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Numéro 163 - 8
novembre 2013
Le chantage d'Alcoa et des autres
monopoles de l'aluminium
Le défi qui se pose pour le
Québec
Le
chantage d'Alcoa et des autres monopoles de l'aluminium
• Le défi qui se pose pour le
Québec
• La nature plus que discutable des
données fournies par Alcoa - Normand Fournier
• Les surplus d'hydroélectricité
au Québec
À titre
d'information
• La Commission sur les enjeux
énergétiques du Québec
Le chantage d'Alcoa et des autres
monopoles de l'aluminium
Le défi qui se pose pour le Québec
La société québécoise, et
c'est le cas de beaucoup d'autres dans le monde et notamment aux
États-Unis, est prise à partie en ce moment par le
chantage disgracieux exercé par le monopole américain de
l'aluminium Alcoa qui menace de fermer ses trois usines au
Québec si le gouvernement québécois n'abaisse pas
ses tarifs d'électricité. Rio Tinto Alcan, qui
possède d'incroyables avantages hydroélectriques en
étant lui-même producteur de presque toute
l'hydro-électricité dont elle a besoin au Québec,
menace aussi de fermer des usines ou d'abandonner des projets
d'expansion si ses tarifs d'hydro ne sont pas diminués.
Alcoa a envoyé un préavis à
Hydro-Québec le 29 octobre l'informant de son intention de
mettre fin à son contrat d'approvisionnement de 350
mégawatts à compter du 1er novembre 2014 si ses
tarifs d'électricité ne sont pas revus à la
baisse. Le monopole menace de freiner sa consommation
d'électricité à l'automne 2014 (sans encourir
de pénalité d'Hydro-Québec puisqu'elle donne un
préavis) et de mettre la clé dans ses alumineries de
Baie-Comeau sur la Côte Nord, de Bécancour près de
Trois-Rivières et de Deschambault dans la région de la
capitale nationale. Les trois alumineries emploient au total plus de
3000 travailleurs et sont reliées à des milliers
d'emplois indirects. « Ça fait partie de nos
obligations contractuelles d'aviser 12 mois à l'avance. Une
usine, ça ne se ferme pas en une nuit », dixit Lysane
Martel, porte-parole d'Alcoa Canada.
Chantier politique considère
comme
un
geste
très
hostile qu'un monopole comme Alcoa,
étranger de surcroît, menace nos travailleurs et nos
communautés et demande à faire la loi au Québec.
Selon Alcoa, la perspective d'une fermeture et les pressions qu'elle
exerce sur la société sont une décision interne
d'affaires qui ne regarde qu'elle. Alcoa fait d'ailleurs la même
chose partout où elle opère et jamais le peuple
n'acceptera cette logique, ni au Québec ni ailleurs. Aux
États-Unis, Alcoa menace de fermer plusieurs alumineries
si elle n'obtient pas les contrats d'énergie électrique
qu'elle veut. Alcoa doit être mise à sa place et cesser de
créer encore plus d'angoisse et d'incertitude dans les
régions qui souffrent déjà de la destruction du
secteur manufacturier et d'être largement devenues des
régions mono-industrielles très fragiles
économiquement.
Très irresponsables à ce titre sont les
propos des libéraux et des caquistes qui, au lieu de calmer le
jeu et remettre Alcoa à sa place, tentent de créer un
climat de crise en blâmant le gouvernement du Parti
Québécois. Ils disent que le PQ sabote l'économie
et demandent pratiquement la tête de la ministre des Ressources
naturelles Martine Ouellet.
Quelques faits
Alcoa crée l'impression qu'elle est victime d'une
espèce de coup, d'une augmentation subite des tarifs
d'électricité. En fait, ce qui va se passer en
2015 résulte d'une entente conclue en 2008 entre le
gouvernement québécois de l'époque, le
gouvernement Charest, et Alcoa.
