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Numéro 38 - 12
mars
2014
Modifications inacceptables du
gouvernement Harper
à la Loi sur la citoyenneté
Le projet de loi
C-24 attaque les
définitions modernes de la
citoyenneté et le droit de
conscience

Modifications
inacceptables
du
gouvernement
Harper à la Loi sur la
citoyenneté
• Le projet de loi
C-24 attaque les
définitions modernes de la
citoyenneté et le droit de
conscience - Philip Fernandez
• Un ordre du jour
dépourvu de scrupules
sous
des dehors de grands idéaux
• Projet de loi sur la
citoyenneté : le Canada moins
accueillant envers les
nouveaux arrivants - Le Conseil
canadien pour les
réfugiés (CCR), le
6 février 2014
Modifications inacceptables du
gouvernement Harper
à la Loi sur la citoyenneté
Le projet de loi C-24 attaque les
définitions modernes de la
citoyenneté et le droit de
conscience
- Philip Fernandez -
Le 6 février, le ministre de la
Citoyenneté et de l'Immigration du
Canada Chris Alexander a déposé au
parlement le projet de
loi C-24, Loi modifiant
la Loi sur la citoyenneté et d'autres
lois en conséquence.
Selon
le
gouvernement,
les modifications apportées «
indiquent
clairement que la citoyenneté
canadienne est prisée partout dans le monde
et ne sera
accordée qu'à
ceux qui reconnaissent qu'elle s'accompagne de
devoirs et de droits, de
privilèges et de
responsabilités ».
Bien que le gouvernement Harper prétende
le
contraire, ni la Constitution canadienne, ni la Loi
sur la
citoyenneté
ne constitue une loi
fondamentale définissant les droits et
devoirs du citoyen et ni
l'une
ni l'autre ne contient une législation
établissant
comment l'État
accorde la citoyenneté et
garantit les droits qui en découlent. Les
modifications
régressives
contenues dans le projet de loi C-24 rendent
encore plus
évidente cette
absence, qui laisse
le champ libre à la violation des droits
fondamentaux du peuple.
Une conception moderne de la citoyenneté
Le Canada a
besoin d'une loi de la citoyenneté qui sera
moderne et
démocratique,
comme
composante d'une constitution moderne qui
enchâsse les droits et
devoirs égaux pour tous les citoyens,
qu'ils soient nés
au Canada ou
ailleurs, et qui garantit
ces droits. La loi actuelle et les modifications
proposées dans
le
projet de loi C-24 posent toutes sortes de
conditions à la
naturalisation et à l'obtention de la
citoyenneté pour les résidents
permanents, comme la
maîtrise d'une des
deux « langues officielles », une
connaissance du Canada et
le serment du
citoyen, toutes
des choses qui ne sont pas requises des gens
nés au Canada. Le
terrain
est de facto préparé pour
un système de
citoyenneté à deux vitesses.
Une conception moderne de la citoyenneté
ne peut
pas être basée sur
des considérations de nationalité,
de race, de langue ou
de religion
parce que ces
considérations mènent à des
notions de citoyens de
première classe et
de deuxième classe, à des
appellations à
épithète et ainsi de suite.
L'octroi ou le refus
de la citoyenneté ne peut pas non plus
être fondé
sur des
considérations idéologiques ou
politiques. Il ne peut non
plus y avoir
de serment d'allégeance d'aucune
sorte, car tout cela est basé sur la notion
médiévale de « sujet »
plutôt
que de citoyen. La satisfaction des conditions
objectives de la
citoyenneté doit suffire pour
avoir les mêmes droits et devoirs que tout
le monde.
Le processus d'accession à la
citoyenneté
pour ceux qui ne sont pas
nés ici ne doit pas être soumis
à des conditions
qui ne s'appliquent
pas également à
ceux qui sont citoyens de naissance. Ce processus
doit commencer
dès
que la personne élit domicile au Canada.
Les exigences actuelles
basées
sur la résidence,
la maîtrise d'une langue officielle et la
connaissance de
l'histoire,
de la géographie et des affaires politiques
du Canada doivent
être
abolies.
Une définition moderne de la
souveraineté
éliminerait toute
possibilité de discrimination positive ou
négative. Aucun
représentant
du gouvernement ne doit
avoir le droit d'intervention pour quelles que
raisons que ce soit, que
ce soit pour favoriser ou défavoriser
certaines personnes ou
certains
groupes de personnes.
