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Numéro 192 - 24
décembre 2013
Charte des valeurs du Québec
Mémoire du Parti marxiste-léniniste
du
Québec sur le projet de loi n° 60
- Soumis à la Commission des
institutions
du Québec le 20 décembre 2013 -

Le Marxiste-Léniniste publie dans ce
numéro le mémoire que le Parti marxiste-léniniste
du Québec (PMLQ) a soumis à la Commission des
institutions du Québec le 20 décembre dernier sur le
projet de loi n° 60, Charte affirmant les valeurs de
laïcité et de neutralité religieuse de l'État
ainsi
que d'égalité entre les femmes et les hommes.
Le gouvernement du Québec a déposé
ce projet de loi le 7 novembre. Bernard Drainville, le ministre
responsable des Institutions démocratiques et de la
Participation citoyenne, a dit que le gouvernement entend, avec ce
projet de loi, « rassembler les Québécois autour de
valeurs communes » et « clarifier le contrat
social ». Le gouvernement a fixé le 20 décembre
comme échéance pour recevoir des mémoires et des
demandes de présentation sur le projet de loi et des
audiences publiques auront lieu à partir du 14 janvier 2014.
Le projet de loi n° 60 contient 12 chapitres et 3
annexes dont on dit qu'elles détaillent « les
règles, considérations, pouvoirs et modalités pour
affirmer des
valeurs ».
Chapitre 1 : Neutralité religieuse et
caractère laïque des organismes publics
Chapitre II : Devoirs et obligations des membres du personnel des
organismes publics
Chapitre III : Obligation d'avoir le visage découvert
Chapitre IV : Règles d'application
Chapitre V : Traitement des demandes d'accommodement en matière
religieuse
Chapitre VI : Politiques de mise en oeuvre
Chapitre VII : Règles applicables dans le domaine des services
de garde éducatifs à l'enfance
Chapitre VIII : Responsabilités et imputabilité
Chapitre IX : Pouvoirs et fonctions du ministre
Chapitre X : Pouvoirs du gouvernement
Chapitre XI : Dispositions modificatives
Chapitre XII : Dispositions transitoires et finales
Annexe I : Organismes publics
Annexe II : Personnes assimilées à des membres du
personnel d'un organisme public
Annexe III : Organismes, établissements ou fonctions assujettis
par le gouvernement — dispositions applicables — conditions et
modalités
Dans les notes explicatives du projet de loi il est
écrit que son but est « d'instituer une Charte affirmant
les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse
de
l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les
hommes et encadrant les demandes d'accommodement ». Le projet de
loi vise aussi à « préciser, dans la Charte
des droits et libertés de la personne, que les droits et
libertés fondamentaux qui y sont prévus s'exercent dans
le respect des valeurs que constituent l'égalité
entre les femmes et les hommes, la primauté du français
ainsi que la séparation des religions et de l'État, la
neutralité religieuse et le caractère laïque de
celui-ci,
tout en tenant compte des éléments emblématiques
ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec qui
témoignent de son parcours historique ».
Lors du dépôt du projet de loi, la
première ministre Pauline Marois a expliqué que «
notre projet de charte permet d'affirmer les règles communes que
nous
voulons nous donner pour vivre la diversité dans l'harmonie.
Nous affirmons ainsi notre volonté de bâtir un
Québec dans lequel nous pourrons mieux vivre
ensemble. »
« Il faut tirer les leçons de l'histoire.
Ce qui nous a divisés les dernières années, c'est
l'absence de règles claires, a dit pour sa part le ministre
Drainville.
Il faut qu'on ait des règles claires pour encadrer les demandes
d'accommodements religieux, et c'est ce que nous allons faire [...] La
meilleure façon d'assurer
le respect de toutes les religions, c'est que l'État n'en ait
aucune. »
Trois objectifs avaient été
présentés pour inviter la population à commenter
les propositions sur le site nosvaleurs.gouv.qc.ca :
1. Définir des règles claires pour tout le
monde : « Depuis 2006, plusieurs cas d'accommodement religieux
très médiatisés ont suscité un profond
malaise
au Québec. Pour préserver la paix sociale et favoriser
l'harmonie, nous devons éviter de laisser les tensions
s'accroître. Des règles claires en matière
d'accommodement religieux contribueront à l'intégration
et à la cohésion sociale. Elles seront
bénéfiques pour tous les Québécois et
Québécoises, incluant les
nouveaux arrivants. Nous serons mieux servis par un État qui
nous traite tous et toutes également. »
2. Affirmer les valeurs québécoises :
« La contribution des Québécoises et des
Québécois de toutes les origines a permis de bâtir
une société ouverte qui
partage des valeurs fondamentales. Ces valeurs qui définissent
la société québécoise et en constituent le
contrat d'adhésion sont, notamment, l'égalité
entre les
femmes et les hommes, la neutralité religieuse des institutions
de l'État québécois et la reconnaissance d'un
patrimoine historique commun. Ce que nous
proposons aujourd'hui, avec l'affirmation de ces valeurs, c'est de
construire une identité québécoise forte, qu'on
soit né ici ou ailleurs.»
3. Établir la neutralité religieuse de
l'État : « L'État a un devoir de neutralité
qui découle implicitement de la liberté de conscience et
de religion. Le meilleur
moyen de respecter les croyances de chaque personne, c'est que
l'État demeure neutre et n'ait aucune religion. Ce principe
favorise le pluralisme en assurant
un traitement égal et juste de toutes les croyances. »
Mémoire du PMLQ
Introduction
Dans l'ensemble, le PMLQ croit que ce projet
de loi est mal fondé et qu'il doit être rejeté dans
sa totalité.
L'identité de tout peuple, au Québec ou
ailleurs, n'est pas une
simple catégorie juridique. Elle est le produit historique des
conditions économiques, sociales
et autres de gens vivant sur un territoire précis, dans un
rapport de
dépendance mutuelle dans le sens moderne du terme. Elle se
constate et
elle est reconnue.
L'identité québécoise existe dans une
réalité concrète. Malgré le fait
que la nation québécoise ne s'est pas encore
constituée en un
État-nation indépendant, son
identité existe, elle est un acte d'existence. Elle peut
être renforcée
seulement par la promotion de pratiques modernes qui répondent
aux
exigences de l'époque.
C'est dans ce sens qu'on aurait l'occasion de véritablement
renforcer
la cohésion sociale et l'intégration de tous les citoyens
et résidents
dans une société façonnée
sur les besoins de personnes humaines vivant la complexité du
monde tel
qu'on le retrouve au XXIe siècle.
