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Numéro 127 - 17
août 2013
Anniversaires historiques
Chaque année en août le PCC(M-L) organise
des activités spéciales pour célébrer le
mouvement qui a donné naissance au Parti et qui inspire les
membres et sympathisants à le poursuivre dans
l'ici-présent. Ces activités comprennent une visite au
Monument du Parti au cimetière Beechwood à Ottawa,
érigé à la mémoire du fondateur et
dirigeant du Parti Hardial Bains et de tous les camarades du Parti qui
se sont avancés pour bâtir le Parti et ne sont plus.

Hardial Bains
1939 - 1997
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Ces célébrations sont l'occasion de
discuter de la signification de la rencontre historique de
1989 à Chertsey, Québec, lorsque le monde
était sur le point d'être entraîné dans le
mouvement de repli de la révolution avec la chute de l'Union
soviétique et des régimes d'Europe de l'Est. La
réunion de Chertsey a affirmé qu'aucun individu,
collectif ou force sociale ne pouvait agir comme avant et que tous
devaient trouver comment s'orienter dans les conditions du repli de la
révolution. À cette occasion, au nom du Parti, Hardial
Bains réaffirma avec force conviction cette qualité du
PCC(M-L) de toujours avancer courageusement dans toutes les conditions
et circonstances. En dépit de toutes les perfidies et trahisons,
le PCC(M-L) a toujours démontré ses convictions par ses
actes, par sa préparation constante à diriger et
appliquer la stratégie et les tactiques du Parti qui ont pour
but de transformer les succès historiques en victoire historique.
Le 15 août est aussi l'anniversaire de
l'historique conférence « Nécessité de
changement » tenue à Londres, en Angleterre, en
1967 où fut élaborée et adoptée
l'analyse Nécessité de changement. L'analyse
Nécessité de changement (publiée sous forme
de brochure suite à la conférence de 1967 et
republiée en 1998 avec une préface
de l'auteur)
est une importante contribution au développement des facteurs
subjectifs de la révolution. Elle est la base idéologique
du PCC(M-L).
Elle a eu une grande influence sur la formulation de son programme et
de sa théorie durant ses années formatrices et sur la
refonte
idéologique des activistes qui s'étaient avancés
pour entreprendre
les tâches de la révolution. En s'attaquant aux
problèmes de la qualité
de la pensée et de la qualité de l'action, l'analyse
Nécessité de
changement a infusé l'ici présent de 1967 à
aujourd'hui. Elle a fait
l'histoire et continue de faire l'histoire.

Rencontre
historique
de
Chertsey,
Québec,
en 1989
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C'est tout un domaine d'étude qui s'ouvre
lorsqu'on retrace la
carrière de ce document historique et en particulier de son
appel
révolutionnaire : « La compréhension requiert un
acte de participation
consciente de l'individu, l'acte de découvrir ». Comme il
est souligné
dans la préface de l'édition de 1998 du livre Nécessité
de changement
! :
« Il est à la fois passionnant et
nécessaire de retracer ce qu'il
est advenu de cette idée épousée il y a trente
ans. Quel chemin
a-t-elle parcouru ? Quelle forme prend-elle aujourd'hui ? Quel rapport
y a-t-il entre cette idée et l'exigence que l'organisation de
base soit
l'organe de la lutte de classe à son niveau et le pivot du
PCC(M-L) ?
Quel
rapport a-t-elle avec l'exigence contemporaine que toute
activité soit
basée sur les collectifs du peuple et sur la définition
moderne des
droits, qui reconnaît que les êtres humains naissent en
société et que
cette société a le devoir de reconnaître leurs
réclamations ? »
Cette perspective reste d'actualité. En partant
du présent, en
tirant du passé ce qui est pertinent et en plaçant les
collectifs du
peuple au centre de toutes les considérations, notre
historiographie
peut retracer le parcours de la conscience de la
nécessité de
changement qui imprègne l'activité matérielle
sensuelle depuis 1967. On
peut étudier tant la
conscience que la matière, mais seulement si l'on part du
mouvement de
la classe ouvrière et si l'on se sert de la théorie comme
guide.
La matière sociale et la conscience sociale ne
laissent aucun impact
sur la société si elles ne sont pas une force vitale
reçue par les
sens, reflétée dans le cerveau, digérée,
analysée et synthétisée, et à
nouveau reflétée dans l'action. Ce reflet
présuppose des rapports entre
les humains dans la société et avec la nature. Puisque
ces rapports
proviennent de l'activité matérielle sensuelle, le
matériel de la
pensée humaine est déterminé par les rapports que
les humains
entretiennent entre eux et avec la nature.

Affiche de la
conférence Nécessité de changement de 1967
|
Pour centrer son attention sur ce processus historique,
le cerveau
humain doit délimiter une discipline dans laquelle oeuvrer. Le
cerveau,
produit de la nature, révélera ce qui est
reflété en lui. S'il manque
de discipline et ne reste pas fidèle au sujet auquel il
s'intéresse, il
devient la proie de ce qui le bombarde de toute part et devient victime
de
l'incohérence, du chaos, de l'angoisse extrême et du
désespoir.
Les pouvoirs en place mettent beaucoup d'effort à
maintenir un état
d'incohérence, d'irrationalité, d'irréflexion et
de désoeuvrement pour
maintenir caché ce que révèlent les conditions
concrètes et pour
soumettre toute personne et toute chose à l'autorité et
à la discipline
des « différentes classes qui ont usurpé le pouvoir
par la force ».
L'action
résolue est nécessaire pour rejeter cette pression qui
pousse à agir de
façon irréfléchie et sans but ; il faut la
participation consciente à
l'acte de découvrir ce que révèle
l'expérience directe dans la
situation actuelle.
La participation consciente présuppose qu'il y a
des choses dont il
faille parler, qu'il faille communiquer, et pour cela il faut la
réflexion sociale et ses moyens : le cerveau, la parole et ses
organes.
C'est seulement en disant son mot qu'on peut argumenter des
définitions
pour une perspective, une vision, juger de ce qui est pertinent et
donner
une voix à la motivation derrière ce travail de recherche
de la vérité
dans les faits pour servir le peuple.
Quand la conscience sociale subit les assauts
répétés de la culture
bourgeoise et est attaquée par la promotion de l'individualisme
narcissique et égocentrique, il est difficile de maintenir la
fidélité
envers ce que révèlent les conditions concrètes
afin de l'argumenter à
l'aide d'opinions et de positions raisonnées. L'« acte de
découvrir »
par le
travail systématique et professionnel requiert l'échange
social,
c'est-à-dire d'abord et avant tout la discussion. Le reflet des
résultats de ce travail systématique et professionnel
présuppose qu'il
doit être communiqué.
C'est seulement dans la mesure où le travail
systématique et
professionnel reste fidèle à ce que les
expériences et la réalité
révèlent et reflètent dans le cerveau que les
plans dressés pour
résoudre les problèmes posés peuvent être
entrepris et menés à terme
avec succès. Sans ce lien ferme avec les conditions
réelles, on
abandonne la classe
ouvrière et ses alliés aux préjugés et aux
notions préconçues véhiculés
par les pouvoirs en place.
En entreprenant ce travail systématique et
professionnel et en le
communiquant, on apporte une contribution à la création
d'une nouvelle
discipline concernant l'origine et le développement de la
conscience de
la nécessité de changement. Cette discipline est
directement liée aux
deux domaines les plus mal étudiés aujourd'hui : le Parti
communiste et la Révolution.
Ceux qui ressentent la nécessité de
changer leur situation et un
désir de s'attaquer aux problèmes qui surgissent
spontanément des
conditions et des nombreuses luttes et nombreux mouvements auxquels ils
participent sont inspirés par l'analyse Nécessité
de changement.
Qu'est-ce que cette société dans laquelle nous vivons, de
quelle
société
avons-nous besoin et comment peut-on s'organiser pour réaliser
cette
société nouvelle ?

Aujourd'hui, il est d'autant plus urgent de rejeter la
pensée
agressive et coercitive des pouvoirs en place qui déclarent que
l'histoire est arrivée à sa fin et qu'il n'y a pas
d'alternative. Les
notions bourgeoises de l'histoire-en-tant-que-telle, l'histoire quelque
part ailleurs, hors de l'atteinte de la classe ouvrière et de
ses
alliés, l'histoire en tant que
domaine réservé aux « différentes classes
qui ont usurpé le pouvoir par
la force », éliminent la possibilité de
développer la conscience du
besoin de changement et d'une société nouvelle. Elles
sous-entendent
que toutes les idées ont assumé leur forme finale et
parfaite, que ce
soit en politique, en philosophie, en économie, dans la culture
ou dans
tout autre domaine, et qu'en fait elles ont toujours revêtu cette
forme
depuis les temps immémoriaux. Elles sous-entendent que le
progrès
matériel n'est possible que si le statu quo est maintenu sans
rien
remettre en question. Par exemple, les pouvoirs en place
prétendent que
les révolutions scientifiques, technologiques et industrielles
ne
peuvent
continuer que dans le système qu'ils dominent et
contrôlent, et que les
problèmes qui surgissent ne peuvent être résolus
que dans les limites
de ce système. Cette notion contradictoire de stagnation des
idées et
des rapports entre les humains et avec la nature alors que la
matière
change, que les forces de production changent, impose une double
conscience : une conscience pour les idées et les rapports qui
nous
sont imposés et une autre pour ce qui se produit
matériellement dans le
monde, mais qui échappe à notre contrôle et qui est
imperméable à nos
dires et actions.
