Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 102 - 17 juin 2013

Les pratiques destructrices des minières canadiennes dans les Amériques

Non au droit, à l'exploitation et
à l'impunité des monopoles!


Les pratiques destructrices des minières canadiennes dans les Amériques
Non au droit, à l'exploitation et à l'impunité des monopoles!
Une entreprise canadienne au Chili mise à l'amende pour des infractions environnementales
Une société minière canadienne impliquée dans la violence au Guatemala - Mining Watch
La diplomatie canadienne a appuyé le projet minier meurtrier de Blackfire au Mexique - Upsidedown World
Activités anti-ouvrières d'une société minière canadienne en Colombie
Un projet minier canadien au Panama change de mains - Doug Pitman


Les pratiques destructrices des minières canadiennes dans les Amériques

Non au droit, à l'exploitation et
à l'impunité des monopoles!

L'industrie minière a joué un rôle important dans le développement humain et le progrès de la civilisation. Le Canada possède une industrie minière très développée avec un savoir-faire technologique important. Les nombreux monopoles miniers qui ont leur siège social au Canada sont de propriété et de contrôle privés tandis que le processus de production est moderne et socialisé, puisqu'il dépend directement et indirectement de l'effort collectif de milliers de travailleurs appliquant leur travail à des moyens de production et des infrastructures gouvernementales modernes. Pour s'attaquer aux problèmes engendrés par la contradiction entre le caractère socialisé de la production et l'objectif étroit de la propriété et du contrôle privés, il faut contester le droit de monopole.

Comme pour les autres secteurs de l'économie, le secteur minier est contrôlé par des intérêts privés dont la préoccupation première est d'accroître la richesse privée. Le pouvoir de prendre des décisions concernant l'exploitation des ressources a été usurpé par ces intérêts privés et les gouvernements à leur service. Les Canadiens et les Premières Nations au Canada savent d'expérience directe comment les décisions sur l'exploitation des ressources minières sont imposées par les gouvernements au service des monopoles, sans parler de qui doit profiter des bénéfices de cette exploitation.

Ces pratiques se font en violation des droits ancestraux, issus de traités et constitutionnels des Premières Nations, en opposition au facteur humain/conscience sociale nécessaire dans toute économie moderne et au détriment de ceux qui vivent dans les régions où se trouvent les richesses minérales, puisque les monopoles n'assument pas la responsabilité des conséquences de l'extraction et de la transformation des ressources abondantes de la Terre Mère pour l'environnement naturel et pour ceux qui y vivent et travaillent.

La grande capacité d'exploitation des minières canadiennes couplée à leurs pratiques socialement irresponsables et destructrices a donné au fil des ans une très mauvaise réputation au Canada à l'étranger. Dans le contexte des relations commerciales néolibérales avec les autres pays établies par le gouvernement Harper et ses prédécesseurs, les minières canadiennes infligent à l'environnement social et naturel de plusieurs pays une destruction qui prend une ampleur sans précédent.

Les travailleurs au Canada et au Québec savent ce que veut dire lutter pour ses droits contre l'impunité des monopoles qui, guidés par une conception du monde centrée sur le capital, considèrent que les ressources, les travailleurs et les gouvernements n'existent que pour servir leurs intérêts étroits et la réalisation du profit maximum. Les travailleurs exigent que l'exploitation des ressources naturelles profite au peuple et à son économie. Une demande de plus en plus courante est que les ressources doivent être transformées là où elles sont extraites. L'exploitation des ressources doit procurer de bons emplois pour les régions où elles se trouvent, elle doit aider au développement d'une économie diversifiée basée sur un secteur manufacturier solide, des programmes sociaux et des services publics, et doit permettre de réinvestir la valeur produite dans les communautés plutôt que de la retirer de l'économie. La lutte qui se mène est pour le contrôle de notre économie socialisée et du pouvoir de décider de la direction de l'économie, d'avoir voix au chapitre sur les décisions qui nous concernent, y compris concernant la préservation et la restauration de l'environnement naturel duquel nous dépendons.

Les travailleurs et les peuples autochtones des autres pays mènent la même bataille contre les pratiques destructrices des minières canadiennes qui n'ont que faire des conséquences sociales et naturelles de leurs activités et qui agissent avec une impunité totale. Les viols et assassinats par des agences de sécurité à leur emploi sont parmi les moyens qu'elles utilisent pour taire ceux qui s'opposent à leurs agissements.

