Le Marxiste-Léniniste

Numéro 166 - 15 novembre 2013

Économie politique

La loi de la valeur ajoutée

Tribune des lecteurs
La loi de la valeur ajoutée - K.C. Adams


Économie politique

Tribune des lecteurs

Question d'un lecteur : Souvent dans LML, il est écrit que les travailleurs ne sont pas un coût. Ils produisent plus que la valeur qu'ils reçoivent en salaires.

Les travailleurs ne sont-ils pas un « coût » dans le sens que leur entretien (nouriture, logement, habillement, éducation, etc. ) n'est pas gratuit et doit être payé d'une façon ou d'une autre ?

Merci.

Réponse : Toutes ces choses que le lecteur énumère comme entretien (nouriture, logement, habillement, éducation, etc.) demande du travail pour être produites et ne sont pas gratuites. La vie est travail. LML présente une définition moderne du travail et de l'économie politique qui part d'un point de vue centré sur l'humain plutôt que sur le capital.

Le point de départ de l'analyse est que, dans le monde d'aujourd'hui les êtres humains naissent et vivent en société. La vie est travail et tous les êtres humains doivent travailler pour vivre. Leur travail n'est pas un coût ou un fardeau pour autrui ou pour la société. Il est la base de laquelle la société peut grarantir les besoins de tous, et en retour le travail soutient la société et eux-mêmes et permet la production et la reproduction de la vie dans une spirale sans cesse ascendante d'innovations et de progrès. Alors que la société garantit les droits de tous, le facteur humain/conscience sociale se généralise, et le facteur humain développe en retour la responsabilité et la conscience sociales, et tous travaillent au mieux de leurs capacités.

Le deuxième aspect de l'analyse du LML découle de la loi de la valeur ajoutée. Le lecteur aborde cet aspect lorsqu'il écrit : « Souvent dans LML, il est écrit que les travailleurs ne sont pas un coût. Ils produisent plus que la valeur qu'ils reçoivent en salaires ».

Selon la loi de la valeur ajoutée : quand les êtres humains s'engagent dans un travail productif, la valeur qu'ils produisent est supérieure à la valeur consommée durant le processus de production et transférée à un bien ou un service.

Une portion de la valeur consommée et transférée au produit ou au service pendant le processus de production vient de ce que le lecteur appelle : « leur entretien (nouriture, logement, habillement, éducation, etc. ) ».

Cette « dépréciation » des travailleurs pendant le travail est reproduite et plus dans le processus de production par la valeur que les travailleurs produisent par leur temps de travail. La valeur combinée de la valeur transférée des matières premières et des travailleurs est inférieure à la valeur totale que les travailleurs produisent. Cette différence est la valeur ajoutée. La valeur du produit ou du service mesurée par le temps de travail est la somme de la valeur transférée et de la valeur ajoutée. Ce processus est généralisé dans toute l'économie socialisée à laquelle participent les êtres humains qui vivent en société.

Certains peuvent remettre en cause cette analyse et citer Marx à l'effet que le travail est un coût pour le capital, etc. Ils ont parfaitement raison du point de vue du capital. Karl Marx a développé son analyse du point de vue du capital. C'était la seule façon possible de le faire à l'époque. Il a précisé que son analyse du capital n'était pas développée du point de vue de la classe ouvrière mais de celui des possesseurs du capital. Le capitalisme et la classe ouvrière étaient dans leur forme naissante et ne pouvaient être analysés qu'en opposition au féodalisme et à toutes les autres sociétés pré-capitalistes. C'est la seule manière dont l'analyse pourrait être comprise et développée.

Le système capitaliste a atteint un degré de maturité tel qu'il est agonisant et que même sa plus grande contribution, la révolution scientifique et technologique, s'est retournée contre lui, créant de tels fléaux que la reprise sans création d'emloi, les crises permanentes de la baisse du taux de rendement des investissements forçant pour survivre les monopoles privés à piller le trésor public et s'engager dans la guerre et le pillage étranger.

La classe ouvrière est devenue un prolétariat moderne avec plusieurs décennies d'expérience pour établir son projet d'édification nationale en Union soviétique et ailleurs. La vieille société de la petite production et de la production familiale a été supplantée, presque partout, par le monde moderne de la grande production industrielle dans une économie socialisée par des travailleurs qui vivent en société.

