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Numéro 50 - 11
avril
2014
Opposition au projet de loi
C-23,
Loi modifiant la Loi électorale du Canada
et d’autres lois
Position du Parti
marxiste-léniniste du Canada
Protestation
contre le
projet de loi C-23 à Edmonton le 25 mars
2014 (Leadnow)
Opposition
au
projet
de
loi
C-23,
Loi
modifiant
la
Loi
électorale du Canada
• Position du Parti
marxiste-léniniste
du Canada
• Le besoin urgent de
renouveau
démocratique
• La fraude des
élections «libres
et équitables»
À
titre
d'information
• Allocution
du directeur général des
élections Marc Mayrand
sur le projet de loi
C-23 devant le Comité permanent de la
procédure et des
affaires de la
Chambre - 6 mars 2014
Opposition au projet de loi C-23,
Loi modifiant la Loi électorale du Canada
et d’autres lois
Position du Parti marxiste-léniniste du
Canada
Le Parti marxiste-léniniste du Canada
(PMLC) est
contre le projet de loi C-23 dans sa
totalité et demande son retrait.
L'ensemble du document trahit une
déconnexion par
rapport au but
fondamental des élections, qui est de
permettre aux citoyens de
déterminer la volonté populaire qui
puisse être
traduite en volonté
légale dans la forme d'un gouvernement de
parti.

La loi électorale actuelle porte
spécifiquement atteinte au droit
des Canadiens et Canadiennes d'élire et
d'être élu
parce qu'elle permet à des
partis politiques, plutôt qu'aux
électeurs, de fixer
l'ordre du jour et
de sélectionner les candidats et en
autorisant l'utilisation de
fonds
publics pour financer les partis politiques de
façon
inégale et
discriminatoire.
La loi devrait prévoir le financement du
processus et non des
partis.
Plus la loi actuelle est amendée, plus
elle
devient
incohérente et irrationnelle.
Les modifications que le gouvernement
conservateur de
Stephen Harper
se propose maintenant d'y apporter la rendent
encore pire. Par exemple,
à l'élection fédérale
de 2006, le Parti
conservateur a de beaucoup
dépassé la limite permise de
dépenses par un
contournement des règles
sur la limite pour les candidats et la limite pour
les partis, avec
pour conséquence de saper
complètement la logique d'une
limite de
dépenses séparée pour les
candidats et les partis.
Maintenant avec le
projet de loi, il pourra le faire en toute
légitimité. Le
projet de loi
C-23 crée de surcroit une exception de
dépenses qui est
à toute fin
pratique illimitée s'il s'agit d'«
activités de
financement ». Les
conservateurs
essaient de faire croire qu'il existe des appels
téléphoniques ou des
lettres par la poste qui disent tout
simplement :
« Donnez-nous de
l'argent. Point final. » Et pourtant, on
nous dit que c'est ainsi
qu'est
renforcé un des piliers de ce qu'on appelle
des élections
libres et
équitables, soit les limites sur les
dépenses
censées permettre une
égalité des
chances.
Les dispositions limitant les communications
entre
Élections Canada
et le public sont inadmissibles. Elles
compromettent
l'indépendance du
corps administratif des élections. Les
conservateurs n'ont
donné aucune
raison valable pour ainsi affaiblir
Élections Canada.
L'« indépendance »
qu'ils disent vouloir protéger est une
farce. La vraie
indépendance a à voir avec la
nécessité que
les élections soient
administrées et que les lois
électorales soient
appliquées en toute
indépendance par rapport à
l'ingérence du
gouvernement, soit
précisément le type
d'ingérence que les
conservateurs pratiquent.
Le PMLC reprend toutes les sérieuses
objections exprimées par
d'autres intervenants, comme sur
l'élimination de la
possibilité de
prouver son identité par un
répondant et l'abolition de
certains
programmes éducatifs d'Élections
Canada. De plus, le PMLC
s'objecte fortement à la remise des
numéros
d'identification des
électeurs aux partis politiques qui s'en
servent ensuite pour
faire du
microciblage avec des logiciels comme CIMS et
Liberalist.
La Loi électorale du Canada autorise
présentement Élections Canada
à
maintenir un registre des électeurs qui
comprend le nom,
l'adresse, le
sexe, la date de naissance et un numéro
d'identification unique
de chaque électeur.
Le numéro d'identification unique de
l'électeur reste le
même d'une élection à l'autre,
ce qui permet aux
partis de retracer leur participation au vote
à l'aide de
logiciels puissants qui combinent ces
renseignements à d'autres
informations recueillies sur l'électeur.
Elle
stipule que les listes d'électeurs remises
aux
députés, aux partis
enregistrés et admissibles et aux candidats
doivent contenir le
nom,
l'adresse et le numéro d'identification.
Or, voilà
beaucoup de
renseignements qui sont remis à des partis
politiques qui ne
sont pas
assujettis à la Loi sur
la protection des renseignements personnels
et qui s'en servent
pour
pratiquer le microciblage durant les campagnes
électorales.
Le
numéro
d'identification de l'électeur et les
cartes dites « de
bingo » (des listes établies par les
bureaux de vote
indiquant qui a voté) ont été
introduits par le
gouvernement conservateur minoritaire en 2007.
Il n'y a pas de disposition permettant aux
électeurs de déterminer
quels renseignements sont remis aux entités
autorisées
à recevoir les
listes. Élections Canada doit fournir les
listes
d'électeurs à tous les
députés avant le 15 novembre de
chaque année et,
sur demande, à tous
les partis fédéraux
enregistrés pour les
circonscriptions où ils
avaient un
candidat à la dernière
élection
générale ou élection
partielle.