Le PCC(M-L) s'oppose à l'anti-conscience qu'il
n'y a pas d'histoire
à créer. En étudiant la conscience et l'analyse de
la Nécessité de
changement dans son développement historique et en faisant le
travail
nécessaire, nous prouvons l'erreur de cette thèse
dangereuse. Le but
visé par les pouvoirs en place quand ils affirment qu'il n'y a
pas
d'histoire à créer est de priver la classe
ouvrière et ses alliés de
leur conception du monde et de leur perspective. Priver le peuple de sa
conception du monde est un crime contre l'humanité que
commettent « les
différentes classes qui ont usurpé le pouvoir par la
force », au même
titre que l'exploitation, la guerre d'agression et le fascisme. La
poursuite du travail de l'analyse Nécessité de
changement, l'étude de
la conscience de la nécessité de changement et
l'organisation sur cette
base sont les moyens de contester les positions idéologiques de
la
bourgeoisie et de démontrer que notre historiographie fait
partie de la
nouvelle base historique de l'action contre « les
différentes classes
qui
ont usurpé le pouvoir par la force ».
L'objectif de l'élaboration du communisme moderne
est que les
travailleurs avancés puissent se munir de guides à
l'action, de moyens
pratiques d'avancer dans toutes les conditions et circonstances. C'est
également de permettre aux jeunes de faire avancer le mouvement
pour
les idées éclairées dont ils ont besoin pour se
bâtir un brillant
avenir.
L'étude et la discussion de la nécessité de
changement et du communisme
moderne sont pour ceux qui les entreprennent des tâches pratiques
concrètes.
En cette occasion, le Comité central transmet ses
salutations révolutionnaires les plus chaleureuses à
toutes les organisations du Parti, à tous les sympathisants et
amis du Parti et à tous ceux qui sont engagés dans le
travail crucial pour ouvrir la voie au progrès de la
société. Jamais leur contribution au travail pour
réaliser de nouvelles percées n'a été aussi
importante. Jamais ils n'ont été aussi bien servis par le
modèle établi par le PCC(M-L) et son dirigeant Hardial
Bains qui ont déclaré sans jamais hésiter :
Nous sommes nos
propres modèles !
Montrons l'étoffe révolutionnaire du Parti par nos
actes !
 

Nécessité
de
changement!
De
Hardial
Bains
Préface de l'auteur à l'édition de
1998
Mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept marque le
trentième anniversaire de la publication de la brochure Nécessité
de
changement
! par les Internationalistes. Elle présente
l'analyse qui fait de la refonte idéologique la clé du
développement ininterrompu et de la victoire de la
révolution. Prenant pour point de départ la situation
concrète contemporaine et les problèmes du mouvement
ouvrier, les Internationalistes abordèrent les questions de
l'organisation et du rôle de l'individu dans la transformation
révolutionnaire dans le contexte du travail du collectif. Ils
lancèrent une offensive résolue contre les formes
idéologiques et sociales de la culture dominante,
préparant les forces subjectives de la révolution dans le
cours de batailles de classe révolutionnaires.
La création d'une nouvelle classe, la classe
ouvrière, a conduit à la création d'une nouvelle
idéologie et d'une nouvelle forme sociale, une nouvelle
cohérence propre à cette nouvelle classe. La nouvelle
classe ascendante laisse sa marque dans la mesure où elle lutte
pour ses intérêts et pour réaliser sa
cohérence nouvelle. Le trait le plus caractéristique de
la classe ouvrière, qui la distingue si radicalement des autres
classes, est qu'elle ne peut s'émanciper sans du même coup
émanciper l'humanité tout entière. La nouvelle
cohérence à laquelle elle donne naissance doit donc
refléter ce but : l'émancipation de l'humanité
tout entière.
Dans son déclin, la vieille classe, la classe
capitaliste, introduit ses propres notions d'émancipation, sa
propre corruption dans le mouvement ouvrier. Elle appelle les
travailleurs à lutter pour « une plus grande part du
gâteau », à réclamer une redistribution de la
richesse sans remettre en cause la vieille société. Elle
a créé une situation intenable où la classe
ouvrière finance elle-même ses dirigeants qui luttent
contre ses intérêts.
En 1967, un vaste mouvement d'opposition surgit contre
ces tendances bourgeoises qui s'étaient également
retranchées dans le mouvement communiste, le menant au bord de
la liquidation. Plusieurs tendances apparurent, allant du pur
intellectualisme sur « la position juste » au simple
alignement sur un centre quelconque — Moscou, Belgrade, Beijing,
l'Europe et ainsi de suite.
Les Internationalistes lièrent la
lutte
idéologique et la lutte contre la culture bourgeoise au travail
concret pour bâtir une organisation et la renforcer. L'analyse
Nécessité de changement se voulait une contribution
à la création d'une conscience collective de cette
approche. Elle offrit par sa grande portée une vision inspirant
tous et chacun à mener le travail idéologique et à
épouser les formes sociales correspondant aux tâches
qu'ils devaient accomplir. Ce fut un appel de clairon pour les
activistes, les communistes et ceux et celles qui voulaient devenir
communistes, un appel à rompre avec la vieille conscience,
l'anticonscience, les « préjugés particuliers de la
société, transmis par les parents et les institutions
sociales ». Cela se faisait en rapport avec l'appel à
« chercher la vérité pour servir le peuple ».
L'analyse Nécessité de changement présentait avec
force une conception du monde qui prenait le matérialisme
dialectique et historique de Marx comme guide à l'action et
proposait une façon de s'attaquer aux problèmes de la
lutte idéologique et des formes sociales.
Les différentes écoles contemporaines de
l'irrationalisme, désespérément promues dans les
cercles officiels, ont une chose en commun avec ce qui était
propagé dans les années soixante : les affirmations
dogmatiques et l'action aveugle. On affirme qu'il n'y a pas de monde
réel et que, par conséquent, le point de départ
pour acquérir une conception du monde est soit de nier
l'existence du monde, soit d'admettre l'existence d'un « monde
réel » tout en déclarant qu'il est impossible
à transcender, ce qui conduit au « désespoir
existentiel ». Dans les deux cas la réalité est
présentée comme une question d'interprétation et
de définition et il n'y a pas d'action avec analyse. En
éclairant le rapport entre les êtres humains, la
société et la nature, l'analyse Nécessité
de changement a percé au travers toutes les tendances
irrationnelles de l'époque. Cette analyse et cette
idéologie sont encore nécessaires aujourd'hui.
L'analyse Nécessité de changement part de
ce qui est donné. Elle analyse ce qui est donné pour le
surmonter et établir ce qu'il renferme vraiment. Elle
établit une méthode valable et propose une façon
concrète d'aborder la réalité. Elle commence en
s'attaquant à la question de l'histoire. Au chapitre L'histoire-en-tant-que-telle,
elle
fait
découvrir
le
rôle profondément vivant de
l'histoire, par opposition à ce qui ne fait qu'exister dans le
présent.
Selon notre historicisme à nous, l'histoire part
du présent. Elle révèle précisément
le problème posé et à résoudre. C'est la
résolution de ce problème spécifique qui
crée l'histoire. Si le problème, en tant que
problème historique, ou si les contradictions qui sont
historiques, ne sont pas résolus, il n'y a pas de marche vers
l'avant, donc pas d'histoire. L'analyse Nécessité de
changement soutient que la simple chronique des
événements historiques qui part du passé et qui se
fait suivant les intérêts des « diverses classes de
gens qui ont usurpé le pouvoir par la force » est en
réalité un procédé pour empêcher de
voir comment le problème s'est créé et comment il
doit être résolu. Elle explique qu'« il est
impossible de comprendre la condition humaine à partir de leur
définition de l'histoire (celles des universités et des
autres institutions du « savoir ») parce qu'elle n'est
qu'une chronique de l'activité des classes dominantes».
L'analyse Nécessité de changement a fait
l'histoire. Elle a révélé comment les forces
révolutionnaires pouvaient partir d'un point A et arriver au
point B en faisant de chaque étape une pierre angulaire du
développement de l'histoire. Aujourd'hui, comme dans les
années soixante, la lutte idéologique et la culture dans
la forme sociale assument la première position dans la
construction d'une organisation révolutionnaire et dans la
création des conditions subjectives de la révolution. Par
exemple, un parti communiste peut-il se renforcer s'il se retire de la
lutte idéologique contre l'ennemi de classe ou s'il la
mène de manière non professionnelle, versant dans
l'amateurisme et la spontanéité ? La réponse est
non. Peut-il avoir des membres pour qui l'accumulation de la
propriété privée ou la préparation d'une
« carrière » vient en premier ? Un parti communiste
peut-il accomplir ses tâches s'il a des membres dont la culture
dans la forme idéologique et sociale est bourgeoise ? Encore une
fois la réponse est non. Pour s'acquitter de ses tâches
d'une manière professionnelle et soutenue, avec maturité,
le parti communiste doit, d'une part, développer la culture
révolutionnaire dans la forme idéologique et, d'autre
part, révolutionner la culture dans la forme sociale. L'analyse
Nécessité de changement établit
précisément le cadre de référence
nécessaire. Elle a résolu le problème de «
politique révolutionnaire, culture bourgeoise ». C'est
pourquoi on dit que ce travail est historique. Elle a fait l'histoire
et elle la fait encore. Aujourd'hui le peuple fera l'histoire en
adoptant l'analyse Nécessité de changement pour
résoudre les contradictions existantes. Cette façon
révolutionnaire de résoudre les contradictions existantes
fera l'histoire.
Répudiant l'idéalisme de Feuerbach, Karl
Marx a fait remarquer que « les philosophes n'ont fait
qu'interpréter le monde de différentes manières,
mais il s'agit de le transformer ». Il signifiait au monde que
dans tout travail, c'est la nécessité de changement qui
vient en premier. Guidés par cette conception du monde, les
Internationalistes ont su, en tant qu'organisation, se renforcer de
façon systématique. Pour eux, chaque période
apportait un problème crucial à résoudre. Ils se
sont attaqués au problème posé et à
résoudre, l'ont résolu et se sont renforcés en le
faisant. Depuis 1970, le PCC(M-L) s'est renforcé sur la
même base.
