Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 127 - 17 août 2013

Anniversaires historiques

Nécessité de changement!
de Hardial Bains

Préface de l'auteur à l'édition de 1998
Le besoin d'agir maintenant, consciemment
- Présentation du Centre d'études idéologiques au séminaire tenu
sous le thème «La dialectique vit!»


Chaque année en août le PCC(M-L) organise des activités spéciales pour célébrer le mouvement qui a donné naissance au Parti et qui inspire les membres et sympathisants à le poursuivre dans l'ici-présent. Ces activités comprennent une visite au Monument du Parti au cimetière Beechwood à Ottawa, érigé à la mémoire du fondateur et dirigeant du Parti Hardial Bains et de tous les camarades du Parti qui se sont avancés pour bâtir le Parti et ne sont plus.


Hardial Bains
1939 - 1997

Ces célébrations sont l'occasion de discuter de la signification de la rencontre historique de 1989 à Chertsey, Québec, lorsque le monde était sur le point d'être entraîné dans le mouvement de repli de la révolution avec la chute de l'Union soviétique et des régimes d'Europe de l'Est. La réunion de Chertsey a affirmé qu'aucun individu, collectif ou force sociale ne pouvait agir comme avant et que tous devaient trouver comment s'orienter dans les conditions du repli de la révolution. À cette occasion, au nom du Parti, Hardial Bains réaffirma avec force conviction cette qualité du PCC(M-L) de toujours avancer courageusement dans toutes les conditions et circonstances. En dépit de toutes les perfidies et trahisons, le PCC(M-L) a toujours démontré ses convictions par ses actes, par sa préparation constante à diriger et appliquer la stratégie et les tactiques du Parti qui ont pour but de transformer les succès historiques en victoire historique.

Le 15 août est aussi l'anniversaire de l'historique conférence « Nécessité de changement » tenue à Londres, en Angleterre, en 1967 où fut élaborée et adoptée l'analyse Nécessité de changement. L'analyse Nécessité de changement (publiée sous forme de brochure suite à la conférence de 1967 et republiée en 1998 avec une préface de l'auteur) est une importante contribution au développement des facteurs subjectifs de la révolution. Elle est la base idéologique du PCC(M-L). Elle a eu une grande influence sur la formulation de son programme et de sa théorie durant ses années formatrices et sur la refonte idéologique des activistes qui s'étaient avancés pour entreprendre les tâches de la révolution. En s'attaquant aux problèmes de la qualité de la pensée et de la qualité de l'action, l'analyse Nécessité de changement a infusé l'ici présent de 1967 à aujourd'hui. Elle a fait l'histoire et continue de faire l'histoire.


Rencontre historique de Chertsey, Québec, en 1989

C'est tout un domaine d'étude qui s'ouvre lorsqu'on retrace la carrière de ce document historique et en particulier de son appel révolutionnaire : « La compréhension requiert un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir ». Comme il est souligné dans la préface de l'édition de 1998 du livre Nécessité de changement ! :

« Il est à la fois passionnant et nécessaire de retracer ce qu'il est advenu de cette idée épousée il y a trente ans. Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quelle forme prend-elle aujourd'hui ? Quel rapport y a-t-il entre cette idée et l'exigence que l'organisation de base soit l'organe de la lutte de classe à son niveau et le pivot du PCC(M-L) ? Quel rapport a-t-elle avec l'exigence contemporaine que toute activité soit basée sur les collectifs du peuple et sur la définition moderne des droits, qui reconnaît que les êtres humains naissent en société et que cette société a le devoir de reconnaître leurs réclamations ? »

Cette perspective reste d'actualité. En partant du présent, en tirant du passé ce qui est pertinent et en plaçant les collectifs du peuple au centre de toutes les considérations, notre historiographie peut retracer le parcours de la conscience de la nécessité de changement qui imprègne l'activité matérielle sensuelle depuis 1967. On peut étudier tant la conscience que la matière, mais seulement si l'on part du mouvement de la classe ouvrière et si l'on se sert de la théorie comme guide.

La matière sociale et la conscience sociale ne laissent aucun impact sur la société si elles ne sont pas une force vitale reçue par les sens, reflétée dans le cerveau, digérée, analysée et synthétisée, et à nouveau reflétée dans l'action. Ce reflet présuppose des rapports entre les humains dans la société et avec la nature. Puisque ces rapports proviennent de l'activité matérielle sensuelle, le matériel de la pensée humaine est déterminé par les rapports que les humains entretiennent entre eux et avec la nature.


Affiche de la conférence Nécessité de changement de 1967

Pour centrer son attention sur ce processus historique, le cerveau humain doit délimiter une discipline dans laquelle oeuvrer. Le cerveau, produit de la nature, révélera ce qui est reflété en lui. S'il manque de discipline et ne reste pas fidèle au sujet auquel il s'intéresse, il devient la proie de ce qui le bombarde de toute part et devient victime de l'incohérence, du chaos, de l'angoisse extrême et du désespoir.

Les pouvoirs en place mettent beaucoup d'effort à maintenir un état d'incohérence, d'irrationalité, d'irréflexion et de désoeuvrement pour maintenir caché ce que révèlent les conditions concrètes et pour soumettre toute personne et toute chose à l'autorité et à la discipline des « différentes classes qui ont usurpé le pouvoir par la force ». L'action résolue est nécessaire pour rejeter cette pression qui pousse à agir de façon irréfléchie et sans but ; il faut la participation consciente à l'acte de découvrir ce que révèle l'expérience directe dans la situation actuelle.

La participation consciente présuppose qu'il y a des choses dont il faille parler, qu'il faille communiquer, et pour cela il faut la réflexion sociale et ses moyens : le cerveau, la parole et ses organes. C'est seulement en disant son mot qu'on peut argumenter des définitions pour une perspective, une vision, juger de ce qui est pertinent et donner une voix à la motivation derrière ce travail de recherche de la vérité dans les faits pour servir le peuple.

Quand la conscience sociale subit les assauts répétés de la culture bourgeoise et est attaquée par la promotion de l'individualisme narcissique et égocentrique, il est difficile de maintenir la fidélité envers ce que révèlent les conditions concrètes afin de l'argumenter à l'aide d'opinions et de positions raisonnées. L'« acte de découvrir » par le travail systématique et professionnel requiert l'échange social, c'est-à-dire d'abord et avant tout la discussion. Le reflet des résultats de ce travail systématique et professionnel présuppose qu'il doit être communiqué.

C'est seulement dans la mesure où le travail systématique et professionnel reste fidèle à ce que les expériences et la réalité révèlent et reflètent dans le cerveau que les plans dressés pour résoudre les problèmes posés peuvent être entrepris et menés à terme avec succès. Sans ce lien ferme avec les conditions réelles, on abandonne la classe ouvrière et ses alliés aux préjugés et aux notions préconçues véhiculés par les pouvoirs en place.

En entreprenant ce travail systématique et professionnel et en le communiquant, on apporte une contribution à la création d'une nouvelle discipline concernant l'origine et le développement de la conscience de la nécessité de changement. Cette discipline est directement liée aux deux domaines les plus mal étudiés aujourd'hui : le Parti communiste et la Révolution.

Ceux qui ressentent la nécessité de changer leur situation et un désir de s'attaquer aux problèmes qui surgissent spontanément des conditions et des nombreuses luttes et nombreux mouvements auxquels ils participent sont inspirés par l'analyse Nécessité de changement. Qu'est-ce que cette société dans laquelle nous vivons, de quelle société avons-nous besoin et comment peut-on s'organiser pour réaliser cette société nouvelle ?

Aujourd'hui, il est d'autant plus urgent de rejeter la pensée agressive et coercitive des pouvoirs en place qui déclarent que l'histoire est arrivée à sa fin et qu'il n'y a pas d'alternative. Les notions bourgeoises de l'histoire-en-tant-que-telle, l'histoire quelque part ailleurs, hors de l'atteinte de la classe ouvrière et de ses alliés, l'histoire en tant que domaine réservé aux « différentes classes qui ont usurpé le pouvoir par la force », éliminent la possibilité de développer la conscience du besoin de changement et d'une société nouvelle. Elles sous-entendent que toutes les idées ont assumé leur forme finale et parfaite, que ce soit en politique, en philosophie, en économie, dans la culture ou dans tout autre domaine, et qu'en fait elles ont toujours revêtu cette forme depuis les temps immémoriaux. Elles sous-entendent que le progrès matériel n'est possible que si le statu quo est maintenu sans rien remettre en question. Par exemple, les pouvoirs en place prétendent que les révolutions scientifiques, technologiques et industrielles ne peuvent continuer que dans le système qu'ils dominent et contrôlent, et que les problèmes qui surgissent ne peuvent être résolus que dans les limites de ce système. Cette notion contradictoire de stagnation des idées et des rapports entre les humains et avec la nature alors que la matière change, que les forces de production changent, impose une double conscience : une conscience pour les idées et les rapports qui nous sont imposés et une autre pour ce qui se produit matériellement dans le monde, mais qui échappe à notre contrôle et qui est imperméable à nos dires et actions.

