|
Numéro 12 - 4
février 2014
L'oléoduc Northern
Gateway:
Non c'est non!
Le feu vert est donné au
projet
au mépris des droits des Premières
Nations et des
Canadiens
Journée
d'action contre les
pipelines en Colombie-Britannique, le 7
octobre 2013, tenue en
conjonction avec les actions
de Idle no More pour commémorer le 250e
anniversaire de la
Proclamation royale de 1763 (J.
Castro)
L'oléoduc
Northern
Gateway: Non c'est non!
• Le feu vert est
donné au projet au
mépris des droits des Premières
Nations et des Canadiens
• Les recommandations de
la commission d'examen
public resteront lettre morte grâce au
démantèlement criminel des
institutions publiques
L'oléoduc Northern Gateway:
Non
c'est non!
Le feu vert est donné au projet au
mépris
des droits des Premières Nations et des
Canadiens
Le 19 décembre 2013, la Commission
d'examen
conjoint (CEC) sur l'oléoduc Enbridge
Northern Gateway a
accordé son approbation inconditionnelle au
projet. La CEC a
mené des audiences publiques qui ont pris
fin au mois de juin
2013. Ces audiences de la CEC ont
été menées
conformément aux exigences de la Loi
sur l'Office
national de l'énergie et de la
Loi canadienne sur
l'évaluation environnementale.
L'approbation doit en
principe être sujette à 209
conditions et doit aussi
recevoir l'approbation finale du gouvernement
fédéral
dans un délai de 180 jours.
En donnant le feu vert à l'oléoduc,
la
commission a conclu qu'il était «
dans
l'intérêt public» de le faire
et que « les
avantages» l'emportaient sur « les
risques». Sheila
Leggett, présidente de la Commission
composée de trois
membres, s'est exprimée ainsi: « Nous
trouvons que les
avantages du projet pour le Canada et pour les
Canadiens
l'emportent sur les obstacles et les risques
potentiels...Nous sommes
d'avis qu'après certaines modifications, le
risque de
répercussions néfastes importantes
dû à des dysfonctionnements ou
à des accidents est très
faible.»
En somme, la Commission a décidé
que les
avantages pour les monopoles du pétrole et
des autres
intérêts privés l'emportaient
sur les droits des
Premières Nations, sur les dangers qui
menacent la Terre
Mère, sur la pêche et sur toute
l'économie
côtière. Ainsi, la Commission prend
sa décision
sans égard au droit de décider des
Premières
Nations
et des Canadiens et sans égard au fait que
les Canadiens et les
Premières Nations n'ont manifestement pas
donné leur
appui au projet.
Grande manifestation contre le projet
Northern
Gateway d'Enbridge durant les audiences de
la commission d'examen
à Vancouver le 14 janvier 2013. (T. Blanston)
Et comme c'est au fruit qu'on juge l'arbre,
l'approbation de l'oléoduc du Northern
Gateway par la CEC
démontre de façon claire à
quel point ce processus
d'évaluation est frauduleux de fond en
comble.
Une décision prise dans
l'intérêt
public doit défendre les droits des
Premières Nations et
doit reconnaître les relations de nation
à nation entre le
peuple canadien et celles-ci. Cette
décision n'a aucunement
l'approbation des Premières Nations
directement affectées
et elle n'est même pas conforme aux
exigences légales et
constitutionnelles sur la
nécessité de la consultation et de
l'accommodement. Elle
est donc tout à fait illégitime.
Dès le début, la Commission a
déclaré qu'elle se pencherait
seulement sur
l'oléoduc lui-même et n'allait
même pas entendre les
témoignages touchant au rythme de
développement des
sables bitumineux même si ce
développement est directement
lié aux projets des monopoles de
l'énergie d'installer
des oléoducs en fonction des marchés
asiatiques. Par sa démarche, la Commission
n'a laissé
aucune place à une participation
véritable du peuple
canadien et elle a refusé d'impliquer les
Canadiens dans une
discussion sur une nouvelle direction de
l'économie, qui serait
autre que l'expédition de bitume brut et
utiliserait les
ressources énergétiques pour
créer une
économie dynamique et
pluridimensionnelle et développer le
secteur manufacturier. Elle
n'a tenu compte d'aucune des préoccupations
des Canadiens face
aux dangers d'un développement
frénétique des
sables bitumineux et sur ses répercussions
sur
l'économie, l'environnement, les
travailleurs de
l'énergie et du transport et les
communautés nordiques.
