Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 125 - 30 juillet 2013

Opposition à la destruction nationale du gouvernement Harper

Un rassemblement pour défendre le droit à la santé et exiger que Harper rende des comptes



Opposition à la destruction nationale du gouvernement Harper
Un rassemblement pour défendre le droit à la santé et exiger que Harper rende des comptes

Les travailleurs luttent pour une économie qui répond à nos besoins
L'industrie forestière dans une impasse - Entrevue avec Patrick Bouchard, camionneur forestier au Lac-Saint- Jean
Les travailleurs forestiers de l'est du Québec luttent pour leurs droits - Entrevue avec Georges Verreault, représentant national du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, Bas-Saint-Laurent- Gaspésie
La lutte pour le développement régional dans l'est du Québec - Entrevue avec Yannick Proulx, président du Conseil régional de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Bas-Saint-Laurent- Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine


Opposition à la destruction nationale du gouvernement Harper

Un rassemblement pour défendre le droit à la santé et exiger que Harper rende des comptes

Les 24 et 25 juillet, les défenseurs des services de santé publics canadiens ont organisé différentes actions pour contester l'abdication de la responsabilité sociale envers ce secteur par le gouvernement Harper. Les actions avaient lieu à Niagara-on-the-Lake en Ontario pour coïncider avec la rencontre annuelle du Conseil de la fédération qui réunit les premiers ministres des provinces, du Québec et des territoires.

Les actions pour interpeller Harper étaient organisées par la Coalition de la Santé de l'Ontario et la Coalition canadienne de la Santé. Le 24 juillet, des forums ont été appelés pour discuter de la détérioration des services de santé qui affecte toutes les régions du pays. Des délégations d'organisations de défense des services de santé, des travailleurs de la santé et d'autres, provenant de tous les coins du pays, y ont participé. Le 25 juillet, plus de 2 000 personnes ont assisté à un grand rassemblement au parc près du site de la conférence des premiers ministres et à une manifestation dans les rues de la ville.

Le secteur le mieux représenté était celui des travailleurs de la santé, la plupart étant de l'Ontario où le gouvernement libéral de Kathleen Wynne impose des compressions draconiennes et ouvre la porte du système de santé public aux entreprises privées à but lucratif. Il y avait ainsi les travailleurs représentés par le Syndicat international des employés et employées de service (UIES), le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le Syndicat des employés et employées de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO) et la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières/infirmiers (SCSI).

De nombreux syndiqués des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), en particulier des travailleurs à la retraite, ont participé aux actions. Plusieurs sections locales des travailleurs de la santé appartiennent au TCA. Des membres de la section locale 1005 du Syndicat des métallos de Hamilton ont déployé une grande bannière sur laquelle on pouvait lire : « Les services de santé sont un droit ! ». Les membres d'autres sections locales du Syndicat des métallos, de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), du Syndicat des travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) et d'autres organisations des travailleurs étaient également là. Il y avait de grandes délégations de la Coalition de la santé de Toronto et de la Coalition de la santé du Niagara.


Le but premier des forums, du rassemblement et de la manifestation était d'exiger du gouvernement Harper qu'il rende des comptes pour son refus d'assumer ses responsabilités pour le financement des services de santé et pour le fait qu'il facilite l'ingérence d'entreprises privées à but lucratif dans le réseau public au Canada. Durant la partie formelle du rassemblement, des orateurs ont abordé ces questions. Parmi les thèmes discutés, il y avait aussi la nécessité non seulement de défendre le système actuel d'assurance-santé mais de l'élargir pour qu'il comprenne l'assurance-médicament universelle et les soins de longue durée.

Natalie Mehra, directrice de la Coalition de la santé de l'Ontario, a salué tout le monde présent et a présenté le premier orateur, Michael McBane, directeur de la Coalition canadienne de la santé.

« Nous sommes ici aujourd'hui parce que l'assurance-santé est menacée plus que jamais, a dit McBane. Le gouvernement Harper a mis en place une stratégie qui annonce la fin de l'assurance-santé si nous ne l'arrêtons pas. La question de la santé est la question politique la plus importante pour les Canadiens. Selon un sondage publié il y a quelques jours, 80 % des Canadiens voudraient que le premier ministre Harper convoque une réunion des premiers ministres afin d'assurer un avenir aux services de santé publics. Or, Harper a déjà annoncé qu'il n'y aura pas de réunion. Il n'y aura pas non plus de nouvel accord sur la santé lorsque l'accord actuel arrivera à échéance. »

