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Numéro 102 -
17 juin 2013
Les pratiques destructrices
des minières canadiennes dans les
Amériques
Non au droit, à
l'exploitation et
à l'impunité des monopoles!
Les pratiques destructrices des
minières canadiennes dans les
Amériques
• Non au droit, à
l'exploitation et à l'impunité des
monopoles!
• Une entreprise
canadienne au Chili mise à l'amende pour
des infractions environnementales
• Une
société minière canadienne
impliquée dans la violence au Guatemala
- Mining Watch
• La diplomatie canadienne
a appuyé le projet minier meurtrier de
Blackfire au Mexique - Upsidedown
World
• Activités
anti-ouvrières d'une
société minière canadienne
en Colombie
• Un projet minier
canadien au Panama change de mains -
Doug Pitman
Les pratiques destructrices des
minières canadiennes dans les
Amériques
Non au droit, à l'exploitation et
à l'impunité des monopoles!
L'industrie minière a joué un
rôle important dans le développement
humain et le progrès de la civilisation. Le
Canada possède une industrie minière
très développée avec un
savoir-faire technologique important. Les nombreux
monopoles miniers qui ont leur siège social
au Canada sont de propriété et de
contrôle privés tandis que le
processus de production est moderne et
socialisé, puisqu'il dépend
directement et indirectement de l'effort collectif
de milliers de travailleurs appliquant leur
travail à des moyens de production et des
infrastructures gouvernementales modernes. Pour
s'attaquer aux problèmes engendrés
par la contradiction entre le caractère
socialisé de la production et l'objectif
étroit de la propriété et du
contrôle privés, il faut contester le
droit de monopole.
Comme pour les autres secteurs de
l'économie, le secteur minier est
contrôlé par des
intérêts privés dont la
préoccupation première est
d'accroître la richesse privée. Le
pouvoir de prendre des décisions concernant
l'exploitation des ressources a été
usurpé par ces intérêts
privés et les gouvernements à leur
service. Les Canadiens et les Premières
Nations au Canada savent d'expérience
directe comment les décisions sur
l'exploitation des ressources minières sont
imposées par les gouvernements au service
des monopoles, sans parler de qui doit profiter
des bénéfices de cette exploitation.
Ces pratiques se font en violation des droits
ancestraux, issus de traités et
constitutionnels des Premières Nations, en
opposition au facteur humain/conscience sociale
nécessaire dans toute économie
moderne et au détriment de ceux qui vivent
dans les régions où se trouvent les
richesses minérales, puisque les monopoles
n'assument pas la responsabilité des
conséquences de l'extraction et de la
transformation des ressources abondantes de la
Terre Mère pour l'environnement naturel et
pour ceux qui y vivent et travaillent.
La grande
capacité d'exploitation des minières
canadiennes couplée à leurs
pratiques socialement irresponsables et
destructrices a donné au fil des ans une
très mauvaise réputation au Canada
à l'étranger. Dans le contexte des
relations commerciales néolibérales
avec les autres pays établies par le
gouvernement Harper et ses
prédécesseurs, les minières
canadiennes infligent à l'environnement
social et naturel de plusieurs pays une
destruction qui prend une ampleur sans
précédent.
Les travailleurs au Canada et au Québec
savent ce que veut dire lutter pour ses droits
contre l'impunité des monopoles qui,
guidés par une conception du monde
centrée sur le capital, considèrent
que les ressources, les travailleurs et les
gouvernements n'existent que pour servir leurs
intérêts étroits et la
réalisation du profit maximum. Les
travailleurs exigent que l'exploitation des
ressources naturelles profite au peuple et
à son économie. Une demande de plus
en plus courante est que les ressources doivent
être transformées là où
elles sont extraites. L'exploitation des
ressources doit procurer de bons emplois pour les
régions où elles se trouvent, elle
doit aider au développement d'une
économie diversifiée basée
sur un secteur manufacturier solide, des
programmes sociaux et des services publics, et
doit permettre de réinvestir la valeur
produite dans les communautés plutôt
que de la retirer de l'économie. La lutte
qui se mène est pour le contrôle de
notre économie socialisée et du
pouvoir de décider de la direction de
l'économie, d'avoir voix au chapitre sur
les décisions qui nous concernent, y
compris concernant la préservation et la
restauration de l'environnement naturel duquel
nous dépendons.