En dépit de ce cadre très
limité,
il y a tout de même eu une très vaste
participation aux
audiences. En tout, 9 500 interventions ont
été soumises,
dont 96 % étaient défavorables au
projet. En plus, une
coalition de 160 Premières Nations a dit
« Non ! » au
projet, alors que 31 gouvernements municipaux,
deux districts
régionaux, l'Union des
municipalités de la Colombie-Britannique et
six syndicats ont
adopté des résolutions en opposition
au projet.[1]
Suite à l'annonce que le projet
était
autorisé, le chef Martin Louie de la
première nation du
Nadleh Whut'en, au nom de l'Alliance du Yinka
Dene, a dit sans
détours que la décision
n'était pas acceptable
pour les Premières Nations puisque
l'oléoduc doit passer
sur leurs terres et leurs cours d'eau.
« Pas surprenant qu'une démarche
foncièrement mauvaise ait donné des
résultats
foncièrement mauvais. Ce projet n'aura pas
lieu. L'Alliance
Yinka Dene a refusé de façon
catégorique
d'autoriser les oléoducs d'Enbridge
à passer sur nos
terres et sur nos cours d'eau et les gouvernements
fédéraux et provinciaux doivent
accepter que ce projet ne
puisse pas aller de l'avant.
« Notre position est exprimée de
façon on ne peut plus claire dans la
déclaration «
Sauvons le Fraser », qui interdit les
oléoducs du Northern
Gateway d'Enbridge sur nos territoires. La
décision de la CEC ne
change rien à cela. Enbridge est un
étranger sur nos
terres, il ne comprend ni nos lois ni nos coutumes
et va faire du
profit en
endommageant l'environnement aujourd'hui et pour
les années
à venir.
« Nous nous sommes mis aux premières
lignes
au nom de tous les gens de la Colombie-Britannique
et ensemble nous
combattons pour nos foyers, pour notre avenir et
pour l'avenir de nos
enfants. Nous sommes des parents, et en tant que
parents nous
considérons que nos responsabilités
envers les
générations futures ne sont pas
négociables et
ne peuvent pas être décidées
par d'autres. La ligne
est tracée dans le sable et rien ni
personne ne pourra la
traverser. »
Entretemps, le 17 janvier, une coalition de
groupes
environnementaux a intenté une action en
Cour
fédérale alléguant que le
rapport final de la CEC
contient des erreurs juridiques, qu'il est
fondé sur des preuves
insuffisantes et que « les Canadiens vivront
mieux » sans
lui.
L'avocate
du
groupe Ecojustice, Karen Campbell, a
déclaré le 17
janvier : « Dans sa décision, la CEC
prétend que le
Northern Gateway n'aura pas d'impacts
négatifs sur
l'environnement, mais sans preuves suffisantes
à cet effet. La Commission a fait sa
recommandation alors qu'il lui manque beaucoup
d'informations, en particulier les
géorisques possibles sur le parcours de
l'oléoduc et les
conséquences réelles advenant un
déversement de
bitume dilué dans la mer. » La
coalition affirme aussi que
la CEC a statué unilatéralement
qu'il est peu probable
que le bitume dilué se répande dans
un environnement
marin, ce que contredit une étude du
gouvernement
fédéral publié cette
semaine. La CEC ne tient pas compte non plus de la
stratégie
fédérale d'intervention
auprès des baleines
à bosse du Pacifique, dont l'habitat
principal est directement
affecté par la circulation des
pétroliers, ni a-t-elle
adopté des mesures d'intervention
auprès des populations
de caribous. La poursuite accuse aussi la
Commission de refuser de
tenir
compte des impacts environnementaux des projets de
sables bitumineux en
amont et d'autoriser Enbridge à
évaluer les risques de
glissement de terrain pendant, plutôt
qu'avant, la construction
de projets.