Quand une élection est
déclenchée,
la liste préliminaire est mise à
la disposition des partis enregistrés ou
admissibles. Des listes
révisées et mises à jour sont
également
disponibles pour les candidats
une fois leur nomination confirmée. Tout de
suite après
l'élection, les
partis enregistrés ont le droit de recevoir
les listes finales
par
circonscription
où ils avaient des candidats.
La Loi électorale du Canada stipule que
« l'inscription au Registre
des électeurs est facultative » et
sur le site Web
d'Élections Canada, on
trouve la procédure pour ne pas être
inscrit.
L'électeur qui choisit de
ne pas être inscrit au Registre doit
s'enregistrer pour voter, ce
qui
amène toutes les complications
créées par
l'abolition de la possibilité
de
prouver son identité par un
répondant et d'autres
nouvelles mesures.
Le PMLC propose que les numéros
d'identification
des électeurs
n'apparaissent pas sur les listes fournies aux
partis sans la
permission expresse de l'électeur.
Spécifiquement, le
PMLC propose que
les électeurs puisent exiger que leur
numéro
d'identification
n'apparaisse pas sur les listes données aux
partis politiques.
Ce
numéro n'apparaîtrait
que sur les listes fournies aux agents des bureaux
de scrutin.
Le PMLC s'oppose à l'utilisation
des soi-disant cartes de
bingo et croit qu'elles devraient être
interdites.
L'amendement
actuel qui permet une meilleure utilisation des
cartes dites « de
bingo »
en obligeant les directeurs de bureaux de scrutin
de les fournir aux
candidats et
aux partis après le vote constitue une
violation du droit au
vote
secret et une grave atteinte à la vie
privée et à
la liberté de
conscience et d'association. Toutes les
dispositions sur les cartes de
bingo doivent être abolies. D'ici là,
il faut des mesures
pour protéger
le secret du vote, comme par exemple en permettant
aux électeurs
de
voter dans
n'importe quel bureau de scrutin de sa
circonscription, puisqu'en
allant dans un bureau spécifique
désigné d'avance,
cela permet aux
partis politiques de cibler des gens liés
à un bureau
donné et de
savoir pour qui ils votent.
Le PMLC est d'avis que l'attitude arrogante des
conservateurs face à
la Loi électorale est inacceptable et
prouve que ce gouvernement
n'est
pas apte à gouverner. Le ministre Pierre
Poilievre doit
immédiatement
démissionner pour le mépris qu'il a
démontré pour l'autorité
publique,
comme dans ses attaques personnelles sans
précédent
contre le
directeur général des
élections Marc Mayrand. Si
le projet de loi C-23
est adopté, les Canadiens devraient exiger
la démission
du gouvernement.
De plus, l'arrogance des conservateurs en cette
matière n'est pas
seulement le fait d'un parti qui méprise la
tradition qui veut
que le
gouvernement recherche le plus grand appui
possible pour
réformer la Loi électorale. Elle
montre que tant que la constitution
canadienne
n'investit par le peuple du pouvoir souverain, et
le remet plutôt
à la
« Couronne », ce qui veut dire
à toute fin pratique au
premier ministre,
et tant que la Loi électorale n'est pas
reconnue comme une loi
fondamentale devant être établie par
un processus
démocratique et sur
une base non partisane, les Canadiens resteront
à la merci du
gouvernement du jour, minoritaire ou majoritaire,
et aux lois qu'il
fait passer,
comme le projet de loi C-23. C'est inacceptable.
Après la
Constitution,
la Loi électorale est le cadre légal
qui établit
qui est souverain, et
en ce moment ce n'est pas le peuple.

Le besoin urgent de renouveau
démocratique
Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a
déposé des amendements à la Loi
électorale
du Canada qui, selon le ministre
d'État
à la
réforme démocratique Pierre
Poilievre, rendront les
élections plus justes avec des dispositions
« pour
combattre l'influence de groupes
privilégiés ainsi que
les
appels et les votes frauduleux ».
Le gouvernement a annoncé son projet de
loi
à une journée de préavis aux
médias en
disant tout simplement : « Le ministre
d'État
(Réforme
démocratique), l'honorable Pierre Poilievre
fera une annonce le
mardi 4 février 2014. Le ministre
répondra aux questions
des médias lors de la conférence de
presse. » Le projet de loi C-23 a
été
déposé le lendemain matin, quelques
minutes avant la
séance d'information technique à
laquelle étaient
conviés les députés,
mais le document de 126 pages ne leur a
été
présenté que le lendemain.
En date du 15 mars, le service d'information de
la
Bibliothèque du parlement n'avait toujours
pas
complété le résumé
législatif
qu'elle prépare habituellement
pour expliquer les principales modifications et
leur raison et
contexte. Depuis le 5 février, il n'y avait
sur le site du
parlement qu'une note à l'effet que la
Bibliothèque du parlement «
rédige actuellement un
résumé législatif de ce
projet de loi.
Entre-temps, le Service met à votre
disposition le sommaire
suivant ».
Le projet de loi C-23 apporte plusieurs
modifications
à la Loi électorale du Canada
touchant aux
contributions et prêts politiques, aux
limites
de dépenses électorales et aux
exigences relatives aux
rapports que doivent fournir les partis
politiques. Il introduit
également un nouveau régime
d'enregistrement
qui capte les appels téléphoniques
de vive voix ou
automatisés faits par des groupes ou des
partis politiques en
période électorale. Il
élimine la carte
d'information de l'électeur comme preuve
d'identité au
bureau de scrutin et la possibilité de
prouver son
identité par un répondant est
également
éliminée. Il
apporte des modifications importantes aux
pouvoirs,
responsabilités et devoirs
d'Élections Canada et du
directeur général des
élections et limite le
pouvoir du
directeur général de communiquer des
renseignements au
public. Il retire à Élections Canada
le pouvoir de faire
des enquêtes sur l'application de la loi et
remet
ce pouvoir au Bureau du directeur des poursuites
pénales.
