Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 157 - 28 octobre 2013

Opposition à l'offensive antisociale

Disons Non! à la dictature Harper au
Congrès politique du Parti conservateur!

Opposition à l'offensive antisociale
Disons Non! à la dictature Harper au Congrès politique du Parti conservateur!
Les résolutions au congrès des conservateurs poursuivent la guerre déclarée contre les travailleurs et leurs organisations - Peggy Morton

Le faux débat entre la sécurité du transport du pétrole par pipeline ou par train
C'est la responsabilité du gouvernement de garantir le transport sécuritaire du pétrole - Entrevue avec Roland Lefort, Unifor, section locale 707-A, représentant les travailleurs des sables bitumineux à Fort McMurray en Alberta

Contre la militarisation de la vie et de l'économie
L'exemple du nouveau chantier naval d'Irving à Halifax - Nathan J. Freeman


Opposition à l'offensive antisociale

Disons Non! à la dictature Harper au
Congrès politique du Parti conservateur!

Le 16 octobre dernier, le Gouverneur général a livré son discours du Trône au nom du gouvernement Harper lors de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire. Le gouvernement Harper a voulu démontrer qu'il est « favorable au consommateur ». Le problème est qu'il ne trouve pas acheteur pour son programme de destruction nationale antisocial, antiouvier, proguerre et pro-annexion.

Le momentum se développe à Calgary, à l'échelle de l'Alberta et dans tout le Canada pour que lorsque les conservateurs vont se réunir à leur Congrès national du 31 octobre au 2 novembre prochains, les Canadiens feront savoir à Harper et à ses acolytes ce qu'ils pensent de leur programme de destruction nationale. Dès que les délégués commenceront à s'inscrire au Stampede Park le 31 octobre, et jusqu'à la conclusion du congrès, des actions et des événements seront organisés en opposition à l'ordre du jour antisocial de Harper.

Les actions vont débuter avec un piquetage et un rassemblement le 31 octobre qui vont donner le ton en exprimant un Non ! ferme à la dictature Harper. Le piquetage débute à 14 heures devant le Stampede Park. Dans un tract émis pour l'occasion par les Calgariens contre la dictature Harper, l'appel est lancé à tous d'apporter leurs bannières et leurs revendications pour bien faire savoir au gouvernement Harper ce qu'ils pensent de son plan d'action antisocial. Le message du tract est on ne peut plus clair :

Non à l'offensive néolibérale, antiouvrière et antisociale!
Non à la participation du Canada à des guerres d'agression!
Notre avenir est dans la lutte pour les droits de tous!

On y lit : « Les Conservateurs prétendent que ce congrès est une occasion pour les participants d'avoir un mot à dire sur l'avenir du Canada alors qu'ils se préparent pour les élections de 2015. Les propositions préparatoires au congrès révèlent que l'ordre du jour de ce gouvernement va être de continuer d'attaquer les droits, le moyen de subsistance et l'avenir des Canadiens, et ce, sur tous les fronts.

« Les Canadiens ne laisseront pas cette clique de saboteurs continuer de porter atteinte à l'environnement social et naturel, notamment en intensifiant le pillage des ressources de l'Alberta, à détruire l'environnement et à déposséder les Premières Nations.

« Les Canadiens s'opposent aux manigances antidémocratiques, à la suspension à répétition du parlement, au microciblage et aux appels robotisés, aux projets de loi antiouvriers et aux attaques contre les salaires, les syndicats et les travailleurs migrants. Ils s'opposent au musèlement des scientifiques et au retrait du financement des programmes sociaux et des organisations sociales qui ne sont pas au service de l'ordre du jour destructeur de Harper. Les Calgariens contre la dictature Harper s'opposent à la déréglementation du transport et des protections environnementales, à la privatisation d'à peu près tout ce qui existe, santé, éducation, services gouvernementaux, pour ne pas parler du gouvernement lui-même. Nous nous opposons au bellicisme et au refus de reconnaître les droits ancestraux des Premières Nations de même qu'aux attaques contre le Québec.


