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Numéro 122 - 25
juillet 2013
La liste d'«amis et
ennemis» du gouvernement Harper
Preuve de la destruction nationale et du
besoin
d'un véritable renouveau démocratique
La
liste d'«amis et ennemis» du gouvernement Harper
• Preuve de la destruction nationale et du
besoin d'un véritable renouveau démocratique
Le scandale perdure au
Sénat
• La prise de contrôle des institutions
parlementaires et du cartel de partis par des intérêts
privés
• Le gouvernement Harper demande à la
Cour suprême comment il peut changer la Constitution
• À titre d'information: Questions
soumises à la Cour suprême au sujet de la réforme
du Sénat
La liste d'«amis et ennemis»
du gouvernement Harper
Preuve de la destruction nationale et du besoin
d'un véritable renouveau démocratique
La récente révélation à
l'effet que le Cabinet du premier ministre opère sur la base
d'une liste d'« amis et ennemis » à
l'intérieur des cercles officiels jette une autre lumière
sur la nature du Conseil des ministres qu'a choisi Stephen Harper pour
terminer les deux dernières années de son mandat et
manipuler la prochaine élection. Cela jette également une
nouvelle lumière sur les intrigues, la corruption et les
tentatives de camouflage entourant les nominations au Sénat et
tous les autres écarts de conduite inacceptables du point de vue
culture politique. C'est la preuve que les institutions du gouvernement
ont été sapées et que la destruction nationale est
pratiquement achevée.
Beaucoup attribue l'existence d'une liste
d'« amis et ennemis » au fait que Stephen Harper
opère sur une base idéologique. Selon eux, Harper devrait
être pragmatique, mais il a une mentalité
d'assiégé. On est censé conclure que cela a
à voir avec le caractère de l'individu et ses choix
politiques.
Pour Le Marxiste-Léniniste, il
s'agit-là d'une explication superficielle. Cela fait abstraction
du degré de privatisation et de destruction des institutions
publiques au Canada. Le Cabinet du premier ministre est rempli
d'individus du secteur privé très
généreusement rémunérés. Il se passe
des services de la fonction publique qui est la cible de tous les feux.
Son but est d'avancer les intérêts des monopoles
privés les plus puissants au pays et à l'étranger
et d'écraser toute opposition. Il met à contribution le
plein poids du trésor public et des institutions d'État.
Cela comprend la Cour suprême, le Sénat, les forces
armées, les sociétés de la Couronne, le Parlement
et très certainement le Cabinet du premier ministre. Cette
façon de faire est caractéristique de la destruction
nationale néolibérale. Par ces méthodes, tous les
avoirs de l'État sont remis à des intérêts
privés et la prérogative ministérielle est
utilisée pour usurper le pouvoir et fouler aux pieds toute
notion de redevabilité envers l'instance décisionnelle
suprême qu'est le Parlement, le rendant complètement
inopérant. Le choix des ministres, comme le nouveau ministre
à la Réforme démocratique Pierre Poilièvre,
qui agit davantage comme un véritable voyou que comme homme
d'État ou politicien, montre le caractère mafieux du
gouvernement néolibéral.
Cela ne doit pas passer ! Les Canadiens doivent
s'organiser politiquement pour prendre leurs affaires en main et
s'assurer que les gouvernements défendent le droit public.
La liste d'« ennemis »
Le 15 juillet on apprenait que les membres du
nouveau conseil des ministres avaient reçu du Cabinet du premier
ministre des instructions à propos d'une distinction à
faire entre « amis et ennemis » au sein de
l'appareil d'État.
La chose est venue à l'attention du public quand
le Toronto Star a obtenu une copie d'un courriel
envoyé au personnel des ministres par Erica Furtado du
département de la « gestion des affaires
sensibles » du cabinet du premier ministre. Furtado a entre
autres la responsabilité d'informer le personnel
ministériel de ce qu'il faut inclure dans les cahiers de
transition remis aux nouveaux ministres. Au lieu de tout simplement
informer les responsables sur les responsabilités, les lois et
les devoirs des différents ministères, les cartables
contenaient des directives du Cabinet du premier ministre sur
« à qui offrir des nominations »,
« avec qui travailler ou qui éviter : les
fonctionnaires amis et ennemis » (notre souligné) et « ce
qu'il faut éviter : des projets bureaucratiques de
prédilection ».
