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Numéro 11 - 3
février 2014
Janvier 1900
La deuxième guerre des
Boers,
une guerre impérialiste pour le profit
privé
  
Janvier
1900
• La deuxième
guerre des Boers, une
guerre impérialiste pour le profit
privé -
George Allen
Les
faussetés
de la propagande de guerre contre la Syrie
• Un rapport de l'ONU
confirme que les armes
chimiques ont été lancées
à partir du
territoire occupé par les rebelles
- Washington's Blog
La mort
d'Ariel Sharon
• Une cause indigne et un
legs
méprisable - Nathan J.
Freeman
Janvier 1900
La deuxième guerre des Boers,
une guerre impérialiste pour le profit
privé
- George Allen -
La glorification des guerres d'agression par la
dictature Harper ne connaît pas de bornes.
Cette glorification va
de pair avec sa participation accrue aux
interventions
impérialistes étrangères
comme en Afghanistan et
en Libye et avec son appui inconditionnel à
des États
agresseurs en série comme les
États-Unis et Israël.
Dans son discours à l'occasion du Jour du
Souvenir en 2011, le porte-parole du gouvernement
Harper, à
l'époque ministre de la Citoyenneté
et de l'Immigration,
Jason Kenney, a énuméré de
nombreuses guerres dont
il a dit que les Canadiens devraient être
fiers d'y avoir
participé. Chacune de ces guerres, à
l'exception de la
Deuxième Guerre
mondiale, fut une guerre d'agression. Selon
Kenney, parmi les guerres
à « commémorer », il y
eu l'écrasement
de la rébellion du Nord-Ouest par le
gouvernement colonialiste,
les guerres des Boers qui visaient à
consolider l'empire
britannique dans le sud de l'Afrique, la
Première Guerre
mondiale, qui fut en essence une guerre entre
États
impérialistes pour la redivision du monde,
l'agression
dirigée par les États-Unis contre le
peuple coréen
de 1950 à 1953, et l'agression criminelle
menée par les
États-Unis, le Canada et d'autres pays
contre le peuple
d'Afghanistan.

Des
soldats
britanniques morts au champ de bataille de
Spion Kop, une bataille
particulièrement brutale
qui a eu lieu les 23 et 24 janvier 1900
La deuxième guerre des Boers, qui fut la
première guerre à l'étranger
à laquelle
participèrent des troupes canadiennes, est
un exemple de plus
qui expose le véritable objectif de la
désinformation de
la dictature Harper au sujet des « guerres
glorieuses »,
soit la promotion de son propre ordre du jour
sinistre et belliciste.
La première guerre des
Boers (1880-81) de même que la
deuxième guerre des Boers
(1899-1902) furent des guerres
impérialistes entre les
armées d'occupation des colonialistes
britanniques, d'une part,
et les colons du Transvaal et du Orange Free
State, deux
républiques boers en Afrique du Sud d'autre
part. Les fermiers
boers, principalement d'origine hollandaise,
s'étaient d'abord établis au Cap de
Bonne
Espérance en 1652 à la faveur de
l'expansion de la
compagnie Dutch East India. Alors que la puissance
hollandaise
s'estompait, les Britanniques ont pris
contrôle du Cap en 1795 et
en ont consolidé la conquête en 1805,
dans le but
d'empêcher leur rivale, la France, de s'en
emparer. Le
Congrès de
Vienne, dominé par la Grande-Bretagne, la
Prusse (l'Allemagne),
la Russie et l'Autriche, a reconnu le
contrôle colonialiste
britannique en 1815 et la première grande
vague de colons
britanniques a déferlé au pays en
1820. La
Grande-Bretagne a annexé le Transvaal de
façon officielle
en 1877, provoquant alors une déclaration
d'indépendance
de la
part des Boers et la première guerre des
Boers. Les Britanniques
y subirent de lourdes pertes face aux tactiques de
guérilla des
Boers et furent forcés de conclure un
traité de paix en
1881 dont les termes leur étaient
défavorables.[1]
S'il est vrai que les guerres sont rarement
attribuables
à des individus, il n'en faut pas moins
reconnaître que la
principale personne responsable de la
deuxième guerre des Boers
a été le capitaliste britannique
Cecil Rhodes, dont le
nom aujourd'hui évoque les
déprédations du colonialisme
britannique en Afrique. La découverte de
diamants à
Kimberley en 1866 et d'or dans le Transvaal en
1885 amena une vague de
nouveaux colons en Afrique du Sud. Appuyés
par les Rothschilds
de Londres et par le magnat sud-africain du
diamant Alfred Beit, Cecil
Rhodes et d'autres aristocrates-capitalistes ont
formé la
British South Africa Company (BSAC) en 1889 dans
le but d'exploiter les
richesses nouvellement découvertes en
Afrique du Sud[2] et en
Rhodésie, aujourd'hui le Zimbabwe. Par le
biais de ses liens
multiples avec les cercles britanniques dominants,
la BSAC a agi
essentiellement comme l'instrument principal de
l'exploitation
britannique des importantes ressources de
l'Afrique du Sud.