Des travailleurs des postes en lockout manifestent devant le bureau de comté (Calgary Southwest) de Harper en juin 2011.

« C'est le peuple qui a le droit de prendre des décisions sur tout ce qui le touche et sur l'avenir du Canada, et non la dictature Harper. Tous ensemble, affirmons ce droit !

« Harper et sa bande de saboteurs considèrent Calgary comme étant leur territoire. Montrons-leur ce qui les attend aux prochaines élections ! »

Les événements vont se poursuivre tout au long de la fin de semaine. Le 1er novembre, un Teach-in se tient de 19 à 22 heures à la librairie Castell. Le 2 novembre, de 11 h 30 à 13 h 30, l'Alliance de la fonction publique du Canada organise à son tour un rassemblement devant Stampede Park suivi d'un BBQ. Dans son appel au rassemblement, l'Alliance écrit :

« En plus d'éliminer des emplois et de couper dans des programmes et des services essentiels, les conservateurs attaquent les syndicats avec des projets de loi comme le C-377 et le C-525. Lors de ce congrès à Calgary, les délégués discuteront de résolutions politiques appuyant la présentation d'un projet de loi sur le 'droit de travailler' et limitant de façon draconienne comment les syndicats peuvent utiliser les cotisations de leurs propres membres. »

Les travailleurs de plusieurs secteurs, les gens des Premières Nations, les artistes, les scientifiques, les groupes de défense des services de santé, les environnementalistes et autres activistes sociaux s'organisent pour se faire entendre. Harper, son ministre Jason Kenney et d'autres comme eux pensent que Calgary leur appartient.

Participons en grand nombre afin de faire de ces actions tout au long du congrès des conservateurs le plus grand succès possible et un avant-goût de ce qui les attend en 2015.

Le gouvernement Harper doit rendre des comptes!
Notre avenir est dans la lutte pour les droits de tous!

Disons Non! à la dictature Harper
Congrès du Parti conservateur
Calgary, 31 octobre au 2 novembre 2013

Piquetage et rassemblement

Jeudi le 31 octobre - 14 h
Angle 12e Avenue et 3rd Street S.E.
Organisé par les Calgariens contre la dictature Harper
Informations : AgainstHarper@gmail.com ; Peggy Askin : (403) 923-7054



Non à l'offensive antisociale néolibérale et antiouvrière!
Non à la participation du Canada aux guerres d'agression!
Notre avenir est dans la défense des droits de tous!

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Les résolutions soumises au congrès
des conservateurs poursuivent leur guerre déclarée
contre les travailleurs et leurs organisations

Des associations de circonscription ont soumis onze résolutions au congrès du Parti conservateur qui appellent à de nouvelles mesures draconiennes contre les travailleurs et leurs organisations. Les résolutions démontrent clairement que le programme du gouvernement est de continuer ses attaques tous azimuts contre les droits et les moyens de subsistance des Canadiens. Ces résolutions poursuivent l'assaut contenu dans le projet de loi C-377 parrainé par des députés du gouvernement Harper, la Loi modifiant la Loi de l'impôt sur le revenu (exigences applicables aux organisations ouvrières), qui impose aux syndicats un système onéreux de rapports publics qui n'est pas demandé aux autres organisations. Entre autres choses, le projet de loi obligera les syndicats à déclarer toutes les transactions supérieures à 5000 $, l'identification du bénéficiaire, le payeur, le but et la description de l'opération. Des paiements faits aux dirigeants, administrateurs et fiduciaires devront être rapportés, accompagnés de la divulgation du pourcentage de temps qui a été consacré à des activités politiques et de lobbying. Les renseignements recueillis seront publiés pour consultation publique sur le site Web de l' Agence du revenu du Canada (ARC). Le projet de loi C-377 a été modifié au Sénat et renvoyé à la Chambre des communes. La prorogation du Parlement ne modifie pas le cheminement d'un projet de loi parrainé par des députés, ce qui fait que le projet de loi peut être renvoyé sans amendement au Sénat.

