Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 97 - 10 juin 2013

Suppression du vote à l'élection fédérale 2011

Jugement de la Cour fédérale sur
la validité du résultat de l'élection fédérale 2011


Suppression du vote à l'élection fédérale 2011
Jugement de la Cour fédérale sur la validité du résultat de l'élection
L'agence de télémarketing du Parti conservateur demande la protection de faillite
Les coupables reçoivent des avis et des pénalités pour les appels non sollicités

Sur la prévention des communications trompeuses avec les électeurs et la conformité aux procédures d'inscription et de vote le jour du scrutin
Allocution du directeur général des élections devant le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre - 28 mai 2013
Examen de la conformité: Rapport final et recommandations
Réponse du directeur général des élections du Canada aux recommandations


Suppression du vote à l'élection fédérale 2011

Jugement de la Cour fédérale sur la validité
du résultat de l'élection

Le 23 juin, le juge Richard G. Mosley de la Cour fédérale du Canada a statué que si d'une part il est vrai qu'il y a suffisamment de preuve pour établir que l'élection fédérale de 2011 a été entachée de fraude, il n'y en a pas suffisamment par ailleurs pour prouver que les appels automatisés visant à empêcher des groupes d'électeurs ciblés de se rendre aux bureaux de scrutin ont atteint leur objectif. Il a rejeté la demande d'annulation du résultat de l'élection fédérale de 2011 déposée par huit électeurs qui invoquent l'existence d'une campagne de suppression de votes ciblant des électeurs non conservateurs pace que selon lui il n'y a pas suffisamment de preuves liant les appels automatisés à un parti en particulier.

Les demandes, qui avaient le soutien financier et juridique du Conseil des Canadiens, ont été entendues par le juge Mosley du 10 au 17 décembre 2012. Les six circonscriptions visées étaient Vancouver Island Nord en Colombie-Britannique; Yukon; Saskatoon-Rosetown-Biggar en Saskatchewan; Elmwood-Transcona et Winnipeg Centre Sud au Manitoba; et Nipissing-Timiskaming en Ontario. Les six ont été remportées avec une faible marge par les candidats du Parti conservateur. Dans Nipissing-Timiskaming, le candidat conservateur Jay Aspin a défait le député libéral sortant Anthony Rota par 18 votes (15 495 contre 15 477). La preuve des demandeurs comprenait leur propre témoignage au sujet d'appels frauduleux reçus, des documents publics relatifs à des enquêtes menées par le Commissaire d'Élections Canada, un témoignage d'expert sur les tactiques et stratégies politiques des appels automatisés et un sondage effectué par la firme EKOS pour déterminer l'ampleur et l'impact des appels automatisés par lesquels les électeurs se faisaient dire, à tort, que l'adresse de leur bureau de vote avait été changée.

Le juge accepte la preuve sur la campagne de suppression de votes

Dans leur défense, les députés conservateurs visés ont demandé que la preuve déposée concernant la fraude commise à l'élection 2011 respecte les normes du droit criminel. Le juge résume la position des conservateurs comme suit : « Les députés défendeurs soutiennent que le sens à donner à la notion de fraude [dans la Loi électorale du Canada] doit être dégagé de l'infraction visée au Code criminel [...], ce qui requerrait la preuve tant de l'élément matériel que de l'élément mental. Ces éléments seraient, affirment les députés défendeurs, 1) l'énonciation d'un prétexte ou une ruse, et 2) l'intention de faire en sorte qu'un électeur s'abstienne de voter. Les députés défendeurs soutiennent que les demandeurs n'ont pas démontré [...] que dans les faits on les avait empêché de voter [les électeur visés par les appels automatisés]. »

Le juge Mosley a rejeté cette approche et conclut qu'« il suffit de démontrer que de fausses assertions ont privé un électeur de son droit de voter, ou créé le risque d'une telle privation. » « J'estime qu'on a établi que des appels trompeurs quant à l'emplacement de bureaux de scrutin ont été faits à des électeurs de circonscriptions partout au pays, y compris les circonscriptions ici en cause, et que l'objet de ces appels était de supprimer le vote d'électeurs qui avaient, lors d'appels antérieurs d'identification, mentionné pour qui ils entendaient voter. » Et il conclut : « Exiger que les demandeurs identifient les auteurs des appels trompeurs, cela donnerait lieu à une norme de preuve invraisemblablement élevée. [...]Je conclus que les demandeurs ont satisfait aux critères permettant d'établir la fraude. »

Quant aux auteurs de la fraude, le juge déclare toutefois qu'il ne trouve rien qui prouve que le Parti conservateur du Canada, un des candidats du Parti conservateur du Canada, la firme Responsive Marketing Group ou la firme RackNine « a directement pris part à la campagne visant à tromper des électeurs. [...] J'estime toutefois que la source la plus probable des renseignements utilisés pour procéder aux appels trompeurs était la base de données du SGIC tenue et contrôlée par le PCC, et qu'une ou des personnes actuellement inconnues à cette Cour ont accédé à cette base de données à cette fin. Aucune preuve ne montre que le PCC a approuvé ou toléré une telle utilisation de la base de données du SGIC. La preuve permet plutôt de constater qu'on a fait preuve d'ingéniosité pour camoufler l'identité de ceux qui ont accédé à la base de données et fait en sorte que les appels soient passés.»

Fraude électorale sans impact

Ayant établi que l'élection fédérale de 2011 a été entachée de fraude, le juge Mosley devait décider s'il fallait en annuler les résultats selon l'une ou l'autre de deux perspectives : l'impact réel des appels frauduleux sur le résultat et l'impact sur l'intégrité de l'élection en général. Voici son raisonnement sur le sujet :

« La fraude a-t-elle influé sur les résultats du scrutin dans les six circonscriptions en cause?

« Les demandeurs avaient un difficile obstacle à surmonter dans la présente instance. Ils ne disposaient d'aucune preuve directe de la réussite des efforts de suppression de votes consentis. Dans leur propre cas, les appels trompeurs reçus ne les avaient pas empêchés de voter. Comme les demandeurs l'ont cependant fait valoir, exiger la preuve directe de l'effet de mesures prises pour supprimer des votes pourrait rendre beaucoup plus difficile toute contestation dans un tel cas en application de l'article 524 de la Loi. Il n'y a aucun moyen facile de compter le nombre d'électeurs que l'activité frauduleuse a empêché de voter, sauf si tous ces électeurs décidaient de se manifester et de s'identifier — une situation hautement improbable.

 « De manière raisonnable, les demandeurs ont donc recouru au sondage téléphonique interactif comme solution de rechange pour la collecte des données requises. Ils demandent à la Cour, par extrapolation à partir d'échantillons du sondage, de faire une estimation du nombre total de personnes que les appels trompeurs ont empêché de voter dans les six circonscriptions en cause, puis d'en tirer les conclusions qui s'imposent quant à l'effet des appels sur le résultat dans chaque circonscription. Il serait plus facile de tirer de telles conclusions si, comme les députés défendeurs l'ont fait valoir, au moins quelques-uns des partisans des candidats vaincus dans les six circonscriptions en cause, qui n'ont pas voté en raison des appels trompeurs, s'étaient fait connaître lors de la tenue du scrutin ou lorsque les médias nationaux ont divulgué l'affaire dix mois plus tard. Le fait que cela ne se soit pas produit a soulevé des interrogations auxquelles on n'a pas répondu dans la présente instance.

