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Numéro 131 - 4
septembre 2013
Tous avec Lac-Mégantic!
Unis pour
Lac-Mégantic - théâtre Le National ,
Montréal, 17 juillet
Tous
avec Lac-Mégantic!
• Justice pour Lac-Mégantic!
• MMA se cache derrière la protection
des tribunaux
• Le recours collectif s'étend à
d'autres entreprises
Non à la
privatisation des services publics!
• L'Institut CD Howe s'en prend aux postiers et
au service public - Louis Lang
Justice pour Lac-Mégantic!
Les travailleurs demandent justice
pour Lac-Mégantic. Pour que justice soit rendue, il faut que les
responsables de la tragédie rendent des comptes et fournissent
toute réparation, compensation, décontamination et
reconstruction nécessaires pour que la population reprenne une
vie productive dans la dignité. Ils doivent également
payer pleine compensation à ceux qui ont perdu des êtres
chers et qui ont souffert des blessures physiques ou morales ou perdu
leur maison ou leur entreprise. Pour que justice soit faite, il faut
s'assurer que les gens de Lac-Mégantic, les
Québécois et les Canadiens ne paieront pas un sou pour
tout cela. L'argent doit provenir entièrement des entreprises
qui par négligence criminelle ont préparé le
terrain à cette catastrophe. Dans cette tragédie, c'est
le gouvernement Harper, comme le gouvernement libéral avant lui,
qui porte la plus grande part du blâme parce qu'il endosse et
fait sciemment appliquer le droit de monopole de ces entreprises.
Celles-ci sont libres de mener leurs activités de façon
non sécuritaire et dans le dos des gens et de faire la loi au
pays. D'autre part, ce gouvernement traite en criminels les
travailleurs qui se battent contre ces conditions non
sécuritaires. Que le gouvernement soit responsable ne veut pas
dire que ce sont les deniers publics qui doivent payer les coûts
de la réparation. Tout l'argent doit provenir des entreprises
concernées.
À cet égard, l'ordonnance émise par
le gouvernement québécois le 29 juillet et amendée
le 14 août pour forcer les entreprises qui sont responsables de
la tragédie dans le sens le plus immédiat à payer
tous les coûts de la décontamination doit être
appliquée. Cette ordonnance vise Montreal Maine and Atlantic
Canada, Montreal, Maine and Atlantic Railway, le Canadien Pacifique,
Western Petroleum Company, World Fuel Services Corporation et World
Fuel Services Inc. Le gouvernement du Québec suggère
maintenant que vu les sommes énormes qui seront requises pour la
décontamination et les difficultés légales
à prévoir pour forcer les entreprises à payer, les
Québécois doivent s'attendre à payer une partie
substantielle de la facture. Cette position du gouvernement du
Québec n'est pas acceptable et les travailleurs doivent dire
haut et fort que ce sont les entreprises impliquées qui doivent
payer sinon elles n'ont plus le droit d'opérer au Canada.
À cet égard, la
décision de la Cour supérieure du Québec
d'accorder la protection des tribunaux à MMA face à ses
créanciers en vertu de la Loi sur les arrangements avec les
créanciers des compagnies est un affront et doit être
dénoncée avec tout le mépris qu'elle
mérite. Les victimes de la tragédie ne sont pas des
créanciers de MMA ou parties prenantes de procédures de
protection de la faillite. Leurs demandes n'ont rien à voir avec
un litige commercial et ce serait inconcevable de ramener le montant de
leurs demandes à ce que la Cour va considérer comme
étant les fonds qui sont disponibles et qui doivent être
déboursés selon le statut de créancier que leur
accorde la loi. À ce titre d'ailleurs, ce n'est pas seulement
MMA qui doit être forcé de payer pour sa négligence
criminelle, mais sa maison-mère Rail World Inc.
Justice pour Lac-Mégantic signifie aussi qu'il
nous faut intensifier notre combat pour changer la direction de
l'économie afin qu'elle serve le peuple et non les riches. Le
système économique actuel est plongé dans
l'anarchie et le chaos et cause des désastres dans la vie du
peuple. Il faut de toute urgence renouveler cette économie par
la lutte organisée des travailleurs pour défendre les
droits de tous et doter le peuple du pouvoir de décider de
toutes les affaires de la société.