Les conservateurs se sont attaqués au droit des travailleurs de déterminer les salaires et conditions de travail qu'ils jugent acceptables pour eux-mêmes et leurs pairs. Le gouvernement poursuit un programme de bas salaires et de criminalisation des travailleurs qui défendent leurs droits ; il a déclaré illégales un bon nombre de grèves et adopté des lois forçant le retour au travail des postiers, des cheminots et des employés d'Air Canada. Loin de repartir à zéro, les résolutions soumises au congrès montrent qu'avec Jason Kenney, le nouveau ministre de l'Emploi et du Développement social, de nouvelles attaques s'en viennent contre le droit des travailleurs de s'organiser et de résister. Les travailleurs et leurs organisations vont être déclarés « ennemis » s'ils prennent position contre la destruction imposée par la dictature Harper. La dictature Harper espère que priver les syndicats de fonds va empêcher les travailleurs d'utiliser leur force collective pour défendre leurs intérêts et de développer leur propre politique indépendante. Elle vise également les actes de solidarité sociale du mouvement ouvrier organisé comme celui d'offrir un soutien financier et d'autres ressources pour des projets et des organisations qui résistent à la destruction nationale et défendent les droits de tous.

Un certain nombre de résolutions du Parti conservateur ont pour but de priver les syndicats des fonds nécessaires pour fonctionner et s'organiser. L'association de la circonscription électorale (ACÉ) de Calgary-Nose-Hill appelle à l'abolition complète de la formule Rand et au dépôt d'une loi sur le soi- disant « droit au travail ». La résolution se lit ainsi : « Le Parti conservateur croit que les cotisations syndicales obligatoires et les contributions financières forcées comme condition d'emploi limitent la liberté économique des Canadiens et ralentissent la croissance économique.. » Les monopoles et leurs représentants politiques pensent que des lois pour le « droit d'être un esclave » vont paralyser le mouvement syndical en le privant de fonds nécessaires pour fonctionner et s'organiser.

L'ACÉ conservatrice d'Ahuntsic à Montréal propose que l'on interdise aux syndicats de percevoir des cotisations en vertu de la formule Rand à des fins autres que pour couvrir les coûts du renouvellement des conventions collectives et des avantages sociaux administrés par le syndicat. On y lit : « Les contributions à des causes ou à des initiatives non liées à ces objectifs devraient être recueillies de façon individuelle et volontaire. » Dans une seconde résolution provenant d'Ahuntsic, l'ACÉ déclare: « Attendu que les syndicats se mêlent d'affaires politiques, leurs finances ne sont pas transparentes, et le Parti conservateur doit traiter de l'opacité du financement des syndicats et des adhésions obligatoires pour leurs membres sous juridiction fédérale. »

L'ACÉ d'Edmonton-Sherwood Park propose « que le gouvernement devrait empêcher que les cotisations syndicales obligatoires servent à financer des causes politiques non liées aux besoins du lieu de travail » . L'ACÉ pour Nepean-Carlton appelle à « une protection contre les cotisations syndicales obligatoires destinées à des causes politiques et sociales non liées au lieu de travail ». L'ACÉ d'Ottawa-Centre appelle à ce que les syndicats de compétence fédérale soient tenus de fournir une comptabilité annuelle à leurs membres, de révéler quels fonds ont été alloués à des dons aux partis politiques, aux organisations médiatiques et à l'activisme et aux campagnes politiques. La résolution propose également que l'on exige des syndicats qu'ils permettent aux membres de retirer la partie de leur cotisation qui a été allouée à ces activités.