 «  Mis à part le sondage, aucune preuve ne montre que les résultats du scrutin auraient été différents dans les six circonscriptions. Il ne s'agit pas d'un cas de disparition de bulletins ou d'altération de machines à voter, à l'exemple de certaines des affaires américaines où la preuve par sondage a été acceptée. En l'espèce, on présente le sondage pour établir que certains électeurs — un nombre suffisant dans chaque circonscription pour contrer la majorité du vainqueur — seraient allés voter si un appel téléphonique ne les avait pas fait se diriger à un mauvais lieu de scrutin. Aucun pareil électeur ne s'est manifesté et n'a ainsi confirmé les résultats du sondage. En l'espèce, la preuve par sondage ne constitue pas le fondement solide qui permettrait à la Cour de conclure avec confiance que la fraude a influé sur les résultats du scrutin dans l'une ou l'autre des six circonscriptions. Pour ces motifs, je ne suis pas convaincu que le sondage fournit le fondement probatoire fiable qui permettrait de mettre en doute qui l'a remporté dans les divers scrutins, même lorsque la marge de victoire était faible.

 «   Cette conclusion ne vise pas à empêcher le recours à une pareille preuve si, dans une affaire future, il était possible de régler les problèmes soulevés en l'instance par la méthodologie du sondage et l'interprétation de ses données.

 «  Faute de pouvoir conclure sans équivoque que les résultats du scrutin auraient été différents n'eussent été les efforts consentis pour supprimer des votes, la Cour doit examiner l'autre fondement avancé par les demandeurs pour faire annuler les élections. Elle doit se demander si la fraude commise a miné le processus électoral de manière suffisamment grave pour mettre en doute son intégrité, et nécessiter la tenue de nouvelles élections dans les six circonscriptions visées.

 « La fraude fait-elle douter de l'intégrité des élections?

 «  Les demandeurs ont reconnu que la présente affaire posait problème dès le départ, en raison des défis causés par la collecte d'éléments de preuve visant à établir ce qu'ils ont qualifié à juste titre de tentative généralisée de suppression de votes. La preuve de l'existence d'une fraude a le plus clairement été démontrée par l'enquête menée à Guelph. En poursuivant les diverses enquêtes, les fonctionnaires relevant du commissaire ont découvert des éléments de preuve montrant que la situation à Guelph n'était pas unique, et qu'on avait engagé des tentatives semblables de suppression dans l'ensemble du pays, y compris dans les six circonscriptions en cause. Ces conclusions sont étayées par les expériences vécues par les demandeurs le jour du scrutin.

 «  Les Canadiens croient en l'intégrité de leur processus électoral. Le caractère sacré du scrutin dans notre pays est démontré par le recours fréquent à des Canadiens en tant qu'observateurs indépendants chargés de superviser des élections à l'étranger. S'il a pu y avoir dans le passé des cas isolés de comportements électoraux répréhensibles, il n'y a jamais eu ici jusqu'à la 41e élection générale, tel qu'on l'a mentionné, d'incidents de suppression des votes de la nature de ceux examinés dans les présents motifs. Je ne doute pas pour cette raison que la confiance légitime des Canadiens a été ébranlée par la divulgation, du fait d'enquêtes du commissaire et de plaintes auprès d'Élections Canada, d'activités frauduleuses généralisées.

 «  Si j'avais conclu que l'un ou l'autre des candidats victorieux, ou de leurs agents, avait le moindrement participé à une activité frauduleuse, je n'aurais pas hésité à exercer mon pouvoir discrétionnaire et à annuler les résultats dans la circonscription en cause, même si l'on n'y avait pas démontré l'atteinte du nombre magique inversé. Aucune preuve n'a toutefois été présentée en ce sens.

«  Il convient de relativiser l'étendue de la fraude. D'après le Rapport du directeur général des élections du Canada sur la 41e élection générale du 2 mai 2011, qui figure sur le site Web d'Élections Canada, un nombre total de 66 146 bureaux de vote ont été installés et utilisés dans l'ensemble du Canada le jour du scrutin, et 14 823 408 électeurs y ont exercé leur droit de vote. Le nombre et l'origine des plaintes reçues par Élections Canada de partout au pays démontrent l'étendue géographique des efforts ayant visé la suppression de votes, mais aussi leur caractère vraiment dispersé, sauf à Guelph.

 «  Si ces efforts semblent avoir ciblé les électeurs ayant exprimé plus tôt une préférence pour un parti d'opposition (ou tout autre parti que celui au pouvoir), la preuve en l'instance ne permet pas de conclure qu'ils ont eu une incidence considérable sur la crédibilité du résultat du vote.

 «  Élections Canada a donné suite aux plaintes reçues et continue de faire activement enquête. Au moment d'écrire ces lignes, on rapportait dans la presse que le directeur des poursuites pénales avait autorisé le commissaire à engager des poursuites sous le régime de la partie 19 de la loi. Ceux-ci ainsi que les cours sont à même de s'attaquer à la tentative qu'on a faite de miner l'intégrité du processus démocratique. »

Le jugement de 96 pages du juge Mosley se termine ainsi :

« Après avoir examiné l'affaire avec le plus grand soin, et pleinement conscient des inquiétudes quant à l'intégrité du processus électoral qui ont motivé les présentes demandes, je ne puis conclure en l'opportunité d'exercer mon pouvoir discrétionnaire et d'annuler, pour fraude, les résultats de l'élection de 2011 dans l'une ou l'autre des circonscriptions en cause. »

Les conservateurs défrayeront les coûts de « la guerre de tranchées »

La demande d'annulation du résultat de l'élection a été déposée il y a un an, en mars 2012. Si selon la loi les demandes de ce genre doivent être instruites « sans délais et selon la procédure sommaire», elle n'a pas été entendue avant décembre à cause du retard imposé par les conservateurs avec leurs motions de rejet. Les procédés d'obstruction des conservateurs, qui ont prétendu que les demandeurs agissaient pour le compte d'intérêts partisans opposés au Parti conservateur, étaient si extrêmes que le juge a cru bon d'en tenir compte dans l'attribution des dépens. Il a dit :

« D'entrée de jeu, la présente instance a été teintée de partisannerie. Cela ressortait de manière particulièrement manifeste des observations présentées par les députés défendeurs. Après avoir passé en revue l'historique de la procédure ainsi que la preuve, de même que les arguments avancés par les parties à l'audience, il m'a semblé que les demandeurs avaient tenté de préserver l'intégrité du processus électoral, et de s'en tenir au niveau supérieur en favorisant cette intégrité, tandis que les députés défendeurs s'étaient livrés à une guerre de tranchées pour essayer d'empêcher que la présente affaire soit entendue sur le fond.