Comment protège-t-on et renforce-t-on
l'identité québécoise ? Le mot identité
signifie :
« Caractère de deux êtres ou choses
qui ne sont que deux aspects divers d'une réalité unique,
qui ne
constituent qu'un seul et même être. » (Larousse)
Quelle est la réalité unique que partagent
les Québécois ?
Objectivement parlant, ils partagent un territoire, un système
économique et un système
politique. Leur langue de communication principale est le
français. À
l'heure actuelle ils partagent également la citoyenneté
du pays appelé
Canada, ils vivent
en Amérique du Nord et ainsi de suite. La citoyenneté ou
l'appartenance
à un corps politique précis confère à tous
un élément commun dans le
sens politique
de pouvoir tous jouir des mêmes droits et devoirs. Tous ces
éléments
partagés forgent une communauté qui, avec le temps,
crée une
psychologie commune
conditionnée par le temps et l'espace. Celle-ci évolue et
change en
fonction de l'engagement du peuple à différentes
conjonctures
historiques. Au XXIe siècle,
à l'heure d'une interaction mondiale qui prend vite de
l'ampleur,
l'identité québécoise ne peut se forger que par la
reconnaissance des
droits que possèdent les
Québécois et les Québécoises du fait qu'ils
sont des êtres humains et
qu'ils appartiennent au corps politique qui existe au Québec.
Les valeurs de la société
québécoise sont
basées sur une identité
moderne forgée par les Québécois eux-mêmes
et informée par l'expérience
d'autres peuples,
une identité qui reconnaît les droits de tous.
L'application des
valeurs qu'épouse la société
québécoise peut nécessiter une
réglementation pour guider la résolution
des différends, mais pas des lois. Les règlements doivent
être établis
sur la base de critères objectifs définis en prenant bien
soin d'éviter
les considérations
eurocentriques ou autres considérations qui ne contribuent pas
à
l'édification d'une nation moderne. L'eurocentrisme est la
croyance
dans une supériorité inhérente
des Européens et de leurs cultures accompagnée d'un
mépris pour les
autres groupes et cultures. C'est la tendance à voir et à
juger les
autres groupes et cultures
du point de vue des cultures anglaise, française, allemande et
italienne.
Les lois relatives aux droits humains
doivent viser l'action des
gouvernements, pas des individus. De plus, les gouvernements doivent
être neutres et
représenter l'autorité temporelle par opposition à
une autorité
ecclésiastique. Les membres de la fonction publique et du
système
scolaire public ne doivent pas
faire de prosélytisme. Ils doivent s'acquitter de leurs devoirs
tels
que prévus dans le programme d'enseignement ou dictés par
les exigences
de l'emploi occupé.
Cela est entendu. Le respect ou non-respect de ces devoirs est une
raison déjà prévue de congédiement ou
d'embauche.
C'est une chose que d'exiger la prestation
d'un service public à
visage découvert, c'en est une autre que de dicter la
façon dont une
personne s'habille. Cela
ne doit pas être imposé par la loi. La
réglementation dans les endroits
de travail a toujours suffi à établir ce qui est
décent ou indécent, et
donc acceptable ou
inacceptable, comme habillement au travail. Un habillement qui
révèle
trop n'est pas considéré comme acceptable dans un milieu
de travail,
tout comme les
couvre-chefs qui ne sont pas conçus pour l'intérieur. Il
n'est pas
considéré comme normal non plus de porter des tenues de
soirée ou des
vêtements pour dormir
ou pour aller à la plage, et lorsque les vêtements de
loisir sont
tolérés, comme les « vendredis
décontractés » pratiqués dans
certains
endroits, on
ne s'attend pas à ce qu'ils soient troués ou
dépassent les bornes.
Pourquoi ces choses devraient-elles maintenant faire l'objet d'une loi,
surtout si c'est pour être
fait sur la base de critères eurocentriques ? À quel
point une
coiffure
ou une barbe, ou un certain genre de barbe, ou l'utilisation de
certaines couleurs,
les tatouages ou les perçages, entraînent-ils la
criminalisation du
comportement individuel ? C'est inacceptable.
Jamais l'identité québécoise
s'est-elle
forgée en essayant de rendre
tous les membres de la société identiques en
pensée et en réalité. La
loi fondamentale
de la société doit plutôt proclamer que la base de
l'unité, comme de la
diversité, est la qualité d'être humain et que tous
ont des droits du
fait qu'ils sont humains.
Sur cette base seront garantis des droits politiques, des droits
culturels, les droits qui appartiennent aux femmes du fait qu'elles
sont les femmes de la société,
les droits qui appartiennent aux jeunes et aux enfants du fait qu'ils
sont la nouvelle génération qui aura la
responsabilité de porter la
société vers l'avenir, les
droits des personnes âgées, des travailleurs, des peuples
autochtones
et d'autres collectifs. Ces droits ne se donnent pas et ne
s'enlèvent
pas et on ne les perd
pas. Aujourd'hui il n'est pas utile de faire des proclamations de
toutes sortes. Ce qu'il faut, c'est garantir que le droit de
conscience, qui est ce qui fait de nous
des humains, existe dans les faits et pas seulement dans la forme. Cela
doit être une partie essentielle des conditions dans lesquelles
les
gens vivent et travaillent
et pas un simple appendice sans signification réelle dans la
vie. Pour
ce faire, il faut une autorité publique qui garantit les droits
de tous
en pratique. L'État
ne peut jamais empiéter sur le droit de conscience ou
s'ingérer dans
les affaires qui concernent la personne humaine.
S'identifier à quelque chose qui
représente
une atteinte à son droit
de conscience est l'essence des modèles d'intégration
fondés sur
l'acceptation du privilège
en lieu et place des droits et, par conséquence, l'acceptation
d'une
autorité supérieure aux citoyens en vertu du
privilège. Si une personne
se conduit mal, ces
privilèges peuvent lui être enlevés. Dit autrement,
une personne qui ne
se comporte pas d'une certaine façon dictée par une
autorité supérieure
ayant un statut
privilégié par rapport aux citoyens peut se voir refuser
les
privilèges. Les lois adoptées par l'Assemblée
nationale ne peuvent donc
pas être des mécanismes
pour priver les gens de leurs droits ou pour empiéter sur leur
droit de
conscience.
À cet égard le PMLQ note que, bien que le
gouvernement dit présenter
ce projet de loi pour renforcer la laïcité, promouvoir
l'égalité
homme-femme et
défendre l'identité québécoise, il y a une
perception répandue et
persistante que le but visé par le Parti québécois
est d'isoler ses
adversaires à l'Assemblée
nationale pour gagner un avantage électoral. Malgré les
dénégations, le
gouvernement n'a pas réussi à changer cette perception.