Ces résolutions constituent des violations flagrantes des droits et responsabilités des syndicats pour mettre en oeuvre les décisions de leurs membres. Les résolutions antiouvrières des conservateurs visent à affaiblir l'opposition organisée des travailleurs et sa défense des droits de tous, afin que tout le pouvoir soit concentré entre les mains des monopoles, qui ont des moyens financiers et autres presque illimités pour promouvoir leurs intérêts privés. Les résolutions appellent à des lois promouvant le droit d'être esclaves et ajoutent des liasses de rapports difficiles et onéreux à compléter qui sont mandatés non pas par les membres des syndicats mais par l'État. L'objectif néolibéral est de rendre la classe ouvrière impuissante à défendre ses droits et à se battre pour une nouvelle direction pour l'économie qui sert l'intérêt public et les intérêts généraux de la société .

Le rouleau compresseur Harper vise également la sécurité à la retraite et les pensions des travailleurs dans la fonction publique fédérale. Plusieurs résolutions appellent à l'élimination du régime de pensions à prestations déterminées dans la fonction publique fédérale, pour être remplacé par des plans d'épargne appelés régimes à cotisations déterminées. Les résolutions demandent également que les pensions soient « comparables à celles du secteur privé », ce qui a pour objectif essentiellement de nier aux travailleurs le droit à la sécurité à la retraite et de forcer les gens âgés à subvenir à leurs propres besoins au milieu de la loi de la jungle de Harper. Au lieu de garantir le droit des travailleurs à la sécurité à la retraite avec une pension à prestations déterminées pour tous, les conservateurs veulent mettre fin aux pensions qui existent et précipiter tout le monde dans l'insécurité.

La majorité des autres résolutions qui s'adressent à la classe ouvrière appellent à dicter aux syndicats comment dépenser leurs cotisations syndicales. Le principe que les membres décident quelles sont les activités engagées par le syndicat est remplacé par le diktat organisé par l'État.

Enfin, une résolution propose d'exiger des syndicats dans les secteurs de compétence fédérale à tenir un scrutin secret lors d'un vote de grève. Il s'agit d' un stratagème trompeur qui suggère que les membres du syndicat sont intimidés et se voient empêchés de voter selon leur conscience. Le Code canadien du travail prévoit déjà que le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a de vastes pouvoirs pour ordonner un vote sur l'offre de l'employeur et de superviser le vote. Si le Code canadien du travail va maintenant prescrire expressément un scrutin secret, cela ne fera qu'étendre les pouvoirs du CCRI afin qu'il puisse superviser tous les votes et s'assurer qu'ils respectent le diktat de Harper provenant de l'État. Cela va nier encore davantage le droit des travailleurs de s'organiser et de mener leurs propres affaires.

Le fait que la Convention des conservateurs a parmi son ordre du jour la tentative d'arrêter les syndicats de participer aux affaires politiques et sociales montre l'étendue de la destruction à laquelle se livre Harper des institutions du Canada et la tentative de détruire toutes les formes sociales au sein desquelles les Canadiens sont organisés. Comment vaincre la dictature Harper et forcer le renvoi de son ministre du Travail Jason Kenney sont devenus des questions de première importance pour les travailleurs et leurs alliés.

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Le faux débat entre la sécurité du transport du pétrole
par pipeline ou par train

C'est la responsabilité du gouvernement de garantir
le transport sécuritaire du pétrole

LML : Depuis le désastre de Lac Mégantic, un faux débat a été lancé par les monopoles du rail et du pétrole portant sur la façon la plus sécuritaire d'expédier le pétrole, soit par pipeline ou par train. C'est un faux débat puisqu'il ne tient aucunement compte de la revendication des travailleurs et du peuple canadiens à l'effet que c'est aux gouvernements de garantir que le pétrole soit expédié de la façon la plus sécuritaire, peu importe le moyen de transport, et que les travailleurs et le peuple canadiens doivent avoir droit au chapitre sur la façon dont le transport est fait. La pression est faite sur les travailleurs pour qu'ils se rangent derrière « leur » compagnie en espérant ainsi conserver leurs emplois. Quelle est la position de votre section locale et comment cette question se pose-t-elle dans le secteur des sables bitumineux ?