Furtado est directrice adjointe du département du
Cabinet du premier ministre chargé de la gestion des
« affaires sensibles ». Déjà, on a
l'impression d'avoir affaire à des opérations mafieuses
ou à du camouflage. Les différends entre les individus et
les factions sont résolus par des méthodes mafieuses.
C'est la loi du plus fort et le recours à la diffamation et
à l'arbitraire, à des critères personnels
plutôt qu'à des critères fondés sur
l'intérêt public, où les différends sont
résolus par la discussion et la négociation. En fait, la
prise de contrôle du Cabinet du premier ministre par des
intérêts privés signifie qu'il n'y a pas d'instance
professionnelle responsable de faire respecter l'intérêt
public. Le pouvoir d'État a été usurpé par
des intérêts privés.
Il est commun d'entendre le gouvernement Harper dire
qu'il a consulté les fonctionnaires pour donner l'impression
qu'il s'est acquitté de son devoir de consultation. C'est un
double discours qui sert à donner l'impression que le
fonctionnement antisocial du gouvernement a l'approbation du peuple.
Mais tout cela est exposé quand on entend la responsable du
cabinet dire qu'il faut faire une distinction entre fonctionnaires
« amis et ennemis ».
Les citoyens s'attendent à ce que le Cabinet du
premier ministre serve à faciliter le rapport entre le premier
ministre et le Conseil des ministres, la Chambre des communes, le
Parlement et l'ensemble des Canadiens que le premier ministre est
censé représenter à tous les niveaux de
gouvernement. Or, il s'avère être un mécanisme pour
marginaliser l'électorat, la Chambre des communes et le
Sénat, le gouvernement et même le Conseil des ministres.
Le Cabinet du premier ministre a concentré entre ses mains le
pouvoir dans la gestion quotidienne des affaires du gouvernement, et
donc des Canadiens, à tel point qu'il est devenu le symbole par
excellence de la crise du système parlementaire au Canada.
Même dans les formes officielles, le peuple est absent de la
gestion des affaires du pays, pendant que des intérêts
monopolistes privés exécutent des coups électoraux
pour fabriquer des majorités par la fraude et se servent des
fonctions du gouvernement pour éliminer toute
redevabilité envers l'électorat. Ils corrompent tout ce
qu'ils touchent. En établissant une liste
d'« ennemis » à criminaliser ou
persécuter, ils attaquent tout ce qui maintient les Canadiens
organisés sous une forme ou une autre et sapent ainsi toute
résistance à la destruction nationale.
Le problème pour Stephen Harper est que ces
pratiques ne seront pas tolérées par le peuple ni
même par la plupart des gens dans les cercles officiels. Les
intérêts monopolistes et leurs représentants
politiques sont en contradiction avec la vaste majorité des
Canadiens, même parmi ceux qui se considèrent comme des
conservateurs. Pour beaucoup de conservateurs, être conservateur
veut dire s'opposer à l'instabilité, à
l'opportunisme politique, au hooliganisme, à l'arrogance du
pouvoir et à l'utilisation du privilège pour avancer
l'intérêt personnel. Ils ont généralement
beaucoup de mépris pour ce que font Stephen Harper et ses
ministres présentement. Eux aussi veulent leur mot à dire
sur les affaires du pays, comme tous les citoyens et résidents
canadiens qui sont aujourd'hui très inquiets face à ce
qui se passe. Comment arrêter Harper est devenu la question la
plus pertinente dans l'esprit de la plupart des gens. Ce
problème doit être résolu en faveur du peuple.

Le scandale perdure au Sénat
La prise de contrôle des institutions
parlementaires
et du cartel de partis par des intérêts privés
Il y a des révélations incessantes au
sujet des tentatives de dissimulation des dépenses
injustifiées du sénateur Mike Duffy, à savoir qui
a donné l'argent et qui était au courant. Le
26 juin, c'est la déclaration sous serment de
l'enquêteur en chef de la GRC dans le dossier du scandale du
Sénat qui faisait les manchettes. L'officier appartient à
la division nationale de la GRC responsable d'enquêter sur
« les affaires qui représentent un risque important
pour l'intégrité politique, économique et sociale
du Canada ».