Cela ne
favorise pas l'atteinte
des objectifs fondamentaux déclarés du projet de loi.
Les Québécois qui sont arrivés ici
à
différents moments de
l'histoire du Québec ont acquis une identité bien
précise par
l'existence même. Aujourd'hui des
gens de tous les coins du monde et issus de conditions et circonstances
très variées viennent se joindre à eux. Ensemble
ils vont continuer de
forger une identité
québécoise qui correspond aux exigences de
l'époque, c'est-à-dire en
affirmant les droits qui leur appartiennent du fait qu'ils sont humains
et en bâtissant une
société qui garantit ces droits en pratique.
Établir une identité
québécoise sur la base de garantir la jouissance de ces
droits dans les
conditions de la réalité
concrète du Québec serait un acte honorable.
Ensemble, tous les membres de la société
feront leur contribution à
l'édification d'une nation véritablement moderne. Dit
autrement,
aujourd'hui la condition
de l'existence dans une société véritablement
moderne exige que tout
soit jugé en fonction des conditions permettant l'actualisation
des
droits humains.
Le caractère
laïc de l'État québécois
Un des objectifs fondamentaux du projet de
loi n° 60 est
d'établir une charte « affirmant les valeurs de
laïcité et de
neutralité religieuse de
l'État ». Le PMLQ ne voit pas la
nécessité de réitérer encore une
fois
le caractère laïc de l'État québécois.
Il n'y a pas au Québec de danger
apparent
de retour à l'autorité publique ecclésiastique,
à une situation où les
prêtres retournent à la gouverne de l'État au lieu
de gouvernements
élus par le peuple. Il
y a par contre un danger réel que l'autorité publique
succombe à
l'emprise que les monopoles exercent sur les décisions
politiques.
Laisser entendre qu'il y a
danger d'un retour à l'autorité ecclésiastique,
c'est détourner
l'attention du danger qui existe véritablement.
D'autre part, les gens sont très
préoccupés,
et à juste titre, de
voir que le pouvoir n'est pas un pouvoir du peuple et par le peuple. Le
système de
gouvernement appelé démocratie représentative et
le processus électoral
ne traduisent pas en pratique la volonté populaire en
volonté légale.
Le processus
électoral actuel porte au pouvoir des partis politiques,
lesquels
représentent des intérêts partisans et rivalisent
pour les fonctions
d'autorité pour servir ces intérêts
partisans. Les défaillances et la nature archaïque de la
démocratie
représentative et du processus électoral font qu'il y un
besoin de
renouveau démocratique
et d'une réforme en profondeur des institutions. Mais cela ne
signifie
pas qu'il y ait un danger de retour des prêtres à la
gouverne de l'État.
Au Canada, au niveau fédéral très
certainement, les gens sont
préoccupés par l'influence d'une secte
évangélique appelée dominionisme
sur les décisions
prises par le gouvernement Harper. Mais cela aussi est en fin de compte
un problème d'absence d'un processus électoral qui
traduise bien la
volonté populaire
en volonté légale. Le système actuel porte au
pouvoir des partis
politiques qui ne sont pas représentatifs de la volonté
populaire.
Comme au Québec, au niveau
fédéral le danger réel provient de l'usurpation
des institutions
publiques par des intérêts monopolistes privés. Il
n'y a pas de danger
de prise de contrôle d'une
autorité ecclésiastique, il y un danger réel
d'effondrement de
l'autorité publique et de son remplacement ou de sa domination
par des
intérêts monopolistes
privés.
Explication
La question de la séparation
de l'État et de
l'Église a d'abord été réglée au
Québec par les Britanniques dans les
années 1870. À l'époque, le
Conseil privé de Londres est intervenu contre l'Église
catholique sous
l'évêque de Montréal Ignace Bourget, qui agissait
de concert avec le
pape Pie IX à Rome.
Les représentants ecclésiastiques ont tenté de
s'instituer en autorité
en toute matière temporelle en décidant où le
citoyen Joseph Guibord
allait être enterré.
Guibord avait été excommunié par l'Église
parce qu'il était membre de
l'Institut canadien et épousait des croyances que
l'Église jugeait
hérétiques. Le
21 novembre 1874, par un renversement d'appel, le Comité
judiciaire du
Conseil privé a jugé que Joseph Guibord allait être
enterré au
cimetière Côte-des-Neiges quoi qu'en pense
l'Église. Cela mettait fin à
la prétention de l'Église d'être l'autorité
suprême au Québec pour ce
qui est des affaires temporelles.
Le Conseil privé n'a pas pour autant
enlevé
à l'Église la position
privilégiée que lui avait accordée l'empire
à titre
d'« accommodement
raisonnable », dans la mesure où cela lui permettait
de maintenir
les
habitants sous contrôle. L'Église catholique a
conservé son contrôle
des responsabilités
publiques comme l'enseignement et les institutions scolaires, les
hôpitaux, les orphelinats et les institutions pour les pauvres et
les
personnes âgées.
La prise de conscience des Québécois et
Québécoises durant la
Révolution tranquille s'est faite en grande partie en opposition
à
l'état d'oppression et de
retard imposé par l'Église. Les Québécois
et Québécoises se sont
insurgés contre le contrôle des institutions publiques par
l'Église et
ont fermé la page sur
l'époque de Duplessis.
Aujourd'hui le problème principal en ce qui
concerne l'autorité
publique est l'usurpation de l'autorité de l'État par des
intérêts
monopolistes mondiaux. Le
problème aujourd'hui n'est pas la séparation de
l'État et de l'Église
mais bien la séparation de l'État et des
intérêts monopolistes privés.
Les codes
vestimentaires
À la section II du projet de loi
« Restriction relative au port d'un signe
religieux », il est
écrit :
« 5. Un membre du personnel d'un
organisme public ne doit pas
porter, dans l'exercice de ses fonctions, un objet, tel un couvre-chef,
un vêtement,
un bijou ou une autre parure, marquant ostensiblement, par son
caractère démonstratif, une appartenance
religieuse. »
Le PMLQ est d'avis que ces dispositions qui
contrôlent la façon dont
les personnes qui travaillent dans la fonction publique et dans les
écoles publiques
s'habillent représentent une ingérence de l'État
dans les affaires qui
concernent la personne humaine. Les prescriptions vestimentaires qui
existent déjà sont
justifiées par le besoin de conditions de travail
sécuritaires ou le
code de profession, comme dans le cas des uniformes. Ce sont les
institutions et les entreprises
qui décident de ce qui est acceptable comme tenue vestimentaire
au
travail et cela se fait par règlements. L'Assemblée
nationale ne peut
pas légiférer en matière
de code vestimentaire ni établir des guides comme le fait le
projet de
loi n° 60. Et les guides doivent être neutres et s'appliquer
également
à tous, et ne pas partir
de critères subjectifs.
