|
Numéro 4 - 24 janvier
2014
La « nouvelle diplomatie
économique »
du gouvernement Harper
La diplomatie économique de Harper
représente l'extension dans le service extérieur et les
affaires internationales de l'implication directe des
intérêts privés privilégiés dans le
gouvernement. Les affaires internationales en général et
les membres du Service extérieur vont devoir travailler
directement à la promotion des intérêts
privés mondiaux des monopoles les plus puissants dans le cadre
des États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord. Tout
semblant d'autorité publique va disparaître dans cette
diplomatie économique de Harper où toutes les ressources
humaines et matérielles du gouvernement sont mobilisées
dans la lutte pour la redivision du monde en faveur des
intérêts privés étroits des monopoles
nord-américains. Le service extérieur et les affaires
internationales seront aux premières lignes de la concurrence
mondiale et de la course des prédateurs monopolistes
nord-américains pour les marchés, les zones
d'investissement du capital, les travailleurs et les ressources
naturelles à exploiter et le contrôle des zones
stratégiques.
Lors d'un discours au Economic Club du Canada, le
27 novembre dernier, le ministre Ed Fast a dit avoir mis à
contribution « l'expertise d'un comité consultatif
formé d'éminents dirigeants d'entreprises et chefs de
file de l'industrie. Ils provenaient d'associations nationales comme le
Conseil canadien des chefs d'entreprise, l'Alliance canadienne du
commerce agroalimentaire, la Chambre de commerce du Canada, la
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
et les Manufacturiers et Exportateurs du Canada. »
Le comité consultatif a
préparé un plan d'action appelé « Plan d'action sur les marchés
mondiaux », l'équivalent d'un livre blanc sur
la politique étrangère. Le Plan d'action appelle le
ministère des Affaires étrangères, du commerce et
du développement à incorporer « le concept de
'diplomatie économique' comme force motrice des activités
de promotion des échanges commerciaux du gouvernement du Canada
au sein de son réseau diplomatique international. Suivant ce
plan, toutes les ressources diplomatiques du gouvernement du Canada
seront mobilisées au nom du secteur privé. »
Le Plan d'action appelle les
diplomates canadiens et d'autres représentants officiels
« à ouvrir des portes, repérer des clients
potentiels et résoudre des problèmes » pour
les monopoles nord- américains.
Selon un article du
Globe and Mail sur le Plan
d'action
sur les marchés mondiaux, « Le gouvernement
conservateur de Stephen Harper va faire de la 'diplomatie
économique' au service de l'industrie privée la
clé de voûte de la politique étrangère du
pays, ce qui marque un changement historique de l'approche du Canada
face au
monde ».
L'article cite un représentant non
identifié du gouvernement qui aurait dit :
« Plusieurs membres séniors du ministère ont
opposé une ferme résistance à ce plan. Le
représentant a dit que la nouvelle directive, qui selon lui
représente un 'changement de culture', envoie le message suivant
aux diplomates : 'Fini le costume en tweed, vous mettez un complet
d'homme d'affaires et vous nous décochez un
contrat !' »
Démontrant
que
la « nouvelle diplomatie économique »
politise les intérêts privés internationaux des
monopoles les plus puissants au sein des États-Unis des
monopoles d'Amérique du Nord, Ed Fast a dit dans son discours
que « notre gouvernement s'est engagé, dans le Plan
d'action économique de 2012, à s'appuyer sur la
réussite de la Stratégie commerciale mondiale pour tenir
de vastes consultations avec les milieux d'affaires canadiens afin de
repérer de nouveaux marchés et dénicher de
nouvelles forces et occasions d'affaires... Ajoutons à cela un
marché mondial dans lequel la libre circulation des marchandises
et des services — tout comme la prolifération des chaînes
de valeur mondiales — prédomine, et vous arriverez à la
conclusion que la conduite des affaires se déroule maintenant
selon un paradigme entièrement nouveau... Bref, le gouvernement
axera le Plan sur les points forts du Canada et veillera à ce
que toutes ses ressources
diplomatiques soient mises à contribution pour soutenir la
réussite commerciale des entreprises et des investisseurs
canadiens. » (Les caractères en gras sont du LML).