En 1895, Rhodes et ses coconspirateurs ont
orchestré le raid Jameson contre la
république transvaale
des Boers, mais sans réussir à
renverser le gouvernement
de Paul Kruger ni à consolider leur
contrôle des
ressources du Cap. Quelques jours plus tard, le
Kaiser Wilhelm II de
l'Allemagne félicitait Kruger et le
gouvernement du Transvaal
pour
son succès, laissant entendre que
l'Allemagne pourrait
être un allié potentiel contre son
rival britannique. Le
raid Jameson a aussi affaibli la puissance
militaire du Transvaal, ce
qui a déclenché en 1896 une
importante rébellion
des indigènes Ndebele contre tout
contrôle
étranger, suivie de celle des Shona peu de
temps après.
C'est ce qui a donné
naissance à ce qu'on célèbre
aujourd'hui au
Zimbabwe comme la Première Guerre
d'indépendance ou
Premier Chimurenga.
En
octobre 1899, Kruger a
lancé un ultimatum aux Britanniques, leur
indiquant que les
troupes qu'ils avaient placées de
façon provocatrice sur
les frontières du Transvaal et du Orange
Free State devaient
être retirées en 48 heures. Les
Britanniques ont
rejeté l'ultimatum, et les deux
États ont alors
déclaré la guerre à la
Grande-Bretagne. Bien
que Prétoria, le dernier bastion des Boers,
ait capitulé
en 1900, la résistance s'est poursuivie
alors que les Boers ont
déclenché une guerre de
guérilla prolongée.
Les Britanniques, sous les ordres de Lord
Kitchener, ont riposté
par une politique de la terre brûlée,
donnant libre cours
à des châtiments collectifs en
brûlant les
récoltes, tuant le bétail, et
massant des civils dans des camps de
concentration, des tactiques qui
ont été reprises par les Nazis dans
les territoires
occupés et par les États-Unis au
Vietnam.
Déjà en 1902, 26 000 femmes et
enfants boers avaient
succombé aux maladies et à la
négligence dans les
camps de concentration. Les forces boers ont fini
par capituler le 31
mai
1902.
Au moment de la deuxième guerre des Boers,
le
Canada était une colonie britannique et ses
forces militaires
étaient sous commandement britannique.
Fortement
influencé par ses maîtres
britanniques, le premier
ministre libéral Wilfred Laurier a
accepté
d'expédier 1 000 soldats canadiens en
Afrique à la
mi-octobre 1899 pour venir en aide aux
forces britanniques, une décision qui a
suscité
l'opposition acharnée du peuple
québécois et des
nouveaux immigrants arrivés au Canada. Plus
tard, on y a
expédié d'autres contingents, dont
le Lord Strathcona's
Horse, une cavalerie privée financée
par le riche et
puissant Donald Smith, Lord Strathcona, un
supporter
invétéré de
l'impérialisme
britannique. [3] Les premiers contingents sont
retournés au
Canada à la fin des années 1900,
mais les Britanniques ont
recruté 900 nouveaux soldats canadiens en
novembre. En bout de
ligne, 7 368 Canadiens ont participé
à la guerre des
Boers, et 476 ont été blessés
et 276 tués.