Bien que le gouvernement admette lui-même
que le
projet de loi C-23 apporte des modifications
d'envergure au
système électoral, il a tout de
suite
déposé
une motion limitant le débat à la
Chambre. Les
conservateurs se sont appuyés sur leur
majorité
parlementaire pour faire passer le projet de loi
en deuxième
lecteur (152 pour, 128 contre) lundi le 10
février.
Le directeur général des
élections
actuel, Marc Mayrand, et l'ancien directeur
général,
Jean-Pierre Kingsley, ont tous deux
commenté dans les
médias la façon de faire du
gouvernement. Marc Mayrand,
qui n'a pas reçu une ébauche du
projet de loi
avant son dépôt, a fait remarquer
qu'habituellement les
réformes électorales sont
présentées
suivant un consensus entre les partis. «
C'est fondamental pour la
légitimité de ceux qui nous
gouvernent. Alors je crois
qu'il est absolument essentiel que le public porte
attention,
s'implique et exprime ses opinions », a-t-il
dit, ajoutant que « la Loi
électorale a à voir
avec la démocratie et avec la
démocratie que nous voulons
avoir au Canada ».
Il a
également
dit : « Sur les
questions électorales, tout est dans les
détails, alors
nous devons examiner cela très
attentivement. Nous avons
commencé
une analyse. Elle n'est pas complète. Il
est à
espérer que nous aurons un peu de temps. Il
[le projet de loi] a
pris plusieurs années à
préparer, alors
j'espère que
j'aurai quelques semaines pour l'examiner
pleinement et j'espère
qu'il y aura un plein débat et que les
Canadiens vont y
participer. »
Jean-Pierre Kingsley a également
noté
l'absence de consultation avec les autres partis,
qui est
traditionnelle, qualifiant la situation actuelle
d'« un autre
ordre
complètement ». La situation est
« si hyper-partisane
que les gens ne sont même pas enclins
à croire qu'il
puisse y avoir rien de bon dans le projet de loi,
dit-il.
Ils se disent : ' Il y a sûrement
là-dedans quelque
chose que nous ne comprenons pas. Que
cherchent-ils à faire
exactement ? ' »
Incapable d'expliquer que
le projet de loi est
nécessaire pour assurer des
élections libres et
équitables, le ministre de la
Réforme démocratique
s'est lancé
dans une attaque contre le directeur
général des
Élections et Élections Canada et
contre leur
indépendance. Les conservateurs continuent
de s'en prendre
à
Élections Canada, de dire des choses non
fondées et de
détourner l'attention du principe primaire
de
l'intégrité de la gestion d'une
élection, qui est
l'indépendance
par rapport au gouvernement.
À la Chambre des communes, les
députés conservateurs y vont de tous
les moyens pour
justifier leur attaque contre Élections
Canada. Par exemple, Tom
Lukiwski, secrétaire parlementaire du
leader du gouvernement,
dit des âneries quand il déclare
à la
chambre : « À l'heure actuelle,
le commissaire aux
élections et le Bureau des poursuites
publiques répondent
tous deux au directeur général des
élections [sic!
— le directeur des poursuites publiques agit sous
l'autorité et pour le compte du procureur
général
— ndlr]. C'est inacceptable puisqu'en pratique
cela fait du directeur
général des élections le
juge, jury et
procureur de toute allégation d'abus,
réelle ou
imaginée, et cela ne peut tout simplement
pas continuer. Le
commissaire aux élections pourrait mener
des enquêtes
indépendantes et impartiales s'il
était totalement
indépendant. »
Pour sa part, le ministre de la Réforme
démocratique Pierre Poilievre s'est
lancé dans une
attaque tout à fait malhonnête contre
l'institution
d'Élections
Canada lorsqu'il a déclaré le 4
février pour
justifier l'action de son gouvernement :
« L'arbitre ne
devrait pas porter le chandail de l'équipe.
L'indépendance
est le principe premier de la gouvernance. Il est
normal de
séparer l'administration de
l'enquête. » De toute
évidence, le gouvernement croit que les
insinuations
et la diffamation du directeur
général des
élections sont devenues une conduite
acceptable. Mais pourquoi
le ministre ne nous dit-il pas carrément
quel « chandail
d'équipe » il accuse le directeur
général de
porter ? Plus le gouvernement fait des choses
inacceptables, plus il
croit qu'il peut s'en sauver avec des balivernes
parce qu'il est majoritaire et qu'il peut agir
impunément.
Ça ne passe pas !
Le projet de loi est maintenant devant le
Comité
permanent de la procédure et des affaires
de la Chambre
où les échanges se font dans un
climat de grande
animosité envers la façon de faire
des conservateurs. Les
deux premières séances, le 25
février et le 3
mars, ont été consacrées
à la motion du
député néo-démocrate
Dave Christopherson
demandant la tenue d'audiences publiques dans
toutes les régions
du Canada.