Le PCC(M-L) s'oppose à l'anti-conscience qu'il n'y a pas d'histoire à créer. En étudiant la conscience et l'analyse de la Nécessité de changement dans son développement historique et en faisant le travail nécessaire, nous prouvons l'erreur de cette thèse dangereuse. Le but visé par les pouvoirs en place quand ils affirment qu'il n'y a pas d'histoire à créer est de priver la classe ouvrière et ses alliés de leur conception du monde et de leur perspective. Priver le peuple de sa conception du monde est un crime contre l'humanité que commettent « les différentes classes qui ont usurpé le pouvoir par la force », au même titre que l'exploitation, la guerre d'agression et le fascisme. La poursuite du travail de l'analyse Nécessité de changement, l'étude de la conscience de la nécessité de changement et l'organisation sur cette base sont les moyens de contester les positions idéologiques de la bourgeoisie et de démontrer que notre historiographie fait partie de la nouvelle base historique de l'action contre « les différentes classes qui ont usurpé le pouvoir par la force ».

L'objectif de l'élaboration du communisme moderne est que les travailleurs avancés puissent se munir de guides à l'action, de moyens pratiques d'avancer dans toutes les conditions et circonstances. C'est également de permettre aux jeunes de faire avancer le mouvement pour les idées éclairées dont ils ont besoin pour se bâtir un brillant avenir. L'étude et la discussion de la nécessité de changement et du communisme moderne sont pour ceux qui les entreprennent des tâches pratiques concrètes.

En cette occasion, le Comité central transmet ses salutations révolutionnaires les plus chaleureuses à toutes les organisations du Parti, à tous les sympathisants et amis du Parti et à tous ceux qui sont engagés dans le travail crucial pour ouvrir la voie au progrès de la société. Jamais leur contribution au travail pour réaliser de nouvelles percées n'a été aussi importante. Jamais ils n'ont été aussi bien servis par le modèle établi par le PCC(M-L) et son dirigeant Hardial Bains qui ont déclaré sans jamais hésiter :

Nous sommes nos propres modèles !
Montrons l'étoffe révolutionnaire du Parti par nos actes !

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Nécessité de changement! De Hardial Bains

Préface de l'auteur à l'édition de 1998

Mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept marque le trentième anniversaire de la publication de la brochure Nécessité de changement ! par les Internationalistes. Elle présente l'analyse qui fait de la refonte idéologique la clé du développement ininterrompu et de la victoire de la révolution. Prenant pour point de départ la situation concrète contemporaine et les problèmes du mouvement ouvrier, les Internationalistes abordèrent les questions de l'organisation et du rôle de l'individu dans la transformation révolutionnaire dans le contexte du travail du collectif. Ils lancèrent une offensive résolue contre les formes idéologiques et sociales de la culture dominante, préparant les forces subjectives de la révolution dans le cours de batailles de classe révolutionnaires.

La création d'une nouvelle classe, la classe ouvrière, a conduit à la création d'une nouvelle idéologie et d'une nouvelle forme sociale, une nouvelle cohérence propre à cette nouvelle classe. La nouvelle classe ascendante laisse sa marque dans la mesure où elle lutte pour ses intérêts et pour réaliser sa cohérence nouvelle. Le trait le plus caractéristique de la classe ouvrière, qui la distingue si radicalement des autres classes, est qu'elle ne peut s'émanciper sans du même coup émanciper l'humanité tout entière. La nouvelle cohérence à laquelle elle donne naissance doit donc refléter ce but : l'émancipation de l'humanité tout entière.

Dans son déclin, la vieille classe, la classe capitaliste, introduit ses propres notions d'émancipation, sa propre corruption dans le mouvement ouvrier. Elle appelle les travailleurs à lutter pour « une plus grande part du gâteau », à réclamer une redistribution de la richesse sans remettre en cause la vieille société. Elle a créé une situation intenable où la classe ouvrière finance elle-même ses dirigeants qui luttent contre ses intérêts.

En 1967, un vaste mouvement d'opposition surgit contre ces tendances bourgeoises qui s'étaient également retranchées dans le mouvement communiste, le menant au bord de la liquidation. Plusieurs tendances apparurent, allant du pur intellectualisme sur « la position juste » au simple alignement sur un centre quelconque — Moscou, Belgrade, Beijing, l'Europe et ainsi de suite.

Les Internationalistes lièrent la lutte idéologique et la lutte contre la culture bourgeoise au travail concret pour bâtir une organisation et la renforcer. L'analyse Nécessité de changement se voulait une contribution à la création d'une conscience collective de cette approche. Elle offrit par sa grande portée une vision inspirant tous et chacun à mener le travail idéologique et à épouser les formes sociales correspondant aux tâches qu'ils devaient accomplir. Ce fut un appel de clairon pour les activistes, les communistes et ceux et celles qui voulaient devenir communistes, un appel à rompre avec la vieille conscience, l'anticonscience, les « préjugés particuliers de la société, transmis par les parents et les institutions sociales ». Cela se faisait en rapport avec l'appel à « chercher la vérité pour servir le peuple ». L'analyse Nécessité de changement présentait avec force une conception du monde qui prenait le matérialisme dialectique et historique de Marx comme guide à l'action et proposait une façon de s'attaquer aux problèmes de la lutte idéologique et des formes sociales.

Les différentes écoles contemporaines de l'irrationalisme, désespérément promues dans les cercles officiels, ont une chose en commun avec ce qui était propagé dans les années soixante : les affirmations dogmatiques et l'action aveugle. On affirme qu'il n'y a pas de monde réel et que, par conséquent, le point de départ pour acquérir une conception du monde est soit de nier l'existence du monde, soit d'admettre l'existence d'un « monde réel » tout en déclarant qu'il est impossible à transcender, ce qui conduit au « désespoir existentiel ». Dans les deux cas la réalité est présentée comme une question d'interprétation et de définition et il n'y a pas d'action avec analyse. En éclairant le rapport entre les êtres humains, la société et la nature, l'analyse Nécessité de changement a percé au travers toutes les tendances irrationnelles de l'époque. Cette analyse et cette idéologie sont encore nécessaires aujourd'hui.

L'analyse Nécessité de changement part de ce qui est donné. Elle analyse ce qui est donné pour le surmonter et établir ce qu'il renferme vraiment. Elle établit une méthode valable et propose une façon concrète d'aborder la réalité. Elle commence en s'attaquant à la question de l'histoire. Au chapitre L'histoire-en-tant-que-telle, elle fait découvrir le rôle profondément vivant de l'histoire, par opposition à ce qui ne fait qu'exister dans le présent.

Selon notre historicisme à nous, l'histoire part du présent. Elle révèle précisément le problème posé et à résoudre. C'est la résolution de ce problème spécifique qui crée l'histoire. Si le problème, en tant que problème historique, ou si les contradictions qui sont historiques, ne sont pas résolus, il n'y a pas de marche vers l'avant, donc pas d'histoire. L'analyse Nécessité de changement soutient que la simple chronique des événements historiques qui part du passé et qui se fait suivant les intérêts des « diverses classes de gens qui ont usurpé le pouvoir par la force » est en réalité un procédé pour empêcher de voir comment le problème s'est créé et comment il doit être résolu. Elle explique qu'« il est impossible de comprendre la condition humaine à partir de leur définition de l'histoire (celles des universités et des autres institutions du « savoir ») parce qu'elle n'est qu'une chronique de l'activité des classes dominantes».

L'analyse Nécessité de changement a fait l'histoire. Elle a révélé comment les forces révolutionnaires pouvaient partir d'un point A et arriver au point B en faisant de chaque étape une pierre angulaire du développement de l'histoire. Aujourd'hui, comme dans les années soixante, la lutte idéologique et la culture dans la forme sociale assument la première position dans la construction d'une organisation révolutionnaire et dans la création des conditions subjectives de la révolution. Par exemple, un parti communiste peut-il se renforcer s'il se retire de la lutte idéologique contre l'ennemi de classe ou s'il la mène de manière non professionnelle, versant dans l'amateurisme et la spontanéité ? La réponse est non. Peut-il avoir des membres pour qui l'accumulation de la propriété privée ou la préparation d'une « carrière » vient en premier ? Un parti communiste peut-il accomplir ses tâches s'il a des membres dont la culture dans la forme idéologique et sociale est bourgeoise ? Encore une fois la réponse est non. Pour s'acquitter de ses tâches d'une manière professionnelle et soutenue, avec maturité, le parti communiste doit, d'une part, développer la culture révolutionnaire dans la forme idéologique et, d'autre part, révolutionner la culture dans la forme sociale. L'analyse Nécessité de changement établit précisément le cadre de référence nécessaire. Elle a résolu le problème de « politique révolutionnaire, culture bourgeoise ». C'est pourquoi on dit que ce travail est historique. Elle a fait l'histoire et elle la fait encore. Aujourd'hui le peuple fera l'histoire en adoptant l'analyse Nécessité de changement pour résoudre les contradictions existantes. Cette façon révolutionnaire de résoudre les contradictions existantes fera l'histoire.

Répudiant l'idéalisme de Feuerbach, Karl Marx a fait remarquer que « les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, mais il s'agit de le transformer ». Il signifiait au monde que dans tout travail, c'est la nécessité de changement qui vient en premier. Guidés par cette conception du monde, les Internationalistes ont su, en tant qu'organisation, se renforcer de façon systématique. Pour eux, chaque période apportait un problème crucial à résoudre. Ils se sont attaqués au problème posé et à résoudre, l'ont résolu et se sont renforcés en le faisant. Depuis 1970, le PCC(M-L) s'est renforcé sur la même base.

Pendant plus de trente ans, la tâche principale de ces deux organisations révolutionnaires fut de créer les conditions subjectives de la révolution. La Nécessité de changement a fait ressortir le problème spécifique à chaque étape. À moins de bien comprendre la Nécessité de changement à chaque étape et à moins de prendre les mesures théoriques et pratiques nécessaires pour réaliser le changement, il est impossible de créer les conditions subjectives de la révolution.

Dans les années soixante, les Internationalistes ont mené la lutte contre les antirévisionnistes « idéalistes » dont la caractéristique était de prendre des allures antirévisionnistes sans rien faire en pratique pour transformer la situation. L'analyse Nécessité de changement était aussi un avertissement à tous ceux et celles qui se donnent ces allures aujourd'hui ou qui pourraient le faire à l'avenir et qui affirment être ou avoir été membres des Internationalistes ou du PCC(M-L) mais qui en pratique ne font rien pour transformer la situation.

Le parti bourgeois, par contre, peut et doit avoir des membres qui ne font que se donner des airs. C'est le parti du statu quo capitaliste ; il ne peut se permettre d'avoir des membres qui s'occupent à transformer la situation, à transformer la société capitaliste en société socialiste par la révolution. Le PCC(M-L), lui, ne peut se permettre d'avoir des membres qui ne voient pas la Nécessité de changement et qui ne font rien pour la réaliser. L'analyse Nécessité de changement donnait pour la première fois aux Internationalistes une position idéologique et une méthode pour bâtir en pratique le Parti marxiste-léniniste révolutionnaire du prolétariat.

En commençant par l'histoire comme telle, l'analyse Nécessité de changement place l'attitude, la conscience et le travail de l'individu au centre, dans le contexte du travail du collectif. L'individu n'est pas pour soi, il est un individu de classe sociale, un individu pour la classe ouvrière. L'analyse Nécessité de changement appelle le travailleur conscient de son appartenance de classe et l'activiste révolutionnaire à devenir cet individu, un individu muni de la conscience et de l'organisation de la Nécessité de changement, un individu qui est indispensable à la création des conditions subjectives de la révolution. L'analyse Nécessité de changement a établi le type d'individu qu'il fallait, de quelle étoffe il devait être fait, et lui a donné naissance.

L'analyse Nécessité de changement donne également une image précise du type d'individu auquel donne spontanément naissance la société actuelle. Cet individu possède l'anticonscience, mais cette anticonscience n'est pas permanente. Le cerveau reflète l'intensification des contradictions de classe et les autres développements dans la société. Ou bien l'individu transforme ce reflet en conscience sociale pour faire partie du facteur humain-conscience sociale, ou bien il continue de faire partie du facteur antihumain-anticonscience. L'analyse Nécessité de changement appelle tous et chacun à se confronter à cette réalité et à ne pas tomber dans le piège de « sortir ».

La classe capitaliste prétend que le capitalisme est la forme suprême de la société humaine. Si c'est l'étape suprême, il n'y a donc pas de tâche historique à accomplir, pas de transformation nécessaire. L'histoire est arrivée à sa fin. Les êtres humains peuvent chercher satisfaction dans les possibilités offertes par une société divisée en classes avec une tendance à l'enrichissement des riches et à l'appauvrissement des pauvres. Or, il existe une forme supérieure de la société humaine, le socialisme, qui est la phase transitoire entre le capitalisme et le communisme. L'analyse Nécessité de changement fait appel aux êtres humains de se donner comme tâche principale de transformer la société de société capitaliste en société socialiste.

Or, les révisionnistes et les opportunistes de toute tendance présentent les formes sociales bourgeoises comme étant l'idéal qui fait se mouvoir l'humanité. Ces formes sont basées sur la subordination des êtres humains à la propriété privée. Servir la propriété privée devient alors le plus grand idéal et le seul but que chacun peut avoir dans la vie. En plus de lutter pour « une plus grande part du gâteau » et pour une sécurité d'emploi que ce système ne peut jamais offrir, ces révisionnistes et opportunistes, en véritables dogmatiques et fanatiques, s'opposent à tous ceux qui luttent pour la révolution sociale.

L'analyse Nécessité de changement a établi de claires lignes de démarcation entre celui qui est révolutionnaire dans le vrai sens du terme et celui qui est un libéral et un conciliateur, un défenseur du statu quo capitaliste. Elle appelait à « un mouvement pour le développement d'une personnalité nouvelle », une personnalité qui est créée par l'« élimination complète de la base de cette exploitation ». L'analyse Nécessité de changement donnait pour la première fois à l'individu la place qui lui revient et l'appelait à participer à la création d'une société nouvelle comme condition nécessaire à la création d'une nouvelle personnalité humaine. Tous celles et ceux qui épousaient cette analyse assumaient les caractéristiques d'une personnalité nouvelle et la création d'une société nouvelle était la condition nécessaire pour que tous les êtres humains acquièrent et surpassent cette personnalité humaine à laquelle a donné naissance la Nécessité de changement.

L'analyse Nécessité de changement présente le travail idéologique, la lutte politique et les tâches organisationnelles comme un tout qui comprend aussi la refonte idéologique des membres, pour en faire des communistes révolutionnaires militants. Mais elle fait aussi ressortir la spécificité de chacune de ces luttes, son rôle spécifique dans la création des conditions subjectives de la révolution. La lutte ainsi comprise donne naissance à la conscience qui est indispensable au développement ultérieur du mouvement.

L'offensive pour établir l'organisation est la clé, l'élément le plus important dans la préparation des conditions subjectives de la révolution. Cette organisation est l'instrument le plus avancé et le plus révolutionnaire de la révolution prolétarienne dans une société où la révolution n'a pas encore eu lieu, et un instrument de l'élargissement du pouvoir de la révolution là où elle a eu lieu. L'hésitation, l'indécision, l'amateurisme, la spontanéité et l'attitude détachée face au besoin de créer cette avant-garde la plus avancée et la mieux organisée de la classe ouvrière mettraient fin à la révolution avant même qu'elle ne commence.

En fait, dans une société où l'individualisme bourgeois est présenté comme le produit suprême de l'humanité, l'individu n'a pas de place. Cette société étouffe toute initiative individuelle entreprise dans le cadre du mouvement émancipateur de la classe ouvrière. Avec sa subversion idéologique de l'initiative individuelle et le blocage par les formes sociales, la culture dominante est la première ligne de défense du système capitaliste-impérialiste contre ceux qui le combattent.

La brochure Nécessité de changement ! part d'une offensive totale contre cette subversion idéologique et ce blocage par les formes sociales. Elle le fait en lançant l'appel le plus révolutionnaire qui soit : « La compréhension nécessite un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir », plaçant l'action au premier plan et la compréhension à son service. C'est ainsi que les Internationalistes ont réglé les comptes avec la notion dominante qui fait de la compréhension une condition préalable à l'action. L'action est la condition préalable à la compréhension par l'individu, par le collectif ou par les deux. Cette action se présente non pas comme une chose en soi, détachée de tout le reste, mais comme « un acte de participation consciente », « l'acte de découvrir ». En plus de donner préséance à l'action, cette brochure révolutionnaire met l'accent sur la qualité de la participation, sur la nécessité de l'action suivant un plan, ce que nous avons appelé l'« action avec analyse ».

Au Canada et dans les autres sociétés capitalistes modernes, la socialisation de la production a mis à l'ordre du jour la socialisation du mode de production. Celle-ci est faite par l'ensemble du collectif à ses propres fins, pour l'émancipation de la classe ouvrière et de l'humanité tout entière. C'est le problème stratégique le plus urgent à résoudre pour éliminer les contradictions qui sont à l'origine de l'anarchie, de la violence et du vol. Cette tâche du collectif, avec son but explicite, doit être entreprise consciemment et suivant un plan. Cette conscience et ce plan ne tomberont pas du ciel. Ils ne sont pas innés et ne se développent pas spontanément. La solution se trouve dans l'appel de clairon : « La compréhension nécessite un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir. » Les forces révolutionnaires doivent commencer avec leur plan, leurs actions doivent être menées consciemment en vue de la réalisation du plan. L'analyse Nécessité de changement ne nie pas le rôle de la « compréhension » mais ne l'exagère pas, comme le fait la culture dominante par ses formes idéologiques et sociales. Les Internationalistes l'ont reconnu et lui ont donné la place qui lui revient.

Beaucoup se lançaient dans l'action dans les années soixante, comme aujourd'hui. C'est littéralement par millions que les gens participent à la lutte contre l'offensive antisociale et pour un programme prosocial, lutte qui se mène d'un bout à l'autre du pays et à l'échelle internationale. Beaucoup d'activistes qui prennent la responsabilité d'organiser différentes actions se rendent compte que leurs actions en soi ne leur permettent pas d'obtenir les résultats escomptés. Bien que ces actions soient indispensables, ils doivent créer une organisation, la force subjective cruciale, pour diriger leur lutte et la conduire à la victoire. Le fait d'entreprendre l'établissement d'une telle organisation place les activistes face à face avec la réalité de la subversion idéologique de l'ennemi de classe qui se sert de la culture dans la forme sociale pour bloquer la réalisation de tout objectif. Mais sans ce travail pour créer l'organisation, la première victime sera la nouvelle cohérence. L'analyse Nécessité de changement présentée durant le programme d'étude du même nom, et exprimée dans la brochure du même nom, apportait cette nouvelle cohérence — la Nécessité de changement. L'action des masses est une occasion de s'organiser, non pas de répéter l'action continuellement. Cet aspect organisateur, cette édification idéologique du mouvement, cette création des formes sociales nouvelles, cette création de la nouvelle cohérence à la base de la nouvelle organisation, devient la garantie du succès et de la victoire finale.

L'analyse Nécessité de changement électrisa et radicalisa la situation et le travail des Internationalistes se déploya dans toute sa majesté. Après une période de trois décennies, ce travail d'organisation continue d'être la garantie de chaque victoire. L'analyse Nécessité de changement et la brochure du même nom n'étaient donc pas un simple essai scolastique pour éclairer les esprits, c'était le souffle d'un nouvel essor du mouvement. Les activistes ont vu que le fait de participer à une action, à une grève, à une manifestation ou une marche n'était pas suffisant et qu'il fallait accorder la priorité au travail d'organisation pour garantir la victoire. La force révolutionnaire de cette analyse était telle que la situation en fut radicalement transformée. Tout le mouvement se mit à reprendre les paroles et les expressions de la brochure et s'affaira à bâtir l'organisation. Aujourd'hui, trente ans plus tard, des gens écrivent au PCC(M-L) tous les jours pour savoir comment participer à ce travail car de plus en plus d'activistes se rendent compte que sans ce travail, rien ne garantit la victoire.

L'analyse Nécessité de changement s'attaque de front aux prétentions de la classe capitaliste qui dit aussi vouloir le changement. Les Internationalistes savaient que la classe capitaliste n'est plus révolutionnaire et qu'elle prêche l'« individualisme », la « compréhension » et une lutte idéale uniquement pour semer des doutes parmi le peuple quant aux possibilités d'accomplir quoi que ce soit et pour détruire sa confiance en lui. Elle sème délibérément la confusion au sujet de la culture dans la forme sociale et tente d'y noyer les efforts d'organisation du peuple. Elle cherche ainsi à l'amener à agir contre ses propres intérêts. La classe ouvrière ne peut pas s'émanciper et émanciper l'humanité tout entière sans le travail d'organisation, sans élaborer et établir la nouvelle cohérence, sans briser la subversion idéologique et la vieille conscience qui servent à la désorienter. Lorsque les Internationalistes ont accordé la priorité au travail d'organisation dans le cadre de la nouvelle cohérence, les expressions comme anticonscience, histoire-en-tant-que-telle et le « je » fasciste sont devenues les explosifs et les machettes qui ont servi à déblayer la voie pour le mouvement. Une nouvelle cohérence a commencé à se répandre qui a contribué au succès du travail des Internationalistes.

Une des plus grandes contributions de l'analyse Nécessité de changement fut de révéler que l'être humain doté d'un cerveau, avec tous les attributs d'une personne vivante, occupe une place objective dans la société. Ces êtres vivants, ces homo sapiens, sont des êtres sociaux humanisés. Ils font partie d'un monde objectif. Les idées, la théorie, les formes sociales et l'incohérence dominantes reflètent le blocage de la société. Les Internationalistes ont reconnu ce blocage et ont identifié ce qu'il fallait faire pour le briser. La nouvelle cohérence des Internationalistes, produit de la lutte contre le blocage, a assumé la forme d'une activité objective, sensuelle, matérielle, bien qu'elle concerne la conscience, le côté de la « compréhension », le côté de « la participation consciente », de l'« acte de découvrir ».

Les activistes des Internationalistes, les cadres et sympathisants, sortirent soudainement de leur anticonscience, prirent leur place dans la société en tant que révolutionnaires et créèrent les conditions subjectives nécessaires au développement du mouvement ouvrier et communiste. Ils virent que les conditions subjectives faisaient partie du monde et que c'est précisément à ce monde qu'il fallait s'attaquer. N'est-il pas irrationnel de dire, comme le fait la classe capitaliste, que ceux qui font partie du monde ne savent pas de quoi ils font partie ? Certains ont tellement dégénéré durant ces trois décennies depuis l'analyse Nécessité de changement qu'ils ont commencé à attaquer ouvertement l'épistémologie, les théories de la connaissance, qui est le produit des circonstances humaines. Ils insistent pour dire que les êtres humains doivent rejeter ces théories de la connaissance puisque, selon eux, avoir une théorie de la connaissance suppose l'existence de la connaissance et sa transposition sur la réalité.

En fait, les théories de la connaissance proviennent de la réalité elle-même, c'est-à-dire de l'environnement humain et naturel, et leur validité dépend entièrement et uniquement de cette réalité. Les ennemis de la théorie de la connaissance ne contestent pas la validité de ces théories ; ce qu'ils attaquent c'est la plus humaine des qualités humaines : la capacité de connaître. Leur commandement est : « Tu ne connaîtras point. » Ce même commandement veut l'action pour l'action et s'oppose au travail d'organisation tel que formulé par les Internationalistes.

Utilisant le langage de l'époque, les Internationalistes se sont attaqués au problème complexe et difficile du « je ». Il était très clair qu'à moins de s'attaquer à ce problème, il ne serait pas possible de débloquer le travail d'organisation. Selon l'analyse Nécessité de changement, « 'Je' est un élément de relation ou une relation. Il n'est pas une abstraction, un simple produit de la pensée, mais un phénomène ou quelque chose qui voit le phénomène ; non seulement qui le voit, mais qui admet son existence ; non seulement qui admet son existence, mais qui l'analyse ; non seulement qui l'analyse, mais qui le reflète en retour. 'Je' voit le tramway et naît. 'Je' sort et reconnaît la situation, il la reflète, il reçoit la réaction au reflet et continue. Ce 'je' n'est pas une qualité définie. »

Ainsi, si nous laissons de côté tout le reste pour l'instant, l'analyse Nécessité de changement déclare que « 'je' est un élément de relation ou une relation ». Pour que cette relation se complète, il doit y avoir quelque chose qui existe indépendamment de lui et dont il est « un élément de relation ». « Je » est « un élément de relation ou une relation » du monde social et naturel, un élément de relation ou une relation de ce qui est indépendant de lui. Et en retour, « je » dépend du monde social et naturel. Partant de ce raisonnement, l'analyse Nécessité de changement place l'être humain, en l'occurrence la classe ouvrière, au centre de tous les développements. La classe capitaliste place le « je » au premier plan et déclare que ce « je » peut avoir toutes les idées qu'il veut. Mais c'est faux. « Je » peut être transcendé, mais le monde, lui, ne le peut pas. En fait, ce « je » n'a cessé de changer parce que le monde change, se développe et se meut. Non !, objecte la classe capitaliste, le « je » décide ce que le monde peut être parce que le « je » est la seule chose qui existe réellement ; tout le reste n'étant qu'une interprétation donnée par lui. L'analyse Nécessité de changement a réfuté cette prétention et fait appel aux activistes de surmonter le blocage par leur « acte de participation consciente », leur « acte de découvrir ».

« Je » joue-t-il un rôle dans le développement ? L'analyse Nécessité de changement répond par l'affirmative tandis que la classe capitaliste, qui se dit championne de l'individu, répond férocement par la négative. Comment est-ce possible que la « conscience de soi », le « je » ou l'« élément de relation » d'une période historique n'ait pas d'impact sur cette époque donnée ? Qu'est-ce donc que ce « je » ? L'analyse Nécessité de changement déclare qu'un « je » qui n'influence pas le monde n'existe pas, tandis que la classe capitaliste présente le « je » et le « monde » comme deux entités séparées. L'analyse Nécessité de changement établit un rapport dialectique entre le « je » et le monde, un rapport à la fois d'unité et de dualité, et fait de la « volonté d'être » l'expression objective de ce mode d'existence. Un « je » avec sa « volonté d'être » influence le monde d'une manière spécifique. Une révolution victorieuse peut transformer le monde dans un sens bien précis, mais en dernière analyse la victoire de cette révolution dépend toujours de ce monde. C'est cette dépendance du « je-relation » sur le monde qui permet aux êtres humains de jouer leur rôle crucial dans le développement.

« Fais ton affaire » était le cri de bataille de la classe capitaliste qui prétendait que c'était le plus grand idéal qu'on puisse atteindre. Aujourd'hui il a été remplacé par l'exigence que chacun dans la société pourvoit à ses propres besoins, rejetant ainsi la notion même d'une société responsable envers ses membres. Mais l'analyse Nécessité de changement a réfuté cet idéal capitaliste en démontrant qu'il place les êtres humains en opposition à leurs propres intérêts. Elle a expliqué qu'il existe aussi le « je » égocentrique qui n'est pas un élément de relation. Il ne dépend pas du monde social et naturel. Au contraire, il existe uniquement en vertu de la classe capitaliste. Il est si temporaire et partiel qu'il disparaîtra avec la classe capitaliste.