En vertu de cette entente, les contrats existants
d'approvisionnement en électricité aux trois usines
d'Alcoa étaient renouvelés à leur expiration en
2015 jusqu'en 2040 au tarif L (tarif grande puissance
accordé aux entreprises grandes consommatrices
d'électricité). Les contrats existants étaient des
contrats de risque partagé où le prix de l'hydro vendu
par Hydro-Québec changeait en vertu des prix de l'aluminium sur
le marché. Les prix de l'aluminium sur les marchés
mondiaux étant très élevés à ce
moment-là, Alcoa payait plus cher et c'était dans son
intérêt de sécuriser ses approvisionnements en
passant au tarif L. Les conditions des ententes de risque
partagé étaient secrètes et les experts estiment
qu'Alcoa paie probablement ses tarifs aujourd'hui à environ
3 cents le kilowattheure (kWh) alors que le tarif L se situe
à 4,4 cents le kWh. Le tarif L est bien en
deçà de ce qu'il en coûte pour produire
l'hydroélectricité. L'entente de
2008 prévoyait aussi qu'Alcoa moderniserait son usine de
Baie-Comeau et lui accorderait un bloc additionnel de 175MW au tarif L.
L'entente octroyait à Alcoa une garantie de prêt de
228 millions $, sans intérêt pendant 30 ans.
Alcoa aujourd'hui ne reconnaît plus cette entente
qu'elle a signée et menace de fermer ses installations pour
forcer la main au gouvernement. Elle invoque les bas prix de
l'aluminium sur les marchés mondiaux et la possibilité
qu'elle dit avoir d'obtenir des tarifs d'électricité
beaucoup bas dans d'autres pays et notamment aux États-Unis.
Le défi pour le Québec
Ce qu'Alcoa exige du peuple et du gouvernement du
Québec, c'est qu'ils soient à la merci de l'anarchie et
du chaos qui règnent sur les marchés mondiaux et dans le
système économique actuel, une anarchie et un chaos
où les monopoles sont eux-mêmes des joueurs actifs avec
toutes leurs manigances, leurs restructurations, leurs aventures,
où ils s'entretuent les uns les autres et disloquent les
conditions de vie et de travail des travailleurs et des populations.
Ils veulent que les ententes conclues soient continuellement
renégociables pour qu'ils ne soient jamais perdants et que
l'État, les travailleurs, l'économie et le peuple du
Québec assument toutes les pertes.
Pourquoi le peuple du Québec devrait-il accepter
de baser son développement et son avenir sur des choses sur
lesquelles il n'a aucun contrôle et qui s'expriment avec violence
par des bouleversements dans nos vies et des atteintes à notre
bien-être ?
Manifestation
à Alma le 31 mars 2012 contre le lock-out de Rio Tinto
Est-ce qu'un développement économique
basé sur les ressources et l'attraction des monopoles du secteur
des ressources avec entre autres l'offre à perte de
l'hydroélectricité a réussi à créer
une économie qui subvient à ses besoins, qui est
diversifiée et intégrée dans ses secteurs divers,
où le secteur des ressources stimule l'industrie
manufacturière et est au centre de la création de
communautés vibrantes avec des programmes et services sociaux
qui satisfont aux besoins de la population ? C'est le contraire
qui se produit. On le voit entre autres dans les conditions
économiques de régions comme la Côte-Nord et le
Centre-du-Québec qui se rétrécissent comme une
peau de chagrin.
En nous opposant au chantage d'Alcoa, c'est ce
développement que nous avons en tête où les
travailleurs et les communautés ont voix au chapitre sur leur
développement et reçoivent tout l'appui de gouvernements
qui se tiennent debout devant les monopoles et établissent des
conditions à l'exercice de leurs activités pour
défendre l'intérêt public.
(Tiré de
Chantier politique)

La nature plus que discutable des
données fournies par Alcoa
- Normand Fournier -
L'annonce par Alcoa de la
fermeture éventuelle de
ses trois installations au Québec si le gouvernement Marois ne
réduit pas sa facture d'énergie hydroélectrique a
créé un choc dans la population du
Centre-Sud-du-Québec et de la Côte-Nord. Mais regardons de
plus près les affirmations et les motifs avancés par
Alcoa.
Alcoa est le
troisième producteur d'aluminium mondial en importance
derrière Rio Tinto Alcan et Rusal. Son chiffre d'affaires est de
26,9 milliards $. Il est la seule aluminerie du Québec
à acheter 100 % de son énergie
hydroélectrique d'Hydro-Québec. L'énergie
représente 25 à 30 % du coût de
production de l'aluminium, selon le niveau d'efficacité
énergétique de l'usine. L'énergie
hydroélectrique produite au Québec est une énergie
verte, en opposition à celle produite par le charbon et le
pétrole ou le gaz. Pour produire de l'aluminium, ça prend
de la main-d'oeuvre, de la bauxite et de l'électricité.