Le 6 mars, Marc Mayrand a comparu devant le
Comité permanent afin de présenter
son point de vue sur
le projet de loi C-23. Si le projet de loi
contient
certaines améliorations, a-t-il dit, comme
une journée de
vote additionnelle et des sanctions et amendes
plus importantes,
certaines modifications sont très
inquiétantes car elles pourraient priver
des électeurs de
leur droit de vote, entraîner des lacunes
sur le plan financier
et imposer d'importantes limites aux projets
d'éducation et de recherche visant à
accroître la
participation électorale au Canada. Il a
noté entre
autres :
- les répercussions négatives
qu'auraient
l'élimination du recours à un
répondant et
l'interdiction d'utiliser la carte d'information
de l'électeur
comme preuve
d'adresse sur la capacité des Canadiens
à exercer leur
droit de vote;
- le besoin pressant pour le commissaire aux
élections fédérales de
disposer de plus d'outils
d'enquête afin de mener des enquêtes
en temps plus
opportun;
- la nature contestable des nouvelles
dispositions
financières, telles que l'exception
liée aux
activités de financement, qui pourraient
compromettre
l'équité
des règles du jeu.
« Alors que nous tentons d'améliorer
le
système électoral, n'oublions pas
notre objectif commun
est de veiller à ce que tous les Canadiens
puissent exercer leur
droit de vote. La démocratie concerne tous
les Canadiens; elle
devrait être accessible à tous et
perçue comme
étant juste et digne de confiance, a
déclaré M.
Mayrand. J'espère que le projet de loi
final reflètera un
vaste consensus qui renforcera la confiance de
tous les participants au
processus électoral. »
La fraude des élections «libres et
équitables»
Les
représentants
des petits partis organisent un forum public
« Pour un vote
informé »
à la dernière élection
fédérale,
à Toronto, le 23 avril 2011.
Au nom d'élections « libres et
équitables », les gouvernements
canadiens successifs ont toujours prétendu
que notre
système et notre
processus politiques étaient les meilleurs
au monde. Aussi de
nombreuses réformes électorales
ont-elles
été adoptées sous
prétexte de
rendre les élections encore plus «
libres et
équitables ». Ainsi, on a
toujours tenté
de rehausser la crédibilité du
système, mais en
vain.
Dans la période actuelle, les
conservateurs de
Harper sont arrivés
au pouvoir avec la promesse de grandes
réformes permettant de
garantir
des élections « libres et
équitables ». En
2006, ils ont adopté la Loi sur la
responsabilité interdisant
les
contributions
financières
provenant
des entreprises et des
syndicats dans le but prétendu de
mettre fin à l'influence de l'argent dans
les élections.
En 2008, ils
ont adopté des élections à
date fixe, disant
qu'ainsi le parti au
pouvoir ne pourrait plus manipuler le processus
politique dans ses
propres intérêts, pour ensuite agir
contrairement à
leur propre projet
de loi. En 2012, ils ont mis fin à la
subvention par vote qui
avait été
adoptée par les
libéraux de Chrétien en 2003. Les
deux mesures - la
subvention par vote
et son élimination - avaient
été prises au nom
d'élections « libres et
équitables ».
Pendant tout ce temps, ces réformes n'ont
pas
réussi à redorer le
blason du système alors que la tendance est
devenue de gouverner
par
décret tout en ayant de plus en plus
recours à des moyens
frauduleux
pour obtenir une « majorité ».
Un examen sommaire des
changements
apportés aux lois au cours des quatre
dernières
décennies permet de
constater le caractère partisan et
intéressé de
chacun de ces
changements.
Le bilan que fait le PCC(M-L) de
l'expérience du 20e
siècle, que ce
soit au Canada ou à l'échelle
mondiale, est que la notion
d'élections
« libres et équitables »
à laquelle
prétend se vouer la loi électorale
du
Canada, ne permet pas aux Canadiens de jouir de
leur droit
constitutionnel d'élire et d'être
élu. La raison en
est que, mis à part
le fait de
permettre à des partis politiques
d'accéder au pouvoir,
cette loi ne
permet pas des règles de jeu
équitables donnant à
chaque citoyen une
chance égale d'élire et d'être
élu. Elle ne
prévoit pas une égalité
politique permettant un accès égal
aux ressources
politiques, en
particulier à la couverture
médiatique et au financement.
Elle ne
garantit pas aux
citoyens la possibilité de choisir un de
leurs pairs pour qu'il
les
représente ou pour qu'ils puissent
participer à la
gouvernance. Ce ne
sont aucunement les objectifs du système
actuel de soi-disant
démocratie représentative.
Minimalement,
pour que des
élections puissent
être « libres et
équitables », un processus
électoral doit veiller
à ce que les divers
partis politiques puissent participer aux
élections à
condition de
respecter certaines exigences.
C'est une des anomalies de l'évolution des
lois
électorales au Canada qu'à chaque
fois qu'on
prétend défendre les droits des
membres du corps
politique d'élire et d'être
élu, les lois
électorales consolident encore davantage le
rôle des
partis politiques en tant que soi-disant «
organisations
politiques principales », plutôt que
d'habiliter les
citoyens à exercer leurs droits. La Loi
électorale a donc
servi à
habiliter les partis politiques, et non tous les
membres du corps
politique, à participer à la
gouvernance. Aujourd'hui,
même cette
habilitation des partis a changé. Les
partis politiques ne sont
plus
les « principales organisations politiques
», en ce sens que
moins de 1 %
des Canadiens
appartiennent à des partis politiques. Et
pour ceux qui sont
membres de
partis politiques, la plupart ne jouent aucun
rôle à fixer
le programme
du parti, tout comme les députés
n'ont aucun rôle
à jouer dans les
débats ou dans les
délibérations parlementaires.
C'est leur parti qui
leur dicte quoi dire et comment voter.