Pour les travailleurs du Canada et du Québec, entreprendre de se donner un pouvoir politique pour exercer un contrôle sur l'économie serait une contribution importante à l'effort pour tenir les gouvernements et les monopoles responsables et restreindre le droit de monopole au pays et à l'étranger. Nous devons et pouvons mettre un terme au droit d'exploiter impunément les peuples et leurs ressources naturelles!

Dans ce numéro Le Marxiste-Léniniste fait rapport de récents développements concernant les minières canadiennes dans les Amériques.

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Une entreprise canadienne au Chili mise à l'amende pour des infractions environnementales


Protestation contre le projet minier Pascua Lama à Santiago du Chili, le 12 novembre 2005 (OLCA)

Le 24 mai, le gouvernement chilien a mis à l'amende l'entreprise Barrick Gold établie à Toronto pour un montant de16,4 millions $ pour avoir manqué à ses engagements environnementaux, et il a ordonné la suspension du projet à ciel ouvert de Pascua Lama dans les Andes d'une valeur de 5 milliards $.


À Montréal le Jour de la terre 2007

Lors d'une visite officielle au Canada les 30 et 31 mai, le président chilien Sebastian Pinera a répondu aux questions des médias au sujet des répercussions de la suspension de Barrick. Pinera a dit : « J'aimerais commencer en disant que les investissements canadiens sont les bienvenus au Chili et qu'au Chili, nous avons un système démocratique où règne la primauté du droit. » Il a fait valoir qu'en 2001 et 2006, son gouvernement avait accordé une approbation conditionnelle à Barrick, mais que depuis on avait relevé 23 infractions environnementales que la compagnie avait accepté d'examiner. « J'espère que si Barrick se conforme aux conditions telles que fixées au moment de l'approbation de cet investissement, celui-ci va pouvoir aller de l'avant », a dit Pinera. « Donc en principe, tout investisseur canadien doit savoir qu'au Chili nous avons le système démocratique et c'est sur la base de la primauté du droit que les décisions en matière d'investissements se prendront », a-t-il conclu.

Par ailleurs, le même jour, une délégation grecque était sur la Colline du Parlement pour tenter d'arrêter les opérations minières d'Eldorado Gold Corp., une compagnie établie à Vancouver qui exploite des mines au nord de la Grèce.

(Presse canadienne)

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Une société minière canadienne impliquée
dans la violence au Guatemala


Récente protestation contre la mine Tahoe Resources à San Rafael Las Flores, au Guatemala. Sur la bannière: « Les
minières canadiennes détruisent le tissu social »

Le vendredi 3 juin, Justice and Corporate Accountability Project (JCAP - le projet pour la justice et de responsabilité des entreprises ) a déposé une plainte à la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario concernant Tahoe Resources (TSX: THO; NYSE: TAHO), pour ne pas avoir mis en évidence la violence dans le cadre du seul projet minier de l'entreprise au sud-est du Guatemala.

Le 27 avril, les membres du personnel de sécurité ont fait feu et blessé six personnes qui se sont rassemblées à l'extérieur du site de la mine Escobal. Les preuves d'écoute électronique recueillies sous les ordres du bureau du procureur guatémaltèque impliquent les employés de l'entreprise.

Selon la preuve de l'écoute électronique, le gérant responsable de la sécurité chez Tahoe, Alberto Rotondo, a ordonné aux gardes de sécurité d'attaquer les manifestants. M. Rotondo a été accusé d'avoir causé des blessures graves et mineures et d'entrave à la justice, une accusation qui comprend la falsification de preuves sur les lieux du crime. Il est actuellement en résidence surveillée et en attente d'une audience préliminaire prévue pour juillet 2013.

Le conseiller en sécurité de l'entreprise, Juan Pablo Oliva Trejo, a également été appréhendé dans le cadre de l'attaque et accusé d'avoir dissimulé un crime. Selon les preuves obtenue par l'écoute électronique, il a tenté d'aider M. Rotondo à fuir dans les jours qui ont suivi l'attaque, lui intimant de quitter le pays pour éviter d'affronter des problèmes juridiques.

La Commission des valeurs mobilières exige que Tahoe Resources dépose immédiatement un avis de changement dans ses activités commerciales. Cependant, ce qui a été divulgué jusqu'à maintenant par la société minière est à la fois insuffisant et inexact.