Les faits historiques démontrent que la
deuxième guerre des Boers n'avait rien d'un
glorieux exemple de
prouesse militaire canadienne, comme le
prétend la dictature
Harper. Cette guerre était partie
intégrante de la
ruée des puissances colonialistes pour le
partage de l'Afrique
qui a donné lieu à la subjugation
des peuples
indigènes et à
l'occupation par la force de leurs terres afin de
les exploiter pour le
profit privé. En fait, cette guerre a
suscité
énormément d'opposition et des
mouvements antiguerre et
anti-impérialistes ont aussitôt surgi
en Grande-Bretagne,
au Canada, en France, en Allemagne, aux
États-Unis et dans
plusieurs autres pays. Lord Selbourne,
secrétaire adjoint
britannique aux colonies, a reconnu dans une
lettre de juin 1899
adressée à Sir Alfred Milner,
gouverneur des colonies du
Cap, que : « L'idée d'une guerre
contre la
République de l'Afrique du Sud
répugne à grand
nombre de gens. » Malgré les efforts
du gouvernement
britannique pour promouvoir un sentiment proguerre
en la
présentant comme
une lutte pour la « liberté »
anglo-saxonne et pour
la « civilisation » en opposition aux
Boers «
rétrogrades », la guerre était
généralement perçue comme une
machination des
cercles britanniques dominants pour saisir le
contrôle des mines
d'or et de diamants africains et expulser les
rivaux coloniaux des
Britanniques du Cap et du reste de l'Afrique.
Suite à la guerre, le peuple britannique a
encore une fois
exprimé sa ferme opposition en infligeant
au Parti conservateur
au pouvoir une écrasante défaite
suite aux
élections de 1906.
Notes
1. Comme Lénine l'a indiqué
dans L'impérialisme,
stade
suprême du capitalisme, au cours de
la période
de 1876 à 1914, six « grandes
puissances » - la
Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la
Russie, le Japon et les
États-Unis - s'étaient
emparées de 25 millions de
kilomètres carrés du globe, dont
l'Afrique,
et avaient réduit à l'esclavage
une population de plus
d'un demi-milliard de personnes dans les
colonies. Celles-ci furent
conquises par le feu et le sang et les
populations exploitées de
mille et une façons dans l'unique but
d'enrichir leurs
conquérants.
2. La BSAC a été
démantelée en 1964, ses
intérêts
fusionnés au conglomérat de J.P.
Morgan-Oppenheimer,
l'Anglo-American PLC, qui contrôlait le
monopole de diamants De
Beers.
3. Donald Smith, l'individu le plus riche
au
Canada à cette époque,
était le principal
propriétaire de la Compagnie de la Baie
d'Hudson, le
président de la banque de Montréal
et le
copropriétaire du Canadien Pacifique.

Les faussetés de la
propagande de
guerre contre la Syrie
Un rapport de l'ONU confirme que les armes
chimiques ont été lancées
à partir du
territoire
occupé par les rebelles
- Washington's Blog, le 17 janvier
2014 -
Mais les
États-Unis continuent d'appeler
à un changement de
régime.
Le chef des inspecteurs en armements de l'ONU a
déclaré que le dossier
américain accusant le
gouvernement syrien d'avoir utilisé des
armes chimiques
était faible parce que les roquettes n'ont
une portée que
de 3 kilomètres ... mais le territoire tenu
par le gouvernement
est situé beaucoup plus loin.