Selon le nouveau cadre d'évaluation
environnementale compris dans le projet de loi
omnibus du printemps
2012, le Cabinet a tous les pouvoirs de
décision finale en ce
qui a trait au Northern Gateway, mais est «
lié » par
les 209 conditions énumérées
dans le rapport de la
CEC. La dictature Harper doit donner son
approbation finale dans un
délai de 180 jours.
Avant même que la CEC ait terminé
ses
audiences, Harper et le ministre des Ressources
naturelles Joe Oliver
ont indiqué clairement qu'ils
autoriseraient l'oléoduc.
Les harpériens prétendent maintenant
qu'ils veulent
« consulter » les Premières
Nations avant d'annoncer
leur décision finale. Cette tentative
grossière de
justifier une démarche
illégitime est méprisable et ne
jouit d'aucune
autorité politique ni morale. Elle ne fera
qu'amplifier le Non !
sans équivoque que les Canadiens et les
Premières Nations
ont fait retentir, y compris les poursuites
juridiques et les efforts
déployés pour arrêter Harper
et le forcer à
démissionner.
Note
1. Accédez à la liste
complète des organisations
opposées à
l'oléoduc du Northern Gateway en
cliquant ici.

Les recommandations de la commission d'examen
public
resteront lettre morte grâce au
démantèlement
criminel des institutions publiques
La Commission d'examen conjoint (CEC) sur
l'oléoduc du Northern Gateway a remis son
rapport final au
ministre des Ressources naturelles. On y
recommande l'acceptation du
projet à condition qu'Enbridge respecte 209
exigences telles que
stipulées dans le rapport.
La CEC veut sûrement créer
l'impression que
ses préoccupations face à la
protection de
l'environnement sont reflétées par
un si grand nombre de
conditions. Dans un communiqué, elle
énumère
certaines des conditions formulées, dont
l'exécution
relèverait de l'Office national de
l'énergie. Ainsi,
Northern Gateway doit :
- élaborer un plan de protection des
mammifères marins;
- mettre en oeuvre les recommandations du
comité d'examen
TERMPOL;
- préparer un plan de rétablissement
de l'habitat du
caribou;
- mettre au point un plan de surveillance de la
formation et de
l'éducation;
- produire une modélisation
améliorée de la
trajectoire et du devenir des déversements;
- créer un programme de recherche sur le
comportement et le
nettoyage des pétroles lourds;
- mener des exercices d'intervention d'urgence
préalables
à la mise en exploitation et
élaborer un programme de
formation et d'exercices de préparation et
d'intervention
d'urgence.
Toutes les déclarations à l'effet
qu'Enbridge devra avoir un plan ou avoir recours
à des
études ne sont que des voeux pieux puisque
les agences publiques
qui existent précisément pour
assurer la protection et la
sécurité du public et les
évaluations
environnementales tombent tour à tour sous
le boulet de
démolition du gouvernement Harper.
Tous connaissent bien les tragédies qui
nous attendent lorsque
le gouvernement refuse de défendre
l'intérêt public
et laisse les intérêts privés
s'autoréglementer.
Prenons ne serait-ce que l'exemple de la
condition
exigeant qu'Enbridge crée un programme de
recherche sur le
comportement et le nettoyage des pétroles
lourds. On ne peut
nettoyer les déversements de bitume comme
on le fait pour les
déversements de pétrole
conventionnel. Les
méthodes d'intervention sont plus
nombreuses et
différentes,
surtout si le bitume s'enlise dans une colonne
d'eau ou dans la terre.
Pendant les audiences sur l'oléoduc
Northern Gateway, les
participants ont exposé le fait qu'Enbridge
avait soumis des
plans pour un nettoyage de déversement de
pétrole
conventionnel, mais non de bitume.