« Fais ton affaire » est un appel extrêmement trompeur et dangereux, une aberration qui laisse entendre que la classe capitaliste favorise l'initiative individuelle. Tant qu'il signifie nier le monde, la classe capitaliste le soutient avec joie. L'analyse Nécessité de changement a reconnu que beaucoup de gens participaient à différentes luttes et que beaucoup souffraient de l'illusion qu'une simple manifestation ou une simple grève changerait la situation. Le « je » égocentrique les incitait à rester indifférents face à la nécessité de bâtir l'organisation, la force subjective la plus cruciale dans l'accomplissement de toute tâche. Cette indifférence s'accompagnait d'une répugnance extrême à développer le contenu idéologique de l'opposition au statu quo et à établir la forme sociale, la culture dans la forme sociale, qui facilite l'organisation. Autrement dit, c'était une opposition à la révolutionnarisation en profondeur dans le cadre du mouvement émancipateur de la classe ouvrière, à la condition de sa victoire. Il est tragique que des millions de ceux qui ont participé à la lutte soient demeurés indifférents face au besoin de bâtir l'organisation qui facilite la victoire. C'est dû à l'influence de la classe capitaliste.

L'analyse Nécessité de changement révèle par ailleurs l'existence de l'« anticonscience-extérieure-en-elle-même ». C'est l'illusion que la situation peut être changée sans que la classe ouvrière n'entreprenne de la changer. Après un examen approfondi de ce problème, l'analyse Nécessité de changement établit que les facteurs les plus importants de la victoire sont clairement l'organisation et l'idéologie, de pair avec la culture dans la forme sociale, qui les facilite toutes deux. En l'absence de ces facteurs, il est absolument impossible pour le mouvement révolutionnaire de s'imprégner de la théorie révolutionnaire. En fait, aucune organisation ne peut mener à la victoire sans développer la culture dans ses formes idéologiques et sociales pour faciliter le développement ininterrompu du mouvement.

L'élément crucial de la victoire est le facteur humain-conscience sociale, mais celui-ci n'existe pas en vase clos. Il trouve son expression suprême dans l'organisation, laquelle se renforce continuellement sur la base d'une nouvelle culture moderne et révolutionnaire dans les formes idéologiques et sociales. Les conditions concrètes des années soixante ont posé les problèmes de l'organisation, de l'idéologie et des formes sociales. L'analyse Nécessité de changement faisait appel aux activistes de s'attaquer à ces questions. C'était un appel à s'engager dans la révolution sociale plutôt que de « faire son affaire » ou de « sortir » dans l'espoir que le problème disparaisse en « se changeant soi-même », ce qui revient au même.

L'analyse Nécessité de changement a démontré avec force qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec le monde, alors que la classe capitaliste disait qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec le peuple, en particulier les travailleurs, les femmes et les jeunes. Le cri de bataille des Internationalistes était « Changer le monde », tandis que le cri de bataille de la classe capitaliste était « Changer l'individu ». L'analyse du « je », de l'existence de cet « élément de relation », a assis la tâche de changer le monde sur un fondement social solide.

L'« élément de relation » ou la « relation », pour être fidèle à lui-même, doit être objectif, indépendant de tous et dépendant du monde. Il doit être continuellement découvert et redécouvert dans le cours de la lutte. Il est le centre autour duquel évoluent toutes les autres consciences. Dans les années soixante, cet élément de relation ou relation était exprimé par ceux qui disaient vouloir le changement mais qui manifestaient l'indifférence devant le besoin de faire quelque chose pour réaliser ce changement. C'est la même chose aujourd'hui. C'est le même élément de relation ou relation qui reflète l'effort de la classe capitaliste pour regrouper toutes ses forces contre la révolution sociale. Cette classe déploie ses forces contre ceux qui entreprennent de résoudre les problèmes de l'organisation et de la culture dans ses formes idéologiques et sociales. Elle détourne beaucoup de jeunes gens de ces problèmes en les entraînant dans des activités qui ne représentent aucune menace pour elle mais qui sont autodestructrices pour ceux qui s'y laissent entraîner. L'analyse Nécessité de changement a repoussé toutes les diversions bourgeoises. Elle a accordé la priorité à la solution des problèmes et leur a trouvé des solutions en pratique. Si les Internationalistes n'avaient pas adopté cette analyse, l'organisation n'aurait pas survécu. Le même problème se pose aujourd'hui.

Le facteur dominant, c'est-à-dire tout ce qui contribue à préserver la classe capitaliste, peut se résumer dans le facteur antihumain-anticonscience. La bourgeoisie a développé ce facteur en renforçant toutes ses institutions et en imposant l'opinion que c'est en renforçant et en préservant ces institutions et les arrangements qu'elles défendent que tous les problèmes peuvent être « résolus ». Selon la classe capitaliste, ni les êtres humains ni leur conscience sociale ne jouent de rôle dans la résolution des problèmes. C'est la propriété privée et les institutions établies pour la préserver qui occupent le premier plan, de pair avec l'idéologie de l'irrationalisme. Elle leur subordonne les êtres humains et le facteur humain-conscience sociale. Elle se sert du facteur antihumain-anticonscience comme d'une arme contre toutes les forces sociales qui favorisent le changement, le développement et le mouvement. L'analyse Nécessité de changement est un solide coup porté à la classe capitaliste ; elle réfute ses prétentions à favoriser l'individu et à vouloir la « liberté » individuelle.

Dans toute activité, le PCC(M-L) accorde l'attention première au facteur humain-conscience sociale. Aucun travail ne peut être mené à bien sans lui. Le PCC(M-L) doit être perçu comme le parti politique dont l'intérêt premier est d'élever le niveau idéologique, théorique et politique de la classe ouvrière et du peuple pour qu'ils puissent concevoir et bâtir le système qui leur permettra d'avoir un contrôle sur leur vie. Qu'il s'agisse de la consolidation d'un aspect du travail du PCC(M-L), de la lutte contre l'offensive antisociale ou de la lutte pour un programme prosocial, le premier problème qui se pose est celui du facteur humain-conscience sociale. Où en est le facteur humain-conscience sociale ? Que faut-il faire pour qu'il s'élève à la hauteur de la tâche ? Le fait de poser ces questions et de trouver les moyens de faire ce qu'il faut est le début du développement du facteur humain-conscience sociale. L'analyse Nécessité de changement apporte une solution à ce problème.

Hardial Bains
2 mai 1997

Pour se procurer Nécessité de changement! (qui sera bientôt disponible en français) ou Communisme moderne, faire un chèque ou mandat de 10,00$ (taxes et manutention comprises) pour chacun à l'ordre du Centre national de publications et l'envoyer à: Centre national de publications, Boîte postale 521, succursale «C», Montréal, QC H2L 4K4.


Continuons d'avancer car la voie est claire
Que l'être humain moderne crée l'histoire
Des voix nous appellent. Avançons

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Le besoin d'agir maintenant, consciemment

Penser les rapports

La compréhension requiert un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir. Combien de fois avons-nous lu cette phrase ? Combien de fois l'avons-nous dite ? Combien de fois nous y sommes-nous arrêtés ? Voici une expérience racontée par une camarade :

« En fabriquant la bannière pour le séminaire Nécessité de changement !, j'avais en tête que la citation était : 'La compréhension requiert la participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir.' Mais ensuite j'ai lu la citation et je me suis rendu compte que c'était : 'La compréhension requiert un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir.' La question se posait donc : est-il important de dire 'l'acte de participation consciente de l'individu' ? »

Cette expérience pose le problème, mais un problème de quelle nature ? En cette période de recul de la révolution, on a souvent dit qu'aucune force sociale et aucun individu ne peut plus agir comme avant. Nous ne pouvons donc pas retourner au texte écrit, retourner aux classiques (et pour nous Nécessité de changement ! fait partie des classiques) et réciter des choses par coeur. Nous ne pouvons pas non plus nous fier uniquement à notre mémoire. Chacun d'entre nous peut donner une opinion sur ce qui est dans le texte, ce que nous nous rappelons. Il peut avoir raison comme il peut avoir tort, mais qu'est-ce que ça change ? Cela ne mène nulle part. On peut se sentir édifié de dire des choses correctes, mais cela n'aide pas à changer la situation.

Ce n'est pas une question de mémoire, de relecture, d'opinions émises en pensée abstraite, mais une question de motivation et de conception du monde. Est-ce la recherche du profit maximum, la motivation du système capitaliste, ou est-ce la recherche de la vérité dans les faits pour servir le peuple, la motivation de la classe ouvrière ? Est-ce une vision de défense du statu quo, de ses valeurs abstraites et de ses concepts anachroniques, ou est-ce une vision de résolution de problèmes concrets et d'organisation pour changer le monde, appuyée par la formulation de définitions modernes ?

Dans la préface à l'édition de 1998 de Nécessité de changement !, l'auteur place « l'action au premier plan et la compréhension à son service ». Il poursuit : « C'est ainsi que les Internationalistes ont réglé les comptes avec la notion dominante qui fait de la compréhension une condition préalable à l'action. L'action est la condition préalable à la compréhension par l'individu, par le collectif ou par les deux. Cette action se présente non pas comme une chose en soi, détachée de tout le reste, mais comme « un acte de participation consciente », « l'acte de découvrir ». En plus de donner préséance à l'action, cette brochure révolutionnaire met l'accent sur la qualité de la participation, sur la nécessité de l'action suivant un plan, ce que nous avons appelé l' »action avec analyse ». »

La compréhension consiste à acquérir non pas une information à titre personnel mais la pensée nécessaire pour voir ce que sont les conditions et comment changer la situation d'une manière qui soit favorable au peuple. Si la pensée, que ce soit sous forme de sentiments, de souvenirs, de réflexions ou autre, est détachée des conditions réelles, non seulement sommes-nous en réalité privés de l'information que nous transmettent les conditions, mais nous sommes aussi privés de la possibilité de voir comment nous percevons la situation. Sans voir le lien entre les conditions et comment voir la situation (notre perspective), nous laissons les usurpateurs du pouvoir imposer leur pensée et leurs points de vue (leur perspective). Cette perspective étrangère qui vient de la classe dominante, de pair avec l'absence d'information sur les conditions, a pour conséquence de nier les actes de participation consciente de l'individu, les actes de découverte, et de nier la pertinence de l'expérience, de la mémoire et de la pensée de la classe ouvrière et de ses alliés.

Les conditions, c'est ce qui existe subjectivement et objectivement. Nous répondons à ce qui existe, à nos besoins et à ce qui manque. Les pouvoirs en place substituent leurs notions préconçues à la compréhension des conditions et cela se fait de façon coercitive, compulsive et répétitive. On nous répète continuellement qu'il n'y a « pas d'alternative », que « les choses sont ainsi depuis les temps immémoriaux », que « la nature humaine est ainsi faite », que « le monde est insaisissable », etc. Ces notions servent à conditionner la classe ouvrière et le peuple à répondre de façon anticonsciente et à agir à l'encontre de leurs propres intérêts. Ces notions préconçues nous empêchent de voir la situation réelle et ce qu'il faut changer, elles nous détournent de l'action pour changer le monde et s'ouvrir au nouveau. Nous sommes conditionnés à la naissance, par les parents, l'école, les autres institutions et la cacophonie de la culture dominante, en particulier dans l'idéologie et dans la forme sociale, à trouver notre place dans le statu quo et à ne pas se demander pourquoi les choses sont comme elles sont.

En jeune âge nous sommes privés des moyens d'avoir nos propres aspirations. Nous sommes censés trouver notre place dans ce que les autres attendent de nous. Nos réponses sont conditionnées à n'être plus qu'un réflexe. Ces réactions sont ancrées si profondément que la réponse est immédiate et sans pensée profonde, une forme d'anticonscience. Les muscles se contractent dans un certain sens, les émotions s'agitent telle que conditionnées, l'air sort de la bouche pour former les mots de la façon conditionnée par ceux qui exercent le pouvoir. Tout cela sans l'intervention d'une seule pensée profonde. Et nous sommes amenés à croire que ce sont là nos pensées et notre compréhension.

Dire que l'action est une condition nécessaire à la compréhension, ce n'est pas seulement attirer l'attention sur la séquence des choses : l'acte avant, la compréhension après. C'est surtout attirer l'attention sur la possibilité de subvertir la réponse conditionnée qui nous est imposée et qui nous voit soumis aux conditions et aux événements et nous empêche d'être proactifs. Dans les conditions données, il est crucial de réagir et de prendre position contre toutes les agressions et toutes les politiques anti-peuple des pouvoirs en place. Nous discutons, nous manifestons, nous protestons, nous organisons, nous communiquons, nous faisons des exposés. Le fait de plonger dans les problèmes de la situation donnée, de chercher des solutions et de passer à l'action encore et encore conditionne nos réponses dans le sens de rompre avec le statu quo. Le programme Nécessité de changement ! a été organisé pour faciliter cette rupture en plaçant la création du facteur subjectif de la révolution au centre de tout travail, en s'attaquant au problème de l'organisation et de la refonte de notre conception du monde. C'est ainsi que se révèle le lien entre notre pensée et comment nous voyons la situation et les conditions données, ce qu'il faut changer et comment s'organiser pour ouvrir la voie au nouveau. L'analyse de la Nécessité de changement rappelle que nous ne pouvons pas vivre une vie divisée en deux : la pensée révolutionnaire d'un côté et la culture et le style de vie bourgeois de l'autre, avec leur assaut contre la conscience sociale et leur promotion de l'individualisme narcissique et égocentrique.

L'ici présent

Les conditions sont un appel, une vocation. Les activités que nous entreprenons sont conditionnées par le temps et l'espace. L'appel de l'époque, la vocation, est de répondre à ce que les conditions nous révèlent et d'occuper l'espace du changement.

Ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force insistent pour dire que notre activité et notre vocation n'ont pas une place précise dans le temps. S'appuyant sur une idée primitive, détachée du monde réel, détachée de l'ici présent, ils prétendent que le changement n'est possible que par l'intervention de forces extérieures, comme l'astéroïde qui aurait anéanti les dinosaures, ou des phénomènes comme la grippe aviaire, la guerre nucléaire et le réchauffement de la planète qui menacent l'être humain d'extinction. Nous n'acceptons pas cette vision apocalyptique, ce monde dicté par l'intervention de forces extérieures ! Nous réagissons avec force à cette vision qui fait abstraction du temps et de l'espace. Nous voyons que toute chose et tout phénomène a un début et une fin, que sans matière il n'y a pas de mouvement, et que sans mouvement, la matière s'effondre. Le temps et l'espace ne sont pas des choses, ce sont les conditions de l'existence. Les choses et les phénomènes se révèlent dans le temps et l'espace.

Le point de départ est tout simplement de poser la question. Par où commencer ? L'analyse Nécessité de changement ! existe, c'est donné. C'est quelque chose que vous pouvez identifier. C'est un objet et il a une histoire. C'est un livre, un programme, il a eu différentes influences au fil du temps. Vous reconnaissez qu'il existe, mais lequel de ces aspects ou de ces influences est crucial ? Sur lequel faut-il insister en particulier ? S'agit-il tout simplement de dire que vous l'avez lu et de raconter ce qu'il a signifié pour vous ?

Il faut reconnaître le sujet dans notre approche de la nécessité de changement, le processus par lequel nous acquérons la connaissance. D'abord, notre approche à la nécessité de changement doit être sans intermédiaire. Nous prenons donc acte du sujet de notre approche et cela aussi doit, pour ainsi dire, se faire sans intermédiaire. Ce n'est pas ce qui est connu, ce qui est donné, ce qui est déjà là, qui nous intéresse, mais le processus par lequel nous en prenons connaissance. Nous devons être réceptifs. Nous recevons cette information. Nous ne changeons pas ce qui est à l'origine de cette information. Cela veut dire que nous reconnaissons et la nécessité de changement, et notre approche, sans intermédiaire. Elles s'offrent à nous. Le point de départ est le présent. C'est à la fois le résultat et le point de départ de l'histoire.

Notre historiographie n'a pas comme point de départ le passé, bien que nous parlions de la période entre 1967 et 2007. Nous recevons l'information sur comment l'ici présent se présente, sur le présent. Nous savons, et nous l'avons entendu dire plusieurs fois (et encore dans la préface de l'auteur), que le point de départ est le présent. Mais si nous nous arrêtons là, nous tombons encore dans le piège de l'anticonscience. Nous prenons quelque chose qui est vrai et nous le transformons en un slogan vide de sens. Alors que fait le « je » ? Quel est le rapport entre le « je » et la nécessité de changement ? Comment activer ce « je » dans l'ici présent ?

Le présent existe objectivement. Il y a ce livre, un objet, Nécessité de changement ! Il y a ce rassemblement de personnes venues parler de ce livre, il y a ce programme. Le livre a un contenu bien à lui. Nous sommes certains de son existence. Nous sommes en sa présence et nous reconnaissons son existence, rien de plus. Vous pouvez le tenir dans vos mains et le regarder, l'ouvrir et le feuilleter, voir tous les mots imprimés. Nous savons déjà qu'il contient toutes ces phrases. Que faut-il comprendre à toutes ces phrases alignées l'une à la suite de l'autre ? Nous savons, et c'est d'ailleurs écrit, que c'est la généralisation d'une période historique donnée et d'une expérience donnée. Nous savons que c'est la base d'un programme d'action. Nous savons également que cette analyse a une très riche histoire. Elle a même fait l'histoire et continue de le faire. Elle a donné naissance à une organisation, à une conception du monde, elle est devenue le matériel de pensée et a contribué à l'élévation de la conscience des individus qui ont entrepris son programme et qui ont acquis sa conception du monde, tous ceux du passé et du présent, ceux qui l'ont épousée et ceux qui l'ont rejetée.

Nous faisons partie d'une société. Nous participons à cette société avec différents niveaux de conscience. Dans cette société, les individus qui participent plus ou moins consciemment créent un être social. L'être social a une histoire. Pour ce qui est de l'histoire, Nécessité de changement ! a été écrit au plus fort de la guerre froide, chronologiquement à mi-chemin. Nous sommes maintenant dans l'après-guerre froide, après l'effondrement de la division bipolaire du monde. L'époque est encore celle de l'impérialisme et des mouvements de libération des peuples. Voilà la période. Mais quel rapport le « je » a-t-il avec cette histoire ? Avec tous les autres « je » ? La grande complexité de ces rapports est tout de suite évidente. Cela nous dépasse. Par où commencer ? Ma compréhension à moi, l'expérience de différents collectifs, l'expérience des autres ? Ce qu'il faut voir, c'est que tout nous exclut de la participation à cette histoire.

Nous pouvons aussi examiner l'histoire particulière de l'analyse Nécessité de changement. C'est un document, un programme, des conférences... Mais elle a quelque chose de crucial qui la distingue du reste, et c'est le fait qu'il y a ce « je » placé devant cette grande complexité qui le dépasse, devant cette histoire objective. C'est l'« histoire en tant que telle », avec tous ses préjugés et toutes ses justifications censées expliquer notre place sans que nous y ayons un rôle actif à jouer, à la différence qu'il y a ce « je » et cette histoire-ci, cet être, et ce n'est pas seulement dans mon esprit. Ils existent. Et ce « je », cette conscience de la situation, et cette situation n'existent pas séparément. Ils existent dans cet instant. Ni l'un ni l'autre n'est à lui-seul dans le présent ; les deux n'existent que dans leur rapport. C'est maintenant. C'est dans l'ici présent que s'affrontent le passé et le présent. Ce « je » sera-t-il dépassé par l'anticonscience des vieux rapports du passé qui retiennent le développement ? Où jouera-t-il un rôle dans cette histoire ? Le « je » est activé seulement dans la mesure où il rejette l'anticonscience. Et au coeur de l'anticonscience se trouvent les notions qui font abstraction du temps et de l'espace.

Au XVIIe siècle la thèse était : je pense, donc je suis. On présupposait deux substances : d'une part la matière, la substance prolongée dans l'espace, de l'autre, la conscience, la substance pensante. La matière était définie en termes d'espace et le temps était défini en termes de durée de l'espace. Mais la substance pensante, elle, était perçue comme étant distincte des corps et des processus matériels et indépendante de l'espace et du temps.

Les substances physique et pensante (matière et conscience) étaient réunies par un médiateur extérieur, que ce soit Dieu ou un autre intermédiaire. Dès qu'on enlève la médiation, le rapport entre la matière et la conscience perd son sens. La pensée apparaissait comme étant sans rapport avec le temps et l'espace sauf par un intermédiaire. C'était un problème pour ceux qui cherchaient à comprendre leur situation et leur pensée parce que cette notion plaçait la pensée hors d'atteinte.

La nécessité de changement qui existe objectivement restera-t-elle hors d'atteinte, ou deviendra-t-elle la base de l'action avec analyse ? Et quelle sera la perspective ? Le conflit de perspective ou de conception du monde se trouve dans l'ici et le présent. Mon rapport avec cette nécessité de changement et cette histoire existe dans le présent. Ce « je » peut devenir un « je » conscient seulement par ce rapport.

Le « je » et la nécessité de changement existent maintenant, dans ce moment. Mais lequel vient en premier ? Si vous placez le « je » en premier et déclarez que « je » suis le point de départ et que « j »'ai cette profonde réflexion à propos de la nécessité de changement, il ne restera que : « je suis ». Il y a « je suis » et il y a « j'interprète, je décris, je suis une bonne personne ». C'est littéralement « je suis » et rien d'autre. Il n'y a pas la moindre représentation de l'automouvement du « je », de son histoire, de son expérience. Et il n'y a rien à propos du « je » et de son expérience dans l'ici présent. C'est le « je » égocentrique, sans passé ni présent. Ce ne peut pas être la conscience dont nous parlons. Ce « je » semble être indépendant de la nature et de la société et semble venir de l'au-delà. Nous ne sommes pas ici pour raconter des histoires à propos de l'au-delà, nous sommes ici parce que nous avons un intérêt dans l'ici et le présent.

Sans l'ici présent, il ne reste que l'histoire qui existe ailleurs, l'histoire en tant que telle. Et il ne restera que la possibilité de « sortir », qui est « la cause de la discorde », jusqu'à en perdre la raison. C'est maintenant qui est le moment décisif qui nous ancre dans le présent. Ce maintenant est le rapport avec la société et avec son histoire. Dans ce moment sont concentrées toutes les relations, transitions, directions des mouvements, en avant ou en arrière, vite ou lent.

Qu'une chose ou un phénomène soit possible (nous disons, par exemple, qu'un autre monde est possible) dépend de son contenu, de la somme des moments par lequel il passe. Le mouvement est dans le moment, puis il passe et fait place au moment suivant et ainsi de suite. C'est la séquence des moments successifs qui est importante. Le moment peut être mesuré en années ou en nano secondes, c'est l'ordre de succession qui est important. C'est par l'ordre de succession, le mouvement, que s'expriment les lois du développement et la nécessité de changement.

Le « je » est un universel, ce qui veut dire qu'il n'est la propriété privée de personne. Il renferme toutes les possibilités, négatives et positives, de changement. La conscience réside dans ce « je » qui est universel. Ce « je » est le « je » conscient. L'acte de participation consciente de l'individu à l'acte de découvrir est le « je » conscient.

Le « je » qui n'a que la compréhension personnelle en soi demeure passif, même égocentrique et en contradiction avec le « je » qui est universel et conscient.

C'est dans l'ici présent que le « je » voit la mascarade, le mensonge, les justifications données par ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force. Dans l'ici présent, « je » s'active, il se sent vivant. Si « je » voit la mascarade et ne résiste pas activement, s'il ne cherche pas activement la vérité pour servir le peuple, alors ce moment devient un moment d'indifférence, de passivité et d'insouciance. Ce « je » indifférent n'a plus ce moment de vie mais ne vit que pour le moment, qui est indifférent au « je » et à tout le reste. Ce « je » devient passif au point de perdre la raison dans l'insouciance.

Dans l'ici présent le « je » actif reconnaît la crise, le point tournant. Saisis le moment maintenant. Voici la rose, c'est maintenant qu'il faut danser ! Le malade va-t-il être mieux ou sa situation va-t-elle s'aggraver ? C'est le point tournant, c'est la crise. Le « je » est un agent de la crise. Deviendra-t-il indifférent ou s'activera-t-il ? La crise devient pour lui le moment décisif : il faut que ça passe ou que ça casse. Ce « je » en tant que rapport affronte la crise. C'est le moment de décision : ou bien l'indifférence, ou bien l'activation. La crise n'est pas une question de choix. Elle est indépendante de la volonté. Mais la volonté d'être, qui est fondamentale, a la capacité de s'activer par la confrontation du moment de décision. Le moment est maintenant.

La conscience et l'anticonscience

L'anticonscience, c'est l'ancienne pensée qui pénètre tout. La façon de la rejeter est d'élaborer une perspective dès maintenant en faisant valoir des définitions modernes. Nous naissons tous dans cette vieille pensée. Nous naissons dans une société moderne où existent encore les vieux rapports de production qui retiennent et étouffent les forces productives modernes. La pensée émane de ces rapports. Elle est la connaissance de ces rapports, vous ne pouvez que connaître ces rapports. La vieille pensée (anticonscience) provient de ces vieux rapports.

Les forces productives comprennent le facteur humain/prolétariat moderne, les moyens de la grande production socialisée et la révolution industrielle, scientifique et technologique continue. En ce moment ces forces productives socialisées modernes (la classe ouvrière, les moyens de production et les progrès scientifiques et technologiques) ne favorisent pas le développement de la société parce qu'elles sont retenues par les rapports de production du vieux système capitaliste, rapports qui sont fondés sur la propriété privée non socialisée. La classe ouvrière et ses alliés doivent changer le vieux système et les vieux rapports dépassés. Cela veut dire que l'énergie renfermée dans le prolétariat moderne, les moyens de production socialisés, les progrès scientifiques et technologiques et dans les peuples et leur histoire, doit être libérée du vieux système et des vieux rapports.

Le développement, qui comprend la lutte pour la production et l'expérimentation scientifique, est piégé dans les vieux rapports de production maintenus en place par le système. C'est donc le système qu'il faut changer pour mettre fin à ces vieux rapports. La pensée est le produit des rapports. Les vieux rapports donnent continuellement naissance à la vieille pensée. Nous sommes pris avec la vieille pensée émanant des vieux rapports : nous voyons les tragédies, nous pouvons parler de l'assaut contre la conscience et nous pouvons parler de ce qu'il faut éliminer pour rendre notre vie meilleure, mais cela reste dans les limites du vieux système et des vieux rapports. Il y a nécessité de changement fondamental. Sans la nécessité de changement, de développement, de changement de système, il n'y a que la tragédie.

La conscience n'est pas la même chose que la compréhension. La compréhension est spécifique à une situation historique donnée, un événement, un acte, un moment historique. La compréhension est ce que l'individu actif obtient dans son rapport avec le monde. Elle lui permet de fixer le cadre de référence, de décider du programme pratique, de formuler une analyse concrète. La conscience, elle, réside dans le « je ».

L'anticonscience extérieure à elle-même en elle-même survient pour étouffer la conscience sociale. En tant que forme de conscience, l'anticonscience extérieure à elle-même donne l'impression de transcender la nature et la société, d'être extérieure à l'histoire. C'est un voile qui couvre tout.

L'anticonscience extérieure à elle-même apparaît donc comme étant statique, inchangeable, éternelle et détachée de la force vive de l'histoire, de tout ce qui est humain et vivant.

La nature et la société changent constamment, mais l'anticonscience extérieure à elle-même en elle-même donne l'impression de tout transcender. Par exemple, en faisant abstraction de la nature et de la société, l'anticonscience affirme que l'espèce humaine se divise en races inférieures et races supérieures, où les membres d'une race décident de la qualité de l'être. Ces définitions faites d'avance qui transcendent la nature et la société sont imposées au monde entier et donnent à l'anticonscience son contenu. Elles ne sont pas l'expression, le reflet ou le produit des conditions historiques réelles.

Prétendre que cette conscience est en soi donne l'impression que ces catégories sont éternelles et qu'elles sont le produit de quelque chose au-delà du monde historique et naturel. Divers slogans apparaissent : « la fin de l'histoire », « la mission civilisatrice de l'homme blanc », « la destinée manifeste », « les valeurs universelles », « l'État défaillant », « pas d'alternative », etc. Cela est censé représenter la façon dont le monde fonctionne. Mais en réalité la vie humaine est produite et reproduite dans un processus de production qui est social. Elle a une histoire et comprend la participation active. Cette histoire et cette participation doivent être la base de toute perspective pouvant à proprement parler s'appeler humaine.

La conscience ne se développe qu'en rejetant l'anticonscience. C'est la conscience du « je », non pas le « je » égocentrique de l'individu égocentrique, mais le « je » qui se situe dans la situation historique, dans les conditions qui appellent au changement. Ce « je » est un « je » historique social. Le rejet de l'anticonscience passe par la prise de conscience des rapports qui existent entre les êtres humains et entre les humains et la nature. Ces rapports existent indépendamment de la conscience et de la volonté. Le rejet de l'anticonscience extérieure à elle-même en elle-même amorce la discussion sur l'action humaine consciente pour changer le système et les rapports, une discussion comme celle commencée en 1967 qui a son expression concrète dans le livre et l'analyse Nécessité de changement !

Un rêve et un désir d'alternative au système social qui existe se concrétisent pour ceux qui s'avancent pour les réaliser et qui dressent des plans d'action en conséquence. Les plans d'action leur permettent d'aller au-delà de l'action individuelle, comme les actions de protestation, les grèves, etc. Il faut aller au-delà de ces actions individuelles éparpillées. Il faut un plan d'action, un programme et une réunion des forces pour l'action qui répondent aux conditions réelles. Cela permet l'unité d'action au-delà de l'action individuelle à laquelle chacun participe. Même si le nombre est petit au départ, il grandit quand le rêve de l'alternative est capté par l'organisation et la conscience. C'est une conscience qui se développe à partir du rêve initial et du rejet de l'anticonscience et qui croît en qualité et quantité. Elle apporte une cohérence et devient une force matérielle parmi le peuple, surtout lorsqu'elle assume une forme organisationnelle qui correspond à ce que les conditions exigent.

À mesure que le nouveau contenu émerge, de nouvelles formes doivent être découvertes. Ce mouvement peut être étudié. C'est un phénomène qui peut être connu dans toute la richesse de ses rapports et de son histoire : c'est la conscience en elle-même. Cette conscience peut se maintenir même si la matière est passée à une étape suivante, dans la mesure où elle peut être reflétée dans le cerveau. À mesure que cette nouvelle conscience informe la pensée, reflète la matière, la matière avance et cette conscience peut faire son chemin dans la psychologie et les traditions sociales du peuple. Songez par exemple à l'histoire de la conscience de la nécessité du changement depuis 1967, assumée par ceux qui organisent pour changer le monde.

Les êtres humains ont la conscience d'appartenir à une même espèce. Cette conscience humaine est distincte de toute conscience qui pourrait exister chez l'animal. Évidemment, il y en a qui ne veulent pas de cette conscience humaine. Ils vivent dans le déni de l'importance des rapports avec la société et la nature. Ils souscrivent à la loi de la jungle plutôt qu'à la loi du développement social. Ils se voient participer en tant qu'espèce à part, en tant qu'exploiteurs, en tant qu'oppresseurs ou en tant que collaborateurs de ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force. Ils peuvent prétendre participer consciemment comme membres à part entière de la société mais ne vouloir qu'une part de la richesse et de tout ce que la société a à offrir. Ils imposent cette conception du monde à la classe ouvrière et au peuple en leur disant que la solution à leurs problèmes est de réclamer une plus grande part de la richesse plutôt que de changer la base socio-économique de leur exploitation et oppression. Rappelez-vous la fable d'Ésope à propos du lion, de l'âne et du renard qui vont à la chasse et qui reviennent avec beaucoup de gibier.Le lion, en vertu de sa prouesse et de sa force, s'accorde le droit du plus fort et dit à l'âne de faire le partage du butin entre les trois. C'est ce que veut dire participer : partager, prendre part, s'accommoder. L'âne fait trois portions parfaitement égales. Le lion irrité dévore l'âne et ordonne au renard de faire les parts. Le renard se réserve une petite portion, la range et remet tout le reste au lion.

Le lion demande au renard : « Qui t'a, mon cher, si bien appris à partager ? » « C'est le malheur de l'âne », répond le renard.

On nous demande d'agir comme cet âne, de servir de leçon aux plus sages pour leur apprendre à survivre là où règne la loi du plus fort. Ce n'est pas le développement social, c'est la loi de la jungle.

Changer cette situation requiert cette conscience qui vient de la participation de l'individu agissant dans la situation réelle, résolvant les contradictions qui existent dans la société et avec la nature. Mais l'analyse Nécessité de changement ! dit qu'il faut plus : non seulement faut-il comprendre les rapports dans lesquels nous vivons, non seulement faut-il comprendre les contradictions qui existent, il faut aussi bâtir le mouvement émancipateur de la classe ouvrière et de ses alliés avec la conscience de la nécessité de changement. Le développement de ce mouvement conscient de la classe ouvrière et de ses alliés vers la nécessité de changement signifie qu'il est possible d'humaniser la conscience pour que se crée une société qui convient à l'existence de ses membres et qui est organisée en fonction de l'espèce plutôt qu'en fonction des liens du sang et de l'appartenance de classe.

Reconnaître la nécessité de changement

On entend dire partout qu'« un autre monde est possible » mais ce discours ne peut être cohérent que s'il est lié à la reconnaissance de la nécessité de changement. La nécessité est la loi du développement social. Cela veut dire qu'il n'y a pas d'alternative à la nécessité. La possibilité n'est pas une loi. Des possibilités existent, mais pour faire de la possibilité un monde il faut la perspective de la nécessité de changement, il faut l'argumenter et s'engager dans des actes de participation consciente.

Ne pas faire sienne la conception du monde de la nécessité de changement et accepter la conception anticonsciente, c'est se contenter de décrire les tragédies qui se produisent, comme la personne qui se noie et qui crie : « Je me noie et vous ne faites que décrire l'eau. »

Il y a la société et tous ses problèmes, moi je me noie dans la société et tous ses problèmes et vous êtes là à décrire les problèmes.

Cela est généralement compris comme : je suis là aux prises avec tous les problèmes et vous êtes là à les décrire sans me venir en aide. Les appels au secours de la personne qui se noit ne servent à rien et les descriptions de l'eau par ceux qui sont sur la plage ne servent à rien non plus. La personne dans l'eau et les gens sur la plage ont leurs raisons d'agir comme ils le font, nous dit-on. Le problème est l'indifférence des uns envers les autres. Bref, les lois de la nature dominent sans intervention de la conscience humaine. Le problème n'est pas qu'il y a deux activités, une personne qui se noie et les autres qui décrivent la situation. Le problème est qu'il n'y a pas d'espace commun entre les deux où s'affirme la volonté d'être, pour activer le facteur humain. Les deux individus sont détachés l'un de l'autre et s'éloignent dans leur rapport. Il n'y a pas d'unité d'action. Il n'y a pas de « je » dans l'ici présent qui s'élève au-dessus de la situation de désespoir pour la changer. Que faut-il alors ? Il faut surmonter le rapport de séparation, il faut un rapport d'unité qui s'établit par la destruction du rapport de séparation. Il faut créer un rapport nouveau en détruisant le vieux système. Et ce rapport doit être infusé de la conscience nouelle. Cette conscience vient du rejet de l'anticonscience et de la prise en considération à la fois du phénomène, du cerveau et de l'expérience. Non seulement est-il nécessaire d'examiner et de prendre en considération ce qui existe, mais la prise en considération doit avoir une objectivité ; elle doit passer par le phénomène. Le « je » est le phénomène, avec son acte de participation consciente à l'acte de découvrir ; l'ici présent est aussi le phénomène qui apparaît comme un moment instantané et qui disparaît.

La seule façon de maintenir le moment instantané, le moment de décision, d'en faire une victoire et de créer l'histoire, est d'organiser le phénomène collectif, de lui donner une forme organisationnelle, ce qu'aujourd'hui nous appelons facteur humain-conscience sociale. Cette organisation, ce facteur humain-conscience sociale, s'attaque au problème posé et à résoudre et avance en vagues successives, formant le flot continu de l'histoire.

Toutes les possibilités de changement seront ratées si l'on ne répond pas activement à la nécessité de changement, pour changer la situation à l'avantage de l'être humain. Ce qu'il faut, c'est agir maintenant, consciemment. Avec l'organisation et la conscience, avec l'activation et l'organisation du facteur humain-conscience sociale, l'alternative devient claire. Un autre monde est possible est la nécessité de changement. Voici la rose, c'est maintenant qu'il faut danser !

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