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Numéro 154 - 23
octobre 2013
Appuyons tous les justes demandes
de la première nation Elsipogtog!
Non à la criminalisation de ses justes revendications! Gardons
à l'oeil les monopoles de l'énergie!

Des membres de la première nation
Elsipogtog défendent leurs droits et bloquent les
opérations
d'exploration de
pétrole près de Rexton, au Nouveau-Brunswick, le 7
octobre 2013. (Two Row Times)
• Appuyons tous
les justes demandes de la première nation Elsipogtog! Non
à la criminalisation de ses justes revendications! Gardons
à l'oeil les monopoles de l'énergie! - Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste)
• La violence de l'État en
réponse à la défense des droits de la
première nation d'Elsipogtog
• Plusieurs actions immédiates pour
dénoncer la violence de l'État et le droit de monopole
• Le rapporteur spécial de l'ONU sur les
droits des peuples autochtones parle d'une situation de crise au Canada
Appuyons tous les justes demandes
de la première nation Elsipogtog!
Non à la criminalisation de ses justes revendications! Gardons
à l'oeil les monopoles de l'énergie!
- Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste), 18 octobre 2013 -
Rexton,
Nouveau-Brunswick, 18 octobre 2013
Le PCC(M-L) dénonce fermement l'État
canadien pour avoir déclenché la violence contre la
première nation Elsipogtog au Nouveau-Brunswick. Nous condamnons
également la tactique de diversion des médias qui
essaient de tout réduire à une affaire de qui est
l'instigateur des actions qui se sont produites le 17 octobre.
L'objectif de la diversion est de masquer que ce qui est vraiment en
jeu dans cette lutte de la première nation Elsipogtog, c'est la
défense de ses droits nationaux et ancestraux
inaliénables, la remise en question de la négation de ces
droits par l'État canadien qui travaille main dans la main avec
les monopoles de l'énergie.
Bien que le gouvernement provincial conservateur de
David Alward à Fredericton ait émis plusieurs permis
d'exploration de pétrole et de gaz dans la région du
comté de Kent à des prospecteurs individuels apparemment
indépendants, c'est l'empire Irving qui finance un grand nombre
de ces projets de prospection et d'autres monopoles de l'énergie
comme Shell et Chevron font de même.
En plus, même s'il donne lui-même les permis
de prospection en territoire autochtone, le gouvernement du
Nouveau-Brunswick joue sur le fait que les affaires autochtones sont de
juridiction fédérale pour justifier le déploiement
massif de la GRC, une police fédérale, sur les sites et
autour des sites d'exploration par fracturation où ont lieu les
protestations.
La lutte qui se mène au Nouveau-Brunswick est
l'épisode le plus récent de la lutte qui se mène
dans tout le pays à la défense non seulement des droits
ancestraux des peuples autochtones, mais également du droit
public contre les assauts continuels des monopoles. L'objectif du
gouvernement Harper est d'éteindre et d'effacer toute notion de
droits appartenant à leur détenteur en vertu de leur
existence même. Ces droits doivent être garantis. Dans la
pensée cupide des monopoles et de leur champion le gouvernement
Harper, les droits des peuples et les peuples eux-mêmes sont des
obstacles qui doivent être écartés. Il ne faut pas
que cela passe !
Le chef de la
première nation Elsipogtog livre l'avis d'éviction
à la société SWM Resources Canada le 1er octobre
2013.
Défendons
la première nation Elsipogtog! Non, c'est non!

La violence de l'État en réponse à
la défense des droits de la première nation d'Elsipogtog
La GRC asperge de poivre
de Cayenne les manifestants réunis pacifiquement le 18 octobre
2013.
La première nation d'Elsipogtog au
Nouveau-Brunswick a dressé une barricade contre une
opération de fracturation de gaz de schiste par SWN Resources
Canada, une filiale de Southwestern Energy (SWN) établie au
Texas. Ce printemps, SWN a commencé des essais
préliminaires à l'exploitation du gaz de schiste dans la
région, sans aucune consultation antérieure avec les
Premières Nations, comme l'exige la loi.
Les Elsipogtogs ont exercé leur droit et
responsabilité de résister, défendant par le fait
même leurs droits constitutionnels, issus de traités et
ancestraux, lesquels droits les gouvernements sont tenus de respecter.