On y apprend entre autres que des représentants
du gouvernement Harper ont tenté d'empêcher la divulgation
des faits concernant les présumées infractions du
sénateur conservateur. La manoeuvre implique le Parti
conservateur comme tel ainsi que d'autres membres du cabinet du premier
ministre et certains autres sénateurs conservateurs. Comme nous
l'avons déjà souligné, les scandales ont
habituellement à voir avec un chantage de quelque sorte. Plus
Stephen Harper tente d'étouffer l'affaire, plus le chantage se
révèle et plus sordide est le spectacle. Il ne fait pas
de doute qu'il y aura d'autres révélations au fur et
à mesure que l'enquête de la GRC progresse et que des
documents du Sénat sont amenés à l'attention du
public.
Le Canada sous le boulet de démolition de
Stephen Harper
Plusieurs questions importantes ont surgi
dernièrement auxquelles il faut porter attention et que les
cercles dominants s'efforcent par tous les moyens de dissimuler.
Notamment, il y a le fait que Stephen Harper est à la tête
d'une bande de voyous qui s'affairent à détruire les
arrangements qui sont à la base du Canada tel que nous le
connaissons.
En ce qui concerne le Sénat, Harper refuse de
reconnaître son rôle dans le système parlementaire
canadien. Il s'efforce de le saper par différents moyens et de
s'accaparer de ses pouvoirs pour devenir l'arbitre suprême
grâce à des nominations bien choisies d'une part et en
semant le doute sur la légitimité du Sénat en
relation avec la Chambre des communes de l'autre. On a pu le voir
clairement lorsque des représentants du gouvernement Harper ont
laissé entendre récemment que le Sénat n'avait pas
le droit d'amender le projet de loi C-377 qui s'attaque aux
syndicats. Les amendements des sénateurs ont fait en sorte que
le projet doit retourner à la Chambre des communes et le
Sénat est tout à fait dans son droit d'agir ainsi. Le
Sénat est parvenu à adopter ces amendements uniquement
parce que certains sénateurs conservateurs ont choisi de ne pas
soutenir le gouvernement dans cette affaire. Ce qui n'a pas
manqué de leur attirer des accusations de
« trahison » des cercles près de Harper.

Caricature de La Presse: «Humpty Duffy sur
un muret perché...
et là le sénateur Duffy est tombé, il a
craqué... et ça finit
comme ça!»
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La question des frais de résidence primaire et
secondaire du sénateur Mike Duffy n'est pas une simple affaire
de dépenses non permises.[1] Elle concerne le rôle et le
mandat du Sénat dans la fédération canadienne. Le
Sénat est censé agir comme représentant des
différentes provinces et régions du Canada. Ce rôle
ainsi que les pouvoirs respectifs des deux chambres sont établis
dans la Constitution fondée sur les notions britanniques du XIXe
siècle et sur le projet d'édification nationale de
l'époque.
Ce n'est pas une question d'interprétation ou
d'opinion que le Sénat a des pouvoirs précis et un mandat
précis et que les sénateurs sont nommés suivant
des critères précis. Avec la nomination de Mike Duffy, le
gouvernement Harper n'a pas respecté les arrangements
établis. Il a nommé une personne pour représenter
l'Île-du-Prince-Édouard qui ne réside pas vraiment
dans cette province. Le Parti conservateur s'est ensuite servi de lui
à l'élection fédérale de 2011 en
mettant à profit sa notoriété en tant que
personnalité médiatique. Il ne fait pas de doute que Mike
Duffy a contribué au coup électoral exécuté
par le gouvernement Harper grâce aux méthodes de
microciblage et de suppression du vote pour neutraliser l'opposition
populaire à son programme de destruction nationale.
Même si la nomination de Duffy faisait partie des
pouvoirs de prérogative du premier ministre, elle violait le
principe de représentativité du Sénat, avec pour
effet de plonger davantage le système parlementaire canadien
dans la crise. C'est en partie pourquoi les conservateurs
considèrent qu'il est si important d'étouffer
l'enquête sur les dépenses de résidence du
sénateur.
Harper répète constamment que le
Sénat doit être élu sinon aboli, mais il viole
lui-même le principe de représentativité du
Sénat à ses propres fins, en l'occurrence pour se faire
réélire et conserver le pouvoir d'État.
