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Numéro 120 -
23 juillet 2013
La lutte pour des arrangements
qui reconnaissent
les droits des travailleurs
Frauduleux lockout de US Steel à
Lake Erie en Ontario
• Les mensonges,
l'intimidation et l'extorsion par US Steel
devraient être déclarés
illégaux - Section locale 1005
du Syndicat des Métallos
Rio Tinto
à Alma
• Les travailleurs font le
point sur la situation
• La lutte se poursuit
pour rendre Rio Tinto redevable de ses actions
- Entrevue avec Hugues Villeneuve,
président du Syndicat des travailleurs de
l'aluminium d'Alma
• L'entente secrète
à Rio Tinto et la lutte des travailleurs
de la division d'Énergie
électrique - Entrevue avec
Pierre Simard, président du Syndicat des
employés d'Énergie
électrique Québec
Frauduleux lockout de US Steel
à Lake Erie en Ontario
Les mensonges, l'intimidation et l'extorsion
par US Steel devraient être
déclarés illégaux
- Section locale 1005 du
Syndicat des Métallos -
Nous reproduisons ci-dessous un article
tiré du numéro du 15 juillet
2013 du bulletin Information Update, le
bulletin hebdomadaire de la section 1005 du
Syndicat des Métallos représentant
les travailleurs de US Steel à Hamilton.
* * *
Information Update réitère
l'appui
de la section 1005 à la lutte de nos
confrères et consœurs de Lake Erie mis en
lockout par US Steel depuis le 28 avril 2013.
US Steel ne recule devant aucun mensonge s'il sert
à créer le doute dans l'esprit des
travailleurs sur l'intégrité du
syndicat et du travail qu'il fait à la
défense des droits des travailleurs. La
compagnie refuse de négocier et se conduit
comme une brute, donnant d'une main et prenant de
l'autre dans le seul but de garder les
travailleurs déstabilisés et
excédés. Une des plus grandes
illusions que la compagnie essaie de créer
est que si seulement les travailleurs acceptaient
son offre merveilleuse, leur vie reprendrait son
cours normal. Même si les travailleurs
n'aiment pas l'offre de la compagnie, ils sont
censés croire que tout va revenir à
la normale. En fait,
« l'entente » que US Steel
propose a pour but de faire en sorte que rien ne
puisse être normal et que les travailleurs
soient perpétuellement à la
disposition de la compagnie. Tout tourne
là-dessus : être à la
disposition de la compagnie.
Le 12 juillet dernier, la compagnie et la
section locale 8782 du Syndicat des
Métallos représentant les
travailleurs de Lake Erie se sont
rencontrées. La réunion a
été très courte et il
était évident que la compagnie
n'était pas intéressée
à négocier. En fait, le syndicat
rapporte que la compagnie a fait deux propositions
qui sont pires que celles contenues dans son offre
finale d'avril 2013 et que dans sa grandeur
d'âme, elle a réintroduit les
concessions dans son offre. La section
8782 écrit dans son rapport
« qu'elle a rencontré la
compagnie aujourd'hui et n'a pas pu en arriver
à une entente sur toutes les questions. Le
syndicat est à produire une proposition
globale qu'elle présentera à la
compagnie pour tenter de résoudre et de
s'entendre sur toutes les questions encore
litigieuses. »
La compagnie n'a pas attendu de recevoir la
proposition du syndicat. Le 15 juillet, pour
envenimer la situation encore davantage, elle a
fait savoir par le biais des médias et sans
en informer le syndicat qu'elle a demandé
la tenue d'un vote supervisé parce que le
syndicat aurait refusé de faire voter les
travailleurs sur sa soi-disant offre finale.