 «  Bien qu'il soit manifestement d'intérêt public d'aller au fond des choses face aux présentes allégations, le PCC a dès le départ fait bien peu d'efforts pour aider au déroulement de l'enquête, et ce, même si on le lui avait demandé tôt. Je relève qu'on a informé les avocats du PCC pendant la tenue même des élections du caractère inapproprié des appels concernant les changements de lieux de scrutin. Quoi qu'ils aient concédé à contrecoeur pendant la plaidoirie que les événements survenus étaient ‘totalement scandaleux', les députés défendeurs ont eu pour position d'entrée de jeu, d'après le dossier, de faire obstacle par tous les moyens à la présente procédure. »

Les conservateurs persistent

Malgré les réprimandes du juge et le verdict que l'élection fédérale de 2011 a été entachée de fraude, le représentant du Parti conservateur Fred Delorey s'est dit satisfait du jugement. « Nous sommes heureux que ces accusations sans fondement de l'organisation activiste Council des Canadiens aient été rejetées par la cour, écrit-il. La cour n'a trouvé aucune preuve de méfait de la part de quiconque qui puisse avoir influé sur la crédibilité du vote de l'élection de 2011. » Dans un communiqué émis à l'occasion du jugement, le Parti conservateur déclare : « La contestation juridique du Conseil des Canadiens était une tentative évidente de renverser des résultats d'élection certifiés tout simplement parce que ce groupe activiste ne les aiment pas. » Ainsi, une affaire sérieuse qui concerne la fraude électorale devient pour les conservateurs une occasion d'attaquer ceux qui ont éventré l'affaire. Telle est la notion de responsabilité des conservateurs de Stephen Harper.

Au parlement, le député conservateur Pierre Poilièvre a répondu aux questions de l'opposition concernant le verdict sur la fraude électorale en disant : « Monsieur le Président, la plainte a été déposée par un organisme hyperpartisan, qui s'appelle le Conseil des Canadiens et qui n'a pas été capable de faire la démonstration qu'au moins une personne avait été empêchée de voter par un appel automatisé. Le juge a rejeté hier la plainte de ce groupe partisan. » Il a ensuite tenté de minimiser l'affaire en disant : « Le fait est qu'une organisation factice et ultrapartisane a intenté une poursuite sans disposer d'aucune preuve. »

L'analogie tirée par Le Marxiste-Léniniste dans son rapport précédent sur cette affaire mérite d'être répétée : « Mises à part leurs attaques virulentes contre les requérants et ceux qui les soutiennent, la défense des députés conservateurs peut se résumer en une phrase : rien ne prouve qu'un seul électeur se soit vu nier le droit de vote à cause de tactiques de suppression de votes et s'il s'en trouve qui n'ont pas pu voter, ils ne sont pas en nombre suffisant pour remettre en cause le résultat des élections dans les circonscriptions visées. L'argument des conservateurs pour faire passer ces infractions à la loi comme si de rien n'était revient à ceci : Imaginez des tireurs d'élite bien positionnés sur un toit qui tirent sur des électeurs qui viennent voter. Ils sont si maladroits qu'ils ne parviennent pas à en frapper un seul, alors on ne peut pas dire qu'on a empêché ces électeurs d'aller voter. Beaucoup de témoins ont vu les tireurs sur les toits mais, selon l'argument conservateur, il faut les laisser s'en aller puisqu'ils n'ont tué personne. Ainsi, les appels téléphoniques trompeurs ne sont pas, selon les conservateurs, une corruption de l'intégrité et de la validité d'une élection. »

En conférence de presse le 31 mai, les demandeurs, accompagnés de représentants du Conseil des Canadiens, ont annoncé qu'ils n'exerceraient pas leur option d'interjeter appel de la décision de la Cour fédérale ou de la Cour suprême du Canada. Le Conseil des Canadiens a lancé une pétition pour poursuivre cette affaire. La pétition demande au gouvernement conservateur d'« instituer une enquête publique pour trouver la ou les personnes responsables d'avoir accédé à la base de données centralisée du Partie conservateur aux fins de perpétrer une fraude électorale lors de la 41e élection générale, et de traduire cette ou ces personnes en justice ». Elle demande aussi au gouvernement de déposer une loi « qui incorpore les recommandations d'Élections Canada, établit des normes exécutoires pour la conduite des partis politiques, améliore la capacité des électrices et électeurs individuels à contester les résultats des élections obtenus par le biais de 'pratiques frauduleuses, de corruption ou pratiques illégale' et protège les électrices et électeurs afin qu'ils ne soient pas à nouveau victimes de fraude électorale. »

Haut de page


L'agence de télémarketing du Parti conservateur demande la protection de faillite

IMSGI, la société mère américaine de Responsive Marketing Group (RMG) qui se spécialise dans les appels de télémarketing politiques pour les partis conservateurs, dont le Parti conservateur du Canada, le Wildrose de l'Alberta, le Saskatchewan Party, les libéraux de la Colombie-Britannique et les progressistes conservateurs de l'Ontario, a déposé une demande de protection vis-à-vis ses créanciers. Ses créanciers sont l'Agence du revenu du Canada (ARC) et les gouvernements du Québec, de la Nouvelle-Écosse et du Manitoba. Un affidavit déposé par le directeur-général Andrew Langhorne montre que IMSGI doit à l'ARC 690 000 $ en paiements de TVH en circulation et un autre 235 000 $ pour des retenues à la source impayées.

Sur son site Internet, RMG se décrit comme « le plus grand cabinet d'appels direct oeuvrant dans le domaine politique » et dit qu'elle travaille « exclusivement pour des campagnes du centre-droit ». « Au cours des 15 dernières années, RMG a aidé les conservateurs canadiens à gagner », rapporte le site. Elle affirme également qu'elle a « aidé [les conservateurs] à amasser plus de 75 millions $ en fonds indispensables pour des campagnes ».

La relation de RMG avec Stephen Harper remonte à 2003, alors qu'il était chef de l'Alliance canadienne. Le parti a embauché RMG pour s'occuper de son travail de contacter les électeurs. RMG a déjà travaillé pour le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario. RMG a également été impliquée en 2004 dans la campagne au leadership de Stephen Harper pour le Parti conservateur, suite à la fusion Alliance-PC. Les informations recueillies par RMG dans le cadre de ses campagnes téléphoniques ont été entrées dans le système notoire de gestion de l'information des circonscriptions (CIMS) de l'Alliance puis du Parti conservateur. Tom Flanagan, le directeur de campagne de M. Harper lors de l'élection fédérale de 2004, a affirmé que le CIMS a été le « joueur le plus utile » du parti dans son gain de 21 sièges lors de cette élection. RMG a travaillé aux campagnes de 95 candidats conservateurs lors de l'élection 2011, y compris celle de la ministre du Revenu national, Gail Shea.

Andrew Langhorne est apparu comme l'un des principaux témoins pour les députés du Parti conservateur lors de l'audition des appels automatisés de la Cour fédérale. Il a témoigné que RMG a seulement fait des appels pour faire sortir le vote des partisans identifiés au Parti conservateur. Il a admis que le script remis aux téléphonistes responsables des appels comprenait une déclaration d'Élections Canada annonçant des changements de dernière minute à certains bureaux de vote. Les requérants ont cherché à obtenir des listes des appels qui ont été faits par RMG dans les six circonscriptions contestées, mais RMG a refusé de les présenter, prétextant que ce serait « une charge indue ».