« Nous sommes préoccupés du fait que Tahoe Resources dans ses commentaires aux médias a minimisé les crimes graves dont ses employés ont été accusés et qu'elle n'a pas publié une déclaration officielle depuis les révélations de la preuve d'écoute électronique, ce qui permettrait de corriger les erreurs précédentes », a déclaré l'avocat Shin Imai de JCAP, à Osgoode Hall Law School, la faculté de droit de l'Université de Toronto.

JCAP a demandé que la Commission entreprenne une enquête fondée sur l'article 75 (1) de la Loi sur les valeurs mobilières. JCAP a déposé la plainte au nom de Mining Watch Canada et son partenaire guatémaltèque, le Comité pour la défense de la paix et de la vie de San Rafael Las Flores.

« En tant que seul projet minier de l'entreprise, les investisseurs et le public en général ont droit de savoir quelle est l'implication de ses employés dans cette attaque flagrante et d'être informés de l'opposition généralisée et permanente à la mine », a souligné Jen Moore pour Mining Watch Canada.

Les communautés locales ont fermement rejeté le projet minier d'Escobal lors des 12 consultations communautaires tenues à ce jour et ont résisté de manière pacifique au projet minier depuis les trois dernières années. Goldcorp possédait le projet Escobal jusqu'en 2010 et possède actuellement 40 % des actions de Tahoe Resources. En date de mars 2012, le Régime de pensions du Canada détenait des actions de la société minière se chiffrant à 9 millions $ en devises canadiennes.

Une copie de la lettre présentée à la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario le 30 mai peut être consultée ici. Pour lire une alerte aux investisseurs datée du 8 mai cliquer ici .

(Traduction: LML)

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La diplomatie canadienne a appuyé le projet minier meurtrier de Blackfire au Mexique


Manifestations à Toronto et Montréal en 2010 pour attirer l'attention sur le meurtre de l'activiste mexicain Mariano Abarca,
qui organisait les travailleurs en opposition aux  opérations minières canadiennes au Chiapas. (A. Lissner; TML)

Des documents rendus par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) en réponse à une requête faite en vertu de la Loi sur l'accès à l'information révèlent que les autorités canadiennes ont mis des ressources publiques à la disposition du projet Blackfire Exploration de Calgary, en dépit de ses liens avec des suspects dans le meurtre d'un activiste local, avec la fermeture de la mine et avec des d'allégations bien connues de corruption.

« Notre analyse de ces documents a démontré que quelques jours à peine après que des documents incriminants sur la compagnie aient circulé aux plus hauts échelons du gouvernement canadien, les autorités canadiennes ont fait enquête au nom de l'entreprise sur la façon de poursuivre l'État du Chiapas en vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain pour avoir fermé la mine », a fait remarquer Rick Arnold, qui a participé dans une délégation d'enquête au Chiapas en 2010.

« C'est comme si les vies humaines n'ont pas d'importance pour le gouvernement, que seuls comptent les intérêts commerciaux étroits. »

Le 27 novembre 2009, Mariano Arbaca a été tué devant le restaurant qu'il possédait et opérait dans la ville de Chicomuselo dans l'État du Chiapas, l'État le plus au sud du Mexique. Abarca était père de quatre enfants et un citoyen actif qui avait combattu pour faire baisser les tarifs d'électricité. Lorsqu'il a été assassiné, il dirigeait la lutte contre la mine de baryte de Blackfire, mettant en cause son impact social et environnemental.

Une semaine après sa mort, les autorités environnementales du Chiapas ont fermé la mine. Quelques jours plus tard, le Globe and Mail a écrit que Blackfire avait versé de l'argent dans le compte de banque personnel du maire de Chicomuselo. Une enquête de la GRC sur les allégations est en cours.

« Nous apprenons de ces documents que même avant la mort de mon père, l'ambassade canadienne surveillait de près le conflit à Chicomuselo », a dit José Luis Abarca, le fils de Mariano. « Les autorités ont complètement écarté les préoccupations que mon père et les autres ont soulevées et prêté foi uniquement à la version de la compagnie. On peut se demander si les choses ne se seraient pas passées autrement si elles nous avaient pris au sérieux. »

Les documents du MAECI montrent que l'ambassade a reçu 1400 lettres exprimant de sérieuses préoccupations pour la vie d'Abarca suite à son arrestation en août 2009. Un mois auparavant, Abarca s'était plaint à un représentant de l'ambassade que les travailleurs de Blackfire étaient armés et intimidaient les opposants à la mine. Malgré cela, lorsque des représentants de l'ambassade ont visité le Chiapas quelques semaines avant l'assassinat d'Abarca, ils semblent ne s'être souciés que de la sécurité de l'investissement de Blackfire.