Roland Lefort : Ce qui est ignoré dans ce débat c'est le fait que le désastre de Lac-Mégantic a créé une conversation parmi le peuple canadien sur ces questions. Les gouvernements doivent répondre à cette préoccupation en assumant leur propre responsabilité et en garantissant que les compagnies opèrent de façon sécuritaire. Les gens ne veulent définitivement pas que la situation se poursuive comme si rien ne s'était passé. Ce que la situation tragique de Lac-Mégantic a mis en lumière c'est le refus des gouvernements de réglementer le transport du pétrole, ce qui enhardit les compagnies à opérer de façon non sécuritaire et à agir pour faire des coups d'argent sans tenir compte de la sécurité du peuple.

Nous soutenons que nous devons trouver une méthode de transport sécuritaire. Les pipelines peuvent être sécuritaires si leur exploitation est réglementée et que tout est fait correctement. Nous croyons que le bitume peut être transporté de façon sécuritaire partout au Canada et qu'il peut contribuer à l'économie canadienne. D'abord, nous avons la capacité d'affiner le bitume ici au Canada, tant à Montréal qu'à Sarnia. Évidemment, beaucoup de gens sont inquiets de cela. Ils n'ont pas confiance en ces compagnies et avec raison, puisque le gouvernement ne joue pas son rôle d'assurer la sécurité des pipelines et des voies ferrées pour le transport.

Voilà où le bât blesse. Je crois que le transport du pétrole ne pourra se faire correctement que lorsque le gouvernement aura pris en main ses responsabilités. La question revient toujours à ce que la réglementation s'applique et que les opérateurs agissent de façon sécuritaire pour tous. Avoir l'approbation du peuple canadien est primordial dans cette démarche. Voilà la question et le message lancés par Lac-Mégantic. En rétrospective, les pipelines n'ont pas un passé très reluisant. Ici en Alberta l'infrastructure est tellement vieille que personne ne sait vraiment pour combien de temps encore elle tiendra le coup. En principe, la proposition à l'effet d'inverser la Ligne 9 pour expédier le bitume vers l'est est bonne, mais nous devons veiller à ce que ligne soit inspectée et à ce que la technologie et l'équipement de la ligne soient mis à jour afin d'assurer le transport sécuritaire de ce bitume.[1]

En l'absence d'une méthode de transport sécuritaire et adéquate, un grand nombre d'acteurs se sont mis de la partie. Prenons Montréal Maine et Atlantic Railway (MMA). L'occasion était rêvée de faire de la grosse argent dans le transport de produits puisqu'il n'y avait pas de balises et qu'il était facile d'agir de façon non sécuritaire. Cette façon de faire est évidente en ce qui concerne les pipelines actuels. C'est ce qui se passe avec Enbridge. Sur la question du Northern Gateway et de tous les versements dont il est responsable, Enbridge considère qu'il ne faut pas y attacher trop d'importance. Le peuple canadien en a soupé de cette attitude et estime que les choses ne peuvent continuer ainsi.

En fait, les compagnies ne changeront pas à moins que le gouvernement n'intervienne et qu'il ne leur fasse comprendre que si elles veulent agir en tant qu'acteurs dans ce domaine, alors elles devront se plier aux règles. Bien sûr que dès que des règles seront mises en place, les compagnies vont réagir et se plaindre que les règles grugent leur marge de profit. Mais si les règlements sont là et que les compagnies n'ont d'autre choix que de s'y conformer, elles s'y conformeront. Après tout, c'est ici que se trouve le pétrole. Si elles le veulent, elles doivent l'exploiter ici.

LML : Vous avez été actifs aussi à développer ce que vous qualifiez de stratégie canadienne de l'énergie.