La position antisyndicale de la compagnie est de
constamment insinuer que le syndicat ne
représente pas les travailleurs. Elle se
croit très futée et pense pouvoir
tirer avantage du fait que la demande du syndicat
pour des prestations d'assurance-emploi pendant le
lockout a été rejetée, ce qui
crée des difficultés pour les
travailleurs. Difficile d'imaginer qu'on puisse
être plus cynique ! La conviction
antiouvrière de la compagnie est que les
travailleurs vont se précipiter sur
l'occasion d'accepter les concessions
appelées « offre
finale » en échange d'une prime
à la signature de la convention et d'un
paquet de mensonges.
La réalité est que le lockout dans
son entier est frauduleux parce qu'il n'a rien
à voir avec une négociation de bonne
foi. Il est simplement un moyen d'extorquer des
concessions aux travailleurs et d'en faire une
masse sans défense dont on peut disposer
à sa guise. La compagnie appelle les
travailleurs à assister à ses
propres sessions d'information sur sa
supposée grande offre s'ils veulent savoir
ce qu'elle contient. Pas besoin d'être
sorcier pour comprendre sous quelles couleurs ils
vont présenter leur offre. C'est le temps
maintenant plus que jamais pour les travailleurs
de se rallier derrière leur syndicat. Ils
peuvent très bien tenir leurs propres
sessions d'information pour examiner cette offre
tous ensemble et décider de la voie
à suivre dans les circonstances.
La section locale 1005 lance l'appel
à tous ses membres et aux gens de Hamilton
et de la région de Niagara à
exprimer massivement leur appui aux travailleurs
de la section 8782 et leur mépris pour
les mensonges, l'intimidation et l'extorsion par
US Steel. Participez aux lignes de piquetage
devant le bureau de Diane Finley, l'ex-ministre
des Ressources humaines et Développement
des compétences Canada maintenant ministre
des Travaux publics et des Services
gouvernementaux, pour demander que les
gouvernements exigent des compte de ces compagnies
qui mentent, intimident et extorquent plutôt
que de négocier de bonne foi. Non aux
mensonges, à l'intimidation et à
l'extorsion ! Appuyons les travailleurs de
Lake Erie!
Pour lire le communiqué de presse de la
section locale 8782, cliquer ici : www.uswa8782.com

Rio Tinto à Alma
Les travailleurs font le point sur la situation
Le
Marxiste-Léniniste publie dans ce
numéro deux entrevues avec des
représentants de travailleurs de Rio Tinto
Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La
première est avec Hugues Villeneuve, le
président du syndicat qui représente
les travailleurs de l'aluminerie d'Alma. La
seconde est avec Pierre Simard, le
président du syndicat qui représente
les travailleurs d'Énergie
électrique, la division de RTA qui
gère les installations de production, de
transport et de distribution
hydroélectrique de l'entreprise dans la
région.
Ils font le point sur la situation, notamment sur
le revanchisme de Rio Tinto suite au lockout des
travailleurs de l'aluminerie en 2012. Ils
continuent de demander l'annulation de la clause
énergétique entre la compagnie et le
gouvernement qui force Hydro-Québec
à acheter toute l'énergie non
utilisée de Rio Tinto en cas de
grève ou de lockout. Au coeur de cette
bataille, on trouve la lutte pour
l'établissement de nouveaux arrangements
qui reconnaissent les droits des travailleurs. On
a besoin d'un nouvel équilibre et celui-ci
peut être réalisé seulement si
les droits des travailleurs aux endroits de
travail et le droit public dans la
société sont reconnus. Pour
défendre le bien-être de la
société, il faut restreindre le
droit de monopole en affirmant le droit public.
LML appelle tous les travailleurs
à s'informer de la lutte des travailleurs
de Rio Tinto pour leurs droits et les droits de
tous et à lui donner leur plein appui.

La lutte se poursuit pour rendre Rio Tinto
redevable de ses actions
- Entrevue avec Hugues Villeneuve,
président du Syndicat
des travailleurs de l'aluminium d'Alma -
Le Marxiste-Léniniste: Selon
le syndicat, la situation à Rio Tinto Alma
est à la croisée des chemins, elle
doit changer d'une façon ou d'une autre.