Or, les gouvernements eux ont choisi de recourir à la violence
de l'État, ce qui s'est produit le 17 octobre, alors que la GRC,
à la défense du droit de monopole, a pris d'assaut la
première nation et ses supporters. La GRC a arrêté
40 personnes au cours de son attaque du 17 octobre.
Miles Howe, un journaliste indépendant qui
contribue au Halifax Media Co-op, fait valoir qu'« aucune des
provinces canadiennes des maritimes est un terre cédée.
La Couronne est liée aux premiers habitants autochtones - ainsi
qu'à leur territoire - en raison de traités de paix et
d'amitié, rien de plus. »
En plus d'exiger que la fracturation cesse
immédiatement, le 12 octobre la Société des
Warriors Mi'kmaq a exigé du premier ministre du
Nouveau-Brunswick, David Alward, qu'il produise :
« - tous les contrats de vente pour toutes les terres du
Nouveau-Brunswick qui ont été vendues,
cédées, accordées ou annulées ;
- les documents qui confirment la doctrine de la découverte de
Cabot ;
- les traité de Paix et d'Amitié de 1686 ; le
traité de Fort Howe de 1768 ; les consentements accordés
aux Loyalistes les autorisant à s'établir en
Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick ;
- les registres des Townships créés et les documents de
consentement des Chefs ;
- les ententes et les consentements de tous les Chefs du
Nouveau-Brunswick qui ont reconnu la Confédération de
1867 ;
- des preuves confirmant le consentement des tribus autochtones
à la Loi sur les Indiens ;
- les registres des fonds en fiducie ; les accords touchant à 4
% des parts minérales des produits finis au Canada, à
l'exception du charbon ;
- toutes lettres ou correspondance liées au traités
numérotés (promesses) ;
- tous les documents fixant les partitions frontalières qui
divisent la confédération Wabanaki ;
- les Ordres des lords du Commerce aux gouverneurs des colonies. »
LML réitère que la demande
légitime de reconnaissance des droits des Premières
Nations n'est pas une affaire de « groupes
d'intérêts », mais bel et bien une question qui
relève intégralement du corps politique et qui ne peut
être résolue qu'en mettant en place des arrangements
modernes qui défendent les droits sur la base que ceux-ci sont
inviolables et qu'ils appartiennent au peuple en vertu de leur
existence. LML lance l'appel à tous à
participer aux actions en appui à cette importante lutte pour
les droits.
Compte-rendu d'un témoin de la violence
exercée par la GRC contre la première nation Elsipogtog
à Rexton au Nouveau-Brunswick
La GRC attaque violemment
le chef de la Société des Warriors Mi'kmaq Seven Bernard
le 17 octobre 2013.
Ce qui suit est un compte-rendu de la violence de
l'État déployée par la GRC à l'aube le 17
octobre, préparé par Miles Howe pour le Halifax Media
Co-op. Il est traduit de l'anglais par Le
Marxiste-Léniniste.
* * *
Je campe aux barricades actuelles le long de la route
134 depuis le tout début du camp, produisant des rapports
quotidiens pour le Media Co-op. Il en va de même pour les mois de
juin et de juillet, alors que les manifestations contre l'exploration
des gaz de schiste étaient d'un moins grand intérêt
national.
Autour de 6 heures hier matin, le 17 octobre, les forces
de la GRC ont à nouveau bloqué les deux
côtés du camp antigaz de schiste le long de la route 134,
mais cette fois avec un nombre d'agents comme il n'y en a jamais eu.
Dans les jours précédents, la GRC avait d'abord
laissé passer les piétons, pour ensuite dégager
une voie pour la circulation automobile afin de permettre la libre
circulation sur les lieux de la barricade. Les activistes antischiste,
pour démontrer leur bonne foi et pour permettre aux
véhicules d'urgence de circuler, avaient décidé
d'enlever deux arbres qui empêchaient complètement la
circulation automobile.
Cette démarche, évidemment, a permis
à la circulation de reprendre presque de façon normale.
Elle a aussi permis à la GRC d'avoir libre-cours aux lieux et,
comme nous le constaterons plus tard, celle-ci était en
reconnaissance, son plan ultime étant de démanteler la
manifestation pacifique qui ne faisait que ralentir la circulation.