Pendant plus de trente ans, la tâche principale de
ces deux organisations révolutionnaires fut de créer les
conditions subjectives de la révolution. La
Nécessité de changement a fait ressortir le
problème spécifique à chaque étape.
À moins de bien comprendre la Nécessité de
changement à chaque étape et à moins de prendre
les mesures théoriques et pratiques nécessaires pour
réaliser le changement, il est impossible de créer les
conditions subjectives de la révolution.
Dans les années soixante, les Internationalistes
ont mené la lutte contre les antirévisionnistes «
idéalistes » dont la caractéristique était
de prendre des allures antirévisionnistes sans rien faire en
pratique pour transformer la situation. L'analyse
Nécessité de changement était aussi un
avertissement à tous ceux et celles qui se donnent ces allures
aujourd'hui ou qui pourraient le faire à l'avenir et qui
affirment être ou avoir été membres des
Internationalistes ou du PCC(M-L) mais qui en pratique ne font rien
pour transformer la situation.
Le parti bourgeois, par contre, peut et doit avoir des
membres qui ne font que se donner des airs. C'est le parti du statu
quo capitaliste ; il ne peut se permettre d'avoir des membres qui
s'occupent à transformer la situation, à transformer la
société capitaliste en société socialiste
par la révolution. Le PCC(M-L), lui, ne peut se permettre
d'avoir des membres qui ne voient pas la Nécessité de
changement et qui ne font rien pour la réaliser. L'analyse
Nécessité de changement donnait pour la première
fois aux Internationalistes une position idéologique et une
méthode pour bâtir en pratique le Parti
marxiste-léniniste révolutionnaire du prolétariat.
En commençant par l'histoire comme telle,
l'analyse Nécessité de changement place l'attitude, la
conscience et le travail de l'individu au centre, dans le contexte du
travail du collectif. L'individu n'est pas pour soi, il est un individu
de classe sociale, un individu pour la classe ouvrière.
L'analyse Nécessité de changement appelle le travailleur
conscient de son appartenance de classe et l'activiste
révolutionnaire à devenir cet individu, un individu muni
de la conscience et de l'organisation de la Nécessité de
changement, un individu qui est indispensable à la
création des conditions subjectives de la révolution.
L'analyse Nécessité de changement a établi le type
d'individu qu'il fallait, de quelle étoffe il devait être
fait, et lui a donné naissance.
L'analyse Nécessité de changement donne
également une image précise du type d'individu auquel
donne spontanément naissance la société actuelle.
Cet individu possède l'anticonscience, mais cette anticonscience
n'est pas permanente. Le cerveau reflète l'intensification des
contradictions de classe et les autres développements dans la
société. Ou bien l'individu transforme ce reflet en
conscience sociale pour faire partie du facteur humain-conscience
sociale, ou bien il continue de faire partie du facteur
antihumain-anticonscience. L'analyse Nécessité de
changement appelle tous et chacun à se confronter à cette
réalité et à ne pas tomber dans le piège de
« sortir ».
La classe capitaliste prétend que le capitalisme
est la forme suprême de la société humaine. Si
c'est l'étape suprême, il n'y a donc pas de tâche
historique à accomplir, pas de transformation nécessaire.
L'histoire est arrivée à sa fin. Les êtres humains
peuvent chercher satisfaction dans les possibilités offertes par
une société divisée en classes avec une tendance
à l'enrichissement des riches et à l'appauvrissement des
pauvres. Or, il existe une forme supérieure de la
société humaine, le socialisme, qui est la phase
transitoire entre le capitalisme et le communisme. L'analyse
Nécessité de changement fait appel aux êtres
humains de se donner comme tâche principale de transformer la
société de société capitaliste en
société socialiste.
Or, les révisionnistes et les opportunistes de
toute tendance présentent les formes sociales bourgeoises comme
étant l'idéal qui fait se mouvoir l'humanité. Ces
formes sont basées sur la subordination des êtres humains
à la propriété privée. Servir la
propriété privée devient alors le plus grand
idéal et le seul but que chacun peut avoir dans la vie. En plus
de lutter pour « une plus grande part du gâteau » et
pour une sécurité d'emploi que ce système ne peut
jamais offrir, ces révisionnistes et opportunistes, en
véritables dogmatiques et fanatiques, s'opposent à tous
ceux qui luttent pour la révolution sociale.
L'analyse Nécessité de changement a
établi de claires lignes de démarcation entre celui qui
est révolutionnaire dans le vrai sens du terme et celui qui est
un libéral et un conciliateur, un défenseur du statu quo
capitaliste. Elle appelait à « un mouvement pour le
développement d'une personnalité nouvelle », une
personnalité qui est créée par l'«
élimination complète de la base de cette exploitation
». L'analyse Nécessité de changement donnait pour
la première fois à l'individu la place qui lui revient et
l'appelait à participer à la création d'une
société nouvelle comme condition nécessaire
à la création d'une nouvelle personnalité humaine.
Tous celles et ceux qui épousaient cette analyse assumaient les
caractéristiques d'une personnalité nouvelle et la
création d'une société nouvelle était la
condition nécessaire pour que tous les êtres humains
acquièrent et surpassent cette personnalité humaine
à laquelle a donné naissance la Nécessité
de changement.
L'analyse Nécessité de changement
présente le travail idéologique, la lutte politique et
les tâches organisationnelles comme un tout qui comprend aussi la
refonte idéologique des membres, pour en faire des communistes
révolutionnaires militants. Mais elle fait aussi ressortir la
spécificité de chacune de ces luttes, son rôle
spécifique dans la création des conditions subjectives de
la révolution. La lutte ainsi comprise donne naissance à
la conscience qui est indispensable au développement
ultérieur du mouvement.
L'offensive pour établir l'organisation est la
clé, l'élément le plus important dans la
préparation des conditions subjectives de la révolution.
Cette organisation est l'instrument le plus avancé et le plus
révolutionnaire de la révolution prolétarienne
dans une société où la révolution n'a pas
encore eu lieu, et un instrument de l'élargissement du pouvoir
de la révolution là où elle a eu lieu.
L'hésitation, l'indécision, l'amateurisme, la
spontanéité et l'attitude détachée face au
besoin de créer cette avant-garde la plus avancée et la
mieux organisée de la classe ouvrière mettraient fin
à la révolution avant même qu'elle ne commence.
En fait, dans une société où
l'individualisme bourgeois est présenté comme le produit
suprême de l'humanité, l'individu n'a pas de place. Cette
société étouffe toute initiative individuelle
entreprise dans le cadre du mouvement émancipateur de la classe
ouvrière. Avec sa subversion idéologique de l'initiative
individuelle et le blocage par les formes sociales, la culture
dominante est la première ligne de défense du
système capitaliste-impérialiste contre ceux qui le
combattent.
La brochure Nécessité de changement !
part d'une offensive totale contre cette subversion idéologique
et ce blocage par les formes sociales. Elle le fait en lançant
l'appel le plus révolutionnaire qui soit : « La
compréhension nécessite un acte de participation
consciente de l'individu, l'acte de découvrir »,
plaçant l'action au premier plan et la compréhension
à son service. C'est ainsi que les Internationalistes ont
réglé les comptes avec la notion dominante qui fait de la
compréhension une condition préalable à l'action.
L'action est la condition préalable à la
compréhension par l'individu, par le collectif ou par les deux.
Cette action se présente non pas comme une chose en soi,
détachée de tout le reste, mais comme « un acte de
participation consciente », « l'acte de découvrir
». En plus de donner préséance à l'action,
cette brochure révolutionnaire met l'accent sur la
qualité de la participation, sur la nécessité de
l'action suivant un plan, ce que nous avons appelé l'«
action avec analyse ».
Au Canada et dans les autres sociétés
capitalistes modernes, la socialisation de la production a mis à
l'ordre du jour la socialisation du mode de production. Celle-ci est
faite par l'ensemble du collectif à ses propres fins, pour
l'émancipation de la classe ouvrière et de
l'humanité tout entière. C'est le problème
stratégique le plus urgent à résoudre pour
éliminer les contradictions qui sont à l'origine de
l'anarchie, de la violence et du vol. Cette tâche du collectif,
avec son but explicite, doit être entreprise consciemment et
suivant un plan. Cette conscience et ce plan ne tomberont pas du ciel.
Ils ne sont pas innés et ne se développent pas
spontanément. La solution se trouve dans l'appel de clairon :
« La compréhension nécessite un acte de
participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir.
» Les forces révolutionnaires doivent commencer avec leur
plan, leurs actions doivent être menées consciemment en
vue de la réalisation du plan. L'analyse Nécessité
de changement ne nie pas le rôle de la «
compréhension » mais ne l'exagère pas, comme le
fait la culture dominante par ses formes idéologiques et
sociales. Les Internationalistes l'ont reconnu et lui ont donné
la place qui lui revient.
Beaucoup se lançaient dans l'action dans les
années soixante, comme aujourd'hui. C'est littéralement
par millions que les gens participent à la lutte contre
l'offensive antisociale et pour un programme prosocial, lutte qui se
mène d'un bout à l'autre du pays et à
l'échelle internationale. Beaucoup d'activistes qui prennent la
responsabilité d'organiser différentes actions se rendent
compte que leurs actions en soi ne leur permettent pas d'obtenir les
résultats escomptés. Bien que ces actions soient
indispensables, ils doivent créer une organisation, la force
subjective cruciale, pour diriger leur lutte et la conduire à la
victoire. Le fait d'entreprendre l'établissement d'une telle
organisation place les activistes face à face avec la
réalité de la subversion idéologique de l'ennemi
de classe qui se sert de la culture dans la forme sociale pour bloquer
la réalisation de tout objectif. Mais sans ce travail pour
créer l'organisation, la première victime sera la
nouvelle cohérence. L'analyse Nécessité de
changement présentée durant le programme d'étude
du même nom, et exprimée dans la brochure du même
nom, apportait cette nouvelle cohérence — la
Nécessité de changement. L'action des masses est une
occasion de s'organiser, non pas de répéter l'action
continuellement. Cet aspect organisateur, cette édification
idéologique du mouvement, cette création des formes
sociales nouvelles, cette création de la nouvelle
cohérence à la base de la nouvelle organisation, devient
la garantie du succès et de la victoire finale.
L'analyse Nécessité de changement
électrisa et radicalisa la situation et le travail des
Internationalistes se déploya dans toute sa majesté.
Après une période de trois décennies, ce travail
d'organisation continue d'être la garantie de chaque victoire.
L'analyse Nécessité de changement et la brochure du
même nom n'étaient donc pas un simple essai scolastique
pour éclairer les esprits, c'était le souffle d'un nouvel
essor du mouvement. Les activistes ont vu que le fait de participer
à une action, à une grève, à une
manifestation ou une marche n'était pas suffisant et qu'il
fallait accorder la priorité au travail d'organisation pour
garantir la victoire. La force révolutionnaire de cette analyse
était telle que la situation en fut radicalement
transformée. Tout le mouvement se mit à reprendre les
paroles et les expressions de la brochure et s'affaira à
bâtir l'organisation. Aujourd'hui, trente ans plus tard, des gens
écrivent au PCC(M-L) tous les jours pour savoir comment
participer à ce travail car de plus en plus d'activistes se
rendent compte que sans ce travail, rien ne garantit la victoire.
L'analyse Nécessité de changement
s'attaque de front aux prétentions de la classe capitaliste qui
dit aussi vouloir le changement. Les Internationalistes savaient que la
classe capitaliste n'est plus révolutionnaire et qu'elle
prêche l'« individualisme », la «
compréhension » et une lutte idéale uniquement pour
semer des doutes parmi le peuple quant aux possibilités
d'accomplir quoi que ce soit et pour détruire sa confiance en
lui. Elle sème délibérément la confusion au
sujet de la culture dans la forme sociale et tente d'y noyer les
efforts d'organisation du peuple. Elle cherche ainsi à l'amener
à agir contre ses propres intérêts. La classe
ouvrière ne peut pas s'émanciper et émanciper
l'humanité tout entière sans le travail d'organisation,
sans élaborer et établir la nouvelle cohérence,
sans briser la subversion idéologique et la vieille conscience
qui servent à la désorienter. Lorsque les
Internationalistes ont accordé la priorité au travail
d'organisation dans le cadre de la nouvelle cohérence, les
expressions comme anticonscience, histoire-en-tant-que-telle et le
« je » fasciste sont devenues les explosifs et les
machettes qui ont servi à déblayer la voie pour le
mouvement. Une nouvelle cohérence a commencé à se
répandre qui a contribué au succès du travail des
Internationalistes.
Une des plus grandes contributions de l'analyse
Nécessité de changement fut de révéler que
l'être humain doté d'un cerveau, avec tous les attributs
d'une personne vivante, occupe une place objective dans la
société. Ces êtres vivants, ces homo sapiens,
sont
des
êtres
sociaux
humanisés. Ils font partie d'un
monde objectif. Les idées, la théorie, les formes
sociales et l'incohérence dominantes reflètent le blocage
de la société. Les Internationalistes ont reconnu ce
blocage et ont identifié ce qu'il fallait faire pour le briser.
La nouvelle cohérence des Internationalistes, produit de la
lutte contre le blocage, a assumé la forme d'une activité
objective, sensuelle, matérielle, bien qu'elle concerne la
conscience, le côté de la « compréhension
», le côté de « la participation consciente
», de l'« acte de découvrir ».
Les activistes des Internationalistes, les cadres et
sympathisants, sortirent soudainement de leur anticonscience, prirent
leur place dans la société en tant que
révolutionnaires et créèrent les conditions
subjectives nécessaires au développement du mouvement
ouvrier et communiste. Ils virent que les conditions subjectives
faisaient partie du monde et que c'est précisément
à ce monde qu'il fallait s'attaquer. N'est-il pas irrationnel de
dire, comme le fait la classe capitaliste, que ceux qui font partie du
monde ne savent pas de quoi ils font partie ? Certains ont tellement
dégénéré durant ces trois décennies
depuis l'analyse Nécessité de changement qu'ils ont
commencé à attaquer ouvertement
l'épistémologie, les théories de la connaissance,
qui est le produit des circonstances humaines. Ils insistent pour dire
que les êtres humains doivent rejeter ces théories de la
connaissance puisque, selon eux, avoir une théorie de la
connaissance suppose l'existence de la connaissance et sa transposition
sur la réalité.
En fait, les théories de la connaissance
proviennent de la réalité elle-même,
c'est-à-dire de l'environnement humain et naturel, et leur
validité dépend entièrement et uniquement de cette
réalité. Les ennemis de la théorie de la
connaissance ne contestent pas la validité de ces
théories ; ce qu'ils attaquent c'est la plus humaine des
qualités humaines : la capacité de connaître. Leur
commandement est : « Tu ne connaîtras point. » Ce
même commandement veut l'action pour l'action et s'oppose au
travail d'organisation tel que formulé par les
Internationalistes.
Utilisant le langage de l'époque, les
Internationalistes se sont attaqués au problème complexe
et difficile du « je ». Il était très clair
qu'à moins de s'attaquer à ce problème, il ne
serait pas possible de débloquer le travail d'organisation.
Selon l'analyse Nécessité de changement, « 'Je' est
un élément de relation ou une relation. Il n'est pas une
abstraction, un simple produit de la pensée, mais un
phénomène ou quelque chose qui voit le
phénomène ; non seulement qui le voit, mais qui admet son
existence ; non seulement qui admet son existence, mais qui l'analyse ;
non seulement qui l'analyse, mais qui le reflète en retour. 'Je'
voit le tramway et naît. 'Je' sort et reconnaît la
situation, il la reflète, il reçoit la réaction au
reflet et continue. Ce 'je' n'est pas une qualité
définie. »
Ainsi, si nous laissons de côté tout le
reste pour l'instant, l'analyse Nécessité de changement
déclare que « 'je' est un élément de
relation ou une relation ». Pour que cette relation se
complète, il doit y avoir quelque chose qui existe
indépendamment de lui et dont il est « un
élément de relation ». « Je » est
« un élément de relation ou une relation » du
monde social et naturel, un élément de relation ou une
relation de ce qui est indépendant de lui. Et en retour, «
je » dépend du monde social et naturel. Partant de ce
raisonnement, l'analyse Nécessité de changement place
l'être humain, en l'occurrence la classe ouvrière, au
centre de tous les développements. La classe capitaliste place
le « je » au premier plan et déclare que ce «
je » peut avoir toutes les idées qu'il veut. Mais c'est
faux. « Je » peut être transcendé, mais le
monde, lui, ne le peut pas. En fait, ce « je » n'a
cessé de changer parce que le monde change, se développe
et se meut. Non !, objecte la classe capitaliste, le « je »
décide ce que le monde peut être parce que le « je
» est la seule chose qui existe réellement ; tout le reste
n'étant qu'une interprétation donnée par lui.
L'analyse Nécessité de changement a réfuté
cette prétention et fait appel aux activistes de surmonter le
blocage par leur « acte de participation consciente », leur
« acte de découvrir ».
« Je » joue-t-il un rôle dans le
développement ? L'analyse Nécessité de changement
répond par l'affirmative tandis que la classe capitaliste, qui
se dit championne de l'individu, répond férocement par la
négative. Comment est-ce possible que la « conscience de
soi », le « je » ou l'« élément
de relation » d'une période historique n'ait pas d'impact
sur cette époque donnée ? Qu'est-ce donc que ce «
je » ? L'analyse Nécessité de changement
déclare qu'un « je » qui n'influence pas le monde
n'existe pas, tandis que la classe capitaliste présente le
« je » et le « monde » comme deux
entités séparées. L'analyse
Nécessité de changement établit un rapport
dialectique entre le « je » et le monde, un rapport
à la fois d'unité et de dualité, et fait de la
« volonté d'être » l'expression objective de
ce mode d'existence. Un « je » avec sa «
volonté d'être » influence le monde d'une
manière spécifique. Une révolution victorieuse
peut transformer le monde dans un sens bien précis, mais en
dernière analyse la victoire de cette révolution
dépend toujours de ce monde. C'est cette dépendance du
« je-relation » sur le monde qui permet aux êtres
humains de jouer leur rôle crucial dans le développement.
« Fais ton affaire » était le cri de
bataille de la classe capitaliste qui prétendait que
c'était le plus grand idéal qu'on puisse atteindre.
Aujourd'hui il a été remplacé par l'exigence que
chacun dans la société pourvoit à ses propres
besoins, rejetant ainsi la notion même d'une
société responsable envers ses membres. Mais l'analyse
Nécessité de changement a réfuté cet
idéal capitaliste en démontrant qu'il place les
êtres humains en opposition à leurs propres
intérêts. Elle a expliqué qu'il existe aussi le
« je » égocentrique qui n'est pas un
élément de relation. Il ne dépend pas du monde
social et naturel. Au contraire, il existe uniquement en vertu de la
classe capitaliste. Il est si temporaire et partiel qu'il
disparaîtra avec la classe capitaliste.
« Fais ton affaire » est un appel
extrêmement trompeur et dangereux, une aberration qui laisse
entendre que la classe capitaliste favorise l'initiative individuelle.