Le témoignage de M. Langhorne est contredit par la déclaration d'Annette Desgagné qui a été employée par RMG durant l'élection de 2011. Elle a affirmé que des informations trompeuses ont été données aux électeurs et elle a signalé les incidents à la GRC.

Mis à part le fait qu'elle a été une agence de télémarketing pour amasser des fonds pour le Parti conservateur, RMG a fourni des services semblables à plusieurs organisations canadiennes à qui elle leur doit une somme totalisant 7,6 millions $, comprenant des fonds levés en leur nom. Ces organisations comprennent le National Capital Sports Council of the Disabled, The Toronto Professional Fighters Association et le Hockey Hall of Fame qui sont nommés comme des créanciers. Le Parti conservateur n'est pas mentionné comme un créancier. Au moment du dépôt de l'avis de faillite, l'agence travaillait toujours pour le Parti conservateur.

Le responsable de la restructuration de IMSGI dans le cadre de la faillite a déclaré qu'il est trop tôt pour dire si l'entreprise sera vendue, continuera à fonctionner ou sera démantelée et vendue. Durant la dernière semaine de mars, l'entreprise a licencié 400 « employés de première ligne dans les centres d'appels et des employés gestionnaires connexes ».

Il s'agit du deuxième cas d'une société associée à la machine de campagne du Parti conservateur qui fait faillite. Holinshed Research Group basée à Ottawa a travaillé pour 10 candidats conservateurs fédéraux durant l'élection de 2008, dont le député de Peterborough et ancien secrétaire parlementaire Dean Del Maestro. Avant qu'elle mette fin à ses activités, Holinshed a reçu une subvention de 125 000 $ du Plan d'action économique du Canada pour développer GeoVote, un système d'identification des électeurs. Le site Web du Plan d'action économique du Canada a décrit le projet du GeoVote de Holinshed comme « une application vedette ... utilisée pour appuyer les campagnes électorales et la gestion des données utilisées dans la préparation des prochaines élections ». Ce n'est pas clair ce qui s'est passé avec ce logiciel après que l'entreprise compagnie ait fait faillite.

Haut de page


Les coupables reçoivent des avis et des pénalités pour les appels non sollicités

Le 29 mai, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a annoncé qu'il a émis sept procès-verbaux de violation et imposé des pénalités totalisant 369 000 $ à la suite d'une « vaste enquête sur le recours aux appels automatisés de la part de partis politiques, d'élus et de télévendeurs ». Le CRTC affirme dans un communiqué de presse avoir obtenu la coopération de la majorité des organisations, firmes et individus visés par les avis. Le Wildrose Alliance Political Association, le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, le Nouveau Parti démocratique du Canada, RackNine inc. et M. Marc Garneau, député, ont conclu une entente en vertu de laquelle ils s'engagent à payer des pénalités totalisant 277 500 $. Ils s'engagent également à cesser d'enfreindre les règles sur les télécommunications non sollicitées.

De plus, des procès-verbaux de violation ont été émis contre le Parti conservateur du Canada et M. Blake Richards, député, leur imposant des pénalités de 78 000 $ et 14 400 $ respectivement. En vertu du processus du CRTC, le Parti conservateur du Canada et M. Richards ont 30 jours pour présenter des observations ou payer la pénalité.

Dans son communiqué le CRTC rappelle les règles en vigueur concernant les appels automatisés :

« Les composeurs-messagers automatiques sont utilisés pour composer des numéros de téléphone et faire entendre automatiquement un message déjà enregistré. Lorsque ces composeurs sont utilisés pour effectuer des appels au nom des candidats et des partis politiques, les Règles sur les télécommunications non sollicitées stipulent que :

« - l'appel doit commencer par un message donnant clairement le nom de la personne pour le compte de laquelle l'appel est fait ainsi qu'une adresse postale et un numéro local ou sans frais permettant de joindre un représentant de l'auteur du message ;

« - l'appel doit afficher le numéro de l'appelant ou un autre numéro permettant de joindre l'appelant. »

Le CRTC dit continuer à enquêter sur d'autres actes de recours aux appels automatisés et donne les renseignements suivants sur les infractions en question :

« Le Wildrose Alliance Political Association a reçu un procès-verbal de violation relativement à six campagnes d'appels automatisés qui ont eu lieu de mars 2011 à novembre 2012. Ces campagnes visaient à connaître les préférences ou l'opinion des électeurs au sujet de différentes questions. Lors des appels, on n'indiquait pas que ceux-ci étaient faits au nom du parti et on ne donnait pas d'adresse postale.

« Le Wildrose Alliance Political Association a collaboré pleinement à l'enquête du CRTC ; dès qu'il a constaté que les appels contrevenaient aux Règles, il a réagi rapidement en vue de conclure une entente. Celle-ci comprend une pénalité de 90 000 $ et un engagement à mettre en place un vaste programme de conformité afin de prévenir de nouvelles infractions de même nature.

« Le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario (Parti PC de l'Ontario) a reçu un procès-verbal de violation relativement à deux campagnes d'appels automatisés qui ont eu lieu entre le 1er et le 7 septembre 2011. Ces campagnes visaient à connaître les préférences ou l'opinion des électeurs au sujet de différentes questions. Lors des appels, on n'indiquait pas clairement le nom du parti, son adresse ni de numéro local ou sans frais, tel que requis en vertu des Règles sur les télécommunications non sollicitées.

« Le Parti PC de l'Ontario a collaboré pleinement à l'enquête du CRTC. Dès qu'il a appris que les appels contrevenaient aux Règles, il a accepté de conclure une entente, laquelle comprend une pénalité de 85 000 $ et un engagement à mettre en place un vaste programme de conformité afin de s'assurer qu'à l'avenir, les Règles soient respectées.

« RackNine inc a reçu un procès-verbal de violation relativement à 15 campagnes d'appels automatisés qu'il a menées au nom de différents clients de mars 2011 au 1er février 2013. RackNine est un télévendeur établi à Edmonton qui propose des services d'appels automatisés.

« Les campagnes d'appels qui font partie du procès-verbal de violation ont toutes été effectuées au nom d'entités politiques menant des sondages, des études ou des campagnes visant à communiquer des messages politiques. Ces entités ont payé RackNine pour agir en leur nom et ont tiré profit des renseignements transmis ou obtenus au moyen des appels ; cependant, et contrairement aux Règles sur les télécommunications non sollicitées, les entités n'étaient pas identifiées dans ces messages automatisés.

« Avant que le CRTC n'entre en communication avec RackNine, celui-ci ignorait que ses façons de faire contrevenaient aux Règles. Il a donné des renseignements et collaboré afin d'aider le CRTC dans le cadre de son enquête. En vertu de l'entente convenue, RackNine a payé une pénalité de 60 000 $ et a accepté de concevoir et de mettre en oeuvre un programme de conformité.