Comment cette question se présente-t-elle
maintenant à ton avis ?
Hugues Villeneuve : À
notre avis, nous sommes toujours dans une
situation qui est à la croisée des
chemins. On a eu un conflit, on a eu une
négociation intensive, on s'est entendu, et
on a eu un retour au travail très ardu. On
l'a fait en gentlemen, on l'a fait en personnes
matures, adultes et responsables, on a
été bien droits. Eux par contre ont
prouvé par leur soif de vengeance qu'ils
étaient en grand manque de
professionnalisme. Ou bien on va aller vers des
relations de travail qui vont être
acceptables, avec un climat de travail acceptable
dans cette usine-là, ou bien on va dans
l'autre sens et ils subiront les
conséquences de leurs décisions, ce
qui va aller vers la mise en péril de la
production, c' est évident, parce que si tu
n'as pas la coopération des gens, la
production va en souffrir.
Ce n'est pas une question de juste dire que c'est
assez, à un moment donné cela
devient une question humaine. À l'âge
où l'on est rendu, en tant qu'adultes, tu
ne veux pas jouer avec ces choses-là, tu
t'en vas là pour travailler, tu dois gagner
ta vie, tu vas la gagner mais pas à
n'importe quel prix.

Pancartes du
lockout de 2012 à Rio Tinto Alma.
Aujourd'hui, les travailleurs continuent leur
lutte pour restreindre le
droit de monopole, tenir le gouvernement
responsable et établir leurs
réclamations aux ressources de la
région
et à la richesse qu'ils produisent.
Cette prise de décision, on l'a fait en
groupe. La parole du porte-parole de
l'exécutif ou des membres de
l'exécutif a une force mais, quand les
membres sur le plancher ont le même
discours, elle prend une ampleur énorme en
poids. C'est ce qui est arrivé. Les
travailleurs se sont exprimés ouvertement
quand le nouveau directeur de l'usine, qui est
entré en fonction en mars dernier, a fait
des tournées sur le plancher
récemment. Ils ont corroboré la
ligne de l'exécutif. C'est ce qui a fait
qu'on a été pris plus au
sérieux. Il y a eu un pas de recul de la
part de la compagnie, un répit pour nous.
Cela semble vouloir prendre une autre tangente.
C'est certain qu'il y a encore beaucoup d'anciens
gestionnaires avec qui on a eu maille à
partir qui sont encore là. Avec eux autres,
il n'y a rien à faire. On a fait tous les
efforts pour avoir des discussions, et cela nous a
montré qu'il n'y a rien qui pouvait
être fait avec certaines personnes. À
ce niveau-là, on va attendre qu'il arrive
de nouveaux joueurs.
Le nouveau directeur de l'usine semble plus
ouvert à la discussion que l'ancien. On
aimerait que cela se passe plus rapidement mais il
y a une réponse. On va le prendre mais on
ne sable pas le champagne. C'est une chose de le
dire, de voir certains signes mais il va falloir
examiner le sérieux de tout cela. Est-ce
qu'on tourne vraiment une page ou on fait juste
des accroires ?
Le répit, par exemple, c'est qu'on n'a
plus cette situation en ce moment qu'on a
vécue depuis le retour du lockout,
où les travailleurs étaient suivis
pas à pas dans l'usine par les
contremaîtres, chronométrés
pendant leurs pauses, où ils étaient
harcelés pendant les pauses, se faisaient
dire que leur pause c'est 15 minutes, cela fait
déjà 14 minutes qu'ils sont en pause
alors « dépêchez-vous à
retourner travailler », des choses comme
cela qui sont devenues
généralisées à notre
retour du lockout. Ils ont reculé
là-dessus. Pendant le conflit de travail,
ils avaient enlevé les portes des salles,
ils ont commencé à en remettre
quelques-unes parce qu'on leur a fait le point sur
la sécurité. Des fois, ce sont des
salles où les portes ont un rôle de
coupe-feu, de blocage des contaminants, et ils les
avaient enlevées. Il y a la
cafétéria qui est un bunker, qui est
ouverte à des heures de repas de bureaux,
mais quand tu es sur un douze heures ça
arrive que tu soupes à 11 heures le soir,
que tu manges à 2 heures du matin. La
question de l'accessibilité est importante.