La prise de contrôle des institutions
parlementaires et
du cartel de partis par des intérêts privés
Une autre chose révélée par ce
scandale est la façon dont les intérêts
monopolistes privés représentés dans le Cabinet du
premier ministre se servent de la majorité du gouvernement
conservateur et de son pouvoir exécutif pour se donner un
contrôle absolu. Grâce au pouvoir exécutif, des
intérêts privés parviennent à étendre
leur contrôle à d'autres institutions de l'État
canadien à l'intérieur et à l'extérieur du
parlement ainsi que dans le système de cartel de partis, en
particulier avec le Parti conservateur. De là, ils avancent
leurs objectifs étroits au nom de l'intérêt public
ou de la sécurité nationale et détruisent les
institutions publiques, les réglementations et les traditions
qui sont censées faire contrepoids à leur pouvoir.
Selon les avocats de Nigel Wright, une de ses fonctions
au sein du Cabinet du premier ministre était de
« gérer le Parti conservateur, notamment s'occuper
des questions potentiellement embarrassantes ». C'est ce
qu'on apprend dans la déclaration sous serment de
l'enquêteur de la GRC. C'est donc que l'intervention pour tenter
de cacher les faits embarrassants concernant les dépenses du
sénateur Duffy n'était pas une aberration, cela faisait
partie de ses fonctions, sans doute pour que Stephen Harper puisse
prétendre à l'innocence.
Pour se sortir de cette « situation
embarrassante », et cela montre bien que le scandale et le
chantage vont habituellement main dans la main, le Parti conservateur
avait l'intention de couvrir les dépenses de Duffy à
partir d'un fonds conservateur géré par le
sénateur Irving Gerstein. Ce plan avait été
conçu lorsqu'on pensait que les dépenses étaient
de l'ordre de 32 000 $. Selon la déclaration sous
serment, quand il est devenu clair que le montant des dépenses
se chiffrait à 90 124,27 $, les dirigeants du parti ont
jugé que le montant était trop élevé pour
être couvert par ce fonds. Peut-être que « trop
élevé » voulait dire qu'en payant les
dépenses de cette façon, on éveillerait des
soupçons. Wright a plutôt lui-même payé Duffy
à condition que celui-ci rembourse l'argent immédiatement
et n'en dise rien aux médias.
Nigel Wright est quelqu'un de connu. Il a des liens
directs avec des intérêts monopolistes privés. Il
était le directeur général d'Onex Corporation, une
grosse entreprise privée d'investissement et un holding qui
appartient au milliardaire Gerry Schwartz. Il a également des
liens directs avec des monopoles du secteur minier comme Barrick Gold. Wikipedia
dit de lui qu'il est une personnalité influente
de Bay Street.
Dans tout cela, le fait que Wright, un porte-parole du
Cabinet du premier ministre et un fonctionnaire fédéral,
soit un directeur du Parti conservateur au nom du bureau du premier
ministre, indique bien jusqu'à quel point, en tant que
représentant d'intérêts privés
définis, il est en position de déterminer ou à
tout le moins influencer fortement les affaires du Parti conservateur.
Il gérait le Cabinet du premier ministre qui a usurpé le
rôle décisionnel du gouvernement, de la Chambre des
Communes et du Parlement dans son ensemble.
La classe ouvrière doit diriger
l'édification nationale
Les actions du gouvernement Harper indiquent qu'il est
prêt à détruire tout ce qui fait entrave au droit
de monopole, y compris le Canada lui-même. La cible
première des attaques de Harper est la pensée de la
classe ouvrière canadienne et d'autres forces sociales et leur
but est de les faire se sentir impuissants à stopper le train de
la destruction nationale.
La voie de Harper serait la seule façon de faire
les choses et il veut que, face à son pouvoir exécutif et
de prérogative, tous croient et acceptent qu'il n'y ait pas
d'alternative.
Mais c'est faux. La classe ouvrière du
Québec et du Canada et les Premières Nations ont un
avenir devant elles parce qu'elles se battent pour l'édification
nationale et non pour la destruction nationale. La bande de Harper n'a
pas d'avenir parce que son ordre du jour étroit est en
contradiction avec l'intérêt public et la tendance
progressiste de l'histoire.
Le scandale actuel est le résultat de l'ordre du
jour étroit qui vise à enchâsser le droit de
monopole doté d'un pouvoir dictatorial absolu sur le droit
public. Cet ordre du jour n'a pas sa place dans la
société moderne et il va continuer de se disloquer face
au corps politique qui continue de s'organiser et d'exprimer son
outrage et sa conscience.
En mettant de l'avant sa politique indépendante,
la classe ouvrière gagne une expérience inestimable en
politique pratique par laquelle elle met sur pied de nouveaux
mécanismes pour unir toux ceux qui peuvent être unis
derrière un programme prosocial d'édification nationale.
Dans son combat pour présenter son programme prosocial et
stopper l'offensive antisociale de Harper, la classe ouvrière
doit prendre en main la question centrale du renouveau
démocratique des institutions canadiennes pour que les
Canadiens, les Québécois et les Premières Nations
mettent en jeu le facteur humain des collectifs du peuple d'un bout
à l'autre du pays.
Notes
1. Certaines des allégations de
dépenses inappropriées concernent la demande de Duffy
pour une allocation de dépenses de sénateur pour habiter
une résidence secondaire à Ottawa. Duffy dit que sa
résidence principale est à
l'Île-du-Prince-Édouard (IPE) qu'il représente.
Selon la déclaration sous serment d'un enquêteur de la
GRC, Duffy serait devenu inquiet à l'idée qu'il pourrait
perdre son siège au Sénat si une enquête du
Sénat révélait que
l'Île-du-Prince-Édouard n'est pas sa résidence
principale. Selon la même déclaration, Nigel Wright, le
chef de cabinet du premier ministre, aurait apaisé les craintes
de Duffy. Le Sénat demande que les sénateurs
résident dans la province qu'ils représentent, mais cela
ne veut pas nécessairement dire qu'ils y ont leur
résidence principale. Autrement dit, le siège de Duffy
n'est pas en danger même si son affirmation à l'effet que
sa résidence principale est à l'IPE est de la frime,
d'autant plus que la déclaration assermentée indique
qu'il vit à Ottawa depuis 1971, soit depuis 40 ans.
2. Les sections 22 et 23 de la
Constitution canadienne traitent de la composition du Sénat et
des qualifications des sénateurs
Représentation
des
provinces au Sénat
22.
En
ce qui concerne la composition du Sénat, le Canada sera
censé comprendre quatre divisions :1.Ontario ; 2.
Québec ; 3. les provinces Maritimes — la
Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick — ainsi que
l'Île-du-Prince-Édouard ; 4. les provinces de
l'Ouest : le Manitoba, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et
l'Alberta ;
les
quatre
divisions doivent (subordonnément aux révisions de la
présente loi) être également
représentées dans le Sénat, ainsi qu'il
suit : — Ontario par vingt-quatre sénateurs ;
Québec par vingt-quatre sénateurs ; les Provinces
maritimes et l'Île-du-Prince-Édouard par vingt-quatre
sénateurs, dont dix représentent la
Nouvelle-Écosse, dix le Nouveau-Brunswick, et quatre
l'Île-du-Prince-Édouard ; les Provinces de l'Ouest
par vingt-quatre sénateurs, dont six représentent le
Manitoba, six la Colombie-Britannique, six la Saskatchewan et six
l'Alberta ; la province de Terre-Neuve aura droit d'être
représentée au Sénat par six
sénateurs ; le territoire du Yukon, les territoires du
Nord-Ouest et le territoire du Nunavut ont le droit d'être
représentés au Sénat par un sénateur chacun.
En
ce qui concerne la province de Québec, chacun des vingt-quatre
sénateurs la représentant, sera nommé pour l'un
des vingt-quatre collèges électoraux du Bas-Canada
énumérés dans la cédule A, annexée
au chapitre premier des statuts refondus du Canada. (12)
Note
marginale :Qualités
exigées des sénateurs
23.
Les
qualifications d'un sénateur seront comme suit :
1. Il devra être âgé de trente ans
révolus ;
2. Il devra être sujet-né de la Reine, ou sujet de la
Reine naturalisé par loi du parlement de la Grande-Bretagne, ou
du parlement du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, ou de
la législature de l'une des provinces du Haut-Canada, du
Bas-Canada, du Canada, de la Nouvelle-Écosse, ou du
Nouveau-Brunswick, avant l'union, ou du parlement du Canada,
après l'union ;
3. Il devra posséder, pour son propre usage et
bénéfice, comme propriétaire en droit ou en
équité, des terres ou tenements tenus en franc et commun
socage, — ou être en bonne saisine ou possession, pour son propre
usage et bénéfice, de terres ou tenements tenus en
franc-alleu ou en roture dans la province pour laquelle il est
nommé, de la valeur de quatre mille piastres en sus de toutes
rentes, dettes, charges, hypothèques et redevances qui peuvent
être attachées, dues et payables sur ces immeubles ou
auxquelles ils peuvent être affectés ;
4. Ses propriétés mobilières et
immobilières devront valoir, somme toute, quatre mille piastres,
en sus de toutes ses dettes et obligations ;
5. Il devra être domicilié dans la province pour laquelle
il est nommé ;
6. En ce qui concerne la province de Québec, il devra être
domicilié ou posséder sa qualification foncière
dans le collège électoral dont la représentation
lui est assignée. (13)
3. Harper a décrit un jour en entrevue
comment son gouvernement fonctionne.
« L'équipe » de son bureau, qui est
composée d'environ 1000 consultants privés, formule des
propositions qui sont acheminées au Cabinet pour obtenir ses
réactions. Une fois adoptées, les propositions sont
données aux députés conservateurs pour qu'ils les
transmettent au public.

Le gouvernement Harper demande à la Cour
suprême comment il peut changer la Constitution
Juste avant le plus récent scandale impliquant le
Bureau du premier ministre, le Parti conservateur et certains de ses
membres au Sénat, le gouvernement Harper avait tenté de
préparer les conditions pour changer le fonctionnement du
Sénat au nom de la « réforme » ou
pour l'abolir en changeant la Constitution sans que le peuple canadien
n'y joue quelque rôle que ce soit.
Afin de procéder à des changements dans la
nomination des sénateurs, le gouvernement Harper a
annoncé le 1er février qu'il solliciterait l'opinion de
la Cour suprême du Canada sur comment sa majorité à
la Chambre des communes et au Sénat pourrait changer la Loi
sur la Constitution de 1867 et de 1982.
Cette demande à la Cour suprême
est faite dans le contexte marqué par la nomination constante de
nouveaux juges à la Cour suprême par le gouvernement
Harper et par l'opposition manifestée par l'exécutif de
certaines provinces à l'imposition unilatérale de
nouveaux arrangements sur le financement des programmes sociaux comme
la santé et l'éducation qui, en vertu de la constitution,
sont de compétence provinciale. Il y a aussi les revendications
des Premières Nations qui se font de plus en plus pressantes
pour le respect des droits issus de traités, revendications
qu'ils ont mis à l'ordre du jour depuis que la Charte des
droits et des libertés a été
enchâssée dans la Constitution par le gouvernement de
Pierre Trudeau.
Dans ce contexte, le gouvernement Harper demande
à la Cour suprême comment il peut changer la Constitution,
y compris en abolissant le Sénat de façon
unilatérale, ce qui créerait un précédent
dans l'élargissement des pouvoirs du parlement de changer la
constitution et d'éliminer le rôle du peuple canadien dans
l'établissement d'une nouvelle constitution moderne.
L'exécutif de Harper cherche désespérément
à changer la Constitution sans permettre au peuple canadien, au
peuple québécois et aux Premières Nations de
présenter leurs demandes.
Le gouvernement semble vouloir tirer profit du
caractère non-représentatif du Sénat et des
récents scandales qu'il a tenté de balayer sous le tapis
comme un prétexte pour usurper le pouvoir de changer la
Constitution sans devoir ouvrir la Constitution ni avoir à
traiter des demandes de renouveau constitutionnel mises de l'avant par
les peuples du Canada et du Québec et les Premières
Nations.
Le gouvernement Harper affirme qu'advenant une
réponse favorable de la Cour suprême à sa
requête sur comment il pourrait changer la Constitution, il a
l'intention d'aller de l'avant avec l'adoption de la Loi sur la
réforme du Sénat, que le gouvernement avait
déposée à la dernière session. Certaines
provinces se sont opposées à ce projet de loi et il en a
été de même de certains sénateurs dans les
rangs des conservateurs.
Selon une fiche d'information gouvernementale sur les
questions soumises à la Cour suprême, le gouverneur en
conseil, en vertu de la section 53 de la Loi sur la Cour
suprême, peut soumettre au jugement de la Cour toute
question importante de droit ou de fait touchant
l'interprétation des Lois constitutionnelles et la
constitutionnalité ou l'interprétation de toute loi
fédérale ou provinciale. La Cour permettra alors aux
parties intéressées de présenter leurs arguments
oralement et par écrit. Après avoir examiné les
questions et les arguments des parties intéressées, la
Cour va émettre une opinion et, dans la mesure du possible,
répondre aux questions posées par le gouverneur en
conseil.
Selon la fiche d'information, ce sont les Canadiens
eux-mêmes qui, en élisant le gouvernement Harper, ont mis
sur la table les questions et la réforme que le gouvernement a
mises de l'avant : « Les Canadiens ont confié au
gouvernement Harper un mandat fort pour procéder à la
réforme du Sénat. Le Sénat joue un rôle
important au sein du système parlementaire du Canada, car les
sénateurs créent et étudient des lois qui touchent
directement la vie des contribuables canadiens au quotidien. Le
gouvernement croit que des changements s'imposent pour que le
Sénat puisse s'acquitter pleinement de son rôle
d'institution démocratique au service des Canadiens. Le but du
renvoi à la Cour suprême est d'accélérer le
rythme de la réforme engagée et de préparer le
terrain en vue de futures réformes. »
Pour expliquer pourquoi le gouvernement
défère à la cour des questions qui
débordent le cadre de la Loi sur la réforme du
sénat, on indique dans la fiche que :
« Les questions tiennent compte de la
position du gouvernement selon laquelle il est du ressort du Parlement
d'apporter des changements concrets au Sénat. Les questions
additionnelles permettront de consulter la Cour sur les
procédures de modification que nécessiteront une
série plus vaste d'éléments dont on a souvent
parlé dans le cadre des discussions sur la réforme du
Sénat au cours des dernières années, et elles
devraient préparer le terrain en vue de futures
réformes. »
La Cour suprême du Canada déterminera le
calendrier. Cela dit, elle pourrait faire connaître son opinion
dans les 10 à 24 mois suivant le dépôt de
l'avis de renvoi. Cette estimation est fondée sur des renvois
antérieurs.
Des provinces prônent des changements
au Sénat
Si la Cour suprême juge que des changements
effectués au Sénat doivent être faits selon la
formule d'amendement « 7/50 », alors sept
provinces et au moins 50 % de la population canadienne doivent
faire adopter des résolutions à cet effet dans leur
assemblée législative. Un article du National Post
décrit la position des divers gouvernements à la veille
de la réunion du Conseil de la fédération qui doit
se réunir du 24 au 26 juillet. Selon cet article, le
gouvernement de Brad Wall en Saskatchewan envisage sérieusement
de proposer un amendement constitutionnel à l'Assemblée
législative de la Saskatchewan dès octobre prochain
exigeant l'abolition du Sénat. L'auteur de l'article indique que
Wall tentera sans doute de « vendre l'idée lorsque
les provinces se réuniront à Niagara-on-the-Lake, en
Ontario. M. Wall aurait soutenu depuis longtemps que les premiers
ministres des provinces sont plus en mesure de défendre les
provinces que des loyalistes de parti assis au
Sénat ».
Un porte-parole officiel du gouvernement de la
Saskatchewan « a dit qu'on s'attend à ce que le
gouvernement de la Colombie-Britannique emboîte le pas à
la Saskatchewan. On espère aussi que les gouvernements
néodémocrates au Manitoba et en Nouvelle-Écosse
adoptent leur propre législation en ce sens. Il a dit que
même le gouvernement du Parti québécois de Pauline
Marois ne déborde pas d'affection pour le Sénat.
Cependant, la nouvelle première ministre de l'Ontario, Kathleen
Wynne, a récemment renversé la position de longue date de
son prédécesseur, Dalton McGuinty, qui était
favorable à l'abolition. Selon elle, une réforme du
Sénat est possible.
L'article rapporte que Ben Chin, directeur des
communications de la première ministre de la
Colombie-Britannique, Christy Clark, a dit que la Colombie-Britannique
était « sympathique à l'idée du premier
ministre Wall d'abolir le Sénat mais qu'elle était
ouverte à l'idée que le Sénat pouvait être
réformé ». Tout changement constitutionnel en
Colombie-Britannique devra cependant être soumis à un
référendum.
Le même article explique qu' « un
amendement d'abolition devra aussi être adopté par la
Chambre des Communes ainsi que par le Sénat
lui-même ». Il rapporte aussi les résultats
d'un sondage de Nanos Research suggérant que 49 % des
Canadiens veulent que le Sénat soit réformé,
41 %, qu'il soit aboli, tandis que seulement 6 % serait en
faveur du statut quo.
Enfin, selon l'auteur de l'article, on pense que le
premier ministre « commence à être
convaincu » que son gouvernement devrait prôner
l'abolition si la cour dit que tout changement requiert l'approbation
des provinces.
(National Post, The Hill Times)

À titre d'information
Questions soumises à la Cour suprême
au sujet de la réforme du Sénat
1. Pour chacune des limites ci-après
proposées pour la durée du mandat des sénateurs,
le Parlement du Canada détient-il, en vertu de l'article 44 de
la Loi constitutionnelle de 1982, la compétence
législative voulue pour apporter les modifications à
l'article 29 de la Loi constitutionnelle de 1867 afin de prévoir
:
(a) un mandat d'une durée fixe de neuf ans, tel
que le propose l'article 5 du projet de loi C-7, Loi sur la
réforme du Sénat;
(b) un mandat d'une durée fixe de dix ans ou plus;
(c) un mandat d'une durée fixe de huit ans ou
moins;
(d) un mandat d'une durée fixe de deux ou trois
législatures;
(e) le renouvellement du mandat des sénateurs,
tel que le propose l'article 2 du projet de loi S-4, Loi
constitutionnelle de 2006 (durée du mandat des sénateurs);
(f) une limite à la durée du mandat des
sénateurs nommés après le 14 octobre 2008, tel que
le propose le paragraphe 4(1) du projet de loi C-7, Loi sur la
réforme du Sénat;
(g) une limite rétrospective à la
durée du mandat des sénateurs nommés avant le 14
octobre 2008 ?
2. Le Parlement du Canada détient-il, en vertu de
l'article 91 de la Loi constitutionnelle de 1867 ou de l'article 44 de
la Loi constitutionnelle de 1982, la compétence
législative voulue pour édicter des lois qui
permettraient de consulter, dans le cadre d'un processus national, la
population de chaque province et territoire afin de faire
connaître ses préférences quant à la
nomination de candidats sénatoriaux, conformément au
projet de loi C-20, Loi sur les consultations concernant la nomination
des sénateurs ?
3. Le Parlement du Canada détient-il, en vertu de
l'article 91 de la Loi constitutionnelle de 1867 ou de l'article 44 de
la Loi constitutionnelle de 1982, la compétence
législative voulue pour prévoir un cadre qui viserait
l'édiction de lois par les législatures provinciales et
territoriales — conformes à l'annexe du projet de loi C-7, Loi
sur la réforme du Sénat —, pour consulter leurs
populations afin de faire connaître leurs
préférences quant à la nomination de candidats
sénatoriaux ?
4. Le Parlement du Canada détient-il, en vertu de
l'article 44 de la Loi constitutionnelle de 1982, la compétence
législative voulue pour abroger les paragraphes 23(3) et (4) de
la Loi constitutionnelle de 1867 concernant la qualification des
sénateurs en matière de propriété ?
Abolition du Sénat
5. Pourrait-on, par l'un des moyens ci-après,
avoir recours à la procédure normale de modification
prévue à l'article 38 de la Loi constitutionnelle de 1982
pour abolir le Sénat :
a- ajouter une disposition distincte prévoyant
que le Sénat serait aboli à une date précise,
à titre de modification de la Loi constitutionnelle de 1867, ou
de disposition distincte des Lois constitutionnelles de 1867 à
1982 s'inscrivant néanmoins dans la Constitution du Canada;
b- modifier ou abroger en tout ou en partie les renvois
au Sénat dans la Constitution du Canada;
c- abroger les pouvoirs du Sénat et
éliminer la représentation des provinces en vertu des
alinéas 42(1)b) et c) de la Loi constitutionnelle de 1982 ?
6. Si la procédure normale de modification
prévue à l'article 38 de la Loi constitutionnelle de 1982
ne permet pas d'abolir le Sénat, faudrait-il recourir à
la procédure de consentement unanime prévue à
l'article 41 de cette loi ?

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