« Le Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD) a reçu un procès-verbal de violation relativement à des appels automatisés effectués du 11 au 20 janvier 2012 dans la circonscription de Saint-Maurice—Champlain (Québec). Les appels comportaient une dimension interactive permettant de relier les personnes appelées au bureau du député qui avait quitté le NPD pour un autre parti. Lors des appels, on ne précisait pas que ceux-ci étaient effectués au nom du NPD et on ne mentionnait ni l'adresse postale ni le numéro de téléphone de l'appelant.

« Le NPD a reconnu que ces appels contrevenaient aux Règles sur les télécommunications non sollicitées et a collaboré pleinement à l'enquête du CRTC. L'entente conclue avec le NPD comprend une pénalité de 40 000 $ et un engagement à mettre en place un vaste programme de conformité afin de prévenir de nouvelles infractions de même nature.

« M. Marc Garneau, député libéral de la circonscription de Westmount—Ville-Marie, a reçu un procès-verbal de violation pour des appels automatisés effectués en mars 2013 en lien avec sa candidature pour devenir chef du Parti libéral du Canada. Bien que ces appels incluaient le nom de l'auteur de l'appel de même que des informations permettant de joindre un représentant de la campagne de M. Garneau, on n'a pas fait mention d'entrée de jeu qu'ils étaient faits en son nom ni inclut d'adresse postale, comme le stipulent les Règles sur les télécommunications non sollicitées. En conséquence, M. Garneau a payé une pénalité de 2 500 $ et a accepté de mettre en place un programme de conformité afin de s'assurer qu'à l'avenir, les Règles soient respectées.

« Le Parti conservateur du Canada a reçu un procès-verbal de violation relativement à une campagne d'appels automatisés qui a eu lieu en Saskatchewan les 31 janvier et 1er février 2013. La campagne portait sur des modifications proposées au découpage des circonscriptions de la province. Lors des appels, on ne précisait pas que ceux-ci étaient effectués au nom du Parti conservateur du Canada et on ne fournissait pas d'adresse postale. À la suite de l'enquête du CRTC, une pénalité de 78 000 $ a été imposée. Le parti a 30 jours pour présenter des observations ou payer la pénalité.

« M. Blake Richards, député conservateur de la circonscription de Wild Rose, a reçu un procès-verbal de violation et une pénalité de 14 400 $. En août et en octobre 2012, deux campagnes d'appels automatisés ont été menées dans sa circonscription. Lors des appels, on ne précisait pas que ceux-ci étaient effectués au nom de M. Richards et on ne mentionnait pas d'adresse postale. M. Richards a 30 jours pour présenter des observations ou payer la pénalité. »

Haut de page


Sur la prévention des communications trompeuses avec les électeurs et la conformité aux procédures d'inscription et de vote le jour du scrutin

Allocution du directeur général des élections
devant le Comité permanent de la procédure
et des affaires de la Chambre

Introduction

L'année dernière, je me suis engagé à présenter deux rapports. Le premier fait suite à des communications trompeuses avec les électeurs lors de l'élection générale de 2011. J'ai transmis ce rapport au Président de la Chambre le 26 mars 2013.

Le deuxième fait suite à un examen exhaustif mené en raison des erreurs de procédure et de tenue de documents commises par des fonctionnaires électoraux au cours de cette élection. J'ai transmis ce rapport directement au comité le 30 avril dernier.

Je suis heureux de pouvoir discuter avec vous de ces deux rapports ainsi que du Budget principal des dépenses de mon bureau pour 2013-2014.

Prévenir les communications trompeuses avec les électeurs

Pour les électeurs, les communications avec les partis et les candidats en période électorale sont au coeur de leur participation effective. De même, les partis et les candidats doivent pouvoir communiquer de façon individuelle avec les électeurs pour les impliquer dans le processus politique.

Grâce aux nouvelles technologies et à des logiciels de plus en plus sophistiqués, il est plus facile pour les partis et entités politiques de comprendre les caractéristiques démographiques de l'électorat, de déterminer les préférences des électeurs et de communiquer avec eux. Toutefois, ces communications doivent être réglementées. Les communications malveillantes, qu'elles visent à véhiculer de fausses informations ou encore à induire les électeurs en erreur risquent de miner la confiance non seulement envers leurs auteurs, mais aussi envers le processus politique dans son ensemble.

Les recommandations de mon rapport visent à concilier ces différents intérêts. Si quelques-unes sont de nature administrative, la plupart exigent une modification de la loi. J'aimerais attirer votre attention sur certaines d'entre elles qui requièrent une intervention législative.

La première fait suite aux préoccupations des Canadiens concernant la grande quantité de renseignements personnels que les partis peuvent conserver dans leurs bases de données.

Les électeurs ont besoin d'être rassurés et s'attendent à ce que leurs renseignements personnels soient utilisés à des fins appropriées et soient protégés adéquatement. Au Canada, la plupart des organisations non gouvernementales, petites ou grandes, sont assujetties à des principes acceptés partout dans le monde en matière de protection des renseignements personnels. Ces principes en régissent la collecte, l'utilisation et la communication, et établissent la responsabilité de chaque organisation à l'égard des renseignements dont elle a la responsabilité.

Je recommande que les partis politiques soient tenus par la loi de mettre en place des politiques et des règles conformes à ces principes avant de recevoir des listes électorales d'Élections Canada.

Une deuxième série de recommandations vise à mieux réglementer les appels téléphoniques des entités politiques aux électeurs.

Je recommande l'adoption de nouvelles règles sur les appels aux électeurs pour compléter les règles actuelles du CRTC sur les télécommunications non sollicitées. Par exemple, les appelants devraient, dans tous les cas, être tenus de nommer le candidat ou le parti pour le compte duquel ils appellent.

De même, les entités politiques devraient être tenues de fournir plus rapidement des renseignements précis sur les services de télémarketing. Quand aux entreprises qui offrent ces services, elles devraient être tenues de conserver des données sur les communications effectuées pendant une période électorale. Ces données seraient fournies au commissaire pour faciliter une enquête, après l'obtention d'une autorisation judiciaire.

Ces recommandations augmenteraient la transparence des activités de campagne, accéléreraient les interventions en cas de plainte et permettraient d'enquêter plus facilement.

En effet, les enquêtes sur les appels trompeurs nous ont fait prendre conscience à quel point le commissaire aux élections fédérales doit être mieux outillé pour faire son travail. Il est inutile d'avoir de bonnes règles si elles ne sont pas exécutoires.

J'ai recommandé d'accorder au commissaire le pouvoir, avec l'autorisation préalable d'un juge d'obliger les personnes à fournir des renseignements pertinents pour une enquête, soit en témoignant, soit en produisant des documents. Le commissaire appuie fermement cette recommandation.

Selon la Charte canadienne des droits et libertés, les renseignements ainsi obtenus ne pourraient pas être utilisés contre les personnes qui sont contraintes à témoigner. Toutefois, ils pourraient aider à déterminer si une infraction a effectivement été commise, ce qui permettrait d'intervenir plus rapidement et faciliterait l'enquête.