Les travailleurs et les peuples autochtones des
autres pays mènent la même bataille
contre les pratiques destructrices des
minières canadiennes qui n'ont que faire
des conséquences sociales et naturelles de
leurs activités et qui agissent avec une
impunité totale. Les viols et assassinats
par des agences de sécurité à
leur emploi sont parmi les moyens qu'elles
utilisent pour taire ceux qui s'opposent à
leurs agissements.
Pour les travailleurs du Canada et du
Québec, entreprendre de se donner un
pouvoir politique pour exercer un contrôle
sur l'économie serait une contribution
importante à l'effort pour tenir les
gouvernements et les monopoles responsables et
restreindre le droit de monopole au pays et
à l'étranger. Nous devons et pouvons
mettre un terme au droit d'exploiter
impunément les peuples et leurs ressources
naturelles!
Dans ce numéro Le
Marxiste-Léniniste fait rapport de
récents développements concernant
les minières canadiennes dans les
Amériques.

Une entreprise canadienne au Chili mise à
l'amende pour des infractions environnementales
Protestation
contre le projet minier Pascua Lama à
Santiago du Chili, le 12 novembre 2005 (OLCA)
Le 24 mai, le gouvernement chilien a mis
à l'amende l'entreprise Barrick Gold
établie à Toronto pour un montant
de16,4 millions $ pour avoir
manqué à ses engagements
environnementaux, et il a ordonné la
suspension du projet à ciel ouvert de
Pascua Lama dans les Andes d'une valeur de
5 milliards $.

À
Montréal le Jour de la terre 2007
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Lors d'une visite officielle au Canada les 30 et
31 mai, le président chilien Sebastian
Pinera a répondu aux questions des
médias au sujet des répercussions de
la suspension de Barrick. Pinera a dit :
« J'aimerais commencer en disant que
les investissements canadiens sont les bienvenus
au Chili et qu'au Chili, nous avons un
système démocratique où
règne la primauté du
droit. » Il a fait valoir qu'en
2001 et 2006, son gouvernement avait
accordé une approbation conditionnelle
à Barrick, mais que depuis on avait
relevé 23 infractions
environnementales que la compagnie avait
accepté d'examiner.
« J'espère que si Barrick se
conforme aux conditions telles que fixées
au moment de l'approbation de cet investissement,
celui-ci va pouvoir aller de l'avant »,
a dit Pinera. « Donc en principe, tout
investisseur canadien doit savoir qu'au Chili nous
avons le système démocratique et
c'est sur la base de la primauté du droit
que les décisions en matière
d'investissements se prendront »,
a-t-il conclu.
Par ailleurs, le même jour, une
délégation grecque était sur
la Colline du Parlement pour tenter
d'arrêter les opérations
minières d'Eldorado Gold Corp., une
compagnie établie à Vancouver qui
exploite des mines au nord de la Grèce.

Une société minière
canadienne impliquée
dans la violence au Guatemala
- Mining Watch, le 3 juin 2013 -
Récente
protestation contre la mine Tahoe Resources
à San Rafael Las Flores, au Guatemala.
Sur la bannière: « Les
minières canadiennes détruisent le
tissu social »
Le vendredi 3 juin, Justice and Corporate
Accountability Project (JCAP - le projet pour la
justice et de responsabilité des
entreprises ) a déposé une plainte
à la Commission des valeurs
mobilières de l'Ontario concernant Tahoe
Resources (TSX: THO; NYSE: TAHO), pour ne pas
avoir mis en évidence la violence dans le
cadre du seul projet minier de l'entreprise au
sud-est du Guatemala.
Le 27 avril, les membres du personnel de
sécurité ont fait feu et
blessé six personnes qui se sont
rassemblées à l'extérieur du
site de la mine Escobal. Les preuves
d'écoute électronique recueillies
sous les ordres du bureau du procureur
guatémaltèque impliquent les
employés de l'entreprise.
