Le Marxiste-Léniniste

Numéro 181 - 9 décembre 2013

La fin de la production canadienne de l'acier

L'intervention gouvernementale dans l'économie

Pourquoi le gouvernment refuse-t-il d'intervenir dans la décision de
US Steel de fermer la production d'acier à Hamilton ?

Le Parti conservateur de Harper au pouvoir ne cesse de se vanter d'être un excellent gestionnaire de l'économie. Selon Harper, son gouvernement est intervenu lors de la crise économique de 2008 pour sauver l'économie en donnant de l'argent public aux monopoles de l'automobile et aux grandes banques. Une partie de cet argent a servi au gouvernement à acheter un grand nombre d'actions dans GM et Chrysler et à mettre sur pied un fonds public à être utilisé par tous les monopoles de l'automobile étrangers opérant au Canada. Harper a aussi créé son Plan d'action économique dont l'objectif principal est de distribuer de l'argent principalement aux compagnies de construction privées. Il a aussi mis sur pied PPP Canada. Ce programme prévoit que tout projet important d'infrastructure au Canada doit être conçu en tant que partenariat public-privé s'il veut bénéficier d'un financement fédéral. L'un des PPP les plus importants est celui du passage de la rivière Détroit. Pour ce projet, le gouvernement canadien assume la plus grande part des dépenses des États-Unis, tandis que la construction, l'administration et les opérations du passage sont prises en main par des compagnies privées. Les PPP ont l'aval du gouvernement Harper qui ne jure que par eux. Par définition, les PPP sont des projets conjoints entre gouvernements et compagnies privées. Le gouvernement Harper, comme tous les gouvernements du système capitaliste, ne fait qu'un avec les compagnies les plus puissantes. Il intervient constamment au nom de ces compagnies privées, par exemple pour décréter le retour au travail des travailleurs d'Air Canada et de l'industrie ferroviaire. Les travailleurs qui refusent d'obéir aux projets de loi de Harper en subissent les conséquences draconiennes.

Harper a aussi salué l'intervention des présidents Bush et Obama dans l'économie quand ils ont distribué des sommes phénoménales à certaines compagnies privées de prêts hypothécaires, d'assurances, à des banques, à des monopoles de l'automobile et autres. Il a aussi salué les mesures adoptées par le département du Trésor des États-Unis qui a autorisé la remise de sommes gigantesques aux grandes institutions financières privées qui sont membres de la Réserve fédérale des États-Unis. Ces mesures visant à augmenter la masse monétaire des États-Unis afin de stimuler l'économie se nomment « assouplissement quantitatif » et se poursuivent jusqu'à ce jour.

Le gouvernement Harper, par diverses mesures, intervient régulièrement dans les affaires privées des corporations en leur distribuant des fonds publics, en adoptant des projets de loi favorables à l'une ou l'autre d'entre elles et par une multitude d'autres façons. L'intervention dans les affaires économiques est un geste routinier des gouvernements à tous les niveaux. Cette intervention a aussi un volet international, puisque le gouvernement appuie de diverses façons les grandes entreprises dans leurs aventures d'outre-mer. Pour le gouvernement, cette façon de faire va de soi et il serait naïf et malhonnête de suggérer autrement. La question qui se pose en ce qui concerne les travailleurs n'est pas pourquoi les gouvernements interviennent-ils mais pour le compte de qui interviennent-ils : est-ce pour la classe ouvrière ou pour la grande entreprise, est-ce pour défendre le droit public ou le droit de monopole ? Le gouvernement canadien, c'est clair, intervient pour le compte des entreprises.


Le gouvernement canadien intervient au nom des grandes entreprises : (à gauche) manifestation le 13 octobre 2011
des travailleurs d'Air Canada contre la loi de retour au travail ; (à droite) les travailleurs du Canadien Pacifique
manifestent au parlement le 29 mai 2012 contre la loi de retour au travail

Sur la question des agissements de US Steel et de sa fermeture permanente de la production sidérurgique de Hamilton Works, le gouvernement Harper, par le biais du bureau de James Moore, le ministre de l'Industrie, a émis un communiqué succinct expliquant que le geste de US Steel est une décision d'affaires privée et que le gouverment n'intervient pas dans les décisions quotidiennes des entreprises.