Explication
Dans l'histoire, la
coercition exercée contre la
personne humaine par différents moyens a toujours
été à contre-courant,
y compris les prescriptions
sur les types de vêtement. Cette ingérence est
inacceptable dans toute
société moderne, d'autant plus quand c'est l'approche
eurocentrique qui
détermine ce qui
est acceptable ou non comme habillements, ornements, coiffure, etc. Sur
les plantations durant l'esclavage des noirs, les femmes esclaves
étaient souvent forcées
de porter le turban. Maintenant que beaucoup de femmes adoptent le
turban comme façon de s'exprimer, la société
va-t-elle encore une fois
leur dicter ce qu'elles
peuvent et ne peuvent pas porter ? Ce serait un très grand
pas en
arrière.
Déjà au Québec les commissions
scolaires
publiques ont un seuil
élevé de tolérance pour les habillements, les
perçages et les
tatouages, chez les élèves
mais aussi chez les enseignants et les employés de soutien.
L'Assemblée
nationale voudra-t-elle maintenant adopter une loi pour codifier cette
tolérance
culturelle ? Les tatouages sont très populaires, surtout
chez les
jeunes. Pourrait-on leur interdire de devenir enseignant plus tard
à
cause des
tatouages ? Les obligerait-on à se les faire enlever par
chirurgie
comme condition d'embauche ? L'Assemblée nationale
oserait-elle
légiférer en
cette matière ? Nous ne le pensons pas. Ce ne serait pas
acceptable
parce que l'Assemblée nationale n'a pas à
s'ingérer dans les affaires
de la
personne.
En ce qui concerne la façon de s'habiller,
plus souvent qu'autrement
il est difficile de distinguer ce qui constitue un vêtement
normal pour
des personnes
d'origines nationales différentes et ce qui constitue un symbole
religieux. Même au sein des communautés religieuses et
entre elles, ce
qu'un vêtement ou un
objet représente est souvent un sujet de discorde.
Même au sein des communautés il y a un
manque de connaissances
générales et la signification des vêtements ne fait
pas toujours
l'unanimité. Selon certains
adhérents de la religion sikhe, par exemple, le port du turban a
été
décidé par le 10e gourou pour maintenir les cheveux
propres et soignés.
Pourtant, les cheveux
longs, avec le peigne qu'on conserve habituellement dans la chevelure,
le bracelet d'acier, le kirpan et le caleçon boxer sont
considérés
comme des symboles
sikhs et le turban comme un simple vêtement.
Qui décidera quels turbans sont des
vêtements religieux ? Les sikhs
non pratiquants considèrent que le turban fait partie d'un
vêtement
qu'ils ont porté
toute leur vie et se sentent insultés lorsqu'on prétend
qu'ils sont
religieux ou si on leur interdit de le porter. On établit un
dangereux
précédent quand l'État
commence à décider qui est religieux et qui ne l'est pas.
Le rôle de
l'État est de se concentrer sur les droits et devoirs des
citoyens et
ses propres responsabilités,
rien d'autre. Combien de Tchèques, de Français,
d’Allemands,
d’Autrichiens, de Polonais et autres citoyens d’Europe ont
découvert
qu’ils étaient juifs seulement une fois internés dans les
camps de
concentration nazis?*
Qui à part soi-même peut définir qui
on
est ? De même, beaucoup
d'athées s'objectent à être
catégorisés comme catholiques, protestants,
musulmans
ou juifs à cause d'un héritage qui n'est plus socialement
pertinent.
Dans la même veine, le projet de loi 60 tire des conclusions non
fondées en partant d'une
méconnaissance des critères qui déterminent ce qui
est religieux et ce
qui ne l'est pas. Prendre des décisions concernant les gens en
fonction
de l'habillement
n'est pas une pratique moderne. Beaucoup de familles dans la
société
québécoise ne considèrent pas la religion comme un
facteur identitaire.
Les gens portent
des vêtements, pas des religions.
D'ailleurs, la méconnaissance des religions
est courante. Le
sikhisme, par exemple, est né en tant que mouvement laïc
contre le
système de castes hindou.
Il visait l'égalité. En outre, il contestait les symboles
qui
justifiaient l'oppression des pauvres par les riches, l'oppression des
femmes, la séparation des hommes
et des femmes et la création de la caste dite des intouchables.
Ce
mouvement a eu des adhérents de différentes religions et
s'est formé en
opposition au système
de castes. Alors que jadis le turban était le propre des rois et
de
leur cortège, il est devenu la tenue vestimentaire de
populations
entières d'hommes en tant que
mesure pour éliminer un trait distinctif de la hiérarchie
hautement
discriminatoire du système de castes. Ainsi a-t-il
été adopté en tant
qu'accessoire vestimentaire
par les Indiens de diverses origines dont la tradition était
liée au
mouvement sikh pour les lumières, sans égard à la
religion.
De même le salwar kameeze (pantalon et
tunique) porté par les femmes
qui s'accompagne souvent d'un châle ou d'un foulard recouvrant la
tête
est un
vêtement, comme le hijab d'ailleurs dans certaines cultures. Ce
sont
des vêtements, associés à la modestie, pas des
symboles religieux.
Nous demandons aux députés de
l'Assemblée
nationale : si le turban
est un symbole religieux lorsque porté par des sikhs, ces
derniers
devraient-ils
être obligés de le retirer lorsqu'ils vont au travail
s'ils sont dans
la fonction publique et de porter les cheveux longs attachés en
chignon ? Et que dire
des barbes ? Tous les hommes devront-ils désormais se raser
pour
travailler dans la fonction publique ? Où tout cela
s'arrête-t-il ?
Le fait demeure que des turbans de tout
genre sont portés partout en
Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et dans certains pays
d'Amérique
centrale et du
sud, ainsi qu'en Europe et en Amérique du Nord, autant par les
hommes
que par les femmes, et dans beaucoup de cultures les hommes portent la
barbe de
différents styles. Ces habillements ont différentes
connotations mais
il s'agit dans une très grande mesure d'une affaire de mode ou
d'expression personnelle,
pas prioritairement de symbolisme religieux.