Il faut des définitions modernes. L'économie socialisée peut seulement être analysée en opposition au capitalisme et à toutes les autres sociétés pré-socialistes. La définition moderne de l'économie politique ne viole pas l'analyse de Marx, elle la développe du point de vue de la classe ouvrière arrivée à maturité, le prolétariat moderne, et analyse une économie devenue sociale dans le cadre du capitalisme en désintégration. Elle ouvre la voie au contrôle de l'économie socialisée par les véritables producteurs.

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La loi de la valeur ajoutée

Quand les êtres humains s'engagent dans un travail productif, la valeur qu'ils produisent est supérieure à la valeur consommée durant le processus de production et transférée à un bien ou un service. Telle est la loi de la valeur ajoutée.

La valeur est mesurée par le temps de travail moyen nécessaire à la production d'un bien ou d'un service à un niveau donné des forces productives. La valeur d'un bien ou d'un service est la somme de la valeur ajoutée par le temps de travail, sa valeur ajoutée, plus la valeur précédemment produite consommée au cours du processus de production et transférée à un bien ou un service, sa valeur transférée. La valeur ajoutée plus la valeur transférée nécessaire pour produire un bien ou un service est la valeur du produit mesurée en temps de travail.

Le travail productif est un travail qui produit des biens ou des services que les êtres humains considérent comme ayant une utilité.

La valeur transférée

La valeur transférée consommée au cours du processus de production et transférée aux biens ou aux services est la somme de la valeur des outils, des machines, d'autres intrants matériels, des animaux et de la capacité de travail des travailleurs utilisée dans le processus de production. Cette valeur est appelée valeur transférée, elle vient de la valeur produite précédemment consommée dans la production de biens ou de services.

La valeur transférée n'inclut pas seulement la valeur matérielle ou animale mais également la capacité de travail des êtres humains produite précédemment, Le produit humain est la capacité de travail. Sa valeur est mesurée par le temps de travail moyen nécessaire pour le produire.

La valeur de la capacité de travail produite antérieurement dépensée pendant le temps de travail est sa valeur transférée. La valeur de la capacité de travail produite antérieurement dépensée au cours du temps de travail vivant est équivalente au temps de travail nécessaire pour le produire.

La valeur de la capacité des travailleurs à travailler consommée pendant le processus de production est équivalente au temps de travail moyen nécessaire pour produire la capacité de travail. La valeur transférée de la capacité de travail déjà produite consommée dans le processus de production est égale à une partie du temps de travail individuel et social nécessaire pour nourrir, éduquer, soigner et entretenir l'être humain jusqu'à son décès.

Les travailleurs produisent à nouveau et entièrement la valeur transférée de leur capacité de travail pendant leur temps de travail vivant. Une valeur équivalente est transférée aux biens ou services que les travailleurs produisent. Cette valeur transférée de la capacité de travail, comme toute valeur transférée, ne coûte rien aux détenteurs du capital puisque cette valeur leur revient une fois que les biens ou les services sont réalisés (vendus). Les propriétaires du capital ou l'organisme d'État qui contrôlent la force productive ont l'obligation de restituer pleinement la valeur transférée à leurs vrais propriétaires, qui sont les travailleurs individuels, afin de maintenir au niveau canadien leur capacité de travail, les programmes sociaux et les institutions qui contribuent à nourrir, éduquer, soigner les travailleurs et leurs familles tout au long de leur vie. Ces institutions comprennent en premier lieu le système d'éducation publique et le système de santé public. La valeur transférée incorporée dans les biens ou services produits doit être retournée directement aux institutions publiques concernées. Le montant que chaque institution reçoit devrait être déterminée publiquement en utilisant une formule scientifique moderne. Chaque société privée et publique dans une économie socialisée doit réaliser obligatoirement la partie sociale de la valeur transférée de la capacité de travail des travailleurs qu'elle emploie et la retourner directement aux institutions sociales concernées.

La valeur ajoutée

Le temps de travail nécessaire pour produire la capacité de travail, qui est transférée à des biens ou des services au cours du processus de production, est toujours inférieure à la quantité de temps de travail vivant utilisé dans la production de ces biens ou services. Le temps de travail vivant nécessaire pour produire des biens ou des services moins le temps de travail nécessaire pour produire la capacité de travail et transféré aux biens ou services est la valeur ajoutée contenue dans le produit.

La différence entre la valeur transférée et la valeur totale du bien ou du service produit est la valeur ajoutée. La somme de la valeur transférée et la valeur ajoutée est la valeur totale du bien ou du service produit.