Hier, j'ai d'abord entendu quelqu'un crier que les
routes avaient été bloquées. La personne qui
criait était dans une zone de tentes près de la
barrière d'accès au campement où se trouve
l'équipement d'essais sismiques de SWN Resources Canada, tout
près de mon propre campement. C'est ce qui m'a
réveillé.
J'entendais des agents de police qui étaient en
train de s'identifier et un bruissement dans le bois comme si plusieurs
personnes y couraient. J'ai cru comprendre que la GRC était
partout, et que l'heure était venue pour qu'elle vienne nous
imposer l'injonction de SWN nous empêchant de bloquer
l'équipement.
SWN, une compagnie de gaz établie au Texas, avait
reçu une extension de dix jours pour son injonction contre le
camp des manifestants, injonction qui devait expirer le 21 octobre.
Nous avions eu vent que l'injonction avait été
publiée dans les journaux propriété d'Irving. En
raison de la collusion d'Irving avec SWN (par exemple, le camp
où se trouve l'équipement de SWN est une
propriété d'Irving), il y avait eu en quelque sorte
boycottage des journaux d'Irving. Nous avions aussi appris de part et
d'autre que la situation au camp resterait paisible jusqu'au vendredi
18 octobre, alors qu'une audience publique contre l'injonction devait
avoir lieu au palais de Justice de Moncton.
Ce n'était évidemment pas le cas.
J'ai pris mes clés d'auto et j'ai couru les
quelque cent mètres jusqu'au campement des Warriors Mi'kmaq.
Ce que j'ai vu m'a pris par surprise.
Dans le fossé devant moi se trouvaient
déjà près de 20 policiers dans leurs uniformes
bleus d'équipe tactique, le fusil à la main. Trois agents
de police en habit de camouflage étaient aussi près du
fossé, l'un d'eux avec un berger allemand en laisse.
Plus loin, dans le champ, rampant en direction du
campement Warrior - où se trouvaient une remorque et environ dix
tentes - il y avait au moins 35 policiers de plus. Plusieurs d'entre
eux portaient l'uniforme bleu des équipes tactiques et avaient
leur fusil en main. Trois autres agents avaient un uniforme de
camouflage et pointaient leur fusil à lunette sur le groupe qui
commençait à sortir. Le nombre de Warriors étaient
d'environ 15.
À l'aide d'un mégaphone, un policier
près de la bretelle de la route 11 s'est mis à lire
l'injonction contre le fait d'empêcher l'accès à
l'équipement sismique de SWN. Le soleil n'était pas
encore levé.
Dans la pénombre, environ sept cocktails Molotov
ont été lancés en provenance du bois devant les
policiers debout dans le fossé. Je n'ai pu vérifier qui
avait lancé ces cocktails. Si cela peut servir, ils ont
été lancés de façon tout à fait
inefficace vers la ligne de policiers et il n'en est ressorti que
quelques traces de feu sur le chemin. Une chaise de parterre a pris feu
suite à l'un des cocktails. Deux agents camouflés ont
alors tiré trois rondes de carabines à balles en
caoutchouc en direction de ce bois.
Pas longtemps après, trois soi-disant Warriors
accompagnés d'un journaliste - ils prétendent être
arrivés deux nuits plus tôt en provenance du Manitoba -
semblaient juger que la situation devenait trop extrême pour eux.
Deux d'entre eux ont depuis été identifiés comme
étant Harrisen Freison et Eagle Claw. Ils ont pris leurs jambes
à leur cou jusqu'à l'extrémité de la
barricade policière. Personne n'avait jamais vu ces deux
individus avant la nuit dernière.
Environ dix minutes plus tard, tandis que les tensions
devenaient palpables entre la ligne envahissante de policiers dans le
champ près du campement et les Warriors qui se trouvaient
maintenant sur un chemin de terre public, deux agents se sont
approchés de Seven Bernard, Chef de la Société des
Warriors. Ils ont tenté de remettre le semblant d'injonction de
SWN à Bernard. Des douzaines de fusils étaient
pointés vers nous, venant de tous les angles.
Seven Bernard a commencé à
s'éloigner de l'agent qui tentait de lui remettre l'injonction.