Qui va décider si un objet marque
« ostensiblement une appartenance
religieuse » ? Qui va décider qu'une personne
porte ces
objets par
croyance religieuse ou par simple goût vestimentaire ou pour des
raisons pratiques ? Les personnes qui portent des foulards ou des
écharpes parce qu'elles
ont perdu leurs cheveux à cause de la maladie seront-elles
accommodées,
mais quand même catégorisées, de sorte qu'elles se
sentent encore plus
remarquées
qu'elles ne le sont ? Encore une fois, où tout cela
s'arrête-t-il ?
Le gouvernement affirme que le projet de loi
n° 60 va « favoriser la
cohésion sociale ainsi que l'intégration des enfants sans
distinction
liée à l'origine
sociale ou ethnique ou à l'appartenance religieuse ».
Bien au
contraire, ces dispositions ne peuvent que mener à des litiges
interminables car les personnes
qui sont visées par des mesures disciplinaires ou une perte
d'emploi
découlant de ces règlements et qui refusent
l'interprétation qu'on fait
de leur port
vestimentaire voudront certainement faire valoir leurs droits.
Le gouvernement doit comprendre que c'est le
type d'arguments et de
mesures que proposent partout dans le monde ceux qui refusent de
bâtir
des sociétés
modernes dans lesquelles les droits de tous sont reconnus. La
neutralité religieuse ne peut être invoquée pour
justifier des notions
eurocentriques de ce que
constitue un vêtement acceptable.
Le gouvernement peut-il citer des exemples
de cas où ce qu'il
appelle le port d'un objet « marquant ostensiblement, par
son
caractère
démonstratif,
une appartenance religieuse » a causé un
problème dans la
prestation de
services publics, a empêché un usager d'obtenir un service
demandé ou
d'être
servi d'une manière professionnelle ? On trouvera
assurément que
les
cas de zèle excessif dans le choix des vêtements au
travail sont mieux
gérés par
les directions et administrations des institutions concernées
sur la
base de critères objectifs de ce qui est et n'est pas permis.
Cette
méthode de résolution des
différends n'a-t-elle pas suffi jusqu'à
présent ? Quand est-il
justifié
qu'un gouvernement adopte des lois pour dicter comment une personne
peut
s'habiller ? Jamais ! Ce n'est pas du ressort du gouvernement
de cibler
des personnes et leur culture ou leurs pratiques religieuses.[1]
L'égalité
entre les femmes et les hommes
Dans les notes explicatives on lit que le
projet de loi a aussi pour objet de préciser, dans la Charte
des
droits
et
libertés
de
la
personne,
que
les droits et libertés fondamentaux qui y sont prévus
s'exercent entre
autres dans le respect des valeurs que constitue
l'égalité entre les
femmes et les
hommes. Il n'en demeure pas moins que la façon dont le projet de
loi
utilise l'égalité homme-femme comme guide dans la
défense des valeurs
québécoises est
problématique et discriminatoire.
Le projet de loi propose de priver des
femmes de leur emploi dans le
secteur public, et surtout dans la petite enfance, parce qu'elles
portent le hijab. On
laisse entendre que c'est un pas vers leur émancipation.
D'abord,
n'est-ce pas insulter ces femmes que d'assumer qu'elles portent le
hijab ou d'autres vêtements
parce que cela leur est imposé par des hommes? Les femmes
portent le
hijab pour différentes raisons : une affaire culturelle, un
choix
personnel, un acte de
défi à l'eurocentrisme ou par devoir religieux. Comment
cela
contribue-t-il à l'émancipation des femmes que de les
forcer à
s'habiller d'une certaine façon et
de les priver de certains emplois, de les obliger à rester
à la
maison ? C'est lorsque les femmes au Québec et dans le
monde ont
commencé à travailler
dans les usines et autres endroits et n'étaient plus
dépendantes
financièrement de leur conjoint qu'elles ont commencé
à gagner leur
liberté. De même aujourd'hui,
il est important pour les femmes de pouvoir occuper un emploi et de
gagner un revenu indépendant. C'est seulement avec
l'indépendance
économique qu'elles
peuvent être moins en proie aux différentes formes
d'oppression et
d'indignité qui viennent avec la dépendance. Elles sont
ainsi beaucoup
mieux préparées pour
échapper à la violence familiale, à la
pauvreté et à d'autres problèmes
et à faire leurs propres choix plutôt que de se les faire
imposer par
d'autres.
Dans le cas des femmes et jeunes filles
issues d'origines où règnent
encore les notions dépassées de droit du père et
droit du mari, le
besoin d'indépendance
économique est d'autant plus pressant. Quand le gouvernement
dicte aux
femmes oeuvrant dans les centres de la petite enfance comment elles
doivent s'habiller,
c'est véritablement un pas en arrière. On nous dit que
les talibans ne
permettent pas aux femmes de travailler et les forcent à porter
la
burqa et à rester à la
maison et que pour combattre les croyances rétrogrades des
talibans,
nous devrions forcer les femmes à ne pas porter le hijab si
elles
veulent travailler. Qui
est ce « nous » qui dit aux femmes ce qu'elles peuvent et
ne peuvent
pas faire? Ce n'est certainement pas une caractéristique de
l'identité
québécoise que de
dire aux femmes et aux familles comment vivre leur vie. Pourquoi nous
sommes-nous débarrassés de l'ingérence des
prêtres et de l'Église dans
ce cas-là ?
Il faut le rappeler : aujourd'hui, il
faut se soucier du fait qu'en
vertu de l'insécurité économique grandissante, la
violence à la maison
atteint des
proportions alarmantes. L'insécurité et la violence sont
au détriment
des femmes et des enfants quelle que soit leur origine nationale ou la
façon dont ils
s'habillent. Une solution serait de faire en sorte que les femmes et
les enfants soient indépendants économiquement. On doit
leur garantir
un niveau de vie qui
leur permette en tant qu'êtres humains de vivre sans
dépendance envers
quelqu'un qui puisse leur faire du mal, que ce soit le père, le
mari,
un partenaire ou
quiconque. Les femmes doivent également savoir que leurs enfants
et
parents ont des moyens indépendants de pourvoir à leurs
besoins. Avec
l'indépendance
économique, les problèmes comme l'oppression ouverte des
femmes, des
enfants et des aînés peuvent être résolus.
Mais cela n'aide pas leur
cause si elles sont
forcées de quitter leur emploi et se retrouvent encore une fois
entre
les quatre murs de leur maison parce que le gouvernement aura
passé une
loi qui dit ce
qu'elles peuvent ou ne peuvent pas porter. Prendre certaines femmes
à
partie à cause de l'habillement n'aide en rien à
résoudre les problèmes
liés à l'égalité
homme-femme, à la neutralité des institutions de
l'État ou à la
cohésion sociale et l'intégration. Cela ne fait
qu'empirer les choses.