Aussi prétend-on que minimalement il est
possible
de garantir des
élections « libres et
équitables » en prenant
certaines mesures, par
exemple, veiller à ce que les urnes et les
isoloirs soient
intacts, les
listes électorales correctes,
représentatives et à
jour, que le parti
au pouvoir ne semble pas utiliser son pouvoir et
ses privilèges
à ses
propres fins,
qu'un scrutin secret soit assuré et qu'il
n'y ait pas
d'irrégularités
au dépouillement ou d'intimidation des
électeurs ou que
ceux-ci ne
soient forcés de voter dans un sens
plutôt que dans
l'autre, etc. Les
responsables des élections et les forces
policières
doivent aussi
paraître comme étant tout à
fait neutres en tant
que gardiens de la Loi
électorale. Le
respect de ces critères fait en sorte que
les élections
« libres et
équitables » sont la marque de
commerce de la
démocratie, le principal
sceau de sa crédibilité.
Avec le projet de loi C-23, la dictature Harper
s'en
prend
précisément à cette
définition restreinte
d'élections « libres et
équitables », tandis que tous les
autres aspects de ce
système dominé
par les partis et qui marginalise le peuple
restent intacts.
Pour couronner le tout, tout en affaiblissant
l'administration même
des élections, le projet de loi C-23 place
de plus en plus
l'appareil
administratif du système électoral
au service des partis
politiques de
l'establishment et de leur cueillette de
données sur
les
intentions de vote et de leurs stratégies
et tactiques de
microciblage.
Tout
cela ne pourra qu'inévitablement exacerber
la crise de
légitimité du
processus électoral et politique à
mesure que l'objectif
d'obtenir des
« mandats majoritaires » par tous les
moyens frauduleux
possibles
deviendra la norme et qu'un processus
électoral permettant de
déterminer la volonté populaire sera
mis aux rancarts.

À titre d'information
Allocution du directeur général
des
élections
Marc Mayrand sur le projet de loi C-23 devant
le Comité
permanent de la procédure et des
affaires de la Chambre
- 6 mars 2014 -
Merci, Monsieur le Président, et bonjour.
Le projet de loi C-23 est un projet de loi
très
important qui touche presque tous les aspects du
processus
électoral. À cet égard, il
s'agit de la plus vaste
réforme de la Loi électorale du
Canada depuis
sa
refonte complète en 2000.
Je manquerais de transparence, et je ne rendrais
pas
service aux parlementaires, si je n'exprimais pas
toutes mes préoccupations concernant les
mesures
présentées dans le projet de loi
C-23, ainsi que celles
qui,
selon moi, sont manquantes. Bien entendu, le
projet de loi contient des
éléments positifs, de même que
diverses
améliorations techniques et clarifications
qui font suite
à certaines de mes recommandations.
Malheureusement,
il comprend aussi des mesures qui, à mon
avis, vont à
l'encontre de son but et ne serviront pas bien les
Canadiens. Vu le temps limité dont nous
disposons, je vais me
concentrer sur les aspects que je trouve les plus
problématiques. Mes fonctionnaires seront
disponibles pour
offrir une séance d'information technique
plus
complète aux membres de chaque caucus.
Le gouvernement a indiqué que ce projet de
loi
comporte trois principaux objectifs : 1)
améliorer les
services aux électeurs; 2) établir
des règles
claires et faciles à respecter; 3) plus
important encore,
assurer
des élections équitables. Je propose
d'examiner
aujourd'hui le projet de loi à la
lumière de ces trois
objectifs pour voir si et dans quelle mesure ils
sont atteints.
Améliorer les services aux
électeurs
Quand on parle de « services aux
électeurs
», il faut
s'assurer de ne pas laisser cette expression
diminuer l'importance de
ce qui est en jeu.
Le Parlement a la responsabilité
d'établir
— et j'ai la responsabilité de mettre en
oeuvre — un processus
électoral qui soit accessible à tous
ceux qui souhaitent
exercer leur droit de vote, tel que garanti par la
Constitution. Le jour de l'élection est
censé être
un moment, et peut-être est-il le seul
moment, où tous les
Canadiens peuvent prétendre être
parfaitement égaux
quant à leur pouvoir et leur influence,
quels que soient
leur revenu, leur état de santé ou
leur situation
sociale. Cela n'est cependant possible que si les
procédures
de vote répondent non seulement aux besoins
des gens qui doivent
composer avec un horaire chargé, mais
aussi,
et surtout, à ceux des membres les plus
vulnérables et
marginalisés de la société.
Le projet de loi C-23 propose de modifier les
règles d'identification des
électeurs en éliminant
le recours
à un répondant et en interdisant
l'utilisation de la
carte d'information de l'électeur comme
preuve
d'adresse.
Rappelons que c'est seulement depuis 2007 que la
loi
oblige les électeurs à prouver leur
identité et
leur
adresse avant de voter. Actuellement, ils peuvent
le faire de trois
façons :
- Ils peuvent présenter une pièce
d'identité gouvernementale avec leur photo,
leur nom et leur
adresse
courante. En pratique, cette option se limite
essentiellement au permis
de conduire. Environ 86 % des adultes
au Canada en ont un. Cela signifie qu'environ 4
millions d'entre eux
n'en ont pas, dont 28 % chez les personnes
de plus de 65 ans.
- Les électeurs qui n'ont pas de permis de
conduire peuvent produire deux pièces
d'identité
autorisées,
dont l'une doit porter leur adresse de
résidence courante. Bien
qu'il y ait 38 pièces d'identité
acceptées,
seulement 13 sont susceptibles de comporter une
adresse à jour.