Continuant ouvertement de promouvoir comme quelque chose
de positif la transformation du Service extérieur public en un
bras commercial des plus puissants intérêts privés,
le ministre Fast a ajouté ce qui suit : « le Plan d'action sur les marchés
mondiaux intégrera aussi le concept de la diplomatie
économique comme force motrice des activités de promotion
commerciale du gouvernement du Canada dans l'ensemble de son
réseau diplomatique international. Cette nouvelle orientation
représente un changement radical dans la façon dont les
ressources diplomatiques du Canada sont déployées dans le
monde. Nous sommes résolus à mieux harmoniser les
intérêts du Canada en matière de
développement et de commerce afin de veiller à ce que nos
investissements à l'étranger produisent un rendement
maximum, tant pour nos partenaires en matière de
développement que pour nos investisseurs et commerçants
canadiens... Il s'agit, évidemment, d'un commerce plus libre et
plus ouvert à l'échelle du monde... Ce ne sont toutefois
pas uniquement des pactes commerciaux et des accords sur les
investissements qui sous-tendent nos ambitieux efforts d'expansion
commerciale. Nous avons également assuré un appui
personnalisé sur le terrain à des entreprises
canadiennes, appui qui leur a permis de s'implanter fermement sur les
marchés étrangers... Et, évidemment, je m'en
voudrais de ne pas mentionner la très compétente
équipe de délégués commerciaux qui jouent
un rôle indispensable sur le terrain en communiquant gratuitement
de précieux renseignements et conseils aux Canadiens
désireux de prendre de l'essor à l'étranger et
à l'affût de partenaires de confiance. »
Le ministre Fast a même donné des
détails sur ce que les employés du Service
extérieur du Canada devront faire au nom des
intérêts d'affaires privés. Ils devront le faire
« d'abord, en cernant des possibilités commerciales
stratégiques à ouvrir grâce à la
négociation d'accords-cadres en matière de commerce et
d'investissement avec d'autres pays ; ensuite, en aidant un plus
grand nombre d'entreprises canadiennes — en particulier nos PME —
à commencer à exporter ou à accroître leurs
exportations sur ces marchés stratégiques.
« Le plan d'action ciblera trois catégories
distinctes de marchés :les marchés émergents
présentant des intérêts de nature
générale pour le Canada ; les marchés
émergents offrant des débouchés particuliers aux
entreprises canadiennes ; les marchés établis dans
lesquels le Canada maintiendra son avantage concurrentiel...En fait,
notre gouvernement s'attache tout particulièrement à
prévoir où le Canada doit se trouver dans le contexte
économique en constante évolution et hautement
compétitif d'aujourd'hui. En termes simples, nous serons
présents là où nous estimons qu'il y aura une
forte croissance économique. La majeure partie de cette
croissance se fera sur les marchés non traditionnels, autrement
dit les marchés émergents dont le nombre continue
d'augmenter chaque année. L'Amérique latine, l'Asie du
Sud-Est ou le Moyen-Orient sont toutes des régions du monde qui
attireront le Canada. »
Fast ne mentionne pas l'Afrique où les monopoles
canadiens et américains croient avoir un droit
privilégié d'exploiter les peuples et leurs ressources
naturelles et où ces mêmes monopoles sont en concurrence
féroce notamment avec les entreprises chinoises.
Selon le Globe and
Mail, « Le premier ministre veut que le commerce
devienne la clé de voûte de la politique
étrangère du Canada... Le gouvernement conservateur avait
déjà signalé son intention de lier politique
étrangère et commerce. Plus tôt cette année,
le gouvernement a éliminé l'Agence canadienne de
développement international en fusionnant ses fonctions dans le
nouveau ministère des Affaires étrangères, du
commerce et du développement... Il a aussi déclaré
vouloir intégrer les considérations commerciales et de
politique étrangère et les efforts de
développement international... L'approche centrée sur le
marché de la politique étrangère va fournir de
nouvelles munitions aux critiques — notamment l'ancien premier ministre
Joe Clark — qui reprochent au gouvernement Harper d'avoir adopté
une approche bancale des affaires étrangères qui
néglige l'engagement de la sécurité collective et
l'aide étrangère au moyen de forums internationaux dont
les Nations unies au profit d'une panacée simpliste et d'une
obsession complète pour le commerce. »
La
« nouvelle
diplomatie économique » de
Harper n'a fait l'objet d'aucun débat au Parlement et ne fait
l'objet d'aucune discussion maintenant dans les médias de masse
ou quelque institution publique canadienne. C'est en faisant usage de
son pouvoir exécutif que Harper a dicté des changements
en politique internationale. Les intérêts privés
privilégiés à qui les actions de Harper profitent
sont des monopoles qui ne tolèrent aucune opposition à
leur effort de maximiser leurs profits partout dans le monde.
La promotion par le gouvernement des
intérêts privés dans les affaires internationales
n'a rien à voir avec une conduite des affaires diplomatiques qui
vise à la conclusion d'ententes avec d'autres gouvernements dans
un esprit d'amitié, de coopération, de respect et
d'avantage mutuel. Il s'agit en fait de la mobilisation du pouvoir de
la machine de l'État pour appliquer le droit du plus fort en
concurrence monopoliste avec des forces qui ne se laissent pas tasser
facilement et pour exploiter les pays plus faibles et les peuples et
pour intimider ceux qui hésitent à s'ouvrir et à
faire des affaires selon les termes dictés par les monopoles
nord-américains, qui les menacent d'espionnage, de subversion,
de chaos intérieur, d'attaque militaire et de changement de
régime s'ils refusent de plier.
Le prolongement logique de cette promotion vulgaire et
ouverte des monopoles des États-Unis des monopoles
d'Amérique du Nord est d'utiliser les forces armées
canadiennes sous le commandement des États-Unis afin d'assurer
que « nos » monopoles ont le dessus dans la
concurrence avec d'autres et contre ceux qui refusent de se soumettre.
La
diplomatie
économique de Harper est diamétralement
opposée à une diplomatie économique moderne
éclairée fermement contrôlée par une
autorité publique et non asservie aux intérêts
privés étroits. Le point de départ d'une
diplomatie économique publique moderne c'est une base
économique canadienne qui subvient à ses besoins, est
indépendante et restreint le droit de monopole et garantit le
bien-être et les droits du peuple. Une diplomatie
économique publique moderne fait du commerce international sur
une base de peuple à peuple par le biais d'une autorité
publique qui reconnaît les droits du partenaire commercial. Elle
rejette avec mépris la diplomatie mesquine et dégradante
de Harper qui force le service extérieur civil à placer
les intérêts privés étroits des monopoles
nord-américains au-dessus de l'intérêt public et
fait des gestes qui sont dommageables au bien-être du peuple au
Canada et à l'étranger et cause de graves danger à
l'humanité. Une diplomatie économique moderne reposant
sur une autorité publique fait du commerce sur la base de
l'avantage et du développement mutuels et insiste pour que le
commerce soit un instrument de développement des partenaires
commerciaux, et non de leur stagnation et de leur exploitation, et pour
que tous les différends et problèmes soient
réglés pacifiquement et dans le respect, sans utilisation
de la force et en opposition avec la logique du droit du plus fort.
Les actions de la dictature Harper en diplomatie et en
affaires étrangères montrent bien l'importance du
thème du programme que le PCC(M-L) a adopté pour 2014, la
construction des Comités pour investir le peuple du pouvoir
souverain et la nécessité que le peuple adopte une
approche pro-active décidée par lui. Le peuple canadien
n'a pas eu son mot à dire et n'exerce aucun contrôle sur
la diplomatie économique pro-monopoles de Harper visant la
redivision du monde pour servir les intérêts privés
étroits et menant à l'embrasement de l'humanité
dans des guerres prédatrices et inter-impérialistes sans
fin.
Le Globe and Mail affirme
de
façon provocatrice que tout ce qu'on peut faire c'est de
réagir à ce que fait Harper de la façon dont l'a
fait l'ex-premier ministre Joe Clark. Cela ne mène nulle part et
les gens le savent instinctivement. La tâche qui est posée
c'est d'affronter ce défi sur une base organisée, au sein
d'une forme sociale par laquelle le peuple met de l'avant sa propre
pensée et son propre programme.
Comme l'écrivait Le Marxiste-Léniniste en
présentant le programme du PCC(M-L) pour 2014 de
Bâtir les Comités qui investissent le peuple du pouvoir
souverain: « En construisant ces comités, on vise
à s'assurer que les travailleurs, les jeunes et les
aînés ont en main une forme sociale par laquelle ils
peuvent traiter des préoccupations qui les concernent, eux, la
société et le monde dans son entier. Les gens qui y
participent peuvent eux-mêmes établir le programme de
discussion et de travail sur la base des principes d'apprendre
ensemble, de travailler ensemble et de prendre ses
responsabilités sociales... Sans la participation individuelle
aux prises de décisions concernant l'ordre du jour, le
rôle des individus et de leurs collectifs reste de réagir
aux décisions prises par d'autres. Ça devient un
mouvement perpétuel de réaction aux réactions,
sans un programme pro-actif qui soit nôtre. Nous vivons dans un
monde que nous ne contrôlons pas parce que nous sommes
constamment forcés de réagir à des
décisions sur l'économie et sur l'environnement naturel
et social qui se prennent sans nous... Plutôt que de simplement
s'accommoder à un programme qui est décidé par
d'autres, un programme pro-actif assure qu'on est capable
d'apprécier la signification des développements
chaotiques qui se produisent aujourd'hui et de déterminer notre
place en relation avec eux. »
Les actions de la dictature Harper au pays et à
l'étranger qui s'attaquent aux droits de tous, détruisent
tout semblant d'autorité publique et redivisent le monde en
faveur des monopoles nord-américains accentuent la
répression et la négation des droits et mènent
à une guerre mondiale catastrophique. C'est important de
s'informer de l'appel du PCC(M-L) de Bâtir les Comités qui
investissent le peuple du pouvoir souverain afin que le peuple puisse
développer son initiative. Il est urgent de bâtir un
programme pour un gouvernement anti-guerre qui donne une nouvelle
direction à l'économie afin de la faire reposer sur
l'appui sur soi et un commerce qui promeut l'avantage mutuel et non la
concurrence coupe-gorge.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca Courriel: redaction@cpcml.ca
|