À gauche: Marche
de plus de 200 personnes en appui à Lac-Mégantic à
Rimouski le 7 août. À droite: plus d'un millier de
joggeurs ont couru 12 km de Nantes à Lac-Mégantic en
hommage aux victimes de la tragédie.

MMA se cache derrière la protection des
tribunaux
Le 8 août, le juge Martin Castonguay de la Cour
supérieure du Québec a accordé à Montreal
Maine & Atlantic Canada (MMAC) la protection des tribunaux face
à ses créanciers en vertu de la Loi sur les
arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Le
même jour, le tribunal des faillites, la U.S. Bankruptcy Court,
dans l'État du Maine, a placé la société
américaine Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMAR) sous la
protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les
faillites. Les deux requêtes avaient été
déposées le 7 août.
Dans un communiqué émis le 7 août,
Edward Burkhardt, le PDG des deux compagnies, écrivait:
« Il est devenu clair que
les obligations des deux sociétés excédaient
maintenant la valeur de leurs actifs, y compris les recouvrements
éventuels au titre des assurances, en conséquence directe
du déraillement tragique survenu à Lac-Mégantic,
au Québec, le 6 juillet. Les instances en vertu du chapitre 11
et de la LACC sont le meilleur moyen d'assurer un traitement
équitable de toutes les parties dans ces circonstances
dramatiques. » « MMA souhaite continuer de collaborer avec
le ministère de l'Environnement du Québec, la
municipalité de Lac-Mégantic et les autres organismes
gouvernementaux dans le cadre du nettoyage et des mesures correctives
environnementales aussi longtemps que ce sera nécessaire et fera
tout en son pouvoir pour atteindre cet objectif », a-t-il
ajouté.
C'est en affirmant sa volonté de poursuivre le
travail de nettoyage et de mesures environnementales avec le
gouvernement du Québec et la ville de Mégantic (en fait
les deux ont critiqué MMA pour son refus de coopérer) que
MMA a présenté son intention de poursuivre toutes ses
activités au Québec (sauf à Lac-Mégantic)
au Maine et dans le Vermont. Ce plan a semblé être
contrecarré par la décision émise le 13 août
par l'Office canadien des transports qui a suspendu le certificat
d'aptitude de MMAC et de MMAR en invoquant que les deux entreprises
n'avaient pas fourni la preuve que leur assurance responsabilité
civile était suffisante pour leurs activités ferroviaires
continues. L'agence leur a d'abord ordonné de cesser leurs
activités au Canada à partir du 20 août puis a
subséquemment changé la date au premier octobre en disant
que les entreprises avaient fourni de nouvelles informations confirmant
que leur assurance responsabilité civile était
adéquate.
Dans sa requête à la Cour
supérieure, MMAC se déclare insolvable et demande
l'arrêt des procédures contre lui provenant de ses
créanciers et des multiples réclamations qui lui sont
faites ou sont susceptibles d'être faites relativement au
déraillement de Lac-Mégantic. Dans sa requête, MMAC
se réfère souvent à ses créanciers de
même qu'aux demandeurs de compensation en rapport au
déraillement comme à des parties
intéressées dont les intérêts doivent
être pris en compte sur la base d'un compromis entre eux. Selon
le MMAC, les procédures régies par la LACC offrent ce
processus de compromis entre les parties intéressées.
L'entreprise affirme dans sa requête ne
pas disposer de la capacité financière de rembourser tous
ses créanciers et de payer toutes les réclamations qui
s'accumulent. Elle dit que la protection face à ses
créanciers va permettre qu'il n'y ait qu'un seul forum où
l'on tient compte de toutes les parties intéressées
(créanciers et réclamations en rapport au
déraillement) selon la loi de protection de la faillite de
chaque pays. Elle en appelle à une distribution ordonnée
des fonds disponibles entre les créanciers et ceux qui ont
présenté des réclamations en rapport au
déraillement.
MMAC dit posséder une assurance
responsabilité civile de 25 millions $ ce qui, selon
l'entreprise, est largement insuffisant pour couvrir les coûts
des demandes de compensation des victimes et du nettoyage et de la
décontamination (la compagnie estime les coûts de
décontamination à environ 200 millions $). MMAC dit en
plus n'avoir rien reçu de ses assureurs qui contestent certaines
des réclamations.