De même, McClatchy a rapporté [le 15
janvier] que:
« Une équipe d'experts en
sécurité et en armes, réunis
cette semaine
à Washington pour discuter de la question,
a conclu que la
portée de la fusée qui a tiré
le sarin lors de la
plus grande attaque cette nuit-là est trop
courte pour que le
missile ait été lancé des
positions syriennes
gouvernementales en dépit de ce qu'affirme
l'administration
Obama. »
* * *
« Les auteurs d'un rapport publié
mercredi
[le 15 janvier] ont dit que leur étude de
la conception de la
roquette, sa charge probable et ses trajectoires
possibles montrent
qu'il aurait été impossible pour la
roquette d'avoir
été lancée de
l'intérieur des zones
contrôlées par le gouvernement du
président syrien
Bachar al-Assad.
« Dans le rapport intitulé '
Conséquences possibles de la
défaillance des services de
renseignements techniques américains ',
Richard Lloyd, un ancien
inspecteur en armements des Nations unies, et
Theodore Postol, un
professeur en matière de politique de
sécurité
nationale, de technologie et de sciences à
l'Institut de
technologie du
Massachusetts (MIT), font valoir que la question
de la portée de
la fusée constitue une faiblesse majeure
dans l'argument en
faveur d'une action militaire appuyée au
début par des
fonctionnaires de l'administration Obama ».
* * *
« Pour souligner leur point, les auteurs
ont
utilisé une carte produite par la Maison
blanche qui montre les
zones qui étaient sous contrôle
gouvernemental et rebelle
le 21 août et où l'attaque aux armes
chimiques s'est
produite. Dessinant des cercles autour de Zamalka
pour montrer la
portée à partir de laquelle la
fusée aurait pu
venir, les
auteurs concluent que tous les points de lancement
probables
étaient dans des zones tenues par les
rebelles ou des
zones qu'ils se disputaient. La région
incontestablement entre
les mains du gouvernement était à
des kilomètres
des zones de lancement possibles.
" Dans une entrevue, Postol dit qu'une analyse
sommaire
de l'arme - que certains ont décrit comme
étant de type
tube contenant un matériel éjectable
sous pression, un
gros cylindre rempli de sarin au sommet d'un
bâton mince qui
renferme le moteur - aurait démontré
que cette arme
était incapable de voler sur une distance
de 10
kilomètres du centre de la partie
syrienne
contrôlée par le gouvernement de
Damas vers un point
d'impact situé dans les banlieues, ou
même sur une
distance de 5 à 6 kilomètres
à partir des limites
du territoire contrôlé par le
gouvernement.
« Il a dit qu'on peut se demander
si les
responsables du service de renseignements
américain ont
effectivement analysé
l'improbabilité qu'une
fusée ayant une telle conception
non-aérodynamique puisse
voyager si loin avant que le secrétaire
d'État John Kerry
ne déclare le 3 septembre que ' nous sommes
certains qu'aucun
des membres de l'opposition ne possède les
armes ou la
capacité d'effectuer une attaque de cette
ampleur - en
particulier à partir du centre du
territoire occupé par
le régime. '
« Honnêtement, je n'ai aucune
idée de
ce qui s'est passé, a dit Postol . ' Mon
point de vue lorsque
j'ai commencé ce travail était que
seul le gouvernement
syrien pouvait être derrière
l'attaque. Mais maintenant,
je ne suis certain de rien. Le récit de
l'administration
(Obama) n'est même pas plausible. Notre
service de
renseignements
ne peut que s'être trompé. '
« Lloyd qui a passé les derniers 6
mois
à étudier les armes utilisées
dans le conflit
syrien et leurs capacités, a
contesté l'hypothèse
que les rebelles soient moins capables de faire
des roquettes que
l'armée syrienne.
« Les rebelles syriens ont certainement la
capacité produire ces armes, a-t-il dit '.
Je pense qu'ils
pourraient avoir plus de capacité que le
gouvernement syrien. '
[Il a raison].