La valeur ajoutée contenue dans le bien ou le service est équivalente au temps de travail moyen des travailleurs engagés dans le processus de production moins la valeur de leur capacité de travail consommée au cours du processus de production et transférée au bien ou service.

L'importance historique de la loi de la valeur ajoutée

La loi de la valeur ajoutée signifie que les êtres humains ont la capacité de développer leurs forces productives d'une manière cohérente. Ce développement de la capacité de production est cependant entravé par le retard des rapports de production dépassés qui n'évoluent pas au même rythme. L'accroissement de la capacité de production tout au long de l'histoire a eu comme résultat une augmentation graduelle de la quantité de biens et de services disponibles à la société.

La disponibilité des biens et des services est liée au temps de travail nécessaire pour les produire. Lorsque le temps de travail nécessaire pour produire une certaine qualité et quantité des biens et de services diminue, leur valeur diminue également. Le temps de travail jusqu'alors nécessaire pour produire une certaine qualité et quantité de biens et de services peut être utilisé dans la production de biens et de services nouveaux ou supplémentaires. Le même temps de travail ou la valeur est désormais exprimée en une plus grande quantité de biens ou de services.

Pour un progrès continu du développement des forces productives, les rapports de production doivent être harmonisés avec les forces productives. L'économie socialisée du monde contemporain demande la socialisation des rapports de production. La classe ouvrière moderne doit être maître de sa destinée, de sa propre politique, de l'économie socialisée et faire progresser la société en harmonisant les rapports de production socialisés et les forces productives existantes et l'économie socialisées.

Deux contradictions principales sont engendrées par le développement des forces productives et l'application de la loi de la valeur ajoutée :

1) Avec l'accroissement de la disponibilité de biens et de services, la société s'est divisée en classes sociales opposées et antagonistes. La société divisée en classes est dominée par une classe dirigeante qui a pris le contrôle de l'économie et établi un État qui sert ses objectifs. L'élite dirigeante exploite les véritables producteurs de différentes façons en s'emparant d'une partie ou de la totalité de la valeur ajoutée qu'ils produisent. Les véritables producteurs de biens et services perdent le contrôle de la valeur ajoutée qu'ils produisent par leur travail. Dans la situation actuelle, les producteurs réels, la classe ouvrière, non seulement ne contrôlent pas la valeur ajoutée qu'ils produisent, mais également n'ont aucun contrôle sur les forces productives avec lesquelles ils travaillent.

2) Les rapports de production retardent sans cesse sur le développement des forces productives. Aujourd'hui, cela se traduit par des forces de production industrielle de masse complètement sociales et interdépendantes à l'échelle du pays et même au niveau mondial qui sont encore détenues et contrôlées par des groupes privés concurrents qui ont peu de liens avec la production réelle de biens et de services, notamment leur utilité. L'élite dirigeante capitaliste dicte ce que les véritables producteurs doivent produire pour satisfaire les besoins pour la valeur ajoutée des détenteurs du capital et de leur État capitaliste. La demande pour de plus en plus de valeur ajoutée conduit à des crises et des conflits constants. L'élite dirigeante capitaliste ne tient aucun compte des besoins des producteurs réels, de l'économie socialisée et des intérêts généraux de la société. Elle ne se préoccupe que de ses propres intérêts privés.

La résolution de ces deux contradictions par la lutte de classe et leur réapparition sous de nouvelles formes avec un nouverau contenu ont été la force motrice de l'histoire. L'histoire a maintenant présenté aux véritables producteurs, la classe ouvrière, la possibilité de résoudre ces contradictions engendrées par la loi de la valeur ajoutée. La classe ouvrière a la capacité de maîtriser la loi de la valeur ajoutée.

La classe capitaliste dirigeante fait face à une situation insurmontable. La loi de la valeur ajoutée s'est retournée contre le système capitaliste et jouie un rôle destructeur. La classe capitaliste a perdu la capacité d'utiliser la loi de la valeur ajoutée à son avantage sans provoquer des crises économiques, des conflits dangereux, même des guerres entre les groupes opposés de propriétaires du capital et une insécurité croissante pour les producteurs réels.