Selon l'entreprise, celle-ci a reçu les
réclamations suivantes jusqu'à maintenant en rapport au
déraillement.
1. Un recours collectif au Québec au nom des
victimes de la tragédie;
2. Treize recours aux États-Unis de la part
d'individus agissant comme administrateurs de la succession des
personnes décédées;
3. Deux mises en demeure de la ville de
Lac-Mégantic pour se faire rembourser près de 8 millions
$ payés en salaires par la ville à des fournisseurs de
MMA faisant des travaux de décontamination;
4. Une ordonnance du ministre québécois du
Développement durable, de l'Environnement et des Parcs pour le
paiement des coûts de décontamination;
5. Une réclamation de l'entreprise de produits du
bois Tafisa (le plus gros employeur de Lac-Mégantic) pour ne pas
avoir pu expédier ses produits par train suite au
déraillement;
6. Une réclamation de Western Petroleum pour la
perte de wagons loués à MMA;
7. Une réclamation du Canadien Pacifique pour
perte d'équipement loué à MMA;
8. Plusieurs mises en demeure d'individus ayant perdu
leur maison ou leur entreprise.
C'est donc au nom de l'atteinte d'un équilibre
entre les réclamations (créanciers et
déraillement) au moyen d'un compromis entre eux, tout ceci sur
la base des fonds dits disponibles et le statut de créancier de
chacun tel que défini par la LACC, que MMAC a demandé et
obtenu la protection des tribunaux. Selon la compagnie, il faut qu'il y
ait un seul processus, qu'elle appelle forum, par lequel les
intérêts de chacun sont pris en compte.
Le lendemain matin, le 8 août, le juge Martin
Castonguay de la Cour supérieure du Québec a
accordé la protection du tribunal. Les médias ont
cité les commentaires que le juge a faits en rendant sa
décision. Il a dit avoir accordé la protection du
tribunal pour éviter « l'anarchie judiciaire » qui
s'exprimerait par des créditeurs multiples cherchant chacun
à obtenir de l'argent de MMA par des voies légales
séparées. Il a qualifié le comportement de MMA
depuis le déraillement de « lamentable » et dit que
« le tribunal n'a pas du tout été
impressionné par l'attitude de MMA », comme si le fait
d'accorder la protection du tribunal était motivé par un
idéal supérieur.
Le gouvernement du Québec a
commenté la décision du tribunal en insistant sur le fait
qu'il va tout faire pour se faire rembourser les coûts de la
décontamination. « C'est une étape importante,
puisque le gouvernement du Québec est reconnu comme un
créancier garanti. Ça va nous permettre - au nom des
victimes - de pouvoir aller récupérer le maximum des
sommes qui vont être encourues en raison de la catastrophe
», a déclaré le ministre de la Santé et des
Services sociaux du Québec, Réjean Hébert, qui est
responsable de la région des Cantons de l'Est, laquelle comprend
Lac-Mégantic. Il a dit que le gouvernement ne va pas
hésiter à utiliser tous les recours juridiques à
sa disposition pour se faire rembourser les coûts par la
compagnie et les assureurs.
La ministre fédérale des Transports Lisa
Raitt a dit que « cette annonce ne signifie pas que la MMA n'a
plus de responsabilités à assumer à l'endroit des
gens de Lac-Mégantic ».
L'avocat montréalais Jeff Orenstein, un des
avocats qui représentent les survivants de la tragédie de
Lac-Mégantic dans le recours collectif au Québec, a dit
que la compagnie cherche à gagner du temps pour se
réorganiser, « pour voir ce qu'ils peuvent faire pour
satisfaire leurs créanciers ». « Nous n'avons pas
l'intention de suspendre nos actions », a-t-il dit. « Nous
allons de l'avant pour obtenir justice pour tous ceux qui ont
été blessés dans le déraillement du train
».
Edward Jazlowiecki, un avocat américain
représentant des familles de Lac-Mégantic dans un autre
recours collectif, a dit à une émission de radio de CBC
qu'il n'est pas inquiet en ce qui concerne la compensation
recherchée pour les familles.
« MMA est juste une petite vis dans l'engrenage.
» « La compagnie-mère, Rail World Inc., a des avoirs
partout au pays. Elle en a aussi en Estonie, en Pologne, en Latvie et
en Ukraine. Ils sont partout, c'est un très gros
conglomérat ». Il a dit que le recours collectif vise 11
défendeurs dont des entreprises pétrolières et que
celui-ci se poursuit.