Le gouvernement du Québec offre son
hydroélectricité aux alumineries à 4,25 cents
du kWh. Le prix de l'hydroélectricité du bloc patrimonial
est de 2,79 cents du kWh.
Alcoa nous dit que le prix de l'énergie
hydroélectrique qu'elle paie au Québec est trop
élevé et qu'une de ses entreprises affiliées aux
États-Unis paie 2 cents le kWh.
Ce que Alcoa ne nous dit pas, c'est que cette entreprise
affiliée à Alcoa n'est pas une aluminerie. On ne nous dit
pas quelle est la quantité d'énergie nécessaire et
qui doit être fournie pour opérer cette entreprise. On ne
nous dit pas à quel moment de la journée cette
énergie est livrée à l'entreprise. On ne nous dit
pas quelle est la source de cette énergie et sa provenance. En
définitive, Alcoa ne nous donne aucune information sur les
autres conditions de ce contrat de vente d'énergie à
2 cents le kWh.
Alcoa nous dit que le passage du tarif
« à risque partagé » (moins de
3 cents le kWh), qui prend fin en 2015, au tarif L, va la faire
passer du premier quartile au quatrième quartile des alumineries
dont les coûts sont les plus dispendieux à
l'échelle mondiale. Alcoa ne nous dit pas que le tarif L de
4,43 cents le kWh est seulement l'aspect du prix de
l'énergie et non
pas de ses revenus, de sa productivité ou de ses profits.
D'ailleurs aucun chiffre ne nous est fourni pour connaître et
évaluer les variations du prix de l'énergie dans et entre
chacun des 4 quartiles.
Alcoa nous dit que le tarif L va augmenter durant le
contrat signé pour la période 2015-2040, pour rejoindre
dans le futur le tarif domiciliaire. Ce que nous cache Alcoa, c'est que
le tarif L actuel est de 4,43 cents le kWh et qu'il va augmenter
à 4,44 cents le kWh sur 25 ans, selon l'entente
signée en 2008 avec le gouvernement Charest. Une
augmentation de 0,01 % (un centième de cent). Si la
dernière demande d'Hydro-Québec est acceptée par
la Régie de l'énergie du Québec, le tarif L
augmentera à 4,46 cents le kWh.
L'Association québécoise des consommateurs
industriels d'énergie (AQCIE) utilise le même
procédé. Dans son mémoire présenté
à la Commission sur l'avenir énergétique du
Québec en septembre dernier, elle donnait l'exemple
suivant : une entreprise québécoise qui a des usines
au Québec et aux États-Unis mais qui n'est pas une
aluminerie paie son électricité moins cher dans
l'État de New York, soit 4,33 cents le kWh, et au
Québec 4,34 cents le kWh. » Là encore une
différence de 0,01 cent. Mais toujours la même
absence de données sur la nature et le contenu du contrat
signé par cette entreprise non productrice d'aluminium. Dans ces
deux cas, Alcoa et l'AQCIE comparent des pommes avec des oranges.
Alcoa nous dit que si le gouvernement du Québec
n'abaisse pas ses tarifs d'énergie hydroélectrique,
qu'elle
ne renouvelle pas le contrat à risque partagé, ses
alumineries et ses installations ne seront plus compétitives
à l'échelle mondiale. Pour nous en convaincre, elle nous
présente des pourcentages d'augmentation de 60 % pour
l'énergie qu'elle achète d'Hydro-Québec.
Alcoa ne nous dit pas qu'elle est partenaire dans
certaines de ces nouvelles alumineries qui sont en construction
à l'étranger, que la compétition qu'elle dit
« devoir affronter en provenance de pays
étrangers », elle se l'est créée
elle-même. Concernant toutes ces nouvelles alumineries, Alcoa ne
nous fournit encore aucune donnée. Quelles sont leur
capacité de production ? Dans quels pays sont-elles
établies ? Pour celles en construction, quand seront-elles
terminées et mises en production ? Quel est le prix de
l'énergie électrique offert à ces
entreprises ? À quelles conditions ? Tout au plus, on
nous parle du Moyen-Orient et de tarif entre 2 et 3 cents le
kWh, pour de l'électricité produite par des centrales
thermiques.