Que ce soit important ou pas, l'agent en question est le même
sergent Rick Bernard qui m'avait arrêté plus tôt cet
été sous des accusations de proférer des menaces
et d'obstruction à la justice - deux accusations qui sont
restées lettre morte et qui ont éventuellement
été abandonnées.
Le sergent Bernard a lancé l'injonction en
direction de son homologue en criant : « Vous avez
été servi. »
Je pouvais entendre les agents de la GRC qui nous
entouraient parler à l'effet que quelqu'un avait une arme. Je
n'ai vu aucun Warrior portant un fusil. Et je peux dire avec certitude
qu'aucun coup de fusil n'a été tiré du
côté des Warriors. Si, comme le prétend maintenant
la GRC, un coup est parti, il ne venait pas de cette altercation.
Avant de poursuivre, il est important de noter que le
campement des Warriors était sur territoire gouvernemental, ou
de la Couronne. D'un point de vue légal, les terres de la
Couronne sont réservées aux peuples autochtones du
Canada, et dans ce cas-ci, au peuple Mi'kmaq. En raison de la
négligence de la Couronne, ce fait est souvent oublié, en
particulier par les populations non autochtones du Canada.
Ce qui est autant oublié c'est qu'aucune des
provinces maritimes du Canada sont des terres cédées. La
Couronne est liée aux premiers habitants autochtones - ainsi
qu'à leur terre - en vertu de traités de paix et
d'amitié. Rien de plus.
Aussi est-il important de
noter que la formation policière envahissante au complet
était concentrée sur un groupe d'environ 15 Warriors, qui
étaient à ce point-là sur un chemin de terre et
qui n'entravaient en rien l'équipement soi-disant
barricadé de SWN.
L'injonction devait être émise à des
manifestants bloquant l'accès à l'équipement de
SWN sur la route 134. Toutes les arrestations qui ont suivi dans
l'altercation se sont faites sur le chemin Hannah.
Puisque les forces de la GRC avaient complètement
eu raison du peu d'activistes qui restaient à la barrière
du camp d'équipement, alors pourquoi se concentrer sur un petit
groupe de Warriors qui n'étaient même pas à
proximité de l'équipement de SWN et aucunement en mesure
de former une barricade, avec une soixantaine de fusils de divers
calibres braqués sur eux ?
En effet, une fourgonnette appartenant à Lorraine
Clair de la première nation d'Elsipogtog avait été
retirée de la barrière du camp d'équipement la
veille. C'était à peu près tout ce qui bloquait
l'accès de SWN - ou de qui que ce soit - à son
équipement.
Les tensions ont à nouveau commencé
à s'attiser lorsqu'un groupe de jeunes Elsipogtog se sont mis
à courir le long du chemin vers les Warriors et les policiers.
Il n'est pas clair comment les jeunes, à pied, ont réussi
à remonter un chemin secondaire en direction d'une situation
aussi volatile. Sans raison apparente, les policiers ont tenté
de les empêcher d'avancer davantage.
La Warrior Mi'kmaq Suzanne Patles, tentant
désespérément de calmer une situation explosive
où les nerfs étaient à vif alors que les fusils
des policiers étaient braqués dans toutes les directions,
a couru au milieu du champ en criant : « On nous a donné
ce tabac hier soir ! »
En larmes, elle tenait dans ses mains une chique de
tabac enveloppée dans un linge rouge que les négociateurs
de la GRC lui avaient donnée la veille en guise de symbole
traditionnel de paix.
Des escarmouches ont alors
éclatées de part et d'autre. Du côté de
l'autoroute, le Chef de guerre de district Jason Augustine était
poursuivi par de nombreux policiers. Devant moi mais aussi, à
vrai dire, tout autour de moi, les Warriors se faisaient arrêter
par de nombreux agents de la GRC habillés dans tous les
uniformes imaginables. La GRC tirait des balles de caoutchouc. Jim
Pictou et Aaron Francis disent avoir été frappés
par ces balles - dans le dos et dans les jambes.
Pour ma part, je continuais de photographier cette
scène insensée jusqu'à ce qu'un agent en
camouflage et maniant un fusil d'assaut me pointe du doigt en disant
:« Il est avec eux. Amenez-le ! »
On m'a jeté par terre et on m'a
arrêté.