Au contraire, la loi devrait prévoir
l'élection de
comités de citoyens
chargés d'accueillir les nouveaux
arrivants. Le projet de loi
C-24
donne à l'État à la fois
le pouvoir de refuser la citoyenneté de
façon arbitraire
et
discriminatoire et le pouvoir de l'accorder
à des fins
politiques. Dans
ce sens, il sert la militarisation
de la société canadienne par le
gouvernement de guerre de
Stephen
Harper puisqu'il prévoit un traitement
préférentiel pour les
résidents
permanents qui sont
membres des forces armées. Ces derniers
obtiendraient la
citoyenneté
plus rapidement que les demandeurs civils et la
citoyenneté
serait
accordée à leurs enfants
nés à l'étranger, ce qui est
refusé aux
demandeurs civils. C'est une
façon de faire pression sur les jeunes
immigrants pour qu'ils
joignent
les forces armées et
participent aux guerres illégales que
mène le Canada
à l'étranger au
nom de la liberté et de la
démocratie.
La citoyenneté est la condition qui permet
de
jouir des droits qui
appartiennent aux membres du corps politique.
Conséquentes avec
la
politique de l'État
canadien, la Loi sur la citoyenneté
et les
propositions
contenues dans le projet de loi C-24 continuent de
mêler
citoyenneté,
qui indique
l'appartenance au corps politique et la jouissance
de droits
égaux, et
nationalité, qui a à voir avec
l'appartenance à
une nation. Ce sont
deux choses différentes.
La citoyenneté doit être
fondée sur des
critères objectifs
d'admissibilité à des droits et
devoirs
spécifiques, clairement
énoncés, et ces droits et devoirs
doivent
être les mêmes pour tout le monde.
Elle ne doit pas
être soumise à des
considérations politiques arbitraires,
comme l'adhésion
à des « valeurs
canadiennes », ou
être révocable sur la base de
critères arbitraires
où le ministre a le
dernier mot.

La Loi raciste
C-49 mise
de l’avant par le gouvernement Harper en 2010
attaquait les droits elle
aussi en ciblant les réfugiés et
les immigrants comme
criminels ou terroristes potentiels. Elle
faisait partie de la tendance
à mettre de plus en plus de pouvoir
arbitraire dans les mains du
ministre ou de tribunaux en vase clos pour
qualifier certaines
personnes d’indésirables avec peu ou pas
de possibilité
d’appel.
Les dispositions du projet de loi qui permettent
d'enlever la
citoyenneté à des Canadiens sont
particulièrement
répréhensibles.
Spécifiquement, la citoyenneté
canadienne peut être révoquée
pour les personnes
ayant une double
citoyenneté qui sont
soupçonnées ou
trouvées coupables d'avoir « commis
des gestes contraires
à l'intérêt national »
du Canada. Ces
personnes peuvent être expulsées
du pays, même si elles sont nées ici.
Sous prétexte
de « loi et ordre »
et de « lutte au
terrorisme », ces modifications à la
Loi sur la
citoyenneté
s'inscrivent dans la campagne que mène la
dictature Harper pour
imposer
le diktat des
monopoles et traiter comme criminels potentiels ou
réels tous
ceux qui
luttent pour leurs droits au pays et à
l'étranger, qui
s'opposent aux
guerres d'agression
et qui appuient les luttes des peuples pour la
libération
nationale et
sociale. À l'heure où la dictature
Harper multiplie les
attaques contre
les travailleurs qui
défendent leurs conditions de travail au
nom de la « sécurité
économique
du Canada », on ne peut accepter que la
citoyenneté soit
conditionnelle
à l'allégeance
à l'« intérêt national
du Canada ».
Le projet de loi C-24 est médiéval
et est
une atteinte à la primauté
du droit. Il montre à quel point la classe
ouvrière et le
peuple
doivent renouveler les
arrangements politiques du Canada et
établir une nouvelle loi de
la
citoyenneté qui enchâsse les droits
et devoirs de tous les
citoyens et
les protège contre les
gestes arbitraires de l'État. Les Canadiens
doivent
sérieusement
examiner le contenu du projet de loi C-24 et ses
ramifications et en
discuter entre eux, dans
leurs collectifs et dans leurs organisations de
défense, comme
un acte
de prise en charge de leurs affaires.