RL : Oui, nous avons d'abord mis de l'avant cette stratégie en tant que Syndicat des travailleurs des Communications, de l'Énergie et du Papier et nous le faisons maintenant en tant qu'Unifor, qui a été fondé au cours de la fin de semaine de la Fête du Travail. Nous avons travaillé au fil des ans sur ce projet traitant de la viabilité de l'industrie. Nous nous opposons depuis des années aux acteurs qui s'intéressent avec frénésie aux sables bitumineux dans le but d'obtenir de l'argent rapide, sans tenir compte de l'environnement, de la sécurité des travailleurs et du public, ni de la valorisation du bitume au Canada plutôt que d'expédier le produit brut à l'extérieur du pays, de la formation de la main-d'oeuvre, etc.

Suncor annonçait récemment qu'il abandonnait son projet de valorisation Voyageur. Il s'agissait d'un partenariat entre Suncor et Total. L'abandon de ce projet est ce qui nous porte à penser que la question de la viabilité n'a jamais été prise en compte. Une des raisons que la raffinerie ne sera pas construite est qu'une grande partie de la main-d'oeuvre qualifiée dans la région est déjà au travail juste pour faire fonctionner les projets existants, ne laissant personne de disponible pour aller travailleur à Fort McMurray pour le projet de raffinerie. Nous ne pouvons pas continuer de progresser si les conditions appropriées ne sont pas mises en place. Il semble que ce genre de discussion n'est tout simplement pas à l'ordre du jour. Les compagnies préfèrent expédier le bitume par pipeline jusqu'aux États du sud.

Note

1. Enbridge compte inverser le courant de la Ligne 9 permettant d'expédier les sables bitumineux de l'Alberta vers l'est.

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Contre la militarisation de la vie et de l'économie

L'exemple du nouveau chantier naval d'Irving à Halifax

Des travaux de dynamitage ont été faits cet été au chantier naval de Halifax. Cette activité de construction a été annoncée comme une étape nécessaire des préparatifs avant de commencer à construire des navires de guerre nouvellement octroyés par contrat.

Une résidente du quartier a téléphoné à la Société Radio-Canada pour dire qu'elle et ses voisins en ont assez.

Le bruit du chantier n'est qu'une partie du problème. Les gens qui vivent dans la région croient également que les travaux sont la raison de la venue des rats et autres rongeurs nuisibles dans le secteur des logements publics.

« Ça a été rude ici. Le dynamitage a fait fuir les rats et les ratons laveurs vers notre région. Le dynamitage a fait tomber de mes murs des photos et les a fait se casser. C'est dur de vivre sur la rue Barrington en ce moment, a-t-elle dit.

« Un matin je me suis levée pour aller chasser de ma cour un chat et l'animal en question était un rat et il n'avait pas peur de moi. J'ai donc dû retourner dans ma maison pour prendre un balai pour le chasser hors de ma cour. Il était gros, je pensais que c'était un chat, je croyais vraiment que c'était un chat adulte et il s'est retourné me montrant ses dents - c'était horrible. »

Pendant ce temps, le propriétaire du chantier naval, Irving Shipbuilding, s'active pour reconstruire les bureaux et les ateliers du chantier naval selon des plans modernes.

« Moderne » a ici une double signification.

La première signification, c'est d'avoir presque doublé le personnel salarié du chantier, le faisant passer de 400 à environ 900 travailleurs après l'octroi d'un contrat de plus de 20 ans pour la construction de plusieurs navires de guerre, annoncé à l'automne 2011.

La deuxième signification vient d'avoir mandaté l'ancien président d'Irving Shipbuilding, Steven Durrell, de la tâche de tenter d'imposer une convention collective absolument inacceptable aux membres représentant la plus grande section syndiquée des travailleurs du chantier naval regroupés dans la section locale 1 des Travailleurs canadiens de l'automobile ( aujourd'hui UNIFOR ). L'échec de Durrell a conduit à son départ à la fin de juin 2013 et son remplacement par le vice-amiral « à la retraite » de la marine américaine, Kevin McCoy .