On comprend qu'il n'y ait pas des menus 24 heures
sur 24 mais l'accessibilité au micro-ondes,
au four et au réfrigérateur c'est
important. Cela fait partie des demandes qu'on a
mises de l'avant et au moment où on se
parle, ça n'est pas fait encore.
Présentement les gens se sont amenés
des grille-pain et des petits fours à
micro-ondes dans les secteurs pour pallier
à la situation, dans les salles de cuves et
ailleurs, et l'exemple qu'on donne souvent c'est
que maintenant tu manges une toast au fromage et
au béryllium ! C'est fou parce que pendant
des années, ils n'ont pas voulu qu'on
amène quoi que ce soit dans les secteurs.
Certains travailleurs ont d'ailleurs reçu
des mesures disciplinaires là-dessus. Cette
question-là doit être
réglée.
LML : Qu'en est-il de
la question de la santé et de la
sécurité ?
HV
: Du point de vue santé et
sécurité, il y a une bonne prise de
conscience de la part des travailleurs et des
travailleuses dans l'usine. Les travailleurs sont
très stricts sur les procédures et
c'est cela qu'on veut. C'est certain que de la
part de la compagnie, pour ce qui est du secteur
des anodes par exemple, elle fait beaucoup pour se
prémunir face à la
possibilité que la CSST débarque
demain matin et leur barre une machine. Ils se
soucient beaucoup de cela et de notre
côté on veut que cela perdure, on
veut continuer à taper sur le clou pour
s'assurer qu'ils ne mettent pas cela de
côté au nom de la production.
Patrice Harvey, qui est le porte-parole de
l'exécutif au sein du Comité de
santé-sécurité, travaille
beaucoup sur la question de la
santé-sécurité et il a
demandé d'avoir le rapport complet sur les
protections-machines, où on en est rendu
là-dessus dans l'usine. C'est important
pour nous pour qu'on puisse faire notre travail de
prévention. Il y a d'autres campagnes qui
s'en viennent avec nos représentants en
prévention, une campagne sur le cadenassage
très bientôt.
On se pose tous la question brûlante
à savoir si les facteurs qui ont
mené à la mort tragique de notre
consoeur Cyndie Lavoie, morte coincée entre
un ensemble anodique mouvant et une machine, si
ces facteurs sont encore à l'oeuvre. Il n'y
a pas de réponse facile à cette
question. La sécurité à mon
avis c'est comme un arbre avec toutes ses
feuilles, c'est un ensemble de facteurs. C'est
trop tôt je pense pour dire que les
travailleurs peuvent maintenant entrer travailler
avec l'esprit tranquille, parce qu'entre autres
choses la question disciplinaire est encore
très présente, la pression est
encore là à l'effet que « si
tu ne fais pas cela, tu as une mesure
disciplinaire, et si tu le fais tu as un avis
disciplinaire ». C'est moins présent
mais cela existe encore.
Ce qu'on peut dire, c'est qu'avec la
protection-machine qu'ils ont faite (les anodes en
mouvement sur le pont roulant sont maintenant
entourés d'une cage pour qu'il n'y ait
pas de contact avec le travailleur — ndlr)
de même que la question des
procédures qui est plus mise à
l'avant-plan et dont ils s'assurent qu'elles
soient respectées, je dirais que oui
là-dessus c'est plus sécuritaire.
Pour le reste, pas encore. La charge de travail
est la même, il n'y a pas plus de monde pour
la faire, ce qu'on a c'est la protection-machine
parce qu'ils ont mis une cage autour.