S'il est vrai que c'est déjà
suffisamment
irresponsable d'accorder une approbation
conditionnelle avant
même qu'une telle recherche n'ait
été entreprise,
l'histoire ne s'arrête pas là. Harper
a, de façon
délibérée, détruit le
programme public
où était concentrée
l'importante expertise dans ce
domaine. Le Centre de recherche sur le
pétrole, le gaz et
autres sources d'énergie
extracôtières (CRPGEE) de
l'Institut Bedford à Halifax a
été mis sur pied en
2002 pour coordonner la recherche sur les impacts
environnementaux et
océanographiques de l'exploration
côtière du
pétrole, de sa production et de son
transport. Le dirigeant du
CRPGEE, le docteur Kenneth Lee, avait
proposé en 2011 un projet
de recherche, faisant valoir qu'il fallait
davantage d'études
pour évaluer les projets de nettoyage de
Northern Gateway
puisque ceux-ci n'étaient pas faits en
fonction de
déversements de bitume ni de bitume
dilué. Le docteur Lee
est un expert de renommée internationale en
déversements
de pétrole. Son expertise a
été très utile
lors du déversement
de pétrole massif de BP dans le golfe du
Mexique en 2010. Il
avait demandé l'autorisation de mener une
série
d'études jusqu'en 2015, alors que les
derniers tests sur les
« effets toxiques des pétroles sur
les espèces
marines » auraient été
complétés.
Cette étude a été
arrêtée suite
à une intervention du gouvernement
fédéral.
Maintenant le CRPGEE a
été forcé de cesser toute
recherche sur les
impacts biologiques du pétrole et du gaz.
Et voilà que
l'instance qui aurait été en mesure
d'évaluer les
prétentions d'Enbridge (qu'il a
étudié la question
et que tout est dans l'ordre) a été
éliminée.
Les changements affectant les règlements
environnementaux effectués par le projet de
loi omnibus ont
aussi fait sauter plusieurs mesures de protection.
Le projet de loi
C-38, par exemple, a exempté la Commission
nationale de
l'énergie de l'application de la Loi
sur les espèces
en péril qui exige de
considérer et de minimiser
les
impacts sur l'habitat d'espèces à
risque lors d'une
demande de projet d'oléoduc. La Loi
sur la protection des
eaux navigables a aussi été
changée.
Dorénavant, on passe d'une « masse
d'eau permettant
à un canoë d'y flotter »
à trois océans,
97 lacs et 62 rivières. Tout cours d'eau
qui ne se trouve pas
sur la liste et qui pourrait être
affecté par un barrage, un oléoduc,
une mine ou un pont,
ne serait pas protégé par
l'autorité
fédérale. En d'autres mots, il n'y a
pas grand chose qui
bloque le chemin d'Enbridge.
Un autre exemple est le
démantèlement
criminel des Gardes côtières. La
recommandation 6 stipule
: « Le promoteur devra travailler de
près avec les
représentants de la Garde
côtière canadienne et du
Service hydrographique du Canada afin d'explorer
diverses
améliorations possibles des services de
communication et de
circulation pouvant
contribuer à un mouvement plus
sécuritaire des vaisseaux
allant à Kitimat et y revenant. »

Manifestation contre la fermeture
du
poste de la Garde
côtière à Vancouver
le 15 septembre 2012
|
Faire une telle recommandation relève du
cynisme
pur et simple, puisqu'elle a été
faite au moment
même où le gouvernement Harper a
annoncé la
fermeture des centres de communication des Gardes
côtières
de Vancouver, de Comox et de Tofino d'ici 2015. Il
avait
déjà annoncé que le poste de
bateaux de sauvetage
de Kitsilano à Vancouver
serait fermé. L'immense côte de la
Colombie-Britannique
sera dorénavant desservie par deux centres
de communication,
l'un à Prince Rupert et l'autre à
Victoria. On a
annoncé que plus de 700 employés de
la Garde
côtière seront touchés par
cette fermeture.
Des centaines de scientifiques ont
été
congédiés, des programmes complets
éliminés
ou ayant subi des compressions draconiennes, des
bibliothèques
spécialisées en matière de
pêche
détruites et une guerre en règle
déclarée
contre la science elle-même. La direction
dans laquelle
l'économie s'en va ne requiert pas
d'institutions scientifiques
publiques puisque tout est mené par des
intérêts
privés financés
généreusement à
même les fonds publics. C'est inacceptable.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca
|