Depuis que la protection du tribunal a été
accordée, le syndic nommé par la Cour, le Groupe conseil
Richter, a confirmé que le gouvernement du Québec a un
statut de créancier garanti dans les procédures, mais ce
n'est pas le cas des recours collectifs déposés au nom
des résidents de Lac-Mégantic. Le gouvernement du
Québec a dit qu'à cause du montant de fonds limité
qui va être mis à la disposition des créanciers par
les procédures de la LACC et du statut différent des
créanciers, il apparaît évident que le gouvernement
du Québec devra faire tout en son pouvoir pour aller chercher
autant qu'il le peut dans ces procédures et diviser le montant
entre les compensations aux victimes et le paiement des coûts en
décontamination et que les contribuables québécois
vont devoir payer le reste.
Pendant ce temps, le monopole J.D. Irving a
exprimé un intérêt à acheter, par le biais
de sa filiale ferroviaire NB & M Railways, les opérations
canadiennes de MMA. La vice-présidente de J.D. Irving a dit que
l'entreprise, qui a des voies ferrées dans le Maine et au
Nouveau-Brunswick, veut se garantir des voies ferrées qui sont
essentielles à ses opérations manufacturières au
Nouveau-Brunswick.

Le recours collectif s'étend à d'autres
entreprises
Dans le numéro de juillet-août, Forum
ouvrier faisait état du recours collectif intenté
au Québec au nom des victimes de la tragédie de
Lac-Mégantic. Le 15 juillet, une requête d'autorisation en
recours collectif a été déposée au Palais
de Justice de Sherbrooke dont les intimés étaient
Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), le transporteur du
pétrole brut qui a pris feu et explosé lors du
déraillement, ainsi que la maison-mère de MMA, Rail World
Inc. Quelques jours plus tard, les avocats des requérants ont
ajouté les noms de World Fuel Services Corp., Dakota Plains
Holdings et Irving Oil Limited. World Fuel Services Corp. est le
propriétaire du pétrole brut qui était
transporté du North Dakota vers le Nouveau-Brunswick et Irving
Oil devait recevoir le chargement à sa raffinerie du
Nouveau-Brunswick. Les réclamations contre ces entreprises sont
basées sur l'argumentation que ces compagnies ont
échoué à assurer que le contenu hautement
inflammable et explosif des wagons DOT-111 qui ont
déraillé dans le centre-ville de Lac-Mégantic dans
la nuit du 6 juillet soit transporté de façon
sécuritaire. World Fuel Services prétend n'avoir aucune
responsabilité dans la tragédie puisqu'il a donné
le transport du brut en contrat à Canadien Pacifique, qui lui
l'a donné en sous-traitance à MMA.
Le 16 août, c'était au tour du Canadien
Pacifique d'être ajouté à la liste des
intimés. Le CP est blâmé pour avoir confié
le transport de ces huiles de schiste hautement explosives à un
transporteur qui a une des plus mauvaises performances du point de vue
sécurité et qui fait le transport sur des voies
ferrées en mauvaises conditions sur lesquelles le transport de
matières inflammables et dangereuses ne peut excéder une
vitesse de 10 km/h. Le recours collectif fait aussi valoir que le CP
était au courant que MMA était insolvable et n'avait pas
les assurances nécessaires. L'amendement du 16 août a
aussi ajouté à la liste des intimés Union Tank Car
Company, Trinity Industries et General Electric Car Services Corp. (les
propriétaires des wagons) ainsi que Western Petroleum Company
(qui les a loués des propriétaires). L'avocat de
Lac-Mégantic, Daniel Larochelle, a expliqué que ces
entreprises ont été ajoutées parce qu'elles
étaient « bien conscientes que les wagons-citernes DOT-111
étaient 'non-renforcés' et qu'il s'agissait là
d'un modèle dépassé, complètement
inadéquat pour le transport des huiles de schiste hautement
[explosives] ».
Le recours collectif vise à obtenir compensation
pour la perte de proches parents ainsi que pour les personnes qui ont
subi des préjudices corporels, matériels et moraux, de
même que pour les personnes qui ont perdu des biens ou leur
entreprise. La requête est inscrite au nom de deux
Méganticois, Yannick Gagné et Guy Ouellet. Yannnick
Gagné est le propriétaire du Musi-Café qui a
été détruit lors des incendies. Trois de ses
employés sont morts dans la tragédie et 12 autres se sont
retrouvés sans emploi. Guy Ouellette a perdu sa conjointe dans
la tragédie.