Alcoa attire notre attention
sur le prix de l'énergie. Mais elle ne parle pas des avantages
d'avoir des installations établies au Québec. Elle ne
parle jamais dans ses documents publics du haut niveau de production de
ses usines au Québec. De la grande productivité et de la
haute qualification de la main-d'oeuvre québécoise qui
travaille dans ses installations et de la proximité des
marchés. Aucun comparatif ne nous est fourni pour évaluer
les différences de productivité entre la main-d'oeuvre
des pays étrangers et celle du Québec. De plus, le
Québec offre à Alcoa une stabilité et une
sécurité avec des institutions solides. N'oublions pas
non plus que seulement avec l'entente à risque partagé
signée en 2008, sous le gouvernement Charest,
Hydro-Québec a perdu 2,7 milliards $.
Alcoa possède les gisements de bauxite
nécessaires à la production de l'aluminium. Elle ne nous
donne aucune donnée sur le coût de cette matière
première ainsi que sur le prix auquel elle vend la bauxite
à ses alumineries. En augmentant le prix de cette matière
première, Alcoa peut facilement réduire ses profits et
nous faire croire qu'elle est peu ou pas rentable. Alcoa est rentable
même dans les conditions d'un marché où le prix de
l'aluminium est passé de 3300 $ la tonne à environ
1850 $. Elle a fait au cours des derniers douze mois un
bénéfice de 220 millions $ dans ses
21 alumineries situées dans huit pays à travers le
monde.
Une autre chose dont ne nous parle pas Alcoa, c'est la
manipulation des prix de l'aluminium sur le marché international
par les grandes alumineries canadiennes, russes et de l'Argentine. La
Chine, le plus important producteur d'aluminium au monde, ne produit
que pour ses propres besoins (la production de la Chine a
été écartée des calculs
présentés par Alcoa, Rio Tinto Alcan et Aluminerie
Alouette).
Les trois alumineries d'Alcoa au Québec, soit
Baie-Comeau, Deschambault et Bécancour (ABI), ont une valeur
estimée à 5-6 milliards $. Quelle entreprise
peut se priver d'une capacité de production de 970 000 tonnes
d'aluminium (lingots-T, plaques, billettes et tiges) ?
(Tiré de
Chantier politique)

Les surplus d'hydroélectricité au
Québec
On parle avec insistance en ce moment au Québec
des surplus d'électricité d'Hydro-Québec. Il est
dit que le Québec, par sa société d'État
Hydro-Québec, aura des surplus d'électricité
jusqu'en 2027. Examinons un peu la question.
La production d'électricité au
Québec.
Il y a deux sources de production d'énergie
électrique au Québec.
1. La société d'État
Hydro-Québec.
2. La production provenant de sources privées : les grandes
alumineries (barrages de Rio Tinto Alcan), les entreprises
forestières (Résolu, Norampak, Domtar, Tembec), par
barrages ou à partir de la biomasse, celle des parcs
éoliens et des mini-centrales hydroélectriques.
Il y a aussi l'usine thermique de
Bécancour, propriété de TransCanada à qui
Hydro-Québec paie annuellement 150 millions $ pour qu'elle
ne produise pas d'électricité.
Par des ententes secrètes entre le gouvernement
du Québec et les producteurs privés, Hydro-Québec
doit acheter la production d'électricité des parcs
éoliens, des centrales à biomasse, ainsi que
l'énergie hydroélectrique des mini-centrales, plus
l'énergie hydroélectrique non consommée (surplus)
par les alumineries de Rio Tinto Alcan.
Chez Hydro-Québec, l'électricité
est produite par un immense réseau de barrages
hydroélectriques, réparti à la grandeur du
Québec (Baie James, Terre-Neuve-Labrador et sur la
Côte-Nord). En commission parlementaire au début de 2013,
le président-directeur général
d'Hydro-Québec chiffrait les surplus d'électricité
à 21,4 milliards de kilowattheure (kWh). Selon les
données les plus récentes d'Hydro-Québec
Distribution (HQD), les surplus atteindraient les 100 milliards de kWh
sur la période de 2013-2020. Ceci sans prendre en compte
l'impact des 800 mégawatts (MW) de capacité
éolienne, octroyés récemment par le gouvernement
Marois.
D'où proviennent les surplus
d'électricité ?