Pourquoi faire une déclaration aussi illogique ? Cela ne correspond pas aux agissements quotidiens de son gouvernement. Par exemple, le gouvernement Harper intervient constamment lorsqu'il s'agit d'autoriser ou non un investissement étranger. Récemment, pour ne prendre qu'un exemple, le milliardaire égyptien Naguib Sawiris a été outré par le refus de Harper de lui permettre de faire l'acquisition de MTS Allstream. Sawiris a déclaré qu'il n'investirait plus au Canada à cause de cela. Le gouvernement Harper est donc intervenu très activement dans une décision d'affaire privée. En quoi la décision de Sawiris de faire l'acquisition d'Allstream est-elle différente de la décision de US Steel de faire l'acquisition de Stelco pour ensuite fermer sa production sidérurgique ? Ce sont là des décisions que prennent les monopoles mondiaux sur une base quotidienne.


Les postiers de Montréal manifestent le 22 juin 2011 contre la loi spéciale du gouvernement Harper  qui
criminalise leur juste lutte, une intervention gouvernementale du côté des monopoles.

Sur la question à savoir si le gouvernement doit intervenir ou non dans les décisions d'affaires, le ministre de Harper à la chambre des Communes a fait le commentaire suivant tel que reproduit dans le Journal des débats du 30 octobre, en réponse à une question sur la fermeture de la production d'acier à Hamilton Works.

« Monsieur le Président, l'entente que nous avions permettra de maintenir les emplois à Hamilton ainsi qu'à Lake Erie. Ce qu'elle dit sur cette question est totalement faux. Encore une fois nous avons le chef du NPD et le porte-parole du NPD en matière d'environnement qui se rendent à Washington et qui demandent de ne pas approuver Keystone, de ne pas approuver l'oléoduc d'Enbridge, de ne pas approuver l'oléoduc Kinder Morgan, de mettre fin, à toutes fins pratiques, aux oléoducs, alors que ces mêmes oléoducs d'acier sont faits à même l'industrie sidérurgique de Hamilton et que les gens de Hamilton perdent présentement leurs emplois. Doit-on en être surpris ? John Quincy Adams a dit un jour qu'à force de vouloir plaire à tout le monde, on finit par ne plaire à personne. Voilà le NPD d'aujourd'hui. »

En fait ce que Moore dit c'est que l'intervention gouvernementale pour arrêter la fermeture de la production sidérurgique à US Steel n'est pas souhaitable tandis que l'intervention pour défendre la construction des oléoducs Keystone, Northern Gateway et Kinder Morgan est quelque chose de bien. Pour Moore, ce n'est pas une affaire d'intervention comme telle, mais plutôt quelle intervention et au profit de qui.

Moore donne dans la désinformation lorsqu'il suggère que US Steel fabrique des cylindres pour les oléoducs au Canada. C'est tout à fait faux. La principale usine du monopole qui fabrique ces cylindres est Lone Star Steel au Texas. Hilton Works a déjà produit de l'acier pour des pipelines mais Stelco a fermé l'usine à plaques d'acier au début de 2003. Lake Erie Works, que US Steel contrôle, fabrique un produit appelé « skelp », qui est produit en spirale et est transporté aux usines de cylindres pour être « soudé en spirale » en produits d'oléoducs. Une certaine quantité de ce produit est expédiée à Lone Star au Texas et à l'autre producteur de cylindres, l'usine Fairfield en Alabama. Avant que les capitalistes financiers ne privent Stelco de la plupart de ses actifs productifs, la compagnie sidérurgique produisait effectivement des produits cylindriques. Stelco était propriétaire de Stelpipe Ltd., maintenant Lakeside Steel, et de Welland Pipe.

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca