Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 175 - 2 décembre 2013

Des falsifications de l'histoire pour désorienter les Canadiens

Le gouvernement Harper continue de répéter
le gros mensonge de l'Holodomor


Au lieu de poursuivre la politique de dénazification après la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont accordé la citoyenneté à des scientifiques nazis avec l'Opératon Paperclip. Le but était d'utiliser les scientifiques nazis pour effectuer des recherches militaires et de développer des armes contre l'Union soviétique. Ci-dessus: 39 scientifiques d'origine allemande dont deux nazis obtiennent la citoyenneté américaine le jour du Souvenir 1954

Des falsifications de l'histoire pour désorienter les Canadiens
Le gouvernement Harper continue de répéter le gros mensonge de l'Holodomor - Dougal MacDonald

Nations unies
Le Canada vote contre la résolution nazie des Nations unies

Recours à l'espionnage par les États-Unis en vue de dominer le monde
L'espionnage des États-Unis pendant le G20 de Toronto
Le Brésil et l'Allemagne soumettent une résolution à l'ONU sur le droit à la vie privée à l'ère numérique - Ronda Hauben, taz.blogs


Des falsifications de l'histoire pour désorienter les Canadiens

Le gouvernement Harper continue de répéter
le gros mensonge de l'Holodomor

Le 22 novembre, le ministre du Multiculturalisme de la dictature Harper, Jason Kenney, a fait sa désinformation habituelle à l'occasion du 80e anniversaire du mythe de l'Holodomor, le nom que les réactionnaires ukrainiens et leurs alliés donnent à la famine « provoquée par l'homme » de 1932-1933 en Ukraine. Stephen Harper et Jason Kenney sont particulièrement adeptes à utiliser la technique du « gros mensonge » perfectionnée par les nazis, c'est-à-dire de répéter inlassablement un mensonge dans l'espoir qu'il finira par être pris pour la vérité. Dans son discours sur l'Holodomor de 2013, Jason Kenney a repris les faussetés habituelles en disant notamment : « Il y a quatre-vingts ans, le régime soviétique de Joseph Staline a provoqué la famine délibérée de millions de citoyens ukrainiens ». [1]


Le ministre Jason Kenney (à droite) signe un accord avec le président de Hommage à la liberté Ludwik Klimkowski pour financer le projet anticommuniste avec des fonds publics, la « Journée du ruban noir » à Ottawa, le 23 août 2013. Hommage à la Liberté a été incapable d'obtenir le soutien du public pour construire le monument qui commémorer ceux qui ont combattu avec les nazis et ont été défaits par l'Union soviétique. (CIC)

Déjà en 2008, la dictature Harper avait fait adopté la Loi C-459, Loi sur le Jour commémoratif de la famine et du génocide ukrainiens (« l'Holodomor ») (Canada), issue d'un projet de loi d'initiative parlementaire présenté par le député conservateur du Manitoba et secrétaire du Groupe d'amitié parlementaire Canada-Ukraine, James Bezan. Ce projet loi faisait suite à un décret de 1998 du président de l'Ukraine qui proclamait le quatrième samedi du mois de novembre Jour commémoratif national de l'Holodomor. Dans cette loi, la dictature Harper reconnaît officiellement l'Holodomor comme un acte de génocide contre le peuple ukrainien. Les seuls autres parlements qui ont adopté une loi analogue sont ceux de l'Argentine, l'Autriche, l'Estonie, la Géorgie, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, l'Ukraine et les États-Unis. Le fait que l'Estonie et la Lituanie soient parmi ces pays est intéressant à noter puisque ces deux États sont aux premiers rangs de la résurgence néo-nazie en Europe.

Le 9 novembre 2013, Stephen Harper a assisté au 24e Congrès triennal du Congrès des Ukrainiens-Canadiens, qui se tenait à Toronto. [2] Dans une interview accordée pendant le Congrès, Harper s'est vanté d'être « très conscient de l'histoire du peuple ukrainien et... de la famine, l'Holodomor, et des grandes tragédies qui ont marqué l'histoire de l'Ukraine ». Puis, il a dégagé sa dictature de toute responsabilité de s'opposer au fascisme et nazisme et expliqué pourquoi son objectif principal était de s'opposer au communisme et à tout ce qui est progressiste en affirmant que « nous reconnaissons (déjà) pleinement l'horreur de la nature et des événements du fascisme ». C'est un mensonge car non seulement de nombreux criminels de guerre et collaborateurs nazis ont-ils pu échapper à la justice après la guerre, parce que protégés par les impérialistes anglo-américains et le Vatican, mais il y a actuellement une campagne pour raviver le nazisme, en particulier dans certains pays européens comme l'Estonie, dont Harper se vante être l'allié.

Dans la même interview, il a parlé de son Musée canadien pour les droits de la personne et a assuré à ses hôtes que le mythe de l'Holodomor ferait l'objet d'une exposition permanente au musée, cela pour mettre fin à une querelle interne entre le Congrès des Ukrainiens-Canadiens et d'autres groupes qui veulent tous utiliser le musée à leurs propres fins étroites. Harper est d'accord pour que l'Holodomor soit inclus, non pas parce qu'il soutient les droits humains, mais parce qu'il veut utiliser le Musée comme outil de propagande contre les communistes et les autres forces progressistes en entretenant le mensonge que ceux-ci « violent les droits humains » au même titre que les nazis. Le terme éculé de « totalitarisme » sera utilisé à nouveau pour insinuer faussement que les nazis et les communistes étaient pareils, même si le fascisme est la dictature du capital monopoliste tandis que le communisme est l'idéologie de la classe ouvrière.


Photos falsifiées pour promouvoir l'Holodomor, d'une exposition publique à Sébastopol, Ukraine en Mars 2009, organisée par le Service de sécurité ukrainien (SBU). On disait que les photos était de la famine présumée de 1932-33 mais les trois sur la gauche se sont avérées être des photos de la dépression aux États-Unis et celui de droite de la Russie en 1921. (www.nr2.ru)

Dans tous ses discours sur l'Holodomor, Stephen Harper omet soigneusement le fait que bien que l'Union soviétique connaissait des temps difficiles, principalement à cause de la campagne interventionniste des puissances impérialistes contre elle, il n'y a jamais eu de « famine artificielle » en Ukraine. En fait, ce sont les nazis qui les premiers ont créé le mythe de la famine ukrainienne en 1933 pour discréditer l'Union soviétique, l'ennemi qu'ils redoutaient le plus. Les nazis ont publié des pages entières de « nouvelles » dans les journaux allemands, qui ont ensuite été reprises par la presse réactionnaire britannique. En septembre 1934, le milliardaire William Randolph Hearst, l'éditeur américain de premier plan de la « presse à sensation » [3] et un partisan du nazisme, a rencontré Hitler et son ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels, et reçu des fonds pour promouvoir une image positive des nazis aux États-Unis. Les journaux de Hearst ont publié de nombreuses colonnes payées par Adolf Hitler et Benito Mussolini et Randolph Hearst a assisté au rassemblement du Congrès du Parti nazi à Nuremberg en 1934. Encouragés par les hitlériens, les journaux de Hearst sont aussitôt devenus les plus grands propagandistes du mythe de la famine ukrainienne, en utilisant de fausses photographies et en publiant toutes sortes de mensonges qui depuis ont été réfutés, preuves à l'appui, à maintes et maintes reprises.

Lors de son voyage en Ukraine en 2010, Stephen Harper a déposé à Kiev une gerbe au monument de l'« Holodomor ». Il a ensuite déposé une gerbe au mémorial de Babi Yar, le ravin près de Kiev où les troupes nazies ont massacré plus de 150 000 personnes de 1941 à 1943, la plupart des juifs, des tziganes et des prisonniers de guerre soviétiques. L'un des massacres les plus abominables a été celui de 33 000 juifs en deux jours en septembre 1941. Ce n'est pas non plus une coïncidence que la visite de Harper à Babi Yar n'ait été mentionnée que brièvement à l'époque, tant par les partisans de Harper que par les médias monopolisés et encore dans le but que l'on tire la fausse conclusion que les nazis et l'Union soviétique sont « pareils ». En outre, est omis le fait que les massacres de Babi Yar n'ont pas été commis par les nazis seuls, mais avec leurs collaborateurs ukrainiens qui servaient dans la Police auxiliaire ukrainienne, dans la Waffen SS et les bataillons Nachtigall et Roland. Beaucoup de criminels de guerre de ces organisations ont été autorisés à entrer au Canada après la Deuxième Guerre mondiale, les gouvernements de l'époque choisissant de fermer les yeux. Les héritiers des membres de ces organisations se retrouvent parmi les plus ardents défenseurs du mythe de la famine.

Pas une seule fois Stephen Harper n'a-t-il condamné le fait que la politique nazie d'extermination de masse a fait plus de trois millions de morts en Ukraine. C'est comme si ces événements n'avaient jamais eu lieu ou sont sans conséquence. Les crimes des nazis contre le peuple ukrainien se sont volatilisés pour servir l'ordre du jour de la bande de Harper. Harper n'a jamais été dérangé par le fait que l'État canadien a une longue histoire de permettre à des criminels de guerre nazis d'entrer au Canada tout en faisant très peu de choses pour les traduire en justice. Par exemple, jamais rien n'a été fait pour scruter le passé des 2 000 membres de la Division SS Galicie, composée de volontaires ukrainiens, qui ont été autorisés à entrer au Canada après la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'ils étaient membres de la SS, condamnée comme organisation criminelle par le procès de Nuremberg, et qu'ils avaient combattu pour les nazis contre l'Union soviétique et ses alliés pendant la Deuxième Guerre mondiale.


À gauche: Massacres par les nazis à Vinnytsia, Ukraine, 1942. À droite: La division SS Galicia est fondée au printemps de 1943

Dans ses discours anticommunistes et profascistes, Stephen Harper (et Jason Kenney également) aime utiliser des mots et des phrases comme liberté, démocratie, droits humains et primauté du droit. Alors que les Canadiens chérissent ces valeurs, sous la dictature de Harper la liberté, la démocratie, les droits humains et la primauté du droit n'existent que pour les monopoles. En fait, au nom des monopoles, Harper poursuit une offensive anti-ouvrière et antisociale agressive. Il a fait adopter des lois draconiennes pour interdire de faire la grève aux travailleurs et travailleuses des Postes en juin 2011, aux travailleurs d'Air Canada en mars 2012 et aux travailleurs du rail de CP en mai 2012, et, contre la volonté de la majorité des agriculteurs, il a fait adopter une loi pour supprimer la Commission canadienne du blé et remettre le commerce du grain à Cargill et d'autres monopoles. Il a donné son appui à US Steel dans la destruction de l'industrie canadienne de l'acier. Quand la domination des monopoles est contestée, comme l'ont fait les manifestants au Sommet du G8 et du G20 en 2010 ou comme la première nation Elsipogtog au Nouveau-Brunswick en 2013, la dictature de Harper recourt à des méthodes style Gestapo pour attaquer la dissidence et criminaliser le droit de conscience.

Les peuples du monde connaissent bien la véritable position de Harper sur la liberté, la démocratie, les droits humains et la primauté du droit. Les activités infâmes du gouvernement Harper en appui à l'impérialisme américain, qui a repris le flambeau de l'hitlérisme après la Deuxième Guerre mondiale, comprennent les bombardements terroristes de la Libye, la participation du Canada à la guerre impérialiste en Afghanistan, le soutien inconditionnel au terrorisme d'État israélien contre les peuples à Gaza et dans le reste du Moyen-Orient, sa participation actuelle aux préparatifs de guerre contre la Syrie et l'Iran avec l'intention de s'engager dans une autre guerre de rapines. La ferveur guerrière de la dictature Harper n'a jamais été aussi évidente que dans le discours répugnant du jour du Souvenir de Jason Kenney le 11 novembre 2012 quand il a systématiquement glorifié de nombreuses guerres colonialistes et impérialistes injustes comme l'écrasement de la rébellion du Nord-Ouest, la guerre des Boers, la Première Guerre mondiale, la guerre de Corée et les agressions après le 11 septembre et les a présentées comme de grandes victoires pour le peuple canadien.

La désinformation de Stephen Harper sur l'Holodomor vise principalement à occulter le fait historique que ce sont l'Union soviétique et Staline qui ont dirigé la lutte des peuples du monde contre le fascisme et joué un rôle de premier plan dans la défaite des nazis. Harper fait la promotion de la fausse opinion que l'Union soviétique était encore pire que les nazis, non pas parce qu'il méconnaît l'histoire, mais parce qu'il veut aider et encourager les forces fascistes dans le présent en leur donnant tout le soutien nécessaire pour qu'elles s'organisent contre les peuples. Actuellement, le nazisme est en train de resurgir dans différents pays. Par exemple, en Estonie un rassemblement annuel d'anciens combattants estoniens de la Waffen SS se tient en juillet aux collines Sinimae avec l'approbation du gouvernement. Les tirades de Stephen Harper sur l'Holodomor et ses attaques contre les communistes et autres forces progressistes font partie de la campagne incessante de l'oligarchie financière pour renverser le verdict des peuples qui depuis longtemps ont condamné le nazisme à la poubelle de l'histoire. Cela ne doit pas passer !


Des Ukrainiens vêtus de l'uniforme des collaborateurs nazis participent à une cérémonie de ré-enterrement au cimetière de la division SS Galicia près du village de Chervone dans l'ouest de l'Ukraine, le 21 Juillet 2013. (WJC)

Notes

1. Adoptant la même position profasciste que Harper, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a fait la déclaration suivante le 18 novembre : « L'Holodomor, dont nous commémorons cette année le 80e anniversaire, a été une machination délibérée pour acculer systématiquement la population ukrainienne à la famine, et ainsi détruire une nation et la rayer de la carte ».
2. Le Congrès des Ukrainiens-Canadiens est une organisation soutenue par l'État qui en 1940 a rassemblé tous les cercles ukrainiens les plus réactionnaires en s'emparant illégalement des biens des organisations ukrainiennes progressistes au Canada.
3. La presse à sensation de Hearst dramatisait et exagérait les nouvelles et publiait des faussetés pour vendre plus de journaux. Hearst était aussi un raciste qui détestait les minorités, en particulier les Mexicains.

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Nations unies

Le Canada vote contre la résolution
antinazie des Nations unies

En votant le 21 novembre contre une résolution antinazie à l'ONU, le gouvernement Harper a de nouveau démontré comment il est asservi aux intérêts des États-Unis qui appuient ceux qui glorifient les nazis et leurs collaborateurs. Le décompte final a été de 126 votes en faveur de la résolution et trois voix contre, soit les États-Unis, son minuscule protectorat de Micronésie, Palau et le Canada ; 50 pays dont les États membres de l'Union européenne (UE), se sont abstenus.

La résolution condamne la glorification du nazisme et « les formes modernes de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie ». Elle a été préparée par la Russie et un groupe de plus de 40 autres pays et soumise le 12 novembre au troisième Comité social de l'Assemblée générale des Nations unies, auprès du Comité des affaires culturelles humanitaires. L'ambassadeur de la Russie à l'ONU, Grigory Lukyantsev, a expliqué qu'elle vise à répondre à « la préoccupation face à l'escalade des groupes extrêmes, comme les néonazis et skinheads qui ont recours à la violence ».

Après le vote, le ministère des Affaires étrangères de Russie déclare dans un communiqué publié sur son site officiel : « C'est au-delà de notre compréhension et nous sommes déçus que les États-Unis, le Canada et Palau aient voté contre le document alors que les délégations des pays membres de l'UE se sont abstenues lors du vote sur le projet de résolution soutenu par la majorité des pays membres de l'ONU. »

L'année dernière, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une résolution distincte présentée par la Russie condamnant la construction de monuments commémoratifs en l'honneur des anciens nazis et l'organisation de manifestations publiques pronazies. La Russie a souvent exprimé sa consternation face aux rassemblements annuels d'anciens combattants de la Waffen-SS en Estonie, en Lituanie et en Lettonie.

La résolution de l'an dernier a été approuvée par la majorité des États membres de l'ONU, mais a été rejetée par un certain nombre de pays, notamment les États-Unis et le Canada, tandis que 54 pays se sont abstenus de voter.

Aux États-Unis, selon le premier amendement à la Constitution, le droit à la liberté d'expression a été utilisé dans le passé par les tenants de la suprématie blanche pour justifier légalement l'expression publique d'opinions politiques extrémistes, souligne l'agence RIA Novosti.

Une résolution précédente de l'ONU sur l'organisation de manifestations publiques pronazies a été contestée par, entre autres pays, les États baltes de la Lettonie, de la Lituanie et de l'Estonie.

Dans la même veine, on rapporte qu'une pétition est en cours en Lettonie pour que les autorités démantèlent un monument dans la capitale de Riga, qui commémore les soldats de l'Armée rouge qui ont libéré le pays durant la Seconde Guerre mondiale. Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Luashevich, a déclaré le 20 novembre que la pétition est une preuve supplémentaire de « la politique de la Lettonie de falsifier les résultats de la Seconde Guerre mondiale ». Il a critiqué « le désir obsessionnel de réhabiliter les nazis » de la part de la Lettonie.

Le premier ministre letton, Valdis Bombrovskis, a dit que la Lettonie est liée par des accords avec la Russie pour s'occuper de ces monuments commémoratifs de la guerre.


Monument de la Victoire à l'armée soviétique, Riga, Lettonie

En 2007, l'Estonie a déménagé un monument commémoratif connu comme le « soldat de bronze », qui rend hommage aux soldats soviétiques qui ont libéré le pays pendant la guerre. Suite à la pression des forces antisoviétiques, il a été déplacé de sa place d'honneur dans le centre de Tallinn et mis dans un cimetière militaire loin de tout.

Une tentative de réécrire l'histoire et de glorifier les nazis est également en cours au Canada. Des éléments réactionnaires connus comme Tribute to Liberty (Hommage à la liberté) tentent de construire à Ottawa un monument anticommuniste pour gagner la sympathie de ceux qui ont combattu du côté des nazis. Ce projet a été incapable de récolter un soutien populaire parmi les Canadiens et donc le gouvernement Harper est intervenu pour fournir des fonds publics.

(avec des informations de RIA Novosti, Radio Free Europe /Radio Liberty )

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Recours à l'espionnage par les États-Unis en vue de dominer le monde

L'espionnage des États-Unis
pendant le G20 de Toronto

La très vaste opération de l'impérialisme étasunien au Canada et le contrôle qu'il exerce sur les agences de sécurité canadienne sont à nouveau dévoilés au grand jour, contredisant Harper et ses prétentions à l'effet qu'il « fait passer le Canada en premier » et qu'il défend la souveraineté du Canada.

Alors que le Commandement de la défense aréospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), dirigé par le Commandement du Nord des États-Unis, était à la tête des opérations de sécurité aux sommets du G8 et du G20 au Canada, nous apprenons que le gouvernement de Stephen Harper a aussi autorisé l'Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA), la plus importante agence d'espionnage des États-Unis, à mener une surveillance généralisée au Canada au cours des sommets, selon les nouveaux « documents secrets » exposés par Edward Snowden, celui qu'on nomme le « dénonciateur étasunien ». La nouvelle a fait l'objet d'un reportage exclusif de la part de CBC News.

Selon le document, l'agence d'espionnage, le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC), a participé activement à ces activités. Une note d'information de la NSA révèle les plans opérationnels de l'agence en vue de la rencontre du sommet de Toronto et indique que ces plans étaient « coordonnés de très près avec le partenaire canadien », selon CBC.

« Les documents secrets ne révèlent pas quelles étaient les cibles visées par un tel déploiement d'espionnage par la NSA - et possiblement par son partenaire canadien - au cours du sommet de Toronto. [...]

« À noter que le document d'information secret de la NSA décrit le mandat de l'agence de surveillance des États-Unis au sommet de Toronto comme étant celui de « prêter main forte aux décideurs politiques ». [...]

« Selon d'autres documents rendus publics par Snowden, [...] il semblerait que prêter main forte lors de réunions internationales signifie espionner les délégations étrangères dans le but d'avoir un avantage déloyal lors des négociations ou des débats politiques ayant lieu dans le cadre du sommet. »

Aussi, selon CBC News : « La NSA espionne tout le monde, que ce soit les dirigeants des alliés des États-Unis ou les millions d'Américains. La surveillance par l'agence des principales compagnies d'internet et de téléphonie lui a permis de recueillir toute sorte d'information personnelle. »

L'espionnage économique et politique

« L'espionnage mené au sommet de Toronto en 2010 reflète un ensemble d'activités d'espionnage économique et politique menées par la puissante agence d'espionnage étasunienne et ses partenaires tels le Canada », dit la CBC.

« Si ces activités d'espionnage sont menées pour protéger les sites des réunions ou pour protéger les dirigeants contre toutes menaces terroristes de la part d'al-Qaeda, elles visent aussi à favoriser les objectifs politiques des États-Unis et du Canada.

« L'ordre du jour du sommet du G-20 à Toronto était d'un intérêt particulier pour la NSA et le Canada.

« Le monde lui-même se remettait péniblement de la grande récession de 2008. Les dirigeants mondiaux discutaient d'une panoplie de mesures possibles y compris une taxe mondiale pour les banques, une mesure que rejetaient férocement les gouvernements des États-Unis et du Canada. Cette proposition a éventuellement été abandonnée.

« Les documents secrets de la NSA énumèrent tous les points importants à l'ordre du jour au G-20 de Toronto - le développement international, la réforme bancaire, comment contrer le protectionnisme commercial, etc. - et il est indiqué que l'agence d'espionnage des États-Unis s'engage à faire valoir les « objectifs politiques des États-Unis ».

« Quels que soient les objectifs visés par la NSA au sommet de Toronto, les experts en sécurité internationale questionnent la légalité des opérations d'espionnage de la NSA au G20 de Toronto.

« 'Si le CSTC a autorisé la NSA à mener des activités d'espionnage ici, au Canada, contre des Canadiens, activités que le CSTC n'était pas autorisé à mener, alors je n'hésiterais pas à affirmer qu'il s'agit d'une activité illégale de la part du CSTC', a dit Craig Forcese, un expert en sécurité nationale à la faculté de Droit de l'Université d'Ottawa.

« En vertu de la loi, le CSEC ne peut mener sans mandat des activités d'espionnage contre quiconque au Canada, y compris les dirigeants mondiaux et les diplomates étrangers participant à un sommet du G20.

« De surcroît, en vertu d'ententes internationales, l'agence d'espionnage canadienne ne peut demander au NSA de mener ces activités à sa place ou quelqu'activité qui serait illégale pour le CSEC. »

Selon la CBC : « Les documents obtenus par la CBC ne permettent pas de certifier si le CSEC a joué quelque rôle d'espionnage que ce soit au G20 de Toronto.

« Par contre, les notes d'information permettent de conclure que sans la coopération de l'agence, il aurait été impossible d'avoir accès aux systèmes de télécommunication utilisés par les personnes participant au sommet et devenus la cible d'espionnage. »

Les partenaires « Five-Eyes » du Canada

Le reportage de CBC News rappelle le contexte dans lequel le CSTC opère :

« La NSA n'est pas l'unique partenaire du Canada dans le monde de la surveillance clandestine.

« Les deux font partie d'un partenariat multinational auquel participent les organisations soeurs tels le Royaume-Uni, l'Australie et la Nouvelle-Zélande - qu'on nomme les « Five Eyes ».

« Le CSEC a environ 2 000 employés et un budget annuel de près de 450 millions $. Il aménagera bientôt dans un nouveau quartier général à Ottawa laissant aux contribuables une note de plus de 1,2 milliards $, l'édifice en question étant le plus dispendieux que le fédéral ait jamais construit.

« En comparaison, la NSA est l'agence d'espionnage la plus importante aux États-Unis, avec un budget dépassant les 40 milliards $ et avec près de 40 000 employés. Elle construit présentement ce qui pourrait être l'un des ordinateurs les plus grands et les plus puissants au monde.

« Même si le CSEC est beaucoup plus modeste, il est tout de même un outil d'espionnage à la fois impressionnant et sophistiqué. Les agents d'espionnage canadiens sont partie intégrante du partenariat Five Eyes partout dans le monde. »

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Le Brésil et l'Allemagne soumettent une résolution à l'ONU sur le droit à la vie privée à l'ère numérique

Le Brésil et l'Allemagne ont présenté une résolution portant le titre : « Le droit à la vie privée à l'ère numérique »[1] à la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies le jeudi 7 novembre. Cette résolution visait à déterminer le rôle que peut jouer l'ONU pour contrer l'espionnage généralisé au niveau de l'internet et des télécommunications par les États-Unis tel qu'exposé par le dénonciateur Edward Snowden.

Dans sa déclaration à la Troisième Commission en guise d'introduction au projet de résolution, l'ambassadeur brésilien à l'ONU, Antonio de Aguiar Patriota, a dit :

« Les progrès extraordinaires dans le domaine des technologies d'information et des communications ces récentes années nous offre de nouvelles opportunités ainsi que de nouveaux défis vis-à-vis la promotion et la protection des droits de la personne et des libertés fondamentales. Comme l'a affirmé la présidente Dilma Roussef à l'ouverture du débat de l'Assemblée générale cette année, nous sommes devant une situation de graves violations des droits de la personne et des libertés civiles venant de la surveillance généralisée des communications personnelles et de la cueillette de données. Elle a fait valoir qu'en l'absence du droit à la vie privée, il ne pouvait y avoir de véritable liberté d'expression et d'opinion et de véritable démocratie. »

L’ambassadeur allemand à l'ONU, Peter Wittig, a dit à la Troisième Commission :

« Ces derniers mois, des nouvelles d'espionnage généralisé relatif aux communications privées et à la cueillette de données personnelles ont semé la consternation partout dans le monde. Comment faire la part des choses entre les intérêts privés légitimes et le droit individuel à la vie privée ? Et comment garantir que les droits de la personne soient effectivement protégés, en ligne ou pas ? L'Allemagne et le Brésil sont d'avis que la réponse à ces questions d'une grande complexité et d'une grande pertinence a une dimension mondiale. Nous voulons donc mener cette discussion - sur la protection de l'abus de personnes par d'autres personnes et par des gouvernements partout dans le monde - au sein de l'instance internationale la plus pertinente. »

L'intégrité de l'ONU elle-même a été entachée puisque le gouvernement des États-Unis a espionné des diplomates au sein de l'ONU afin d'atteindre ses objectifs.

Un exemple, tel que rapporté dans la publication allemande Der Spiegel et ensuite par la publication française Le Monde, démontre comment, en 2010, Susan Rice, qui était à l'époque ambassadrice des États-Unis à l'ONU, a exprimé sa gratitude envers l'Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA) pour lui avoir fourni de l'information sur comment le gouvernement français s'apprêtait à voter sur une résolution proposant des sanctions contre l'Iran, lui permettant ainsi d'obtenir le résultat qu'elle souhaitait.

L'espionnage à distance est décrit comme un outil aidant à façonner les négociations entre l'ONU et les États-Unis au niveau du Conseil de sécurité. Le NSA cite l'ambassadrice Susan Rice alors qu'elle salue le travail du NSA, travail lui ayant permis de « mieux connaître...la vérité...et qui a révélé leur véritable position sur la question des sanctions...et nous a donné l'avantage dans ces négociations... »[2]

Aussi y a-t-il eu des révélations à l'effet que non seulement les États-Unis ont-ils épié plusieurs autres missions à l'ONU, la mission indienne par exemple, mais ils ont aussi espionné les instances des Nations unies et les activités de son secrétaire général et d'autres.

Après la présentation de la résolution, d'autres pays ont ajouté leur nom pour l'appuyer. Ces pays sont, entre autres, l'Autriche, la Bolivie, la République populaire démocratique de Corée, l'Équateur, l'Indonésie, le Lichtenstein, le Pérou, la Suisse et l'Uruguay. À mesure que la résolution passe par la procédure de la Troisième Commission, d'autres noms peuvent s'ajouter pour l'appuyer.

Le projet de loi « Le droit à la vie privée à l'ère numérique », (A/C.3/68/L.45) réaffirme les nombreux traités et ententes qui interdisent déjà ce type d'abus d'espionnage généralisé auquel ont recours les États-Unis. Parmi ces ententes, il y a la Charte de l'ONU, la Déclaration universelle des droits de la personne, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et la Déclaration et le Programme d'action de Vienne.

La résolution fait valoir que s'il est vrai que les technologies de l'information et des communications habilitent le peuple partout dans le monde, ces technologies rendent plus facile l'espionnage accru par les gouvernements, les compagnies et les individus. La résolution souligne « l'importance de bien respecter la liberté de chercher, de recevoir et de partager l'information », et n'exclut pas « l'importance fondamentale d'avoir accès à l'information et à la participation démocratique ».

Parmi les mécanismes proposés dans la résolution, il y a « la mise en place de mécanismes indépendants nationaux de contrôle permettant d'assurer une transparence et une reddition de compte sur tout espionnage d'État relatif aux communications, à leur interception et à la cueillette de données qui en résulte. »

La résolution demande aussi que le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de la personne soumette un rapport provisoire à la 69e session de l'Assemblée générale ainsi qu'un rapport final à la 70e session sur l'état de la protection du droit à la vie privée dans le contexte d'un « espionnage généralisé, de l'interception et de la cueillette de données personnelles » tel que connu. L'objectif du rapport est d'avancer des points de vue et des recommandations à l'intention des pays membres, leur permettant d' « identifier et de clarifier les principes, les normes et les pratiques les mieux indiqués pour bien traiter des questions de sécurité » telles que soulevées par l'abus généralisé mené au détriment du droit à la vie privée et de la liberté d'expression et d'opinion.

Dans sa déclaration à la Troisième Commission, l'ambassadeur Wittig a invité les autres pays à contribuer à la résolution et à continuer de l'appuyer.

« Nous souhaitons pouvoir travailler de près avec vous sur ce projet de résolution », a-t-il dit. « Aussi je vous invite tous d'endosser cette importante résolution afin que le message soit clair à l'effet que la communauté internationale est prête à prendre en main l'un des défis les plus urgents qui se pose à l'aspect légal du droit de la personne sur le plan international : la protection de la vie privée à l'ère numérique. »

Notes

1. Projet de résolution de l'ONU A/C.3/68/L.45, http ://un.org/ga/search/view_doc.asp ?symbol = A/C.3/68/L45
2. Jacques Follorou : La diplomatie française sur écoute aux États-Unis, le 22 octobre 2013.
http ://www.lemonde.fr/international/article/2013/10/22/la-diplomatie-francaise-sur-écoute-aux-etats-unis_3500717_3210.html

(Traduction: LML)

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