La Cour supérieure va statuer le 16 septembre si
le recours collectif est autorisé.

Non à la privatisation des
services publics!
L'Institut CD Howe s'en prend aux
postiers et au service public
- Louis Lang -
Dans un rapport publié le 8 août 2013,
l'Institut CD Howe dit que la société publique Postes
Canada doit être davantage privatisée. Il dit
prévoir une réduction radicale du volume du courrier
postal dans un proche avenir, une hausse importante des coûts du
service de livraison à domicile et du service rural, un
déficit de solvabilité du Régime de pension
à prestations déterminées et des
« coûts de main-d'oeuvre »
élevés et conclut que Postes Canada doit
« remettre une plus grande part du service postal à
la sous-traitance, petit à petit réduire le monopole
gouvernemental sur le service public et essayer d'éviter de trop
nombreuses mises à pied de ses employés ».
D'autre part, « le gouvernement doit subventionner
directement les services dans les régions
éloignées plutôt que de les subventionner
directement en utilisant les revenus générés
auprès des consommateurs urbains ».
Cela rappelle le rapport d'avril 2013 du Conference
Board du Canada, commandé par Postes Canada, qui y allait aussi
de sombres prévisions sur la santé financière de
la société d'État.
Les deux rapports font partie d'une attaque
concertée contre les travailleurs des postes et le service
postal public par des sociétés monopolistes qui veulent
s'approprier les secteurs les plus profitables du service postal. Aux
États-Unis, l'offensive est menée par Pitney Bowes, une
des plus grandes sociétés du secteur postal au monde.
Plus tôt cette année, Pitney Bowes a financé une
étude par un groupe d'experts de droite aux États-Unis
qui proposent la création d'un système postal
« hybride », à la fois public et
privé. Deux des trois composantes du service postal
américain, le service du détail et les centres de tri,
seraient privatisés tandis que le gouvernement continuerait
d'assumer la responsabilité du troisième, le service de
livraison du courrier.
S'il y a des variations dans tous ces rapports, ils ont
toujours en commun qu'ils prévoient une baisse rapide du volume
du courrier et soutiennent que ce fait de pair avec plusieurs autres
facteurs exerceront une pression financière considérable
qui menace la viabilité du service. Ces rapports ont
également une autre chose en commun : ils ne contiennent
pas de statistiques ou de faits précis pour appuyer leurs
prétentions absurdes.
Par exemple, dans le cas du service postal
américain, son dernier bilan financier montre clairement que les
volumes du courrier sont stables et que s'il y a une pression
financière, elle vient surtout de la privatisation
effrénée du service, avec ses échecs, ses
augmentations de coûts et ses dédoublements. La
privatisation du service postal qui est un important cheval de bataille
pour les politiciens américains a déjà
entraîné la perte de dizaines de milliers d'emplois, la
vente des comptoirs de détail, la fermeture et la consolidation
des entrepôts et centres de tri, la sous-traitance du travail
normalement fait par les employés de la société
d'État et l'abolition de certains services, comme la livraison
le samedi.
Les rapports de la Conference Board et de l'Institut CD
Howe ne montrent rien de différent. Les auteurs de
l'étude de CD Howe affirment qu'on prévoit une chute de
27 % du courrier postal canadien entre 2012 et 2020. Ils
n'offrent pas de statistiques pour appuyer cette affirmation. Si nous
examinons les bilans financiers de la Société des Postes
du Canada au cours des dix dernières années, on voit
qu'en 2003 elle a traité 10,7 milliards de
pièces de courrier et obtenu des revenus de
6,3 milliards $ alors qu'en 2012 elle a traité
10,1 milliards de pièces de courrier et obtenu des revenus
de 7,5 milliards $. Il y a eu une petite baisse de ce qu'on
appelle le courrier de transaction (factures), mais la perte a
été compensée par l'augmentation du volume pour
les autres types de courrier.
