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Numéro 155 - 25
octobre 2013
Congrès national du Syndicat
canadien de la fonction publique
Les travailleurs manifestent en appui aux
cols bleus de la ville de Québec
Congrès
national
du
Syndicat canadien de la fonction publique
• Les travailleurs manifestent en appui aux
cols bleus de la ville de Québec
• À titre d'information: La position du
maire Labeaume sur les
négociations avec les employés municipaux
Opposition au programme
d'«austérité» en Ontario
• Libéraux et Conservateurs continuent
de faire fi des revendications des travailleurs
- Dan Cerri
Congrès national du Syndicat
canadien de la fonction publique
Les travailleurs manifestent en appui aux
cols bleus de la ville de Québec
Dans le cadre du Congrès national du Syndicat
canadien de la fonction publique qui se tient à Québec du
21 au 25 octobre, les plus de 2000 délégués et
observateurs au Congrès ont tenu une manifestation
devant l'Assemblée nationale pour appuyer la lutte des cols
bleus de la ville de Québec pour une convention
collective qui soit acceptable pour eux.
La convention collective
des quelque 1100 cols bleus de
la ville de Québec est échue depuis décembre 2010.
En septembre dernier, le maire de la ville, Régis Labeaume, a
brutalement interrompu les négociations entre la ville et le
syndicat pour mener sa campagne électorale
à la mairie de Québec sur le dos des cols bleus et des
autres employés municipaux, dans un effort pour briser leurs
syndicats et avoir ainsi le champ libre pour abaisser toutes les
conditions de travail des employés municipaux. Non seulement le
maire de Québec demande-t-il des concessions majeures dans les
salaires (contrairement aux ententes salariales déjà
négociées), la semaine de travail et les régimes
de retraite, mais il demande aussi des modifications
législatives au gouvernement du Québec pour lui donner
plus de pouvoir pour attaquer les travailleurs de la ville de
Québec et les services publics qu'ils fournissent et paver la
voix à la privatisation tout azimut des services. Il demande
notamment au gouvernement du Québec de donner un droit de
lockout aux municipalités et de changer les lois qui
régissent les régimes de retraite des employés
municipaux afin de forcer ceux-ci à augmenter leurs
contributions aux régimes. La croisade du maire de Québec
contre les employés de la ville est devenue le fer de lance de
l'offensive antisociale contre les employés municipaux à
l'échelle de tout le Québec.
À la manifestation, les travailleurs portaient
des pancartes demandant le respect pour les cols bleus de la ville. On
pouvait y lire : « On supporte les cols bleus de Québec
», « Non à la démagogie du maire Labeaume
», « Le maire Labeaume trompe la population »,
« Non au décret ! Oui à la négociation !
».
Au nom du SCFP, la présidente du
SCFP-Québec Lucie Levasseur a accueilli les manifestants et dit
que le but de la manifestation était d'exprimer l'appui des
travailleurs à la lutte des cols bleus de la ville de
Québec pour obtenir une convention collective qui respecte le
travail qu'ils font pour assurer les services publics à la
population. Elle a dénoncé le maire Labeaume qui
mène sa campagne électorale sur le dos des cols bleus
plutôt que de négocier une convention collective qui soit
acceptable aux travailleurs.
Le secrétaire-trésorier national du SCFP,
Charles Fleury, a demandé à tous les
députés de l'Assemblée nationale de rejeter les
demandes de changements législatifs visant à attaquer les
employés municipaux et leur a rappelé qu'ils ont le
devoir de défendre le droit des employés municipaux de
négocier leurs conditions de travail.

Daniel
Simard, président par intérim du Syndicat
des cols bleus de Québec
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Daniel Simard, le président par intérim du
Syndicat des cols bleus de Québec, a été
vigoureusement applaudi par les manifestants lorsqu'il a pris la
parole. Il a dénoncé le salissage, la démagogie et
la fausse représentation à laquelle le maire de
Québec se livre dans les médias :
« On était assis à une table de
négociation, a-t-il dit. Les choses allaient bien. Monsieur
Labeaume a mis fin aux négociations pour aller nous salir dans
la rue. On était assis à la table avec une conciliatrice.
Plusieurs points étaient réglés. On a des ententes
signées. On a des augmentations de salaire offertes de 6 % pour
les 4 prochaines années alors qu'il parle de nous couper en
pleine radio. »
Il a ajouté que les
cols bleus veulent un règlement négocié et non
imposé ou légiféré qui est acceptable pour
tous les cols bleus : « On espère que les
négociations vont reprendre après l'élection. On
est un syndicat parlable, on est prêt à faire des
ententes, on est prêt à travailler dans toutes les
conditions, pour réussir à trouver des solutions pour
tous nos membres et pour que la même chose se passe à la
grandeur du pays. On veut avoir la possibilité de signer une
convention collective qui est respectée par tous nos membres,
une entente signée par les deux parties avec le respect des
travailleurs de Québec, des gens qui sont fiers de travailler
pour cette ville là. »
Le président national du SCFP Paul Moist s'est
engagé à mobiliser le syndicat à l'échelle
du pays pour appuyer la bataille des cols bleus de la ville de
Québec et a rappelé que le SCFP représente des
employés municipaux partout au Canada qui font face à des
attaques semblables à celles auxquelles les cols bleus de
Québec sont confrontés.
Le Syndicat canadien de la fonction publique
représente 627 000 travailleurs du secteur public à
l'échelle du Canada

À titre d'information
La position du maire Labeaume sur les
négociations avec les employés municipaux
Voici des extraits de la présentation faite par
le maire de Québec Régis Labeaume en mai 2012 sur les
objectifs de la ville de Québec dans ses négociations de
2013 avec les employés municipaux. Les sous-titres sont du Marxiste-Léniniste.
Préparation d'un coup contre les travailleurs
Régimes de retraite et conditions de travail :
Frapper le mur ou faire sauter les carcans
Introduction
On se questionne de plus en plus sur le rôle, les
défis, et particulièrement dans mon cas, sur le
financement des villes. Tout semble indiquer qu'il y a bel et bien
péril en la demeure.
J'ai beaucoup réfléchi sur ce qui est
demandé aux villes aujourd'hui, et sur les moyens dont elles
disposent pour y répondre. Ma conclusion, à ce jour, se
résume en une phrase : Frapper le mur ou faire sauter les
carcans. C'est simple : un coup de barre magistral s'impose.
Pas d'autre alternative que d'augmenter les taxes des
résidents
Le contribuable se sent comme un citron que l'on presse
depuis des années. Aujourd'hui, il en a assez et ne se
gêne pas pour l'exprimer. On l'a bien vu avec les augmentations
récentes décrétées par le gouvernement du
Québec, que ce soit à l'égard de la TVQ ou de la
contribution santé, qui ont provoqué de vives
réactions. Au niveau municipal, quand le coût des services
augmente, il faut obligatoirement refiler la note aux contribuables,
directement sur leur compte de taxes. La loi nous interdit de faire un
déficit.Il arrive un moment où la pression fiscale
devient insupportable. On a déjà vu ailleurs des
mouvements de révolte des contribuables. Ça fait des
dégâts considérables. Alors, de grâce,
évitons d'étirer au maximum l'élastique des taxes.
On blâme les conditions de travail des
employés municipaux
pour les problèmes de la ville
Il y a beaucoup à dire sur la gestion des villes.
Commençons par la gestion des ressources humaines et soulignons
quatre constats :
Premièrement, la rémunération
globale des employés des villes est supérieure de 29,2 %
à celle des fonctionnaires du gouvernement du Québec, et
de 20 % à celle des salariés des grandes entreprises. Ce
n'est pas moi qui le dis, c'est l'Institut de la statistique du
Québec dans sa publication du 4e trimestre de 2011.
Deuxièmement, la plupart des employés des
villes ont une semaine de travail de 35 heures alors qu'elle est de
37,5 à 40 heures chez beaucoup d'autres employeurs.
Troisièmement, les syndicats des employés
municipaux ont presque tous obtenu des garanties de planchers d'emplois
ou des limitations au recours à la sous-traitance et à
l'impartition. Qu'on puisse s'organiser avec moins d'employés,
à moindre coût, ça ne change rien : on doit
conserver un nombre déterminé d'employés dans
plusieurs corps de travail. Ces limitations sont des barrières
à l'amélioration de la performance des villes. Elles nous
empêchent de « faire plus avec moins » et nous
forcent à conserver des emplois dont on n'a plus besoin, rendant
impossible tout allégement de la facture de taxe pour le citoyen.
Quatrièmement, les employés de la Ville de
Québec ont un régime de retraite nettement plus
généreux que ceux des salariés du gouvernement et
des grandes entreprises.
Demande d'un droit de lockout pour les
municipalités du Québec
Tous les employeurs cherchent à avoir un rapport
de force équilibré avec les syndicats de leurs
employés. Les villes n'ont pas cette option-là. Des
pouvoirs essentiels de négociation leur échappent. Les
municipalités du Québec n'ont pas le droit de
décréter un lock-out alors que Toronto, Vancouver,
Calgary, Winnipeg et Ottawa ont cette possibilité selon un
processus et des conditions clairement établis. Or, un droit de
grève et de lock-out qui serait exercé dans le respect
des balises de la Loi sur les services essentiels est parfaitement
concevable dans le monde municipal au Québec.
C'est clair : la faiblesse actuelle du pouvoir de
négociation des villes se traduit par des concessions salariales
significatives, ce qui a des répercussions sur les autres
employeurs, autant publics que privés. La tactique syndicale est
bien connue : on fait des gains auprès de l'employeur le plus
vulnérable, puis on essaie d'inclure ces gains dans les autres
conventions collectives. On a tous intérêt, le public
comme le privé, à ce que les villes détiennent un
vrai pouvoir de négociation avec les syndicats qui
représentent leurs employés.
Attaque contre les régimes de retraite des
travailleurs
« ...on ne cherchera pas à abolir le
régime de retraite à prestations
déterminées des employés de la Ville ou à
le transformer radicalement. On veut que nos employés
bénéficient d'un régime de retraite
adéquat, comparable à celui des grands employeurs parce
qu'on veut attirer les meilleurs et être compétitifs sur
le marché de l'emploi. Par contre, notre régime de
retraite doit présenter des caractéristiques
d'équité.
La notion d'équité, je l'applique à
la fois aux travailleurs des autres secteurs et aux contribuables de la
Ville. À titre de grand employeur, la Ville de Québec
doit offrir à ses employés des conditions de travail
comparables et compétitives. Mais rien ne justifie que nos
employés bénéficient de conditions nettement
supérieures. Il faut être équitable envers les
contribuables qui défraient la note sans
bénéficier eux-mêmes d'avantages comparables : 65 %
des travailleurs dans le privé n'ont aucun régime de
retraite d'employeur. L'écart de traitement entre ces
salariés et ceux du secteur municipal est tout simplement
injustifiable.
Est-ce équitable que la majorité des
citoyens contribuent davantage au fonds de pension des employés
du fédéral, du provincial et du municipal qu'à
leur propre fonds de pension ? Manifestement non.
Présentement, le déficit total des
régimes de retraite de la Ville de Québec est
estimé à 516 millions $. Mais cette estimation repose sur
une évaluation actuarielle de 2010 qui prévoyait des
rendements de 6 % à 6,25 %. Depuis la crise financière,
plus personne n'anticipe de tels rendements. En 2011, le rendement des
placements pour nos régimes de retraite était de 1 % ; on
est loin du 6 %.
J'ai demandé que l'évaluation actuarielle
de l'ensemble de nos régimes de retraite soit mise à
jour. Le déficit réel de nos régimes sera sans
doute plus élevé, probablement de l'ordre de 750 M $. On
doit regarder la réalité en face devant
l'énormité de cette dette.
Depuis 2002, la Ville de Québec accroît
chaque année ses contributions au régime de retraite des
employés, pour le service courant et surtout pour le
remboursement du déficit. C'est ainsi que notre contribution,
qui s'élevait à 21 M $ en 2002, atteint 93 M $ en 2012.
Pour le propriétaire d'une maison unifamiliale moyenne à
Québec, 93 M $, ça représente un montant de 258 $
sur son compte de taxes, uniquement pour le régime de retraite
des employés de la Ville. Or, ce montant de 93 M $, nous devrons
l'augmenter considérablement pour le porter à 173 M $ par
année d'ici sept à huit ans. Cette augmentation fera
passer l'impact sur chaque compte de taxe de 258 $ à 479 $.
De plus, il faudra 14 années
supplémentaires de taxation à un niveau très
élevé avant de voir notre cotisation au régime de
retraite diminuer, et ce, à condition qu'il n'y ait pas de
nouveau rendement inférieur aux prévisions actuarielles.
On doit consentir ce sacrifice, sinon, on va refiler une facture
injustifiée à la prochaine génération. Je
ne veux pas me rendre coupable d'un tel geste d'irresponsabilité.
Dans la mesure où les régimes de retraite
exercent une pression indue sur la hausse de la masse salariale de la
Ville, il faut s'asseoir avec nos employés pour trouver des
arrangements raisonnables. Sinon, il faudra en arriver à des
solutions plus draconiennes, comme réduire drastiquement le
nombre d'employés. Nous devons donc :
ramener le niveau des rentes à ce qu'il est chez
les grands employeurs ;
partager également entre les employés et
l'employeur le coût des régimes, à la fois pour le
service courant et pour renflouer le déficit ;
combler assez rapidement les déficits actuariels
de nos régimes de retraite ;
et retarder quelque peu l'âge de départ
à la retraite.
Une tentative de briser les syndicats
La grande question est de savoir si l'on peut atteindre
nos objectifs de modération par la voie de la
négociation. Bien sûr, les sceptiques ne croient pas que
les syndicats accepteront de changer leurs régimes de retraite :
ils sont devenus des vaches sacrées, le symbole même des
droits acquis. Je ne veux pas démissionner sur ce plan avant
d'avoir expliqué clairement les enjeux à nos
employés et à la population. J'ai demandé au
directeur général de mener des négociations
à livre ouvert avec nos employés. Je crois
sincèrement que beaucoup d'entre eux comprendront la situation
et que cela influencera le comportement des syndicats. Bref, je veux
donner la chance à la négociation. S'il y a blocage, nous
aviserons. Et je pense que le gouvernement, cette fois, ne pourra pas
éviter la question. La situation financière des
régimes de retraite, en particulier dans les grandes villes,
commande des actions qui sortent de l'ordinaire.
Des demandes de changements législatifs
En conclusion, voici ce qu'on se propose de faire.
Avec la dette qui s'alourdit, le fardeau fiscal qui a
atteint ses limites et la pression des contribuables pour des services
de qualité au meilleur coût, nous devons tous faire preuve
de discipline.
« Intensifions le dialogue entre les
municipalités et le gouvernement en tenant les syndicats
informés de nos démarches. Chacun doit regarder la
réalité en face et apporter sa propre contribution pour
relever les défis qui nous attendent. Personne ne peut se
dérober.
Le gouvernement doit aussi se commettre. C'est pourquoi
j'ai présenté à la ministre du Travail, madame
Lise Thériault, — pas plus tard qu'hier — des demandes
d'amendements aux lois municipales afin d'accorder aux villes les
mêmes responsabilités que celles des grands employeurs en
matière de relations de travail, de façon à
équilibrer le rapport de force.
Ces amendements auront notamment pour effet :
En cas de conflit de travail :
De confier l'élaboration de la liste des services
essentiels à la Ville, et non aux syndicats, comme c'est le cas
actuellement. Pourquoi retirer cette responsabilité à des
élus imputables devant la population ?
Et de reconnaître la possibilité de
rappeler au travail les employés lors de situations
exceptionnelles ou urgentes.
D'accorder aux municipalités le pouvoir de
lockout ; dans le cadre des négociations des conventions
collectives, chaque partie devrait pouvoir mettre en oeuvre soit la
grève, soit le lockout.
« Des changements légaux sont
nécessaires pour permettre aux villes d'avoir un
véritable pouvoir de négociation afin :
d'éliminer les planchers d'emplois ou les
limitations au recours à la sous-traitance et à
l'impartition ;
et de faire assumer, à parts égales par la
Ville et les employés, le déficit du fonds de pension.
« De plus, je demanderai que la loi soit
modifiée afin d'assurer un partage égal des coûts
pour le régime de retraite des élus municipaux, y
incluant les déficits.

Opposition au programme
d'«austérité» en Ontario
Libéraux et conservateurs continuent de faire fi
des revendications des travailleurs
- Dan Cerri -
La deuxième session du 40e parlement de
l'Assemblée législative ontarienne a repris le 9
septembre. L'ambiance est la même qu'à la dernière
session quand les libéraux au pouvoir et les conservateurs dans
l'opposition entretenaient des « débats » sur la
meilleure façon de mettre en oeuvre le programme
d'austérité dans un contexte où ni un ni l'autre
n'a un mandat des électeurs pour le faire. Malgré les
résultats des élections partielles, alors qu'aucun des
deux partis n'a pu gagner du terrain et qu'un message clair
était envoyé contre l'austérité par
l'électorat dans Windsor-Tecumseh et London-West, chaque parti
tente de se faire passer pour les champions des Ontariens et pour celui
qui met de l'avant la formule gagnante qui imposera
l'austérité à la population.
Les conservateurs dans l'opposition ont à nouveau
promu leur version « normative » de
l'austérité, exigeant du gouvernement libéral
qu'il impose aux travailleurs du secteur public un gel des salaires
à la grandeur de la province ainsi qu'une réforme du
processus d'arbitrage. Le 10 septembre, le chef des
Progressistes-conservateurs, Tim Hudak, a démontré
comment loin il est prêt à aller pour cacher comment son
programme puise à même les poches des uns tout en
remplissant d'autres. Voici ce qu'il a dit à l'Assemblée
législative : « J'ai proposé deux projets, et vous
les rejetez du revers de la main. Ainsi, vous avez rejeté la
réforme du processus d'arbitrage. Nous savons que vous tremblez
devant les caïds des syndicats du secteur public. Vous partagez le
même lit. Pourquoi ne vous conformez -vous pas au plan des
conservateurs visant à mettre en oeuvre un gel des salaires
provincial et généralisé qui nous amènera
du même coup des revenus supplémentaires de l'ordre de 2
milliards $? »
La première ministre
Kathleen Wynne prétend pour sa part défendre les
syndicats et le rôle qu'ils doivent jouer et prétend
même défendre les droits des travailleurs. Cependant, son
raisonnement à l'effet que son gouvernement peut mettre en
oeuvre un programme d'austérité par le biais de ce
qu'elle appelle « la négociation collective » ne
tient pas la route. Un exemple de comment le gouvernement McGuinty a
tenté de le faire avec le projet de loi 115 expose bien ces
fausses prétentions. D'abord, des contrats ont été
imposés selon le programme d'austérité
établi par le gouvernement sous de faux prétextes visant
à payer les riches au nom d'une société
prospère. Ensuite, ceux qui rejettent ces contrats et qui
refusent de négocier dans le cadre des paramètres
inacceptables qu'on leur a imposés, sont criminalisés. La
riposte de Wynne aux propos de Hudak fut comme suit : « Ce qui
sous-tend ce que le chef de l'opposition met de l'avant aujourd'hui et
presque tous les jours est que nous devrions couper dans les services
et que nous devrions commencer à congédier les
travailleurs. Selon lui, nous devrions congédier 10 000
travailleurs de l'éducation, nous devrions réduire ou
mettre fin aux programmes et aux services destinés au peuple et
attaquer les syndicats. Il s'agit là d'un des piliers de sa
philosophie. Nous ne sommes pas d'accord. Nous croyons que les
syndicats et les travailleurs qui oeuvrent ensemble ont fait en sorte
que depuis des décennies il existe des lieux de travail
sécuritaires. La négociation collective a fait beaucoup
de contributions positives. Nous croyons en ce processus, mais le chef
de l'opposition n'y croit pas, et c'est ce qui transpire des 200 pages
qu'il a publiées et de chaque question qu'il pose en Chambre.