Ce pouvoir existe déjà dans la plupart des lois électorales provinciales. Au niveau fédéral, il existe aussi dans la Loi sur la concurrence.

Examen de la conformité

Telles sont mes principales recommandations pour prévenir les communications trompeuses. Je vais maintenant traiter du rapport intitulé Examen de la conformité: Rapport final et recommandations, qui porte sur les procédures le jour du scrutin. Comme les membres du comité le savent déjà, lors de la dernière élection générale, un certain nombre d'erreurs de procédure et de tenue de documents ont été commises lors de l'inscription et de l'identification des électeurs le jour du scrutin. Même si rien n'indique que des personnes non admissibles ont bel et bien pu voter, la conduite d'une élection doit être bien documentée.

J'ai donc demandé à un expert électoral indépendant, M. Harry Neufeld, d'effectuer un examen rigoureux et exhaustif afin de comprendre l'étendue et les causes des erreurs et de permettre aux divers intervenants de proposer des solutions à mettre en oeuvre dès la prochaine élection générale. Nous partageons l'avis de M. Neufeld et disons qu'un remaniement fondamental du processus de vote est nécessaire à long terme. Un processus simplifié est essentiel pour soutenir le système électoral qui, lors d'une journée tous les quatre ans, dépend de quelque 200 000 citoyens ordinaires qui acceptent de servir leurs concitoyens et leur démocratie en assumant le rôle de fonctionnaire électoral.

Le remaniement du processus de vote est un défi de taille qui demande une approche prudente. Tel que l'exige l'article 18.1 de la loi, je compte demander l'approbation de ce comité et du comité sénatorial responsable des questions électorales afin de mener un projet pilote sur un modèle alternatif de services électoraux. Ce modèle comprendra l'utilisation de la technologie dans les bureaux de scrutin ainsi qu'une réattribution des tâches parmi les fonctionnaires électoraux. Si le projet pilote constitue un succès, mon bureau recommandera des modifications législatives afin de mettre en oeuvre ce nouveau modèle dans tout le Canada après l'élection de 2015. Au cours des prochains mois, j'entends présenter, aux deux comités parlementaires, ce modèle et nos plans pour le projet pilote.

Entretemps, certaines améliorations administratives devront être apportées. Par exemple, nous voulons simplifier les formulaires et les procédures. Nous voulons aussi améliorer notre programme de formation, notamment, en investissant dans la formation assistée par ordinateur. De plus, nous permettrons à tous les électeurs d'utiliser la carte d'information de l'électeur comme preuve d'adresse lorsqu'elle est présentée avec une autre pièce d'identité autorisée. Cela devrait réduire le recours aux répondants.

Toutefois, ces améliorations administratives auront peu d'effet si elles ne sont pas accompagnées par des modifications législatives précises. Ces modifications ont été pour la plupart présentées dans mon rapport de recommandations de 2010 au Parlement et ont été largement appuyées par ce comité. Elles ont aussi été mentionnées dans ma réponse aux recommandations de M. Neufeld. Trois d'entre elles sont particulièrement importantes.

Premièrement, je recommande que des modifications législatives soient apportées afin d'offrir aux électeurs un service d'inscription en ligne complet, ce qui réduirait le nombre de personnes devant s'inscrire le jour de l'élection et améliorerait la qualité de la liste électorale. La loi devrait offrir une plus grande souplesse afin que les électeurs puissent établir par voie électronique leur identité et leur adresse. Nous pourrions ainsi offrir et promouvoir un service d'inscription en ligne complet dans la plupart des provinces et des territoires.

Deuxièmement, je recommande des modifications afin que nous puissions recruter et former plus tôt les fonctionnaires électoraux. Les dispositions législatives accordant aux candidats le pouvoir de nommer des fonctionnaires électoraux devraient être supprimées. Je sais que cette demande va au-delà de ma recommandation de 2010, mais je crois qu'elle est légitime compte tenu de la recommandation de M. Neufeld.

Troisièmement, la législation devrait permettre aux directeurs du scrutin de nommer, avec l'autorisation du directeur général des élections, des fonctionnaires électoraux supplémentaires, y compris des superviseurs. Le personnel doit être suffisant pour assurer un service rapide et efficace dans les bureaux de scrutin et veiller au respect des procédures.

Je souhaiterais que ces modifications et celles proposées dans mon rapport sur les communications trompeuses avec les électeurs soient incluses dans le projet de loi anticipé du gouvernement sur la réforme électorale. Je serais heureux d'offrir le soutien technique dont le gouvernement pourrait avoir besoin lors de l'élaboration du projet de loi ainsi, bien sûr, que d'appuyer ce comité pendant son examen.

Budget des dépenses pour 2013-2014

J'aimerais maintenant parler du Budget principal des dépenses et des autres priorités de mon bureau en 2013-2014.

Élections Canada est financé et fonctionne selon deux autorisations budgétaires distinctes. La première est une autorisation législative qui permet de prélever des fonds directement sur le Trésor. Cette autorisation finance toutes les dépenses d'Élections Canada autres que les salaires des postes indéterminés. Pour 2013-2014, les dépenses prévues à ce titre sont de 85,8 millions de dollars.

La seconde est un crédit parlementaire annuel qui couvre seulement les salaires pour les postes indéterminés. Pour cette année, notre crédit s'élève à 30,1 millions de dollars. C'est cet élément qui est soumis à l'approbation du comité aujourd'hui.

Comme je l'ai indiqué au comité l'année dernière, Élections Canada a réduit de 8 % son budget de fonctionnement dans le cadre du plan d'action pour la réduction du déficit. Afin de s'assurer que les ressources sont affectées aux priorités les plus importantes liées à son mandat, Élections Canada a mené un exercice de budgétisation à base zéro en 2012-2013. De plus, nous avons commencé à prendre des mesures de réaménagement des effectifs et, au mois de janvier, nous avons informé les employés que 32 postes indéterminés seraient abolis.

L'organisme a deux priorités pour 2013-2014. Premièrement, nous continuons à soutenir le processus de révision des limites des circonscriptions électorales. Lorsque les commissions auront terminé leur rapport définitif et que le nouveau décret de représentation aura été proclamé, probablement en septembre, nous aurons sept mois pour mettre en oeuvre les nouvelles limites. Deuxièmement, nous poursuivrons certaines de nos initiatives afin de rendre les services d'inscription et de vote plus accessibles aux électeurs.

Ces initiatives s'ajoutent à nos efforts pour accroître la conformité et maintenir la confiance des Canadiens dans le système électoral et dans la façon dont il est administré.

Par exemple, nous restructurons le système informatisé d'inscription des électeurs afin de permettre un accès direct à une liste électorale nationale. Ce changement est nécessaire si l'on veut intégrer le service d'inscription en ligne et l'offrir en période électorale. Le nouveau système sera essentiel pour gérer les listes électorales en temps réel aux bureaux de scrutin après l'élection générale de 2015.