Les causes propres à la machine sont sous
contrôle, mais l'examen de toutes les causes
organisationnelles, c'est là la
difficulté de l'enquête de la CSST
suite au décès de la travailleuse.
Les causes propres à la machine qui ont
été un facteur dans le
décès, nous les connaissons
très bien, mais on se heurte à
l'entreprise qui veut très peu parler de la
cause organisationnelle en ce qui concerne la
responsabilité face à la
prévention, l'organisation de la
prévention, l'organisation de la formation
des gens, c'est là qu'on affronte le plus
de difficultés pour développer
l'enquête. Le côté humain c'est
au moins 50 % du résultat. Ta machine fait
un travail mais l'humain prend la décision,
c'est lui qui fait le reste.

LML : Où en
êtes-vous dans votre travail sur la question
des ententes secrètes entre Rio Tinto et le
gouvernement au sujet de
l'hydro-électricité qui forcent
Hydro-Québec à acheter toute
l'énergie excédentaire de Rio Tinto
en cas de grève ou de lockout comme on l'a
vu pendant le lockout ?
HV : Nous sommes en train de
développer notre dossier et nous sommes en
démarche de rencontres. Même si Le Devoir a
divulgué l'entente secrète alors que
nous étions en lockout, il reste plusieurs
questions sur le comment, sur comment cela s'est
passé exactement, le pourquoi. Ce qui est
venu mettre le chien dans le jeu de quilles, c'est
de voir qu'il y a 3 semaines ils ont
réouvert l'entente et qu'elle a
été signée et reconduite
à l'occasion du prolongement des salles de
cuves au complexe Arvida (il s'agit de l'extension de deux ans
accordée par le gouvernement du
Québec des cuves à anodes
précuites du complexe Arvida qui devaient
fermer le 31 décembre 2014). Ils
ont utilisé l'occasion pour réouvrir
l'entente au complet avec les ententes
énergétiques. Cela a passé
dans Le Devoir
et dans Le
Quotidien ici et personne de nous autres
n'était au courant. Nous l'avons su le soir
avant la signature. Il y avait eu des politiciens
dans la région qui s'étaient
avancés sur leur vision de l'affaire
à l'effet de revoir l'entente
énergétique et on veut comprendre
pourquoi il y a eu un prolongement et qu'on n'a
pas profité du momentum pour revoir
l'entente secrète. On nous dit que tout va
être rendu public, mais on nous dit
ça une fois l'entente
énergétique prolongée sans
qu'on ait été impliqué et
même là, on en doute beaucoup parce
que plusieurs des conditions qu'il y avait dans
l'entente qui vient d'être renouvelée
sont toujours tenues secrètes. On a de
sérieuses questions à poser. Le
temps file parce que les conventions collectives
de Rio Tinto dans la région arrivent
à échéance en 2015 et on ne
veut pas se faire prendre en lockout avec encore
plus de ventes d'hydro de Rio Tinto à
Hydro-Québec pendant que nous sommes
jetés à la rue.
LML : Vous faites
également un travail sur la question des
pensions.
HV : Notre régime de
retraite arrive à terme le 31
décembre 2014. On a un sous-comité
qui travaille déjà sur le dossier.
On n'entend rien de la part de la compagnie qui
avait pourtant fait signe qu'elle serait
intéressée à entamer des
négociations hâtives. Soudainement,
plus rien. C'est certain qu'ils attendaient le
rapport de la Commission d'Amours qui a
été déposé et qu'on a
analysé. Ce qu'on pense c'est que la
stratégie de Rio Tinto va être
d'attendre que les commissions parlementaires se
terminent pour voir ce que le gouvernement va
faire avec les 21 recommandations du rapport
d'Amours. Notre régime de retraite a un
déficit de près d'un milliard de
dollars parce que Rio Tinto s'est pourvu de
mesures d'allègements comme White Birch l'a
fait, même si Rio Tinto est dans une
très bonne situation financière. On
sait que le Rapport d'Amours prévoit de
rallonger encore ces mesures
d'allègements-là. Et en plus de
cela, il y a la campagne de gens comme le maire
Labeaume qui présentent les pensions comme
la grande bête noire dont il faut se
débarrasser. Qu'est-ce que va faire Rinto
Tinto ? Est-ce qu'ils vont être agressifs et
faire comme ils l'ont fait partout en voulant
faire sauter tous les régimes à
prestations déterminées ? Chose
certaine on ne baissera pas les bras. Notre
position c'est d'améliorer notre
régime de retraite.