Selon la preuve de l'écoute
électronique, le gérant responsable
de la sécurité chez Tahoe, Alberto
Rotondo, a ordonné aux gardes de
sécurité d'attaquer les
manifestants. M. Rotondo a été
accusé d'avoir causé des blessures
graves et mineures et d'entrave à la
justice, une accusation qui comprend la
falsification de preuves sur les lieux du crime.
Il est actuellement en résidence
surveillée et en attente d'une audience
préliminaire prévue pour juillet
2013.
Le conseiller en sécurité de
l'entreprise, Juan Pablo Oliva Trejo, a
également été
appréhendé dans le cadre de
l'attaque et accusé d'avoir
dissimulé un crime. Selon les preuves
obtenue par l'écoute électronique,
il a tenté d'aider M. Rotondo à fuir
dans les jours qui ont suivi l'attaque, lui
intimant de quitter le pays pour éviter
d'affronter des problèmes juridiques.
La Commission des valeurs mobilières exige
que Tahoe Resources dépose
immédiatement un avis de changement dans
ses activités commerciales. Cependant, ce
qui a été divulgué
jusqu'à maintenant par la
société minière est à
la fois insuffisant et inexact.
« Nous sommes préoccupés du
fait que Tahoe Resources dans ses commentaires aux
médias a minimisé les crimes graves
dont ses employés ont été
accusés et qu'elle n'a pas publié
une déclaration officielle depuis les
révélations de la preuve
d'écoute électronique, ce qui
permettrait de corriger les erreurs
précédentes », a
déclaré l'avocat Shin Imai de JCAP,
à Osgoode Hall Law School, la
faculté de droit de l'Université de
Toronto.
JCAP a demandé que la Commission
entreprenne une enquête fondée sur
l'article 75 (1) de la Loi sur les valeurs
mobilières. JCAP a
déposé la plainte au nom de Mining
Watch Canada et son partenaire
guatémaltèque, le Comité pour
la défense de la paix et de la vie de San
Rafael Las Flores.
« En tant que seul projet minier de
l'entreprise, les investisseurs et le public en
général ont droit de savoir quelle
est l'implication de ses employés dans
cette attaque flagrante et d'être
informés de l'opposition
généralisée et permanente
à la mine », a souligné Jen
Moore pour Mining Watch Canada.
Les communautés locales ont fermement
rejeté le projet minier d'Escobal lors des
12 consultations communautaires tenues à ce
jour et ont résisté de
manière pacifique au projet minier depuis
les trois dernières années. Goldcorp
possédait le projet Escobal jusqu'en 2010
et possède actuellement 40 % des actions de
Tahoe Resources. En date de mars 2012, le
Régime de pensions du Canada
détenait des actions de la
société minière se chiffrant
à 9 millions $ en devises canadiennes.
Une copie de la lettre présentée
à la Commission des valeurs
mobilières de l'Ontario le 30 mai peut
être consultée
ici.
Pour lire une alerte aux investisseurs
datée du 8 mai cliquer
ici
.

La diplomatie canadienne a appuyé le
projet minier meurtrier de Blackfire au Mexique
- Upsidedown World, 6 mai 2013 -

Manifestations
à Toronto et Montréal en 2010 pour
attirer l'attention sur le meurtre de
l'activiste mexicain Mariano Abarca,
qui organisait les travailleurs en opposition
aux opérations minières
canadiennes au Chiapas. (A. Lissner;
TML)
Des documents rendus par le ministère des
Affaires étrangères et du Commerce
international (MAECI) en réponse à
une requête faite en vertu de la Loi
sur l'accès à l'information révèlent
que
les autorités canadiennes ont mis des
ressources publiques à la disposition du
projet Blackfire Exploration de Calgary, en
dépit de ses liens avec des suspects dans
le meurtre d'un activiste local, avec la fermeture
de la mine et avec des d'allégations bien
connues de corruption.