D'abord, les surplus d'énergie électrique
du Québec proviennent de la mise en exploitation par
Hydro-Québec de grands complexes hydroélectriques
(Tounulstouk, La Romaine, Eastmain 1-A-Rupert-Sarcelle). Vient ensuite
la production des minicentrales hydroélectriques et des parcs
éoliens. Ils proviennent aussi du prix élevé de
l'hydroélectricité québécoise par rapport
au tarif à la baisse du marché de l'énergie (gaz
de schiste) en Amérique du Nord et des débouchés
à l'exportation plus restreints (E-U). Tout cela se fait avec
comme toile de fond la baisse de la demande locale étant
donné la destruction du secteur manufacturier
québécois, qui s'est aggravée avec la crise
économique de 2008-2009 et qui perdure encore.
L'augmentation de l'efficacité
énergétique chez les grands consommateurs
d'électricité a contribué à la croissance
du surplus. De plus en 2012, le gouvernement Charest a
« dégelé » le bloc patrimonial de
165 tétrawatts heure (TWh) qui assurait un prix de
2,79 cents du kWh aux consommateurs résidentiels
québécois.
Dans le cadre de l'existence de ces immenses surplus
d'énergie hydroélectrique, les consommateurs industriels
d'électricité (alumineries, papetières,
entreprises minières, etc.) ont intensifié leur demandes
au gouvernement Marois de réduire les prix de l'énergie
de 30 %. Le tarif L (tarif préférentiel des
entreprises grandes consommatrices d'électricité) est de
4,4 cents le kilowattheure, il passerait à environ
3 cents si les grandes entreprises obtiennent ce qu'elles veulent
alors qu'Hydro-Québec achète l'énergie
éolienne privée à 10 cents et plus. Les grandes
entreprises demandent aussi au gouvernement de hausser le prix
patrimonial de l'énergie électrique au niveau du prix du
marché, soit à 7 cents le kWh. C'est une hausse
approximative de 140 %. En plus, elles demandent au gouvernement
de modifier les pouvoirs de la Régie de l'énergie.
Au même moment, Hydro-Québec demande
à la Régie de l'énergie l'autorisation de hausser
ses tarifs domiciliaires de 5,8 %. La société
d'État veut faire passer son taux de rendement annuel de
6,4 % à 9,2 %. Cette demande est la plus forte hausse
des 20 dernières années réclamée par
Hydro-Québec. La clientèle résidentielle
d'Hydro-Québec verrait sa facture d'électricité
grimper de 5,8 % environ si la Régie de l'énergie
accorde l'augmentation demandée, alors que les 9 alumineries du
Québec coûtent au bas mot 2,5 milliards $ par
année en tarif préférentiel
d'électricité, donc en fonds publics, selon l'Institut
économique de Montréal.

À titre d'information
La Commission sur les enjeux
énergétiques du Québec
Du 4 au 11 octobre, la Commission sur les
enjeux énergétiques du Québec, établie par
le gouvernement du Parti Québécois, a tenu des audiences
publiques à la grandeur du Québec. Le but de la
Commission, selon la ministre des Ressources naturelles Martine
Ouellet, est d'amorcer une réflexion citoyenne sur les
principaux enjeux énergétiques du Québec
permettant au gouvernement de présenter une nouvelle politique
énergétique en 2014.
Le mandat de la Commission est :
« - de dresser un tableau fidèle de
l'approvisionnement, de la production, de la mise en valeur et de la
consommation des différentes formes d'énergie ;
- d'effectuer une analyse des enjeux qui y sont associés en
tenant compte, notamment, des expériences à
l'extérieur du Québec ;
- de mener une vaste consultation dans toutes les régions du
Québec auprès des personnes et des organismes qui
souhaitent intervenir sur les questions relatives à
l'énergie dont celles liées à
l'accessibilité des différentes formes d'énergie,
la fiabilité des approvisionnements, l'acceptabilité
sociale et les impacts environnementaux de l'exploitation, du
transport, et de la distribution des ressources
énergétiques requises par les citoyens et les entreprises
québécoises ;
- de produire un rapport de consultation pour le gouvernement, lequel
devra contenir des recommandations visant à définir des
orientations en matière énergétique conformes aux
principes de développement durable, aux valeurs et à
l'identité de la société québécoise.