LML : Quelque chose en conclusion
?
HV : Cet automne s'annonce
très occupé. On a du nouveau tous
les jours. Ce qui nous encourage beaucoup c'est
qu'on a une belle relève à l'usine.
Nos liens se sont renforcés durant notre
bataille pendant le lockout. Cela augure bien pour
l'avenir.

L'entente secrète à Rio Tinto et
la lutte des travailleurs de la division
d'Énergie électrique
- Entrevue avec Pierre Simard,
président du Syndicat
des employés d'Énergie
électrique Québec -
Une
délégation du syndicat des
employés d'Énergie
électrique Québec à Alma
pour exprimer leur appui aux travailleurs
en lockout et dénoncer les tentatives de
la compagnie de les réduire au silence,
le 13 avril 2012
Le Marxiste-Léniniste :
Explique-nous d'abord ce que c'est Énergie
électrique dans l'empire Rio Tinto Alcan au
Québec.
Pierre Simard :
Énergie électrique est une division
de Rio Tinto Alcan qui assure l'alimentation en
électricité de l'ensemble des
alumineries de Rio Tinto au Québec. C'est
important, cela représente une puissance
installée d'au-delà de 3000
mégawatts. C'est le plus grand producteur
d'électricité privé au
Canada, il n'y en a pas beaucoup d'entreprises
privées qui ont le privilège de
produire leur propre électricité.
Donc Rio Tinto a un joyau entre les mains qui a
été acquis à l'époque
d'Alcan. C'est une puissance installée
d'environ 3000 mégawatts et la production
annuelle est d'environ 2200 mégawatts, ce
qui couvre leurs besoins pour tout le
Québec à environ 90-95 %. Le
reste du temps, à l'occasion, l'État
fournit le manque d'électricité
à Rio Tinto. Il y a des années
où Rio Tinto est capable de suffire
à ses besoins, mais si l'on compte sur une
moyenne annuelle de 10 ans environ, 90-95 %
de leur électricité est produite par
Rio Tinto lui-même. Pour une entreprise
comme Rio Tinto, par rapport à un
compétiteur, je pense à Alcoa, c'est
un avantage concurrentiel exceptionnel. En
dépit de cela, RTA ne cesse de nous dire
que nous ne sommes pas compétitifs,
qu'opérer l'usine coûte toujours trop
cher, on est toujours en difficultés selon
cette entreprise-là.
Notre syndicat existe depuis longtemps. Je suis
à l'emploi de cette entreprise depuis
environ 25 ans et je travaille à temps
plein pour le syndicat depuis 18 ans. Le
travail principal de nos membres c'est l'entretien
du réseau hydro-électrique, tout
l'aspect mécanique et électrique en
particulier, comme l'entretien des
turbines-alternateurs. Quand on dit production
d'électricité, il faut aussi la
transporter, cela prend des lignes de transport,
des postes, des sous-stations, cela prend des
monteurs de ligne. Nous avons aussi des
préposés pour tout l'aspect
d'ouverture et fermeture des vannes. Nous sommes
la seule installation où il reste encore
des machinistes, ailleurs chez Rio Tinto cela a
été sous-traité. Nous avons
des peintres, des menuisiers, des commis qui
s'occupent de l'aspect administratif. Un de nos
défis c'est de garder ces
métiers-là dans
l'accréditation syndicale. Pour Rio Tinto,
ce qu'ils souhaiteraient garder c'est le
mécanique et l'électrique, un peu de
soudure, le reste, machinerie lourde, machinistes,
préposés, commis, ils voudraient
sous-traiter tout cela.
LML :
La question de l'achat par
Hydro-Québec, en vertu d'une entente
secrète, de toute
l'hydro-électricité
excédentaire de Rio Tinto Alcan
libérée par le lockout a
été au centre de la lutte des
travailleurs d'Alma pendant le lockout en 2012.
Ton syndicat a joué un rôle de
premier plan à ce sujet. Peux-tu faire un
bref retour sur ce qui s'est passé à
ce moment là ?
PS : Lors des
négociations entre les travailleurs de
l'aluminerie d'Alma et Rio Tinto Alcan, nous
souhaitions qu'il y ait un règlement, mais
on savait que cela allait être tendu. Notre
surprise ce fut le 31 décembre,
lorsque Rio Tinto a fermé l'aluminerie
environ 24 heures avant l'expiration de la
convention collective. Surprise pour tout le
monde. C'est quoi l'urgence de fermer
l'aluminerie ? Les travailleurs ne sont pas
en grève, pourquoi ne pas continuer
à négocier ? Au moment
où Rio Tinto a décidé de
fermer l'aluminerie, dans des délais qui
sont questionnables en termes de loi, c'est
là que nous avons commencé à
poser des questions. Pendant que les travailleurs
sont en lockout, nous produisons toujours la
même électricité, notre
production n'a pas diminué. Nous avons
posé la question aux médias,
où va l'énergie
libérée par le lockout ? Notre
production n'avait pas diminué mais la
consommation avait grandement diminué en
raison du lockout. On a mis de la pression
politique sur cette question-là, en
alliance avec les travailleurs en lockout et
d'autres syndicats. Nous avons posé des
questions à l'État et à
Hydro-Québec. On nous a admis
qu'Hydro-Québec achète des surplus.
On savait qu'il y avait une entente
secrète. On a demandé de la rendre
publique et évidemment on a eu des
réponses négatives.
Rio Tinto s'est mis à contacter notre
syndicat, nous disant que ce n'est pas notre
dossier ce qui se passe à l'aluminerie.
Erreur, c'est notre dossier. Si c'est
l'État qui achète
l'hydro-électricité
libérée par le lockout, ce sont les
Québécois qui paient, on a le droit
de savoir combien on paie. C'est aussi une
question de solidarité avec nos
confrères d'Alma. Rio Tinto mettait sur le
syndicat et sur moi en particulier beaucoup de
pression, mais selon nous ce que nous faisions
était très légitime et
c'était notre levier le plus important.
Les manifestations ont commencé sur la
question de l'énergie vendue à
Hydro-Québec à la faveur du lockout.
Dès le début, nous avons reçu
une mise en demeure de la part de Rio Tinto
à l'effet que nous n'avions pas le droit de
faire ceci ou de faire cela, que certaines
déclarations sont peut-être
biaisées ou fausses. J'ai eu un
avertissement très sévère de
la part de la direction, menaçant mon lien
d'emploi sur la base que je serais un
employé déloyal envers l'entreprise
et que la loyauté à l'entreprise est
une condition du lien d'emploi.
Quand l'entente secrète a
été publiée dans Le Devoir,
cela a été comme une bouffée
d'air frais pour nous, cela a consolidé
notre position et causé des
problèmes à la campagne de
dénigrement de l'entreprise qui avait
même fait une conférence de presse
dans laquelle la haute direction affirmait que je
disais n'importe quoi, que l'entente sur
l'énergie est une entente à avantage
mutuel entre l'entreprise et l'État, que
tout le monde y trouve son compte, etc. L'entente
confirmait qu'Hydro-Québec avait
l'obligation d'acheter les surplus
générés même si on n'en
a pas besoin. Le débat a atteint
l'Assemblée nationale, c'est devenu
très politique. Cela a fait de la pression
à Rio Tinto et aussi au syndicat de se
rasseoir et de discuter, ce qui a amené
à un règlement du lockout.