* * *
« Ils ont dit que la déclaration de
Kerry
à l'effet que les images satellites
américaines ont
montré les points d'impact des armes
chimiques est
vraisemblablement fausse. Les charges que font
exploser des armes
chimiques sont généralement si
petites, ont-ils dit, que
leurs détonations ne sont pas visibles sur
une image satellite.
« Le rapport a également
soulevé des
questions à savoir si l'administration
Obama ne manipule pas
les informations des services de renseignement
de manière
similaire à l'administration du
président George W. Bush
à la veille de l'invasion de l'Irak en
2003. [En effet,
c'est bien le cas.] À cette époque,
les responsables
américains ont déclaré avec
insistance que le
dictateur irakien Saddam Hussein avait un
programme actif de
développement d'armes de destruction
massive. Les inspections
qui ont suivi ont démontré qu'il n'y
avait aucun
programme ou d'armes de telles sortes.
« Et pourquoi, exactement,
dépensons-nous
tout cet argent pour ces services de
renseignements ? a demandé
Postol. »
* * *

Même le New York Times - l'un
des
principaux défenseurs des affirmations que
les roquettes
provenaient d'une base gouvernementale syrienne -
a discrètement
abandonné toute prétention de la
sorte.
Mais les États-Unis continuent toujours de
défendre la position que la seule issue
acceptable pour les
négociations à venir pour la Syrie
est qu'Assad soit
remplacé par le gouvernement de transition
soutenu par les
États-Unis.
Comme en Irak, les « faits » sont
manipulés pour satisfaire la politique.

La mort d'Ariel Sharon
Une cause indigne et un legs méprisable
- Nathan J. Freeman -
Le 11 janvier 2014, après huit ans de
coma, le
général et ancien premier ministre
israélien Ariel
Sharon est décédé. C'est en
continuant d'exiger
que justice soit faite que les innombrables
personnes qui ont
grandement souffert sous sa main se rappellent son
legs brutal. Les
éléments les plus
réactionnaires quant à
eux ont inventé le terme «
homme d'État guerrier » pour porter
aux nues un homme qui
aux yeux de l'histoire n'est qu'un vil assassin.
Entre autres crimes,
c'est son rôle dans le massacre des
Palestiniens dans les
campements de Sabra et Shatila du 16 au 18
septembre 1982 qui lui a
mérité le nom de Boucher de Beirut.
Il ne s'agit pas ici d'une simple divergence de
points
de vue liés à des
intérêts de classe
antagonistes. Les classes dominantes cherchent
à banaliser et
même à nier et faire accepter ce que
Sharon
représente pour notre époque,
c'est-à-dire son
rôle en tant que praticien le plus notoire
dans le monde du
génocide organisé par l'État
en tant que
politique officielle. Depuis la mort d'Adolf
Hitler au milieu du 20e
siècle, la politique nazie consistant
à sacrifier des
peuples entiers au nom de la création et de
la garantie d'un
éternel « lebensraum » (un
espace vital) pour une
race supérieure était censée
être
à tout jamais chose du passé. La
continuation ou la
répétition de cette politique - qui
est
présentée comme une mesure de
«
sécurité » à la
défense du seul
État
juif - demeure quelque chose que les peuples du
monde sont toujours
aussi déterminés à
éliminer une fois pour
toutes.[1]
Stephen Harper est l'un des nombreux politiciens
occidentaux présents et passés - la
liste comprend
notamment l'ancien premier ministre britannique
Tony
Blair, l'actuel président des
États-Unis, Obama, ainsi
que son prédécesseur George W. Bush
- à avoir
rendu hommage à Sharon à l'occasion
de son
décès. Dans
sa déclaration, Harper a
réaffirmé l'existence de
soi-disant « valeurs communes » que
partageraient Tel Aviv
et Ottawa. Mais nous sommes au 21e siècle.