Le développement des forces productives en ce moment, ou de ce qui est appelé la productivité, se traduit de plus en plus pour les propriétaires du capital par une crise de baisse du taux de rendement des investissements. Cette crise force la classe dirigeante à attaquer les forces productives, en particulier les producteurs réels, et le processus de production lui-même, aggravant la crise économique et politique qui frappe durement le peuple, détruit les moyens de production et accroît les dangers de guerre, y compris d'une guerre civile réactionnaire entre les groupes opposés de propriétaires du capital et leurs représentants politiques.

La science et la technologie

La science et la technologie appliquées à la production ont été la plus grande contribution de la révolution bourgeoise. Le renversement des rapports de production féodaux archaïques a libéré les forces productives qui ont connu un développement rapide sans précédent. Cette expansion des forces productives se continue dans les pays capitalistes en développement qui ont réussi à défendre leurs États contre l'invasion et l'étouffement de l'impérialisme américain et d'autres puissances agressives. La rapidité du développement des moyens de production, du passage de la petite production à la production industrielle de masse, a entraîné une exacerbation correspondante de la contradiction entre le développement rapide des forces productives devenues sociales et les rapports de production ancrés dans la propriété privée et sous le contrôle de parties opposées de l'économie. Cette contradiction montre la nécessité de la transformation des rapports de production pour les harmoniser avec les moyens de production socialisés.

Dans les pays capitalistes développés, la bourgeoisie a perdu le contrôle de la science et de la technologie, devenues un facteur de crises et de guerre au lieu de contribuer au progrès au progrès de l'humanité. C'est ce que montre des fléaux comme la sévérité et la durée croissantes des crises économiques, la reprise sans emploi, qui entraîne le gaspillage de la capacité de travail, le chômage de masse permanent et la perte de l'immense potentiel de valeur ajoutée, la destruction répétée des moyens de production, le gaspillage des ressources qui sont consacrées à la guerre et aux préparatifs de guerre, la pollution dangereuse de l'environnement naturel et la politisation éhontée et ouverte des intérêts privés des monopoles les plus puissants, qui utilisent sans restriction la machine d'État pour attaquer la classe ouvrière et piller la richesse commune de l'État capitaliste. Les contradictions non résolues montrent une classe dirigeante que la classe ouvrière doit remplacer par une révolution consciente, planifiée et organisée.

Rejeter les réclamations de l'élite capitaliste dominante à la
valeur ajoutée que la classe ouvrière produit

Dans le système capitaliste, le profit des détenteurs du capital et les impôts que perçoit l'État capitaliste proviennent de la valeur ajoutée produite par la classe ouvrière. Les détenteurs du capital et l'État luttent continuellement contre les producteurs réels pour agrandir leur part de la valeur ajoutée au détriment de celle que revendique la classe ouvrière pour sa capacité de travail. La réclamation de la classe ouvrière à la valeur qu'elle produit varie constamment selon la force de la lutte de classe.

L'objectif de la classe ouvrière est d'éliminer les réclamations des propriétaires du capital et de l'État capitaliste à la valeur ajoutée que produisent les travailleurs. La voie vers l'émancipation de la classe ouvrière commence par l'élimination des réclamations des propriétaires du capital et de l'État capitaliste à la totalité de la valeur que produisent les travailleurs. Cela permettra l'harmonisation de nouveaux rapports de production avec l'économie socialisée, le début du contrôle sur les forces productives par les véritables producteurs et le contrôle de toute la valeur qu'ils produisent dans l'économie socialisée.

Le premier point à l'ordre du jour de la classe ouvrière est de créer son propre projet d'édification nationale et ses formes sociales de gouvernement pour garantir les droits de tous. Ce mouvement pour le nouveau doit démarrer maintenant dans les conditions de l'ancien. Cette lutte pour de nouvelles formes sociales et un projet d'édification nationale de la classe ouvrière donneront aux travailleurs la compréhension subjective et la force organisationnelle, spirituelle et collective de priver les propriétaires du capital et le système impérialiste d'États de leur pouvoir de priver la classe ouvrière de son contrôle de la totalité de la valeur ajoutée et de sa réclamation à cette valeur et de son contrôle des forces productives sociales qui appartiennent de plein droit aux véritables producteurs.

De nouvelles formes sociales harmonisées avec les conditions objectives actuelles et un projet d'édification nationale de la classe ouvrière ébranleront le vieux monde jusque dans ses fondements. Cela ouvrira une voie nouvelle pour libérer l'humanité socialisée en unissant les producteurs conscients pour qu'ils exercent un contrôle sur la loi de la valeur ajoutée et leur économie socialisée et fassent leur propre histoire.

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