- Enfin, un électeur qui n'a pas de
pièce
d'identité peut, à certaines
conditions, recourir
à un
répondant, c'est-à-dire un autre
électeur qui a
les pièces d'identité requises.
Depuis 2007, l'expérience montre que la
majorité des Canadiens se conforment sans
difficulté aux
exigences
d'identification. Toutefois, certains
électeurs rencontrent des
difficultés surtout lorsqu'il s'agit de
prouver
leur adresse courante. C'est
particulièrement vrai des jeunes,
des électeurs des Premières Nations
dans les
réserves et des personnes
âgées. Pour eux, le
principal défi n'est pas de prouver leur
identité, mais
de
fournir un document prouvant leur adresse de
résidence actuelle.
Permettez-moi de vous donner quelques exemples
:
- Dans le cas des personnes âgées,
il n'est
pas rare qu'un seul des conjoints conduise et
reçoive toutes
les factures à son nom. Selon le
régime actuel, ce
conjoint ou cette conjointe peut répondre
de son ou sa
partenaire. De la même façon, il
arrive souvent qu'une
personne qui vit avec des parents
âgés doive
répondre
d'eux pour leur permettre de voter.
- Le contraire est aussi vrai. Les jeunes
Canadiens
vivent souvent à la maison ou, en tant
qu'étudiants,
déménagent fréquemment.
Parfois, ils n'ont aucun
document qui prouve leur adresse de
résidence courante.
- Les électeurs des Premières
Nations dans
les réserves se heurtent aussi à
certains obstacles, car
le
certificat de statut d'Indien ne comporte pas
d'adresse.
Pour beaucoup de ces électeurs, le recours
à un répondant est la seule
solution. Élargir la
liste des pièces
d'identité acceptées ne les aidera
pas à prouver
leur adresse. Selon le rapport de M. Neufeld,
environ 120 000
électeurs ayant voté à la
dernière
élection ont recouru à un
répondant, et l'on peut
s'attendre à ce que bon
nombre d'entre eux ne puissent pas voter en vertu
des règles
proposées par le projet de loi C-23.
On a fait remarquer que le recours à un
répondant est une procédure complexe
et que de nombreuses
irrégularités administratives ont
été
commises à cet égard lors de la
dernière
élection générale. Il est
primordial de comprendre que, comme l'a reconnu la
Cour suprême
du Canada, la très grande majorité
de ces
irrégularités étaient
uniquement des erreurs de
documentation commises par les
préposés au scrutin
chargés de
documenter le processus -- et non des cas de
fraude, ni même des
irrégularités pouvant compromettre
une
élection. Il n'existe aucune preuve
indiquant que ces erreurs
auraient permis à des non-électeurs
de voter.
Évidemment, les procédures
relatives aux
répondants devraient et peuvent être
simplifiées,
comme l'a
recommandé M. Neufeld. Il faudrait aussi
réduire la
nécessité de recourir à cette
option. C'est
pourquoi M.
Neufeld a recommandé que la carte
d'information de
l'électeur fasse partie des documents
acceptés.
Notons que la carte d'information de
l'électeur
est le seul document délivré par le
gouvernement
fédéral
qui comporte une adresse. Ce n'est pas le cas, par
exemple, du
passeport canadien. En fait, avec un taux
d'exactitude de 90 %, la carte d'information de
l'électeur est
probablement le document gouvernemental le plus
exact et le plus facilement accessible. Ses
renseignements sont
fondés sur les mises à jour
régulières des
bureaux qui délivrent les permis de
conduire, de l'Agence du
revenu du Canada, de Citoyenneté et
Immigration
Canada, des bureaux de l'état civil et des
organismes
électoraux provinciaux. En période
électorale, les
activités locales de révision
permettent aussi
d'accroître l'exactitude de la CIE. Par
conséquent, il
s'agit
probablement d'un document plus à jour que
le permis de
conduire, qui est autorisé par la loi et
utilisé par
la grande majorité des électeurs.
L'utilisation de la carte d'information de
l'électeur a été permise
à certains
endroits en 2011 à la lumière
de l'évaluation de l'élection de
2008, qui a
démontré que certains
électeurs ne pouvaient avoir
recours à un
répondant.
Par exemple, les personnes âgées qui
résident dans des établissements de
soins de longue
durée (et qui y
votent) n'ont pas de permis de conduire, de
facture
d'électricité ou même de carte
d'assurance-maladie,
puisque
ce sont leurs enfants ou les administrateurs de
ces
établissements qui gardent habituellement
ces documents.
Selon la loi, ces personnes ne peuvent avoir comme
répondants ni
les autres résidents au même bureau
de scrutin
qui n'ont pas plus de pièces
d'identité
appropriées, ni les employés de
l'établissement
qui ne vivent pas à
cet endroit. Dans la plupart des cas, ces
personnes peuvent
présenter une lettre d'attestation des
administrateurs de l'établissement
(accompagnée d'un
autre document, comme un bracelet
d'identité). Toutefois,
certains administrateurs estiment ne pas avoir les
ressources
nécessaires pour délivrer de telles
lettres et
refusent de le faire. Pour les électeurs
dans cette situation,
le seul document qui établit leur adresse
est
leur carte d'information de l'électeur.
Il est essentiel de comprendre que le principal
défi pour notre démocratie n'est pas
la fraude
électorale,
mais bien la participation électorale. Je
ne crois pas qu'en en
éliminant le recours à un
répondant et en
interdisant d'utiliser la carte d'information de
l'électeur
comme preuve d'adresse nous améliorerons de
quelque
manière l'intégrité du
processus de vote. Par
contre, nous aurons retiré à de
nombreux électeurs
admissibles
la possibilité de voter.