Dans le passé, d'abord l'Église et les
prêtres ont dicté aux femmes
ce qu'elles pouvaient et ne pouvaient pas faire. Puis vinrent les
gouvernements coloniaux
constitués par des hommes de propriété et de race
blanche, suivis des
gouvernements dits responsables qui ont fait la même chose. Ils
voulaient aussi dicter
ce que les femmes pouvaient et ne pouvaient pas faire. Les femmes
n'étaient même pas considérées comme des
personnes. Sommes-nous
maintenant censés
croire que puisque les gouvernements d'aujourd'hui sont
constitués
d'hommes et de femmes, ils ont le droit de dicter aux hommes et aux
femmes de certaines
origines nationales ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire ?
Est-ce
là qu'en est arrivée l'égalité
homme-femme ?
Restrictions
alimentaires
Pour le PMLQ l'article 30 sur les
restrictions alimentaires pose également problème. Selon
le projet de
loi :
« 30. Afin de favoriser la
cohésion
sociale ainsi que l'intégration
des enfants sans distinction liée à l'origine sociale ou
ethnique ou à
l'appartenance
religieuse, la politique doit notamment prévoir :
« [...] 3 qu'une activité ou
une
pratique répétée qui tire son
origine d'un précepte religieux, notamment en matière
alimentaire, ne
peut être autorisée
si elle a pour but, par des propos ou des gestes, d'amener l'enfant
à
faire l'apprentissage de ce précepte. »
Dans le monde aujourd'hui il y a de très
nombreux régimes,
restrictions et philosophies alimentaires liés à
différents styles de
vie, y compris au Québec.
Une société moderne se doit d'étudier et de
comprendre les principes de
base de l'alimentation, des restrictions diététiques et
des pratiques
alimentaires. La
recherche et l'éducation sont nécessaires pour identifier
et combler
les besoins modernes en alimentation mais aussi pour établir des
normes
adéquates pour
l'inspection alimentaire, la sécurité et l'hygiène
dans la préparation
des aliments.
Comprendre l'apport nutritionnel de divers
aliments — par exemple,
les glucides, les minéraux, les gras et les protéines —,
avoir une
connaissance approfondie
des causes fondamentales des allergies alimentaires, des restrictions
et d'une alimentation favorisant un système immunitaire en
santé, sont
toutes des
responsabilités sociales que les gouvernements modernes se
doivent
d'assumer de façon prioritaire.
Pourquoi l'Assemblée nationale
détourne-t-elle l'attention de sa
responsabilité sociale de garantir la santé et le
bien-être de la
population et la sécurité
alimentaire en ciblant les habitudes alimentaires des individus ?
Qui
peut prétendre que la distinction entre viandes pures et impures
faite
par différentes
cultures est basée sur autre chose que des préoccupations
sanitaires ?
Plusieurs viandes qu'on disait jadis propres l'étaient parce
qu'elles
provenaient
d'animaux qui eux-mêmes s'alimentaient de nourritures saines,
telles
l'herbe et les céréales qui étaient aussi saines
pour les humains.
Aujourd'hui, même cette
herbe et ces céréales ne sont plus propres à la
consommation.
Aujourd'hui beaucoup de gens, pas seulement les musulmans et les gens
provenant du Moyen-Orient, achètent de la viande halal par souci
de
santé alimentaire. Pourquoi le gouvernement du Québec ne
consacre-t-il
pas toutes ses énergies à s'assurer que
tous les aliments disponibles au Québec sont cultivés
suivant des
pratiques qui permettent d'établir de façon
scientifiquement vérifiable
qu'ils sont complètement
sécuritaires pour la consommation humaine ?
Aujourd'hui, la problématique
première dans
la production
alimentaire est l'emprise qu'ont les monopoles sur la production
alimentaire, la préparation et
la vente des aliments, car ils sont motivés non pas par la
responsabilité sociale mais par l'intérêt
privé étroit, c'est-à-dire le
rendement sur l'investissement. Par
exemple, la restauration rapide encourage l'obésité.
L'insuffisance des
sports récréatifs et des activités physiques
organisées à l'école, pour
tous et sans frais
d'usager, contribue au relâchement de saines habitudes, y compris
l'alimentation. La pauvreté prive des familles d'un
régime alimentaire
nutritif en les obligeant
à recourir à des aliments transformés, au sucre,
au sodium et aux
produits qui, tout en rassasiant, sont néfastes pour la
santé. La
contamination de
l'environnement fait que même l'eau est à risque, et c'est
sans compter
tous les autres risques que cette consommation représente pour
la
chaîne alimentaire
et la santé humaine.
Nous voyons aussi aujourd'hui une croissance
importante des
allergies alimentaires causées par de nombreux facteurs qui ne
sont pas
bien compris à cause
du contrôle monopoliste de la production et de la distribution
alimentaires. Le manque de contrôle public et de recherche a
permis la
propagation de méthodes
de production et de distribution qui échappent à
l'autorité publique,
comme les produits alimentaires génétiquement
modifiés, le recours aux
produits chimiques
et aux engrais et la consommation hors saison d'aliments
importés de
régions lointaines.
Des recherches indépendantes ont
montré que
certaines mauvaises
pratiques affaiblissent les systèmes immunitaires, créent
des allergies
et bloquent le
développement de la production et distribution alimentaires
locales, ce
qui menace la sécurité alimentaire. Aussi le laxisme dans
les normes
d'inspection
alimentaire et d'hygiène contribue-t-il à la transmission
de maladies
qui devraient pourtant être facilement contrôlées.
Plutôt que d'assumer ses propres
responsabilités pour ce qui est de
la sécurité de la chaîne alimentaire, le
gouvernement a l'intention,
entre autres, d'interdire
« une activité ou une pratique
répétée qui tire son origine d'un
précepte, notamment en matière alimentaire ».
Cette activité ou
cette
pratique, dit-il,
« ne peut être autorisée si elle a pour but,
par des propos ou des
gestes, d'amener l'enfant à faire l'apprentissage de ces
préceptes ».
Ne sommes-nous
pas en droit de questionner le raisonnement derrière ces
préoccupations
et priorités ?