Ces recommandations devront permettre de répondre aux enjeux
liés aux changements climatiques, à la
sécurité énergétique, à
l'équité sociale et à l'atténuation des
impacts environnementaux locaux tout en soutenant la
prospérité et la qualité de vie auxquelles
aspirent les Québécois. »
La Commission a deux co-présidents, Normand
Mousseau et Roger Lanoue. M. Mousseau est professeur de physique et
titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique
numérique des matériaux complexes à
l'Université de Montréal. Pour sa part, M. Lanoue est un
expert en planification stratégique en énergie et en
accessibilité d'eau potable auprès de groupes
industriels, associatifs et universitaires à l'échelle
internationale. Il a travaillé pour Hydro-Québec de
1991 à 2004.
Dans sa présentation, la ministre des Ressources
naturelles a mis l'accent sur les éléments
suivants : la lutte aux changements climatiques, l'augmentation du
prix du pétrole, les bouleversements associés à
l'exploitation des hydrocarbures non traditionnels.
Elle a fait valoir que le Québec est un important
producteur d'énergie, presque la moitié de sa
consommation énergétique est de source renouvelable, ce
qui est unique dans le monde. Malgré tout, le Québec doit
importer l'entièreté du pétrole et du gaz naturel
qu'il consomme, ce qui représente 53 % de son assiette
énergétique. Le Québec, a-t-elle dit, a entrepris
de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Il doit diminuer sa consommation d'hydrocarbures fossiles au moyen de
programmes d'efficacité énergétique et de
transfert vers des énergies renouvelables,
particulièrement dans le secteur des transports.
Si la direction à prendre est claire, a dit la
ministre, il reste à retenir l'approche pour atteindre ces
cibles. Elle a soulevé une série de problèmes
à résoudre. Comment utiliser les importants surplus
d'énergies renouvelables dont dispose le Québec ?
Comment réussir l'électrification des transports ?
Quelle approche retenir devant la possibilité que le sous-sol
québécois recèle d'importantes réserves de
pétrole ?
La ministre Ouellet demande aux Québécois
de faire connaître leur vision relative à l'avenir
énergétique du Québec, pour définir la
nouvelle vision du Québec en matière d'énergie. Le
gouvernement s'engage à déposer en 2014, une toute
nouvelle politique énergétique pour le Québec.
Les objectifs stratégiques de la future politique
énergétique québécoise seront de six selon
la ministre.
1- Réduire les émissions de gaz à
effet de serre ;
2- Utiliser les surplus d'électricité pour accentuer
l'électrification des transports et développer
l'industrie ;
3- Favoriser l'efficacité énergétique dans tous
les secteurs et pour toutes les sources d'énergie pour le
développement des régions ;
4- Miser sur la production d'énergies renouvelables
(hydroélectricité et éolien) et développer
les énergies renouvelables émergentes (hydrolienne,
solaire passif, géothermique, etc.) en favorisant le
développement et l'innovation ;
5- Explorer et exploiter de façon responsable les
réserves d'hydrocarbures du territoire et valoriser cette
ressource afin d'enrichir tous les Québécois ;
6- Assurer à long terme la sécurité et la
diversité des approvisionnements énergétiques du
Québec
La ministre Ouellet a soumis quelques pistes d'actions.
1- Faire de l'efficacité
énergétique et du levier de l'énergie propre deux
piliers du développement économique du Québec;
2- Réduire une part importante de la consommation
d'hydrocarbures au profit de la consommation
d'électricité en misant sur l'électrification des
transports tant collectifs qu'individuels, ce qui positionnerait le
Québec à l'avant-garde à l'échelle mondiale;
3- Planifier l'aménagement du territoire en intégrant les
considérations énergétiques comme valeurs
centrales.
Pour la tenue de la Commission sur les enjeux
énergétiques du Québec et faciliter la
participation des organismes et des citoyens, un document de
consultation et un guide de réflexion ont été mis
à leur disposition. La proposition gouvernementale était
contenue dans un document de 94 pages.
La Commission a reçu 259 mémoires
d'organismes et 105 mémoires provenant de citoyens. La
majorité des grandes entreprises consommatrices
d'électricité ont déposé un mémoire.
En voici un aperçu : Hydro-Québec, Rio Tinto Alcan,
Alcoa, Alouette, l'Association québécoise des
consommateurs industriels d'électricité
(52 membres), l'Association de l'Aluminium du Canada, Agropur,
Saputo, STM, ArcelorMittal, Suncor, UPA, etc.

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