Il a terminé son intervention en disant : « Le gouvernement Harper nie depuis le début toute responsabilité pour le système de santé et prétend qu'il s'agit d'une responsabilité qui relève des provinces et des territoires. C'est faux et c'est honteux... Les Canadiens ne veulent pas d'un gouvernement fédéral qui rejette ses responsabilités sur les provinces et sur les individus. Sans leadership fédéral, le système national d'assurance-santé n'a pas d'avenir. Debout pour l'assurance-santé ! »

Parmi les autres orateurs il y a eu Cathy Carroll, secrétaire-trésorière de la section santé du SEIU ; Wendell Potter, un ancien cadre de compagnie d'assurance qui est devenu dénonciateur ; Ken Lewenza, président national des TCA ; Sue Hotte, coprésidente de la Coalition de la santé de Niagara ; Maude Barlow, du Conseil des Canadiens ; Sid Ryan, président de la Fédération du travail de l'Ontario ; un porte-parole du Secrétariat canadien des professionnels de la santé ; Paul Moist, président national du SCFP et Linda Silas, présidente du SCSI.








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Les travailleurs luttent pour une économie qui répond à nos besoins

L'industrie forestière dans une impasse

Le Marxiste-Léniniste : Peux-tu nous parler des conditions du travail en forêt dans ta région et de l'impact que le nouveau régime forestier a sur ces conditions ?

Patrick Bouchard : Dans les petits villages ici, 75 % environ de la population vit de la forêt. Juste dans les environs, nous avons comme compagnies forestières, Produits forestiers Résolu qui a une scierie qui est associée à une coopérative forestière et Arbec, qui opère une scierie à l'Ascension. Dans la région, avec toutes les coupures qui ont été faites, nous sommes beaucoup moins nombreux qu'avant à travailler en forêt. Moi, où je travaille, on était 16 camions et maintenant, avec le nouveau régime forestier entré en vigueur ce printemps, on est 10 camions. Les travailleurs vieillissent, les jeunes ne veulent plus monter en forêt. D'ici quelques années il va y avoir beaucoup de problèmes en forêt, c'est certain. Avec les coupures qu'il y a, les mises à pied, avec l'insécurité, on ne sait plus trop où l'on s'en va. Chez nous avant, dans le district Péribonka auquel j'appartiens, on était 125 travailleurs en forêt. Aujourd'hui, nous sommes tombés à 28. Les écoles forestières sont vides. Quand on parle d'un travailleur forestier aujourd'hui, c'est comme si on était un extraterrestre.

Les pertes d'emplois vont s'accentuer avec le nouveau régime forestier, surtout en vertu du nouveau système par lequel 25 % du bois qui dans le régime précédent était alloué aux entreprises de sciage est maintenant vendu aux enchères. Pour nous, ce que ça veut dire c'est que les entreprises risquent de donner des contrats à des entrepreneurs qui soumissionnent aux enchères et qui eux engagent de la main-d'oeuvre non syndiquée. On risque de revenir comme on était dans l'ancien temps, payé à des bas salaires, pas de fonds de pension, pas d'assurance-médicaments, sans ancienneté. Ce sont les travailleurs dans la cinquantaine qui vont être les plus touchés.

La façon dont ça marche c'est que n'importe qui peut soumissionner aux enchères. N'importe quel contracteur qui a de l'argent, il n'a même pas besoin d'avoir de la main-d'oeuvre, s'il a de l'argent il peut le faire. Il peut le vendre à qui il veut le vendre. C'est comme un courtier. Si c'est Résolu qui l'achète, il va le faire à ses conditions. Les entrepreneurs qui achètent le bois aux enchères vont se faire la guerre en abaissant leurs prix. Ce sont les travailleurs qui vont payer pour ça, leurs conditions vont baisser. Pendant ce temps-là, nous, auparavant, on pouvait compter sur tant de milliers de mètres cubes de bois à transporter ou à couper avec les approvisionnements qui étaient garantis aux usines. Maintenant que 25 % du bois est envoyé aux enchères, il y a des mises à pied. Produits forestiers Résolu a procédé à des mises à pied chez les propriétaires de machinerie qui travaillaient pour lui et chez des employés. Ce qui va arriver, c'est que des travailleurs qui étaient syndiqués et avaient des fonds de pension, des avantages sociaux, vont se retrouver à contrat pour des entrepreneurs qui achètent le bois aux enchères et ils vont perdre ces conditions, sans parler des travailleurs qui vont simplement quitter le secteur. C'est comme cela que les conditions de tous les travailleurs du secteur forestier vont baisser. Ce qu'on entend dire, c'est que si ce régime-là continue, bientôt Produits forestiers Résolu va devenir un simple acheteur de bois au lieu d'être un faiseur de bois. C'est ce qu'on craint, que Résolu demain dise qu'il donne tout à contrat et il peut le faire s'il le veut.

Le nouveau régime forestier n'a pas été bien pensé du tout. On a dit que le but c'était de diversifier l'approvisionnement, de permettre à plus de monde d'avoir accès au bois. Mais les grandes entreprises se sont bien préparées pour le régime. Elles ont la capacité de contrôler le marché et elles vont le faire au péril des conditions de travail et des accréditations syndicales. Les travailleurs n'ont rien eu à dire là-dedans. Tout a été décidé d'avance.

Dans ces conditions-là, nous nous battons pour garder nos acquis, pour garder nos emplois syndiqués, aux conditions que nous avons, au moins pour l'approvisionnement qui est encore accordé aux usines dans le cadre du nouveau régime forestier. Et nous voulons que si Produits forestiers Résolu donne des contrats aux entrepreneurs qui achètent le bois aux enchères, que nos accréditations syndicales demeurent, que le travail reste avec nous.

Note

1. Les contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) qui ont été établis par la Loi des forêts de 1986 sont remplacés dans le nouveau régime par les garanties d'approvisionnement qui sont des droits d'achat de bois. Les CAAF étaient un contrat conclu entre une compagnie possédant une usine de transformation et le gouvernement du Québec et comprenait le paiement de redevances sur les droits de coupe. Le CAAF comprenait des obligations de régénération de la forêt pour l'entreprise signataire. Ces obligations étaient largement compensées par un système de crédits gouvernementaux aux entreprises concernées pour leurs travaux d'aménagement. La notion de territoire et de lien entre la récolte du bois et sa transformation dans un territoire donné était centrale au régime des CAAF.

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Les travailleurs forestiers de l'est du Québec
luttent pour leurs droits

Le Marxiste-Léniniste : Quelles sont les principaux aspects du travail du syndicat dans la région pour défendre les travailleurs forestiers ?

Georges Verreault : Nous essayons de faire changer les lois, tant fédérales que provinciales, pour aider ces travailleurs. Au fédéral, notre plus gros effort c'est de faire changer la loi de la protection de la faillite, la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) afin de donner aux pensions le statut de créanciers garantis. Les travailleurs n'ont pas de recours parce qu'ils ne sont pas créanciers garantis. Je suis convaincu que si les pensions étaient considérées comme des créanciers garantis, les grandes entreprises ne se mettraient pas sous la protection de la faillite aussi souvent qu'elles le font en ce moment. Ces choses-là ont un effet d'entraînement. AbitibiBowater s'est mis sous la protection de la faillite. Toutes sortes de mesures ont été prises pour sauver les meubles. Maintenant, les autres grandes entreprises qui ne sont pas sous la protection de la faillite, comme Kruger, demandent des arrangements similaires, entre autres des allègements dans les paiements dans les fonds de pension.

Au niveau provincial, un des changements que nous demandons c'est l'abandon des clauses de non-concurrence en cas de fermeture. Prenez le cas de la fermeture de la cartonnerie de Smurfit Stone à New Richmond en Gaspésie en 2005. Au lendemain d'une réparation d'équipement, la direction de l'usine a mis les travailleurs à pied supposément pour deux semaines. Deux ou trois jours plus tard, Smurfit Stone annonçait à la radio qu'elle fermait l'usine de manière permanente. Une usine flambant neuve, 300 emplois de perdus. Smurfit Stone a conclu une clause de non-concurrence avec le gouvernement à l'effet que si l'usine était pour être vendue, elle ne repartirait pas dans le même créneau de production. Tous les entrepreneurs américains de la région, quand ils se débarrassent de leurs usines, ils mettent des clauses de non-concurrence. Nous avons toujours dénoncé ça, mais il n'y a personne au gouvernement qui veut toucher à ça. C'est notre ressource, ce sont nos gens, c'est notre expertise. Il ne devrait pas y avoir de clauses de non-concurrence comme ça.

Une question très importante c'est l'amélioration des conditions de travail. Les conditions de travail en forêt ont énormément reculé ces dernières années. La baisse des conditions c'est la baisse de l'industrie elle-même. Il n'y a pas de relève. Il y a une école de foresterie à Causapscal et elle est presque vide. Comment va-t-on attirer les jeunes vers le travail en forêt quand les conditions se dégradent ?

Bientôt la pension du fédéral va être à 67 ans. Moi dans les usines de sciage, je n'ai personne qui est capable de se rendre à 65 ans à cause de leur santé. Il n'y a pas de régimes de retraite dans les scieries et les opérations forestières de Bas-Saint-Laurent-Gaspésie. On a des régimes de retraite dans les usines de pâtes et papiers et dans les très grosses usines comme Uniboard mais dans le sciage on n'a jamais été capables d'avoir des régimes de retraite. La plupart n'ont pas d'assurance collective sauf quelques-unes où on a été capables d'en mettre. La semaine de travail pour tous les autres emplois sauf pour la forêt c'est 40 heures semaine, mais en forêt c'est 47 heures semaine. C'est un problème sérieux. Comment veux-tu avoir de la relève dans de telles conditions ?


Grève à l’usine de Tembec à Matane en 2011

En ce qui concerne les papetières, c'est certain qu'il y a une baisse dans le papier mais les entreprises se servent de cela pour essayer d'enlever des droits, faire baisser les salaires, les conditions. Nous avons eu une grève de 104 jours à l'usine de Tembec à Matane. L'entreprise a essayé d'utiliser les conditions difficiles du marché pour demander des concessions, en particulier dans le régime de retraite. Nous avons été capables de garder notre régime de retraite comme il l'était et d'obtenir des augmentations salariales plus élevées que le taux d'augmentation de l'industrie.

Une chose qu'on essaie de faire c'est de faire inscrire dans les conventions, lorsque des concessions sont faites, que ces concessions sont temporaires, qu'elles vont être retirées lorsque les conditions du marché vont changer mais les entreprises sont plus que réticentes là-dessus.

Toujours en ce qui concerne les conditions de travail nous avons une grande préoccupation par rapport au nouveau régime forestier qui est entré en vigueur cette année au Québec. Dans notre région par exemple, en vertu du nouveau régime forestier, on a perdu 40 % des approvisionnements en bois qui sont maintenant vendus à l'encan. Cette partie des approvisionnements, n'importe qui peut les acheter. Ils ne sont pas réservés à des opérateurs de sciage. Les travailleurs en forêt ont leur machinerie, une multifonctionnelle, leur camion pour transporter le bois. C'est un gros investissement qui peut aller chercher dans le 1 million de dollars avec en plus l'argent pour entretenir la machinerie. Le travailleur propriétaire de machinerie travaillant pour une entreprise pouvait planifier pour des années à venir, il pouvait compter sur un volume de bois, tant de milliers de mètres cubes par année, pour vivre et payer pour sa machinerie. Il vient de perdre 40 % de son approvisionnement qui s'en va maintenant à l'encan. C'est 40 % de son moyen de subsistance. Ce n'est plus lui qui va le couper parce que le bois n'appartient plus à l'entreprise. Il ne va plus pouvoir payer pour sa machinerie. Il va aller ailleurs.

Ce qui va se passer, c'est que les grandes entreprises vont aller voir les entrepreneurs qui ont soumissionné pour le bois à l'encan. Ils vont lui dire « ok on te donne tant ». Le soumissionnaire n'aura pas le choix que de leur vendre. Plusieurs soumissionnaires vont être des petits entrepreneurs propriétaires de machinerie. Les grandes entreprises vont fixer les prix. Comment le petit entrepreneur va-t-il pouvoir garder ses travailleurs avec des prix qui vont être trop bas pour leur fournir des conditions de vie décentes ? Les conditions vont tomber. Les travailleurs vont aller ailleurs.

Si vous ajoutez la réforme de l'assurance-emploi, qui va harceler les travailleurs à se trouver autre chose à plus bas salaire dans la saison morte, c'est clair qu'il y a des travailleurs qui vont choisir de quitter le secteur.

Alors nous essayons de faire changer les lois tant fédérales que provinciales. Nous travaillons à améliorer les conditions de travail dans ces secteurs d'activité là. La semaine de travail devrait être de 40 heures comme ailleurs. Cela prend des fonds de pension, des avantages pour que les jeunes soient intéressés et restent là. Il faudrait une forme d'obligation que l'employeur ait un régime de retraite pour ses travailleurs. Même chose pour les assurances collectives. Cela se négocierait avec les employeurs mais il pourrait y avoir une forme d'obligation qu'il y ait des sections à ce sujet dans les conventions collectives. Les gens travaillent en moyenne 50 heures par semaine dans le sciage. Il y a des travailleurs qui sont rendus à 61-62 ans, ils ne sont plus capables de travailler là-dedans. Les travailleurs amènent leur santé, les ressources naturelles sont fournies, l'expertise ce sont les travailleurs qui la fournissent mais il y a quelqu'un en haut qui se remplit les poches. Il faut une redistribution de la richesse. Ce n'est pas uniquement une question d'argent. C'est la santé et la dignité humaine qui sont en jeu. Il y a plein de projets qu'on pourrait faire. Nous avons plein de gens, 90 % des travailleurs en haut de 60 ans qui pourraient rentrer travailler 6 mois par année. Ils pourraient transférer leurs connaissances à nos jeunes. On pourrait avoir des arrangements avec l'assurance-emploi pour ces travailleurs-là.

Nous intervenons par les négociations et au niveau des gouvernements. Les négociations sont difficiles mais nous réussissons tout de même à obtenir des choses. Quand tu vas négocier, c'est toujours des demandes de concessions auxquelles on fait face que l'entreprise soit en difficulté ou non.

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La lutte pour le développement régional
dans l'est du Québec

Le Marxiste-Léniniste : Peux-tu nous parler du travail que fait le Conseil régional en ce moment ?

Yannick Proulx : Dans notre région, la problématique de l'emploi est extrêmement importante. On vit une situation complexe. La situation au niveau de l'assurance-emploi par exemple crée beaucoup d'insécurité. La réforme du gouvernement Harper vise des industries saisonnières qui sont vraiment importantes dans notre région à savoir la forêt, le tourisme, les pêches. Dans le secteur public aussi, on a tendance à l'oublier, dans les municipalités on a des emplois saisonniers, il y en a dans les écoles. Il y a tout le milieu culturel et communautaire qui souvent n'est pas syndiqué, mais il y a beaucoup de travailleurs quand même là-dedans qui font du chômage à chaque année. L'insécurité est à savoir comment les travailleurs vont se replacer, qu'est-ce qu'ils vont faire pour travailler ? En même temps, il y a le problème de la qualification des travailleurs disponibles sur le marché du travail par rapport aux exigences des emplois disponibles. Il y a un fossé on peut dire entre les emplois disponibles et les qualifications. Les emplois disponibles sont souvent des emplois qui vont demander un diplôme d'études collégiales ou universitaires, tandis que les travailleurs des industries saisonnières sont souvent des gens avec leur secondaire 5 qui ont appris beaucoup de choses en entreprise ou dans leur milieu de travail. Le problème de l'emploi régional est un problème majeur qui était là avant mais qui avec la réforme de l'assurance-emploi s'est accentué.

L'application des nouveaux règlements de l'assurance-emploi est commencée mais d'après ce qu'on voit elle se fait de façon inégale. Dans les Maritimes, au Nouveau-Brunswick par exemple, il y a des endroits où c'est pire qu'ici. L'application est inégale mais elle a commencé. Déjà on avait réduit beaucoup l'accès au service. On avait coupé dans le personnel au niveau de Service Canada, les travailleurs devaient attendre longtemps avant de pouvoir présenter leur demande d'assurance-emploi, avec ces nouvelles règles là c'est encore plus difficile. Je pense que le gouvernement compte sur le fait que des gens vont perdre patience et ne pas faire de demandes. Ils refusent beaucoup plus de gens en première instance qu'avant, les délais sont longs, et c'est une minorité des gens qui conteste, qui va aller se défendre.


Les résidents de Percé manifestent contre la réforme de l’assurance-emploi. La bannière de tête est pour dénoncer le «trou noir» que vivent les travailleurs saisonniers durant la période où ils sont sans prestations ni emploi.

En plus, dans notre région, la forêt ça tarde à repartir. En attendant il y a des gens qui se sont replacés, et cela ne veut pas dire que lorsque l'industrie va repartir qu'ils vont rester disponibles. On risque d'avoir un autre genre de problème. L'industrie forestière va repartir mais les programmes en technique forestière, dans les programmes de la forêt dans les écoles, personne n'y va et avec raison. Je n'enverrais pas mes enfants s'y inscrire. C'est vide. C'est difficile à remplir. C'est encore la même problématique que j'évoquais au début. Il y des emplois, il va peut-être y en avoir d'autres de disponibles mais ce ne sont pas les bonnes personnes qu'on a pour les occuper. Les personnes qu'on a qui sont prêtes à occuper des emplois ne trouvent pas le type d'emplois qu'ils cherchent.

Le problème qu'on a également c'est que selon les régions, les activités économiques ne sont pas très diversifiées. On a certains pôles comme Rivière-du-Loup où l'économie est diversifiée. Il y a un secteur manufacturier qui est fort, il y a du public, il y a du privé, la situation géographique est bonne, Rivière-du-Loup est en croissance. Dans les principales MRC (municipalités régionales de comté) qu'on a dans le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie, le centre urbain lui-même de la MRC n'est pas dans un trop mauvais état. Là où on a véritablement un problème c'est en situation rurale où l'économie est beaucoup moins diversifiée. On a beaucoup de difficultés avec l'agriculture et la forêt. Ça ne s'améliore pas du tout. Dans nos régions c'étaient déjà des secteurs qui étaient déjà malmenés depuis plusieurs années.

Dans le secteur public, ce qu'on voit, qui est réellement dramatique, c'est le désengagement de l'État employeur à l'égard des régions, que ce soit Hydro-Québec, au niveau des ministères, que ce soit au niveau fédéral, Service Canada et les autres agences. Juste à Hydro-Québec, Gaspésie et les Îles, de 2010 à 2012 on a perdu 10 % du personnel. On avait une direction régionale dans chaque région, on n'en a plus, cela relève de Québec maintenant. Il y énormément de mouvement de centralisation de l'État comme employeur et il y a des villes comme Rimouski où cela paraît beaucoup. Ce sont tous des emplois de qualité qui sont partis, qui viennent en retour faire perdre des emplois qui leur étaient connexes. Il y a moins d'autos qui se vendent, moins de restaurants qui font des affaires, tout cela est relié, ces revenus étaient des revenus stables. L'impact sur l'économie se double de l'impact sur les services parce qu'on n'a pas accès aux mêmes services de proximité qu'on avait. À Service Canada, quand tu parlais à une représentante du coin, qui connaissait les employeurs du coin, qui connaissait les conditions du travail dans la région, elle comprenait. Maintenant quand tu parles aux fonctionnaires d'Ottawa, ils ne connaissent aucun des employeurs d'ici, la réalité régionale est méconnue. En plus de cela il y a les compressions dans les commissions scolaires, dans les hôpitaux, on s'attend à d'autres réductions dans le secteur public. Les besoins sont là alors on se demande comment les services vont être donnés.

On se bat pour conserver nos emplois, pour les conserver en région, pour essayer de faire des aménagements, pour stimuler les activités de construction, les projets. On essaie d'avoir le plus d'emplois possible mais on ne peut pas échapper au contexte, dans plusieurs secteurs on gère la décroissance. Il y a la mobilisation sur la question de l'assurance-emploi. Au niveau du Québec, l'est du Québec avec les Maritimes, la Côte Nord, on est parmi les plus mobilisés. Sur cette question, les gens d'affaires, les petites entreprises et les moyennes entreprises sont tous avec nous. La grande entreprise est satisfaite parce qu'elle voit d'un point de vue macro-économique que cela va faire baisser les salaires à terme.

Face à tous ces problèmes, il y a plusieurs initiatives de la part des gens. Leur résolution à trouver une façon de rester en région et de faire vivre la famille ici est grande. Il y a beaucoup de travail, Les défis sont là. On travaille sur des vrais enjeux qui touchent à l'avenir de la région. Regardez la question des hydrocarbures. Dans la région, est-ce qu'il faut exploiter les hydrocarbures ou pas, c'est une grosse question ces temps-ci. À notre avis, on ne peut pas être fermé à tout parce que c'est clair qu'il y a de l'argent et des emplois là-dedans. Mais de la façon dont c'est fait en ce moment, avec le manque de transparence, la manière dont cela veut s'installer, cela ne passe pas au niveau social et même la démonstration à l'effet qu'il y a de l'économie et des emplois de reliés à cela est loin d'être faite. Les entreprises doivent nous démontrer que cela s'exploite de façon sécuritaire et c'est loin d'être fait. Ce n'est pas correct de nous aborder, sachant les problèmes économiques que nous avons, en nous disant que nous n'avons pas les moyens de nous priver de ce développement-là. On doit poser la question à savoir si nous avons le moyen écologique et environnemental de se le donner, parce que les assurances du côté des entreprises on ne les a pas. Quand tu te dis que le moteur économique de la région pour le moment c'est le tourisme, ça se défait assez vite le tourisme si tu as des incidents environnementaux.

Ce que je peux vous dire c'est que le travail ne manque pas et qu'on travaille sur des enjeux vitaux pour la population de la région.

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