vue sur de
grands
panneaux à certains endroits, met l'accent sur «la
stratégie de création de la valeur pour les
actionnaires» comme voie vers la construction d'une
«entreprise
iconique». Pour obtenir le statut d'«icône»,
tout doit «contribuer au maintien de la croissance des
profits».
Le but de l'«attention de premier plan au
profit» serait dans la formule suivante : les profits sont
en concurrence avec les coûts. Les coûts sont l'ennemi
du profit.
Chaque employé de US Steel a contribué une
valeur de 452 571$ à la production de l'acier en 2013, soit
le revenu total de l'entreprise divisé par
le nombre d'employés. Selon la méthode Carnegie, le
profit est ce qui reste une fois qu'on a soustrait les coûts.
Partant de cette conception simpliste et unilatérale
de l'économie moderne, la méthode Carnegie maudit
«les coûts», et selon elle il s'agit en grande partie
des métallos eux-mêmes, de leur pension, de leur
comportement et surtout de leur résistance individuelle et
collective pour défendre leurs droits.
La compagnie dit dans sa brochure : «Le
changement de l'équipe directrice est fait en fonction de
s'attaquer à l'état d'esprit et au comportement et
d'accroître les capacités.» Il s'agit donc
d'«identifier la façon dont les gens pensent, se sentent
et se comportent au travail, pris ensemble ou individuellement»
et «répondre à la résistance et à
l'insuffisance en outils et capacité».
La nouvelle équipe de direction a
récemment concentré sa guerre psychologique contre les
métallos et autres salariés de l'aciérie de Gary,
dans l'Indiana.
Elle a créé la «salle des opérations de
guerre» d'où sort une propagande aux prétentions
nobles pour venir à bout de «la façon dont les gens
pensent», de leur
comportement et de leur résistance.
Dans la salle des opérations, dit la brochure,
l'équipe de direction, utilisant les outils pour
améliorer les processus et la profitabilité, identifie
«les épargnes
à réaliser sur les coûts au chapitre des
matières premières, des carburants, de
l'électricité, du rendement et des améliorations
opérationnelles».
Ironiquement, bien que la brochure ne le mentionne pas,
pendant que la salle des opérations de guerre du complexe de
Gary se livrait à la guerre
psychologique, une crise éclatait dans le monde réel,
à l'extérieur du monde fantaisiste de la méthode
Carnegie. La production de l'acier a été à toute
fin pratique
paralysée parce que la production juste-à-temps du
minerai de fer à ses mines dans le nord-est du Minnesota
n'était pas à temps à cause des glaces sur le lac
Supérieur, que la «salle des opérations de
guerre» n'avait semble-t-il pas prévues.
Pendant ce temps, aux aciéries Great Lakes au
Michigan, deux incidents séparés ont causé la mort
de deux travailleurs et des dommages structuraux
considérables, ce qui a forcé un arrêt des
opérations. US Steel a émis un avis de «force
majeure», avertissant ses clients qu'il n'allait pas accepter la
responsabilité
légale du non-respect de l'obligation contractuelle de livrer
l'acier.
La logique de la méthode Carnegie, qui place le
profit en guerre contre le monde entier, est extrémiste et
dangereuse. L'étroitesse de son objectif ne peut
mener qu'au déséquilibre et à des attaques contre
les métallos et autres salariés, contre leurs pensions et
contre la production de l'acier au Canada et dans
différentes régions des Etats-Unis. Les métallos
et leurs alliés doivent resserrer les rangs et affronter
l'extrémisme et la guerre psychologique de la méthode
Carnegie en y opposant leur propre pensée, courage,
résistance et détermination.

La confusion de US Steel sur la méthode Carnegie
- Rolf Gerstenberger -
Dans sa brochure sur la «méthode
Carnegie», US Steel semble confondre Andrew Carnegie (magnat de
l'acier : 1835-1919) et le célèbre
conférencier
de la motivation personnelle Dale Carnegie (1888-1955), auteur de How
to
Win
Friends and Influence People (1946) et inventeur de la
méthode
du même nom. Ou serait-ce que les directeurs de l'entreprise
voudraient un mélange des deux : exploitation impitoyable
et motivation pour mieux faire
accepter l'exploitation?
Dale Carnegie fut un des premiers auteurs dits
motivationnels qui se sont intéressés à la
réussite personnelle, comme on en trouve maintenant à
profusion
à la télévision et dans les librairies. Il est
devenu célèbre durant les dures années de crise
économique avant la Deuxième Guerre mondiale.