Le
peuple canadien, comme des millions de personnes
partout dans le monde,
affirme qu' « un autre monde est possible
». Les peuples
autochtones du Canada se
dressent à la défense de leurs
droits ancestraux contre
la dépossession et l'abus. Harper doit
répondre à
la question : de quelles « valeurs communes
» parle-t-il ?
À la lumière de l'ampleur des
crimes de
guerre perpétrés par Sharon contre
les peuples de la
Palestine et du Liban, il serait tentant de
centrer toute notre
attention sur ces crimes seulement. Mais le fait
demeure que Sharon a
commis ces actes avec en tête un objectif
constant duquel il n'a
jamais bifurqué. Et cet
objectif consiste à ce que le droit de
l'État
d'Israël et les moyens dans ses mains de
dicter ses propres
intérêts envers et contre tout autre
intérêt
doivent être
garantis et enchâssés pour les
décennies à
venir, sans égard au sort de ses voisins ni
même de ses
principaux bienfaiteurs comme les
États-Unis. Voilà
pourquoi Sharon a passé des heures avec
George W. Bush et Tony
Blair entre 2002 et 2006. C'était pour
concocter une feuille de
route après l'autre. Le fil
conducteur de ces feuilles de route était
d'enchâsser et
de garantir l'avenir de l'État
d'Israël en tant
qu'État voyou (ce qu'il est depuis sa
conception) et en tant
qu'occupant militaire de terres arabes.
En particulier, lorsque Sharon a
été
à la tête de l'establishment
militaire israélien
et, plus tard, en tant que premier ministre, cet
objectif a
été servi par les
politiques des gouvernements israéliens
« venant d'en haut
» couplées avec la pression «
à la base
» des colons/colonisateurs qui cherchaient
à annexer
militairement de facto des territoires
à l'État
d'Israël. Aujourd'hui même, plusieurs
ont peine à
comprendre cette différence importante.
Ainsi, par
exemple, la plupart des commentaires sur la mort
de Sharon dans les
médias de langue arabe partout au
Moyen-Orient ont soit
substitué ces deux politiques à
l'objectif lui-même, ou confondu les deux.
L'exemple le plus frappant de la
différence entre
ce qu'on décrit communément comme
étant «
l'entreprise de colonisation » du
gouvernement israélien et
l'objectif principal de faire proliférer
cette activité
de colonisation est cette période qui
constitue la
période la plus controversée du
règne de Sharon
comme
premier ministre. C'était en août
2005 - cinq ans avant
son accident cérébro-vasculaire
(ACV) - alors que Sharon ordonnait aux plus de 5
000 «
colons » israéliens de quitter la
bande de
Gaza et de se rétablir soit à
l'intérieur des
frontières de l'Israël de 1948 ou en
Cisjordanie
occupée par Israël. À
l'occasion de la mort de
Sharon, les médias
traitent de cette question comme si elle
était la preuve que
Sharon pouvait à l'occasion faire marche
arrière et
« annuler » la colonisation des terres
arabes.
Cette admiration devant un semblant de
flexibilité de la part de
Sharon rate complètement la cible. En
effet, les forces
armées de Sharon n'étaient tout
simplement pas en mesure de contrôler,
supprimer et exterminer
l'identité collective des Palestiniens
emprisonnés dans
la bande de Gaza. C'est cette
réalité
qui a amené Sharon à ne pas pousser
le gouvernement
à cajoler les colons et tuer les
Palestiniens en même
temps.
Tout comme Adolf Hitler avait eu recours à
des
« initiatives diplomatiques » au cours
des années 30
lui permettant de déstabiliser l'opposition
tout en
divisant ses rangs et en maintenant de main de fer
son principal
objectif stratégique,[2] Sharon, en tant
que dirigeant militaire
et premier ministre a, de façon
quotidienne et répétée,
déployé la
force la plus brutale contre les populations
civiles palestiniennes en
tant que principe primant sur tout. Bien
sûr, l'attention
du public tendait à s'arrêter
à la brutalité
de ses « excès » sans
prêter attention à
l'objectif constant et profond qu'une telle
brutalité
contribuait à atteindre. Ceci
met en lumière comment Sharon s'est
profondément
inspiré de l'opportunisme extrême qui
a
caractérisé l'approche tactique du
dictateur nazi.