Des règles claires et faciles à
respecter
Le deuxième objectif du projet de loi C-23
est
d'établir des règles claires et
faciles à
respecter. Il ne faut pas minimiser l'importance
de cet objectif.
La clarté et la simplicité des
règles sont
essentielles pour permettre aux Canadiens
d'exercer leurs droits
et maintenir leur confiance dans
l'équité des
élections.
Le projet de loi C-23 prévoit un processus
de
lignes directrices et de décisions
anticipées. Je crois
qu'il
s'agit d'une amélioration à la Loi
électorale
du Canada. Ce type de processus existe dans
d'autres
régimes, y compris dans le contexte
électoral, et peut
s'avérer avantageux tant pour les
entités
réglementées
que pour l'organisme de réglementation.
Cela étant, je dois malheureusement dire
que les
propositions actuelles, telles qu'elles sont
libellées,
ne fonctionnent pas. Les décisions sont
assujetties à des
délais trop courts, et contrairement aux
régimes
comparables, le processus manque de rigueur. Il
est impératif
que ces dispositions soient modifiées pour
qu'elles puissent être appliquées et
donner les
résultats attendus.
Le projet de loi C-23 prévoit aussi un
régime harmonisé et simplifié
pour les
créances impayées et les prêts
non remboursés. C'est une autre
amélioration importante.
Cependant, je dois porter à l'attention du
Comité une difficulté technique qui
risque de miner
sérieusement
le régime tel qu'il s'applique aux
candidats à
l'investiture et à la direction. Cette
difficulté se
rapporte
à la définition des dépenses
de campagne
d'investiture et de campagne à la direction
dans la Loi. Selon
le
libellé actuel, les candidats à la
direction pourraient
facilement et légalement exclure du
régime
législatif
la majorité, voire la totalité de
leurs dépenses
et de leur financement. À moins qu'on ne
remédie à
cette
lacune, le nouveau régime de prêts
tel qu'il s'applique
aux dépenses de campagne à la
direction demeurera une
coquille vide.
Équité et intégrité
Troisièmement, le projet de loi C-23 doit
être examiné du point de vue de
ses répercussions sur
l'équité et
l'intégrité des élections,
puisque c'est aussi le
titre du projet de loi.
Au Canada, l'équité des
élections
est traditionnellement considérée
comme étant
liée au maintien d'un
équilibre entre les partis et les candidats
par
l'établissement de plafonds de
dépenses stricts. En
augmentant
les plafonds de dépenses et, plus important
encore, en
créant une exception pour certaines
dépenses liées
aux
activités de financement, le projet de loi
C-23 pourrait bien
compromettre l'équité des
règles du jeu.
À cet égard, l'exception
liée aux
activités de financement est
particulièrement
préoccupante. Quiconque a
déjà vu un envoi postal pour une
sollicitation de fonds
sait qu'il n'existe aucune façon de le
distinguer d'une
publicité, et il est facile d'imaginer que
d'autres
communications partisanes puissent être
déguisées
en
activités de financement. Fait tout aussi
important, il sera
difficile, voire impossible d'appliquer la loi
en l'absence de toute obligation de faire rapport
sur les appels
effectués, ou même d'en conserver un
registre.
Sur le plan de la conformité, le projet de
loi
C-23 assujettirait les partis politiques à
une
vérification
de conformité externe de leurs rapports
financiers. Les
vérifications externes ne sont pas
mauvaises en soi -- elles
pourraient rassurer les agents principaux des
partis et
accroître la conformité dans certains
cas,
pourvu que les dossiers appropriés soient
conservés afin
de permettre une vérification vraiment
rigoureuse.
Cependant, les vérificateurs externes
devraient être
liés par les lignes directrices
établies par
Élections
Canada, afin d'assurer la cohérence du
système.
Cela dit, il est frappant de constater en faisant
la
comparaison avec les régimes provinciaux
que notre
régime est le seul où les partis
politiques ne sont pas
tenus de produire des documents à l'appui
de leurs
rapports de dépenses. Chaque
élection, les partis
reçoivent 33 millions de dollars en
remboursements sans avoir
présenté une seule facture pour
justifier leurs
réclamations. Cette anomalie doit
être corrigée,
comme je l'ai
indiqué dans le passé (et tel que
reconnu par une motion
adoptée par la Chambre des communes).
Enfin, le projet de loi C-23 apporterait
plusieurs
changements au régime d'exécution de
la loi; entre
autres, il :
- crée de nouvelles infractions et
augmente les
amendes;
- introduit des mesures concernant la
consignation et la
conservation des données pour les services
d'appels aux électeurs;
- transfère le Bureau du commissaire aux
élections fédérales au Bureau
du directeur des
poursuites
pénales.
Je comprends mal comment ce dernier changement
structurel peut améliorer le travail du
commissaire ou
renforcer la confiance des Canadiens. Il est
important pour les
parlementaires et pour les Canadiens de bien
comprendre qu'en vertu du régime actuel, le
commissaire est
totalement indépendant du directeur
général des
élections quant à sa décision
de faire
enquête et quant à la manière
de mener ses
enquêtes. Le Comité voudra
peut-être entendre à ce sujet le
commissaire actuel et son
prédécesseur.