Dans ce numéro, Le
Marxiste-Léniniste
présente des informations et points de vue
sur le projet de loi
C-24.

Un ordre du jour dépourvu de scrupules
sous des dehors de grands idéaux
Selon la dictature Harper, le projet de loi
visant
à changer la Loi sur la
citoyenneté au moyen
du projet de loi C-24 repose sur des
idéaux
élevés.
Thomas Walkom, le correspondant du Toronto
Star en
matière
d'affaires
nationales,
a expliqué dans un article
du 7 février comment le projet de loi
C-24 pourrait
être utilisé pour priver quelqu'un de
sa
citoyenneté canadienne. Il
écrit :
« Le nouveau projet de loi sur la
citoyenneté du gouvernement
fédéral est un cheval
de Troie. Il est présenté comme un
effort pour
réduire la fraude et rationaliser le
processus d'accession
à la citoyenneté canadienne, deux
objectifs valables.
Mais il va également donner au gouvernement
conservateur du
premier ministre Stephen Harper
l'autorité sans précédent de
priver des Canadiens
— y compris des milliers d'entre eux qui sont
nés au Canada — de
leur citoyenneté. »
« Historiquement la citoyenneté
canadienne a été plus difficile pour
ceux qui sont
nés hors du pays. Dans les années
1920, le gouvernement a
privé des centaines de gens
naturalisés Canadiens de leur
statut parce qu'il croyait qu'ils étaient
communistes. » Une loi de
1947 (abrogée depuis)
permettait au gouvernement de retirer
sa citoyenneté à tout Canadien
né à
l'étranger déclaré coupable
de trahison. Selon la loi actuelle, le
gouvernement ne peut retirer la citoyenneté
aux
Canadiens naturalisés que s'ils ont obtenu
leur statut
frauduleusement.
« À travers l'histoire,
cependant, la
citoyenneté des Canadiens nés au
pays a été
irrévocable.
« Ce ne sera plus le cas maintenant.
Le
projet de loi C-24 permettrait au
gouvernement de retirer
unilatéralement la citoyenneté de
tout Canadien —
naturalisé ou né au pays — qui a
été
déclaré coupable du crime de
terrorisme et
condamné à au moins 5 ans de
prison dans quelque
pays que ce soit. Les Canadiens pourraient
aussi être privés de
citoyenneté pour crimes de
trahison ou d'espionnage.
« Dans tous les cas, la seule
réserve
serait que la personne ne pourrait être
laissée sans
appartenance à un État. Les
décisions dans ce cas
seraient prises par le cabinet et non par une
cour. Selon les
communiqués émis par le
gouvernement, les nouvelles
mesures de révocation s'appliqueraient
uniquement aux gens
dotés d'une double
citoyenneté, c'est -à-dire aux
Canadiens qui sont
déjà citoyens d'un autre pays.
Techniquement, c'est vrai.
« Ce que les communiqués ne
disent
pas, c'est que des milliers de Canadiens
nés au pays peuvent
bien avoir une double citoyenneté sans en
être au courant.
La cause en est, comme le ministère des
Affaires
étrangères le fait remarquer sur son
site web, que
plusieurs pays accordent automatiquement la
citoyenneté aux
enfants et même aux
petits-enfants de leurs citoyens peu importe
où ils sont
nés. L'Égypte, par exemple,
considère comme
citoyen tout enfant de père né en
Égypte quel que
soit le pays où l'enfant est né.
« Selon l'avocat de Toronto Lorne
Waldman, le
gouvernement conservateur pourrait utiliser cette
situation pour priver
de sa citoyenneté canadienne Omak Khadr,
l'ex-enfant soldat et
détenu de Guantanamo. Celui-ci, qui purge
une sentence de
8 ans après avoir été
déclaré
coupable d'activités terroristes par un
tribunal militaire
à la
légalité douteuse, est né
à Toronto. Il n'a
jamais mis les pieds en Égypte. Son
père, cependant, y
est né. Il est directement visé par
ce projet de loi.
« Certains pourraient se
réjouir qu'on
aura maintenant une loi qui cible Khadr. Ils
devraient y regarder
à deux fois. Le gouvernement n'aura pas
à prouver que
quelqu'un est citoyen de deux pays avant de
révoquer sa
citoyenneté. C'est à la personne
ciblée de prouver
qu'elle ne l'est pas. Qu'ils en soient au courant
ou non, il y a un
grand
nombre de Canadiens qui ont une double
citoyenneté. Même
les États-Unis accordent la
citoyenneté aux Canadiens
dont au moins un des deux parents est citoyen
américain. .
[...] »
On se souviendra aussi de cas où le
gouvernement
Harper a failli à sa responsabilité
de veiller au
bien-être et à la
sécurité de citoyens canadiens sur
la base de sa conception étroite,
réactionnaire et sioniste. Prenons
l'exemple des nombreux
Canadiens d'origine libanaise qui ont
été bloqués
au Liban en 2006 par l'agression militaire
israélienne appelée Opération
Pluies
d'été
et l'hésitation inacceptable du
gouvernement Harper à les
évacuer et ses efforts pour mettre en doute
la
légitimité de leur
citoyenneté afin de justifier
ses actions.
À la lumière de la corruption
ouverte
manifestée par le gouvernement Harper
pendant les
élections et d'autres exemples, on sait
très bien que sa
préoccupation pour la fraude est
elle-même frauduleuse et
tout à fait
intéressée. Son souci de
réduire la bureaucratie
équivaut dans les faits à
détruire et privatiser
le secteur public sur une vaste échelle
afin de servir les
monopoles privés. Cette
« rationalisation »
élimine les
fonctionnaires fédéraux qui
dispensent les services et
les usagers qui en ont besoin comme le
voit avec les Anciens combattants.
Le gouvernement Harper tente avec le projet de
loi
C-24 de codifier l'arbitraire de même
que son ordre du jour
antipeuple, antidroits intéressé et
de transformer les
droits qui appartiennent au peuple en vertu de son
être en
privilèges qui sont alloués et
retirés à
volonté, tout cela sous le couvert de
grands idéaux.

Projet de loi sur la citoyenneté :
le
Canada moins accueillant envers les nouveaux
arrivants
- Le Conseil canadien pour les
réfugiés (CCR), le
6 février 2014 -
Le Conseil canadien pour les
réfugiés
(CCR) a exprimé ses préoccupations
concernant les
dispositions du projet de loi sur la
citoyenneté
déposé aujourd'hui qui retireraient
la citoyenneté
des citoyens à double nationalité
dans certaines
situations.
« La citoyenneté est un statut
fondamental — ce n'est pas quelque chose que l'on
'mérite'.
C'est une erreur d'utiliser des règles de
la citoyenneté
pour sanctionner des méfaits — c'est le
rôle du
système de justice
pénale », a
déclaré Loly Rico,
présidente.
« Traiter les personnes à double
nationalité
de façon différente est
discriminatoire et viole le principe fondamental
selon lequel tous les
citoyens sont égaux. »
Le CCR s'oppose également à la
proposition
d'imposer un plus long délai d'attente aux
résidents
permanents avant de présenter une demande
de citoyenneté.
Le rallongement de la période d'attente va
à l'encontre
des efforts pour intégrer les nouveaux
arrivants.
L'octroi de la citoyenneté est un moyen
clé par lequel le Canada accueille les
nouveaux arrivants et les
encourage à devenir rapidement des membres
à part
entière de notre société. Il
s'agit d'un domaine
où traditionnellement le Canada excelle.
Or, dernièrement il y a de plus en plus
d'obstacles à l'accès à la
citoyenneté,
dont plusieurs ont un impact particulier sur les
réfugiés
qui ont subi la persécution et de longues
années
privées de conditions de vie normales.
Parmi les obstacles se
trouvent de nouvelles exigences en matière
de compétences
linguistiques, l'onéreux questionnaire sur
la résidence qui est maintenant
imposé à certains
demandeurs, et de longs délais de
traitement.
L'annonce d'aujourd'hui ajoute des obstacles
supplémentaires qui toucheraient
particulièrement les
réfugiés, dont une augmentation des
frais (à
400 $ à partir d'aujourd'hui) et
l'application à un
plus grand nombre de demandeurs des exigences en
matière de
compétences linguistiques et de l'examen
des connaissances
(14-64 ans,
actuellement 18-54 ans).

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