Le mur
de
l'Apartheid ou de la Séparation, dont
la construction a
été
accélérée suite
à
l'arrivée
de Sharon en tant que premier ministre
Quel que soit le sort que l'histoire
réservera
à l'État d'Israël, le cours des
choses a fait en
sorte que l'objectif de Sharon a commencé
à
connaître des ratés
alors que le 20e siècle tirait à sa
fin. C'était
en 2001, alors qu'il se promenait sur le site de
la mosquée
Al-Aqsa accompagné de centaines de haut
gradés
gouvernementaux, déclenchant par le fait
même la
deuxième Intifada palestinienne. En
même temps, le retrait
de la révolution qui se poursuit à
l'échelle de la
planète fait en sorte que l'avenir de
l'entité sioniste
reste incertain. Néanmoins, depuis le
déclenchement de la
deuxième Intifada, l'objectif de Sharon a
été
constamment contrecarré par le
déroulement même des
évènements au sein de cette
entité. Même
après qu'il soit devenu premier ministre,
Sharon n'a pas pu
empêcher l'expulsion des forces
israéliennes d'occupation
du sud du Liban par le Hezbollah, laquelle fut la
première lutte
armée menée contre l'occupation
militaire israélienne à infliger une
défaite
cuisante et non équivoque à Tel
Aviv. Les objectifs de
Sharon mais sans Sharon n'ont pas connu davantage
de
succès. Par exemple, sept mois après
son ACV, six
semaines de massacres perpétrés sans
relâche contre
des milliers de Libanais par les forces de l'air
israéliennes n'ont pas réussi
à chasser le
Hezbollah des frontières libanaises
limitrophes à
Israël. En effet, seul un «
cessez-le-feu »
orchestré par le Conseil de
sécurité et l'administration Bush a
réussi
à sauver la face et à éviter
à Israël
l'humiliation d'une cuisante défaite.
Aussi Tel Aviv peut-elle se fier de moins en
moins aux
puissances étrangères. Par exemple,
l'empire
étasunien cherche de plus en plus à
atteindre ses
objectifs par le biais des Saoudiens qui sont
devenus son agence
terroriste de choix, plutôt que le Mossad.
Il en va de même
pour les récentes réactions
hystériques de Tel Aviv à chaque
fois qu'il est question
de l'Iran et du rapprochement entre ce pays et les
États-Unis
pour stabiliser l'« environnement
régional
volatile » de l'Iran. On peut facilement
constater que les
relations d'État à État
d'Israël souffrent
d'une paralysie semblable à la paralysie
physique qui a
emporté Sharon.
La position du gouvernement Harper et ses
hosannas
pathétiques réservés à
un tel assassin
fasciste, ainsi que ceux de l'opposition
officielle, mettent en
lumière le rôle du Canada dans le
système
impérialiste d'États et la
nécessité
d'intensifier notre appui à la juste cause
du peuple palestinien.
Notes
1. Sharon a réitéré
à
maintes occasions son admiration pour les
succès de Hitler et la
ténacité de celui-ci dans la
poursuite de ses objectifs.
La seule
objection de Sharon à cet égard
est que Hitler ait
ciblé les Juifs ! Sharon a donc reconnu
de façon implicite
qu'il adhérait à la même
mission du lebensraum que
le dictateur nazi, y compris l'extermination de
toutes les populations
civiles qui entraveraient cet objectif
stratégique global.
2. Jusqu'à l'Anschluss de 1938 qui
a
annexé l'Autriche au territoire du
Troisième Reich,
Hitler n'avait pas osé avoir recours
à la force militaire
organisée
(tout en ayant recours, par contre, à la
police, aux Chemises
brunes et aux bandes locales de
fiers-à-bras du parti nazi).

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