Une note à la fin du présent
mémoire énumère
différentes raisons
pour lesquelles certains aliments sont considérés comme
n'étant pas
propres et certaines
des restrictions alimentaires que différentes communautés
s'imposent
pour toutes sortes de raisons. Ce qu'il importe de reconnaître,
ce sont
les raisons pour ces
restrictions alimentaires dites religieuses. La plupart remontent
à la
codification de règles et de textes pratiqués par
diverses sociétés et
destinés à protéger la
santé et l'hygiène au sein de populations à
densité croissante. Dire
qu'il s'agit de préceptes religieux est trompeur et mène
à des
conclusions non fondées.[2]
Tous les députés à
l'Assemblée nationale
peuvent-ils affirmer en
toute honnêteté qu'ils ont étudié les
aspects alimentaires en question
et leurs origines et
déterminer si ce qu'ils appellent des préceptes religieux
ne
proviennent pas en fait de préoccupations liées à
la santé ?
Pourquoi interdire des restrictions
alimentaires pratiquées par
diverses cultures et prétendre que ces pratiques viennent de
principes
religieux alors qu'en
fait ce sont des principes visant à promouvoir la santé
et l'hygiène
publiques ? Une des caractéristiques de la codification des
restrictions alimentaires
est qu'elle énonce les principes alimentaires devant assurer le
bien-être physique de l'individu et de la nation par le biais
d'une
approche préventive cohérente.
Aujourd'hui, les gens dans leur grande sagesse ou par absence de
sagesse, c'est selon, adhèrent toujours à ces principes.
Si la société
moderne transmettait des
instructions modernes par le réseau de l'école primaire
et secondaire
pour que cela fasse désormais partie des connaissances acquises
et que
les gens percevaient
ces instructions comme étant fiables, est-ce que ce ne serait
pas la
meilleure approche à cette problématique plutôt que
de criminaliser les
gens qui ne font
qu'agir selon leur conscience ?
La réponse appropriée aux
habitudes
culinaires transmises au fil des
siècles dans des conditions géographiques et climatiques
données est
d'établir des normes
publiques de ce que peuvent manger en toute tranquillité ceux
qui
vivent et travaillent dans les conditions climatiques du Québec
sans
pour autant s'ingérer
dans les préférences des gens issus de différentes
cultures et de
différentes régions. Il faut surtout s'assurer que tous
les membres de
la société ont ce qu'il faut
économiquement pour avoir accès à une alimentation
saine et la
confiance que l'État a une approche tournée vers l'avenir
pour ce qui
est de la production et
la sécurité alimentaire, l'inspection des aliments et
l'éducation. Par
exemple, au Québec, combien de personnes qui ne vivent plus de
l'agriculture continuent
de consommer de trop grandes quantités de sucre et d'amidon sur
la base
d'habitudes héritées d'une vie paysanne exigeant une
alimentation riche
en
calories ? Combien le font parce qu'ils n'ont tout simplement pas
les
moyens de faire autrement ?
Un régime alimentaire trop riche en
calories
n'est pas convenable,
sauf pour ceux qui travaillent dans certaines industries ou en
agriculture. Pour ce qui
est de la pauvreté — et des restrictions alimentaires qui
l'accompagnent — elle n'est jamais convenable, peu importe les
circonstances. Si les gens ont les moyens
économiques, l'éducation voulue et les
possibilités, ils changeront peu
à peu leurs habitudes, ou, comme on dit, s'ils ne les
abandonnent pas,
ce sera à leurs
risques et périls. Mais où est le rôle de
l'éducation publique et du
contrôle de l'activité des monopoles de l'alimentation
dans
l'identification des régimes
alimentaires nécessaires pour avoir une population en
santé ? Où
est la
stabilité économique donnant aux gens accès
à une alimentation saine
dans laquelle
ils ont confiance ? Et surtout, pourquoi l'État devrait-il
s'ingérer
dans ces questions qui ont à voir avec le mode de vie personnel
puisque
cela ne fait que
causer des torts et ne fait pas avancer la société ?
Pourquoi ne
pas
plutôt assumer sa responsabilité sociale de garantir la
disponibilité,
la qualité, la sécurité
et l'inspection des aliments, la recherche et l'éducation sur
les
besoins alimentaires de la population pour que les gens puissent
décider en toute confiance ce
qu'ils peuvent manger ? Cibler les régimes alimentaires
particuliers
dans les centres de la petite enfance en disant que ce n'est pas
économiquement viable
de les accommoder tous ou que cela gêne la cohésion
sociale et
l'intégration, c'est manquer de sérieux. On est loin
d'avoir
suffisamment de places dans les
garderies pour tous les enfants d'âge préscolaire qui en
ont besoin.
Comment cela facilite-t-il la cohésion sociale et
l'intégration ?
En conclusion
En septembre dernier, quand le gouvernement
a présenté ses
propositions pour une charte des valeurs, le PMLQ a dit qu'il
accueillait favorablement
l'occasion d'engager tout le corps politique dans des
délibérations sur
quelles valeurs doivent être à la base du Québec.
Le monde est entré dans une
période très
complexe et la voie vers
l'avant n'est pas évidente. Le besoin de discuter de
l'expérience
acquise jusqu'à présent
et d'en faire le bilan pour répondre aux demandes du
présent et ouvrir
une voie vers l'avenir n'a jamais été aussi grand. Nous
devons nous
instruire sur les
définitions que nous avons héritées du
passé et les considérations qui
ont informé ceux qui ont bâti la nation dans le
passé. S'il est vrai
que nous devons étudier
le passé, il est également vrai que cette étude ne
sera pas utile si
nous n'identifions pas d'abord les besoins du présent. Nous
pouvons de
là envisager l'avenir
avec confiance et en nous guidant sur l'expérience passée.
Nous devons également comprendre dans
toute
leur profondeur les
valeurs que nous épousons, en termes réels, en termes de
comment elles
sont vécues
et comprises par tous les individus et tous leurs collectifs. Le but
est d'harmoniser tous les différents intérêts
conflictuels avec
l'intérêt général de la
société.
Cela doit être reconnu comme une condition importante pour
assurer non
seulement le succès de la discussion mais aussi le renforcement
de la
cohésion
sociale.
Le PMLQ croit qu'il n'y a pas plus grande
entreprise aujourd'hui que
de définir nous-mêmes qui nous sommes et quels
arrangements sociaux,
politiques,
économiques et écologiques sont nécessaires
à notre épanouissement.
Le projet de loi n° 60, tel que
présenté,
doit être retiré ou rejeté
car il échoue à surmonter les défis qui se posent
au peuple du Québec
aujourd'hui. C'est
en affirmant les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont
humains
qu'on créera une situation nouvelle qui apporte des solutions
à ces
problèmes. Nous aurons
ainsi une nation souveraine et moderne qui s'épanouit parce
qu'elle
garantit les droits de tous.