« Notre analyse de ces documents a
démontré que quelques jours à
peine après que des documents incriminants
sur la compagnie aient circulé aux plus
hauts échelons du gouvernement canadien,
les autorités canadiennes ont fait
enquête au nom de l'entreprise sur la
façon de poursuivre l'État du
Chiapas en vertu de l'Accord de
libre-échange nord-américain
pour avoir fermé la mine », a fait
remarquer Rick Arnold, qui a participé dans
une délégation d'enquête au
Chiapas en 2010.
« C'est comme si les vies humaines n'ont
pas d'importance pour le gouvernement, que seuls
comptent les intérêts commerciaux
étroits. »
Le 27 novembre 2009, Mariano Arbaca a
été tué devant le restaurant
qu'il possédait et opérait dans la
ville de Chicomuselo dans l'État du
Chiapas, l'État le plus au sud du Mexique.
Abarca était père de quatre enfants
et un citoyen actif qui avait combattu pour faire
baisser les tarifs d'électricité.
Lorsqu'il a été assassiné, il
dirigeait la lutte contre la mine de baryte de
Blackfire, mettant en cause son impact social et
environnemental.
Une semaine après sa mort, les
autorités environnementales du Chiapas ont
fermé la mine. Quelques jours plus tard, le
Globe and Mail a écrit que
Blackfire avait versé de l'argent dans le
compte de banque personnel du maire de
Chicomuselo. Une enquête de la GRC sur les
allégations est en cours.
« Nous apprenons de ces documents que
même avant la mort de mon père,
l'ambassade canadienne surveillait de près
le conflit à Chicomuselo », a dit
José Luis Abarca, le fils de Mariano.
« Les autorités ont
complètement écarté les
préoccupations que mon père et les
autres ont soulevées et prêté
foi uniquement à la version de la
compagnie. On peut se demander si les choses ne se
seraient pas passées autrement si elles
nous avaient pris au sérieux. »
Les documents du MAECI montrent que l'ambassade a
reçu 1400 lettres exprimant de
sérieuses préoccupations pour la vie
d'Abarca suite à son arrestation en
août 2009. Un mois auparavant, Abarca
s'était plaint à un
représentant de l'ambassade que les
travailleurs de Blackfire étaient
armés et intimidaient les opposants
à la mine. Malgré cela, lorsque des
représentants de l'ambassade ont
visité le Chiapas quelques semaines avant
l'assassinat d'Abarca, ils semblent ne
s'être souciés que de la
sécurité de l'investissement de
Blackfire.
« Le tableau que nous avons dressé
est très troublant, compte tenu du
rôle du Canada en tant que principal
investisseur dans l'industrie minière du
Mexique et dans les projets pleins de conflits de
Chiapas à Chihuahua », a dit Jen
Moore, la coordinatrice du programme
latino-américain de MiningWatch Canada.
« L'exemple de Blackfire montre qu'il faut
mettre un frein à la promotion par le
gouvernement canadien de notre secteur minier
d'outremer parce qu'elle donne le feu vert
à nombre de pratiques destructrices dont
nous sommes témoins. »

Activités anti-ouvrières d'une
société minière canadienne en
Colombie
L'entrevue qui suit a été
réalisée en juin 2012 avec Camilo
Acero, l'avocat du Syndicat des travailleurs
(Union Sindical Obrera - USO) dans le
département de Meta, en Colombie, et
concerne les tentatives de la
société canadienne d'exploitation
pétrolière Pacific Rubiales de saper
le syndicat des travailleurs et mettre en place un
syndicat de boutique. L'entrevue a
été réalisée par Luis
Mena, le rédacteur en chef du journal en
ligne El Turbión.
Des
manifestants dénoncent
l'activité antisyndicale de Pacific
Rubiales, une pétrolière
canadienne en Colombie. (PASC)
Luis Mena: Pacific Rubiales a
lancé une campagne publicitaire dans les
médias pour faire croire que tout est
normal. Quelle est la situation réelle des
travailleurs de la multinationale ?
Camilo Acero: La
réalité est cruelle. Nous voyons
comment, après avoir créé des
scénarios avec le gouvernement national, la
multinationale trompe le syndicat. Elle a
commencé par un licenciement massif de tous
les travailleurs affiliés à l'USO.
En moins de deux mois, elle a mis à pied
environ 4000 membres du syndicat. Il n'y avait pas
d'entente à la table des
négociations et ce que nous avons
constaté en fin de compte, c'est que tous
les travailleurs qui ont participé à
un moment ou l'autre à l'arrêt de
travail à Puerto Gaitán ou qui se
sont joints au syndicat se voient désormais
imposer des restrictions lorsqu'ils entrent sur le
lieu de travail ou sont frappés d'une
interdiction d'accès par la multinationale
et se voient empêcher de retourner au
travail dans les champs
pétrolifères.
LM: Vous avez soutenu devant le
Tribunal sur la liberté syndicale qu'il y a
un syndicat de boutique qui torpille la
syndicalisation libre de connivence avec
l'entreprise.
CA: Oui, l'accusation est
évidente: il s'agit d'un syndicat
appelé UTEM, parrainé par la CGT
[Confédération
générale des travailleurs] qui
travaille en étroite collaboration avec
Pacific Rubiales Energy. Ils concluent des
ententes, ridiculisent les membres de l'USO et
leur disent que la seule façon qu'ils
peuvent retourner au travail dans les champs de
pétrole est de se joindre à UTEM et
se désaffilier de l'USO, en gardant de
cette façon le contrôle tandis que
Pacific Rubiales se vante en retour de respecter
le droit d'association, puisqu'il existe au sein
de son entreprise un syndicat qui s'appelle UTEM.
LM: Et ce syndicat regroupe
combien de travailleurs ?
CA: La grande majorité
des travailleurs chez Pacific Rubiales sont
membres d'UTEM parce qu'ils y sont obligés
s'ils veulent travailler: s'ils ne se joignent pas
à UTEM, ils ne seront pas en mesure d'y
travailler.
LM: Y a-t-il eu des menaces
contre des dirigeants syndicaux ?
CA: Oui, bien sûr. Dans la
municipalité de Puerto Gaitán, nous
avons reçu plusieurs menaces. Henry Jara,
président de la section locale de l'USO
pour le département de Meta, a reçu
des menaces de mort lors d'un séjour dans
un hôtel et plusieurs dirigeants syndicaux
à Puerto Gaitán ont reçu des
menaces de mort. Le 10 mai, un collègue et
dirigeant syndical a reçu une menace de
mort via un message texte qui disait : «
militant syndical, si tu restes ici, à
Puerto Gaitán, nous allons répandre
dans les rues du sang ». Ainsi, les menaces
de mort ont été incessantes contre
les dirigeants syndicaux et ceux de la
communauté qui protestent contre les
conditions odieuses dans lesquelles la
multinationale a soumis la population.
LM: Quelle est la position du
gouvernement de Puerto Gaitán face au
conflit qui a éclaté ici ?
CA: Il y a complicité
entre l'administration municipale, le gouvernement
national et la multinationale Pacific Rubiales
Energy. Ils ne font absolument rien; ils ne font
que laisser la multinationale fonctionner comme un
pays en soi: Pacific Rubiales est comme une
république indépendante qui
crée ses propres lois et ils continuent
à fonctionner comme si de rien
n'était. La violation de la
souveraineté nationale se poursuit.
LM: Et quelle est l'attitude des
forces de sécurité ?
CA: Ils soutiennent Pacific
Rubiales. Le SIJIN [Direction
générale de la Police nationale
d'enquête criminelle] à Puerto
Gaitán, la police nationale et
l'armée nationale travaillent en
étroite collaboration avec Supervision, qui
est la société de
sécurité de Pacific Rubiales dans
les champs de pétrole. Et lorsque nous
sommes allés pour entrer sur le lieu de
travail, c'est la police qui a parlé
à la sécurité de Pacific
Rubiales et, ensemble, ils ont essayé de
voir comment ils pouvaient bloquer notre
entrée, jetant des pierres sur le chemin,
creusant des rigoles pour empêcher les
camions de passer.
LM: Quelle est la position des
habitants de Puerto Gaitán et des
communautés avoisinantes ?

Le
30
mai
2013,
les manifestants à
l'extérieur de l'assemblée
générale des actionnaires de
Pacific Rubiales, à Toronto.
|
CA: Ils rejettent ces politiques
répressives de la multinationale. La
communauté s'est mobilisée, les
habitants du village de Rubiales ont
protesté. À Puerto Gaitán il
y a eu un rejet pur et simple, mais on craint la
façon dont la multinationale agit, à
cause de tout ce qu'ils ont vu comme les menaces
de mort et l'accès limité au site de
[Rubiales]. Nous avons vu comment la
multinationale a acheté certains
travailleurs; il y a donc une peur profonde. En
outre, ces derniers mois, il ya eu beaucoup de
morts à Puerto Gaitán qui n'ont rien
à voir avec le syndicat, mais il y a une
atmosphère tendue parce qu'il y a eu
beaucoup d'exécutions à la pointe du
fusil.
LM: Savez-vous le montant total
que Pacific Rubiales a investi dans sa campagne de
relations publiques dans les médias ?
CA: C'est une offensive
médiatique trompeuse, un canular qu'ils
sont en train de perpétrer contre le peuple
colombien. Même si elle est cachée,
on peut voir comment ils ont violé les
droits des travailleurs et les droits fondamentaux
de notre peuple, de nos communautés et, en
général, de la classe
ouvrière. Les travailleurs rient lorsqu'ils
entendent les annonces publicitaires. De retour
à Puerto Gaitán, les travailleurs
nous ont dit qu'ils se sont moqués de
comment Pacific Rubiales a trompé la
communauté parce qu'il n'y a pas de
surveillance par le gouvernement et les organismes
internationaux qui peuvent vraiment
vérifier les annonces de Pacific Rubiales.
Ce que vous réalisez, c'est que toute cette
campagne de relations publiques est un canular.
LM: Les personnes qui
participent à ces publicités
à la télévision, vivent-ils
vraiment dans la région ?
CA: Ce que nous pouvons dire,
c'est que les personnes [les figurants dans les
annonces] doivent être très proches
de la multinationale et ont dû être
payées, parce que les conditions à
Puerto Gaitán sont déplorables. La
communauté est fatiguée de Pacific
Rubiales, des investissements minimes qu'elle a
faits. Elle resserre son contrôle et viole
la liberté de mouvement. La
communauté est prête à
exploser.
LM: Quelle est la situation dans
les champs pétrolifères ? Est-ce que
le problème de surpopulation persiste ainsi
que les mauvaises conditions sanitaires ?
CA: Après tout le travail
que nous avons fait pour attirer l'attention sur
ces violations et le traitement inhumain de ces
travailleurs, il y a eu quelques
améliorations sur le terrain, mais pas
assez. Nous voyons que le droit d'association est
toujours violé et certaines conditions de
travail sont encore dans un état
lamentable.
LM: Pourquoi Pacific Rubiales
interdit-elle l'entrée à tous ceux
qui sont syndiqués et ordonne-t-elle aux
sous-traitants de les licencier, même s'ils
doivent payer leurs salaires jusqu'à la fin
de leur contrat ?
CA: Il est évident que
les travailleurs affiliés à USO sont
organisés, qu'ils ne tolèrent pas
les injustices et les violations. L'entreprise
sait qu'un travailleur qui entre sur le site avec
la capacité de mobiliser les autres, de
leur parler et expliquer ou, au moins, jeter de la
lumière sur ce qui se passe à
l'intérieur, ça va coûter
à l'entreprise beaucoup car à la fin
elle n'a jamais accordé une attention
à ce que les travailleurs demandent. Ainsi,
les travailleurs doivent recourir à un
arrêt de travail pour que la multinationale
réponde à leurs demandes. La
société pétrolière
connaît le coût quotidien d'un
arrêt de travail chez Pacific Rubiales -
nous parlons de 25 millions $ par jour.