« Le tableau que nous avons dressé est très troublant, compte tenu du rôle du Canada en tant que principal investisseur dans l'industrie minière du Mexique et dans les projets pleins de conflits de Chiapas à Chihuahua », a dit Jen Moore, la coordinatrice du programme latino-américain de MiningWatch Canada. « L'exemple de Blackfire montre qu'il faut mettre un frein à la promotion par le gouvernement canadien de notre secteur minier d'outremer parce qu'elle donne le feu vert à nombre de pratiques destructrices dont nous sommes témoins. »

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Activités anti-ouvrières d'une société minière canadienne en Colombie

L'entrevue qui suit a été réalisée en juin 2012 avec Camilo Acero, l'avocat du Syndicat des travailleurs (Union Sindical Obrera - USO) dans le département de Meta, en Colombie, et concerne les tentatives de la société canadienne d'exploitation pétrolière Pacific Rubiales de saper le syndicat des travailleurs et mettre en place un syndicat de boutique. L'entrevue a été réalisée par Luis Mena, le rédacteur en chef du journal en ligne El Turbión.


Des manifestants dénoncent l'activité antisyndicale de Pacific Rubiales, une pétrolière canadienne en Colombie. (PASC)

Luis Mena: Pacific Rubiales a lancé une campagne publicitaire dans les médias pour faire croire que tout est normal. Quelle est la situation réelle des travailleurs de la multinationale ?

Camilo Acero: La réalité est cruelle. Nous voyons comment, après avoir créé des scénarios avec le gouvernement national, la multinationale trompe le syndicat. Elle a commencé par un licenciement massif de tous les travailleurs affiliés à l'USO. En moins de deux mois, elle a mis à pied environ 4000 membres du syndicat. Il n'y avait pas d'entente à la table des négociations et ce que nous avons constaté en fin de compte, c'est que tous les travailleurs qui ont participé à un moment ou l'autre à l'arrêt de travail à Puerto Gaitán ou qui se sont joints au syndicat se voient désormais imposer des restrictions lorsqu'ils entrent sur le lieu de travail ou sont frappés d'une interdiction d'accès par la multinationale et se voient empêcher de retourner au travail dans les champs pétrolifères.

LM: Vous avez soutenu devant le Tribunal sur la liberté syndicale qu'il y a un syndicat de boutique qui torpille la syndicalisation libre de connivence avec l'entreprise.

CA: Oui, l'accusation est évidente: il s'agit d'un syndicat appelé UTEM, parrainé par la CGT [Confédération générale des travailleurs] qui travaille en étroite collaboration avec Pacific Rubiales Energy. Ils concluent des ententes, ridiculisent les membres de l'USO et leur disent que la seule façon qu'ils peuvent retourner au travail dans les champs de pétrole est de se joindre à UTEM et se désaffilier de l'USO, en gardant de cette façon le contrôle tandis que Pacific Rubiales se vante en retour de respecter le droit d'association, puisqu'il existe au sein de son entreprise un syndicat qui s'appelle UTEM.

LM: Et ce syndicat regroupe combien de travailleurs ?

CA: La grande majorité des travailleurs chez Pacific Rubiales sont membres d'UTEM parce qu'ils y sont obligés s'ils veulent travailler: s'ils ne se joignent pas à UTEM, ils ne seront pas en mesure d'y travailler.

LM: Y a-t-il eu des menaces contre des dirigeants syndicaux ?

CA: Oui, bien sûr. Dans la municipalité de Puerto Gaitán, nous avons reçu plusieurs menaces. Henry Jara, président de la section locale de l'USO pour le département de Meta, a reçu des menaces de mort lors d'un séjour dans un hôtel et plusieurs dirigeants syndicaux à Puerto Gaitán ont reçu des menaces de mort. Le 10 mai, un collègue et dirigeant syndical a reçu une menace de mort via un message texte qui disait : « militant syndical, si tu restes ici, à Puerto Gaitán, nous allons répandre dans les rues du sang ». Ainsi, les menaces de mort ont été incessantes contre les dirigeants syndicaux et ceux de la communauté qui protestent contre les conditions odieuses dans lesquelles la multinationale a soumis la population.

LM: Quelle est la position du gouvernement de Puerto Gaitán face au conflit qui a éclaté ici ?

CA: Il y a complicité entre l'administration municipale, le gouvernement national et la multinationale Pacific Rubiales Energy. Ils ne font absolument rien; ils ne font que laisser la multinationale fonctionner comme un pays en soi: Pacific Rubiales est comme une république indépendante qui crée ses propres lois et ils continuent à fonctionner comme si de rien n'était. La violation de la souveraineté nationale se poursuit.

LM: Et quelle est l'attitude des forces de sécurité ?

CA: Ils soutiennent Pacific Rubiales. Le SIJIN [Direction générale de la Police nationale d'enquête criminelle] à Puerto Gaitán, la police nationale et l'armée nationale travaillent en étroite collaboration avec Supervision, qui est la société de sécurité de Pacific Rubiales dans les champs de pétrole. Et lorsque nous sommes allés pour entrer sur le lieu de travail, c'est la police qui a parlé à la sécurité de Pacific Rubiales et, ensemble, ils ont essayé de voir comment ils pouvaient bloquer notre entrée, jetant des pierres sur le chemin, creusant des rigoles pour empêcher les camions de passer.

LM: Quelle est la position des habitants de Puerto Gaitán et des communautés avoisinantes ?


Le 30 mai 2013, les manifestants à l'extérieur de l'assemblée
générale des actionnaires de Pacific Rubiales, à Toronto.

CA: Ils rejettent ces politiques répressives de la multinationale. La communauté s'est mobilisée, les habitants du village de Rubiales ont protesté. À Puerto Gaitán il y a eu un rejet pur et simple, mais on craint la façon dont la multinationale agit, à cause de tout ce qu'ils ont vu comme les menaces de mort et l'accès limité au site de [Rubiales]. Nous avons vu comment la multinationale a acheté certains travailleurs; il y a donc une peur profonde. En outre, ces derniers mois, il ya eu beaucoup de morts à Puerto Gaitán qui n'ont rien à voir avec le syndicat, mais il y a une atmosphère tendue parce qu'il y a eu beaucoup d'exécutions à la pointe du fusil.

LM: Savez-vous le montant total que Pacific Rubiales a investi dans sa campagne de relations publiques dans les médias ?

CA: C'est une offensive médiatique trompeuse, un canular qu'ils sont en train de perpétrer contre le peuple colombien. Même si elle est cachée, on peut voir comment ils ont violé les droits des travailleurs et les droits fondamentaux de notre peuple, de nos communautés et, en général, de la classe ouvrière. Les travailleurs rient lorsqu'ils entendent les annonces publicitaires. De retour à Puerto Gaitán, les travailleurs nous ont dit qu'ils se sont moqués de comment Pacific Rubiales a trompé la communauté parce qu'il n'y a pas de surveillance par le gouvernement et les organismes internationaux qui peuvent vraiment vérifier les annonces de Pacific Rubiales. Ce que vous réalisez, c'est que toute cette campagne de relations publiques est un canular.

LM: Les personnes qui participent à ces publicités à la télévision, vivent-ils vraiment dans la région ?

CA: Ce que nous pouvons dire, c'est que les personnes [les figurants dans les annonces] doivent être très proches de la multinationale et ont dû être payées, parce que les conditions à Puerto Gaitán sont déplorables. La communauté est fatiguée de Pacific Rubiales, des investissements minimes qu'elle a faits. Elle resserre son contrôle et viole la liberté de mouvement. La communauté est prête à exploser.

LM: Quelle est la situation dans les champs pétrolifères ? Est-ce que le problème de surpopulation persiste ainsi que les mauvaises conditions sanitaires ?

CA: Après tout le travail que nous avons fait pour attirer l'attention sur ces violations et le traitement inhumain de ces travailleurs, il y a eu quelques améliorations sur le terrain, mais pas assez. Nous voyons que le droit d'association est toujours violé et certaines conditions de travail sont encore dans un état lamentable.

LM: Pourquoi Pacific Rubiales interdit-elle l'entrée à tous ceux qui sont syndiqués et ordonne-t-elle aux sous-traitants de les licencier, même s'ils doivent payer leurs salaires jusqu'à la fin de leur contrat ?