»
Bien que la classe ouvrière et l'électorat
aient rejeté le programme d'austérité, les
libéraux et les conservateurs poursuivent leurs manigances
visant à imposer ce programme chacun de sa façon. Le
gouvernement Wynne cherche particulièrement à se
démarquer des conservateurs, présentant sa version de
l'austérité comme étant plus «
équitable », comme si, par exemple, lui respectait la
négociation collective. En réalité, Wynne a mis en
place un « processus restreint de négociation collective
», en particulier dans sa soi-disant négociation avec les
enseignants et les travailleurs de l'éducation où il y a
droit de négociation à condition d'accepter le fait que
le pouvoir d'élus locaux ait été usurpé par
le gouvernement et que des paramètres d'austérité
aient été imposés. Toute personne refusant de s'y
conformer est taxée d'irraisonnable et tout est mis en place
pour la forcer à se soumettre, y compris l'imposition de
contrats et le recours au Conseil du travail pour criminaliser la
résistance. Cela n'a plus rien à voir avec une
véritable négociation collective.
La première ministre a aussi laissé planer
la possibilité d'une autre élection advenant que ce
serait l'impasse entre les deux partis sur les lois à adopter.
Elle a dit que les lois devant être adoptées à tout
prix sont celles touchant aux cabines de bronzage et à
l'alimentation, proférant des menaces à l'effet que si
elle n'avait pas l'appui nécessaire de l'un des deux partis de
l'opposition, le gouvernement provoquerait des élections.
L'importance accordée à ces deux projets de loi n'a
évidemment rien à voir avec les problèmes que
vivent les Ontariens, mais ne sont rien de moins que des manoeuvres de
chantage et de négociations en huis clos pour démontrer
que les libéraux sont en mesure de gouverner, en dépit du
fait qu'ils n'ont aucun mandat du peuple pour le faire. Wynne a dit :
« Il existe une réalité incontournable qui fait que
si la Chambre ne peut fonctionner, et si nous ne pouvons nous entendre
sur une voie à suivre, alors l'opposition devra expliquer au
peuple pourquoi elle pense qu'une élection est la seule issue.
»
Bien qu'elle voudrait être perçue comme la
championne de la négociation collective et des droits des
travailleurs, Wynne n'a pas indiqué qu'elle retirerait tous les
projets de loi antiouvriers proposés lors de la dernière
session et qui sont toujours à l'ordre du jour de
l'Assemblée législative. Une telle mesure
répondrait à la volonté populaire telle
qu'exprimée encore une fois par le rejet du programme
d'austérité lors des dernières élections
partielles. Bien sûr, comment serait-ce possible, puisqu'il y a
en fait unité des libéraux et des conservateurs autour du
programme antiouvrier et des nouvelles manoeuvres pour payer les
monopoles et les prêteurs. Ils sont unis à faire valoir ce
programme au cours de cette session, que ce soit par la collusion, la
contention ou les ententes secrètes.
Comme si le manque de légitimité de leur
programme d'austérité n'était pas suffisant, leurs
versions respectives de ce programme se révèlent de plus
en plus entachées de corruption. Qu'il s'agisse du scandale des
centrales de gaz naturel des libéraux ou des allégations
à l'effet que les conservateurs auraient reçu des
contributions de la part du monopole de la construction Ellis Don en
guise de remerciement pour l'appui des conservateurs à des
projets de loi antiouvriers directement favorables à Ellis Don,
la corruption ne fait qu'un avec le programme
d'austérité. Par conséquence, la crise de
crédibilité du programme d'austérité ne
fait que s'approfondir, alors qu'il est toujours mis de l'avant au nom
des plus grands idéaux et pour le mieux-être de la
province, des enfants et de tout le monde, pour dissimuler qu'il ne
sert qu'à payer les riches.
Les deux partis tiendront des congrès et des
réunions dans les semaines qui suivent. Ils tenteront sans doute
de faire en sorte que leurs délibérations servent
à faire oublier les problèmes qui les affligent, et ils
tenteront en particulier de trouver le moyen de faire valoir leurs
versions respectives de l'austérité en prévision
des prochaines élections générales. Ce sont autant
d'occasions qui s'offrent au peuple pour fermement opposer le programme
d'austérité et pour sortir à la défense des
droits de tous. Non au frauduleux programme d'austérité!
Non, c'est non!

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