Par ailleurs, je constate que dorénavant,
le
commissaire ne serait plus en mesure de publier
des rapports,
sauf par l'intermédiaire du directeur des
poursuites
pénales, et que, comme moi, il serait
largement limité
par les dispositions du projet de loi C-23 quant
aux propos qu'il peut
tenir publiquement. Ainsi, il lui serait
difficile d'expliquer publiquement pourquoi des
accusations ne peuvent
être portées dans un cas particulier
en raison d'un problème de formulation
d'une disposition de la
Loi. Le projet de loi limiterait aussi la
possibilité de publier un communiqué
de presse ou un
rapport pour informer les Canadiens que son examen
des
allégations de fraude électorale n'a
pas permis de
prouver une conduite inappropriée.
Je constate également que le projet de loi
C-23,
tel qu'il est rédigé actuellement,
n'accorde au
commissaire
aucun pouvoir clair d'obtenir des renseignements
d'Élections
Canada, à sa demande ou à
l'initiative de
l'organisme. Bien sûr, de tels
échanges sont absolument
essentiels pour l'exécution de la Loi
électorale
du Canada.
Cela dit, ce qui m'importe le plus n'est pas tant
où travaille le commissaire, mais bien s'il
a les outils
nécessaires pour faire son travail de
manière efficace et
en temps opportun. Dans des rapports
précédents, le
commissaire et moi avons indiqué que ce
n'est pas le cas en ce
moment et que d'importantes modifications à
la
loi sont nécessaires si nous voulons
préserver la
confiance des Canadiens dans
l'intégrité du processus
électoral.
À cet égard, le projet de loi
prévoit des mesures concernant la
consignation et la
conservation des données
pour les services d'appels aux électeurs,
qui reflètent
en partie mes recommandations. Par contre, je suis
déçu
que le projet de loi n'exige pas la conservation
des numéros de
téléphone utilisés pour
communiquer avec les
électeurs. Sans ces renseignements, les
enquêtes
continueront d'être considérablement
entravées.
Mais surtout, en vertu du projet de loi C-23, le
commissaire n'aura toujours pas la capacité
d'obtenir une
ordonnance pour contraindre une personne à
témoigner
concernant des infractions telles que les appels
trompeurs
ou toute autre forme de fraude électorale.
La réponse des
Canadiens à l'affaire des appels
automatisés a
été
très claire. Les Canadiens s'attendent
à juste titre
qu'une telle conduite, qui menace la
légitimité
même de
nos institutions démocratiques, soit
traitée rapidement
et efficacement. Sans le pouvoir de contraindre
une
personne à témoigner, comme cela
existe dans plusieurs
régimes provinciaux, la capacité du
commissaire à
mener
ses enquêtes demeurera limitée.
Enfin, d'autres recommandations que j'ai
formulées n'ont pas été
reflétées
dans le projet de loi C-23. Les
partis politiques disposent d'importantes bases de
données sur
les électeurs, mais ne sont assujettis
à aucune
des règles de base concernant la protection
des renseignements
personnels et ne sont aucunement responsables
de s'assurer que les renseignements qu'ils
détiennent ne sont
pas utilisés à mauvais escient. En
vertu du
projet de loi C-23, les partis recevront
désormais des
renseignements quant aux électeurs qui ont
voté et ceux
qui n'ont pas voté. À mon sens,
cette information ne
devrait pas être recueillie par les partis
politiques.
Mais si ce doit être le cas, il est alors
d'autant plus important
que des règles exigent que ces
renseignements
soient conservés et utilisés de
façon
appropriée.
Somme toute, si l'on examine les modifications
proposées sur le plan de l'exécution
de la loi, le projet
de loi C-23 ne répond pas aux attentes des
Canadiens, qui
souhaitent avant tout des enquêtes efficaces
et
menées en temps opportun.
Conclusion
Je terminerai en réitérant
l'importance
d'un examen attentif du projet de loi C-23.
Comme l'a exprimé le juge en chef du
Canada, « le droit de
vote de tout citoyen, garanti par l'art. 3 de la Charte
canadienne
des droits et libertés,
se trouve au coeur de la démocratie
canadienne. »[1] Les
modifications à la Loi
électorale du Canada
touchent aux droits fondamentaux de tous les
Canadiens
et aux droits des partis politiques. Il est donc
particulièrement important que, dans toute
la mesure du
possible, ces modifications soient fondées
sur un vaste
consensus et sur des bases factuelles solides.
À cet égard, je suis très
préoccupé par les limites qu'impose
le projet de loi C-23
à la capacité de mon
Bureau de consulter les Canadiens et de diffuser
de l'information au
sujet du processus électoral ou de publier
des résultats de recherche. Je ne connais
aucune
démocratie où de telles restrictions
sont imposées
sur
l'organisme chargé des élections et
je crois qui est
absolument essentiel qu'une modification soit
apportée
à cet égard au projet de loi.
Dans mon témoignage, j'ai mis en
lumière
les aspects qui, selon moi, sont les plus
préoccupants, et j'ai
suggéré certains moyens
d'améliorer les mesures
proposées dans ce projet de loi.
Si le Comité le permet, j'aimerais
soumettre un
tableau qui présente de manière plus
complète les
améliorations que je recommande pour ce
projet de loi. Certaines
de ces modifications sont purement techniques,
c'est-à-dire qu'elles remédient
à ce qui me semble
être de simples erreurs de rédaction
et des
conséquences
involontaires. D'autres portent sur des questions
de fond qui
méritent l'attention du Comité, dont
certaines
me semblent essentielles, comme je l'ai
indiqué
précédemment. Je crois que ce
document aidera le
Comité dans
son examen du projet de loi.
Merci, M. le Président. Je serai
maintenant
heureux de répondre à toutes vos
questions.
Note
1. Sauvé c. Canada, 2002 CSC 68 ,
paragr.
1.

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Marxiste-Léniniste
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Courriel: redaction@cpcml.ca
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