Andrew Carnegie était le propriétaire de
la Carnegie Steel Company qui a exploité les métallos si
brutalement qu'il en a amassé une fortune personnelle
de 300 milliards $. Il a fusionné le capital industriel de la
Carnegie Steel Company avec le capital bancaire de J. P. Morgan pour
former la US Steel Company
en 1901.
Ce court extrait d'un livre sur l'histoire de la
Carnegie Steel donne un aperçu de la nature
particulièrement cruelle d'Andrew Carnegie et de ses
directeurs : «Carnegie était aussi connu pour sa
détermination à maintenir les salaires bas et à
éradiquer l'activité syndicale parmi ses employés,
notamment
lors de la violente grève de Homestead de 1892. Trois agents de
la Pinkerton Detective Agency, embauchée par Henry Clay Frick
(1849-1919), partenaire
d'affaires de Carnegie, pour supprimer la révolte des
travailleurs, abattirent plusieurs grévistes. Carnegie, qui
était en Écosse à ce moment-là, est
resté
silencieusement à l'écart.»[1]
La montée en popularité des
conférenciers motivationnels comme Dale Carnegie et les
techniques de gestion à la mode font partie de la tendance
à vouloir
faire disparaître le monde réel dans une abondance de
platitudes. Les monopoles organisent leurs entreprises à
outrance et cherchent à motiver les travailleurs,
mais se heurtent à chaque fois au caractère
socialisé de l'économie, qu'ils ne peuvent organiser dans
leur intérêt sans recourir à la force et à
l'extorsion. Leur
conception antiouvrière des réclamations que les
métallos sont en droit de faire à la valeur qu'ils
produisent, à savoir qu'elles sont un «coût»,
les met en
contradiction avec leurs propres employés. Les vrais
problèmes requièrent de vraies solutions mais US Steel
n'en a pas, sauf de détruire ses propres usines et
d'attaquer les travailleurs comme «coûts», alors il a
recours à Dale pour nous remonter le moral avec des campagnes
futées de relations publiques.
La méthode Carnegie est faite de
banalités, de la sorte qu'on entend à la
télévision de la bouche des conférenciers de la
motivation, comme l'idée des
ceintures de karaté (six couleurs) que les travailleurs
obtiennent s'ils contribuent à la productivité,
éliminent les gaspillages et réduisent les coûts,
ce qui
comprend présumément leurs propres salaires, avantages
sociaux et pensions. «Nous vous enlevons votre régime de
retraite à prestations déterminées et
l'indexation mais en échange voici une ceinture verte!»
Les frustrations sont inévitables puisque, peu
importe ce que feront les directeurs, la compagnie se retrouve toujours
dans le pétrin. L'année dernière, des
actionnaires mécontents ont obligé le conseil
d'administration à congédier des directeurs de haut rang,
y compris le PDG, et pourtant selon les rapports
économiques le bilan du premier trimestre de 2014 ne s'en porte
pas mieux. Alors les congédiements continuent. Cette fois-ci
c'est le vice-président Anthony
R. Bridge, 59 ans, qui est forcé de prendre une «retraite
anticipée».
Depuis le début de l'année, deux
travailleurs ont été tués dans des incidents
séparés à l'usine de US Steel à Ecorse, au
Michigan. Puis la production a dû
être arrêtée de nouveau le 27 mars à cause
d'un bris de l'équipement de contrôle de la pollution.
Présentement l'aciérie de Gary dans l'Indiana est
arrêtée parce
que les navires transportant le minerai de fer sont pris dans la glace
sur les Grands Lacs. Pas évident, dirait-on, de la glace sur les
Grands Lacs l'hiver!
Pour cacher les désastres dans le monde
réel d'Andrew Carnegie, on fait appel au monde imaginaire de
Dale et sa méthode Carnegie, avec de belles
campagnes de publicité et de beaux slogans pour nous motiver
dans la misère de la Grande Dépression d'hier et la
récurrence des crises et des attaques
aujourd'hui. Andrew met les travailleurs en lockout, supervise la mort,
les catastrophes et la destruction des usines, pendant que Dale nous
aide à nous sentir
mieux avec de beaux tableaux et des ceintures colorées.
Note
1. David S. Kidder et Noah D. Oppenheim, The
intellectual devotional American history, New York: Modern Times,
2007.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca
|