De plus, d'ici la prochaine élection, nous prévoyons mener des campagnes préélectorales afin d'accroître le taux d'inscription chez les jeunes et les Autochtones. Nous planifions également de fournir plus de services électoraux sur les campus et dans d'autres lieux où se rassemblent ces électeurs, comme les centres communautaires et les centres d'amitié.

Si les modifications législatives appropriées visant à permettre un service d'inscription en ligne complet sont apportées, ces initiatives faciliteront le processus pour les électeurs et réduiront les obstacles connus, particulièrement lorsque la carte d'information de l'électeur sera utilisée comme preuve d'adresse. Elle permettrait également d'améliorer la qualité de la liste électorale, de diminuer le nombre d'électeurs qui s'inscrivent le jour de l'élection et de réduire le recours aux répondants.

Finalement, nous continuons à améliorer nos outils d'information destinés aux entités politiques. Cela comprend la mise à jour des manuels pour les partis politiques et les associations de circonscriptions enregistrés.

Conclusion

En terminant, j'espère que les modifications législatives recommandées pourront être adoptées d'ici le printemps 2014, pour que mon bureau puisse mettre en oeuvre ces modifications et garantir des ressources supplémentaires à temps pour l'élection d'octobre 2015.

Nous comprenons que le gouvernement compte déposer un projet de loi complet qui nécessitera un examen attentif. J'ai fourni au comité deux documents de référence: le premier est intitulé « Rapport du DGE: prévenir les communications trompeuses avec les électeurs », et l'autre, « Examen de la conformité aux procédures d'inscription et de vote le jour du scrutin ». Ces documents pourraient vous être utiles pour notre discussion. [...]

Haut de page


Examen de la conformité:
Rapport final et recommandations

Le présent rapport final, accompagné d'une liste de recommandations, fait suite à un examen de six mois du problème de la « non-observation » des règles et normes prescrites aux fonctionnaires électoraux lors des scrutins fédéraux.

Élections Canada a demandé à un expert-conseil indépendant, spécialiste de l'administration électorale, de diriger l'examen et de rédiger le rapport. Le présent document est remis au directeur général des élections du Canada conformément au mandat reçu. Son contenu et ses recommandations sont soumis à la haute direction d'Élections Canada pour alimenter sa réflexion sur les priorités et les plans à établir en vue de la 42e élection générale, prévue le 19 octobre 2015, et des élections suivantes.

Résumé

Tous les citoyens canadiens de 18 ans ou plus ont le droit de voter dans leur circonscription fédérale de résidence. La Loi électorale du Canada (la Loi) prévoit une large gamme de procédures visant à protéger l'intégrité du processus électoral. Parmi ces procédures, certaines obligent l'électeur à prouver son admissibilité (identité, citoyenneté, âge et résidence) avant de recevoir un bulletin de vote.

Pour la vaste majorité des électeurs — ceux qui sont déjà inscrits à la bonne adresse — les procédures du jour du scrutin se résument à la simple et rapide vérification d'une seule pièce d'identité avec photo attestant leur identité et leur adresse de résidence. Cependant, si la personne n'est pas inscrite, ou ne possède pas de documents d'identité acceptables au moment du vote, les fonctionnaires électoraux doivent appliquer les procédures spéciales « d'exception » prévues dans la Loi.

L'administration de ces procédures « d'exception » fait partie des tâches confiées aux fonctionnaires électoraux. S'ils ne les appliquent pas correctement, ils commettent des erreurs sérieuses, que les tribunaux qualifient « d'irrégularités », et qui peuvent entraîner l'invalidation du vote.

La façon dont les fonctionnaires électoraux administrent les règles sur l'inscription des électeurs et l'utilisation de répondants pour l'identité a d'abord été mise en question lors d'une contestation judiciaire de l'élection de mai 2011 dans la circonscription d'Etobicoke-Centre. Des erreurs dans l'administration des règles sur l'admissibilité ont été relevées dans un échantillon de dix bureaux de scrutin, et ont été jugées assez graves pour que la Cour supérieure de l'Ontario annule cette élection.

La Cour suprême du Canada a par la suite cassé cette décision, jugeant que la preuve ne répondait pas aux conditions d'annulation d'un scrutin prévues par la Loi électorale du Canada. L'affaire a néanmoins révélé que des travailleurs électoraux avaient fait un nombre important d'erreurs graves — des « irrégularités » administratives — dans le cadre de leurs fonctions. Le directeur général des élections du Canada, pendant que cette affaire suivait son cours, a annoncé qu'Élections Canada prendrait des mesures pour améliorer l'observation des procédures et des normes le jour du scrutin.

Dans l'affaire d'Etobicoke-Centre, les juges ont convenu que, s'il y avait eu des « irrégularités », rien ne prouvait qu'il y ait eu fraude, ou que des électeurs inadmissibles aient obtenu un bulletin de vote. Il reste que l'intégrité fondamentale du processus électoral a été publiquement mise en doute en raison de reportages médiatiques indiquant que des fonctionnaires électoraux n'avaient pas correctement appliqué les procédures avant de remettre les bulletins.

Dans le cadre de l'examen de la conformité, une vérification nationale des documents remplis aux bureaux de scrutin a été réalisée. Elle a révélé que les problèmes constatés dans Etobicoke-Centre n'étaient pas isolés. La vérification a montré que la plupart des fonctionnaires électoraux canadiens ont de la difficulté à administrer les règles « d'exception » complexes qui font partie de leurs tâches le jour du scrutin.

On estime que 15 % des électeurs ont besoin qu'on leur applique une procédure « d'exception » quelconque avant de recevoir un bulletin de vote. L'administration du processus de vote « ordinaire » ne pose pas problème en général, mais la vérification a révélé que des erreurs sont commises dans la majorité des cas où une procédure non ordinaire est requise. Des erreurs graves, que les tribunaux qualifieraient « d'irrégularités » risquant d'entraîner l'annulation du vote, ont été observées dans 12 % des cas d'inscription le jour du scrutin, et dans 42 % des cas d'utilisation d'un répondant.

Dans l'ensemble, la vérification a permis d'estimer que 1,3 % de tous les votes exprimés le jour de l'élection fédérale de 2011 ont été entachés d'une « irrégularité ». Plus de 12 millions de citoyens canadiens ont voté le 2 mai 2011. La vérification montre donc que l'application des contrôles prévus par la Loi pour confirmer l'admissibilité des votants a fait gravement défaut, en raison d'erreurs systémiques commises par les fonctionnaires électoraux, dans plus de 165 000 cas. Comme le pays compte 308 circonscriptions, on peut dire que les fonctionnaires électoraux ont fait en moyenne plus de 500 erreurs administratives graves par circonscription le jour du scrutin.

C'est évidemment inacceptable. Ces erreurs fréquentes, outre leurs conséquences légales, minent la confiance du public dans la bonne administration du processus électoral. Cet examen de la conformité avait pour objectifs primordiaux d'établir les causes de ces erreurs, et de déterminer des correctifs pratiques à y apporter.