* Phrase
omise par erreur dans la version originale soumise à la
Commission des
institutions.
Note
1. Le PMLQ croit que les articles suivants
de la Déclaration universelle des droits de l'homme
sont
pertinents lorsqu'on examine les devoirs
de l'État dans la protection des droits humains de tous les
membres de
la société.
« Article
18
« Toute
personne a droit à la liberté de pensée, de
conscience
et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de
religion ou
de
conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa
conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par
l'enseignement, les pratiques,
le culte et l'accomplissement des rites.
« Article
21
« 2.
Toute personne a droit à accéder, dans des conditions
d'égalité, aux
fonctions publiques de son pays.
« Article
29
« 2.
Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses
libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies
par la loi
exclusivement en
vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et
libertés
d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de
l'ordre public et du bien-être général dans une
société
démocratique. »
2. Dans beaucoup de cultures, pas
seulement les religions,
on fait une distinction entre la vente pure et la viande impure. Il
suffit de consulter les
chapitres de la bible chrétienne, le Lévitique
et le Deutéronome
en particulier, pour y trouver des passages concernant la santé
et
l'hygiène. Les quatre chapitres du Lévitique
suivant
l'énumération de viandes pures et impures traitent des
mesures à
prendre après l'accouchement
et des façons d'identifier et d'éliminer la propagation
de maladies
transmissibles. Dans l'Exode 15 : 26, Moïse
énumère les
mesures à prendre contre
la propagation d'épidémies. En d'autres mots, dès
cette époque des
pratiques communes reliées à l'hygiène ont
été codifiées.
Dans l'Antiquité, non seulement les gens
devaient-ils s'abstenir de
consommer des animaux impurs, il était aussi interdit de toucher
aux
carcasses. Des lois
furent adoptées pour contrôler la vermine. Les animaux
qu'on
considérait impurs étaient les araignées, les
mouches, les insectes,
les rats et les souris. Par
exemple, un rat mort devait être retiré de la maison et
enterré. Pour
éviter les problèmes, les femmes au foyer devaient bien
entretenir leur
maison. C'est
pourquoi celles-ci ont été incorporées au code
médical du Pentateuque,
auquel
adhéraient
les
juifs orthodoxes ainsi qu'un certain nombre de
non-juifs.
Beaucoup de gens refusent de manger des
fruits de mer ou des animaux
nécrophages. De façon générale, ces
derniers ne vivent pas de chasse
mais se
nourrissent de matière morte en décomposition dans
l'environnement. Il
en va ainsi pour le homard et la crevette. Le fait que la chair des
fruits de mer —
crevettes, crabes, homards, etc. — est perçue comme étant
impure par
plusieurs cultures n'a rien à voir avec la religion comme telle.
Un
grand nombre de
maladies, y compris la paralysie soudaine, frappent les gens tous les
jours suite à la consommation de fruits de mer. Les crevettes,
les
huîtres, les pétoncles
et les moules sont d'une grande efficacité pour purifier les
eaux
contaminées. Ils filtrent d'immenses quantités d'eau
à tous les jours.
Les eaux usées remplies
de produits chimiques, de toxines et de bactéries dangereuses,
de
parasites et de virus se trouvent de façon concentrée
dans ces fruits
de mer. Des épidémies
de choléra ont été provoquées par des
crevettes, des crabes, des
huîtres et des palourdes contaminés. Les symptômes
du choléra sont une
diarrhée aigüe menant
à a déshydratation, à la perte de connaissance,
à l'hypotension et à la
mort.
Le porc est un détrutivore. Il se nourrit
de
tout ce qui lui tombe
sous la patte. Son système digestif a un taux d'acidité
très élevé. Les
porcs sont très gloutons
et ne s'arrêtent jamais de manger. Leurs acides gastriques
deviennent
diluées quand une grande quantité de nourriture est
ingurgitée, ce qui
permet à la vermine
de franchir la barrière protectrice. Des parasites, des
bactéries, des
virus et des toxines peuvent ainsi se transmettre à la chair.
Les porcs peuvent manger des déchets, des
excréments et même de la
viande en putréfaction. Tout ce que le porc consomme devient une
composante de
sa chair. Mis à part les maladies qu'on associe au porc, la
chair de
celui-ci est très grasse. Les toxines sont
particulièrement présentes
dans le gras, qui affecte
la viande dans son ensemble, contrairement à la viande plus
maigre du
boeuf. Ces toxines sont donc propagées dans la viande. Beaucoup
sont
préoccupés par
le fait que ces toxines et des agents infectieux puissent se
transmettre aux humains lorsqu'ils consomment du porc.
Trois des six maladies parasitaires les plus
communes liées à
l'alimentation et affectant les humains — la toxoplasmose, la
téniase
ou la cysticercose
(provoquée par le ténia porcin taenia solium ou
vers
solitaire) et la trichinose — sont liées à la
consommation de la viande
porcine. Ces parasites
qui se transmettent via les aliments ont-ils été
maîtrisés et, si oui,
comment ?
Aujourd'hui, le gouvernement
québécois
est-il en mesure de rassurer
les Québécois que la viande qu'ils consomment a
été inspectée
adéquatement et qu'elle
ne contient ni produits chimiques, ni hormones, ni d'autres agents
néfastes à la santé ? S'il peut se porter
garant d'une viande
saine,
alors pourquoi ne
pas concentrer ses efforts à expliquer tout simplement pourquoi
le porc
d'aujourd'hui, pour prendre cet exemple, est en fait une viande
saine ?
Si le gouvernement peut convaincre les
cultures qui rejettent
d'emblée le porc, et tous ceux et celles qui s'inquiètent
de la
salubrité de la chaîne alimentaire,
qu'ils n'ont plus à s'inquiéter, nous y gagnerons tous
parce que
l'industrie porcine est le moyen de subsistance de nombreux producteurs
québécois et beaucoup
d'entre nous en mangeons en quantité importante. Pourquoi ne pas
éduquer la population sur l'industrie porcine au
Québec ? Avec
quoi
nourrit-on les
porcs ? Comment les engraisse-t-on ? Quelles hormones leur
sont
injectées pour différentes raisons et quel est l'effet de
ces hormones
sur le système
immunitaire humain et sur la santé humaine ? Le
gouvernement
peut-il en
toute honnêteté dire aux Québécois qui ne
veulent pas consommer de porc
que leur pratique est religieuse et non liée à des
préoccupations
touchant à la santé ?
Addendum
Lesquels sont religieux?
  
   
                  

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