Le fait que malgré l'abolition de milliers de
postes et la fermeture de boutiques et de centres de tri les revenus de
la société ont continué d'augmenter montre
à quel point la soi-disant modernisation du service postal
signifie en pratique l'intensification de l'exploitation des
travailleurs et travailleuses des postes. Les bilans financiers annuels
de la société des postes ne permettent pas d'appuyer les
prédictions exagérées de l'Institut CD Howe.
L'Institut prétend que les coûts
élevés du service de livraison à domicile exercent
une pression additionnelle sur les finances de la société
d'État. Ce qu'il ne mentionne pas, par contre, c'est que les
nombreuses nouvelles adresses qui s'ajoutent chaque année ne
sont plus incluses dans la livraison à domicile. Même si
la nouvelle demeure se situe sur un itinéraire existant de la
livraison du courrier, elle ne sera pas incluse et les nouveaux
résidents devront aller chercher leur courrier à une
boîte postale communautaire, qui est la méthode la moins
coûteuse de distribuer le courrier.
L'Institut prétend que le déficit de
solvabilité du régime de pension s'est accru de 26 %
en 2012, pour se situer à 5,9 milliards $, ce qui est
une autre source de pression sur les finances de Postes Canada. Mais il
ne dit pas que la raison pour laquelle le régime de pension
à prestations déterminées est si
déficitaire est que la société d'État a
manqué à ses obligations à cet égard.
Voici ce que dit le Rapport annuel 2012 de Postes
Canada : « À court terme, Postes Canada
prévoit continuer à recourir à la
législation qui permet aux sociétés d'État
de mieux gérer leurs obligations en matière de
capitalisation et demander de nouveau l'approbation d'un
allégement en 2013, afin de réduire ses paiements de
solvabilité spéciaux. Toutefois, étant
donné que selon la loi en vigueur, la limite de
l'allégement est fixée à 15 % des actifs du
régime, nous prévoyons atteindre cette limite au
début de 2014. »
En fait, la société a pu utiliser des
amendements à la loi pour se soustraire à ses obligations
envers le régime de retraite. Par conséquent, son refus
d'honorer sa contribution ajoutera 2,4 milliards $ au
déficit du régime d'ici la fin de 2013. Selon le rapport
annuel, en 2012 Postes Canada a enregistré des pertes
actuarielles se chiffrant à 780 millions $, mais elle a
l'intention d'utiliser une échappatoire de la loi et faire une
contribution de 28 millions $, ce qui aggravera le
problème de solvabilité du régime.
Pour transférer encore plus le fardeau de la
crise qu'elle a créée avec le régime sur le dos
des travailleurs, la société a invoqué le fameux
projet de loi omnibus du budget du gouvernement Harper (C-45) pour
unilatéralement augmenter la part des travailleurs aux
coûts du régime de 40 à 50 %. Le Syndicat des
travailleurs et travailleurs des postes a promis de mener une bataille
là-dessus.
La chose la plus importante à retenir en ce qui
concerne ces rapports et leurs prévisions de malheur est que les
travailleurs des postes et l'ensemble des Canadiens doivent rejeter
cette logique perverse qui dit que s'il y a une baisse du volume du
courrier ou sous-financement du régime de retraite ou autre
histoire inventée par les sociétés monopolistes et
les gouvernements, la solution est d'attaquer la sécurité
et le moyen de subsistance des travailleurs, même ceux qui sont
à la retraite. Ce ne sont pas des solutions, ce sont des
prétextes inventés pour faire payer aux travailleurs les
conséquences de l'irrationalité et insouciance du conseil
d'administration de Postes Canada et du gouvernement Harper.
Le droit à la sécurité et à
un moyen de subsistance à un niveau acceptable n'est pas un
cadeau que fait la société d'État. Ces droits nous
appartiennent parce c'est nous qui dispensons ce service par notre
travail et parce que nous avons combattu dans les conditions les plus
difficiles pour défendre ces droits.
Les rapports de l'Institut CD Howe et du Conference
Board du Canada montrent clairement que le gouvernement Harper et les
entreprises qu'ils représentent rejettent l'idée
même d'un service postal public qui dessert les Canadiens d'un
océan à l'autre, dans toutes les régions. C'est
aux travailleurs et travailleuses des postes qu'il revient de
défendre le service postal public et leurs droits, parce que le
gouvernement Harper et les personnes qu'il nomme au conseil
d'administration de Postes Canada sont engagés dans la
destruction nationale à fond de train.

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