L'examen a montré que les causes sont liées à plusieurs facteurs : complexité ; supervision ; recrutement ; formation ; mise à jour de la liste électorale ; facteurs historiques et culturels ; et différences entre les paliers de gouvernement. Il faut bien saisir la réalité du travail électoral pour comprendre le problème : plus de 200 000 fonctionnaires électoraux doivent être recrutés et formés, le plus souvent pour une seule journée de travail survenant à quelques années d'intervalle d'une fois à l'autre.

Les intervenants consultés pendant le processus d'examen ont proposé de nombreuses solutions qui pourraient améliorer l'observation des règles à l'élection de 2015. Le consensus général était toutefois que ce problème ne pourrait être pleinement réglé sans un remaniement fondamental du processus de vote. Cette réforme — qui passerait par la simplification et la rationalisation — est nécessaire pour réduire le risque d'erreur et rendre gérable le fardeau administratif des fonctionnaires électoraux. Elle nécessitera une révision en profondeur du cadre législatif électoral.

Malheureusement, il n'est pas possible de mettre en place un nouveau modèle de prestation des services électoraux à l'échelle nationale d'ici la prochaine élection fédérale. Cependant, si les parlementaires en donnent la permission, Élections Canada pourrait lancer un projet pilote avant ou pendant la 42e élection générale en 2015. Cette nouvelle approche pourrait, potentiellement, être intégrée à la Loi et mise en oeuvre dans l'ensemble du pays avant l'élection de 2019.

Pour 2015, il est recommandé d'accorder la priorité à une série de modifications législatives modestes, et à des changements administratifs substantiels. Ces recommandations visent à réduire au minimum les erreurs graves — les « irrégularités » — qui autrement se produiront.

Les recommandations de ce rapport ne pourront être mises en oeuvre que si des modifications législatives sont apportées d'ici un an. Nul doute qu'il s'agit d'un défi important pour le directeur général des élections et Élections Canada, mais sans modification de la Loi électorale du Canada, le respect des règles ne pourra pas être amélioré de façon significative à la 42e élection générale.

Telles qu'elles sont actuellement structurées, les règles électorales sont très difficiles à mettre en oeuvre par les simples particuliers qui reçoivent la charge temporaire d'administrer le processus de vote le jour du scrutin. Ce problème peut être réglé, mais seulement avec la coopération des parlementaires, qui devront lancer un processus de modernisation de la législation électorale dès maintenant, et à long terme.

Haut de page


Réponse du directeur général des élections du Canada aux recommandations

L'examen de la conformité a mis en évidence le rôle crucial que joue l'exactitude de l'administration électorale dans la confiance du public à l'égard de notre système électoral et de ses résultats.

Élections Canada convient avec M. Neufeld qu'une amélioration marquée des taux d'exactitude atteints par les fonctionnaires électoraux chargés d'administrer les procédures le jour du scrutin nécessite une refonte complète du modèle actuel de prestation des services électoraux.

Nous avons commencé à élaborer un nouveau modèle de service largement inspiré de l'approche qui a fait ses preuves aux élections provinciales et municipales du Nouveau-Brunswick. Le nouveau modèle changerait fondamentalement la façon de servir les électeurs et comprendrait une restructuration des fonctions et des rôles des fonctionnaires électoraux ainsi que l'utilisation de la technologie dans les lieux de scrutin, par exemple une liste électorale électronique pouvant être mise à jour en temps réel et une compilation automatique des résultats.

En établissant ce nouveau modèle, Élections Canada avait comme objectifs d'offrir des services plus pratiques et mieux adaptés aux électeurs, d'accroître globalement l'efficacité en simplifiant les tâches et la formation des fonctionnaires électoraux, et d'améliorer leurs conditions de travail. À la suite de l'examen de M. Neufeld, nous reconnaissons la nécessité d'accorder une importance accrue à la conformité pendant l'élaboration et la mise à l'essai du modèle.

M. Neufeld estime, tout comme Élections Canada, qu'il serait impossible de mettre pleinement en oeuvre un nouveau modèle de service à temps pour l'élection générale de 2015, en supposant que le Parlement accepte un tel modèle. L'ampleur des changements entraînerait un risque important, et des essais exhaustifs seront essentiels pour démontrer l'efficacité du nouveau modèle avant de l'adopter à l'échelle nationale.

Plus tard ce printemps, nous entamerons des discussions avec les parlementaires et divers intervenants sur les détails du nouveau modèle de service et du projet pilote proposé. En 2014, nous demanderons l'autorisation du Parlement pour lancer le projet pilote, que nous devrions mener d'ici janvier 2015, lors d'un scrutin. Nous prévoyons déployer le nouveau modèle partout au Canada après l'élection générale de 2015.

Un nouveau modèle de prestation des services électoraux permettrait de résoudre des questions fondamentales de conformité d'ici 2019. Toutefois, nous convenons avec M. Neufeld qu'il faut améliorer immédiatement les programmes actuels en vue de l'élection de 2015, tout en sachant que ces améliorations atténueront le problème de la non-conformité, mais ne suffiront pas à le régler.

Élections Canada appuie les recommandations de M. Neufeld sur la révision des pratiques administratives en vue de l'élection générale de 2015 : entreprendre de nouvelles initiatives pour réduire les inscriptions et le recours aux répondants le jour du scrutin ; améliorer le contrôle de la qualité dans les lieux de scrutin ; simplifier les procédures ; clarifier les instructions écrites ; améliorer les méthodes de recrutement ; moderniser la formation ; mesurer la conformité de façon continue.

Nous constatons que bon nombre des améliorations que M. Neufeld recommande de mettre en oeuvre pendant l'élection générale de 2015 pourraient être intégrées au nouveau modèle de prestation des services électoraux qui serait utilisé lors des scrutins ultérieurs.

En 2010, Élections Canada a recommandé des modifications législatives[1], largement appuyées par le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre[2], qui viendraient renforcer les changements administratifs que nous prévoyons apporter afin d'améliorer la conformité lors de l'élection générale de 2015.

Je tiens à exprimer ma gratitude à M. Neufeld ainsi qu'à l'ensemble des personnes et des organismes qui ont généreusement investi temps et énergie dans cet examen, nous ont donné leur honnête opinion sur la nature du problème de la non-conformité et nous ont transmis leurs suggestions d'améliorations. Ces intervenants faisaient partie du personnel électoral en région, des travailleurs électoraux de première ligne, des partis politiques ainsi que d'organismes électoraux provinciaux, territoriaux et internationaux. J'entends continuer à collaborer avec tous les intervenants alors que nous nous préparerons à mettre en oeuvre les changements qui découleront de cet examen.

La section « Recommandations » du présent rapport contient une réponse détaillée à chacune des recommandations de M. Neufeld, dont un résumé des modifications législatives, tirées du rapport de recommandations de 2010 d'Élections Canada, que nous chercherons à apporter avant l'élection générale de 2015[3].

Le directeur général des élections,
Marc Mayrand

Notes

1. Faire face à l'évolution des besoins — Recommandations du directeur général des élections du Canada à la suite de la 40e élection générale
2. Réponse aux recommandations du directeur général des élections concernant la réforme législative à la suite de la 40e élection générale
3. Réponse du directeur général des élections du Canada à la recommandation 11 du présent rapport

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca