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Numéro 125 -
30
juillet 2013
Opposition à la
destruction
nationale du gouvernement Harper
Un rassemblement pour
défendre le
droit à la santé et exiger que
Harper rende des comptes
Opposition
à
la
destruction
nationale
du gouvernement Harper
• Un rassemblement pour
défendre le
droit à la santé et exiger que
Harper rende des comptes
Les
travailleurs
luttent pour une économie qui
répond à nos besoins
• L'industrie
forestière dans une impasse -
Entrevue avec Patrick Bouchard, camionneur
forestier
au Lac-Saint- Jean
• Les travailleurs
forestiers de l'est du
Québec luttent pour leurs droits
- Entrevue avec
Georges Verreault, représentant
national du Syndicat canadien des
communications, de l'énergie
et du papier, Bas-Saint-Laurent- Gaspésie
• La lutte pour le
développement
régional dans l'est du Québec
- Entrevue avec
Yannick Proulx, président du
Conseil régional de la
Fédération des travailleurs
et travailleuses du Québec,
Bas-Saint-Laurent-
Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
Opposition à la destruction
nationale du gouvernement Harper
Un rassemblement pour défendre le droit
à
la santé et exiger que Harper rende des
comptes
Les 24 et 25 juillet, les défenseurs
des services de santé publics canadiens ont
organisé
différentes actions pour contester
l'abdication de la
responsabilité sociale envers ce secteur
par le gouvernement
Harper. Les actions avaient lieu à
Niagara-on-the-Lake en
Ontario pour coïncider avec la rencontre
annuelle du Conseil de la
fédération qui réunit les
premiers ministres des
provinces, du Québec et des territoires.
Les actions pour interpeller Harper
étaient
organisées par la Coalition de la
Santé de l'Ontario et
la Coalition
canadienne de la
Santé. Le 24 juillet, des
forums ont été appelés pour
discuter de la
détérioration des services de
santé qui affecte
toutes les régions du pays. Des
délégations
d'organisations de défense des services de
santé, des
travailleurs de la santé et d'autres,
provenant de tous les
coins du pays, y ont participé. Le
25 juillet, plus de
2 000 personnes ont assisté à
un grand rassemblement
au parc près du site de la
conférence des premiers
ministres et à une manifestation dans les
rues de la ville.
Le secteur le mieux représenté
était celui des travailleurs de la
santé, la plupart
étant de l'Ontario où le
gouvernement libéral de
Kathleen Wynne impose des compressions
draconiennes et ouvre la porte
du système de santé public aux
entreprises privées
à but lucratif. Il y avait ainsi les
travailleurs
représentés par le Syndicat
international des
employés et employées de service
(UIES), le Syndicat
canadien de la fonction publique (SCFP), le
Syndicat des
employés et employées de la fonction
publique de
l'Ontario (SEFPO) et la Fédération
canadienne des
syndicats d'infirmières/infirmiers (SCSI).
De nombreux syndiqués des Travailleurs
canadiens
de l'automobile (TCA), en particulier des
travailleurs à la
retraite, ont participé aux actions.
Plusieurs sections locales
des travailleurs de la santé appartiennent
au TCA. Des membres
de la section locale 1005 du Syndicat des
métallos de
Hamilton ont déployé une grande
bannière sur
laquelle on pouvait lire : « Les
services de
santé sont un droit ! ».
Les membres d'autres
sections locales du Syndicat des métallos,
de l'Alliance de la
fonction publique du Canada (AFPC), du Syndicat
des travailleurs unis
de l'alimentation et du commerce (TUAC) et
d'autres organisations des
travailleurs étaient également
là. Il y avait de grandes
délégations de la
Coalition de la santé de Toronto et de la
Coalition de la
santé du Niagara.
Le but premier des forums, du rassemblement et de
la
manifestation était d'exiger du
gouvernement Harper qu'il rende
des comptes pour son refus d'assumer ses
responsabilités pour le
financement des services de santé et pour
le fait qu'il facilite
l'ingérence d'entreprises privées
à but lucratif
dans le réseau public au Canada. Durant la
partie
formelle du rassemblement, des orateurs ont
abordé ces
questions. Parmi les thèmes
discutés, il y avait aussi la
nécessité non seulement de
défendre le
système actuel d'assurance-santé
mais de l'élargir
pour qu'il comprenne l'assurance-médicament
universelle et les
soins de longue durée.
Natalie Mehra, directrice de la Coalition de la
santé de l'Ontario, a salué tout le
monde présent
et a présenté le premier orateur,
Michael McBane,
directeur de la Coalition canadienne de la
santé.
« Nous
sommes
ici aujourd'hui parce que
l'assurance-santé est menacée plus
que jamais, a dit
McBane. Le gouvernement Harper a mis en place une
stratégie qui
annonce la fin de l'assurance-santé si nous
ne l'arrêtons
pas. La question de la santé est la
question politique la plus
importante pour les Canadiens. Selon un sondage
publié il y
a quelques jours, 80 % des Canadiens
voudraient que le premier
ministre Harper convoque une réunion des
premiers ministres afin
d'assurer un avenir aux services de santé
publics. Or, Harper a
déjà annoncé qu'il n'y aura
pas de réunion.
Il n'y aura pas non plus de nouvel accord sur la
santé lorsque
l'accord actuel arrivera à
échéance. »
Il a terminé son intervention en
disant :
« Le gouvernement Harper nie depuis le
début toute
responsabilité pour le système de
santé et
prétend qu'il s'agit d'une
responsabilité qui
relève des provinces et des territoires.
C'est faux et c'est
honteux... Les Canadiens ne veulent pas d'un
gouvernement
fédéral qui rejette ses
responsabilités sur les provinces et sur
les individus. Sans
leadership fédéral, le
système national
d'assurance-santé n'a pas d'avenir. Debout
pour
l'assurance-santé ! »
Parmi les autres orateurs il y a eu Cathy
Carroll,
secrétaire-trésorière de la
section santé
du SEIU ; Wendell Potter, un ancien cadre de
compagnie d'assurance
qui est devenu dénonciateur ; Ken
Lewenza, président
national des TCA ; Sue Hotte,
coprésidente de la Coalition
de la santé de Niagara ; Maude Barlow,
du
Conseil des Canadiens ; Sid Ryan,
président de la
Fédération du travail de
l'Ontario ; un porte-parole
du Secrétariat canadien des professionnels
de la
santé ; Paul Moist, président
national du SCFP et
Linda Silas, présidente du SCSI.

Les travailleurs luttent pour une
économie qui répond à nos
besoins
L'industrie forestière dans une impasse
- Entrevue avec Patrick Bouchard,
camionneur forestier au Lac-Saint-Jean -
Le
Marxiste-Léniniste
:
Peux-tu nous parler des conditions du travail en
forêt dans ta
région et de l'impact que le nouveau
régime
forestier a sur ces conditions ?
Patrick Bouchard : Dans les petits
villages
ici, 75 % environ de la population vit de la
forêt. Juste
dans les environs, nous avons
comme compagnies forestières, Produits
forestiers Résolu
qui a une scierie qui est associée à
une
coopérative forestière et Arbec, qui
opère une
scierie à
l'Ascension. Dans la région, avec toutes
les coupures qui ont
été faites, nous sommes beaucoup
moins nombreux qu'avant
à travailler en forêt. Moi, où
je
travaille, on était 16 camions et
maintenant, avec le
nouveau régime forestier entré en
vigueur ce printemps,
on est 10 camions. Les travailleurs vieillissent,
les jeunes ne veulent plus monter en forêt.
D'ici quelques
années il va y avoir beaucoup de
problèmes en
forêt, c'est certain. Avec les coupures
qu'il y a, les
mises à pied, avec
l'insécurité, on ne sait plus
trop où l'on s'en va. Chez nous avant, dans
le district
Péribonka auquel j'appartiens, on
était
125 travailleurs
en forêt. Aujourd'hui, nous sommes
tombés à 28. Les
écoles forestières sont vides. Quand
on parle d'un
travailleur forestier aujourd'hui, c'est comme si
on était
un extraterrestre.
Les pertes d'emplois vont s'accentuer avec le
nouveau
régime forestier, surtout en vertu du
nouveau système par
lequel 25 % du bois qui dans le
régime précédent était
alloué aux
entreprises de sciage est maintenant vendu aux
enchères. Pour
nous, ce que ça veut dire c'est que les
entreprises risquent de
donner des contrats à des entrepreneurs qui
soumissionnent aux
enchères et qui eux engagent de la
main-d'oeuvre non
syndiquée. On risque de revenir comme
on était dans l'ancien temps, payé
à des bas
salaires, pas de fonds de pension, pas
d'assurance-médicaments,
sans ancienneté. Ce sont les travailleurs
dans la
cinquantaine qui vont être les plus
touchés.
La
façon dont
ça marche c'est que
n'importe qui peut soumissionner aux
enchères. N'importe quel
contracteur qui a de l'argent, il n'a même
pas besoin d'avoir
de la main-d'oeuvre, s'il a de l'argent il peut le
faire. Il peut le
vendre à qui il veut le vendre. C'est comme
un courtier. Si
c'est Résolu qui l'achète, il va le
faire
à ses conditions. Les entrepreneurs qui
achètent le bois
aux enchères vont se faire la guerre en
abaissant leurs prix. Ce
sont les travailleurs qui vont payer pour
ça, leurs conditions vont baisser. Pendant
ce temps-là,
nous, auparavant, on pouvait compter sur tant de
milliers de
mètres cubes de bois à transporter
ou à couper
avec les approvisionnements qui étaient
garantis aux usines.
Maintenant que 25 % du bois est envoyé
aux enchères,
il y a des mises à pied. Produits
forestiers Résolu a procédé
à des mises
à pied chez les propriétaires de
machinerie qui
travaillaient pour lui et chez des
employés. Ce qui va arriver,
c'est que
des travailleurs qui étaient
syndiqués et avaient des
fonds de pension, des avantages sociaux, vont se
retrouver à
contrat pour des entrepreneurs qui achètent
le bois aux enchères et ils vont perdre ces
conditions, sans
parler des travailleurs qui vont simplement
quitter le secteur. C'est
comme cela que les conditions
de tous les travailleurs du secteur forestier vont
baisser. Ce qu'on
entend dire, c'est que si ce
régime-là continue,
bientôt Produits forestiers Résolu va
devenir
un simple acheteur de bois au lieu d'être un
faiseur de bois.
C'est ce qu'on craint, que Résolu demain
dise qu'il donne tout
à contrat et il peut le faire s'il le
veut.
Le nouveau régime forestier n'a pas
été bien pensé du tout. On a
dit que le but
c'était de diversifier l'approvisionnement,
de permettre
à plus de monde d'avoir
accès au bois. Mais les grandes entreprises
se sont bien
préparées pour le régime.
Elles ont la
capacité de contrôler le
marché et elles vont le
faire au péril des
conditions de travail et des accréditations
syndicales. Les
travailleurs n'ont rien eu à dire
là-dedans. Tout a
été décidé d'avance.
Dans ces conditions-là, nous nous battons
pour
garder nos acquis, pour garder nos emplois
syndiqués, aux
conditions que nous avons, au moins pour
l'approvisionnement qui est encore accordé
aux usines dans le
cadre du nouveau régime forestier. Et nous
voulons que si
Produits forestiers Résolu donne des
contrats aux entrepreneurs qui achètent le
bois aux
enchères, que nos accréditations
syndicales demeurent,
que le travail reste avec nous.
Note
1. Les contrats d'approvisionnement et
d'aménagement forestier (CAAF) qui ont
été
établis par la Loi des forêts
de 1986
sont remplacés dans le nouveau
régime par les garanties
d'approvisionnement qui sont des droits d'achat
de bois. Les CAAF
étaient un contrat conclu entre
une compagnie possédant une usine de
transformation et le
gouvernement du Québec et comprenait le
paiement de redevances
sur les droits de coupe. Le CAAF
comprenait des obligations de
régénération de la
forêt pour l'entreprise signataire. Ces
obligations
étaient largement compensées par
un système de
crédits
gouvernementaux aux entreprises
concernées pour leurs travaux
d'aménagement. La notion de territoire et
de lien entre la
récolte du bois et sa transformation
dans un territoire donné était
centrale au régime
des CAAF.

Les travailleurs forestiers de l'est du
Québec
luttent pour leurs droits
- Entrevue avec Georges Verreault,
représentant national du Syndicat canadien
des communications,
de l'énergie et du papier,
Bas-Saint-Laurent- Gaspésie -
Le Marxiste-Léniniste :
Quelles sont les principaux aspects du travail du
syndicat dans la
région pour défendre les
travailleurs
forestiers ?
Georges Verreault : Nous essayons de
faire
changer les lois, tant fédérales que
provinciales, pour
aider ces travailleurs. Au fédéral,
notre
plus gros effort c'est de faire changer la loi de
la protection de la
faillite, la Loi
sur les
arrangements avec les créanciers des
compagnies (LACC) afin de donner
aux pensions le statut de créanciers
garantis. Les travailleurs
n'ont pas de recours parce qu'ils ne sont pas
créanciers
garantis. Je suis convaincu que si les
pensions étaient considérées
comme des
créanciers garantis, les grandes
entreprises ne se mettraient
pas sous la protection de la faillite aussi
souvent qu'elles
le font en ce moment. Ces choses-là ont un
effet
d'entraînement. AbitibiBowater s'est mis
sous la protection de la
faillite. Toutes sortes de mesures ont
été prises
pour sauver les meubles. Maintenant, les autres
grandes entreprises
qui ne sont pas sous la protection de la faillite,
comme Kruger,
demandent des arrangements
similaires, entre autres des allègements
dans les paiements dans
les fonds de pension.
Au niveau provincial, un des changements que nous
demandons c'est l'abandon des clauses de
non-concurrence en cas de
fermeture. Prenez le cas de la
fermeture de la cartonnerie de Smurfit Stone
à New Richmond en
Gaspésie en 2005. Au lendemain d'une
réparation
d'équipement, la direction de l'usine a mis
les travailleurs à pied supposément
pour deux semaines.
Deux ou trois jours plus tard, Smurfit Stone
annonçait à
la radio qu'elle fermait l'usine de manière
permanente. Une usine flambant neuve, 300 emplois
de perdus. Smurfit
Stone a conclu une clause de non-concurrence avec
le gouvernement
à l'effet que si
l'usine était pour être vendue, elle
ne repartirait pas
dans le même créneau de production.
Tous les entrepreneurs
américains de la région, quand ils
se
débarrassent de leurs usines, ils mettent
des clauses de
non-concurrence. Nous avons toujours
dénoncé ça,
mais il n'y a personne au gouvernement qui veut
toucher à ça. C'est notre ressource,
ce sont nos gens,
c'est notre expertise. Il ne devrait pas y avoir
de clauses de
non-concurrence comme ça.
Une question très importante c'est
l'amélioration des conditions de travail.
Les conditions de
travail en forêt ont
énormément reculé ces
dernières années.
La baisse des conditions c'est la baisse de
l'industrie
elle-même. Il n'y a pas de relève. Il
y a une école
de foresterie à Causapscal et elle est
presque vide.
Comment va-t-on attirer les jeunes vers le travail
en forêt quand
les conditions se dégradent ?
Bientôt la pension du fédéral
va
être à 67 ans. Moi dans les
usines de sciage, je n'ai
personne qui est capable de se rendre à
65 ans à
cause
de leur santé. Il n'y a pas de
régimes de retraite dans
les scieries et les opérations
forestières de
Bas-Saint-Laurent-Gaspésie. On a des
régimes de retraite
dans
les usines de pâtes et papiers et dans les
très grosses
usines comme Uniboard mais dans le sciage on n'a
jamais
été capables d'avoir des
régimes de retraite.
La plupart n'ont pas d'assurance collective sauf
quelques-unes
où on a été capables d'en
mettre. La semaine de
travail pour tous les autres emplois sauf pour
la forêt c'est 40 heures semaine, mais en
forêt c'est
47 heures semaine. C'est un problème
sérieux.
Comment veux-tu avoir de la relève dans de
telles
conditions ?

Grève à l’usine de Tembec
à Matane en 2011
|
En ce qui concerne les papetières, c'est
certain
qu'il y a une baisse dans le papier mais les
entreprises se servent de
cela pour essayer d'enlever des droits,
faire baisser les salaires, les conditions. Nous
avons eu une
grève de 104 jours à l'usine de
Tembec à
Matane. L'entreprise a essayé d'utiliser
les conditions
difficiles du marché pour demander des
concessions, en
particulier dans le régime de retraite.
Nous avons
été capables de garder notre
régime de retraite
comme
il l'était et d'obtenir des augmentations
salariales plus
élevées que le taux d'augmentation
de l'industrie.
Une chose qu'on essaie de faire c'est de faire
inscrire
dans les conventions, lorsque des concessions sont
faites, que ces
concessions sont temporaires, qu'elles
vont être retirées lorsque les
conditions du marché
vont changer mais les entreprises sont plus que
réticentes
là-dessus.
Toujours en ce qui concerne les conditions de
travail
nous avons une grande préoccupation par
rapport au nouveau
régime forestier qui est entré en
vigueur
cette année au Québec. Dans notre
région par
exemple, en vertu du nouveau régime
forestier, on a perdu
40 % des approvisionnements en bois qui sont
maintenant vendus à l'encan. Cette partie
des
approvisionnements, n'importe qui peut les
acheter. Ils ne sont pas
réservés à des
opérateurs de sciage. Les
travailleurs en forêt ont leur machinerie,
une
multifonctionnelle, leur camion pour transporter
le bois. C'est un
gros investissement qui peut aller chercher dans
le 1 million de dollars avec en plus l'argent
pour entretenir la
machinerie. Le travailleur propriétaire de
machinerie
travaillant pour une entreprise pouvait
planifier pour des années à venir,
il pouvait compter sur
un volume de bois, tant de milliers de
mètres cubes par
année, pour vivre et payer pour sa
machinerie.
Il vient de perdre 40 % de son
approvisionnement qui s'en va
maintenant à l'encan. C'est 40 % de
son moyen de
subsistance. Ce n'est plus lui qui
va le couper parce que le bois n'appartient plus
à l'entreprise.
Il ne va plus pouvoir payer pour sa machinerie. Il
va aller ailleurs.
Ce qui va se passer, c'est que les grandes
entreprises
vont aller voir les entrepreneurs qui ont
soumissionné pour le
bois à l'encan. Ils vont lui dire
« ok
on te donne tant ». Le soumissionnaire
n'aura pas le choix
que de leur vendre. Plusieurs soumissionnaires
vont être des
petits entrepreneurs propriétaires
de machinerie. Les grandes entreprises vont fixer
les prix. Comment le
petit entrepreneur va-t-il pouvoir garder ses
travailleurs avec des
prix qui vont être trop
bas pour leur fournir des conditions de vie
décentes ? Les
conditions vont tomber. Les travailleurs vont
aller ailleurs.
Si vous ajoutez la réforme de
l'assurance-emploi,
qui va harceler les travailleurs à se
trouver autre chose
à plus bas salaire dans la saison morte,
c'est clair
qu'il y a des travailleurs qui vont choisir de
quitter le secteur.
Alors nous essayons de faire changer les lois
tant
fédérales que provinciales. Nous
travaillons à
améliorer les conditions de travail dans
ces secteurs
d'activité
là. La semaine de travail devrait
être de 40 heures comme
ailleurs. Cela prend des fonds de pension, des
avantages pour que les
jeunes soient intéressés et restent
là. Il faudrait une forme d'obligation que
l'employeur ait un
régime de retraite pour ses travailleurs.
Même chose pour
les assurances collectives. Cela se
négocierait avec les employeurs mais il
pourrait y avoir une
forme d'obligation qu'il y ait des sections
à ce sujet dans les
conventions collectives. Les gens
travaillent en moyenne 50 heures par semaine dans
le sciage. Il y a des
travailleurs qui sont rendus à
61-62 ans, ils ne sont plus
capables de travailler
là-dedans. Les travailleurs amènent
leur santé,
les ressources naturelles sont fournies,
l'expertise ce sont les
travailleurs qui la fournissent mais il y a
quelqu'un
en haut qui se remplit les poches. Il faut une
redistribution de la
richesse. Ce n'est pas uniquement une question
d'argent. C'est la
santé et la dignité humaine
qui sont en jeu. Il y a plein de projets qu'on
pourrait faire. Nous
avons plein de gens, 90 % des travailleurs en
haut de 60 ans qui
pourraient rentrer
travailler 6 mois par année. Ils
pourraient
transférer leurs connaissances à nos
jeunes. On pourrait
avoir des arrangements avec l'assurance-emploi
pour
ces travailleurs-là.
Nous intervenons par les négociations et
au
niveau des gouvernements. Les négociations
sont difficiles mais
nous réussissons tout de même
à obtenir des
choses. Quand tu vas négocier, c'est
toujours des demandes de
concessions auxquelles on fait face que
l'entreprise soit en
difficulté ou non.

La lutte pour le développement
régional
dans l'est du Québec
- Entrevue avec Yannick Proulx,
président du Conseil régional de la
Fédération des travailleurs et
travailleuses du
Québec,
Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
-
Le Marxiste-Léniniste :
Peux-tu nous parler du travail que fait le Conseil
régional en
ce moment ?
Yannick Proulx : Dans notre
région,
la problématique de l'emploi est
extrêmement importante.
On vit une situation complexe. La situation
au niveau de l'assurance-emploi par exemple
crée beaucoup
d'insécurité. La réforme du
gouvernement Harper
vise des industries saisonnières qui sont
vraiment
importantes dans notre région à
savoir la forêt, le
tourisme, les pêches. Dans le secteur public
aussi, on a tendance
à l'oublier, dans les municipalités
on a des
emplois saisonniers, il y en a dans les
écoles. Il y a tout le
milieu culturel et communautaire qui souvent n'est
pas syndiqué,
mais il y a beaucoup de travailleurs
quand même là-dedans qui font du
chômage à
chaque année. L'insécurité
est à savoir
comment les travailleurs vont se replacer,
qu'est-ce qu'ils vont faire
pour
travailler ? En même temps, il y a le
problème de la
qualification des travailleurs disponibles sur le
marché du
travail par rapport aux exigences des
emplois disponibles. Il y a un fossé on
peut dire entre les
emplois disponibles et les qualifications. Les
emplois disponibles sont
souvent des emplois qui vont
demander un diplôme d'études
collégiales ou
universitaires, tandis que les travailleurs des
industries
saisonnières sont souvent des gens avec
leur secondaire
5 qui ont appris beaucoup de choses en
entreprise ou dans leur
milieu de travail. Le problème de l'emploi
régional est
un problème majeur qui était
là
avant mais qui avec la réforme de
l'assurance-emploi s'est
accentué.
L'application des nouveaux règlements de
l'assurance-emploi est commencée mais
d'après ce qu'on
voit elle se fait de façon inégale.
Dans les Maritimes,
au Nouveau-Brunswick par exemple, il y a des
endroits où c'est
pire qu'ici. L'application est inégale mais
elle a
commencé. Déjà on avait
réduit beaucoup
l'accès
au service. On avait coupé dans le
personnel au niveau de
Service Canada, les travailleurs devaient attendre
longtemps avant de
pouvoir présenter leur demande
d'assurance-emploi, avec ces nouvelles
règles là c'est
encore plus difficile. Je pense que le
gouvernement compte sur le fait
que des gens vont perdre patience
et ne pas faire de demandes. Ils refusent beaucoup
plus de gens en
première instance qu'avant, les
délais sont longs, et
c'est une minorité des gens qui conteste,
qui va aller se défendre.
Les résidents de Percé
manifestent
contre la réforme de l’assurance-emploi.
La bannière de
tête est pour dénoncer le
«trou noir» que
vivent les travailleurs saisonniers durant la
période où
ils sont sans prestations ni emploi.
En plus, dans notre région, la forêt
ça tarde à repartir. En attendant il
y a des gens qui se
sont replacés, et cela ne veut pas dire que
lorsque l'industrie
va
repartir qu'ils vont rester disponibles. On risque
d'avoir un autre
genre de problème. L'industrie
forestière va repartir
mais les programmes en technique
forestière,
dans les programmes de la forêt dans les
écoles, personne
n'y va et avec raison. Je n'enverrais pas mes
enfants s'y inscrire.
C'est vide. C'est difficile à remplir.
C'est encore la même problématique
que j'évoquais
au début. Il y des emplois, il va
peut-être y en avoir
d'autres de disponibles mais ce ne sont pas les
bonnes
personnes qu'on a pour les occuper. Les personnes
qu'on a qui sont
prêtes à occuper des emplois ne
trouvent pas le type
d'emplois qu'ils cherchent.
Le problème qu'on a également c'est
que selon les régions, les activités
économiques ne sont pas très
diversifiées. On a
certains pôles comme
Rivière-du-Loup où l'économie
est
diversifiée. Il y a un secteur
manufacturier qui est fort, il y
a du public, il y a du privé, la situation
géographique
est bonne,
Rivière-du-Loup est en croissance. Dans les
principales MRC
(municipalités régionales de
comté) qu'on a dans
le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie, le centre
urbain lui-même
de la
MRC n'est pas dans un trop mauvais état.
Là où on
a véritablement un problème c'est en
situation rurale
où
l'économie est beaucoup moins
diversifiée. On a beaucoup
de difficultés avec l'agriculture et la
forêt. Ça
ne s'améliore pas du tout. Dans nos
régions
c'étaient
déjà des secteurs qui étaient
déjà
malmenés depuis plusieurs années.
Dans le secteur public, ce qu'on voit, qui est
réellement dramatique, c'est le
désengagement de
l'État employeur à l'égard
des régions, que
ce soit Hydro-Québec, au niveau des
ministères, que ce
soit au niveau fédéral, Service
Canada et les autres
agences. Juste à Hydro-Québec,
Gaspésie et les
Îles, de 2010 à
2012 on a perdu 10 % du personnel. On
avait une direction
régionale dans chaque région, on
n'en a plus, cela
relève de Québec maintenant. Il y
énormément de mouvement de
centralisation de
l'État comme employeur et il y a des villes
comme Rimouski
où cela paraît beaucoup. Ce sont tous
des emplois
de qualité qui sont partis, qui viennent en
retour faire perdre
des emplois qui leur étaient connexes. Il y
a moins d'autos qui
se vendent, moins de restaurants
qui font des affaires, tout cela est relié,
ces revenus
étaient des revenus stables. L'impact sur
l'économie se
double de l'impact sur les services parce qu'on
n'a
pas accès aux mêmes services de
proximité qu'on
avait. À Service Canada, quand tu parlais
à une
représentante du coin, qui connaissait les
employeurs du coin,
qui connaissait les conditions du travail dans la
région, elle
comprenait. Maintenant quand tu parles aux
fonctionnaires d'Ottawa, ils
ne connaissent aucun des
employeurs d'ici, la réalité
régionale est
méconnue. En plus de cela il y a les
compressions dans les
commissions scolaires, dans les hôpitaux, on
s'attend à
d'autres réductions dans le secteur public.
Les besoins sont
là alors on se demande comment les services
vont être
donnés.
On se bat pour conserver nos emplois, pour les
conserver
en région, pour essayer de faire des
aménagements, pour
stimuler les activités de construction,
les projets. On essaie d'avoir le plus d'emplois
possible mais on ne
peut pas échapper au contexte, dans
plusieurs secteurs on
gère la décroissance. Il y a la
mobilisation sur la question de
l'assurance-emploi. Au niveau du
Québec, l'est du Québec avec les
Maritimes, la Côte
Nord, on est parmi les plus mobilisés.
Sur cette question, les gens d'affaires, les
petites entreprises et les
moyennes entreprises sont tous avec nous. La
grande entreprise est
satisfaite parce qu'elle
voit d'un point de vue macro-économique que
cela va faire
baisser les salaires à terme.
Face à tous ces problèmes, il y a
plusieurs initiatives de la part des gens. Leur
résolution
à trouver une façon de rester en
région et de
faire vivre la famille
ici est grande. Il y a beaucoup de travail, Les
défis sont
là. On travaille sur des vrais enjeux qui
touchent à
l'avenir de la région. Regardez la question
des
hydrocarbures. Dans la région, est-ce qu'il
faut exploiter les
hydrocarbures ou pas, c'est une grosse question
ces temps-ci. À
notre avis, on ne peut pas être fermé
à tout parce que c'est clair qu'il y a de
l'argent et des
emplois là-dedans. Mais de la façon
dont c'est fait en ce
moment, avec le manque de transparence, la
manière dont cela veut s'installer, cela ne
passe pas au niveau
social et même la démonstration
à l'effet qu'il y a
de l'économie et des emplois de
reliés à cela
est loin d'être faite. Les entreprises
doivent nous
démontrer que cela s'exploite de
façon sécuritaire
et c'est loin d'être fait. Ce n'est pas
correct de nous aborder,
sachant les problèmes économiques
que nous avons, en nous
disant que nous n'avons pas les moyens de nous
priver de ce
développement-là. On doit poser la
question à savoir si nous avons le moyen
écologique et
environnemental de se le donner, parce que les
assurances du
côté des entreprises on ne les a pas.
Quand
tu te dis que le moteur économique de la
région pour le
moment c'est le tourisme, ça se
défait assez vite le
tourisme si tu as des incidents environnementaux.
Ce que je peux vous dire c'est que le travail ne
manque
pas et qu'on travaille sur des enjeux vitaux pour
la population de la
région.

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Marxiste-Léniniste
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