Lorsque j'ai reçu une mise en demeure,
nous avons déposé une plainte
à la Commission des relations du travail
pour ingérence dans nos affaires
syndicales, parce qu'en menaçant mon lien
d'emploi, je ne cacherai pas que cela nous
ébranle comme président et comme
organisation, moi je suis attaqué, le
syndicat est attaqué. Cela a des impacts
sur nos familles. On cherche à me faire
passer en public pour un employé
déloyal, un voleur de documents. Nous avons
demandé une compensation monétaire,
une rétractation de la part de Rio Tinto,
l'élimination de toutes les traces dans mon
dossier, etc. Cela a été très
difficile à la Commission des relations du
travail, la compagnie a mis le paquet du point de
vue avocats. Ils ont essayé de me
piéger, de me mettre dans l'embarras. Nous
aussi nous étions bien
préparés, notre preuve était
solide. Nous avons obtenu un règlement hors
cour qui est satisfaisant pour nous.
LML :
Félicitations ! C'est une très
bonne nouvelle ! Cette question de l'entente
secrète entre RTA et le gouvernement est
aussi importante maintenant qu'elle ne
l'était au moment du lockout
n'est-ce-pas ?
PS : Le travail qui a
été fait sur la question de
l'énergie a joué un rôle
important dans le règlement du conflit
à Alma mais au point de vue des
gouvernements, la question reste entière.
Lorsque le Parti Québécois
était dans l'opposition, il disait que
c'était inacceptable d'avoir une entente
secrète, de forcer Hydro-Québec
à acheter tous les surplus d'énergie
en cas de grève ou de lockout, etc.
Maintenant qu'il est au pouvoir, il n'y a rien qui
avance là-dessus. On sait que le
gouvernement vient de prolonger de deux ans
l'entente énergétique avec Rio Tinto
à l'occasion du prolongement de la vie des
cuves à anodes précuites au complexe
Jonquière. Cela a été fait
encore en catimini. On ne sait pas exactement
pourquoi. Pourtant l'extension du bloc
d'énergie supplémentaire devait
être en échange d'investissements. On
est en nette décroissance en termes
d'emplois dû à la technologie. Cela
on le comprend, que des emplois sont perdus en
raison des développements technologiques.
Je veux rappeler cependant qu'on ne fait aucune
transformation, cela viendrait pallier à la
diminution de l'emploi à cause des
nouvelles technologies. Je pense que le
gouvernement pourrait exiger cela.
Parallèlement à cela, les ententes
sont reconduites, les multinationales profitent
largement de cette
électricité-là mais eux
autres, en contrepartie, disent ne pas être
capables de construire à cause du bas prix
de l'aluminium, des conditions économiques,
le discours ne change pas. Il faut toujours
donner, mais eux sont toujours en demande. On se
demande qui mène au Québec, au
Canada et dans le monde. Si le gouvernement met un
peu de pression, tout de suite on se fait dire que
si on met de la pression ils vont s'en aller.
Je pense que la question n'est pas si simple que
la manière dont les grandes multinationales
la posent. L'électricité qu'on a
ici, 3000 mégawatts, ce n'est pas partout
que Rio Tinto peut trouver ça. On a une
stabilité politique, une stabilité
économique, une stabilité
climatique, une main-d'oeuvre qualifiée,
des infrastructures fortes, on doit faire jouer
cela dans la balance pour obtenir des avantages
pour le Québec, un équilibre qui
nous fait grandement défaut. C'est
l'équilibre des forces qui nous manque, la
position de nos gouvernements tous partis
confondus. On octroie des blocs d'énergie
sur des séquences de 50 ans et plus en
échange d'investissements qui tardent
à venir. C'est un problème qui reste
encore non résolu. C'est le rapport de
forces qu'il faut bâtir et c'est à
cela qu'on s'affaire dans la région, mais
on a besoin du politique.

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