En plus de s'occuper des intérêts des forces armées des États-Unis concernant la construction de ce lot particulier de navires spécialisés qui vont officiellement appartenir à la Marine canadienne, le président McCoy est chargé de conclure les négociations pour en arriver à cette convention collective inacceptable. Il s'est mis au travail en donnant son aval à la mise à pied d'environ un tiers des travailleurs présentement au chantier naval. [1]

Pour jeter de la poudre aux yeux des travailleurs, ces licenciements ont été annoncés sans aucune référence à la lutte en cours sur la convention collective. Au contraire, nous sommes censés croire que, tout à coup, le chantier doit cesser de commencer la construction réelle du navire pour construire en premier des bureaux et des ateliers « modernes » pour gérer et compléter les tâches liées à la construction éventuelle des navires.

La communauté de Mulgrave Park située au nord de Halifax est juste à l'ouest du chantier. Elle est comprise dans l'un des projets de logements publics vieux de 40 ans regroupant principalement la communauté afro-canadienne située dans le couloir Gottingen - Barrington des quartiers North End de la ville. Metro Housing, l'agence municipale responsable du maintien de ces projets résidentiels, trouve de plus en plus difficile de maintenir ces structures habitables et leurs communautés viables en raison des compressions budgétaires du gouvernement. Contrairement à la vermine locale, les résidents de Mulgrave Park ont des choix plus limités quand vient le temps de se reloger. Des photos sont apparues en ligne sur le site des Nouvelles de Radio-Canada confirmant les plaintes des résidents à propos de « rats de la taille de chats » errant dans le quartier. [2]

Est-ce un signe de la « normalité » à venir dans le cadre du processus de militarisation des moyens de subsistance et de la vie de la population civile ? [3] L'autre côté de la propagande mensongère dans les médias monopolisés sur la guerre et les préparatifs de guerre en tant que source « d'emplois » est une propagande quotidienne indue sur le danger de guerre propagée et conçue pour insuffler un esprit de soumission à une « autorité » illégitime. Si et quand le gouvernement devra écraser et retirer des droits durement acquis - de se syndiquer, de défendre leurs salaires et conditions de travail, de protester contre la brutalité policière, etc. - l'idée est que la police et/ou d'autres gardiens de « l'ordre » feront face seulement à des poches isolées de résistance.

Plusieurs caractéristiques de la vie quotidienne dans la zone autour du chantier naval rappellent déjà les effets des « ajustements » introduits par le capital privé et les agences sociales du gouvernement. Ces ajustements sont imposés pour servir des programmes qui ont été lancés bien avant que le projet de la construction navale soit encore une lueur d'espoir aux yeux des entreprises de la famille Irving. Ainsi :

- Pendant le boom immobilier du milieu des années 2000, qui a finalement implosé en 2007-2008 durant le scandale des prêts hypothécaires à haut risque, les promoteurs immobiliers à Halifax ont vu dans le couloir représenté par la rue Barrington une zone idéale pour développer des immeubles très en hauteur ne comprenant rien d'autre que des unités de condominium. En même temps, le taux extrêmement faible d'augmentation de la population à Halifax durant toute la décennie (comparativement à la région de Montréal ou du grand Toronto) a joué un rôle déterminant pour que toutes les institutions prêteuses présentes dans la ville résistent à l'idée de risquer leur capital dans de telles combines.

- Au moment où les budgets gouvernementaux, y compris au niveau municipal, se sont lancés dans des émissions records d'obligations, la Commission scolaire de Halifax a pris sous considération diverses propositions visant à fermer un certain nombre d'écoles primaires dans le North End et de regrouper les étudiants dans un seul édifice moderne centralement situé. Ces fermetures ont été largement dénoncées par les résidents du North End de la ville qui était desservi par les écoles élémentaires et secondaires existantes.