Un projet minier canadien au Panama
change de mains
- Doug Pitman -
En avril dernier, First Quantum Minerals, une
compagnie minière établie à
Vancouver, a finalisé son acquisition
d'Inmet Mining Corp, une compagnie établie
à Toronto, pour la somme de
5,1 millions $ canadiens.
Cette récente acquisition comprend le
gigantesque projet d'or, de cuivre et de
molybdène Cobre Panama d'Inmet et met en
lumière certains aspects de ces prises de
contrôle dans le secteur minier canadien
ainsi que les répercussions
économiques, environnementales et sociales
qui y sont liées. S'il est vrai qu'Inment
est tout de même une importante compagnie
minière dont les cotes se négocient
actuellement à 62 $, on peut souvent
constater que pour démarrer des projets
miniers canadiens, les petites et moyennes
entreprises se tapent tout le travail ardu de
découvrir un gisement pour ensuite
céder le contrôle du projet à
une grande entreprise. Le travail consistant
à découvrir un gisement est ardu. Il
demande de 8 à 10 ans d'efforts
innovateurs, minutieux et détaillés.
Les travaux menés touchent à
l'excavation de tranchées, à la
cartographie, au forage à percussion, au
forage au diamant et à
l'échantillonnage géochimique des
sols. Il faut ensuite faire le bilan de toutes ces
données et décider en fin de compte
avec une certaine certitude où se trouvent
les gisements.
De telles acquisitions font en sorte qu'une fois
de plus, une compagnie plus petite fait tout le
travail préparatoire et prend tous les
risques initiaux pour repérer les
gisements, pour ensuite perdre le contrôle
du projet, totalement ou en partie, au profit
d'une compagnie plus grande. Souvent la petite
compagnie peut avoir entretenu une relation plus
personnelle, voire plus respectueuse avec la
communauté. Pour la petite compagnie, ces
relations sont importantes parce qu'elle en
dépend pour poursuivre son activité
sur le terrain et parce que ses gens sur le
terrain développent aussi des liens avec
les membres de la communauté. Ainsi,
lorsqu'il y a prise de contrôle, ces
relations se perdent.
Le projet Cobre Panama affectera 5 600
hectares de forêt vierge sans aucune
garantie à l'effet que la
propriété retrouvera son état
viable après trente ans d'exploitation
minière. Cette période de trente ans
elle-même est incertaine puisqu'Inmet a
conclu une entente avec le gouvernement exemptant
la compagnie de payer des impôts pour les
dix premières années. Il est fort
possible que la compagnie exploite la mine pendant
10 ans pour ensuite abandonner le projet et
laisser un dégât environnemental en
cadeau au gouvernement. La politique
minière au Canada permettait l'exploitation
minière sur trois ans exempts
d'impôts, ce qui a donné lieu
à une surexploitation des gisements
plutôt qu'à un développement
rationnel. Cela rendait incertain tout
développement ultérieur. Parfois la
compagnie fermait tout simplement ses portes au
bout de trois ans.
Dans le cas du Panama Cobre, il y a aussi la
question de la compensation des communautés
autochtones locales, les peuples Ngobe et Bulge,
dont certains pourraient être
déplacés par le projet. Les
compagnies minières en Amérique
latine, dont plusieurs sont canadiennes,
préfèrent s'installer là
où les gouvernements sont des gouvernements
capitalistes purs et durs qui ne défendent
pas les intérêts nationaux, comme au
Panama, au Chili, au Mexique et, jusqu'à
récemment, au Pérou.
Les pays dont les gouvernements travaillent
ouvertement pour servir leurs populations
apprauvries et pour veiller à ce que les
investissements soient favorables à leurs
citoyens ont tendance à être
boudés par les compagnies minières.
Les gouvernements du Nicaragua, de la Bolivie, du
Venezuela, du Cuba, de l'Argentine, de
l'Équateur et possiblement du Pérou
maintenant, sont dans cette catégorie.
Même dans ces pays, riches en ressources
comme Cuba peut l'être en nickel, la
compagnie minière Sherritt Gordon Mines est
parvenue à travailler avec leurs
gouvernements respectifs sur la base de l'avantage
réciproque. Ce genre de relation sera
discuté dans des articles à venir.

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