Tant qu'il signifie nier le monde, la classe capitaliste le soutient
avec joie. L'analyse Nécessité de changement a reconnu
que beaucoup de gens participaient à différentes luttes
et que beaucoup souffraient de l'illusion qu'une simple manifestation
ou une simple grève changerait la situation. Le « je
» égocentrique les incitait à rester
indifférents face à la nécessité de
bâtir l'organisation, la force subjective la plus cruciale dans
l'accomplissement de toute tâche. Cette indifférence
s'accompagnait d'une répugnance extrême à
développer le contenu idéologique de l'opposition au statu
quo et à établir la forme sociale, la culture dans
la forme sociale, qui facilite l'organisation. Autrement dit,
c'était une opposition à la révolutionnarisation
en profondeur dans le cadre du mouvement émancipateur de la
classe ouvrière, à la condition de sa victoire. Il est
tragique que des millions de ceux qui ont participé à la
lutte soient demeurés indifférents face au besoin de
bâtir l'organisation qui facilite la victoire. C'est dû
à l'influence de la classe capitaliste.
L'analyse Nécessité de changement
révèle par ailleurs l'existence de l'«
anticonscience-extérieure-en-elle-même ». C'est
l'illusion que la situation peut être changée sans que la
classe ouvrière n'entreprenne de la changer. Après un
examen approfondi de ce problème, l'analyse
Nécessité de changement établit que les facteurs
les plus importants de la victoire sont clairement l'organisation et
l'idéologie, de pair avec la culture dans la forme sociale, qui
les facilite toutes deux. En l'absence de ces facteurs, il est
absolument impossible pour le mouvement révolutionnaire de
s'imprégner de la théorie révolutionnaire. En
fait, aucune organisation ne peut mener à la victoire sans
développer la culture dans ses formes idéologiques et
sociales pour faciliter le développement ininterrompu du
mouvement.
L'élément crucial de la victoire est le
facteur humain-conscience sociale, mais celui-ci n'existe pas en vase
clos. Il trouve son expression suprême dans l'organisation,
laquelle se renforce continuellement sur la base d'une nouvelle culture
moderne et révolutionnaire dans les formes idéologiques
et sociales. Les conditions concrètes des années soixante
ont posé les problèmes de l'organisation, de
l'idéologie et des formes sociales. L'analyse
Nécessité de changement faisait appel aux activistes de
s'attaquer à ces questions. C'était un appel à
s'engager dans la révolution sociale plutôt que de «
faire son affaire » ou de « sortir » dans l'espoir
que le problème disparaisse en « se changeant
soi-même », ce qui revient au même.
L'analyse Nécessité de changement a
démontré avec force qu'il y a quelque chose qui ne va pas
avec le monde, alors que la classe capitaliste disait qu'il y a quelque
chose qui ne va pas avec le peuple, en particulier les travailleurs,
les femmes et les jeunes. Le cri de bataille des Internationalistes
était « Changer le monde », tandis que le cri de
bataille de la classe capitaliste était « Changer
l'individu ». L'analyse du « je », de l'existence de
cet « élément de relation », a assis la
tâche de changer le monde sur un fondement social solide.
L'« élément de relation » ou
la « relation », pour être fidèle à
lui-même, doit être objectif, indépendant de tous et
dépendant du monde. Il doit être continuellement
découvert et redécouvert dans le cours de la lutte. Il
est le centre autour duquel évoluent toutes les autres
consciences. Dans les années soixante, cet élément
de relation ou relation était exprimé par ceux qui
disaient vouloir le changement mais qui manifestaient
l'indifférence devant le besoin de faire quelque chose pour
réaliser ce changement. C'est la même chose aujourd'hui.
C'est le même élément de relation ou relation qui
reflète l'effort de la classe capitaliste pour regrouper toutes
ses forces contre la révolution sociale. Cette classe
déploie ses forces contre ceux qui entreprennent de
résoudre les problèmes de l'organisation et de la culture
dans ses formes idéologiques et sociales. Elle détourne
beaucoup de jeunes gens de ces problèmes en les entraînant
dans des activités qui ne représentent aucune menace pour
elle mais qui sont autodestructrices pour ceux qui s'y laissent
entraîner. L'analyse Nécessité de changement a
repoussé toutes les diversions bourgeoises. Elle a
accordé la priorité à la solution des
problèmes et leur a trouvé des solutions en pratique. Si
les Internationalistes n'avaient pas adopté cette analyse,
l'organisation n'aurait pas survécu. Le même
problème se pose aujourd'hui.
Le facteur dominant, c'est-à-dire tout ce qui
contribue à préserver la classe capitaliste, peut se
résumer dans le facteur antihumain-anticonscience. La
bourgeoisie a développé ce facteur en renforçant
toutes ses institutions et en imposant l'opinion que c'est en
renforçant et en préservant ces institutions et les
arrangements qu'elles défendent que tous les problèmes
peuvent être « résolus ». Selon la classe
capitaliste, ni les êtres humains ni leur conscience sociale ne
jouent de rôle dans la résolution des problèmes.
C'est la propriété privée et les institutions
établies pour la préserver qui occupent le premier plan,
de pair avec l'idéologie de l'irrationalisme. Elle leur
subordonne les êtres humains et le facteur humain-conscience
sociale. Elle se sert du facteur antihumain-anticonscience comme d'une
arme contre toutes les forces sociales qui favorisent le changement, le
développement et le mouvement. L'analyse Nécessité
de changement est un solide coup porté à la classe
capitaliste ; elle réfute ses prétentions à
favoriser l'individu et à vouloir la « liberté
» individuelle.
Dans toute activité, le PCC(M-L) accorde
l'attention première au facteur humain-conscience sociale. Aucun
travail ne peut être mené à bien sans lui. Le
PCC(M-L) doit être perçu comme le parti politique dont
l'intérêt premier est d'élever le niveau
idéologique, théorique et politique de la classe
ouvrière et du peuple pour qu'ils puissent concevoir et
bâtir le système qui leur permettra d'avoir un
contrôle sur leur vie. Qu'il s'agisse de la consolidation d'un
aspect du travail du PCC(M-L), de la lutte contre l'offensive
antisociale ou de la lutte pour un programme prosocial, le premier
problème qui se pose est celui du facteur humain-conscience
sociale. Où en est le facteur humain-conscience sociale ? Que
faut-il faire pour qu'il s'élève à la hauteur de
la tâche ? Le fait de poser ces questions et de trouver les
moyens de faire ce qu'il faut est le début du
développement du facteur humain-conscience sociale. L'analyse
Nécessité de changement apporte une solution à ce
problème.
Hardial Bains
2 mai 1997
Pour se procurer Nécessité
de
changement!
(qui sera
bientôt disponible en français) ou Communisme
moderne, faire un chèque ou
mandat de 10,00$ (taxes et manutention comprises) pour chacun à
l'ordre du Centre national de publications et l'envoyer à:
Centre national de publications, Boîte postale 521, succursale
«C», Montréal, QC H2L 4K4.

Continuons
d'avancer car la voie est claire
Que
l'être
humain
moderne
crée
l'histoire
Des
voix
nous
appellent.
Avançons

Le besoin d'agir maintenant, consciemment
- Présentation du Centre
d'études idéologiques au séminaire tenu sous le
thème «La dialectique vit!», Ottawa, 15-17
août 2007 -
Penser les rapports
La compréhension requiert un acte de
participation consciente de
l'individu, l'acte de découvrir. Combien de fois avons-nous lu
cette
phrase ? Combien de fois l'avons-nous dite ? Combien de fois
nous y
sommes-nous arrêtés ? Voici une expérience
racontée par une camarade :
« En fabriquant la bannière pour le
séminaire Nécessité de changement !,
j'avais en tête que la citation était : 'La
compréhension requiert la
participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir.'
Mais
ensuite j'ai lu la citation et je me suis rendu compte que
c'était :
'La compréhension requiert un acte
de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir.'
La
question se posait donc : est-il important de dire 'l'acte de
participation consciente de l'individu' ? »
Cette expérience pose le problème, mais un
problème de quelle
nature ? En cette période de recul de la révolution,
on a souvent dit
qu'aucune force sociale et aucun individu ne peut plus agir comme
avant. Nous ne pouvons donc pas retourner au texte écrit,
retourner aux
classiques (et pour nous Nécessité de
changement ! fait
partie des classiques) et réciter des choses par coeur. Nous ne
pouvons
pas non plus nous fier uniquement à notre mémoire. Chacun
d'entre nous
peut donner une opinion sur ce qui est dans le texte, ce que nous nous
rappelons. Il peut avoir raison comme il peut avoir tort, mais
qu'est-ce que ça change ? Cela ne
mène nulle part. On peut se sentir édifié de dire
des choses correctes,
mais cela n'aide pas à changer la situation.
Ce n'est pas une question de mémoire, de
relecture, d'opinions
émises en pensée abstraite, mais une question de
motivation et de
conception du monde. Est-ce la recherche du profit maximum, la
motivation du système capitaliste, ou est-ce la recherche de la
vérité
dans les faits pour servir le peuple, la motivation de la classe
ouvrière ?
Est-ce une vision de défense du statu quo, de ses valeurs
abstraites et
de ses concepts anachroniques, ou est-ce une vision de
résolution de
problèmes concrets et d'organisation pour changer le monde,
appuyée par
la formulation de définitions modernes ?
Dans la préface à l'édition de
1998 de Nécessité de changement !,
l'auteur place « l'action au premier plan et la
compréhension à son
service ». Il poursuit : « C'est ainsi que
les Internationalistes ont
réglé les comptes avec la notion dominante qui fait de la
compréhension
une condition
préalable à l'action. L'action est la condition
préalable à la
compréhension par l'individu, par le collectif ou par les deux.
Cette
action se présente non pas comme une chose en soi,
détachée de tout le
reste, mais comme « un acte de participation
consciente », « l'acte de
découvrir ». En plus de donner
préséance à l'action,
cette brochure révolutionnaire met l'accent sur la
qualité de la
participation, sur la nécessité de l'action suivant un
plan, ce que
nous avons appelé l' »action avec
analyse ». »
La compréhension consiste à
acquérir non pas une information à titre
personnel mais la pensée nécessaire pour voir ce que sont
les
conditions et comment changer la situation d'une manière qui
soit
favorable au peuple. Si la pensée, que ce soit sous forme de
sentiments, de souvenirs, de réflexions ou autre, est
détachée des
conditions réelles,
non seulement sommes-nous en réalité privés de
l'information que nous
transmettent les conditions, mais nous sommes aussi privés de la
possibilité de voir comment
nous percevons la situation. Sans voir le lien entre les conditions et
comment voir la situation (notre perspective), nous laissons les
usurpateurs du pouvoir imposer leur
pensée et leurs points de vue (leur perspective). Cette
perspective
étrangère qui vient de la classe dominante, de pair avec
l'absence
d'information sur les conditions, a pour conséquence de nier les
actes
de participation consciente de l'individu, les actes de
découverte, et
de nier la pertinence de l'expérience, de la mémoire et
de la pensée de
la
classe ouvrière et de ses alliés.
Les conditions, c'est ce qui existe subjectivement et
objectivement.
Nous répondons à ce qui existe, à nos besoins et
à ce qui manque. Les
pouvoirs en place substituent leurs notions préconçues
à la
compréhension des conditions et cela se fait de façon
coercitive,
compulsive et répétitive. On nous répète
continuellement qu'il n'y a
« pas
d'alternative », que « les choses sont ainsi
depuis les temps
immémoriaux », que « la nature humaine est
ainsi faite », que « le
monde est insaisissable », etc. Ces notions servent à
conditionner la
classe ouvrière et le peuple à répondre de
façon anticonsciente et à
agir à l'encontre de leurs propres intérêts.
Ces notions préconçues nous empêchent de voir la
situation réelle et ce
qu'il faut changer, elles nous détournent de l'action pour
changer le
monde et s'ouvrir au nouveau. Nous sommes conditionnés à
la naissance,
par les parents, l'école, les autres institutions et la
cacophonie de
la culture dominante, en particulier dans l'idéologie et dans la
forme
sociale, à trouver notre place dans le statu quo et à ne
pas se
demander pourquoi les choses sont comme elles sont.
En jeune âge nous sommes privés des moyens
d'avoir nos propres
aspirations. Nous sommes censés trouver notre place dans ce que
les
autres attendent de nous. Nos réponses sont conditionnées
à n'être plus
qu'un réflexe. Ces réactions sont ancrées si
profondément que la
réponse est immédiate et sans pensée profonde, une
forme
d'anticonscience. Les muscles se contractent dans un certain sens, les
émotions s'agitent telle que conditionnées, l'air sort de
la bouche
pour former les mots de la façon conditionnée par ceux
qui exercent le
pouvoir. Tout cela sans l'intervention d'une seule pensée
profonde. Et
nous sommes amenés à croire que ce sont là nos
pensées et notre
compréhension.
Dire que l'action est une condition
nécessaire à la
compréhension, ce n'est pas seulement attirer l'attention sur la
séquence des choses : l'acte avant, la compréhension
après. C'est
surtout attirer l'attention sur la possibilité de subvertir la
réponse
conditionnée qui nous est imposée et qui nous voit soumis
aux
conditions et aux
événements et nous empêche d'être proactifs.
Dans les conditions
données, il est crucial de réagir et de prendre position
contre toutes
les agressions et toutes les politiques anti-peuple des pouvoirs en
place. Nous discutons, nous manifestons, nous protestons, nous
organisons, nous communiquons, nous faisons des exposés. Le fait
de
plonger dans les
problèmes de la situation donnée, de chercher des
solutions et de
passer à l'action encore et encore conditionne nos
réponses dans le
sens de rompre avec le statu quo. Le programme Nécessité
de
changement ! a été organisé pour faciliter
cette rupture en plaçant la
création du facteur subjectif de la révolution au centre
de tout
travail, en
s'attaquant au problème de l'organisation et de la refonte de
notre
conception du monde. C'est ainsi que se révèle le lien
entre notre
pensée et comment nous voyons la situation et les conditions
données,
ce qu'il faut changer et comment s'organiser pour ouvrir la voie au
nouveau. L'analyse de la Nécessité de changement rappelle
que nous ne
pouvons pas vivre une vie divisée en deux : la
pensée révolutionnaire
d'un côté et la culture et le style de vie bourgeois de
l'autre, avec
leur assaut contre la conscience sociale et leur promotion de
l'individualisme narcissique et égocentrique.
L'ici présent
Les conditions sont un appel, une
vocation. Les activités que nous entreprenons sont
conditionnées par le
temps et l'espace. L'appel de l'époque, la vocation, est de
répondre à
ce que les conditions nous révèlent et d'occuper l'espace
du changement.
Ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force
insistent pour dire que
notre activité et notre vocation n'ont pas une place
précise dans le
temps. S'appuyant sur une idée primitive, détachée
du monde réel,
détachée de l'ici présent, ils
prétendent que le changement
n'est possible que par l'intervention de forces extérieures,
comme
l'astéroïde qui aurait anéanti les dinosaures, ou
des phénomènes comme
la grippe aviaire, la guerre nucléaire et le
réchauffement de la
planète qui menacent l'être humain d'extinction. Nous
n'acceptons pas
cette vision apocalyptique, ce monde dicté par l'intervention de
forces
extérieures ! Nous réagissons avec force à
cette vision qui fait
abstraction du temps et de l'espace. Nous voyons que toute chose et
tout phénomène a un début et une fin, que sans
matière il n'y a pas de
mouvement, et que sans mouvement, la matière s'effondre. Le
temps et
l'espace ne sont pas des choses, ce sont les conditions de l'existence.
Les choses et les phénomènes se révèlent
dans le temps et
l'espace.
Le point de départ est tout simplement de poser
la question. Par où
commencer ? L'analyse Nécessité de changement !
existe, c'est donné.
C'est quelque chose que vous pouvez identifier. C'est un objet et il a
une histoire. C'est un livre, un programme, il a eu différentes
influences au fil du temps. Vous reconnaissez qu'il existe,
mais lequel de ces aspects ou de ces influences est crucial ? Sur
lequel faut-il insister en particulier ? S'agit-il tout simplement
de
dire que vous l'avez lu et de raconter ce qu'il a signifié pour
vous ?
Il faut reconnaître le sujet dans notre approche
de la nécessité de
changement, le processus par lequel nous acquérons la
connaissance.
D'abord, notre approche à la nécessité de
changement doit être sans
intermédiaire. Nous prenons donc acte du sujet de notre approche
et
cela aussi doit, pour ainsi dire, se faire sans intermédiaire.
Ce n'est
pas ce
qui est connu, ce qui est donné, ce qui est déjà
là, qui nous
intéresse, mais le processus par lequel nous en prenons
connaissance.
Nous devons être réceptifs. Nous recevons cette
information. Nous ne
changeons pas ce qui est à l'origine de cette information. Cela
veut
dire que nous reconnaissons et la nécessité de
changement, et notre
approche,
sans intermédiaire. Elles s'offrent à nous. Le point de
départ est le
présent. C'est à la fois le résultat et le point
de départ de
l'histoire.
Notre historiographie n'a pas comme point de
départ le passé, bien
que nous parlions de la période entre 1967 et 2007. Nous
recevons
l'information sur comment l'ici présent se
présente, sur le
présent. Nous savons, et nous l'avons entendu dire plusieurs
fois (et
encore dans la préface de l'auteur), que le point de
départ est le
présent. Mais si nous nous arrêtons là, nous
tombons encore dans le
piège de l'anticonscience. Nous prenons quelque chose qui est
vrai et
nous le transformons en un slogan vide de sens. Alors que fait le
« je » ? Quel est le rapport entre le
« je » et la nécessité de
changement ? Comment activer ce
« je » dans l'ici présent ?
Le présent existe objectivement. Il y a ce livre,
un objet, Nécessité de changement !
Il y a ce rassemblement de personnes venues parler de ce livre, il y a
ce programme. Le livre a un contenu bien à lui. Nous sommes
certains de
son existence. Nous sommes en sa présence et nous reconnaissons
son
existence, rien de plus.
Vous pouvez le tenir dans vos mains et le regarder, l'ouvrir et le
feuilleter, voir tous les mots imprimés. Nous savons
déjà qu'il
contient toutes ces phrases. Que faut-il comprendre à toutes ces
phrases alignées l'une à la suite de l'autre ? Nous
savons, et c'est
d'ailleurs écrit, que c'est la généralisation
d'une période historique
donnée et d'une
expérience donnée. Nous savons que c'est la base d'un
programme
d'action. Nous savons également que cette analyse a une
très riche
histoire. Elle a même fait l'histoire et continue de le faire.
Elle a
donné naissance à une organisation, à une
conception du monde, elle est
devenue le matériel de pensée et a contribué
à l'élévation de la
conscience
des individus qui ont entrepris son programme et qui ont acquis sa
conception du monde, tous ceux du passé et du présent,
ceux qui l'ont
épousée et ceux qui l'ont rejetée.
Nous faisons partie d'une société. Nous
participons à cette société
avec différents niveaux de conscience. Dans cette
société, les
individus qui participent plus ou moins consciemment créent un
être
social. L'être social a une histoire. Pour ce qui est de
l'histoire, Nécessité de changement !
a été écrit au plus fort de la guerre
froide, chronologiquement à mi-chemin. Nous sommes maintenant
dans
l'après-guerre froide, après l'effondrement de la
division bipolaire du
monde. L'époque est encore celle de l'impérialisme et des
mouvements de
libération des peuples. Voilà la période. Mais
quel rapport le « je »
a-t-il avec cette histoire ? Avec tous les
autres « je » ? La grande complexité
de ces rapports est tout de suite
évidente. Cela nous dépasse. Par où
commencer ? Ma compréhension à moi,
l'expérience de différents collectifs,
l'expérience des autres ? Ce
qu'il faut voir, c'est que tout nous exclut de la participation
à cette
histoire.
Nous pouvons aussi examiner l'histoire
particulière de l'analyse
Nécessité de changement. C'est un document, un programme,
des
conférences... Mais elle a quelque chose de crucial qui la
distingue du
reste, et c'est le fait qu'il y a ce « je »
placé devant cette grande
complexité qui le dépasse, devant cette histoire
objective. C'est
l'« histoire en tant que telle », avec tous ses
préjugés et toutes ses
justifications censées expliquer notre place sans que nous y
ayons un
rôle actif à jouer, à la différence qu'il y
a ce « je » et cette
histoire-ci, cet être, et ce n'est pas seulement dans mon esprit.
Ils
existent. Et ce « je », cette conscience de la
situation, et cette situation n'existent pas séparément.
Ils existent
dans cet instant. Ni l'un ni l'autre n'est à lui-seul dans le
présent ;
les deux n'existent que dans leur rapport. C'est maintenant. C'est dans
l'ici présent
que s'affrontent le passé et le présent. Ce
« je » sera-t-il dépassé
par l'anticonscience des vieux
rapports du passé qui retiennent le développement ?
Où jouera-t-il un
rôle dans cette histoire ? Le « je »
est activé seulement dans la
mesure où il rejette l'anticonscience. Et au coeur de
l'anticonscience
se trouvent les notions qui font abstraction du temps et de l'espace.
Au XVIIe siècle la thèse
était : je pense, donc je suis. On
présupposait deux substances : d'une part la
matière, la substance
prolongée dans l'espace, de l'autre, la conscience, la substance
pensante. La matière était définie en termes
d'espace et le temps était
défini en termes de durée de l'espace. Mais la substance
pensante,
elle,
était perçue comme étant distincte des corps et
des processus matériels
et indépendante de l'espace et du temps.
Les substances physique et pensante (matière et
conscience) étaient
réunies par un médiateur extérieur, que ce soit
Dieu ou un autre
intermédiaire. Dès qu'on enlève la
médiation, le rapport entre la
matière et la conscience perd son sens. La pensée
apparaissait comme
étant sans rapport avec le temps et l'espace sauf par un
intermédiaire.
C'était
un problème pour ceux qui cherchaient à comprendre leur
situation et
leur pensée parce que cette notion plaçait la
pensée hors d'atteinte.
La nécessité de changement qui existe
objectivement restera-t-elle
hors d'atteinte, ou deviendra-t-elle la base de l'action avec
analyse ?
Et quelle sera la perspective ? Le conflit de perspective ou de
conception du monde se trouve dans l'ici et le présent. Mon
rapport
avec cette nécessité de changement et cette histoire
existe dans le
présent. Ce « je » peut devenir un
« je » conscient seulement par ce
rapport.
Le « je » et la
nécessité de changement existent maintenant,
dans ce moment. Mais lequel vient en premier ? Si vous placez le
« je »
en premier et déclarez que « je » suis le
point de départ et que
« j »'ai cette profonde réflexion à
propos de la nécessité de
changement, il ne
restera que : « je suis ». Il y a
« je suis » et il y a
« j'interprète,
je décris, je suis une bonne personne ». C'est
littéralement « je
suis » et rien d'autre. Il n'y a pas la moindre
représentation de
l'automouvement du « je », de son histoire, de
son expérience. Et il
n'y a rien à propos
du « je » et de son expérience dans l'ici
présent. C'est le « je »
égocentrique, sans passé ni présent. Ce ne peut
pas être la conscience
dont nous parlons. Ce « je » semble être
indépendant de la nature et de
la société et semble venir de l'au-delà. Nous ne
sommes pas ici pour
raconter des histoires à propos de
l'au-delà, nous sommes ici parce que nous avons un
intérêt dans l'ici et le présent.
Sans l'ici présent, il ne reste que
l'histoire qui existe
ailleurs, l'histoire en tant que telle. Et il ne restera que la
possibilité de « sortir », qui est
« la cause de la discorde », jusqu'à
en perdre la raison. C'est maintenant qui est le moment
décisif qui nous ancre dans le présent. Ce
maintenant est le rapport avec la
société et avec son
histoire. Dans ce moment sont concentrées toutes les relations,
transitions, directions des mouvements, en avant ou en arrière,
vite ou
lent.
Qu'une chose ou un phénomène soit possible
(nous disons, par
exemple, qu'un autre monde est possible) dépend de son contenu,
de la
somme des moments par lequel il passe. Le mouvement est dans le moment,
puis il passe et fait place au moment suivant et ainsi de suite. C'est
la séquence des moments successifs qui est importante. Le moment
peut
être mesuré en
années ou en nano secondes, c'est l'ordre de succession qui est
important. C'est par l'ordre de succession, le mouvement, que
s'expriment les lois du développement et la
nécessité de changement.
Le « je » est un universel, ce qui
veut dire qu'il n'est la
propriété privée de personne. Il renferme toutes
les possibilités,
négatives et positives, de changement. La conscience
réside dans ce
« je » qui est universel. Ce
« je » est le « je »
conscient. L'acte de
participation consciente de l'individu
à l'acte de découvrir est le « je »
conscient.
Le « je » qui n'a que la
compréhension personnelle en soi demeure
passif, même égocentrique et en contradiction avec le
« je » qui est
universel et conscient.
C'est dans l'ici présent que le
« je » voit la mascarade, le
mensonge, les justifications données par ceux qui ont
usurpé le pouvoir
par la force. Dans l'ici présent, « je »
s'active, il se sent vivant.
Si « je » voit la mascarade et ne résiste
pas activement, s'il ne
cherche pas activement la vérité pour servir le
peuple, alors ce moment devient un moment d'indifférence, de
passivité
et d'insouciance. Ce « je » indifférent
n'a plus ce moment de vie mais
ne vit que pour le moment, qui est indifférent au
« je » et à tout le
reste. Ce « je » devient passif au point de
perdre la raison dans
l'insouciance.
Dans l'ici présent le
« je » actif reconnaît la crise, le point
tournant. Saisis le moment maintenant. Voici la
rose, c'est maintenant
qu'il faut danser ! Le malade va-t-il être mieux ou sa
situation
va-t-elle s'aggraver ? C'est le point tournant, c'est la crise. Le
« je » est un
agent de la crise. Deviendra-t-il indifférent ou
s'activera-t-il ? La
crise devient pour lui le moment décisif : il faut que
ça passe ou que
ça casse. Ce « je » en tant que rapport
affronte la crise. C'est le
moment de décision : ou bien l'indifférence, ou bien
l'activation. La
crise n'est pas une question de choix. Elle est
indépendante de la volonté. Mais la volonté
d'être, qui est
fondamentale, a la capacité de s'activer par la confrontation du
moment
de décision. Le moment est maintenant.
La conscience et l'anticonscience
L'anticonscience,
c'est l'ancienne pensée qui pénètre tout. La
façon de la rejeter est
d'élaborer une perspective dès maintenant en faisant
valoir des
définitions modernes. Nous naissons tous dans cette vieille
pensée.
Nous naissons dans une société moderne où existent
encore les vieux
rapports de
production qui retiennent et étouffent les forces productives
modernes.
La pensée émane de ces rapports. Elle est la connaissance
de ces
rapports, vous ne pouvez que connaître ces rapports. La vieille
pensée
(anticonscience) provient de ces vieux rapports.
Les forces productives comprennent le facteur
humain/prolétariat
moderne, les moyens de la grande production socialisée et la
révolution
industrielle, scientifique et technologique continue. En ce moment ces
forces productives socialisées modernes (la classe
ouvrière, les moyens
de production et les progrès scientifiques et technologiques) ne
favorisent pas le développement de la société
parce qu'elles sont
retenues par les rapports de production du vieux système
capitaliste,
rapports qui sont fondés sur la propriété
privée non socialisée. La
classe ouvrière et ses alliés doivent changer le vieux
système et les
vieux rapports dépassés. Cela veut dire que
l'énergie renfermée dans le
prolétariat
moderne, les moyens de production socialisés, les progrès
scientifiques
et technologiques et dans les peuples et leur histoire, doit être
libérée du vieux système et des vieux rapports.
Le développement, qui comprend la lutte pour la
production et
l'expérimentation scientifique, est piégé dans les
vieux rapports de
production maintenus en place par le système. C'est donc le
système
qu'il faut changer pour mettre fin à ces vieux rapports. La
pensée est
le produit des rapports. Les vieux rapports donnent continuellement
naissance à la vieille pensée. Nous sommes pris avec la
vieille pensée
émanant des vieux rapports : nous voyons les
tragédies, nous pouvons
parler de l'assaut contre la conscience et nous pouvons parler de ce
qu'il faut éliminer pour rendre notre vie meilleure, mais cela
reste
dans les limites du vieux système et des vieux rapports. Il y a
nécessité de changement fondamental. Sans la
nécessité de changement,
de développement, de changement de système, il n'y a que
la tragédie.
La conscience n'est pas la même chose que la
compréhension. La
compréhension est spécifique à une situation
historique donnée, un
événement, un acte, un moment historique. La
compréhension est ce que
l'individu actif obtient dans son rapport avec le monde. Elle lui
permet de fixer le cadre de référence, de décider
du programme
pratique,
de formuler une analyse concrète. La conscience, elle,
réside dans le
« je ».
L'anticonscience extérieure à
elle-même en elle-même
survient pour étouffer la conscience sociale. En tant que forme
de
conscience, l'anticonscience extérieure à elle-même
donne l'impression
de transcender la nature et la société, d'être
extérieure à l'histoire.
C'est un voile qui couvre tout.
L'anticonscience extérieure à
elle-même apparaît donc comme
étant statique, inchangeable, éternelle et
détachée de la force vive de
l'histoire, de tout ce qui est humain et vivant.
La nature et la société changent
constamment, mais l'anticonscience extérieure à
elle-même
en elle-même donne l'impression de tout transcender. Par exemple,
en
faisant abstraction de la nature et de la société,
l'anticonscience
affirme que l'espèce humaine se divise en races
inférieures et races
supérieures, où les membres d'une
race décident de la qualité de l'être. Ces
définitions faites d'avance
qui transcendent la nature et la société sont
imposées au monde entier
et donnent à l'anticonscience son contenu. Elles ne sont pas
l'expression, le reflet ou le produit des conditions historiques
réelles.
Prétendre que cette conscience est en soi donne
l'impression que ces
catégories sont éternelles et qu'elles sont le produit de
quelque chose
au-delà du monde historique et naturel. Divers slogans
apparaissent :
« la fin de l'histoire », « la mission
civilisatrice de l'homme
blanc », « la destinée
manifeste », « les valeurs
universelles », « l'État
défaillant », « pas
d'alternative », etc. Cela est censé
représenter la façon dont le monde
fonctionne. Mais en réalité la vie humaine est produite
et reproduite
dans un processus de production qui est social. Elle a une histoire et
comprend la participation
active. Cette histoire et cette participation doivent être la
base de
toute perspective pouvant à proprement parler s'appeler humaine.
La conscience ne se développe qu'en rejetant
l'anticonscience. C'est
la conscience du « je », non pas le
« je » égocentrique de l'individu
égocentrique, mais le « je » qui se situe
dans la situation historique,
dans les conditions qui appellent au changement. Ce
« je » est un
« je »
historique social. Le rejet de l'anticonscience passe par la prise de
conscience des rapports qui existent entre les êtres humains et
entre
les humains et la nature. Ces rapports existent indépendamment
de la
conscience et de la volonté. Le rejet de l'anticonscience
extérieure à elle-même en elle-même
amorce la discussion sur l'action
humaine consciente pour changer le système et les rapports, une
discussion comme celle commencée en 1967 qui a son
expression concrète
dans le livre et l'analyse Nécessité de
changement !
Un rêve et un désir d'alternative au
système social qui existe se
concrétisent pour ceux qui s'avancent pour les réaliser
et qui dressent
des plans d'action en conséquence. Les plans d'action leur
permettent
d'aller au-delà de l'action individuelle, comme les actions de
protestation, les grèves, etc. Il faut aller au-delà de
ces actions
individuelles
éparpillées. Il faut un plan d'action, un programme et
une réunion des
forces pour l'action qui répondent aux conditions
réelles. Cela permet
l'unité d'action au-delà de l'action individuelle
à laquelle chacun
participe. Même si le nombre est petit au départ, il
grandit quand le
rêve de l'alternative est capté par l'organisation et la
conscience.
C'est
une conscience qui se développe à partir du rêve
initial et du rejet de
l'anticonscience et qui croît en qualité et
quantité. Elle apporte une
cohérence et devient une force matérielle parmi le
peuple, surtout
lorsqu'elle assume une forme organisationnelle qui correspond à
ce que
les conditions exigent.
À mesure que le nouveau contenu émerge, de
nouvelles formes doivent
être découvertes. Ce mouvement peut être
étudié. C'est un phénomène qui
peut être connu dans toute la richesse de ses rapports et de son
histoire : c'est la conscience en elle-même. Cette
conscience peut se maintenir même si la matière est
passée à une
étape suivante, dans la mesure où elle peut être
reflétée dans le cerveau. À mesure que cette
nouvelle conscience informe
la pensée, reflète la matière, la matière
avance et cette conscience
peut faire son chemin dans la psychologie et les traditions sociales du
peuple. Songez par exemple à l'histoire de la conscience de la
nécessité du
changement depuis 1967, assumée par ceux qui organisent pour
changer le
monde.
Les êtres humains ont la conscience d'appartenir
à une même espèce.
Cette conscience humaine est distincte de toute conscience qui pourrait
exister chez l'animal. Évidemment, il y en a qui ne veulent pas
de
cette conscience humaine. Ils vivent dans le déni de
l'importance des
rapports avec la société et la nature. Ils souscrivent
à la loi de la
jungle plutôt qu'à la loi du développement social.
Ils se voient
participer en tant qu'espèce à part, en tant
qu'exploiteurs, en tant
qu'oppresseurs ou en tant que collaborateurs de ceux qui ont
usurpé le
pouvoir par la force. Ils peuvent prétendre participer
consciemment
comme membres à part entière de la société
mais ne vouloir qu'une part
de la
richesse et de tout ce que la société a à offrir.
Ils imposent cette
conception du monde à la classe ouvrière et au peuple en
leur disant
que la solution à leurs problèmes est de réclamer
une plus grande part
de la richesse plutôt que de changer la base
socio-économique de leur
exploitation et oppression. Rappelez-vous la fable d'Ésope
à propos du
lion, de l'âne et du renard qui vont à la chasse et qui
reviennent avec
beaucoup de gibier.Le lion, en vertu de sa prouesse et de sa force,
s'accorde le droit du plus fort et dit à l'âne de faire le
partage du
butin entre les trois. C'est ce que veut dire participer :
partager,
prendre part, s'accommoder. L'âne fait trois portions
parfaitement
égales.
Le lion irrité dévore l'âne et ordonne au renard de
faire les parts. Le
renard se réserve une petite portion, la range et remet tout le
reste
au lion.
Le lion demande au renard : « Qui t'a,
mon cher, si bien appris à partager ? »
« C'est le malheur de l'âne »,
répond le renard.
On nous demande d'agir comme cet âne, de servir de
leçon aux plus
sages pour leur apprendre à survivre là où
règne la loi du plus fort.
Ce n'est pas le développement social, c'est la loi de la jungle.
Changer cette situation requiert cette conscience qui
vient de la
participation de l'individu agissant dans la situation réelle,
résolvant les contradictions qui existent dans la
société et avec la
nature. Mais l'analyse Nécessité de changement ! dit
qu'il faut plus :
non seulement faut-il comprendre les rapports dans lesquels nous
vivons,
non seulement faut-il comprendre les contradictions qui existent, il
faut aussi bâtir le mouvement émancipateur de la classe
ouvrière et de
ses alliés avec la conscience de la nécessité de
changement. Le
développement de ce mouvement conscient de la classe
ouvrière et de ses
alliés vers la nécessité de changement signifie
qu'il est possible
d'humaniser la conscience pour que se crée une
société qui convient à
l'existence de ses membres et qui est organisée en fonction de
l'espèce
plutôt qu'en fonction des liens du sang et de l'appartenance de
classe.
Reconnaître la nécessité de
changement
On entend dire
partout qu'« un autre monde est possible » mais
ce discours ne peut
être cohérent que s'il est lié à la
reconnaissance de la nécessité de
changement. La nécessité est la loi du
développement social. Cela veut dire qu'il n'y a pas
d'alternative à la
nécessité. La possibilité
n'est pas une loi. Des
possibilités existent, mais pour faire de la possibilité
un monde il
faut la perspective de la nécessité de changement, il
faut l'argumenter
et s'engager dans des actes de participation consciente.
Ne pas faire sienne la conception du monde de la
nécessité de
changement et accepter la conception anticonsciente, c'est se contenter
de décrire les tragédies qui se produisent, comme la
personne qui se
noie et qui crie : « Je me noie et vous ne faites que
décrire l'eau. »
Il y a la société et tous ses
problèmes, moi je me noie dans la
société et tous ses problèmes et vous êtes
là à décrire les problèmes.
Cela est généralement compris comme :
je suis là aux prises avec
tous les problèmes et vous êtes là à les
décrire sans me venir en aide.
Les appels au secours de la personne qui se noit ne servent à
rien et
les descriptions de l'eau par ceux qui sont sur la plage ne servent
à
rien non plus. La personne dans l'eau et les gens sur la plage ont
leurs raisons d'agir comme ils le font, nous dit-on. Le problème
est
l'indifférence des uns envers les autres. Bref, les lois de la
nature
dominent sans intervention de la conscience humaine. Le problème
n'est
pas qu'il y a deux activités, une personne qui se noie et les
autres
qui décrivent la situation. Le problème est qu'il n'y a
pas d'espace
commun entre les deux où s'affirme la volonté
d'être, pour activer le
facteur humain. Les deux individus sont détachés l'un de
l'autre et
s'éloignent dans leur rapport. Il n'y a pas d'unité
d'action. Il n'y a
pas de « je » dans l'ici présent qui
s'élève au-dessus de la situation
de désespoir pour la changer. Que faut-il alors ? Il faut
surmonter le rapport de séparation, il faut un rapport
d'unité qui
s'établit par la destruction du rapport de séparation. Il
faut créer un
rapport nouveau en détruisant le vieux système. Et ce
rapport doit être
infusé de la conscience nouelle. Cette conscience vient du rejet
de
l'anticonscience et de la prise en considération à la
fois du
phénomène, du
cerveau et de l'expérience. Non seulement est-il
nécessaire d'examiner
et de prendre en considération ce qui existe, mais la prise en
considération doit avoir une objectivité ; elle doit
passer par le
phénomène. Le « je » est le
phénomène, avec son acte de participation
consciente à l'acte de découvrir ; l'ici
présent est aussi le
phénomène qui apparaît comme un moment
instantané et qui disparaît.
La seule façon de maintenir le moment
instantané, le moment de
décision, d'en faire une victoire et de créer l'histoire,
est
d'organiser le phénomène collectif, de lui donner une
forme
organisationnelle, ce qu'aujourd'hui nous appelons facteur
humain-conscience sociale. Cette organisation, ce facteur
humain-conscience sociale, s'attaque au
problème posé et à résoudre et avance en
vagues successives, formant le
flot continu de l'histoire.
Toutes les possibilités de changement seront
ratées si l'on ne
répond pas activement à la nécessité de
changement, pour changer la
situation à l'avantage de l'être humain. Ce qu'il faut,
c'est agir maintenant, consciemment. Avec l'organisation et
la conscience, avec l'activation et l'organisation du facteur
humain-conscience sociale,
l'alternative devient claire. Un autre monde est possible est la
nécessité de changement. Voici la rose, c'est maintenant
qu'il faut danser !

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