CA: Il est évident que les travailleurs affiliés à USO sont organisés, qu'ils ne tolèrent pas les injustices et les violations. L'entreprise sait qu'un travailleur qui entre sur le site avec la capacité de mobiliser les autres, de leur parler et expliquer ou, au moins, jeter de la lumière sur ce qui se passe à l'intérieur, ça va coûter à l'entreprise beaucoup car à la fin elle n'a jamais accordé une attention à ce que les travailleurs demandent. Ainsi, les travailleurs doivent recourir à un arrêt de travail pour que la multinationale réponde à leurs demandes. La société pétrolière connaît le coût quotidien d'un arrêt de travail chez Pacific Rubiales - nous parlons de 25 millions $ par jour.

(Traduction: LML)

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Un projet minier canadien au Panama
change de mains

En avril dernier, First Quantum Minerals, une compagnie minière établie à Vancouver, a finalisé son acquisition d'Inmet Mining Corp, une compagnie établie à Toronto, pour la somme de 5,1 millions $ canadiens.

Cette récente acquisition comprend le gigantesque projet d'or, de cuivre et de molybdène Cobre Panama d'Inmet et met en lumière certains aspects de ces prises de contrôle dans le secteur minier canadien ainsi que les répercussions économiques, environnementales et sociales qui y sont liées. S'il est vrai qu'Inment est tout de même une importante compagnie minière dont les cotes se négocient actuellement à 62 $, on peut souvent constater que pour démarrer des projets miniers canadiens, les petites et moyennes entreprises se tapent tout le travail ardu de découvrir un gisement pour ensuite céder le contrôle du projet à une grande entreprise. Le travail consistant à découvrir un gisement est ardu. Il demande de 8 à 10 ans d'efforts innovateurs, minutieux et détaillés. Les travaux menés touchent à l'excavation de tranchées, à la cartographie, au forage à percussion, au forage au diamant et à l'échantillonnage géochimique des sols. Il faut ensuite faire le bilan de toutes ces données et décider en fin de compte avec une certaine certitude où se trouvent les gisements.

De telles acquisitions font en sorte qu'une fois de plus, une compagnie plus petite fait tout le travail préparatoire et prend tous les risques initiaux pour repérer les gisements, pour ensuite perdre le contrôle du projet, totalement ou en partie, au profit d'une compagnie plus grande. Souvent la petite compagnie peut avoir entretenu une relation plus personnelle, voire plus respectueuse avec la communauté. Pour la petite compagnie, ces relations sont importantes parce qu'elle en dépend pour poursuivre son activité sur le terrain et parce que ses gens sur le terrain développent aussi des liens avec les membres de la communauté. Ainsi, lorsqu'il y a prise de contrôle, ces relations se perdent.

Le projet Cobre Panama affectera 5 600 hectares de forêt vierge sans aucune garantie à l'effet que la propriété retrouvera son état viable après trente ans d'exploitation minière. Cette période de trente ans elle-même est incertaine puisqu'Inmet a conclu une entente avec le gouvernement exemptant la compagnie de payer des impôts pour les dix premières années. Il est fort possible que la compagnie exploite la mine pendant 10 ans pour ensuite abandonner le projet et laisser un dégât environnemental en cadeau au gouvernement. La politique minière au Canada permettait l'exploitation minière sur trois ans exempts d'impôts, ce qui a donné lieu à une surexploitation des gisements plutôt qu'à un développement rationnel. Cela rendait incertain tout développement ultérieur. Parfois la compagnie fermait tout simplement ses portes au bout de trois ans.

Dans le cas du Panama Cobre, il y a aussi la question de la compensation des communautés autochtones locales, les peuples Ngobe et Bulge, dont certains pourraient être déplacés par le projet. Les compagnies minières en Amérique latine, dont plusieurs sont canadiennes, préfèrent s'installer là où les gouvernements sont des gouvernements capitalistes purs et durs qui ne défendent pas les intérêts nationaux, comme au Panama, au Chili, au Mexique et, jusqu'à récemment, au Pérou.

Les pays dont les gouvernements travaillent ouvertement pour servir leurs populations apprauvries et pour veiller à ce que les investissements soient favorables à leurs citoyens ont tendance à être boudés par les compagnies minières. Les gouvernements du Nicaragua, de la Bolivie, du Venezuela, du Cuba, de l'Argentine, de l'Équateur et possiblement du Pérou maintenant, sont dans cette catégorie. Même dans ces pays, riches en ressources comme Cuba peut l'être en nickel, la compagnie minière Sherritt Gordon Mines est parvenue à travailler avec leurs gouvernements respectifs sur la base de l'avantage réciproque. Ce genre de relation sera discuté dans des articles à venir.

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