Environ 25 individus, dont moi-même, avons
été détenus au centre de détention de
Codiac. Certains d'entre nous avons eu droit à une couverture et
un matelas. D'autres ont passé près de 20 heures sur un
plancher de ciment.
Vers minuit, on m'amena pour des empreintes digitales et
j'ai appris que mon accusation consistait d'entrave à la paix et
de courir vers une altercation (pour prendre des photos, soit dit en
passant). On a refusé de me relâcher lorsque je n'ai pu
produire le cautionnement de 500 $.
Une heure plus tard, on m'a conduit dans la salle de
libération. Mon accusation en était devenue une de
méfait et on m'imposait de ne pas m'approcher de
l'équipement et du personnel de SWN à moins d'un
kilomètre.
J'ai refusé de signer ces documents,
préférant m'expliquer au juge le lendemain. Vers 3 heures
du matin on m'a annoncé que les accusations portées
contre moi avaient été abandonnées, qu'on me
lirait l'injonction de SWN et que je serais libéré.
J'ai refusé de signer leur injonction, et
à 3 heures quinze, je marchais dans les rues de Moncton.
Je ne peux que spéculer que la disparition
graduelle des accusations portées contre moi était sans
doute attribuable au tollé général provoqué
par cette nouvelle arrestation alors que je faisais simplement un
reportage sur les essais sismiques au Nouveau-Brunswick.
Je tiens à exprimer ma gratitude pour ce solide
soutien.
À nouveau, il faut se questionner sur cette
attaque à l'aube de la GRC, d'une violence indéniable,
pour imposer une injonction contre le fait de bloquer
l'équipement de SWN. Il faut aussi rappeler qu'aucun membre de
la Société des Warriors Mi'kmaq ni personne d'autre
était le moindrement à proximité de la
barrière du campement où on venait d'ailleurs de retirer
ce qui en constituait le dernier obstacle. Ni les Warriors ont-ils pu
se réorganiser pour bloquer à nouveau le campement.
(Rappelons que c'est la fourgonnette de Lorraine Clair qui constituait
la principale embûche pour quelqu'un cherchant à avoir
accès à l'équipement et que ce véhicule
avait été enlevé la veille.)
La GRC, les fusils à la main, semblait
déterminée à provoquer un dénouement
violent à la barricade de trois semaines.
J'affirme clairement que c'est un miracle si personne
n'a été sérieusement blessé ou même
tué au cours des événements d'hier. La GRC est
arrivée les fusils au poing, les chiens en laisse et les fusils
d'assaut pointant sur les gens, avec des autobus bondés d'agents
de la GRC qui attendaient ailleurs dans la province et plus loin encore.
Comme en témoignent les actions de
solidarité spontanées qui ont eu lieu partout au pays,
les actions d'hier ont sans doute donné un nouvel élan
à la lutte des Néo-Brunswickois contre le gaz de schiste.
Pour terminer, bien que les principaux médias
prendront tous les moyens pour dépeindre cet incident comme en
étant un « problème autochtone », notons que
jusqu'à hier la barricade recevait l'appui de divers
alliés partout dans la province. Aussi est-il important de noter
que 28 organisations, représentant des Néo-Brunswickois
de toutes les couches sociales, avaient exigé dès le
départ qu'on cesse toute exploration ou développement du
gaz de schiste.
Tout cela est venu bien avant les images de personnes
autochtones à bandeau mettant feu à des auto-patrouilles
de la GRC à Rexton. Nous examinons présentement de
très près si ces individus sont de véritables
activistes à la base ou simplement des agents provocateurs.

Plusieurs actions immédiates pour
dénoncer la violence de l'État et le droit de monopole
La nouvelle de la violence de l'État contre la
première nation Elsipogtog s'étant répandue comme
une traînée de poudre, des actions se sont
organisées dans de nombreux endroits à compter du
17 octobre. Idle No More rapporte que, du 17 au
19 octobre, au moins 48 actions ont été
organisées à travers le Canada, les États-Unis et
dans le monde. Ces actions ont condamné l'État canadien
pour son soutien violent au monopole d'énergie SWN et ont
apporté un soutien sans équivoque à la
Première nation d'Elsipogtog et à tous les autres
à travers le Canada et ailleurs qui luttent pour défendre
leurs terres, la santé de leurs communautés, leur mode de
vie et le droit de décider comment, quand et si les ressources
naturelles doivent être exploitées.
Halifax
Plus de 250 personnes ont pris part à une
manifestation animée à Halifax le vendredi
après-midi 18 octobre pour condamner la violence que
l'État canadien a provoqué contre la Première
nation Elsipogtog, au Nouveau-Brunswick.
Agitant des drapeaux et des pancartes devant une
station-service Irving Oil sur la très passante rue Robie, les
manifestants ont été constamment salués par les
conducteurs qui ont klaxonné en appui. Après avoir
écouté les discours de plusieurs orateurs, tout le monde
a marché vers le sud sur Robie jusqu'à l'intersection de
la rue Willow Tree, qui a été occupée pendant 20
minutes, puis en direction de Commons sud pour y jouer du tambour et
effectuer une danse en cercle.
Ottawa

Sur la colline du
parlement à Ottawa le 17 octobre 2013
Le 17 octobre, des
manifestations spontanées ont eu lieu à Ottawa. Un groupe
s'est réuni au Monument des droits de l'homme avant de marcher
pour rencontrer un autre groupe qui s'était rassemblé sur
la colline parlementaire à 17 heures trente. Au total, environ
200 personnes y ont participé dont les Mi'kmaq d'Elsipogtog. Les
intervenants ont souligné que les arrangements n'ont pas
fondamentalement changé depuis Wounded Knee, Oka, lac Gustafsen
et d'autres exemples de la violence coloniale contre les peuples
indigènes de l'Amérique du Nord. Ils ont souligné
que de nouveaux arrangements sont nécessaires qui permettent
d'affirmer les droits des Premières Nations et que la violence
de l'État contre les peuples autochtones doit cesser
immédiatement.
Le 18 octobre, une autre vigile s'est tenue sur la
colline parlementaire.
Le 19 octobre les jeunes des Premières
Nations ont organisé d'autres événements à
Ottawa. Le premier était une manifestation de masse
spontanée à 17 heures avec des chants et des
tambours au centre commercial Rideau. Malgré le soutien et
l'intérêt exprimés par de nombreux passants, le
groupe a été traité d'une manière hostile
par le service de sécurité du centre commercial, qui a
appelé la police. La manifestation s'est poursuivie à
l'extérieur du centre commercial et vers 18 heures les
manifestants ont marché vers la colline parlementaire. Plusieurs
dizaines de personnes ont participé et signé une
pétition en appui aux justes revendications de la
première nation Elsipogtog dans sa lutte pour affirmer le droit
à son mot à dire dans le développement des
ressources. Les militants ont fait la promotion d'une manifestation de
masse spontanée prévue le 21 octobre sous forme de
danse en cercle pour exiger la protection de notre Terre Mère,
sur le campus de l'Université Carleton, à Ottawa.
L'événement vise à informer et mobiliser les
étudiants en appui aux demandes du mouvement contre la
fracturation sur le territoire d'Elsipogtog et contre la violence de
l'État envers les populations autochtones. On trouvera ici plus d'informations sur
l'événement à Carleton. Il y a eu aussi le 20
octobre, entre 13h30 et 16h30, une collecte de fonds pour la
Première nation Elsipogtog qui s'est tenue au Centre Bronson
à Ottawa, les détails sont affichés ici.
Toronto
Le 19 octobre, près de 1400 personnes se
sont rassemblées en face du Centre métropolitain des
congrès de Toronto, au centre-ville de Toronto, pour s'opposer
à la violation des droits des peuples autochtones, y compris
l'attaque contre la première nation Elsipogtog, les dommages
environnementaux causés par les monopoles de l'énergie et
l'exclusion des peuples de la prise de décisions sur des
questions qui affectent leurs vies.
L'action de masse est l'une
d'une série de manifestations organisées à Toronto
la semaine dernière lors des audiences de l'Office national de
l'énergie (ONE) sur la demande d'Enbridge d'inverser et
d'augmenter le flux de pétrole dans son oléoduc 9, de
sorte que le bitume des sables bitumineux de l' Alberta puisse
être expédié vers l'est jusqu'à
Montréal.
Les pancartes, bannières et conférenciers
ont tous souligné que le renversement du flux de pétrole
de l'oléoduc âgé de 37 ans de la ligne
9 qui traverse de nombreuses zones habitées, notamment les
régions les plus peuplées du sud de l'Ontario, est une
recette pour le désastre. Les intervenants ont souligné
que, sur la base de son passé, Enbridge est sans conteste
indigne de confiance lorsqu'il prétend garantir la
sécurité de son oléoduc face aux fuites et
déversements.
De nombreuses pancartes ont également
condamné le gouvernement Harper et l'ONÉ pour leur appui
au droit de monopole et pour avoir abdiqué leur devoir de faire
respecter le droit public et la sécurité publique.
Le groupe a marché une courte distance jusqu'au
parc Roundhouse situé derrière le Palais des
congrès où plus d'intervenants ont été
entendus. Il s'agit notamment de nombreux jeunes autochtones qui se
battent pour protéger leurs terres, ainsi que des
personnalités culturelles bien connues comme la
chanteur-compositeur-interprète Sarah Harmer et l'actrice Tantoo
Cardinal.
Plus tôt durant la journée, les audiences
de l'ONÉ ont pris fin d'une manière inattendue lorsque
des militants et des gens autochtones ont intervenu pacifiquement
durant l'audience et l'ONÉ a décidé de mettre fin
aux procédures sur la base non fondée de
préoccupations pour la sécurité. Les militants ont
souligné qu'en plus de restreindre qui pourrait prendre la
parole lors des audiences, le projet de loi omnibus du gouvernement
Harper C-38 limite ce que ces personnes pourraient dire durant les
audiences de l'ONÉ, en limitant la discussion sur la production
ou le raffinage des sables bitumineux.
London
Le 18 octobre, une manifestation militante est
descendue dans les rues du centre-ville de London avec les manifestants
marchant vers le quartier-général du détachement
local de la GRC. Les manifestants ont également emprunté
l'autoroute 4 avec leurs affiches et drapeaux.
Kitchener-Waterloo
Windsor
Le 19 octobre, un rassemblement pour s'opposer
à la violence organisée par l'État contre la
première nation d'Elsipogtog et pour s'opposer à la
fracturation hydraulique a eu lieu devant le
quartier-général de la GRC, à Windsor. Parmi les
participants, on a dénombré ceux d'Idle No More de la
région de Windsor, du Conseil des Canadiens, du Parti
marxiste-léniniste, ainsi que des militants syndicaux et autres.
Winnipeg
Shoal Lake, Manitoba
Saskatoon


Prince Albert
Edmonton
Le 18 octobre, un rassemblement a eu lieu à
Churchill Square pour exprimer l'appui à la première
nation d'Elsipogtog et pour dénoncer la violence
injustifiée de la GRC. Les participants ont ensuite
défilé vers la Division « K » de la
GRC afin de poursuivre leur protestation.
Calgary
Le 18 octobre, plus de 1 000 personnes se sont
rassemblées au centre de Vancouver pour faire preuve de
solidarité et de soutien au blocus des Elsipogtog et Mi'kmaq en
opposition à la fracturation. Après les discours à
l'extérieur de la galerie d'art, les partisans ont occupé
une à une les rues du centre-ville en chantant
« Micmacs, c'est du tac-au-tac » après
l'assaut et les arrestations de masse commis par les agents de la GRC
lourdement armés, lors du blocus Elsipogtog au Nouveau-Brunswick.
États-Unis
Des actions ont eu lieu devant les consulats du Canada
à New York (à gauche) et San Francisco.

Le rapporteur spécial de l'ONU sur les
droits des peuples autochtones parle d'une
situation de crise au Canada

Le Rapporteur
spécial de l'ONU James Anaya (haut centre) est accueilli
à Winnipeg par les Premières Nations,
12 octobre 2013. (Lawlady)
|
C'est à Ottawa le 15 octobre que le
rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples
autochtones, James Anaya, a terminé sa visite au Canada. Lors
d'un point de presse et au terme d'une visite de 9 jours durant
laquelle il a rencontré des représentants des
gouvernements du Canada et des provinces, des Premières Nations,
des Inuits et des Métis, il a parlé des nombreux
problèmes auxquels font face les autochtones au Canada et
reconnu que plusieurs mesures ont été prises, mais il a
poliment fait remarquer que ces mesures ont été tout
à fait inadéquates et très mal vues des
autochtones eux-mêmes.
« De tout ce que j'ai appris, a dit M. Anaya,
je ne peux que conclure que le Canada fait face à une crise
quand il s'agit de la situation des peuples autochtones. L'écart
du niveau de vie entre les autochtones et non-autochtones du Canada n'a
pas été réduit au cours des dernières
années, les conflits relatifs aux traités et
réclamations autochtones demeurent non résolus et dans
l'ensemble, il semble y avoir beaucoup de méfiance de la part
des peuples autochtones envers les gouvernements, au niveau
fédéral comme au niveau provincial. »
« Le Canada se classe constamment parmi les
meilleurs pays pour son indice de développement humain, et
pourtant, malgré la richesse et la prospérité, les
peuples autochtones vivent dans des conditions comparables à
celles des pays qui arrivent plus bas dans ce classement et où
la pauvreté abonde, a-t-il expliqué. Au moins un
autochtone sur cinq vit dans une habitation ayant besoin de
réparations importantes. Ils y sont souvent entassés et
il y a de la moisissure. Le taux de suicide parmi les Inuits et les
jeunes des Premières Nations sur les réserves, cinq fois
plus élevés que pour les autres Canadiens, est alarmant.
Dans une communauté que j'ai visitée, il s'est produit un
suicide à toutes les six semaines depuis le début de
l'année en cours. Les femmes autochtones sont huit fois plus
susceptibles d'être assassinées que les femmes non
autochtones et le taux d'incarcération des autochtones est
très disproportionné par rapport au reste de la
population. Le procureur général relève depuis
plus de dix ans d'importantes disparités entre les services sur
les réserves et les services offerts à l'ensemble des
Canadiens. La Commission des droits de la personne du Canada a maintes
fois souligné que c'est parmi les populations autochtones qu'on
retrouve les plus graves problèmes sur le plan des droits
humains au Canada. »
Il a ajouté que les programmes conçus pour
aider à résoudre ces problèmes sont à toute
fin pratique « inefficaces et ne répondent pas
à l'urgence des besoins, ne respectent pas les droits issus de
traités et n'établissent pas de rapports fondés
sur le respect mutuel ».
« Aux prises avec des pénuries de
logements et la surpopulation chronique qui s'ensuit, par exemple, les
jeunes des communautés peinent à étudier à
la maison, et ceux qui décrochent des diplômes
universitaires dans les grandes villes ne reviennent pas dans leur
réserve, où ils ne pourront pas posséder leur
propre résidence ni même avoir droit à un logement
salubre. Puisqu'il n'y a que peu de possibilités d'emploi, ils
ont de surcroît peu d'incitatifs à
réintégrer la communauté. Quant à la
violence dont sont plus souvent victimes les femmes autochtones, elle
découle des bouleversements qu'ont subis les communautés
en perdant leurs enfants et une part de leur culture à cause des
pensionnats », a dit M. Anaya en conférence de presse.
Le problème de fond, mentionne le rapporteur,
c'est que les Premières Nations ont un profond manque de
confiance envers les gouvernements, auquel risque entre autres de se
heurter le projet de loi sur l'éducation promis par Ottawa.
« Sans leur participation au processus menant
à l'élaboration de cette loi, celle-ci manquera de
crédibilité », dit-il. Il réclame un
financement du système d'éducation « au moins
égal » à celui versé aux écoles
non autochtones.
En ce qui concerne la Commission de la
vérité et de la réconciliation qui se penche sur
les pensionnats autochtones, il recommande de la prolonger, et ce,
aussi longtemps que nécessaire.
Finalement, il demande une « enquête
approfondie et nationale » sur les femmes autochtones
assassinées et disparues. Selon l'Assemblée des
Premières Nations, quelques 600 femmes autochtones ont
été portées disparues ou assassinées au
cours des vingt dernières années. L'Assemblée et
plusieurs autres groupes revendiquent depuis 2012 une commission
d'enquête nationale à ce sujet, ce qu'Ottawa a toujours
refusé.
Un rapport final sera publié et
présenté l'an prochain au Conseil des droits de l'homme
de l'ONU.

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