En 2010, quand c'est devenu clair que le chantier naval de Halifax pourrait obtenir une partie des contrats du gouvernement Harper pour la Garde côtière combinés aux projets de construction de la flotte de navires de guerre, la Commission scolaire de Halifax a mis de l'avant une proposition pour fermer l'école Saint-Patrick-Alexandra. Pendant ce temps, Jono Investments, un promoteur immobilier local, a commencé à exiger une exemption spéciale pour ériger des gratte-ciel de condos qui violeraient les règlements de la ville interdisant la construction de bâtiments à proximité du port qui surpassent le champ de vision accessible du haut de la Citadelle de Halifax. Plusieurs collectifs sociaux de la plus grande communauté du North End - y compris un vaste groupe communautaire de la santé et des services cliniques, des organisations de soutien social pour les jeunes démunis et les femmes célibataires, une église populaire au sein de la communauté afro-canadienne et d'autres — se sont joints à la campagne pour garder intacts les bâtiments scolaires et les logements qu'ils occupent. Pendant ce temps, le promoteur et ses alliés au conseil municipal ont été incapables de renverser l'injonction initiale des tribunaux les empêchant de prendre d'autres mesures.

Les droits de la classe ouvrière et du peuple sont contestés comme jamais auparavant par la militarisation croissante de l'économie canadienne. Cela ne doit pas passer !

Le droit public ne doit pas être supplanté par l'expansion du droit de monopole. Les gens de North End et les collectivités qui leur sont associées ne sont pas des gens que l'on peut disperser aux quatre vents. Ils ne sont pas une humanité en trop qu'on peut sacrifier sur l'autel des intérêts privés d'Irving. Une nouvelle direction est nécessaire pour l'économie ! Non au droit de monopole ! Oui au droit public ! Non à la militarisation de l'économie et de toute la vie !

Notes

1. Le projet d'expansion navale est synchronisé avec les intérêts des États-Unis. La nomination de McCoy en tant que président d'Irving Shipbuilding marque une nouvelle étape dans le processus de militarisation qui se répand au sein de la société civile — un processus découlant du contrat de construction navale. Déjà, pendant que ressortent les dernières nouvelles de Mulgrave Park, l'attrait superficiel de l'emploi stable pour des centaines de gens de métier pour des dizaines d'années à venir est un miroir aux alouettes. Les seuls nouveaux emplois pour le moment sont les travaux de construction à court terme sans rapport avec la véritable construction navale. Le dynamitage et l'épidémie de vermine ne sont que les derniers exemples de la façon dont les conséquences négatives de la militarisation sont rejetées sur le dos de la population.

2. Tout au long du XIXème siècle, les infestations de vermine dans les quartiers peuplés des zones adjacentes au périmètre du port de Halifax ont été chose commune. Celles-ci ont été en grande partie éliminées lors de la « modernisation » du port de Halifax comme une base nord-américaine de l'Amirauté britannique pendant la Première Guerre mondiale. On a vu cet été le retour de ces infestations pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

3. Durant la Seconde Guerre mondiale, divers aspects de la vie civile à travers le Canada ont été militarisés. Dans le centre et l'ouest du Canada, cela a pris la forme de vérifications fréquentes des activités « suspectes » parmi les communautés comprenant des résidents d'origine italienne, allemande ou japonaise. Les camps d'internement pour les résidents japonais de la Colombie-Britannique ont été mis en place suite à l'attaque de Pearl Harbour en décembre 1941. Dans l'est du Canada, depuis le début de la bataille d'Angleterre au printemps de 1940 jusqu'au Jour de la Victoire cinq ans plus tard, la vie quotidienne devenait subordonnée aux exigences de la Royal Navy et la Marine royale canadienne dans le cadre des exigences du relèvement du niveau des préparatifs de la population civile face à une éventuelle attaque ennemie. Ainsi, dans les centres urbains et les zones environnantes de Saint John et Halifax, la vigilance sur une base permanente a été organisée et promue contre la possibilité d'attaques par les équipages des sous-marins U-Boat nazis qui attendaient près de l'entrée de la baie de Fundy, à l'embouchure du port de Halifax et le détroit de Cabot entre la Nouvelle-Écosse et ce qui était alors la colonie britannique de Terre-Neuve.

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